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Bad girls sur roues, libres.

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, MIND STORM, POP MUSIC, PROTEIFORM, Scopitones, SCREENS 6 commentaires »8 février 2012

Sinon, tant qu’à avoir cédé à l’invitation d’évoquer la crise d’adolescence de Madonna, j’aurais mieux fait d’en profiter pour mettre en avant la brave fille qui lui sert d’adjointe au clip comme à la scène du déjà mentionné ‘Give me all your lovin’ : l’ombrageuse M.I.A., qu’on reconnaitra au beau milieu du barnum de l’halftime hyperbolique du superbowl au fait que, parait il, elle ferait un doigt d’honneur à Dieu sait quoi.

On peut porter un nom très casse pied à taper sur un clavier, être animée d’une certaine honnêteté (M.I.A. a admis s’être rendue compte, en l’écoutant, que son dernier album était mal fichu, et que, personnellement, elle ne l’aurait pas acheté) sans être totalement dépourvue d’opportunisme (tiens ! Si je profitais de la publicité offerte pas la dame patronnesse des collégiennes quinquagénaires pour sortir mon propre single ?). Du coup, nous sommes gratifiés d’un clip qui, mine de rien, satisfait en nous les amateurs de glissades sur quatre roues.

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Allez allez, ne faites pas la fine bouche. Ok, on sait que la bagnole est un mythe d’un autre temps, ok, on sait qu’un clip avec des bagnoles, c’est généralement l’occasion d’une mise en scène minable laissant croire à des simples d’esprit que le chanteur possède réellement une écurie de course ou un musée de l’automobile consacré uniquement aux modèles sortis pile poil l’année où a été tournée le clip. Bien entendu, ce qu’on aime par-dessus tout, c’est quand le jeu tourne faux cul. On se doute que le milieu qui fait des clips remplis de Lamborghini ou de Rolls n’est pas spontanément adepte de la conscience et de la prise de recul. Néanmoins on aurait volontiers un petit élan d’amour vache pour les productions qui casent en douce un modèle haut de gamme sans vraiment le mettre en avant, genre « On n’est pas du genre à frimer, mais comme on roule quotidiennement en Bugatti, on va quand même pas tourner le clip en Fuego, un peu de réalisme ne fait pas de mal »(allez, mention spéciale à l’insupportable Kenza Farah qui, dans « Appelez-moi Kenza », grand moment de solitude, faisait mine de commanditer un braquage de banque, toute mignonne dans son survêtement à col en fourire, toute bien peignée à grands coups de produits qui lissent le cheveu pour qu’il devienne tout bien raide comme il faut, pas un sourire évidemment puisqu’elle en veut à la terre entière de pas être encore mondialement connue, filmée floue par une caméra sans doute ivre, de temps en temps au sommet de son gratte ciel, au dessus d’une ville, la nuit, juste comme on s’y attend dans tout clip de ce genre ; on passe son temps à attendre le défilé des derniers modèles à la mode et on n’est servis qu’au dernier moment, l’héroïne se tapant un « give me five » avec un de ses complices dans ce qu’on devine être un Hummer H1 cabriolet, avec sièges en cuir blanc, s’il vous plait, et toutes les options qui vont bien, alors même qu’on ne comprend pas très très bien le scénario : a priori, la bande s’est faite prendre par le GIGN, est ce dès lors le Hummer du GIGN (qui roule en Hummer, c’est bien connu, c’est tellement plus discret pour intervenir discrétos), ou bien est ce le véhicule des braqueurs de banque (idéal pour s’enfuir sur la pointe des pneus, ni vu ni connu j’t’embrouille avec une bagnole passe partout), ou bien Kenza Farah roule t-elle en Hummer comme d’autres roulent en Mini Cooper ? On ne le saura pas, mais on aura eu droit au clin d’œil automobile obligé dans les clips de minettes qui s’la pètent un peu grave (ne nie pas Kenza, on a écouté tes paroles, on sait c’que tu penses des gens qui trouvent que tu t’la pètes, mais bon, le constat est là, tu t’la pètes, épicétout, la preuve de ce que j’avance est là : http://www.dailymotion.com/video/x34nvj_kenza-farah-appelez-moi-kenza_news).

Rien de tout ça chez M.I.A. : quand y a d’la bagnole dans ses clips, on ne demande pas poliment aux concessionnaires de prêter leurs dernières productions. On pioche dans des gammes déjà bien tannées par les ans, des modèles couillus, mais pas frimeurs, pour faire de jolies glissades juste pour le plaisir de danser sur le goudron et de sentir un peu de gomme brûlée. On est à la frontière de Mad Max et de Top Gear. Disons que si Jeremy Clarkson était une femme, il pourrait être cette amazone qui chevauche des BM cabrées sur leurs deux roues latérales. On aura beau se dire que merde, on ne va quand même pas tomber dans une complaisance coupable envers des travellings aux petits oignons le long de trajectoires parfaites, on aura beau se prémunir contre ce genre d’esthétique facile, on devra néanmoins reconnaître que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu des bagnoles filmées avec autant d’à propos. Casting parfait (enfin, justice est rendue à l’Alfa 156 !), figures juste assez libres pour que la cohabitation des voitures avec les pur sangs semble naturelle, rapport sain à l’automobile, qui n’est pas réduite au rang de simple déplaçoit, mais ne se hisse pas non plus, artificiellement, à la hauteur de la marchandise faite Dieu, cadre parfait (alentours quelconques de quelque métropole sur le territoire de n’importe quel membre de l’OPEP, avec tenues locales de rigueur (et c’est très bien qu’on intègre ces tenues à des mises en scène automobiles, après tout, par chez nous, on a eu la peau des cornettes à grands coups de scènes rocambolesques mettant en scène des religieuses hystériques au volant de 2CV en perdition)).

Le clip s’intitule Bad Girls. On pense, parce qu’on est un peu rêveurs, que M.I.A. doit être une lointaine cousine de cette jolie vilaine fille qui, dans Vanishing Point, faisait de la moto toute nue dans le désert. Depuis notre vigie sédentaire, on n’en finit plus d’être fasciné par les nomades.

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Séparation de liens

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM 6 commentaires »8 février 2012

Sinon, dans l’ensemble des sondages qui balisent notre cheminement commun vers le renouveau politique de ce pays, celui-ci, effectué par mes soins sur une population représentative de ma salle des professeurs et de quelques autres lieux mal famés  :

Parmi les membres de mon entourage se réclamant du communisme, aucun de ceux qui vivent en couple ou en famille n’a jugé bon d’ouvrir avec son conjoint un compte commun, chacun garde son revenu pour soi, une fois payés les frais communs.

Bref, personne n’y croit.

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Doubleback

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, MIND STORM, POP MUSIC, Scopitones, SCREENS Laisser un commentaire »8 février 2012

Lors des périodes de Near Death Experience de ce blog, de temps en temps, un commentaire lancé comme une décharge de défibrillateur, tentant de réanimer cette longue langue de texte inerte, vient chatouiller mes naseaux, histoire de me redonner vie.

Qu’on se rassure, je suis vivant. J’ai juste présumé de mes forces et de mon aptitude à faire des nuits courtes. Qu’on se le dise : quatre heures de sommeil par nuit, ça marche. Trois, ça va brusquement beaucoup moins bien, et là, le café et le Guronsan n’y peuvent rien ; ils auraient même tendance à créer un cocktail comportemental un peu étrange, mélange d’excitation et de profonde fatigue, comme si on tentait de redonner un peu de force au lapin Duracell aux piles mourantes en l’aspergeant d’essence et en y floutant le feu. Fébrilité, j’écris ton nom sur tous les oreillers du monde, et parfois je passe tes nerfs sur le premier élève qui moufte, ou qui ose faire profiter la classe de ses goûts de chiotte en matière de sonneries téléphoniques (oubliant qu’en fait, la véritable punition, c’est la sonnerie).

Heureusement, certains veillent au grain. Ainsi, je fus réveillé de mon sommeil drolatique par une salve m’enjoignant à écrire à propos de ‘Give me all your luvin’. J’imagine que Jeanne d’Arc, elle aussi, a du se poser des questions lorsque des voix lui soufflé l’idée d’aller buter les sanglés hors de France. L’histoire est faite de malentendus et de rendez vous ratés et, pour peu qu’on soit mal informé, ou momentanément mal comprenant, il peut arriver qu’on demeure là, les bras ballants devant les voix de l’au-delà, acceptant a priori l’idée que Dieu puisse écrire droit sur des lignes courbes, mais dubitatif sur l’aptitude de qui que ce soit à lire le texte une fois mis en ligne.

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C’est que, pour moi, ‘Give me all your loving ‘ est un titre des ZZ Top et, sans spéculer excessivement sur les goûts musicaux de ceux qui daignent me lire ici, je doute un peu qu’ils aient développé un goût immodéré pour les errances commerciales des texans enguitarés. Aussi demeurai-je quelques jours un peu circonspect devant mon écran, les doigts en lévitation au dessus du clavier, prêts à l’attaque. J’ébauchais plusieurs hypothèses : un brusque revirement du lectorat vers l’art méconnu du tuning (ça tomberait bien, j’ai toujours un projet de chroniques à ce sujet en stock) ; ou bien un goût prononcé pour les barbes broussailleuses (ce qui, au Texas, pourrait valoir aussi bien adulation que légers ennuis avec le voisinage), ou bien brusque virage blues non assumé, masqué sous les oripeaux d’une technopop efficace, certes, mais un peu déplacée dans ce monde théoriquement fait d’huile de vidange et de mollards empestant le whisky.

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Heureusement, je suis moi aussi amateur de belles mécaniques, ce qui m’a amené à me poser, en pleine nuit, devant la finale du super bowl. Passons sur le fait que je ne comprends décidément rien aux règles du football américain, et que j’ai passé mon temps à me demander si on me montrait les phases de jeu ou des replays des phases déjà jouées. Finalement, j’allais m’accomoder de l’idée selon laquelle ce sport est un peu comme les films Transformers : peu importe le récit, du moment qu’on a la vitesse et la puissance des masses en mouvement, le choc des armures, le chevauchement/écrasement des placages tectoniques et la presqu’indiscernabilité du ballon, centre de toutes les attentions quasiment aussi impossible à repérer que la particule dans son champs statistique ou le sous marin tactique au large des côtes ennemies.

La fin du deuxième quart temps approchant, j’étais en train de me demander si on avait l’habitude, aux USA, de laisser trainer une ou deux caméras dans les vestiaires, histoire de regonfler l’audience et de susciter des vocations de toute cette frange de la médecine qui est aux petits soins pour les masses musculaires meurtries et les articulations pliées dans le mauvais sens quand les commentateurs annoncèrent que le ‘half-time show’ serait tenu par Madonna en personne qui, ça tombait bien, était censée sortir son nouveau single dans les parages, et allait profiter de la réunion de famille pour chantonner son nouvel air, histoire qu’il nous rentre bien profond dans le ciboulot et qu’on le fredonne tous le lendemain en partant au boulot.

Et là, ce fut un peu comme si soudainement les planètes du système solaire décidaient de s’aligner pile poil devant le soleil pour nous faire avec leurs mains une de ces chorégraphies un peu nulles, mais qui font toujours leur petit effet quand elles sont accompagnées d’un joli contrejour : après deux titres du répertoire déjà connu de la seule quinquagénaire dont je puisse soupçonner qu’elle utilise quotidiennement du Biactol, résonna l’hymne que tout le monde semblait déjà connaître, sauf moi : ‘Give me all your luvin’’, mis en scène façon énième épisode de Glee qui copierait l’agitation sportive et l’esthétique cheerleadesque de Hollaback girl de Gwen Stefani. Les connexions stellaires étaient effectuées, je comprenais les messages obscurs qui m’étaient adressés, et il devenait inutile d’attendre la résurrection de Michael Jackson d’entre les morts (c’était du déjà vu, de toute façon). Ma mission, si je l’acceptais, consisterait à traiter dignement le nouveau tube de Madonna.

Sauf que bon, voila. N’est pas Mirwais qui veut, et si Martin Solveig ne se traine pas une honte à la hauteur de celle d’un Guetta, il est probable qu’il assure à Madonna davantage de vente que de chroniques dans les chroniques de fin d’année sur les meilleurs albums de 2012. Dès lors, à part un clip qui propose une seule bonne idée (les linebackers (j’utilise le vocabulaire appris lors de ce super bowl) protégeant la chanteuse des attaques dont elle est la cible (parce que Madonna est polémique, elle pose problème et dérange, un peu comme Eva Joly) et un seul plan potable (elle marche sur les murs, parce qu’elle est un peu un Jésus urbain, ou tout bonnement parce qu’elle a perdu le sens commun), à part donc une mise en scène de la sortie du single qui devrait un jour être chroniquée par Sun Tzu dans son « Art de la guerre 2.0 », le titre lui-même évolue dans un électro-encéphalogramme plat qui devrait lui garantir de jolis chiffres de vente, à en juger à quel point le morceau s’installe dans les méninges, alors même qu’on le trouve très moyen.

On lui préfèrera donc la salve de ZZ Top, qui sur le même titre, racontaient en gros à peu près n’importe quoi (mais ça, c’est la tradition chez les roadies barbus), mais lançaient leur mécanique commerciale sur les routes ensoleillées d’un clip comme on savait en faire dans les années 80 : on y croisait des femmes comme seules les eighties surent en produire, on y cruisait au volant de l’Eliminator, ce hot road bâti sur une vielle ford de 1933, glougloutant en phase d’approche des stations essences, théâtre des shows au cours desquels il devenait le lupanar ambulant où s’engouffraient des vilains canards encore puceaux, et d’où ressortaient des cygnes affranchis des pesanteurs terrestres par les créatures d’outre asphalte venues sur Terre pour édifier les hommes et leur apprendre à vivre. L’Amérique telle qu’elle nous stupéfie était là, sur les écrans de TV6, à portée de télécommande, c’est-à-dire pile poil là où elle doit être. Guitares, filles faciles, chromes et flammes, il y avait là de quoi éveiller les sens d’adolescents pas encore tout à fait affranchis. Il y avait aussi de quoi donner la soif des grands espaces, justifiant le recours aux V8 de grosse cylindrée, gavés par des compresseurs conséquents. A regarder Madonna demander à sa clientèle de lui donner tout son amour (Marx nous avait prévenu : l’argent est la prostituée universelle, il peut prendre tous les noms, et transformer tout en son contraire ; il est légion), on avait l’impression d’observer de l’extérieur d’autres temps et d’autres mœurs : un modèle rustique, avec déjà pas mal de kilomètres au compteur, avait subi un ravalement de façade à grands coups de jantes de grand diamètres et de calandre à diodes, et essayait de faire venir à elle les adolescents sans jamais passer à l’acte, préférant conclure sur la prière du soir.

On se disait que, finalement, c’était encore la présence de Cee Lo Green en grande prêtresse soul et funky qui constituait l’élément le plus sensuel du show. On aurait bien vu la messe s’achever par un passage en règle de la déesse au goudron, et aux plumes.

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