Pourquoi la haine contre Stargalactik est elle contre-révolutionnaire ?
Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", PROPAGANDA 29 commentaires »2 septembre 2007Money, it’s a crime
Share it fairly, but don’t take a slice of my pie
Money, so they say
Is the root of all evil today
But if you ask for a rise, it’s no surprise
That they’re giving none away
Pink Floyd – Money (in The Dark side of the moon – 1973)
Lord Chacalus me signale aujourd’hui un de ses motifs d’énervements (et ils sont nombreux, mais qui n’est pas assez régulièrement énervé dans ce monde sous sa forme actuelle ? Ok, ok, je préfère ne pas voir les bras se lever, je préfère croire qu’on est nombreux à se dire que ça ne tourne pas très rond, tout ça). Ce motif est assez simple : il y a un gars, plutôt jeune en apparence, qui a ouvert un blog sur la plate-forme sky dans l’unique but de montrer à quel point la fortune a jeté sur lui son regard, à quel point il est couvert de biens, de luxe et donc, de fric (et on ne sait plus trop si ce sont ces biens qui sont la conséquence du fric, ou si c’est celui ci qui est la conséquence de ces biens : au delà d’un certain seuil, ça devient un peu opaque, ce genre de choses). Un simple coup d’oeil ici va donner une idée de la chose : http://stargalactik2.skyrock.com/
Passons sur la question inutile : est ce bidonné ? On peut dire qu’on s’en fout. Que l’auteur fantasme sur l’idée qui soit « blindé » (pour reprendre la terminologie de Fogiel) ou qu’il soit blindé et que son fantasme soit simplement de le montrer, peu importe. Peu importe aussi de savoir si le coiffeur de ce jeune homme se fout de sa gueule ou pas (à vrai dire, d’ailleurs, il y a quand même là un vrai truc qui se passe, et qu’il va falloir étudier de plus près : le grand mouvement de nettoyage de la France, validé (et non pas inauguré) en Mai dernier de manière (quand même) assez majoritaire (ce qui en dit finalement déjà assez long sur cette fameuse identité française, qui n’a pas tant que ça besoin d’un ministère pour exister) s’accompagne d’un mouvement capilaire parallèle, qui ne me semble pas tout à fait déconnecté de « ce qui se passe » actuellement. Annoncées par ce que les amateurs de buzz appellent la « nouvelle scène rock française », les coupes de cheveux romantiques, mèche au vent (style, coupe actuelle de Mickael Jackson, vous voyez en gros ? Enfin, simplement, une version sans doute considérée comme sophistiquée du carré féminin, bref, une coupe de cheveux qui ne transpire pas vraiment la testostérone, mais à la limite peu importe, on est capable d’apprécier certains androgynes) sont de retour. Elles doivent sans doute faire partie de la « décomplexion » qui semble devenue un programme politique à elle toute seule. Quand je dis qu’elles sont de retour, on peut même dire qu’elles viennent de loin : la mèche « artiste » n’est pas vraiment belle, elle ne témoigne pas d’une grande énergie dépensée dans le travail, elle fait un peu chochotte, elle fait même un peu « branleur », ou gigolo. Enfin bref, à l’heure où on compte remettre tout le monde au travail, ces mèches longues me semblent bel et bien être un des signes qui témoignent de l’arnaque du programme, comme un message nous disant que le travail, c’est pas si bon que ça pour tout le monde : l’ouvrier peut se tailler la tignasse à coups de tondeuses, comme ça son casque ne déformera pas sa coiffure. Seuls ceux qui le « valent bien » peuvent se permettre un soin capilaire aussi exigent. Bref, une des formes de la lutte des classes aujourd’hui se tient probablement dans l’opposition entre les cranes quasi rasé qui se trouvent sous les casquettes de base-ball, et les franges couvrant les yeux qui doivent sans doute se planquer sous un parapluie de marque à la première ondée, et on ne m’empêchera pas de penser qu’un des avantages de cette coupe chevaleresque, c’est qu’elle est inaccessible aux petits budget (les pauvres n’ont pas les bonnes priorités budgétaires) et qu’elle est tout aussi inaccessible aux cheveux crépus, et c’est pas négligeable, par les temps qui courent, de créer des modes inaccessibles, même via l’argent, mais bref). Peu importe donc de savoir si ce jeune homme a du goût, dans la mesure où l’affaire serait vite réglée.
On peut par contre se demander de quel rapport à l’argent un tel exhibitionisme témoigne. Enfin, là aussi c’est quasiment une question inutile, parce que la réponse est en chacun de nous : on aime tous avoir ce que les autres n’ont pas. Ca peut être très matériel (« J’ai en ma possession des caleçons d’une marque qu’on ne trouve même pas en France », wow), ça peut être plus élevé spirituellement (« je fais partie des quelques uns que Dieu sauvera lors du jugement dernier, et je suis juste venu vous prévenir que quoi que vous fassiez, vous n’en ferez jamais partie, et que vous me serez soumis pour l’éternité », woooOOOOOwww !) ou plus précisément intellectuel (« Je ponds des shémas intellectuels complètement inaccessibles au commun des mortels, ce qui justifie que je sache mieux que les autres ce qui est bon pour eux, et qui justifie aussi que je ne me donne même pas la peine de leur expliquer mes vues, puisqu’évidemment, ils ne les comprendraient pas », Hhhhmmmmm Hhhmmmmmmmm). On est tous plus ou moins capables d’être gentillement méprisant (on dira condescendants) envers ceux qui ne nous arrivent pas à la cheville. Le tout est de se placer en permanence sur le bon terrain, et de ne jamais aller se confronter aux autres là où on se sent davantage en défaut. Il y a pas mal de pistes pour expliquer ce genre de phénomène, et ce genre de tendance : nécessité d’être reconnu (et on l’est, on le sait, bien plus par ce que l’on fait que par ce que l’on est; et ce que l’on a est censé assez bien témoigner aux yeux des autres de ce qu’on fait, et donc de ce qu’on est), plaisir à dominer (allez allez, on peut quand même bien se l’avouer, cette tendance au mépris qui nous anime, elle nous fait tout simplement du bien; je sais pas si les femmes ressentent ça comme les hommes le ressentent, mais ça a carrément quelque chose de sexuel quand on sent qu’un « autre », qui pourrait être notre égal, nous est finalement subordonné; je ne dis pas que c’est une relation saine, mais c’est une tendance que nous pouvons ressentir), incitation sociale aussi (on abreuve abondamment la population d’émissions mettant en scène de manière pédagogique la valorisation des meilleurs, tout en sélectionnant volontairement ces meilleurs des manières les plus absurdes (jeux crétins, hasard, votes du public…). Il n’est pas étonnant ensuite de les voir reproduire dans la vraie vie les attitudes typiques du « winner », avec tout ce qu’elles peuvent avoir d’indécent et d’oublieux pour ceux qui ont été battus), maintient des bonnes vieilles structures sociales enfin : Marx et Engels l’ont quand même assez fortement mentionné, le moteur de l’histoire jusqu’à présent (la révolution prolétarienne internationale n’ayant pas l’air d’avoir eu lieu (soyons plus précis : les prolétaires ayant carrément oublié qu’ils étaient exploités du simple fait qu’on a tout organisé pour que le fait de bénéficier de la solidarité sociale soit bien plus contraignant encore que le fait d’être exploité, à tel point que désormais on a peur de ne pas bénéficier de la chance de l’être) est la lutte des classes. Que les classes dominées aient eu tendance à se retourner contre les classes dominatrices, c’est une évidence ponctuelle. Mais on ne peut pas concevoir cela sans admettre que les classes dominantes sont elles aussi en lutte permanente pour conserver leurs avantages non négligeables. Si la force fut un moyen longtemps efficace, l’avènement des démocraties, et la promotion de ce type de régime obligea ces classes « supérieures » à trouver d’autres voies de maîtrise; mais qu’à cela ne tienne : si c’est l’opinion qui gouverne, alors il suffit de gouverner les opinions (au sens où le pilote du navire est à son gouvernail); en ce sens, il est probable que ce que nous vivons en ce moment est un des sommets de la démocratie moderne (pour le dire en d’autres termes, notre véritable ministre de l’identité nationale est sans doute, et ce depuis pas mal de temps, Thierry Saussez (ou Franck Louvrier, par exemple (ça fait peur, hein ?))), domaine dans lequel les taux de réussite suffisent à assurer des majorités électorales. D’ailleurs, si c’est par le contrôle des opinions que la classe dominante conserve ses privilèges, on peut parier que c’est précisément en jouant finement avec les pulsions de domination du peuple qu’elle y parvient.
Stargalactik est donc simplement un symptome (les prodromes devraient être cherchés du côté des années 80, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le personnage principal (et à vrai dire unique) de ce blog apparaît (sans doute sans le savoir lui même) comme une vague ombre de Patrick Bateman : même soif de marques (parce qu’elles évitent toute justification des choix, elles s’imposent d’elles-mêmes), même absolue nécessité de toucher du doigt ce qui lui semble se faire de mieux, même conviction que tout ce qui lui semble être le meilleur l’est effectivement (en somme, négation de toute autre forme de subjectivité que la sienne propre), même confiance dans le fait que la domination effective est le signe d’une domination plus profonde, que la domination de fait doit être reconnue comme une domination de droit, naturelle.
Mais ce qui est finalement plus intéressant, c’est l’audience d’un tel blog. En soi, a priori, rien de très palpitant : un gosse de riche énerve son monde en prenant en photo ses dernières chaussures, les billets de son argent de poche, se plaint que des billets trop gros n’entrent pas dans son porte monnaie LV (à croire que la découverte du blog a précédé celle de la carte bancaire (j’allais écrire « carte bleue », prolétaire que je suis !!)). Je ne suis pas devin, mais il est peu probable que j’obtienne une très grande audience en me contentant de prendre en photo mes quelques possessions, en m’adressant à ceux qui en ont moins que moi et en leur renvoyant consciencieusement à la gueule leur pauvreté (en insistant bien sur le fait que, bien sûr, tous ces biens ne sont que des détails futiles, et qu’ils ne sont que de multiples preuves d’une infériorité bien plus essentielle). Or cette Stargalactik a une audience suffisante pour que son pseudo ne soit pas tout à fait un mensonge : les visites s’accumulent (à son plus grand plaisir, évidemment), ainsi que les commentaires. On pourrait les répartir en deux catégories, aussi diamétralement opposées qu’on puisse l’imaginer : les serviles et les énervés. Les serviles sont admiratifs, attirés par ce qu’un semblant de rapprochement avec le personnage pourrait leur rapporter (pas étonnant : on devine la montagne de déchets que le bonhomme doit semer sur son passage, étant donné le caractère légèrement capricieux qui semble l’animer, on peut dès lors imaginer la véritable opération récup’ qui peut se monter dans son environnement proche; d’autre part, à force de transformer ainsi des objets en idoles, il est normal que le support de ces objets, leur propriétaire fasse l’objet d’une idolatrie identique, l’objet objective son propriétaire aux yeux de ceux qui l’envient. On voit donc une petite constellation de fervents admirateurs assurer la star de leur sympathie (ce qui doit bien le faire marrer), et prendre sa défense contre… les autres… puisque, bien sûr, une bonne partie de l’audience lâche les comm’ comme on lâche ses chiens sur chaque article du phénomène. Insultes, menaces de mort, discours moralisateurs (ce qui doit, aussi, bien le faire rire), leçons d’économie, menaces de retour de baton révolutionnaire, appels au partage, à la « justice », tout y passe. Et tout est de nouveau motivé par l’envie.
C’est mécanique : on expose la vitrine, on n’y montre que ce que presque personne ne peut acquérir (et sur Skyblog, ça équivaut à presque tout le monde : on peut imaginer que statistiquement, les fils de milliardaires surfent assez peu sur cette plateforme), pour provoquer des émotions qu’il est bon que le peuple éprouve, surtout à une époque où la révolution est impossible. Stargalactik a un mot pour désigner ceux à qui il ne plait pas : les rageux. Et effectivement, une telle décomplexion provoque la rage, précisément parce que tout ceci est simplement injuste, alors même que c’est conforme à la justice instituée. Cela provoque la rage parce que cela semble aller contre un ordre supérieur, qui voudrait qu’une telle distribution des « choses » soit impossible. Mais c’est une rage sans issue : les commentaires d’un tel blog ne sont qu’un défouloir anodin qui ne viendra pas remettre en question l’Ordre institué qui permet à un jeune dysorthographique et névropathe (du moins fortement obsessionnel, tant dans l’avoir que dans le paraître) de se croire (et finalement d’être) supérieur à la majeure partie de la population. Ceux qui les écrivent le savent bien, d’ailleurs : leur cible est hors d’atteinte, et le rapport qu’ils entretiennent avec elle est ambigu : on ne peut pas se prévaloir d’une véritable supériorité morale dans la mesure où, d’une certaine manière, on envie la situation de celui qu’on exècre. La seule trace d’intelligence du blog est d’ailleurs dans cette conscience d’exciter des adversaires qui ne sont ennemis que de circonstance : un autre coup de dés à la naissance en aurait fait des alliés.
Qu’est ce à dire ? Qu’aucun changement de domination ne peut avoir lieu si la classe dominante demeure le fantasme de la classe dominée. Dès lors, la révolution, même tranquille, ne peut avoir lieu dans la rue si elle n’a pas d’abord eu lieu dans les têtes. Ce n’est que lorsque Stargalactik ne sera plus du tout un motif d’énervement que sa domination pourra prendre fin. Ce n’est que quand les signes diffusés par sa classe sociale (autant dire nos dirigeants) n’auront plus aucun effet sur nous que le pouvoir de ces signes prendra fin. A l’heure où le pouvoir n’est jamais autant passé que par ces seuls signes, on cerne à quel point il deviendrait judicieux de les mettre à distance.
Seule voie offerte à nous, dès lors : l’indifférence. Rien de nouveau sous le soleil, nos lointains ancêtres avaient déjà compris qu’une bonne partie de nos énervements était due non pas aux choses elles mêmes, mais à la manière dont on les concevait. En l’occurence, Stargalactik est prodigieusement gonflant précisément parce qu’il frime avec ce qui fait envie (et ce d’autant plus que tout est arrangé pour que ce dont il dispose tant soit vitalement nécessaire à ceux qui n’en disposent pas, sinon le leurre ne fonctionnerait pas (d’ailleurs, un des aspects d’une révolution concrète pourrait consister à ne pas maintenir ce leurre, et à cesser de considérer que l’argent qui sert à survivre est du même ordre que celui qui permet à certains de vivre mieux)). Mais il suffirait que ce qu’il expose impudiquement (c’est même proprement de l’obscénité en l’occurence) n’ait aucune valeur pour que le soufflé s’écroule immédiatement sur lui même et n’apparaisse plus que comme un monument dressé à la gloire de la suffisance (ce qu’il est, d’ailleurs). La ministar ne joue avec les nerfs de son public que parce que ces nerfs vibrent paradoxalement en harmonie avec les siens, et qu’il en sait mettre ces vibrations en disharmonie.
Alors ?
Indifférence. Quiétude. Ataraxie.
Nos ancêtres stoïciens savaient que la clé de nos tensions est en nous, et non en les autres. On s’énerve tout seul, les motifs ne sont que des prétextes. Celui qui connait les motifs a finalement pas mal de pouvoir. Partager cette connaissance permet de disperser ce pouvoir, suffisamment pour le réduire à néant, ou qu’il n’ait plus de prise sur nous. C’est pour cela qu’Epictète, quand il conçoit son « Manuel » (autant dire l’ouvrage pratique permettant à chacun d’avoir « sur soi » (ou plutôt en soi, quand on l’a lu) un guide offrant une orientation, une assurance à celui qui en est le porteur), place en premier lieu une distinction essentielle : « Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. De nous, dépendent la pensée, l’impulsion, le désir, l’aversion, bref, tout ce en quoi c’est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l’argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n’est pas nous qui agissons. Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves ; ce qui n’en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger. »
On ne peut être plus clair : l’argent ne dépend pas de nous. On peut se battre pour lui, le conserver amoureusement, le jalouser, envier celui des autres, chaque fois qu’on est motivé par l’argent, mais chaque fois qu’il constitue le moteur de notre action, nous nous aliénons. Nanti ou miséreux ont un rapport commun à cet objet : dès qu’il constitue en lui même un but, nous ne nous appartenons plus, nous sommes esclaves. L’argent nous est, définitivement, étranger. Fort bien, reprenons alors. Face à Stargalactik, que ne peut-on pas ? On ne peut pas lui retirer ses acquis. On ne peut pas échanger sa place contre la nôtre. On ne peut pas changer nos trajectoires respectives. Que peut on ? Se détacher de ce à quoi il est si attaché. Toute son attitude repose sur le partage des mêmes valeurs, sur une égale conception de l’argent comme une valeur en soi. Or Epictète nous le dit : dépend de nous tout ce en quoi c’est nous qui agissons. Quand on lit le blog de cet individu, malgré toutes les tentatives de l’auteur, ce qui reste en notre pouvoir, c’est le détachement. Pas l’envie, ni le ressentiment, ni même le mépris, juste le détachement, la quiétude. Si l’inquiétude est un mouvement, la quiétude est ce repos dans lequel l’argent n’est plus un motif, et ne provoque donc plus aucun mouvement en nous.
Cela a t il un sens politique ? Certainement : quand on veut le changement, il faut qu’il soit conséquent : aucune révolution véritable ne peut se contenter de simplement inverser les rôles en switchant les positions des uns et des autres. Les rêves de grand soir vécus dans la revanche contre l’oppresseur n’ont dés lors rien de révolutionnaires. Et c’est bien la raison pour laquelle ce qu’on ose appeler encore la « gauche » est la seule alternative potentiellement révolutionnaire, mais c’est aussi pour cela qu’elle ne peut l’être que si elle assume de ne pas se fonder sur des rancoeurs et du ressentiment, et si elle prend le risque de proposer une toute autre échelle des valeurs. En d’autres termes : pas de remise en question possible du discours capitaliste si on adule soi-même l’argent, pas de proposition alternative à « ce qui se passe » si on est soi-même un idolatre de la marchandise (et je suis conscient que ceux qui me connaissent et lisent ceci doivent bien se marrer), pas de défilé pour une augmentation générale du pouvoir d’achat (car l’achat n’est pas un pouvoir, mais bien plutôt une addiction, parce qu’il faudra bien se résoudre à considérer que les conditions de la vie digne ne doivent pas relever de l’achat, parce qu’il faudra bien qu’on considère qu’on peut, peut être, se passer d’un certain nombre de choses (et en ce sens, Stargalactik n’est rien de plus qu’une version exacerbée de notre propre rapport à la consommation)). Et néanmoins, le combat ne peut pas s’appuyer sur un quelconque ressentiment vis à vis de ceux à qui le capitalisme réussit (et il s’agit ici tout autant de ceux qui détiennent les fameux « cordons de la bourse » que de ceux qui ont simplement « mis de côté » pour assurer leurs vieux jours. Face à cette « bonne fortune » dont certains bénéficient, il est nécessaire de parvenir à l’indifférence, au détachement.
Vaste programme, dont on pourrait imaginer qu’il constitue l’essentiel de l’ordre du jour des universités d’été de tout parti de gauche qui se respecte (ou qui respecte ceux pour qui il combat).
Dernière supposition. Ce blog est tout sauf innocent, et il n’est pas complètement hors maîtrise. En ce sens, il fait l’objet d’une conception et il poursuit des objectifs. A strictement parler, il agit comme un piège, dans lequel les moins habiles tombent par centaines. Quand un piège fonctionne à ce point, c’est qu’il est intentionnellement conçu dans cet objectif. On l’a dit, sa première fonction est d’énerver, de provoquer la haine. Et on l’a dit aussi, cette haine est tout sauf une attitude appropriée. Mais au delà de cette simple provocation, il s’agit aussi de clarifier des positions, de faire émerger des discours comme possibles, de dire des choses qui n’avaient pas encore été dites sous cette forme, et de les faire valider, et ainsi de rassembler les troupes en identifiant les sympathisants. Le blog cristallise des idées éparses qui n’auraient sans doute pas osé s’exprimer telles qu’elles, empêchant ceux qui en sont porteurs de se rencontrer.
A ce titre, c’est une opération de communication réussie. Et en ce sens, on peut supposer que si un tel blog (ainsi que ceux, moins réussis, qui l’accompagnent) n’existait pas, de bons et fidèles conseillers en information, tels que les sus-mentionnés Thierry Saussez (ou Franck Louvrier, de nouveau par exemple) seraient bien inspirés de les générer eux-mêmes.
Crédits : les illustrations sont extraites de l’oeuvre du caricaturiste R. Cobb, dont les dessins, nous provenant des années 70 sont aujourd’hui étonnants d’actualité. Pour l’info, je les ai découverts dans une sorte d’immense bande dessinée effectuée dans les mêmes années par Nicolas Devil, intitulée Orejona, dont je reparlerai un de ces jours, car elle fut, alors que j’étais encore adolescent, un véritable éveil philosophique. J’y trouvai entre autres de larges extraits des écrits d’auteurs tels que W. Reich, ne seraient ce que ces quelques mots, qui constituent un véritable programme, assez proche de ce que ce blog pourrait viser (avec ses maigres moyens) : « Partout dans le monde, des individus luttent pour un nouveau cours de la vie. Ils se heurtent dans cette lutte aux consitions économique et sociale les plus difficiles. Mais en outre ils sont inhibés, aveugles et menacés par leur propre structure bio-psychique qui est fondamentalement la même que celle des individus qu’ils combattent. L’aubjectif d’une révolution culturelle est le développement chez les individus d’une structure psychique qui les rendrait capables d’autonomie« .
