Catalogue de l’homme moderne

In "CE QUI SE PASSE", "J'avance masqué", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, SCREENS
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Evidemment, comme vous remplissez vos journées de choses intéressantes, comme vous ne vous laissez pas aller, vous passez à côté de plein de choses qui réussissent à être totalement futiles tout en étant vaguement signifiantes.

C’est que ces moments là, c’est un peu l’équivalent des documents permettant des enquêtes sur Eric Woerth et la famille Bettencourt : à peine les a t-on saisis qu’ils disparaissent déjà, et ils nécessitent des heures, des jours, parfois des semaines de traque permanente dont on revient bredouille avant d’espérer deviner dans l’obscurité un vague morceau d’élément qui puisse présenter un tout petit intérêt.

Ainsi, regarder le Grand Journal de Canal+, c’est un peu se mettre en situation de traque, aux aguets dans la cabane camouflage qu’on a dressée dans le salon, toute faite de complaisance et de propos mielleux, de connivence et de fausses attaques. On patiente pendant des jours devant les échanges polis d’une caste journalistique qui se voudrait intouchable (Comment peut-on se permettre de dire que Pujadas est un laquais et un salaud quand il sous entend que les grévistes la jouent perso ? Aphatie ne le supporte pas, ou plutôt, il ne le supporte que lorsque c’est lui qui mène l’attaque, puisqu’il a déjà signé des chroniques dans lesquelles, à l’occasion de l’interview du président par le même Pujadas, ils sous entendait que celui ci n’avait rien à voir avec le journalisme, ce qui dit autrement, consiste bel et bien à affirmer qu’il n’est face à Sarkozy que parce qu’il lui est soumis; Aphatie veut juste se tenir en arbitre des vanités médiatiques, le Grand Journal est son Vatican, ses émissions radio sont ses cathédrales, son blog est sa papamobile; il faut le voir, le vendredi soir, face à ceux qui seraient ses confrères s’il ne portait sur eux un regard si paternaliste, se contentant de se taire tandis qu’il laisse les besogneux mener des analyses politiques dont il se dit manifestement qu’il les a déjà toutes menées, et qu’il est tellement au dessus de tout ça…), jusqu’à ce qu’au détour d’un Petit Journal (quand Bartès mettra t-il les voiles vers des contrées où il n’aura pas à servir de caution et de bonne conscience là où ça fait quand même un moment qu’il n’y a plus de morale du tout ?) ou d’une boite à questions, la vérité émerge.

Il y a quelques jours, la vérité sortit de la bouche de deux enfants. Drucker et Foucault (Jean-Pierre, évidemment et ce d’autant plus que ce qui suit, suit). Les deux étaient venus faire de la promotion, c’est à dire tenir le discours classique quand il s’agit de vendre le genre de choses qu’ils vendent : « Achetez mon dialogue avec mon frère décédé (Drucker), achetez mon livre sur les Peugeot (Foucault), sinon ils se vendront pas » (merci Beigbeder pour avoir saisi cette formulation si évidente) ». L’émission se passait bien, les chroniques habituelles tenaient leur rôle, faisant oublier imperturbablement qu’à propos des produits mis ce soir là en tête de gondole, il n’y avait strictement rien à dire. Ce qu’on ne savait pas, qu’on n’apprendrait que le lendemain, c’est que les deux compères, deux des tenanciers d’antenne les plus constants à tous points de vue depuis 40 ans, allaient s’enfermer ensuite dans la fameuse boite à questions pour y enregistrer ce qui ne serait diffusé, comme toujours, que le lendemain.

Un télespectateur, dont je n’ai pas noté le nom, eut l’idée de poser aux deux momies du paf l’injonction suivante :

« Vous qui avez jusque là une carrière irréprochable, faîtes quelque chose qui remette cela en question »

Ni une ni deux, les voila faisant mine d’avoir vécu ensemble, d’avoir caché à la terre entière qu’en fait ils étaient en couple.

Follement drôle.

Derrière l’absence de rire, une même spontanéité chez les deux animateurs : ce qui viendrait saloper leur carrières « irréprochable », ce serait d’être homo; dit autrement : être homo, c’est quelque chose dont on peut faire le reproche.

C’était comme ça, juste pour rire entre le fromage et le dessert, deux types qui se pensent actuels, et qui le sont sans doute puisqu’on les installe dans cette actualité permanente qui constitue notre présent lequel n’est plus un pont reliant quoique ce soit qui soit passé, ni quoi que ce soit qui vienne, puisque tout doit devenir peu à peu indifférent, qui se présentent comme tels, qui font la pluie et le beau temps sur le media qui a encore le plus d’influence sur les consciences, et qui nous casaient comme ça en douce leur petite homophobie ordinaire en access prime time sur l’une des antennes les plus regardées à ce moment là.

A voir les Sabatier, Drucker, Foucault tenir toujours la boutique des divertissements publics, on se dit que la vie est un peu mal foutue, et que Mourousi est peut être parti un peu tôt.

4 Comments

  1. alors, le commentaire suivant trouve ça place :
    « Je ne sais pas si, comme le veut le dicton, les meilleurs s’en vont les premiers. Ce dont je suis sûr, c’est que les trous du cul s’en vont les derniers »

  2. Ouaip, mais il faut aussi se souvenir des paroles de Dominique A, en forme de proverbe :

    « Il ne faut pas souhaiter la mort des gens,
    ça les fait vivre plus longtemps »

    🙂

  3. N’est ce pas Nietzsche, spécialiste du vieillissement, qui a écrit :

    « Dans la plaine dévolue à la station service
    Dans l’air qui nous saisit, sentons nos os craquer
    Comme nous avons vieilli, comme nous avons roulé
    Comme nous avons tiré sur nos forces motrices »

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