Ligne de mire
Par Youri Kane Catégorie : D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM 6 commentaires »25 janvier 2010
Me faisant à l’idée de parler tout seul, et m’habituant à percevoir les échos de ma propre voix se réverbérant sur les parois de la cellule désormais presque vide (je dis « presque », parce qu’une étude attentive des IP se connectant sur ces pages montrerait qu’en réalité, certains pointent leur nez, mais tournent aussitôt les talons, vérifiant juste que non, décidément non, il ne se passe rien (et on mesure, d’ailleurs, à quel point nous sommes mûrs pour les dispositifs hadopi, loppsi et désormais Apsa, quand on imagine que certains pensent qu’on peut venir comme ça, sur un site, sur la pointe des pieds, et que sous prétexte qu’on n’y laisse pas de commentaire, on n’y a pas laissé mille traces de son passage ! (mais bon, je ricane, je ricane, mais en realité, je suis aussi reconnaissant de ces visites, et si je scrute les IP, c’est bien parce que toutes les visites ne se valent pas, et que j’en guête certaines plus que d’autres))), je dois reconnaître que je n’alimente pas beaucoup cette page ces derniers temps.
C’est tout simplement que l’Etat, qui est mon patron, semble avoir décidé que l’argent qu’il mise sur ses employés serait bien plus rentable s’il leur donnait plein de nouvelles choses à faire, les convoquait pour des réunions à n’en plus finir et les remerciait en leur donnant de nouvelles responsabilités. Pourquoi pas. En même temps, s’il y a tant de boulot à abattre, pourquoi vouloir à ce point diminuer notre nombre ? Eh bien, l’avantage de ce nouveau mode de management, c’est que le personnel n’a même plus le temps de se poser la question !!
Toujours est il que les articles se font rares. C’est dommage, j’ai des choses à partager, mais il faudra patienter un peu.
En attendant, je vous propose, tel des X-Or, des Spectroman ou Sankukai en goguette, de vous égarer dans l’outre monde, puisque j’y ai mis en ligne des articles certes moins audacieux que ceux que je peux me permettre de proposer ici, mais qui trouveront peut être néanmoins leur public (à y réflechir, ce n’est pas innocent, ce second effet kiss cool de la surcharge de travail : ça oblige à prioriser, et ce qu’on met en tête des priorités, c’est justement ce qu’il y a de plus sage. Et après ça, on dira que le travail n’est pas un moyen de contenir la population ?… Tsssss…
Au programme ce mois ci :
- la liste d’achats du rayon philo du cdi de mon lycée (ce qui, je le reconnais, n’intéressera pas grand monde)
- plein de réflexions à propos du travail, dont un texte de Kant sur la nécessité de mettre les enfants au travail (oui oui), et une question cruciale, que tout le monde se pose dès qu’il franchit la porte de son lieu d’emploi : « En quoi réside pour l’homme la nécessité de travailler ? ». Et puis pour ceux qui préfèrent lire avec les oreilles, une émission de radio qui date de Juin dernier, sur le thème « Un homme libre peut il obéir ? » Problématique et propos un peu cousus de fil blanc, mais il s’agissait d’édifier les jeunes générations, et on y apprend toujours quelque chose ! Tout ça se trouve archivé ici même, il suffit de cliquer et un autre monde s’ouvre à vous.
Bon voyage pour ceux qui franchiront le pas. Et bientôt ici même, une proposition de réponse à la question qui nous empêche tous de dormir, du moins depuis qu’on la pose sur tous les écrans : » Qu’est ce que l’identité nationale française ? » en partenariat avec le vainqueur du concours de sosie de Socrate, le philosophe slovène Zizek. Oui oui, je prépare ça, mais ça nécessite encore quelques ajustements (en même temps, je ferais peut etre bien de publier ça avant que notre gouvernement ne mette en oeuvre ses projets de filtrage ! Je me depêche donc.
Récemment, grâce au magazine Polka, qui n’est pas si mauvais que ça, j’ai découvert un photographe dont, immédiatement le travail a provoqué cet effet particulier qu’on ressent, parfois, face à certaines oeuvres. La trentaine (mais peu importe), Polonais, Tomasz Gudzowaty voyage et rencontre, sur ses dernières séries, des sportifs. Problème : le mot « sport » est devenu tellement marchand qu’on voit mal désormais comment on peut le concevoir en dehors des circuits habituels de la consommation et de la communication publicitaire. Pourtant, Gudzowaty réussit à revenir, via le sport à ce qu’on pourrait appeler une discipline du corps. Et si on évite de découper l’homme en deux, avec d’un côté le corps, et de l’autre, l’âme, chacun dans sa chambre froide, on pourra nommer ces pratiques « discipline de soi ». Souvent, il s’agit pour ceux qui les pratiquent, de gagner en maîtrise de la pesanteur. C’est en tous cas souvent sous cet angle là que ce photographe fige leur mouvement. Mais à aucun moment l’apesanteur n’est feinte, ni simulée. La photographie permet, simplement, de fixer ce moment d’élévation.
Il se trouve que je participe au « dispositif » Lycéens au cinéma, qui a pour objectif d’emmener plusieurs fois dans l’année des élèves découvrir gratuitement des films. On ne sait pas pourquoi cela n’est pas déjà au programme de tous les élèves, et ce dès le plus jeune age, mais bon, on se contente de ce qu’on nous offre déjà. Il y a cette année au programme un Hitchcock (réalisateur qui revient d’ailleurs assez souvent dans le programme, d’année en année). C’est
Crise de la production, parce que le spectateur des séries est de moins en moins souvent téléspectateur, et de plus en plus souvent internaute, ce qui contrarie beaucoup les annonceurs publicitaires qui financent ces productions.
Heureux qui, comme le spectateur au cinéma, fait un long voyage. Les meilleurs raconteurs sont ceux qui parviennent à embrasser des millénaires, c’est peut être la raison pour laquelle les américains sont les aèdes de ce temps, à tous points de vue. Problème : ils sombrent souvent dans le spectaculaire. Peut on le leur reprocher ? Tentative de réponse
On remarquera, pour compléter ce lien, qu’accessoirement, cette mesure dont on n’imagine pas une seconde qu’elle puisse être universalisée (ce qui, compte tenu du fait qu’elle consiste, tout de même, à financer des projets dont l’intérêt est individuel (passer le code, faire un voyage…, en fait une mesure profondément injuste, puisque certains élèves, et pas d’autres, en bénéficieront, qui plus est, les moins méritants, puisqu’il s’agit de ceux qui, si on le paie pas, ne viennent pas; pendant ce temps, d’autres établissements continueront à faire des demandes avortées pour avoir une connexion internet en état de marche, la possibilité de faire des photocopies en quantité suffisante, un surveillant de plus, sans succès), pas plus que les autres (souvenez-vous, les portiques détecteurs d’armes à l’entrée des établissements scolaires, les profs qui auraient le droit de fouiller les cartables, on en passe, et il y en aura certainement des meilleures à venir), a pour principale vertu le fait qu’elle n’est qu’une opération de communication inversée, telle qu’en deviennent spécialistes les ministères dès l’instant où ils ont en charge un secteur qu’ils ont pour objectif de démanteler. En effet, si on traduit la mesure en langage de parents d’élève, on comprend ça : si on en est au point où il faut payer les élèves pour qu’ils aillent en cours, ça en dit long sur le n’importe quoi qui règne sur les lycées publics. Si on peut mettre un peu d’argent de côté, mieux vaudrait le dépenser auprès d’un groupe privé qui accueillera notre enfant dans une toute autre ambiance. A force, cette image que donne de l’enseignement public ceux-même qui en ont la responsabilité constitue, pour les enseignants, un boulet bien plus lourd à tracter que l’absentéisme pourtant effectivement massif des élèves.
Accessoirement, on peut tirer de cela des enseignements sur des dégâts collatéraux. En particulier, puisque la mesure vient d’une des incarnations de l’ouverture du gouvernement (mais tout casting, aujourd’hui, doit être ouvert), Martin Hirsch, dont certains avaient pu penser, il fut un temps, que son coeur portait à gauche, on comprend mieux le principe selon lequel des personnalités inattendues peuvent être, en réalité, parfaitement sarko-compatibles : c’est que même le coeur sur la main, elles n’envisagent les relations humaines que sous l’angle de l’économie. Ainsi, tout problème se ramène à une question de rémunération. Outre le fait que c’est la politique la plus coûteuse qui soit, on remarquera que c’est aussi celle qui peut le moins porter le nom de « politique ». Sur la stricte question de l’éducation, cette tendance aura pour simple conséquence de rompre pour de bon le lien de transmission qui peut exister entre une génération et une autre. Et on va apprendre à nos successeur une chose qui n’était jamais venue à l’esprit de quiconque : vendre leur propre avenir. A terme, on peut même imaginer le chantage suivant, effectué à des adultes encore conscients de la nécessité de la transmission : « nous savons que nous devons apprendre de vous tout ce qui permettra de préparer ceux qui nous succéderons à leur prise en charge du monde. Maintenant, si vous voulez que vos petits-enfants soient instruits à leur tour, par nous, il va falloir nous payer. Sinon, on ne suivra pas votre enseignement. Prendre en otage ses propres enfants, voila ce à quoi nous n’avions même pas pensé.