Sur la point des pieds, Plan B quitte les kiosques tandis que dans la plus grande tonitruance, Plan B débarque sur les ondes, et on doute que celui-ci console les amateurs de celui-là. Côté papier, on ne saura pas trop sur quoi se rabattre. Backchich n’est pas si mal mais n’occupe pas exactement le même créneau, tout en ne négligeant pas de taper, y compris là où ça fait mal. Il faudra s’en contenter. Quant à ce She said qui inonde littéralement nos ondes, le message est clair : on va en bouffer tout autant qu’on aura ingurgité, l’année dernière, du Charlie Winston. On imagine la démarche tout aussi sincère : Plan B, c’est un peu comme si subitement on apprenait qu’Eminem avait fait partie des Petits chanteurs à la croix de bois, et écrivait la B.O. des Choristes 2. Le type chante à la perfection (à un point tel que les prestations live donnent justement la forte impression de ne pas être en live), tout ceci est très bien fait et on sent que ça ratisse carrément le plus large possible (je ne peux pas écouter ces titres sans penser à ce fantastique rateau géant dont nous sommes les heureux propriétaires, et qui nous sert à ramasser les feuilles mortes à l’automne; Plan B c’est un peu la musique qui ratisse les oreilles mortes à l’automne de la vie, le André Rieu de la Street Music), on se demande évidemment comment le gars parvient à avoir non pas une voix pareille, mais deux voix aussi différentes l’une de l’autre, mais ce qu’on imagine sans peine, ce sont les réunions d’état major à la maison de disques pour définir le plan produit.
Alors, cette année, on nous fait le coup du gars qui a le physique de l’emploi qu’on lui a donné; Bad boy tel que l’Angleterre sait les fabriquer, un peu crétin sur les bords, mais c’est pas grave, ça donne une popu credibility, le bon sens près d’chez vous, profil « petite frappe locale déguisée en Pim’s, croquant à l’extérieur, tout fondant à l’intérieur, même peut être un poil trop fondant ».
On nous avait fait revivre le personnage du roots convivial avec Charlie Winston l’année dernière, et le chapeau déchiré faisait déjà un peu trop panoplie pour être honnête : on aurait cru que Charlot avait fait une brusque cure de botox et qu’il était revenu parmi les hommes, transfiguré, touché par le dieu du groove, pour disséminer gratos la bonne parole sur Terre, aux rennes de sa cariole tirée par deux percherons. Finalement, Charlie continue son bonhomme de chemin et aura au moins réussi à mettre en lumière que la spontanéité à la Christophe Maé n’est qu’une part de marché comme une autr : aujourd’hui, le même Charlie fait la promotion de la nouvelle Audi A1, une sorte d’ersatz de la Mini, mais pour ceux qui ont envie d’acheter la même voiture que tous ceux qui ne voudront pas acheter la même voiture coûteuse que tout le monde. On le voyait en roulotte, on le découvre au volant d’une de ces petites merdes sur roue qui polluent les centre ville de leur arrogance, semblant diffuser, aussi discrètement que peut le faire le cirque Zavatta débarquant en ville et annonçant que les lions et les girafes seront visibles, pour les enfants, à partir de 16 heures, un message on ne peut plus clair à la populace qui ose encore fouler de ses pieds trop mal chaussés les trottoirs des beaux quartiers « Oui, cette voiture est une petite voiture, mais elle est néanmoins tout à fait hors de prix, hors du prix que vous y mettriez vous mêmes, non pas que vous ne le vouliez pas, mais tout simplement parce que vous faites partie de ces gens qui veulent en avoir pour leur argent, alors que moi, regardez, j’ai claqué ce que vous ne paieriez même pas pour une grande routière dans un truc de 2,50 de long, sans coffre, mais avec de splendides arches de toit en aluminium (pour faire léger, sans doute, et donc économiser de l’essence, mais hey, tu sais ce que ça coûte en énergie, la production de l’aluminium ?), des leds qui n’éclairent rien, mais aiguillent le regard des badauds vers ta petite personne, le coude à la portière, les lunettes du duo de motards de Chips sur le nez, attentif à être indifférent, au delà des regards envieux, détaché, loin de tout ça, au-delà de tout affichage. Méprisant en somme. Tout de suite, quand Charlie Winston sort de son Audi A1, l’autoradio calé sur son Like a Hobbo qui fait du coup carrément un peu « pute » dans un tel environnement de démonstration de pouvoir d’achat, il a l’air un poil moins convivial, et c’est un peu comme quand dans L’Arnaqueur, le joueur amateur se révèle être surtout bon comédien. Comme disait Dubuffet, en matière artistique comme en jeu de cartes et en amour, les professionnels sont tous des traitres.
Plan B papier faisait volontiers ce boulot de repérage des arnaqueurs. Il faut croire qu’à force, on a dû être peu à peu formés : quand on écoute The Defamation Of Strickland Bank, le nouvel album de Plan B, on flaire tout de suite que ce qu’on écoute, c’est avant tout un plan com’.
On ne devrait rien jeter. Tout peut revivre et parfois même, se voir offrir une seconde vie meilleure que la première, lorsqu’elle celle ci fut un peu ratéee, ce qu’est finalement plus ou moins toute vie, et ce même si il y a des nuances, des gradations dans le foirage existentiel. Ce qui permet ces gradations, c’est que certains, justement, ne font pas dans la nuance au moment de laisser leur trajectoire de life partir en sucette, et réussissent tellement bien à échouer que nous avons tous l’air d’être des vainqueurs à leurs côtés. Prenez Jeanne-Paule Marie Deckers, par exemple, connue de son entourage sous le prénom plus simple de Jeanine (pas de sarcasmes, s’il vous plait, vous allez voir pourquoi), mais plus connue du grand public sous le pseudonyme niaiseux de Soeur Sourire.
Côté face, la religieuse idéale, avec sa guitare en bandoulière. Celle qu’on voit mal écarteler des hérétiques, partir en croisade contre l’infidèle ou abuser d’ouailles pré-pubères. Non, plutôt la nonne telle qu’on la voit dans Y a t-il un pilote dans l’avion, qui chante ses cantiques remixés à la sauce Hugues Aufray en débranchant dans l’allégresse les perfusions de l’enfant qu’elle souhaite ainsi divertir, la bonne cousine que la tradition familiale a envoyée au couvent, quoi. Elle chantait bien, Jeanine, et ses consoeurs appréciaient qu’elle prenne sa guitare, le soir, au coin du feu, pour qu’elle les enchante de sa voix douce entre vêpres et complies. « Oh oui Soeur Sourire, chantez nous de nouveau Plume de radis avant que l’extinction des feux ne nous plonge dans l’obscurité et les turpitudes ». Elle chantait si bien que l’Eglise de Belgique trouva judicieux de la faire sortir du couvent, de l’enfermer en studio afin d’enregistrer quelques album qui eurent pour effet de participer à l’eniaisement des cathos et affiliés, et de remplir substantiellement les caisses du clergé belge (5% sur les ventes) et Philips (95%, un contrat bien négocié en somme). Totalement inconsciente, Soeur Sourire débitait son Dominique nique nique comme d’autres chantaient qu’elles aimaient les sucettes, croyant voir dans le sourire des auditeurs le témoignage d’une humanité fraternelle. La pauvresse.
Le clergé s’enrichissait un peu, Philips, sa maison de disques, engrangeait beaucoup, mais on mettait les impôts au nom de la ravie de la crèche, qui n’ayant rien touché de ce que la Sacem avait versé à d’autres qu’elle, se trouva fort dépourvue lorsque fut venu le temps de payer ses dettes à une nation finalement fort peu reconnaissante de ses dons de joueuse de flutiaux : l’Eglise n’avait plus rien à dire, et plutôt qu’affirmer le contraire, elle vendait ce vide sous forme de galettes de vinyle écervelée, et non seulement on n’y voyait que du feu, mais encore ça rapportait une vraie fortune, et ce bien au delà des frontières belges. Ne pouvant aimer Dieu et l’argent, l’Eglise et Philips dépossédaient Soeur Sourire de ce qui lui revenait, mais n’oublièrent pas de lui envoyer la note des impots. Manque de foi, brusque accès de conscience, moment de lucidité retrouvée derrière quelque pilier de Notre Dame ? Soeur Sourire en vint à se défroquer pour retrouver la vie civile, et c’est sous le pseudonyme de Luc Dominique qu’elle tentera de séduire de nouveau les foules qui auront entre temps trouvé d’autres sources auxquelles remplir leurs carnets de chants du dimanche, au sein desquels se trouvait, et se trouve sans doute encore (tout ceci est tellement figé) un refrain dans lequel Jeanne-Paule Marie Deckers dut se reconnaître : « Je suis une petite cruche », un vase vide, avec de la boue dedans. C’est l’image du Saint, celui qui n’est que ce qu’il est, mais qui attend que le Seigneur le remplisse.
Côté pile, dès lors, la lesbienne junkie. Jeanine, petite cruche dans la cave de Dieu ne fut pas reconnue par l’Eglise, ni par le public comme un millésime méritant d’être conservé. Jetée dans l’oubli elle connut ensuite une trajectoire de boxeur déchu : se découvrant lesbienne, elle tenta de bâtir avec sa compagne un foyer qui fut cependant sans cesse persécuté par les dettes. Tout se paie en ce bas monde et on ne peut pas surfer sur la renommée christique sans souffrir soi même dans sa chair. John Lennon le sait bien. Ainsi le couple ne connut il aucun répit, et ce furent les médicaments et la drogue qui constituèrent la nouvelle divinité, non moins exigeante et jalouse que la précédente. En 1985, tout ceci prit fin, dans un acte final de reprise en main du destin : Jeanine et sa compagne mirent fin à leurs jours, pour solde de tous comptes. Fin de l’histoire.
Mais il existe pour les artistes maudits, ceux qui, pratiquants de l’art brut ont été détournés de leur pureté initiale par quelque avidité prédatrice, cherchant dans ce bas monde un ou deux petits talents à presser, puis engloutir, il existe pour eux un paradis, et il est terrestre. Ainsi, Soeur Sourire retrouve une seconde jeunesse, et une vie au-delà de ce que fut la sienne dans les réverbérations et les filtres d’un musicien répondant au doux pseudonyme de Deru, Benjamin Wynn de son vrai (le pseudonyme est il un faux ?) nom. En ouverture de son nouvel album, intitulé Say goodbye to useless, il transfère les cendres de Soeur Sourire au Panthéon des sons, en récupérant ce qui ressemblait fort, à l’origine, à une aimable et béate comptine, pour en faire une sorte de message spectral, un écho céleste d’une voix qui, en montant au ciel, aurait enfin saisi que ce genre d’ascension n’est pas à prendre à la légère. Jeanine aurait donc appris l’art complexe de l’ascension par gravité, ce genre de pratique qui est interdite à ceux qui croient qu’on monte au ciel en ayant des ailes d’ange. Dans les deux morceaux successifs que sont I would like et I want, dont je propose ici le second (le premier se trouve, en fait, là : clique ici même et la bobinette cherra). Comme le vent quite le créneau pénible du croisement entre Joan Baez, Yves Duteil pour pénétrer les sphères célestes des sons qui veulent plus rien dire, mais disent. En art, une grande partie de l’essentiel tient à ce genre de nuances. Et on réalise alors qu’en musique, tout n’est qu’affaire de traitement du son. D’une certaine manière, on n’apprend rien : intellectuellement parlant, on le savait déjà, mais on l’éprouve finalement si peu… Là où une Céline Dion semble s’ingénier à demeurer sous le vent, Luc Dominique surfe enfin sur les courants ascendants, et telle une montgolfière géante, gonflée par un mélange d’hélium et d’air chaud (pas sûr que ce genre de mélange ne finisse pas dans une remake de l’Hinderburg, mais bon, c’est une image…), elle embarque tout son petit monde avec elle, pendu à ses lèvres vocoderisées.
Alors, enfin, on comprend ces mots, qu’on aime tant haïr à la hauteur de la haine que Nietzsche a pu leur vouer (et là, on va mettre certains devant un choix cornélien) :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux. »
A l’occasion de quelques recherches sur l’esprit du football (oui, sans être vraiment tenté de regarder des matches, et moins encore d’aller au stade, il me semble cependant que se joue au foot quelque chose qui dépasse le cadre de la surface de jeu, et ça ne m’étonnerait pas que ces onze joueurs un peu fragiles, un peu comédiens, un peu truands sur les bords, mais aussi, dans des moments de fulgurance surgis de nulle part, comme si la pelouse se mettait à transpirer d’un coup de la métaphysique, accrobates, manipulateurs de feu divin, fassent de temps en temps un tour dans la demeure des dieux pour aller y faucher, en douce, un feu dont ils frappent ballons et cages adverses, soulevant des stades, des peuples entiers, parfois même ceux qui ne les supportent pas, dans des gestes surnaturels qui emportent tout, cuir, gazon, poteaux, filets, gants du gardien, et phalanges avec, regards, arrêts cardiaques, pics encéphalographiques dans ces trajectoires inespérées), je suis tombé sur un certain nombre d’ouvrages et de films qui sont parvenus à susciter en moi davantage d’enthousiasme que les retransmissions des matchs elles-mêmes. Le résultat de cette ébauche d’enquête peut être retrouvé dans le monde parallèle, en cliquant ici-même.
Evidemment, à l’approche de la coupe du monde 2010, organisée dans ce pays d’avenir qu’est l’Afrique du Sud, le côté légèrement minable de notre équipe de France fait un peu tâche dans cette hypothétique aspiration spirituelle. Non pas qu’elle soit techniquement nulle, je ne saurais en juger; le problème relèverait plutôt d’un léger manque de générosité, d’un égocentrisme qui fait drôle à voir au sein même d’un sport qui est, normalement, un sport d’équipe. Mais la figure de proue de cette équipe demeure son sélectionneur. Et on le sait bien, nous autres français, de ce point de vue, on est gâtés.
Sélectionneur… on se demande pourquoi on ne lui donne pas tout simplement le titre de DRH, puisqu’on en est là…
Justement, en 1995, l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano consacrait un livre à ce qu’on pourrait appeler l’Esprit du football : Le Football, ombre et lumière. L’ouvrage est souvent épatant, parvenant à extraire des mouvements parfois insensés effectués sur le terrain un rituel partagé entre joueurs, encadrement et public. Mais le livre s’intéresse aussi à ces blocs de béton qu’on semble vouloir attacher aux chevilles de ce sport qui a tant besoin d’avoir les pieds libres. Et dès les premières pages, on s’attaque au directeur technique. Ca donne ça :
« Autrefois il y avait l’entraineur, et personne ne lui accordait trop d’attention. L’entraineur est mort , sans piper mot, quand le jeu a cessé d’être un jeu et que le football a eu besoin d’une technocratie de l’ordre. Alors est né le directeur technique, avec pour mission d’éviter les improvisations, de contrôler la liberté et d’élever au maximum le rendement des joueurs, obligés à se transformer en athlètes disciplinés.
L’entraineur disait :
- Nous allons jouer.
Le directeur technique dit :
- Nous allons travailler.
Aujourd’hui on parle en numéros. Le voyage de l’audace à la peur, histoire du football au XXe siècle, est un passage du 2-3-5 au 5-4-1, via le 4-3-3 et le 4-4-2. N’importe quel profane est capable de traduire cela, si on l’aide un peu, mais après, plus personne ne peut rien comprendre. A partir de là, le directeur technique développe des formules aussi mystérieuses que la conception de Jésus, et élabore avec elles des schémas tactiques plus indéchiffrables que la Très-Sainte Trinité.
Du vieux tableau noir aux écrans électroniques : aujourd’hui, les actions magistrales se dessinent sur ordinateur et s’enseignent par la vidéo. Ces perfections ne se voient que rarement, ensuite, au cours des matchs retransmis par la télévision. La télévision se complaît plutôt à exhiber la crispation du visage du directeur technique, qu’elle montre en train de se mordre les poings ou de crier des orientations qui changeraient le cours de la partie si quelqu’un pouvait les comprendre.
Après la rencontre, lors de la conférence de presse, les journalistes le criblent de questions. Le directeur technique ne révèle jamais le secret de ses victoires, bien qu’il formule d’admirables explications de ses défaites :
« Les consignes étaient claires, mais elles n’ont pas été respectées », dit-il, quand l’équipe prend une raclée devant une petite équipe de rien du tout. Ou bien il ratifie sa confiance en lui-même, en parlant à la troisième personne et plus ou moins comme ceci : « Les revers subis ne compromettent pas la conquête d’une clarté conceptuelle que le directeur technique a caractérisée comme une synthèse des nombreux sacrifices nécessaires pour arriver à l’efficacité ».
La mécanique du spectacle triture tout, rien ne dure, et le directeur technique est aussi jetable que n’importe quel autre produit de la société de consommation. Aujourd’hui, le public lui crie :
-Longue vie à toi !
et le dimanche suivant il l’invite à mourir.
Il croit que le football est une science et le terrain un laboratoire. Mais les dirigeants et les supporters n’exigent pas seulement de lui le génie d’Einstein et la subtilité de Freud, ils lui demandent aussi de faire des miracles comme la Vierge de Lourdes et d’être impassible comme Gandhi. »
Eduardo Galeano – Le Football, Ombre et Lumière, p.12
On précisera que l’ouvrage aborde ce sport aussi bien dans sa dimension purement sportive (les joueurs, les matchs, les gestes), mais aussi dans sa dimension géopolitique. Cet aspect est repris par Michéa dans Les intellectuels, le peuple et le ballon rond, conçu comme un hommage au livre de Galeano, dont il propose d’amples extraits. Mais tout ceci se trouve dans la bibliographie citée plus haut.
Dans les enquêtes harrystautéliciennes, quelques lignes de Godard, chipées dans le numéro des Inrockuptibles de cette semaine, à propos de la dette extérieure de la Grèce, et de ce qu’on pourrait appeler « d’autres valeurs », ou bien l’origine des valeurs actuelles, peuvent être lues.
Mais l’interview est intéressante à d’autres titres, ne serait ce que dans sa dimension politique : Godard y revient à plusieurs reprises sur la question des droits liés aux oeuvres. A l’heure où Hadopi tente de lancer ses premières menaces, lorsque certains rêvent de voir tous les ordinateurs français badgés « loppsi inside », déjà dépassés par ceux qui trouvent que « Acta », ça sonne plus contemporain, parce que plus « planétaire », qu’un artiste ne nous joue pas le couplet de la ruine induite par les moyens de communication du moment fait plaisir à lire, à défaut de permettre de disposer d’un modèle économique fiable pour garantir ne serait ce qu’un salaire minimal à ceux qui produisent ce qui, ensuite, se répand.
On ne doute pas que nombreux sont ceux qui considéreraient les revenus de Godard comme décevants au regard de ce que l’industrie du cinéma peut laisser espérer à ceux qui n’en ont jamais assez. Lui a l’air de ne pas se plaindre plus que ça. Il a surtout l’air de se concentrer sur autre chose, qui semble placer ses gains sur un second plan, celui des moyens, l’essentiel semblant se cacher quelque part, au dessus.
On ne s’étonnera pas, dès lors, de constater que s’il ne semble pas se préoccuper outre mesure de la commercialisation de ses oeuvres, préférant délirer gentiment sur des hypothèses délirantes de distribution de son dernier film via un couple de parachutistes largués au hasard sur le territoire, il ne se considère pas, non plus, comme propriétaire de ses films, ne réclamant pas de droits à ceux qui récupèrent dans ses propres métrages de quoi alimenter leurs propres montages.
Il serait difficile de résumer le cinéma de Godard à quelques mots tentant de le définir. Néanmoins, la citation est au coeur de ses films, qu’elle ait sa source dans la littérature, la peinture, la musique ou le cinéma lui même. Chez lui, il faut que les images, les plans, les séquences, circulent, parce que c’est dans ce mouvement qu’ils gagnent en sens; il n’y a pas de culte de l’image seule chez Godard, et au sens strict, on peutdire qu’il fait de l’image mouvement. Evidemment, ça a des conséquences économiques, dont on peut dire que les mesures actuelles concernant la circulation des oeuvres n’ont pas exactement saisi l’importance :
« Si on dit socialisme, on peut parler de politique. Par exemple de la loi Hadopi, de la question du téléchargement pénalisé, de la propriété des images… - Je suis contre Hadopi, bien sûr. Il n’y a pas de propriété intellectuelle. je suis contre l’héritage, par exemple. Que les enfants d’un artiste puissent bénéficier des droits de l’oeuvre de leurs parents, pourquoi pas jusqu’à leur majorité… Mais après, je ne trouve pas ça évident que les enfants de Ravel touchent les droits sur le Boléro…
- Vous ne réclamez aucun droit à des artistes qui prélèvent des images de vos films ? - Bien sûr que non. D’ailleurs, les gens le font, mettent ça sur internet et en général c’est pas très bon… Mais je n’ai pas le sentiment qu’ils me prennent quelque chose. Moi je n’ai pas internet. Anne-Marie (Miéville, sa compagne et cinéaste – ndlr) l’utilise. Mais dans mon film, il y a des images qui viennent d’internet, comme ces images de deux chats ensemble.
- Pour vous, il n’y a pas de différence de statut entre ces images anonymes de chats qui circulent sur internet et le plan des Cheyennes de John Ford que vous utilisez aussi dans Film Socialisme ? Statutairement, je ne vois pas pourquoi je ferais une différence. Si je devais plaider légalement contre les accusations de pillage d’images dans mes films, j’engagerais deux avocats avec deux systèmes différents. L’un défendrait le droit de citation, qui n’existe quasiment pas en cinéma. En littérature, on peut citer largement. Dans le Miller (Vie et débauche, voyage dans l’oeuvre de Henry Miller – ndlr) de Norman Mailer, il y a 80% de Henry Miller et 20% de Norman Mailer. En sciences, aucun scientifique ne paie des droits pour utiliser une formule établie par un confrère. Ca, c’est la citation et le cinéma ne l’autorise pas. J’ai lu le livre de Marie Darrieussecq, Rapport de police, et je le trouve très bien parce qu’elle fait un historique de cette question. Le droit d’auteur, vraiment ce n’est pas possible. Un auteur n’a aucun droit. Je n’ai aucun droit. Je n’ai que des devoirs. Et puis dans mon film, il y a un autre type d’emprunts, pas des citations mais simplement des extraits. Comme un piqûre lorsqu’on prend un échantillon de sang pour l’analyser. Ca serait la plaidoirie de mon second avocat. Il défendrait par exemple l’usage que je fais des plans de trapézistes issus des Plages d’Agnès. Ce plan n’est pas une citation, je ne cite pas le travail d’Agnès Varda : je bénéficie de son travail. C’est un extrait que je prends, que j’incorpore ailleurs pour qu’il prenne un autre sens, en l’occurence symboliser la paix entre Israël et Palestine. Ce plan, je ne l’ai pas payé. Mais si Agnès me demandait de l’argent, j’estime qu’on pourrait le payer au juste prix. C’est à dire en rapport avec l’économie du film, le nombre de spectateurs qu’il touche…
- Pour exprimer la paix au Moyen-Orient par une métaphore, pourquoi préférez-vous détourner une image d’Agnès Varda plutôt qu’en tourner une ? - Je trouvais la métaphore très bien dans le films d’Agnès.
- Mais elle n’y est pas… Non, bien sûr. C’est moi qui la construis en déplaçant l’image. Je ne pense pas faire du tort à l’image. Je la trouvais parfaite pour ce que je voulais dire. Si les Palestiniens et les Israeliens montaient un cirque et faisaient un numéro de trapèze ensemble, les choses seraient différentes au Moyen-Orient. Cette image montre pour moi un accord parfait, exactement ce que je voulais exprimer. Alors, je prends l’image, puisqu’elle existe.
- Le socialisme du film consiste à saper l’idée de propriété, à commencer par celle des oeuvres… Il ne devrait pas y avoir de propriété des oeuvres. Beaumarchais voulait seulement bénéficier d’une partie des recettes du Mariage de Figaro. Il pouvait dire « Figaro, c’est moi qui l’ai écrit ». Mais je ne crois pas qu’il aurait dit « Figaro, c’est à moi ». Ce sentiment de propriété des oeuvres est venu plus tard. Aujourd’hui, un type qui pose des éclairages sur la tour Eiffel, il a été payé pour ça, mais si on filme la tour Eiffel on doit encore lui payer quelque chose.
(…)- L’avant dernière citation du film est : « Si la loi est injuste, la justice passe avant la loi »… - C’est par raport au droit d’auteur. Tous les DVD commencent par un carton du FBI qui criminalise la copie. Je suis allé chercher Pascal. »
Les Inrockuptibles n°754, du 12 Mai 2010, supplément spécial Cannes, p. XIX sq.
Un autre extrait, davantage focalisé sur la dette grecque, peut être lu en cliquant ici même.
« Chasser les autres du marché, réduire leurs revenus à zéro, bref s’emparer de leurs occasions de gagner, tout le jeu de la concurrence est là. Une fois une certaine richesse acquise, les occasions de gagner de l’argent se multiplient : la richesse accumulée ouvre des possibilités fermées aux non-possédants ».
Lester Thurow – Les fractures du capitalisme, ed. Village mondial, 1997 (1996 pour l’édition américaine, sous le titre « The Future of capitalism« ). p. 270
Et 6 pages plus loin :
« Si l’on ne veut pas que l’Etat intervienne sur le marché en faveur des perdants, il existe une alternative : éliminer les économiquement faibles de la société. Un économiste du XIXè siècle, Herbert Spencer, a forgé à cet effet un concept qu’il a appelé « survie du plus apte » (formule que Darwin lui a empruntée pour démontrer sa théorie de l’évolution). Spencer pensait que le devoir des économiquement forts était de réduire les économiquement faibles à l’extinction. Là réside tout le secret de la force du capitalisme : il élimine les faibles. Spencer a créé un mouvement en faveur de l’eugénisme, dans le but d’empêcher les inadaptés de se reproduire (c’était un moyen plus humain, moins brutal, que de les réduire par la famine, ce que l’économie livrée à elle-même n’aurait pas manqué de faire). Du point de vue de Spencer, toutes les mesures correctrices d’aide sociale ne font que prolonger l’agonie de l’humanité, en multipliant la population finalement destinée à mourir de faim. «
Je serais tenté d’ajouter qu’une alternative consista, pendant quelques décennies, à donner à ces économiquement plus faibles les moyens de participer activement à la consommation, en leur ouvrant le plus largement possible les portes du crédit, au plus grand bénéfice de ceux qui fournissaient les marchandises. Consciemment ou pas, ce sont les Etats qui financèrent ce pouvoir d’achat, sous forme d’aides sociales d’une part, puis en renflouant les banques mises devant un fait accompli que n’importe qui pouvait deviner à l’avance : les plus pauvres n’auraient jamais les moyens de rembourser leurs dettes (et rien ne sera fait pour empêcher leur surendettement, et pour cause : tant que les Etats ont les moyens d’assurer les banques, peu importe que les particuliers remboursent ou pas, c’est l’Etat qui paie, en d’autres termes, c’est l’argent public qui rejoint les fortunes des plus fortunés.
L’étape suivante consistera à observer ce qui reste de ce capitalisme de gauche maintenant que le marché n’a plus besoin que ces économiquement faibles consomment, puisque d’autres, ailleurs, plus avides de produits nouveaux, plus nombreux, et disposant de pouvoirs d’achats obtenus sans passer par l’intermédiaire d’aides sociales, peuvent prendre le relai de cette masse de consommateurs subventionnés. Nul doute que les thèses de Spencer vont apparaître de nouveau comme une possibilité parmi d’autres, devant être pragmatiquement envisagée par ceux qui se présenteront comme politiquement plus responsables que les autres.
Se révèlera alors le caractère mensonger de la formule « Tout le monde veut prendre sa place ». Parce que tout le monde ne peut pas prendre cette place qui n’est la place que d’un seul. Parce que chacun veut la prendre, cette place, oui. Mais un seul peut l’occuper. Et il ne le peut qu’en mettant les autres au service du maintien de sa propre position. « Sous sa forme la plus radicale, le capitalisme est parfaitement compatible avec l’esclavage ». Même source, p. 269. Pas mieux.
Se battre comme un beau diable, voila la devise que semble avoir choisie Alain Minc. Comme on a du mal à l’imaginer adulte (qui, au-delà de 9 ans, se peignerait d’une telle manière ? Qui semblerait en permanence aussi satisfait qu’un enfant content d’avoir bien fait ses devoirs ?), on supposera qu’il y eut un moment, dans son enfance, où Alain Minc dût lire quelqu’histoire de club des cinq, dans laquelle était mentionnée cette expression, désignant l’attitude de ceux qui, se croyant bras droit du Bon Dieu, font les diables, et se démènent, gigotant dans tous les sens, prenant des poses et effectuant des prises, telles qu’ils les ont vu faire, à l’identique, pour la beauté du geste.
Coup sur coup, deux actes de sacrifice.
Le premier, celui qui a du coûter beaucoup à Minc, étant donnée l’humiliation que ce moment génère dans ses interventions médiatiques, a consisté à vouloir prendre la défense d’Eric Besson, contre Stéphane Guillon, en écrivant à destination de ce dernier un portrait au vitriol à l’eau oxygénée, pensant le lire à l’antenne juste après le passage du portraitiste en titre de France Inter. Manque de bol, Minc s’est trouvé devant une absence : mal renseigné, il ne savait pas que le Jeudi, ce n’est pas Guillon qui tient le micro, aussi était il tout attristé d’avoir sur les bras sa composition écrite pour rien, à tel point qu’il ne put s’empêcher d’en livrer des bribes à droite à gauche, fier de lui comme peut l’être un collégien qui vient de coucher dans son carnet intime les boursouflures de son coeur ardent. Le lendemain, sur Canal+, Guillon lui-même, à la lecture du texte en question, reconnaîtra la naissance d’un nouveau comique, l’épisode où Minc traite son interlocuteur de cocaïnomane ayant le double intérêt de le conduire sur les pentes escarpées de la calomnie (mais ça, depuis les élections régionales, ça semble faire partie de la rhétorique de campagne de l’UMP, et ça semble ne plus devoir être puni par la loi), et de faire preuve d’un comique sans doute involontaire, (on imagine difficilement Minc cynique) : Sous-entendre que Guillon carbure à la cocaïne pour protéger les plus hautes sphères de l’Etat a quelque chose d’innocemment naïf qui ferait plaisir à voir si cet aveuglement n’était pas le fait d’un type qui donne son avis sur tout (c’est une chose) à des oreilles qui sont trop contentes de voir dans ces opinions la validation qui leur manquait pour pousser le bouchon politique toujours un peu plus loin. On imagine combien Besson a du se sentir défendu par un tel petit soldat à l’humour de plomb. On imagine aussi combien les divers plateaux tv ont du ensuite avoir le sentiment de rejouer en live quelques scènes du dîner de cons quand il fallait y accueillir la raie ambulante pour lui demander un avis éclairé sur le monde tel qu’il va et les affaires telles qu’elles s’y mènent, à ceci près que le benet, ici, a un pouvoir que lui envieraient pas mal d’esprits véritablement éclairés.
Le second, c’est le meurtre du père. Ne l’oublions pas : Minc est en âge de nous faire son Oedipe. En politique, quand tout s’effrite, que les conseillers historiques du président commencent à bander mou, qu’ils ne se donnent même plus la peine d’écrire de nouveaux discours à un patron suffisamment occupé à autre chose pour ne pas s’apercevoir qu’il prononce plusieurs fois de suite les mêmes propos, il est temps de montrer qu’on pourrait aisément prendre la place de ceux en qui la foi commence à mettre le drapeau en berne. Position idéale de ceux qui aiment le pouvoir s’en avoir envie d’en supporter la responsabilité, le poste de conseiller est manifestement avidement recherché, et Minc a du se dire que la première occasion de se signaler serait la bonne. Autant dire que l’hospitalisation de son père a du briller à ses yeux comme une aubaine. Au-delà de l’entreprise de storytelling (la simple idée de Minc menant des réflexions économiques dans les couloirs de l’hôpital où est soigné son propre père en dit long sur le niveau d’obnubilation dont souffre le personnage, et si il n’y avait pas un patient sur un lit de malade, on pourrait même se marrer en l’imaginant arpentant les couloirs de l’hôpital, en train de chercher à droite à gauche des sources d’économies pour le pays), au-delà de la soudaine implication de la vie privée dans la réflexion politique, il s’agit bien de glisser en douce, l’air de rien, une idée nouvelle dans le paysage des idées : il y aurait un âge au delà duquel il ne serait plus pertinent de payer les frais de santé, particulièrement si ceux-ci sont élevés. Economiquement, c’est imparable : la meilleure manière de remettre de l’argent au sein des corps caverneux des budgets de l’Etat, c’est de ne plus payer un certain nombre de prestations sociales. Et tant qu’à faire, autant taper sur celles qui coûtent le plus cher. Les maladies touchant les plus vieux sont évidemment moins intéressantes, économiquement parlant, que la vaccination imaginaire (mais financée quand même) de tous les français contre la grippe (et plutôt deux fois qu’une, tant qu’on y est) : le soin des vieux, c’est du temps, de la présence, ça coûte, et ça ne rapporte rien à personne. Mauvais calcul.
De toute façon, il va falloir se faire à cette idée qu’on commence à nous seriner gentiment : c’est bien beau de vivre si longtemps, mais trop, c’est trop. Il va falloir penser à crever un peu plus tôt. Sauf, évidemment, si on a les moyens de se payer des soins post-mortem, sauf si on a assez de fric ou de patrimoine pour financer la vie au delà de la date de péremption. Autant dire que la proposition a l’avantage de la pertinence et de l’à-propos, puisque par un heureux hasard, ce sont bien les plus riches qui coûtent le plus à la collectivité, puisque ce sont ceux qui vivent le plus longtemps (si ce n’était pas le cas, ça ferait bien longtemps qu’on prendrait en compte la pénibilité et l’espérance de vie dans les calculs de retraite, ce dont on se garde bien, évidemment).
Bien sûr, pour ne pas être taxé de monstruosité, Minc se garde bien de vouloir généraliser son beau principe à toutes les personnes âgées : seules seraient concernées celles qui en auraient les moyens. Autant dire qu’on voit mal à partir de quand on peut considérer que certains en ont les moyens, et d’autres pas. Autant dire surtout qu’il s’agit une fois de plus de glisser une nouvelle idée en douce, et de la laisser doucement s’installer dans les esprits, afin de les préparer. On nous vantera certainement encore le système de santé anglais, qui priorise certains patients en plaçant les autres au second plan des soins, et on nous dira enfin qu’on n’a pas le choix : le secteur privé n’a plus les moyens de prendre en charge les personnes âgées. Que les plus riches d’entre elles aillent financer le secteur privé, de leur présence désormais lucrative (alors, quand les cliniques se seront fait une spécialité d’accueillir à prix d’or tous les fêlés du col du fémur les plus friqués de l’hexagone, on pourra même décider de subventionner leur louable activité, histoire de mettre de la moquette sous les déambulateurs). Et comme la loi de la nature (et Minc ne cesse de rappeler à quel point le marché est notre « oxygène », qu’il n’y a pas d’autre réalité que lui même, qu’il n’existe aucune alternative en dehors de l’ordre dont il bénéficie) commande qu’on ne conserve que ceux qui sont en état de produire, on proposera ensuite de ne plus financer, non plus, les soins des enfants. Après tout, une forte natalité, moins coûteuse, permettra qui plus est de proposer aux entreprises des employés moins souffreteux, la sélection naturelle ayant éliminé ceux qui pourraient faire perdre de précieuses ressources en congés maladie.
Une fois de plus, quand on est actionnaire, on trouve que les impôts font un peu moins mal au cul à payer, quand on les verse directement à des personnes privées, dont on fait soi même partie, plutôt qu’à l’Etat, qui en fait nécessairement mauvais usage, puisqu’il capte cette ressource dont on est privé quand on est « investisseur » (entendons, de nos jours, « bénéficiaire »).
Replongeant au fin fond de ma bibliothèque, je m’aperçois que Minc n’a rien inventé : en 2003 sortait un petit roman de Jean-Michel Truong, intitulé Eternity Express. Le quatrième de couverture disait ceci :
« Dans un futur proche. Toujours plus assoiffés de nouvelles technologies, les investisseurs mondiaux n’ont pu anticiper le sinistre krach boursier qui vient de frapper l’Occident aux portes du chaos. Aujourd’hui incapable d’entretenir cette génération de baby-boomers devenus pauvres et vieillissants, l’Union est contrainte de voter la fameuse « loi de délocalisation du troisième âge ». L’idée est simple : un TGV rempli de retraités qui, via l’Europe centrale puis la Sibérie, file jusqu’en Chine, direction Clifford Estates, luxueux ensemble d’habitations et lieu rêvé pour finir ses jours. Mais cette première expédition ne tarde pas à dévoiler son lot de surprises et de personnages troubles… »
Autant prévenir, les amateurs de littérature n’y trouveront pas tout à fait leur compte. En revanche, ceux qui aiment tisser un lien entre les compositions écrites d’Alain Minc et ces « lots de surprises », et ces « personnages troubles » pourront trouver dans ce roman une fable tout à fait adaptée aux temps qui courent.
Il me semble qu’on pourra aussi lire, ou voir Soleil Vert (Richard Fleischer, 1973)
J’irais bien faire un tour du côté de chez oim, pour voir si y a kekchos’à s’y mettre sous la dent.
Du côté de chez Harry, en vrac, on trouvera :
Simone Weil en .pdf, parce que, La condition ouvrière, au moment où Florence Aubenas sort le quai de Ouistreham, ça permet d’éviter d’affirmer que cette méthode d’investigation est nouvelle. On rappellera que Simone Weil s’engagea dans le travail ouvrier mais qu’elle ne s’en désengagea point : quand elle reprit le chemin des salles de cours, elle ne garda de son salaire que ce qui correspondait au salaire ouvrier, versant le reste, comme surplus, à des caisses de solidarité. Evidemment, elle fait partie de ceux qui font qu’on se sent perpétuellement un peu bourgeois. On essaie de s’y faire. On devrait pas. Pour se payer le luxe de vivre la condition ouvrière tout en continuant à gagner plus, il faut cliquer ici.
Du coup, comme j’ai fureté dans quelques revues qui feraient confondre Libération avec le Figaro, je suis tombé sur un texte de Malraux sur l’art populaire, qui répondait à quelques commentaires. Ce texte pourra se lire en cliquant ici même.
Du travail répétitif à l’usine aux boucles des samples de la musique contemporaine, il n’y a qu’un pas que Gondry franchit en compagnie de Noir Désir sur A l’envers à l’Endroit, c’est par ici. Et dans l’outremonde, on va le voir, la musique semble avoir pris ses quartiers d’été.
Ca fait un moment que je veux ouvrir une rubrique « bagnoles » ici, ne serait ce que pour faire râler les lecteurs qui n’en ont pas, ainsi que ceux qui s’en contrefoutent (ils peuvent être les mêmes). Dans cette rubrique imaginaire, une sous-rubrique serait consacrée aux films de bagnoles. Dans mon panthéon personnel, Vanishing Point se tient au sommet. J’y reviens régulièrement, et un jour, j’aurai une Dodge. La bande annonce est là, mais si on fouille, on peut trouver vraiment très souvent ce film cité dans mes articles.
Ca y est, les écrans ciné débordent de 3D. Il n’y a pas un film qu’on n’a pas envie de voir qui ne soit proposé en version troisdimensionalisée. Fort bien. Mais qu’est ce que ça apporte au cinématographe ? Peut être un peu plus que ce que nous autres, esprits grincheux ou amblyopes voulont (ou pouvons, en l’occurrence) bien y voir. Les Cahiers du Cinéma se sont intéressés à la question. Davantage sur la question en se rendant ici même.
Aaaaahhhh… L’argent… Voila qui met au moins tout le monde d’accord, même si cet accord sur la valeur sème immédiatement le désaccord sur les modalités de son partage. On manque de lecture sur l’argent, au moins autant qu’on manque d’argent, c’est dire. Le livre d’Aglietta et Orléan, La Violence de la monnaie, propose une analyse de ce qui apparaît, sous leur plume imprimante, comme irréductible à un simple outil d’échange. L’ouvrage est quasi introuvable, alors en suivant ce lien, on peut parvenir à son chapitre 4, qui m’a semblé être simplement crucial. Il FAUT le lire, je crois.
Guy Debord a écrit un traité du Poker. Fut il à ce point fasciné par Patrick Bruel ? Arrondissait il les fins de mois en jouant les arnaqueurs autour du tapis de jeu ? Laissait il de gros pourboires aux croupiers ? Nul ne peut vraiment en témoigner, et comme il s’agit de Debord, toutes les hypothèses seront envisagées. Toujours est il que ce court texte (vraiment très court, ne réservez pas votre journée pour le lire) est une petite entreprise de détournement comme seul un situationniste sait les pratiquer. On peut lire ça par ici.
Varèse, vous connaissez ? Le public du théâtre des Champs Elysées, le soir du 2 Décembre 1954, il ne connaissait pas non plus. Ca donne un concert pour le moins très TRES etrange, au cours duquel les auditeurs font preuve d’une violence verbale qui a laissé des traces tout à fait audibles sur l’enregistrement, dont nous disposons aujourd’hui. Envie de faire une petite expérience auditive ? Accrochez vous, mais si vous franchissez les tempêtes esthétiques du morceau, nul doute que le mot « musique » correspondra ensuite à un ensemble bien plus vaste, et décrira un paysage dont les limites sembleront repoussées hors des point où la vue porte. C’est par là que ça se passe.
Et comme Frank Zappa, adolescent, développait des attitudes de fan envers Varèse, on dispose aussi d’un texte dans lequel il lui rend hommage à travers le récit de la découverte d’un de ses disques. La lettre peut être lue ici.
Et pour finir, je me suis rendu compte, un peu par hasard, que dans la publicité pour la firme Orange, celle qui montre que les mots peuvent avoir plusieurs sens, il y a une image qui est complétement bidonnée, puisqu’on y fait croire que la Vénus endormie de Giorgione fait 5m de haut, alors qu’elle n’en fait qu’un. Dès lors, on ne sait pas trop devant quoi les deux visiteurs ébahis s’ébahissent. La publicité, ainsi que le détail de ce grand n’importequoi se trouvent ici.
Pas facile de se caser dans les niches médiatiques de l’insurrection conventionnelle. D’autant moins facile lorsque Kourtrajmé, boite de production de clips, agence de communication maîtrisant assez bien les codes du moment, s’est faite la spécialiste de ce genre de communication, entretenant chez ceux qui ne sont, et là dessus, il n’y a vraiment aucun doute possible, que des producteurs de musique, l’illusion qu’ils pourront à leur tour suivre le Graal de la célébrité que constituèrent des U2, ou des Madonna : famous and conscious tout mixé dans la rock’n'roll attitude, et ce même quand on est loin, très loin, de faire du rock. Encore moins facile lorsque Romain Gavras et ses potes ont déjà, en quelques réalisations à la mode, écumé les domaines pouvant servir de faire valoir aux artistes qui leur confient leur promotion.
C’est que le jeu des chaises musicales est disputé de manière assez âpre par tous ceux qui sentent bien que leurs produits se vendraient mieux s’ils étaient affiliés à une rebelle attitude estampillée et validée par les mots clé du jour du tweeter. Là où les vedettes institutionnelles pouvaient jadis mettre leur main de géants sur des étendues aussi vastes que l’aire se trouvant entre Manhattan et Kaboul, là où un Bono pouvait carrément prendre sur les épaules de sa voix la dette du tiers monde (en donnant un peu de sa personne, reconnaissons le, mais bon, en même temps, sinon, qu’est ce qu’il pourrait bien foutre de son temps ?), là où les bonnes âmes de la chanson française se donnent bonne conscience en désignant comme « enfoirée » le principe selon lequel on cooptera ceux qui auront la joie et l’avantage d’appartenir à l’Olympe musical hexagonal, il est difficile pour ceux qui aimeraient avoir davantage de street credibility de trouver une chaise sur laquelle poser leur indécis et délicat postérieur.
Après Justice et la descente en ville de jeunes banlieusards (Stress, dignes, finalement, du « Quand on descend en ville » de Plamondon dans Starmania), voici donc la guerre sainte entre les trois religions autoproclamées comme « grandes » pour Nouvel R (Masta) et, idée géniale, parce que pour le coup, on ne la voyait pas vraiment venir, l’élimination organisée des roux pour M.I.A. (Born Free).
Trois clips, trois mises en scènes utilisant tous les artifices de la narration édifiante, reprenant les canons du cinéma militant tels qu’a pu les construire, en particulier, Peter Watkins (la référence m’avait traversé l’esprit, en voyant Born Free, mais elle s’est cristallisée en lisant cet article (http://ingenieurdusymbolique.fr/3327)), mais qui ne jouent qu’avec l’image de la violence, se donnant à bon compte bonne conscience en faisant mine de l’attribuer aux « autres ». Qui ? On sait pas, et on ne le sait pas parce que tout, dans ces clips, demeure flou : l’axe du regard est indéterminé, neutre, de sorte que la violence semble diluée dans un monde où on ne la regard pas pour la condamner, non : on se complait à la représenter. Ceci explique sans doute que systématiquement, il s’agisse d’environnements qui semblent générer par eux même la violence, comme si elle venait toujours d’en haut, comme une fatalité.
De toute évidence, cette fatalité est une aubaine pour cette boite de production, et tant qu’à faire, elle aurait bien tord de ne pas l’entretenir, puisqu’elle en tire certainement d’intéressants revenus. Au-delà de ces petits arrangements avec les moeurs, le succès de ces mises en scène n’est sans doute pas uniquement dû au cynisme de ceux qui les produisent. Qu’on le veuille ou non, la violence fascine. Et elle fascine d’autant plus qu’on n’est pas éduqué à la canaliser, à l’endiguer, à la détourner et parfois, à la refuser. Or, quand la violence est maîtrisée, elle prend la forme de ce qu’on appeler la « force », ou la « puissance ». Elle caractérise alors la possibilité de faire, de construire, là où la violence prend un malin plaisir à faire disparaître. Une fois compris cela, on saisit mieux les éléments de langage de Kourtrajmé (et peu importe qu’ils en soient conscients ou pas, qu’ils soient cyniques ou juste cons : ils ont les moyens de réfléchir, s’ils ne le font pas, ils en sont responsables) :
- L’accusation mêlée à la ridiculisation des forces de l’ordre permet de légitimer, à l’image, le recours à la violence urbaine la plus incontrôlée, et rien, absolument rien dans ces productions n’incarne l’idée que l’avènement de la puissance réclame une mise en forme collective et maîtrisée de cette violence. On met en scène l’émeute pour couper court à tout projet commun.
- Le style. Tout à l’écran doit correspondre aux standards du style plaisant du moment. Alors les opprimés sont taillés sur mesure, coupes de cheveu au diapason des vestes de survet assorties aux jeans qui tombent bien. Chacun sait que les jeans qui tombent bien, on les trouve pas ches Kiabi ni à la Halle aux vêtements. Bref, l’opprimé consomme, comme tout le monde, et la réalité crue de ces productions, c’est que ceux qui ne s’adonnent pas aux joies de la consommation des fringues à la mode, ceux qui ne se posent pas devant leur glace, le matin, pour se demander si leur jean est suffisamment taille basse pour mériter le regard complaisant de Romain Gavras, si leur coupe de cheveu témoigne de leur rage, si la marque de leur montre est un symptome de leur attitude, ceux qui ne se coulent pas dans ce moule, on en dresse un tableau édifiant à travers les obèses présents dans Born Free : ceux là ne méritent pas la gloire de la guérilla urbaine, ils sont juste tabassés à poil ou en cal’but’, interrompus au pieux dans des ébats présentés comme bestiaux, minables, sous humains. C’est sans doute là que la hiérarchie proposée par l’idéologie de Gavras junior est le plus clairement mise en évidence. C’est aussi là que le clip est pour de bon nauséeux.
- Le style documentaire, qui trouve sans doute une de ses sources chez Kassovitz (La Haine aura décidément fait beaucoup de dégâts dans le cinéma français…). Gavras doit certainement connaître Watkins, mais il n’est pas certain qu’il l’ait compris. C’est ce ton qui permet de ne pas assumer la violence qu’on se plait à partager avec un public qu’on affirme libérer tout en le privant de ses forces, puisqu’on se refuse à l’éduquer. Ainsi, on fait croire que le responsable de ce qu’on voit, c’est le réel. On oublie de préciser que le réel n’est rien d’autre que ce qu’on fait, et que s’il s’agit d’accuser le « POUVOIR », alors il faut préciser qu’entre Kourtrajmé et son public, le pouvoir est du côté de ceux qui se sont associés, organisés pour diffuser leurs images. Or on comprend mal cette position qui consiste à se dénoncer soi même tout en plaisant l’irresponsabilité.
- Le populisme esthétique. On récupère tout ce qui permet de faire du clin d’oeil à tout va au public qu’on souhaite séduire. On se rend complice de ce public en désignant du coin de l’oeil ceux que l’affaire va choquer, et ça tombe bien, ce sont eux qui vont faire monter le « buzz », parce que le public visé, lui, celui avec qui il s’agit de se complaire, ne tient pas de propos sur ce qu’on lui montre, pour la simple raison qu’il n’en pense rien : il le copie colle sur sa page facebook, pour montrer qu’il en est, qu’il fait partie du cercle de ceux qui ont vu les roux se faire dézinguer à une frontière qu’on n’essaiera même pas d’identifier. Il prend juste son pied à voir des bottes écraser des visages, et c’est pour lui l’image du présent.
Mais, finalement, puisque c’est à Peter Watkins qu’on pense en regardant ces clips, puisqu’on a l’impression de voir en eux une sorte d’ersatz de Punishment Park, sans doute est ce à ses mots à lui qu’on peut juger de ce genre de mise en images. Il se trouve qu’en 2003 le réalisateur publiait Media Crisis, un ensemble de textes qui, en recourant aux concepts d’horloge universelle ou de monoforme, analysent les medias, et la manière dont ils uniformisent la perception du réel. Chez Watkins, l’unité de forme est évidemment facteur d’appauvrissement de compréhension de la réalité. Or, curieusement, bien que Romain Gavras soit certainement convaincu de participer à un discours alternatif. A lire Watkins, on constate à quel point il en est pourtant éloigné :
« (…)je voudrais faire quelques observations préalables qui transcendent l’ensemble de la crise des médias.
Et poser, tout d’abord, concernant la fonction générale de MMAV (Mass Media Audio Visuels, note du moine copiste) – et ce, quel que soit le champ concerné – la question du rôle spécifique des MMAV dans notre société contemporaine.
S’agit-il d’offrir aux citoyens des informations aussi impartiales et objectives que possible ? De donner aux spectateurs le choix d’une forme de divertissement : populaire ou non, simple ou complexe, violente ou calme, mono-linéaire ou pas, brève ou prolongée, agressive ou introspective ? S’agit-il d’être à l’écoute du public (sans même parler de le faire réellement participer) ?
(…)
Ou bien s’agit-il exactement du contraire ? Le rôle des des MMAV est-il d’agresser et de piéger le public par l’uniformisation des programmes sur le plus petit dénominateur commun, c’est à dire sur des bases aussi superficielles et bassement commerciales que possibles ? Est-il d’encourager la violence dans la société ? De soutenir les politiques gouvernementales et de servir les intérêts des lobbys industriels et militaires, tout en entretenant un silence complice sur leurs méthodes et leurs choix ?
La télévision d’aujourd’hui répond globalement à cette deuxième série de propositions. Mais plutôt que d’être reconnus pour ce qu’ils sont – un pouvoir de plus en plus manipulateur, malveillant et destructeur – les MMAV ( de quelque culture ou région du monde que ce soit) sont considérés, par une majorité du public et de nombreux intellectuels, comme un service public aussi indispensable que le réseau de distribution d’eau. Et tout aussi inoffensif. »
Peter Watkins – Media Crisis, 2003
On peut reprendre in extenso la production de Kourtrajmé, il n’y a pas un seul des points cités par Watkins dans la liste des véritables enjeux des médias de masse auxquels leurs réalisations ne correspondent. Ayant simplement saisi qu’il y avait un revenu à tirer de la tension sociale existant, ayant compris qu’il suffisait de capitaliser sur cette ambiance en l’alimentant comme on alimente un feu pour s’y chauffer, ils génèrent des bénéfices sur le dos de ceux qui, naïfs parce que complaisants, croient se voir représentés par ces social-traitres. Et pendant que ce petit monde se fait plaisir à bon compte, en se payant le luxe d’avoir en plus la bonne conscience de ceux qui, tels un Vincent Cassel, ont pu s’acheter leur crédibilité en alignant les rôles autoproclamés sulfureux, et en pratiquant la capoeira (ce type a la panoplie totale de ceux qu’il faudra bien, un jour, convier à débarrasser le terrain, tant il a fait des fossés sociaux, auxquels il participe pleinement, et creuse donc, son fonds de commerce), les problèmes existent pour de bon, mais sur des plans que la communication de masse n’aborde jamais, ce qui permet de ne jamais les attaquer sous le bon angle.
Ainsi, désormais, les banlieues ont Vincent Cassel, et les roux ont M.I.A. Peu à peu, chaque point de crispation sociale aura son parasite attitré, spéculant sur cette source non négligeable d’énergie pour donner à sa communication l’aura que son art ne saurait avoir seul. Peu à peu, aussi, on identifiera la lutte à cette seule forme d’expression, et il y aura toujours une poignée d’excités pour tenter de faire passer au réel la violence mise en scène dans ces productions, dont les auteurs seront toujours, eux, à l’abri, planqués, loin des conséquences; ça leur permettra au moins de venir parader en se posant en visionnaires, ou en prophètes. Autant dire que ceux qui, sur le terrain, se confrontent au quotidien à ces paquets de nerfs, ne peuvent que regarder, eux-mêmes de plus en plus crispés ces petits bourgeois faire en sorte que la guerre civile devienne leur buzz, simplement parce qu’ils ont trouvé là une source de revenus, et qu’ils aiment bien cette ambiance là, comme élément de leur panoplie de nantis non assumés. Autant dire aussi que les mêmes inutiles pompiers vont se sentir de plus en plus dérisoires face à ceux qui, au sens propre comme au sens figuré, gagnent grassement leur vie à jouer avec le feu, alors qu’on excite la population à considérer que les acteurs sociaux sont, eux, excessivement payés pour l’éteindre.
Dernier détail : on découvre, cependant, qu’existe dans nos sociétés un phénomène comparable aux discriminations dont font preuve les albinos ailleurs, orienté chez nous vers les roux. Sans doute les blonds et bruns sont ils aussi ignorant de cela que les blancs méconnaissent et sous évaluent en permanence la maltraitance dont font l’objet ceux qui ne sont pas blancs. Les groupes communautaires se multiplient sur les réseaux sociaux pour choisir son camp. Ici encore, on rassemble le troupeau pour le préparer à se défendre contre ceux qui se constituent comme ennemis et prédateurs potentiels. Il serait sans doute malhonnête de nier que les roux connaissent de véritables problèmes relationnels, particulièrement durant leur enfance et adolescence. On sait comment on est à ces âges là. Il serait néanmoins illusoire de penser changer quoi que ce soit à cette situation en constituant des communautés, réelles ou virtuelles : la logique de la séparation est celle qui génère le problème, et on voit mal comment elle pourrait ensuite le solutionner. Au delà de ce qui semblera anecdotique à ceux qui ne sont pas roux, on constate que même sur un terrain qu’on pourrait considérer à bon compte comme superficiel, ou inessentiel, les tensions semblent se générer d’elles mêmes, comme les remous dans une eau en ébullition. C’est que peu à peu nous avons de plus en plus de mal à supporter l’altérité, et que ce sentiment est une des plus puissantes sources d’énergies sociales, même si elles travaillent contre toute forme de cohésion sociale. Pour tout un tas de raisons, économiques, culturelles, religieuses, sexuelles (difficile à argumenter, mais derrière cette affaire de discrimination envers les roux, il me semble qu’il y a avant tout quelque chose de cet ordre là, ce serait à creuser), nous allons glisser dans ces eaux qui ne font pour le moment que frémir.
On devient curieux de savoir quelles embarcations vont nous permettre de voguer sur de tels océans.
Clips, dans l’ordre :
Born Free, de M.I.A. Stress, de Justice Masta, de Nouvel R
I can see you all, de Koudlam. Extérieur aux dispositifs de la rébellion mainstream de Kourtrajmé, I can see you all est un clip bâti en collaboration avec le plasticien Cyprien Gaillard. Si le matériel est semblable, la mise en scène de cette bagarre entre hooligans est à l’opposé des complaisances de Romain Gavras. Musicalement, le propos est aussi fortement éloigné. Je ne trouve pas le travail de Koudlam plaisant, pas plus que le clip de Gaillard, mais il a ceci d’intéressant qu’il dépasse justement les questions de plaisir pour tirer l’esthétique sur d’autres terrains, moins aisément définissables. Autant dire que chez Kourtrajmé, on est loin de ce genre de démarches, et qu’on voit très bien à quelle clientèle ces petits spots publicitaires idéologiques sont destinés.
Batifolant presque au hasard dans les écrits de Debord, télévision tournant un peu à vide sur une chaine d’informations continues (à vrai dire, l’appellation est tout à fait usurpée, s’agissant d’une chaine française : la désinformation y est monnaie courante, et le spectacle y est permanent), soudain, une collision accidentelle produit un effet de sidération qui me laisse un bon moment en arrêt, le regard alternant entre écrans, pc d’un côté, télé de l’autre. Sur Itv, on relaye le dernier clip publicitaire de Greenpeace, sur mon écran, un texte s’affiche, La Terre Malade, de Guy Debord, daté de 1971.
D’un côté, la demande somme toute polie aux gouvernements en place de faire quelque chose, et la mise en avant de l’image de l’action (la main humaine, dont on oublie un peu facilement qu’elle est tout autant la cause du problème que le moyen de sa solution), de l’autre, l’action de l’image. Le contraste était trop intéressant pour ne pas fusionner tout ça d’un coup d’un seul sur un seul et même écran, que vous êtes, si tout se passe comme prévu, en train de scruter.
On reconnaîtra à l’un et à l’autre des documents proposés un talent rhétorique assez édifiant. On rappellera cependant qu’une différence notable les sépare : l’un se fait passer pour une action effective, l’autre sait qu’il n’en est rien. Et c’est sans doute loin d’être un détail (et la même problématique touche cet écran devant lequel vous vous trouvez, à l’instant même).
« La Planète Malade
La « pollution » est aujourd’hui à la mode, exactement de la même manière que la révolution : elle s’empare de toute la vie de la société, et elle est représentée illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pléthore d’écrits et de discours erronés et mystificateurs, et elle prend tout le monde à la gorge dans les faits. Elle s’expose partout en tant qu’idéologie, et elle gagne du terrain en tant que processus réel. Ces deux mouvements antagonistes, le stade suprême de la production marchande et le projet de sa négation totale, également riches de contradictions en eux-mêmes, grandissent ensemble. Ils sont les deux côtés par lesquels se manifeste un même moment historique longtemps attendu, et souvent prévu sous des figures partielles inadéquates : l’impossibilité de la continuation du fonctionnement du capitalisme.
L’époque qui a tous les moyens techniques d’altérer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est également l’époque qui, par le même développement technique et scientifique séparé, dispose de tous les moyens de contrôle et de prévision mathématiquement indubitable pour mesurer exactement par avance où mène – et vers quelle date – la croissance automatique des forces productives aliénées de la société de classes : c’est à dire pour mesurer la dégradation rapide des conditions mêmes de la survie, au sens le plus général et le plus trivial du terme.
Tandis que des imbéciles passéistes dissertent encore sur, et contre, une critique esthétique de tout cela, et croient se montrer lucides et modernes en affectant d’épouser leur siècle, en proclamant que l’autoroute ou Sarcelles ont leur beauté que l’on devrait préférer à l’inconfort des « pittoresques » quartiers anciens, ou en faisant gravement remarquer que l’ensemble de la population mange mieux, en dépit des nostalgiques de la bonne cuisine, déjà le problème de la dégradation de la totalité de l’environnement naturel et humain a complètement cessé de se poser sur le plan de la prétendue qualité ancienne, esthétique ou autre, pour devenir radicalement le problème même de la possibilité matérielle d’existence du monde qui poursuit un tel mouvement. L’impossibilité est en fait déjà parfaitement démontrée par toute la connaissance scientifique séparée, qui ne discute plus que de l’échéance ; et des palliatifs qui pourraient, si on les appliquait fermement, la reculer légèrement. Une telle science ne peut qu’accompagner vers la destruction le monde qui l’a produite et qui la tient ; mais elle est forcée de le faire avec les yeux ouverts. Elle montre ainsi, à un degré caricatural, l’inutilité de la connaissance sans emploi.
On mesure et on extrapole avec une précision excellente l’augmentation rapide de la pollution chimique de l’atmosphère respirable ; de l’eau des rivières, des lacs et déjà des océans, et l’augmentation irréversible de la radioactivité accumulée par le développement pacifique de l’énergie nucléaire ; des effets du bruit ; de l’envahissement de l’espace par des produits en matières plastiques qui peuvent prétendre à une éternité de dépotoir universel ; de la natalité folle ; de la falsification insensée des aliments ; de la lèpre urbanistique qui s’étale toujours plus à la place de ce que furent la ville et la campagne ; ainsi que des maladies mentales – y compris les craintes névrotiques et les hallucinations qui ne sauraient manquer de se multiplier bientôt sur le thème de la pollution elle-même, dont on affiche partout l’image alarmante – et du suicide, dont les taux d’expansion recoupent déjà exactement celui de l’édification d’un tel environnement (pour ne rien dire des effets de la guerre atomique ou bactériologique, dont les moyens sont en place comme l’épée de Damoclès, mais restent évidemment évitables).
Bref, si l’ampleur et la réalité même des « terreurs de l’An Mil » sont encore un sujet controversé parmi les historiens, la terreur de l’An Deux Mille est aussi patente que bien fondée ; elle est dès à présent certitude scientifique. Cependant, ce qui se passe n’est rien de foncièrement nouveau : c’est seulement la fin forcée du processus ancien. Une société toujours plus malade, mais toujours plus puissante, a recréé partout concrètement le monde comme environnement et décor de sa maladie, en tant que planète malade. Une société qui n’est pas encore devenue homogène et qui n’est pas déterminée par elle-même, mais toujours plus par une partie d’elle-même qui se place au-dessus d’elle, qui lui est extérieure, a développé un mouvement de domination de la nature qui ne s’est pas dominé lui-même. Le capitalisme a enfin apporté la preuve, par son propre mouvement, qu’il ne peut plus développer les forces productives ; et ceci non pas quantitativement, comme beaucoup avaient cru le comprendre, mais qualitativement.
Cependant, pour la pensée bourgeoise, méthodologiquement, seul le quantitatif est le sérieux, le mesurable, l’effectif ; et le qualitatif n’est que l’incertaine décoration subjective ou artistique du vrai réel estimé à son vrai poids. Pour la pensée dialectique au contraire, donc pour l’histoire et pour le prolétariat, le qualitatif est la dimension la plus décisive du développement réel. Voilà bien ce que, le capitalisme et nous, nous aurons fini par démontrer.
Les maîtres de la société sont obligés maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre (car ils vivent, après tout, sur la même planète que nous ; voilà le seul sens auquel on peut admettre que le développement du capitalisme a réalisé effectivement une certaine fusion des classes) et pour la dissimuler : car la simple vérité des nuisances et des risques présents suffit pour constituer un immense facteur de révolte, une exigence matérialiste des exploités, tout aussi vitale que l’a été la lutte des prolétaires du XIX siècle pour la possibilité de manger. Après l’échec fondamental des tous les réformismes du passé – qui tous aspiraient à la solution définitive du problème des classes -, un nouveau réformisme se dessine, qui obéit aux mêmes nécessités que les précédents : huiler la machine et ouvrir de nouvelles occasions de profit aux entreprises de pointe. Le secteur le plus moderne de l’industrie se lance sur les différents palliatifs de la pollution, comme sur un nouveau débouché, d’autant plus rentable qu’une bonne part du capital monopolisé par l’État y est à employer et manœuvrer. Mais si ce nouveau réformisme a d’avance la garantie de son échec, exactement pour les mêmes raisons que les réformismes passés, il entretient vis-à-vis d’eux cette radicale différence qu’il n’a plus le temps devant lui.
Le développement de la production s’est entièrement vérifié jusqu’ici en tant qu’accomplissement « de l’économie politique : développement de la misère, qui a envahi et abîmé le milieu même de la vie. La société où les producteurs se tuent au travail, et n’ont qu’à en contempler le résultat, leur donne franchement à voir, et à respirer, le résultat général du travail aliéné en tant que résultat de mort. Dans la société de l’économie surdéveloppée, tout est entré dans la sphère des biens économiques, même l’eau des sources et l’air des villes, c’est-à-dire que tout est devenu le mal économique, « reniement achevé de l’homme » qui atteint maintenant sa parfaite conclusion matérielle. Le conflit des forces productives modernes et des rapports de production, bourgeois ou bureaucratiques, de la société capitaliste est entré dans sa phase ultime. La production de la non-vie a poursuivi de plus en plus vite son processus linéaire et cumulatif ; venant de franchir un dernier seuil dans son progrès, elle produit maintenant directement la mort.
La fonction dernière, avouée, essentielle, de l’économie développée aujourd’hui, dans le monde entier où règne le travail-marchandise, qui assure tout le pouvoir à ses patrons, c’est « la production des emplois ». On est donc bien loin des idées progressistes du siècle précédent sur la diminution possible du travail humain par la multiplication scientifique et technique de la productivité, qui était censée assurer toujours plus aisément la satisfaction des besoins « antérieurement reconnus par tous comme réels », et sans « altération fondamentale » de la qualité même des biens qui se trouveraient disponibles. C’est à présent pour produire des emplois , jusque dans les campagnes vidées de paysans, c’est-à-dire pour utiliser du travail humain en tant que travail aliéné , en tant que salariat, que l’on fait « tout le reste » ; et donc que l’on menace stupidement les bases, actuellement plus fragiles encore que la pensée d’un Kennedy ou d’un Brejnev, de la vie de l’espèce.
Le vieil océan est en lui-même indifférent à la pollution ; mais l’histoire ne l’est pas. Elle ne peut être sauvée que par l’abolition du travail-marchandise. Et jamais la conscience historique n’a eu autant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l’ennemi qui est à sa porte n’est plus l’illusion, mais sa mort.
Quand les pauvres maîtres de la société dont nous voyons le déplorable aboutissement , bien pire que toutes les condamnations que purent fulminer autrefois les plus radicaux des utopistes, doivent présentement avouer que notre environnement est devenu social ; que la gestion de tout est devenue une affaire directement politique, jusqu’à l’herbe des champs et la possibilité de boire, jusqu’à la possibilité de dormir sans trop de somnifères ou de se laver sans souffrir d’allergies, dans un tel moment on voit bien aussi que la vieille politique spécialisée doit avouer qu’elle est complètement finie.
Elle est finie dans la forme suprême de son volontarisme : le pouvoir bureaucratique totalitaire des régimes dits socialistes, parce que les bureaucrates au pouvoir ne se sont même pas montrés capables de gérer le stade antérieur de l’économie capitaliste. S’ils polluent beaucoup moins – les États-Unis à eux seuls produisent 50 % de la pollution mondiale -, c’est parce qu’ils sont beaucoup plus pauvres. Ils ne peuvent, comme par exemple la Chine, en y bloquant une part disproportionnée de son budget de misère, que se payer la part de pollution de prestige des puissances pauvres ; quelques redécouvertes et perfectionnements dans les techniques de la guerre thermonucléaire, ou plus exactement de son spectacle menaçant. Tant de pauvreté, matérielle et mentale, soutenue par tant de terrorisme, condamne les bureaucraties au pouvoir. Et ce qui condamne le pouvoir bourgeois le plus modernisé, c’est le résultat insupportable de tant de richesse effectivement empoisonnée. La gestion dite démocratique du capitalisme, dans quelque pays que ce soit, n’offre que ses élections-démissions qui, on l’a toujours vu, ne changeaient jamais rien dans l’ensemble, et même fort peu dans le détail, à une société de classes qui s’imaginait qu’elle pourrait durer indéfiniment. Elles n’y changent rien de plus au moment où cette gestion elle-même s’affole et feint de souhaiter, pour trancher certains problèmes secondaires mais urgents, quelques vagues directives de l’électorat aliéné et crétinisé (U.S.A., Italie, Angleterre, France). Tous les observateurs spécialisés avaient toujours relevé – sans trop s’embarrasser à l’expliquer – ce fait que l’électeur ne change presque jamais d’ « opinion » : c’est justement parce qu’il est l’électeur, celui qui assume, pour un bref instant, le rôle abstrait qui est précisément destiné à l’empêcher d’être par lui-même, et de changer (le mécanisme a été démonté cent fois, tant par l’analyse politique démystifiée que par les explications de la psychanalyse révolutionnaire). L’électeur ne change pas davantage quand le monde change toujours plus précipitamment autour de lui et, en tant qu’électeur, il ne changerait même pas à la veille de la fin du monde. Tout système représentatif est essentiellement conservateur, alors que les conditions d’existence de la société capitaliste n’ont jamais pu être conservées : elles se modifient sans interruption, et toujours plus vite, mais la décision – qui est toujours finalement décision de laisser faire le processus même de la production marchande – est entièrement laissée à des spécialistes publicistés ; qu’ils soient seuls dans la course ou bien en concurrence avec ceux qui vont faire la même chose, et d’ailleurs l’annoncent hautement. Cependant, l’homme qui vient de voter « librement » pour les gaullistes ou le P.C.F., tout autant que l’homme qui vient de voter, contraint et forcé, pour un Gomulka, est capable de montrer ce qu’il est vraiment, la semaine d’après, en participant à une grève sauvage ou à une insurrection.
La soi-disant « lutte contre la pollution », par son côté étatique et réglementaire, va d’abord créer de nouvelles spécialisations, des services ministériels, des jobs, de l’avancement bureaucratique. Et son efficacité sera tout à fait à la mesure de tels moyens. Elle ne peut devenir une volonté réelle, qu’en transformant le système productif actuel dans ses racines mêmes. Et elle ne peut être appliquée fermement qu’à l’instant où toutes ses décisions, prises démocratiquement en pleine connaissance de cause, par les producteurs, seront à tout instant contrôlées et exécutées par les producteurs eux-mêmes (par exemple les navires déverseront immanquablement leur pétrole en mer tant qu’ils ne seront pas sous l’autorité de réels soviets de marins). Pour décider et exécuter tout cela, il faut que les producteurs deviennent adultes : il faut qu’ils s’emparent tous du pouvoir.
L’optimisme scientifique du XIX siècle s’est écroulé sur trois points essentiels. Premièrement, la prétention de garantir la révolution comme résolution heureuse des conflits existants (c’était l’illusion hégélo-gauchiste et marxiste ; la moins ressentie dans l’intelligentsia bourgeoise, mais la plus riche, et finalement la moins illusoire). Deuxièmement, la vision cohérente de l’univers, et même simplement de la matière. Troisièmement, le sentiment euphorique et linéaire du développement des forces productives. Si nous dominons le premier point, nous aurons résolu le troisième ; et nous saurons bien plus tard faire du second notre affaire et notre jeu. Il ne faut pas soigner les symptômes mais la maladie même. Aujourd’hui la peur est partout, on n’en sortira qu’en se confiant à nos propres forces, à notre capacité de détruire toute aliénation existante, et toute image du pouvoir qui nous a échappé. En remettant tout, excepté nous-mêmes, au seul pouvoir des Conseils des Travailleurs possédant et reconstruisant à tout instant la totalité du monde, c’est-à-dire à la rationalité vraie, à une légitimité nouvelle.
En matière d’environnement « naturel » et construit, de natalité, de biologie, de production, de « folie »., il n’y aura pas à choisir entre la fête et le malheur mais consciemment et à chaque carrefour, entre mille possibilités heureuses ou désastreuses, relativement corrigibles et, d’autre part, le néant. Les choix terribles du futur proche laissent cette seule alternative : démocratie totale ou bureaucratie totale. Ceux qui doutent de la démocratie totale doivent faire des efforts pour se la prouver à eux-mêmes, en lui donnant l’occasion de se prouver en marchant ; ou bien il ne leur reste qu’à acheter leur tombe à tempérament, car « l’autorité, on l’a vue à l’œuvre, et ses œuvres la condamnent » (Joseph Déjacque).
« La révolution ou la mort », ce slogan n’est plus l’expression lyrique de la conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle. Ceci s’applique aux périls de l’espèce comme à l’impossibilité d’adhésion pour les individus. Dans cette société où le suicide progresse comme on sait, les spécialistes ont dû reconnaître, avec un certain dépit, qu’il était retombé à presque rien en mai 1968. Ce printemps obtint aussi, sans précisément y monter à l’assaut, un beau ciel, parce que quelques voitures avaient brûlé et que toutes les autres manquaient d’essence pour polluer. Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n’oubliez jamais que c’est la faute du gouvernement. La production industrielle aliénée fait la pluie. La révolution fait le beau temps.
Guy Debord (1971).
NB : Ce texte a été rédigé afin d’être publié dans le treizième numéro de l’Internationale situationniste, avant sa dissolution. Il fut ensuite publié dans un recueil de trois inédits debordiens, qui porte le même titre, La planète malade (2004). C’est en effet un bon résumé !