Archives pour le 15 décembre 2009

Méritocrazy

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM Laisser un commentaire »15 décembre 2009

J’avais pourtant pris la ferme résolution de ne plus trop trop en faire avec ces séquences. C’est une sorte de solution permanente de facilité, et ça finit par provoquer une véritable nausée. Mais il y a des baudruches qu’on peut tout de même prendre plaisir à voir se dégonfler toutes seules.

Entendons nous. Le problème, ce n’est pas tant que Rachida Dati soit suffisamment dépendante de son portable pour ne même pas se rendre compte qu’elle est en train de s’épancher alors que les micros de l’équipe de télévision qui la suit sont encore en train de l’enregistrer. Le problème n’est pas, non plus, qu’elle soit du genre à aimer les honneurs sans être du genre à aimer les efforts qui permettent de les mériter. Le problème n’est même pas qu’elle constitue manifestement un parasite politique, prête à bouffer à tous les râteliers du moment qu’elle puisse y trouver son compte et un peu d’existence médiatique. Si ce document met en évidence ces choses là, on doit admettre qu’en fait, on ne découvre rien, on n’apprend rien de nouveau sur son compte, on savait déjà tout ça, tout le monde l’a déjà dit. Simplement, jusque là, quand elle niait, montant parfois sur ses grands chevaux, feignant l’indignation, sous entendant même qu’on l’attaque ainsi parce que c’est une femme, parce qu’elle est issue d’une minorité (ce qui est vrai : elle est issue de la minorité riche), c’était sa parole contre celle de ses accusateurs. Désormais, c’est sa parole avec celle des accusateurs, puisque c’est bien elle qui tient ces propos dont on est curieux de voir comment, après coup, elle les assumera.

Mais ce qui importe bien plus, c’est que ces « qualités » de profiteuse et d’opportuniste étaient connues bien avant qu’elle accède à un ministère. D’une part, les bruits couraient (et ce jusque dans ma salle des profs, c’est dire !) qu’il ne s’agissait pas forcément d’une forcenée, voire même que certains éléments du C.V. étaient un peu « arrangés » pour redorer un blason un peu terne. Mais surtout, une telle attitude ne pouvait pas ne pas transparaître dans les propos, les comportements. Si elle se tient maintenant si peu, si elle ne peut pas se maîtriser devant des caméras, on imagine assez bien ce que cela peut donner en privé. Donc, ceux qui l’ont nommée, ceux qui l’ont soutenue, ceux qui ont proposé son nom, ceux qui l’ont servie savaient qui elle est, et s’en sont accommodé. Mais on peut aller plus loin. Parce qu’après tout, la question peut être posée : quel est l’intérêt de placer à des postes clé de la République de telles baudruches, si ce n’est de trouver dans de tels arrivistes, les relais obéissants d’une politique que personne, sinon eux, n’accepterait de mettre en oeuvre ? Sur un modèle historiquement connu et répertorié (je viens d’atteindre le point Godwin de mon article), donner aux sans grades, et aux sans compétences, des postes qu’ils ne méritent objectivement pas permet d’obtenir d’eux une soumission sans faille. On peut tout leur demander, ils le feront, avec cet aplomb qu’ont ceux qui, dénués de conscience, se sentent protégés par une providence toute puissante (la preuve, elle les a mis là où ils sont). Persuadés de faire partie des happy few, confiants dans la légitimité de leur pouvoir, ils ne lésineront pas sur les moyens, sur les provocations, et oseront faire ce qu’aucun autre à leur place n’aurait osé, y compris s’il s’était agi de mettre en place un programme politique cohérent et admissible. On se doute bien que pour réaliser l’inadmissible, il faut des employés qui soient eux même au delà du consternant.

Ce coup de fil n’est donc rien de plus qu’une sorte de C.V. inversé, c’est à dire un témoignage sur les critères de recrutement en vogue dans cette petite entreprise qu’on appelle “gouvernement”, qui est du genre à ne pas connaître la crise. Epanouie, elle exhibe des trésors satinés, dorés à souhait.

Accessoirement, ce document révèle aussi ce que la tête de l’Etat entend lorsqu’elle prononce les mots “travail”, et “mérite”.

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L’automobile, fille de joie

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM 3 commentaires »15 décembre 2009

Dans le blog de l’outrespace, un petit article sans véritable approfondissement, incitant juste à aller lire Le Tigre (le curieux magazine curieux) de ce mois ci, ne serait ce que pour son article mettant en parallèle la publicité BMW sur la joie et la pensée de Spinoza, pour qui la joie est un concept central. D’un certain point de vue, ce n’est rien. Et en même temps, ça en dit long. C’est par ici que ça se passe : Joyride

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Allons allons, enfant de la patrie

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »15 décembre 2009

J’ai un peu été coincé par la fin du trimestre (on ne sait pas ce que c’est, les bulletins trimestriels, les logiciels pour les notes, les conseils de classe, les réunions parents/profs, tout ce qui fait que, quand même, le métier de prof ressemble, parfois, à celui de poseur de pare-brises chez Carglass, ce qui ne fait pas forcément de mal aux profs, qui manquent peut être un tout petit peu de ce genre d’expérience, mais bref), et c’était peut être aussi bien, tant il y avait, chaque jour, de manière extraordinairement maîtrisée, des éléments de communication politique qui parvenaient, de manière quasiment magique, à être simultanément des signaux politiques forts ainsi que de simples écrans de fumée médiatiques. J’aurais disposé de temps, cette colonne de texte aurait été remplie de courts extraits video débitant de la déclaration politique édifiante au rythme de leur mise en ligne, sans doute sans parvenir à ne pas en rater une par ci par là. Cette colonne en a déjà fait suffisamment sur ce créneau là, on frôlerait l’overdose si on voulait suivre le rythme.

On pourrait se dire que bien sûr, tout ça n’est que fumée, qu’il suffit de passer outre. Il semble que cette sage position de recul soit ici tout simplement une erreur, car ces gens là ont compris qu’on a commencé à ne même plus écouter, à ne plus prendre en compte ce qui se dit, même plus en douce mais sur les tribunes, devant des militants qui, jusqu’à preuve du contraire, applaudissent sans broncher, comme un seul homme (le plus petit d’entre eux, semble t-il), aux déclarations tout de même « parlantes » de leurs chefs d’escadrilles. Ainsi, en douce, il y a un groupe de personnes (on appellerait ça un parti, par exemple) qui sont d’accord entre elles pour dire que les étrangers posent sacrément problème, qu’on ne peut pas être français si on a un accent un peu trop ensoleillé et que les étrangers peuvent venir vendre (c’est à dire, aliéner, rappelons le) à bas prix leur force de travail sur notre territoire, mais qu’il est absolument hors de question qu’ils construisent leurs propres clochers par chez nous (en revanche, ils peuvent aller prier dans des caves : les sous-sols, oui, l’altitude, non).

Mieux : Christian Estrosi, déjà évoqué quelques posts plus haut, a, devant des militants UMP, évoqué une théorie dont on aurait bien aimé qu’elle fût de son cru, mais dont on se doute bien qu’elle n’est que le déclinaison écrite pour lui du discours global tenu par le parti sur cette question : si Hitler avait organisé un débat sur l’identité nationale, la seconde guerre mondiale n’aurait pas eu lieu.

Génial d’inconscience de sa part (ce type ne sait pas ce qu’il dit). Terrifiant de cynisme de la part des « plumes » gouvernementales, (car eux connaissent l’histoire).
Car, tout de même, qui ne voit pas que le nazisme est précisément la réponse à la question posée de l’identité nationale, et non une errance qui serait due au fait que la question n’aurait pas été posée ? En réalité, un peuple ne se pose jamais la question de son identité; c’est toujours un petit groupe de personnes qui savent très bien ce qu’elles en pensent, qui agitent le chiffon imbibé de sang impur sous les narines de la foule, pour l’exciter en semant en lui le doute : dis donc, toi le peuple, sais tu bien qui tu es ? Ne te sens tu pas un peu schizophrène ? Ne serais tu pas prêt à écouter quelques discours habilement amnésiques sur la manière dont l’horreur parvint sur le sol européen dans les années 30 ? Oublie donc que ceux qui ont perpétré ce crime étaient, justement, très au clair quant à leur identité nationale, ils ne parlaient même que de ça, et leur action fut la conclusion de leur débat, dont la réponse était écrite par avance, non seulement parce que les dirigeants l’avaient écrite avant de la faire jouer au peuple, mais aussi parce que c’est exactement la réponse à laquelle on parvient dès lors qu’on se laisse aller aux solutions de facilité (parler de la nation comme source de fierté, par exemple).On comprend mieux, dès lors, qu’on veuille supprimer les cours d’histoire de la phase terminale des études scientifiques : le nazisme était finalement cela : la doctrine d’un peuple très au fait de son identité, et à la pointe de son efficacité technique, qui ne visait finalement qu’une seule chose : l’efficacité et la performance. Rien qui nécessitât une culture historique.
Finalement, tout ceci est très logique, et ne forme pas un dérapage incontrôlé, mais une doctrine qui, peu à peu, s’impose.
On est heureux qu’Estrosi se soucie à ce point du naufrage de la civilisation européenne. On regrette qu’il fasse mine de ne pas avoir conscience d’y participer activement.
Et puisque, enfants de la patrie, on organise en nous l’oubli, le jour de boire est arrivé.
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