Archives pour la catégorie D’AUTRES MONDES

Le travail : bibliographie & filmographie reloaded

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", "J'avance masqué", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, TRANSMISSION Laisser un commentaire »7 décembre 2009

Work in progress par excellence, voici la version complétée de la liste de ressources utile à ceux qui souhaiteraient creuser un peu intellectuellement ce à quoi ils consacrent tant de temps. Des sources incontournables ont été ajoutées, tant parmi les livres que parmi nos amis les films. Ca se passe là : C’est pas du travail (mise à jour).

Midlife Crisis

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, D'AUTRES MONDES, HYBRID, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, SCREENS, SERIAL PORT Laisser un commentaire »8 novembre 2009

C’est la crise en séries.

Bien, je me suis sorti de la première phrase en faisant en sorte qu’on ne puisse pas trop trop m’accuser d’oser parler de la crise dans le petit monde des producteurs de séries alors que bon, nous nous entendrons, bien sûr, sur le fait que ce n’est pas exactement dans ce milieu que la crise se fait le plus cruellement sentir. Evidemment.
hboimagine1Crise de la production, parce que le spectateur des séries est de moins en moins souvent téléspectateur, et de plus en plus souvent internaute, ce qui contrarie beaucoup les annonceurs publicitaires qui financent ces productions.

Crise dans le récit, puisque particulièrement aux Etats Unis, on a compris qu’on pouvait, d’une part, en bons héritiers des malins géniaux tels que Douglas Sirk, pervertir les conventions en semblant les reproduire, et d’autre part porter à l’écran la crise elle-même en mettant faisant des prolos des héros, en redonnant les lettres de gloire perdues aux combattants de l’ombre, à ceux qui ne sont pas en train de tirer les marrons du feu de la crise, ceux qui, tout simplement en vivent la première vague, et qui n’ont pas fini de déguster (on reste sidéré de voir Hung prendre racine dans les usines désaffectées de Detroit, dans les USA transformés en friche industrielle globale, dans laquelle errent quelques working poors désabusés quand, en France, on en est encore à filmer des flics ripoux dans des commissariats super soigneusement designés pour avoir l’air négligés ou à raconter les aventures sentimentales de jeunes cadres oisives qui semblent avoir les moyens de ne rien glander au boulot, voire même de se faire virer sans que ça remette en question leur loyer, leurs crises d’achats compulsifs, leurs sorties dans les soirées branchées parisiennes et tout ce qui accompagne cette mise en scène des vies mises en scène, et ce n’est même pas une mise en abyme, non, c’est juste de la mise à plat) la manière dont on se charge de les consommer en retour.

Crise dans le récit, enfin. Et pour le coup, belle mise en évidence que la création ne vient pas tant de l’imagination fertile des créateurs que des conditions matérielles, sociales, et en l’occurrence économiques de leur réalisation. Ainsi, plutôt que poursuivre les internautes qui téléchargent les épisodes des séries que HBO produit, la chaine payante qui est à la racine des séries actuelles préfère explorer de nouvelles pistes, prenant pleinement en compte la nouvelle donne, et adaptant la narration au mode particulier de diffusion sur le net.

Ainsi nait un premier concept, que HBO nomme « le Cube ». Sans doute cela va t il s’affiner, et se trouver un nom plus satisfaisant, mais le principe apparait là, devant nous, d’une narration non linéaire, d’un récit construit en réseau, poussant enfin ce principe bien plus loin que n’ose le faire jusque là le jeu vidéo. Je ne présente pas plus le principe ici, puisque je l’ai déjà fait .

Mais le mieux semble de tout simplement en faire l’expérience : http://www.hboimagine.com/

Entertainment

Par Youri Kane Catégorie : 24 FPS, CINEMATOGRAF, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, SCREENS 2 commentaires »2 novembre 2009

affiche-1-mediumHeureux qui, comme le spectateur au cinéma, fait un long voyage. Les meilleurs raconteurs sont ceux qui parviennent à embrasser des millénaires, c’est peut être la raison pour laquelle les américains sont les aèdes de ce temps, à tous points de vue. Problème : ils sombrent souvent dans le spectaculaire. Peut on le leur reprocher ? Tentative de réponse là : Odysseus

On y fera référence aussi bien à Homère (L’Odyssée) qu’à Sturges (les Voyages de Sullivan), qu’aux frères Coen (O’Brother, where art thou ?). On se demandera, du coup, si O’Brother n’est pas, malgré les insuffisances apparentes de son recul critique vis à vis de la réalité dont il semble être l’image, l’exemple même de ce qu’est censé être, essentiellement, le cinéma. C’est du moins une hypothèse.

Sale boulot

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM 3 commentaires »21 octobre 2009

Comme le travail concerne tout le monde, et que dans l’outremonde, j’ai fait une petite bibliographie, et une grosse filmographie sur cette question, à l’usage de mes élèves, je mets le lien ici même, si ça tente quelqu’un.

Ca va du documentaire très connu Attention danger travail à des fictions telles que Ce vieux rêve qui bouge en passant par des projets de tuer son patron, dans Louise Michel. C’est varié, et en même temps, on constate tout de même bien que dès l’instant où une caméra filme le travail, elle en révèle le côté sombre. Ce n’est pas exactement une surprise.

Michel as a scientist in love for Jesus

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", 24 FPS, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PROTEIFORM, SCREENS 1 commentaire »19 octobre 2009

Fallait bien qu’ça arrive.

A force de commenter ici et de rappeler le petit maître des lieux à l’ordre lors de ses phases hérétiques, Michel devait bien faire l’objet d’un titre de post à lui tout seul. Ses propres errances post-chrétiennes, lors de son dernier commentaire, m’ont immédiatement fait penser à l’héroïne du court métrage de Guy Maddin, The Heart of the world, dans lequel, alors que la fin du monde approche (par crise cardiaque), une jeune scientifique gouvernementale s’éprend de deux frères entre lesquel son coeur balance. L’un joue le rôle de Jésus, et semble se prendre un peu les pieds dans le costume de son personnage, tandis que l’autre est croque-mort. Ses amours semblant vouées à être décidément fort compliquées, notre jeune scientifique va voir son triangle amoureux se transformer en quadrilatère lorsqu’un riche banquier va, en pleine partouze apocalyptique, semer le trouble dans des émois pourtant déjà excessivement tumultueux. L’argent n’a certes pas d’odeur, mais il agit parfois comme des phéronomes. La jeune physicienne va momentanément céder à l’appât du gain, et tomber provisoirement dans les bras du tycoon, laissant Jésus et son frère thanatonaute les bras ballants (pour peu qu’on puisse avoir les bras ballants quand on est crucifié). Le croque-mort en sera tellement bouleversé qu’il en viendra à exprimer son amour en construisant un canon en forme de bite (oui oui…). Heureusement, dans une crise cardiaque mondiale, l’univers va rappeler notre soeur laborantine à la raison, ce qui curieusement aura pour effet de la faire revenir vers son personal Jesus et son funèbre frère. Echappant au règne du fric et à son univers bling bling, Anna sauvera le monde en inventant le cinéma (et que ceux qui trouvent ce scenario un peu tordu, et qui n’ont jamais mentalement construit des histoires abracadabrantesques jettent à Guy Maddin la première pierre !). Dernièrement, Michel avait l’air tout aussi perdu que notre jeune Anna l’était entre ses prétendants.

Ce film est pour lui. Et je suis sûr que l’ambiance va lui rappeler des choses, et peut être même lui plaire !

Pour ceux qui voudraient quelque chose d’un peu plus construit sur l’opposition des religions et les voies permettant de conserver quelque espoir, on peut aller poursuivre la réflexion sur ce lien.

Pay Day

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", "J'avance masqué", CHOSES VUES, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, PROPAGANDA, TRANSMISSION Laisser un commentaire »12 octobre 2009

Pour ceux que ça interpellerait un peu « quelque part », cette idée de rémunérer, même collectivement, les élèves pour venir en cours, il y a moyen de creuser la question ici même (et, oui, un autre monde s’ouvre soudain).

gto1On remarquera, pour compléter ce lien, qu’accessoirement, cette mesure dont on n’imagine pas une seconde qu’elle puisse être universalisée (ce qui, compte tenu du fait qu’elle consiste, tout de même, à financer des projets dont l’intérêt est individuel (passer le code, faire un voyage…, en fait une mesure profondément injuste, puisque certains élèves, et pas d’autres, en bénéficieront, qui plus est, les moins méritants, puisqu’il s’agit de ceux qui, si on le paie pas, ne viennent pas; pendant ce temps, d’autres établissements continueront à faire des demandes avortées pour avoir une connexion internet en état de marche, la possibilité de faire des photocopies en quantité suffisante, un surveillant de plus, sans succès), pas plus que les autres (souvenez-vous, les portiques détecteurs d’armes à l’entrée des établissements scolaires, les profs qui auraient le droit de fouiller les cartables, on en passe, et il y en aura certainement des meilleures à venir), a pour principale vertu le fait qu’elle n’est qu’une opération de communication inversée, telle qu’en deviennent spécialistes les ministères dès l’instant où ils ont en charge un secteur qu’ils ont pour objectif de démanteler. En effet, si on traduit la mesure en langage de parents d’élève, on comprend ça : si on en est au point où il faut payer les élèves pour qu’ils aillent en cours, ça en dit long sur le n’importe quoi qui règne sur les lycées publics. Si on peut mettre un peu d’argent de côté, mieux vaudrait le dépenser auprès d’un groupe privé qui accueillera notre enfant dans une toute autre ambiance. A force, cette image que donne de l’enseignement public ceux-même qui en ont la responsabilité constitue, pour les enseignants, un boulet bien plus lourd à tracter que l’absentéisme pourtant effectivement massif des élèves.
Répondre à ce problème galopant de cette manière, c’est s’en tirer à bon compte, puisque ça permet de ne pas poser les véritables problèmes dont l’absentéisme n’est que le symptôme : quelle est la valeur des études dans un monde où tout doit être rentable ? Pourquoi aller à l’école pour prendre des cours de littérature lorsque le Président de la République a lui-même affirmé que pour être caissière, ça ne servait à rien de lire ? Quel métier, d’ailleurs, réclamerait qu’on lise ? Pourquoi aller dans un lieu qu’on a dédié à la préparation à l’emploi si, en fait, d’emploi, il n’y a pas ? L’école a t-elle pour mission de préparer à l’emploi ? Ou bien devrait on plutôt lui reconnaître comme objectif de préparer à ne pas travailler (la proposition est, pour ma part, tout à fait sérieuse, c’est même, il me semble, l’une des plus sérieuses qui puisse être faite) ? Comment contribuer à faire la promotion de la gratuité dans un monde qui ne reconnaît comme valeur que ce qui peut se transformer en marchandise ? Comment faire de l’école un sanctuaire, protégé des règles relatives des religions comme des mécanismes du tout économique ?

Autant de questions qui n’ont plus aucun sens si on paie les élèves, puisqu’elles ont toutes trouvé une réponse dans cette décision démagogique : la plus séduisante qui soit, et elle a bien besoin de séduire, car elle est tout simplement fausse.

gto21Accessoirement, on peut tirer de cela des enseignements sur des dégâts collatéraux. En particulier, puisque la mesure vient d’une des incarnations de l’ouverture du gouvernement (mais tout casting, aujourd’hui, doit être ouvert), Martin Hirsch, dont certains avaient pu penser, il fut un temps, que son coeur portait à gauche, on comprend mieux  le principe selon  lequel des personnalités inattendues peuvent être, en réalité, parfaitement sarko-compatibles : c’est que même le coeur sur la main, elles n’envisagent les relations humaines que sous l’angle de l’économie. Ainsi, tout problème se ramène à une question de rémunération. Outre le fait que c’est la politique la plus coûteuse qui soit, on remarquera que c’est aussi celle qui peut le moins porter le nom de « politique ». Sur la stricte question de l’éducation, cette tendance aura pour simple conséquence de rompre pour de bon le lien de transmission qui peut exister entre une génération et une autre. Et on va apprendre à nos successeur une chose qui n’était jamais venue à l’esprit de quiconque : vendre leur propre avenir. A terme, on peut même imaginer le chantage suivant, effectué à des adultes encore conscients de la nécessité de la transmission : « nous savons que nous devons apprendre de vous tout ce qui permettra de préparer ceux qui nous succéderons à leur prise en charge du monde. Maintenant, si vous voulez que vos petits-enfants soient instruits à leur tour, par nous, il va falloir nous payer. Sinon, on ne suivra pas votre enseignement. Prendre en otage ses propres enfants, voila ce à quoi nous n’avions même pas pensé.

Pourtant, finalement, cette génération ne fera rien de plus qu’accomplir consciemment ce que nous avons fait avec elle de manière obscure : reporter sur la génération suivante les conséquences de ses propres actes. Nous lui donnons simplement l’occasion de se faire, au passage, un peu d’argent de poche. C’est dans la logique des choses.

 

En illustration, pour ceux qui ne connaîtraient pas, deux vignettes extraites de la splendide série de manga intitulée GTO, ce qui signifie, pour les non-initiés, Great Teacher Onizuka. A bien y réfléchir, je me dis que les rapports prof/élèves sont, dans cette fiction, bien que discutables, moins malsains que ce qu’on tente de nous imposer en douce. Plus essentiellement, là, je fais le malin à connaître cette série. Pourtant, si je l’ai rencontrée, c’est parce qu’un de mes élèves, il y a de cela bien longtemps (on s’fait vieux !), me la signala et m’en prêta même des exemplaires. A ma connaissance, il n’était pas payé pour le faire. A ma connaissance, il n’attendait pas de l’être. Il y a des choses qui relèvent de ce type de partage qui ne se calcule pas en division d’un bien en autant de parts qu’il y a de connaisseurs, mais en multiplication magique du bien, et en élévation mutuelle. Il fut un temps, l’enseignement relevait de cette logique. D’un point de vue marchand, cela n’a aucun intérêt. Et pourtant, ceux qui participent à cet échange savent bien qu’il y a là quelque chose qui est au delà de toute valeur mesurable. Et pour ma part, ces moments d’échange me semblent se situer bien au delà de ce pour quoi l’éducation nationale me rétribue. Profitons de cela, ça pourrait ne plus durer.

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