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Ce soir, à Nice, on joue Tartuffe; ou l’imposteur

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS 1 commentaire »1 novembre 2009

Vu, en début de soirée, sur France 2 :

Moment de joie, Christian Estrosi présentant la pièce de théâtre jouée ce soir dans sa bonne ville de Nice, et diffusée en direct à la téloche.
Là où l’exercice devient savoureux, c’est que la pièce en question, portant pour titre ADA, l’Argent des Autres, de Jerry Sterner, mauvaise pièce d’ailleurs, et fort mal jouée (enfin, il faut dire que le rôle principal est tenu par Boujenah, qui fait du… Boujenah… et qui contraint tout le reste de la troupe à se mettre à son diapason, entrangetrintignanthautautant dire que tous les personnages ressemblaient soudainement à des clowns, seul Pierre Vaneck parvient à résister à ce tsunami d’outrance, mais seul contre tous, ça n’avait plus grand sens, mais passons). On ne s’attardera pas sur la pièce elle-même : ce n’est pas du théâtre, seule la réunion des actionnaires, mettant les spectateurs, dans la salle, à la place des actionnaires (ce qui, pour un public composé de notables niçois, n’exigeait pas vraiment de la part des spectateurs de grandes aptitudes aux rôles de composition), aurait pu donner quelque chose, si on avait poussé la chose jusqu’au moment où la nausée aurait pris tout le monde, dans une sorte de brusque prise de conscience des conséquences des placements qui ont financé, entre autres, ce théâtre, ces pouvoirs d’achat qui ont permis de s’acheter une place, dans ce théâtre pour cette soirée télévisée qui est l’endroit où il faut être ce soir, les berlines premium qui ont permis de s’y rendre, le restau qui suivra l’ennuyeuse pièce, et tout ce qui entre dans le standing d’une vie réussie menée à Nice, parmi les actionnaires.
La pièce est mauvaise, soit. Mais avec ses gros sabots, elle tient son petit discours « concerné » sur le rôle destructeur de la finance dès qu’elle porte sur l’industrie son regard aveugle et sourd aux destinées des salariés, comme de celles des entrepreneurs. En gros, la pièce tourne autour du rachat d’une bonne vieille boite de production de cables métalliques par un liquideur qui veut seulement faire un gros bénéfice avec son rachat. Classique, mais pas très théâtral.
Il était juste savoureux de voir Estrosi, maire de Nice, apparaître avant le lever de rideau (rideau qui ne se levait d’ailleurs pas, préférant coulisser sur le côté, trahissant l’inadaptation du sujet à l’art du théâtre, qui réclamait en fait l’écran de cinéma, mais bref) pour accueillir la France entière (ces soirées de théâtre à la télé ont systématiquement du succès) à une soirée de communion autour de la critique de la finance.
Estrosi menait la manifestation de ces gauchistes.
A Nice.
Un élément rassurant, tout de même ? A la fin de la pièce, comme dans le meilleur des mondes au gouvernement duquel Estrosi participe, activement (quand même, si le ministre de l’industrie protège l’industrie comme le ministre de l’éducation nationale protège l’éducation nationale… les liquideurs et délocalisateurs ont un bel avenir devant eux, non ?), et comme dans au cinéma, the winner takes it all.

NB : L’illustration réclame quelque explication, semble t-il. Cette photo de Trintignant est extraite du film, L’Argent des autres, tourné en 1978 par Christian de Chalonge. Autant la pièce est médiocre, autant le film est bel exercice de maîtrise formelle. Il y a du Kubrick dans sa mise en scène, Trintignant y est droit comme la justice, les espaces y sont dénués de toute forme de chaleur, et on pressent déjà, en cette fin des années 70 que, désormais, après avoir plié le monde ouvrier, on allait régler leur compte aux cadres.

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