Archives pour le 12 avril 2010

Death Proofs

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PLATINES, POP MUSIC, Scopitones, SCREENS Laisser un commentaire »12 avril 2010

Le problème avec les évidences, c’est qu’elles peuvent devenir ennuyeuses. C’est comme le désir : il n’y a que la première fois qui compte, et contrairement à ce que disait assez malignement Corneille, ce n’est pas quand le désir s’accroit, mais quand ça ne se renouvelle plus, que l’effet se recule.

C’est exactement ce qui commence à se passer avec Gorillaz : c’est la même ardeur qui nous brûle, les mêmes effets déjà utilisés, les mêmes sons orchestrés en gros de la même manière, et le désir, dès lors, se met en berne. Parce que la perspective dans laquelle Damon Albarn nous a introduits, ce n’est précisément pas celle de la répétition, de la redite, mais celle de la découverte, de la non satisfaction dans la complaisante resucée de vieilles recettes.

Dès lors, ce Stylo laisse un curieux goût en bouche : dans vingt ans, on ne saura plus à quel album il appartient, tant ses rythmiques sont exactement celles qu’on pourrait attendre des précédents albums, si on ne les connaissait pas déjà par coeur. Et à l’heure où sort un nouveau Bomb the Bass, on se surprend même à regretter les Buggys dans lesquels les uns et les autres avaient empilé leurs auditeurs, pour des virées pas piquées des hanetons dans les dunes et sur les routes défoncées des paysages numériques.

Ajoutons une couche de slade shading sur les personnages en carton pixel de Gorillaz : Stylo, en tant que clip, n’est pas la première évocation vidéomusicale de Vanishing Point, de Safarian (1971). Outre la réincarnation par Eastwood lui même du conducteur prototype Kowalski dans Gran Torino, le groupe Audioslave avait déjà fait siennes les dérapages contrôlés de la Dodge Challenger RT pour le clip de Show me how to live (2002). Le groupe tout entier prenait la place de Kowalski dans le coupé pour une virée habilement montée partir des images même du film. Illusion inverse de celle de Gorillaz : des personnes réelles dans un monde fictif, là où 2D, Noodle, Murdoc Nicalls et Russel Hobbs sont artificiellement plongés dans une réelle Chevrolet Camaro, poursuivie par un tout aussi réel pick-up El Camino (de chez Chevrolet), au volant duquel les canarde un Bruce Willis tout en chair et en os. Comme souvent, on joue un peu sur l’amnésie collective pour refourguer d’efficaces sensations certes, toutefois déjà rencontrées auparavant. Le fait que Gorillaz soit ici bien plus performant, car nettement plus spectaculaire ne doit pas forcément être pris pour un progrès : on le sait, ce n’est qu’affaire de budget. Et la débauche de technique nécessitée par les personnages animés fait un peu trop numériquement propre dans un univers auto qui doit sentir l’huile cramée des V8, les fuites de carburant, l’odeur rance du skai brûlant. On est finalement loin de l’hommage que Tarantino rendait à cette veine cinématographique dans Death Proof.

Tout de même, les deux clips alignés, en se gardant le premier pour la fin :


Et je glisse en douce un lien vers l’outremonde, dans lequel j’ai déjà, par le passé, chroniqué Vanishing Point, en le mettant en parallèle avec la philosophie, [ici]

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Escort’ Girl

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, Playlists, POP MUSIC, Saveurs du soir, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »12 avril 2010

Evacuons le decorum impérial de miss Tolstoï pérégrinant à travers Paris dans son carrosse (un rêve récurent m’enfonce dans un sommeil toujours plus profond, on y voit une Maybach encadrée d’une escorte de motards républicains (abusés, en tant que biens publics) qui, après sa pause réglementaire chez Hediard, file à bon train vers l’hôtel particulier où l’attendent ses hôtes; prise d’un soudain et énième caprice, elle demande, par l’interphone qui la sépare tout autant qu’il la met en contact avec son chauffeur, de piquer une pointe de vitesse sur les quais de Seine, et de couper par le tunnel du pont de l’Alma; à ce moment du rêve, les éléments deviennent confus : 13è pilier, Fiat Uno, décollage parfait de la limousine, toît vitré explosant en pluie fine et acérée sur Alexandra elle même en translation dans l’habitacle, à la vitesse exacte à laquelle la Maybach filait au moment de l’impact, libérée de toute ceinture, projectile blond platine filant droit sur la vitre de séparation, qu’on avait pris soin de choisir blindée, afin d’assurer une surface de contact totalement intacte au moment où la boîte cranienne viendrait y reposer, en paix; en tant normal, je devrais alors me réveiller, mais étrangement, docteur, j’éprouve à ce moment comme un sentiment de retour à la normale, et je prolonge mon roupillon, avec l’impression d’avoir, au volant de ma fiat prolétarienne, accompli ma mission), ne gardons que la bande son, parce qu’elle vaut plus que les spots qu’elle illustre.

Henry Mancini restera sans doute dans l’histoire comme le compositeur de bandes originales inoubliables, telles que, bien sûr The Party, ou la légendaire Panthère Rose. Le titre qu’on partage ici, s’intitule Lujon, et il fut composé pour une série des années 50, Mr Lucky. On le retrouve d’ailleurs dans l’album de Mancini, Mr. Lucky goes latin, dont il constitue une sorte de point culminant. Néanmoins, je le trouve finalement en meilleure compagnie dans la sélection proposée par DJ Cam dans sa compilation Honeymoon selected by DJ Cam. Ici, finie la lutte des classes, tout le monde roule en limousine feutrée, tout n’est que luxe, calme et volupté.

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