Archives pour novembre 2011

Hors d’oeuvre

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM 1 commentaire »23 novembre 2011

On l’aura sans doute compris : dans la distribution des rôles de la grosse production qu’est la prochaine présidentielle, Laurent Wauquiez a obtenu le personnage de la diseuse de bonne aventure, qui dit plus tôt ce que les autres pensent tôt ou tard.

Ainsi, après les HLM réservés à ceux qui ont un emploi (faisons comme si le chômage n’était pas structurel, et condamnons moralement ceux qui se laissent aller à ne pas travailler), on a pu l’entendre la semaine dernière lancer un nouveau ballon sonde à propos des jours de carence en particulier, et des arrêts maladies en général, rouspétant contre ces irresponsables de malades (qu’on appellera sans doute   »malades d’irresponsables », prochainement) :

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Une fois entendu son « argumentaire », on a juste envie de poser une question : sur la même base, que peut bien penser M. Wauquiez des congés payés ?

Nul doute qu’en haut lieu, on ne met pas un triple A au simple principe selon lequel les vacances seraient financées par les employeurs. Après tout, il y aurait là de solides économies à faire, et de confortables marges de manoeuvre en termes de rentabilité. On peut dès maintenant parier que d’ici peu, un candidat proposera de briser le tabou, en demandant « au nom de quoi » il faudrait le considérer comme sacré.

Comme, pour répondre aux questions qui commencent par « Au nom de quoi… » il faut disposer de valeurs claires, ou d’un sens aiguisé des affaires matérielles, on devine à l’avance que la gauche aura du mal à rétorquer quoi que ce soit de consistant. Autant dire qu’à part les yeux pour pleurer, il n’y aura pas grand chose pour arrêter le train de l’histoire, puisqu’on nous convaincra que celui ci ne peut plus être arrêté, et qu’on aurait l’air con, à être les seuls à ne pas le prendre en marche.

De manière générale, à draguer simultanément le FN et les marchés, on peut deviner que dans les mois qui viennent, l’UMP va nous sortir des projets palpitants; il faut dire qu’on ne saurait avoir de meilleurs conseillers de campagne.

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Hors circuit

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM 3 commentaires »21 novembre 2011

Après avoir donné à la matière, aux alentours de Fukushima, des caractéristiques nouvelles, le Mox, spécialité locale d’Areva, semble avoir entrepris d’irradier la campagne de Hollande. Comme quoi, quand on est une saloperie, on ne l’est pas qu’à moitié. Il est probable que dans deux ou trois siècles, quand dans les écoles où on forme les futurs politiques, on étudiera les campagnes présidentielles du XXIè siècle, on citera en exemple la manière dont Areva, en annonçant publiquement ses tractations avec le PS, donna un solide coup de pouce au candidat UMP, dont on imagine bien sûr qu’il n’aura ensuite pas dû se sentir, du tout, redevable.

Au moment même où les verts sacrifiaient leur absence d’espoir présidentiel et leur candidate qui n’était en fait même pas vraiment des leurs (signe que les verts ne sont pas tombés de la dernière pluie acide), au moment où ,même, ils acceptaient de n’être plus que verdâtres (paradoxalement, la situation actuelle voit la candidate à la présidentielle être écologiquement plus radicale que les membres les plus importants du parti), EDF sortait sur toutes les chaines un spot publicitaire visant à assurer la promotion de la pomme de discorde : le fameux Reacteur Pressurisé Européen, que les intimes, ainsi que tout ceux qui ne le connaissent pas, appellent « EPR ».

Ce spot, on peut le voir ici : www.video.tf1.fr Je l’intégrerai ici dès que… j’y arriverai !

Du spot en question, il n’y aurait pas grand-chose à dire : images attendues de la construction en cours filmée en longs panoramiques aériens, annonces tellement rassurantes qu’elles en deviennent flippantes (« EDF vous invite au cœur du nucléaire », on a quand même envie de dire « non merci », mais il en va des réacteurs nucléaires comme des outre-mondes décrits par les religions : on a d’autant plus foi en eux qu’on ne peut pas aller vérifier sur place si la réalité confirme, ou pas, ce qu’on en dit), si les cols blancs étaient torse nu, on se croirait dans une pub Manpower des années 80 ; mais comme il faut rassurer, tout le monde porte les lunettes de sécurité sans doute capables d’arrêter les radiations, on se la joue modeste afin qu’on ne sente pas une seconde que la construction est déjà réputée foireuse, que le principe même de ce réacteur est douteux, que les plafonds du budget sont d’ores et déjà explosés, que le frère jumeau de notre EPR, en Finlande, a pris un énorme retard, qu’on met les équipes de construction sous pression, ce qui augure on s’en doute, d’une construction tout à fait sereine, bref, on met en scène cette bonne conscience qu’on n’affiche jamais autant que lorsqu’on en manque un peu trop, et on clâme fort qu’en somme on maîtrise ce dont on n’a même pas idée, pariant que bien entendu, ce qui est arrivé sur tous les autres continents n’aura jamais lieu en Europe.

Déroulement prévisible donc, mais le meilleur est pour la fin : ce spot publicitaire s’achève sur une invitation à aller voir son complément sur TF1news.com, le versant internet du service d’information de la première chaine. Un site d’information qui fait de la publicité pour un réacteur nucléaire ? Une chaine qui voit, donc, la rédaction de sa branche « information » liée à un discours publicitaire ? C’est que sur TF1 rien n’est tout à fait impossible en matière de collusion entre les fins et les moyens. Bien entendu, il faut se dire que le fait que la chaine appartienne au groupe Bouygues, qui est le maître d’œuvre du chantier, n’y est pas vraiment pour rien. Il faut se dire dès lors que tout propos tenu sur cette chaine à propos de ce chantier relève de la publicité, et non de l’information, et que dans la mesure où cette construction est un enjeu majeur de l’élection présidentielle (l’est il vraiment ? On n’en sait rien, mais les medias et les équipes de campagne en décident ainsi, on est bien obligé d’opiner vaguement), tout propos tenu sur cette chaine à propos de politique, et de quoi que ce soit finalement, relève de la même logique.

Est-ce une découverte ? Pas vraiment. Et ça ne concerne pas que TF1 : l’Europe a été, la semaine dernière, balayée par un nuage de particules radioactives. Ni le pays qui semble les avoir émises (elles semblent avoir un passeport hongrois), ni les ministères concernés, ni les rédactions des journaux télévisés ne semblent avoir jugé bon d’en informer la population, qui pourrait s’émouvoir et adopter une opinion générale non conforme avec les projets industriels des entreprises privées qui ont quelque chose à gagner à ce que cette opinion leur soit favorable. Surpris, on l’est d’autant moins qu’il y a quelques jours, le journal la Tribune voyait EDF annuler soudainement son contrat publicitaire, pour la simple raison que dans un article, on supposait qu’EDF pourrait renoncer aux réacteurs de type EPR. On comprend donc comment ces entreprises fonctionnent, et jusqu’à quel point, pour elles, propagande et communication sont indiscernables.

Mais jusque là, il était extrêmement rare que le lien direct du département « info » de la chaine soit apposé sur une publicité. C’est même sans doute la première fois qu’une telle chose arrive. Ca confirme la tendance qu’ont les « affaires » à prendre en mains la politique, et à forcer la main au peuple, à le dépasser, et à continuer de financer la richesse personnelle des plus riches avec ce qui reste des deniers publics. Parce que finalement, ça revient à ça : si jamais on devait ne pas construire cette centrale, la conséquence la plus rude tomberait sur le groupe Bouygues, qui n’est pas une abstraction mais un ensemble d’intérêts privés, de personnes très concrètes qui ont des avantages à tirer de ces décisions (et qui devront bien, un jour, connaître une certaine forme de précarité, eux aussi, d’une manière ou d’une autre (mais on y reviendra prochainement)). Si on peut prendre en considération les emplois créés localement autour de ce chantier, on ne peut quand même pas considérer le projet dans son ensemble comme un don que Bouygues, Areva et EDF font à la communauté nationale. L’argument de l’emploi ne tient d’ailleurs qu’à moitié : partout où ce genre de centrales s’installe, l’emploi généré est très particulier : on fait venir des employés qualifiés venus d’ailleurs, ce qui induit un développement économique local, du fait de l’augmentation de population, qui ne dure que ce que dure une centrale nucléaire. Mais on ne peut pas dire qu’on emploie massivement ceux qui, déjà là, cherchent de l’emploi. En revanche, en échange, on propose des stages d’été aux jeunes du coin. L’embauche large de la population locale est donc un phénomène collatéral, un peu illusoire. On notera plutôt une profusion d’équipements (terrains de sport, médiathèques, etc.), et quelques hébergements provisoires pour les prestataires qui, à travers l’Europe, prennent tous les risques au cœur des installations nucléaires, afin de les maintenir sans entrer dans les statistiques sanitaires du personnel EDF, puisqu’ils n’en font pas partie (sur ce point, par exemple, le petit commentaire audio qui accompagne le spot publicitaire fait doucement sourire). Enfin, on ne voudrait pas profiter de l’actualité, mais écrire ces quelques lignes au moment où Areva annonce la suppression d’un bon millier d’emplois en France permet de sourire, un peu.

Mais à tout prendre, s’il y a une enquête qu’on aimerait voir mise en œuvre, ce n’est pas celle qui porte sur la manière dont on manipule, sur ces sujets, l’opinion française. A ce sujet, la messe est dite. En revanche, on serait curieux de savoir comment la Finlande, pays jusqu’à maintenant tout à fait prudent sur la question nucléaire, n’exploitant que deux réacteurs, et suffisamment conscient des conséquences à long terme de ce choix pour avoir mis en œuvre, depuis les années 80, la construction d’un site d’enfouissement destiné à accueillir, à partir de 2100, ses déchets radioactifs, et de les protéger pendant 100 000 ans (oui…), projet qui, à l’heure actuelle, ne connait aucun équivalent en France, ce beau pays qui fait tourner, sans aucun regard vers l’avenir, une cinquantaine de réacteurs (j’avais écrit, pour l’outre-monde, un article à propos du documentaire, Into Eternity, sorti cette année qui avait pour objet ce site d’enfouissement). On aimerait savoir par quel mystère la Finlande si prudente a signé la construction d’un EPR dont, comme tout le monde, elle ne sait rien. Qui sont les vendeurs ambulants qui lui ont fait la proposition, et qui l’ont convaincue, quel prix on leur a fait, combien sont payés les commerciaux qui ont conclu le contrat, et comment ils le sont. Voila une enquête intéressante.

On ne doute pas que l’Etat lance de lui-même de telles investigations, puisqu’il en va de l’intérêt de tous…

Les illustrations sont extraites du film Holocaust 2000. Ceux qui l’ont vu savent pourquoi !

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Hors saison

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM 2 commentaires »20 novembre 2011

On pourrait croire que désormais, mis devant le fait accompli des évènements qui semblent n’en faire qu’à leur tête, nous ne puissions plus rien prévoir. Bordel intégral tous azimuts, on ne sait plus à quels saints se vouer, et on peine à trouver les concepts aptes à saisir ce qui s’apparente de plus en plus à du caprice divin : effondrement économique par ci, révolution par là, guerre déclarée à la démocratie européenne sans que grand monde ait bien saisi que c’est de guerre qu’il s’agit, on n’y comprend plus grand-chose, et on abandonne peu à peu l’idée même de pouvoir maîtriser le chaos.

Pourtant, la météorologie nous aiderait. On en avait sans doute une sorte d’intuition lorsqu’on a décidé de nommer le mouvement lancé à travers le sud de la méditerranée « Printemps arabe ». On a bien dansé tout l’été sur cette idée, aussi est on maintenant pris au dépourvu, alors que l’automne est venu et que nous constatons que nous ne récoltons pas les fruits attendus. Mais à trop attendre de voir d’autres que nous incarner une démocratie que nous ne nous donnons même plus la peine de faire vivre, on pouvait s’attendre à être déçus. Bardés de notre écoeurant souci de ne reconnaître les autres qu’à la condition qu’ils nous ressemblent en tous points, bref, armés de notre franche xénophobie, nous aurions tout de même pu prendre quelques cours de météorologie, puisque c’est sur ce plan qu’on avait cru bon de placer le phénomène.

Voici ce qu’une simple visite sur la page « Egypte » de Wikipedia nous aurait appris :

« Au printemps sévit assez souvent le khamsin, un vent sec, chaud et très poussiéreux, souffle brulant des déserts du sud-est. À la vitesse de 150 km/h, il arrache les feuilles des arbres et donne au ciel une teinte orange foncé ; l’air se charge de poussière ce qui rend la respiration oppressante. Pendant ces cinquante jours (d’où le nom de cette saison), l’Égypte connait quelques violents orages, autrefois symbolisés par le dieu Seth. »

Apparemment, on s’y trouve sous un ciel de traine.

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Hors jeu

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM Laisser un commentaire »20 novembre 2011

On l’aura peut-être noté, il y a peu de publications dans les environs ces temps ci.

Comme on n’aime pas porter soi même le poids de ses responsabilités (ce qui signifie en somme qu’on n’est pas très responsable), on dira que c’est la faute des heures supplémentaires qui deviennent monnaie courante dans l’éducation nationale. 5h30 en supplément au tableau de bord de ma pointeuse cette année. Ca n’a l’air de rien, comme ça, mais c’est un quart de poste, ce qui signifie qu’un quart de chercheur d’emploi a le droit de m’en vouloir à mort, mais aussi qu’un quart de mon compte en banque me dit merci. C’est ainsi qu’on nous tient. On nous tiendrait pas les couilles, ça ne serait pas plus douloureux.
Du coup, plus trop de temp pour écrire.

Pire, même plus vraiment de temps pour penser. Et on finit par se demander si ça n’est pas là le véritable but de l’opération : que, déjà, on soit prêt à accepter cette compromission politique; qu’on soit de plus capable de penser que c’est plutôt plaisant, ces heures sup’ défiscalisées, qu’on soit même presque tentés d’espérer, dans les moments de faiblesse, que ça ne soit pas remis en question. On nous donne évidemment bonne conscience : à strictement parler, le boulot que j’effectue lors de mes heures supplémentaires est constitué de missions qui ne seraient pas proposées à quelqu’un d’autre si je ne les prenais pas en charge : initiation à ma discipline pour des classes qui ne l’ont pas au programme, aussi bien en seconde qu’en première, suivi d’une classe dans leur préparation de TPE, etc. Armé de ma seule bonne conscience, puisque j’ai vendu la mauvaise au diable, je peux me livrer consciencieusement à la correction des copies produites, en flux tendu, par mes 250 élèves dont, Dieu merci, seuls 180 suivent un cursus qui nécessite que je les évalue de manière très régulière. Ca permet de remercier Dieu une deuxième fois de faire partie de ces quelques spécimens qui n’ont besoin que de quelques rares heures de sommeil chaque nuit, et qui à cause de cela mourront jeunes, ce qui leur évitera pas mal de déconvenues concernant la possible perte progressive de sens du mot « retraite ».

Force est de reconnaître que, de toute façon, il devient inutile de penser un cours des choses qui semble se passer fort bien de toute intelligibilité, dans un monde qui nous susurre déjà à l’oreille qu’il n’a en fait plus vraiment besoin de nos services, ni pour travailler, ni pour consommer, et bien moins encore pour le penser. A partir du moment où tout peut arriver, à partir du moment où, mieux encore, tout et n’importe quoi arrive réellement, à partir du moment où tout devient simultanément tout à fait conforme aux prédictions qu’on pouvait effectuer mais aussi totalement absurde (au moment donc où on doit bien admettre que l’absurdité présente était en fait tout à fait prévisible, ce qui en dit long sur notre aptitude à ne pas vouloir regarder les choses en face, et à préférer tenir quelques propos narquois et sarcastiques, comme si on en était de lointains observateurs suffisamment dégagés du cours des choses pour pouvoir se permettre d’en parler sur le seul mode de l’ironie.

Bilan : depuis quelques temps, pas beaucoup d’articles, tout ça parce que le temps manque.

Je profite d’une franche saturation dans les copies pour lancer la mise en ligne de quelques petites choses que j’avais tout de même en stock depuis quelques temps. J’en profite pour apprendre à faire court. De toute façon, il paraitrait qu’aujourd’hui plus personne ne lit de longs textes. Faut-il s’y faire comme on se fait à tout le reste ? On n’en a pas vraiment l’intention, mais il est probable que, sur ce versant ci du monde, les articles se fassent plus courts. Dans l’outre-monde, où les affaires suivent leur cours plus normal, on conserve une aptitude au développement un peu excessive, mais c’est tout à fait volontaire.

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