Archives pour la catégorie PLATINES

Kaleïdoscope

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, PLATINES, POP MUSIC, PROTEIFORM, SCREENS, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »9 novembre 2009

Afin d’éviter une focalisation excessive sur le monde tel qu’il va, hypnotisons nous :

Un clip hypnotique, d’un groupe mélangeant influences psyché et ambiances noctambules. Il n’y a rien de mieux, pour rebooter les neurones, que prendre la bagnole et tailler la route de nuit, sans destination particulière. Certes, le carburant se faisant rare, le projet devient incorrect. Mais ils sont finalement peu nombreux, les Kowalski qui conservent dans leur garage, les uns une Dodge Challenger R/T, les autres une Ford Gran Torino, et même si les V8 boivent leur ration de gazoline, décidément insoucieux de l’essence, ces quelques pale riders devraient laisser nos stations essence moins asséchées que ne le sont leurs perspectives.

Le groupe, c’est Kill for Total Peace.
Le titre, c’est 50 seconds.
Le clip est réalisé par Helena Klotz.

Ce genre d’engin auditif se tient dans l’écurie Pan European Recordings, dont on peut souvent penser le plus grand bien. La preuve ? Larry Debay, qui est un des disquaires survivants de la capitale du monde (L’exodisc, Paris18), ne tarit pas d’éloges à propos de Kill for Total Peace : « Se réveiller avec le cerveau bombardé par mille informations inutiles. Un monde adulte n’offrant qu’un univers froid totalitaire. Contact de nuits sauvages. Connexion sur des stratégies obliques. Elaboration d’un univers musical. Des liens tissés par 5 garçons aux pensées nouées sur une visée commune. Lumières aveuglantes. Douceur des paysages. Grisaille de sites industriels. Au bout de la rue où se trouve leur studio, ils marchent. » Sons dotés de têtes chercheuses vérouillées sur les neurones, obstinément : ça ne fait bouger que la tête, de l’intérieur. Mais Helena Klotz l’a bien saisi : ce sont là les paysages dans lesquels nous pouvons cruiser sans limite vers nos vanishing points quand tous les soleils se sont éteints.

Tarnaque

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, POP MUSIC Laisser un commentaire »22 avril 2009

Je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas lire un article sur l’affaire de Tarnac sans avoir en tête un vieux titre de ce groupe génial que furent les V.R.P., Tabernacle ! Similitude purement sonore, mais ce morceau me hante.

Seul exorcisme possible, ensorceller les autres !

Au passage, rappelons juste que les V.R.P. sont une des géométries que pouvaient prendre les membre du groupe les Nonnes Troppo, et qu’à la différence de beaucoup d’autres formations de ce genre, leurs albums s’écoutent encore avec beaucoup, beaucoup de plaisir. Paroles improbables mais impeccables, sens de ce genre rare u0042284665520d’absurde qui semble tomber sous le sens, ambiance barraque aux phénomènes (leurs titres sont envahis par les enfants trisomiques qui appellent « Corinne » leur pâte à modeler, de nains et naines en goguette, de meurtriers revendiqués, de couples en pleine crise de nerfs).

En extrait, pour les rares qui seraient passé à côté de ces joyeux énergumènes, ce Tabernacle ! Le tabac, quelle arnaque ! qui contient en quelques minutes ce grand n’importe quoi dont le groupe est coutumier. Mais rien ne remplace les albums complets. On signalera simplement que le summum du luxe sera atteint si vous êtes un jour l’heureux possesseur de la version 33T de l’album « le couvent » des Nonnes Troppo, puisque vous aurez alors en main au-delà d’un double album génial, une bande de papier qui une fois scotschée en forme de cercle, et posée sur le disque en train de tourner, vous procurera le ravissement d’un dessin perpétuellement animé. A ma connaissance, c’est un cas unique dans l’histoire de la production phonographique, et voila bien quelque chose qu’on ne peut pas télécharger ! Accessoirement, vous aurez de plus un album qui, mine de rien a été produit par Marcel Kanché, que vous connaissez sans le connaître : qui de nous deux, de M, vous voyez ? Il en est l’auteur. Bon, voila. Normalement, ça a du donner envie d’en entendre plus. NB : n’en déplaise à ceux qui pensent que le téléchargement tue les disques, ou je ne m’abuse, ou ce post, tout en diffusant un titre, incite fortement à s’acheter des disques, disques qu’accessoirement, les maisons de disques ne mettent plus en avant, puisqu’elles ont d’autres marchandises à écouler.

En attendant que vous vous trouviez une occase en bon état du double LP des Nonnes Troppo, voici donc Tabernacle ! des V.R.P., extrait de l’album « retire les nains de tes poches » (je vous avais prévenu qu’on était chez les Freaks !)

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

 

No gazoline on the horizon

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, HYBRID, MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »3 avril 2009

01924910-photo-pochette-no-line-on-the-horizonRetour des refoulés, la mémoire déjà un pied dans l’outre-tombe, la sensibilité régressive, ce sont les mastodontes de la musique d’antan qui font aujourd’hui l’actualité. Ca nous va bien au teint, à nous autres qui nous faisons un revival eighties. Des noms oubliés, en directe provenance du vingtième siècle, tentent sur notre époque sans doute déjà rétrogradée aux yeux de l’Histoire leur travail de design sonore, comme pour lui fournir une bande son à la hauteur du non sens qu’elle tricote tranquillement, comme si de rien n’était. U2, Pet Shop Boys, Depeche Mode, trinité musicale des roaring eighties. A l’époque, le meilleur des trois mondes, le Père Rock’n Roll, le fils Dark Electro, le Saint Esprit EuroPop; je sais, je sais. Les principaux concernés aimeraient se voir attribuer d’autres rôles. Bono se verrait sans doute bien en Christ martyr, mais ce n’est là qu’une pose : tout chez U2 relève de la litturgie et du dogme; et c’est bien Master & Servant que Jesus, perché sur sa croix, offrant sang et eau aux hommes dans ce qui restera comme le plus pervers et le plus universel des plans SM que la planète connut, aurait choisi comme soundtrack. Enfin, si le Saint Esprit est cette tension entre ciel et terre, cette puissance d’élévation qui tient à bout de bras ces deux extrêmes irréconciliables, alors c’est chez ces fiévreux héritiers de l’énergy disco qu’il choisira son expression sonore, et Neil Tennant sera cet archange qui viendra raconter aux oreilles des hommes ce qui les enracine au quotidien, sur des tonnerres de violons et trompettes apocalyptiques, et on sait que l’apocalypse ne pourra être qu’un pandemonium martelé aux infrabasses, celles qui nous saisissent tels que nous sommes, nous autres êtres humains : le coeur lourd, les pieds légers. Le Saint Esprit n’est ni chez le Père Bono, ni chez le fils Dave, oscillant entre chute et rédemption, il a besoin des ondes antigravitationnelles de la transe, de la high energy, des vibes, parce que c’est lui le propergol de l’ascension, et c’est dans ce mouvement que Chris Lowe est expert.

Les cavaliers de l’apocalypse ont donc décidé de faire sonner quasi simultanément leurs trompettes. Sans doute ne se sont ils même pas concertés : le temps les appelait, tout simplement, la catastrophe approchante réclamait ses muezzins annonciateurs de temps qui nous semblent de moins en moins nouveaux. Qu’on se le dise, nous sommes pour de bon en territoire connu : ground zero s’est répandu à la vitesse de propagation d’un son : KRACH.

Justement, quelle musique pour un temps où tout n’est plus aplani, mais chaos ? Les pochettes ne trompent pas. Lignes brisées contre platitude horizontale. Ce sont ceux qui font le plus les malins sur le terrain politique qui ont le plus mal compris leur temps. Bono se croit encore dans les années 80, alors que la volonté de puissance semblait pouvoir se propulser dans n’importe quelle direction, puisqu’elle ne trouvait face à elle aucun obstacle décisif. Achtung baby, c’était la musique des grands depeche-mode-sounds-of-the-universe-300x3001espaces, du rodéo planétaire, la bande son des virées au long cours, en berline yankee, sur des routes sans fin, balayées par des vents de sable, aux bas côtés indécis, mais ne s’effaçant jamais tout à fait sous les pneus optimistes : goodyear t’assure que tu ne manqueras ni de motels, ni de carburant, et que tu es partout chez toi. Le coffre vide, le réservoir plein, le monde roulait coude à la portière, cheveux mi-longs dans le vent chaud, sunglasses sur le nez face au soleil asymptotiquement couchant. Dans le ciel insouciant, pas un nuage avant l’horizon. Sans doute paumés par le trompe l’oeil des années 2000, ignorant que l’histoire ne ressert pas deux fois les mêmes plats, U2 nous la rejoue grands espaces, autodrive enclenché et traversée du monde sans poste frontière, sans se rendre compte qu’on roule désormais avec l’aiguille de la jauge à carburant dans la zone rouge, que les pneus laissent entrevoir leur structure interne, et qu’on aurait mieux fait de glisser quelques vêtements de rechange dans le coffre; les nuits sont fraiches dans le désert du monde. Bientôt, le coude toujours à la portière, dans l’impression persistante de l’absence de ligne à l’horizon, on ne s’apercevra même plus qu’on poursuit la course sur le seul élan, en roue libre, juste parce que nos freins, eux aussi, sont désormais incapables de nous arrêter. Le problème avec les absences d’horizon, c’est qu’elles sont parfois dues au brouillard.

Ligne brisées en couronne d’épines chez Depeche Mode et angle droit chez les Pet Shop Boys. Monde fracturé chez les uns comme chez les autres. Si les premiers donnent à entendre le son de l’univers, on sait dès les premières secondes qu’il s’agit de cornes de brume. Le monde est un super tanker échoué n’importe où, les cuves à sec, et nous traversons le pont de ce qu’on a longtemps pris pour un paquebot de luxe, de long en large, sans pouvoir descendre à terre : trop gros, trop haut, on a beau jeter l’ancre, les chaines ne sont pas assez longues pour accrocher un quelconque point solide qui permettrait de s’arrimer. Le cargo s’est planté là, salle des cartes hors d’usage, sous un ciel sans repère mais au moins, on sait que, comme on dit, on en est là où ça devait arriver un jour ou l’autre, à la fin de ce périple pendant lequel on répétait en choeur « Jusqu’ici, tout va bien ». Nous y voila. Sur le pont libre de tout divertissement, les passagers s’agitent de moins en moins, seule une bagnole ricaine, quatre passagers coude à la portière passent encore pied au plancher, dans le rugissement de leur mécanique assoiffée comme on l’est quand on pense que le monde continuera à payer indéfiniment en liquide. La tension devient de plus en plus fragile, les guitares se font de plus en plus rauques. Mais c’est à mesure que les temps se font sombres que la paix s’installe, par épuisement certes, mais aussi par acceptation des limites comme le cadre normal dans lequel la vie devra décidément être menée, et contenue. Le paysage sonore plus confiné, la reverb’ estompée, l’univers est à la mesure de l’âme; et celle ci se fait petite. Retour à la modestie, concentration sur soi. Gahan et Gore n’en sont pas à leurs premiers pas dans cette dimension réduite de l’univers, mais l’exploration est désormais, aussi une installation au long cours, une nouvelle colonie.

Plus de perspective ? Ce serait oublier que l’âme, même rétrécie, aspire à se dépasser, et que c’est peut être là que se trouve la tâche secrète de la musique. Qu’il s’agisse des plongées introspectives de Depêche Mode ou des SpaceLaunches des Pet Shop Boys, les sons prennent racine dans les limites même du monde, les sons industriels, jpg_pet_shop_boys_yesles beats fondamentaux du coeur, mais il ne s’agit là que de points d’appui qui permettent aux neurones, au corps entier d’étendre ses réseaux dans toutes les directions, de se dépasser. Sur le pont du navire échoué, en beau milieu de ce qui va se transformer en dancefloor, deux gars discrets, deux dandys post-decadents installent un rack de puissance et quelques enceintes. En avant, un synthé et un micro sur son pied. Minimalisme, intelligent technology (c’est à dire une technique qui sait ce qu’elle est, ce qu’elle vaut, et qui ne se prend pas pour sa propre fin). Les enceintes balancent quelques bips, elles ont le jus nécessaire pour faire vibrer le sol artificiel sur lequel godasses de chantier et chaussures de sport vont pouvoir frapper, synchronisées. Insouciance mise en avant, légèreté qui parvient, le plus souvent sur la corde raide, à ne pas devenir une simple superficialité. Ca aussi, Bono ne l’a pas compris :  dans un monde sans horizon, on demeure perpétuellement à la surface. Neil Tennant donne le coup de grâce : « pas besoin d’une grosse bagnole pour aller loin ». Insouciants de l’essence, on a pigé que le monde n’est que ce qu’il est, que les grandes messes sont réservées à Dieu lui même, qui commence à se sentir seul dans ses temples. Concentrés sur le seul mouvement qui vaille, l’inquiétude, on devient son propre carburant, travaillant sa propre forme, consommant sa propre énergie, brûlant de son propre feu, hybrides autonomes, selfmobiles.

Chevauchant dans un monde qui n’a finalement pas perdu ses points cardinaux, qui y est même pour de bon circonscrit, nous savons où nous en sommes, ça devait bien arriver. Ok, cowboy, ton univers est restreint; il est l’heure de l’accepter. Yep, le soleil se couche, suivons le: Go west.

Empty Space

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, POP MUSIC 32 commentaires »3 décembre 2008

Qui furèterait dans mes playlists pourrait être étonné de voir le même titre répété en quasi boucle, d’autant que le titre en question a pour auteurs un groupe dont il est peu probable qu’il laisse une quelconque trace dans l’histoire de la musique (mais bon… s’il fallait n’écouter que ce qui est censé laisser une trace…). Il y a des groupes qui semblent voués à n’être connus que pour un seul titre, des titres qui semblent promis à un avenir dans lequel ils seront plus connus que ceux qui les ont produits. C’est peut être un phénomène de cet ordre qui a lieu avec cet « empty space » du groupe Air Traffic. On a beau écouter le reste de la production de ce groupe, on n’arrive pas à saisir comment au milieu d’une « oeuvre » qui fait quand même beaucoup penser à un bon gros potage ils ont réussi à pondre un truc pareil. J’entends déjà dire que la recette est usée : piano, voix, brisures dans tous les sens : rythmiques, vocales, structurelles; déchirures dans les paroles (mais n’est ce pas le cas de toutes les bonnes chansons pop’ ?), dans la mélodie, les arrangements. Mais le morceau s’insinue là où il faut, comme s’il savait que ce qu’il vise en nous a toujours plus ou moins porte entrouverte, il lui suffit de taper doucement à la porte pour qu’on le laisse entrer. C’est le genre de morceau auquel tout sera par avance pardonné : le trop plein de pathos, la complaisance, et même la référence un poil trop appuyée à Muse, qui semble ici comme chez beaucoup d’autres groupes avoir libéré les chanteurs des blocages qui les empêchaient de grimper dans les aigus. Ici on emprunte volontiers le téléphérique pour les cîmes, parce qu’on sent bien qu’on est dans ce genre de souffrance qui réclame qu’on monte en altitude pour respirer un air nouveau.

En fait, de plus en plus, je me demande si ces morceaux pop’ ne sont pas tout bonnement les plus fidèles héritiers de ce que nos ancêtres musiciens ont pu, jadis, appeler « passion ». Oui, carrément.

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Oh ! J’ai découvert ce titre en l’entendant utilisé comme générique final d’un des épisodes de Clara Sheller, ce qui pourrait bien aggraver mon cas, si jamais il semblait déjà un peu grave !

Instru-mental

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC, SOUNDSCAPES 13 commentaires »1 décembre 2008

Fin de trimestre, temps chargé qui, selon les normes édictées ces dernières semaines, devrait être considéré comme l’idéal du plein emploi : passer son temps à bosser en ne disposant plus de temps pour autre chose, même pas pour consommer, ce qui permet de supporter aisément un salaire que n’importe quel cadre ambitieux considèrerait comme largement insuffisant. En même temps, finalement, le meilleur moyen de faire accepter les bas salaires, c’est de retirer aux travailleurs le temps dont ils pourraient disposer pour consommer, et se rendre ainsi compte de l’insuffisance de leur traitement. Une fois encore, le slogan « travailler plus pour gagner plus » était évidemment un mensonge : tout le talent politique consiste à réussir à faire travailler plus pour gagner moins. Et dans un monde où production et consommation massive se pratiquent loin de nos rivages, tout ceci ne semble illogique qu’à ceux qui n’ont pas vu que le vent de l’histoire avait soufflé les feuilles mortes de notre petite bourgeoisie au loin, toujours davantage au loin.

Fin de trimestre, cent soixante élèves dont il faut penser quelque chose de pertinent, cent soixante trajectoires qu’il faudrait parvenir à ne pas rendre absolument parallèles tout en respectant un programme commun, cent soixante noms sur lesquels il faut placer un avenir hypothétique qui n’est le plus souvent qu’une ombre. Cent soixante têtes pas si blondes que ça sur lesquelles s’amoncellent les nuages, bientôt invitées à se désintéresser de ce qui pourrait les sauver. Cent soixante têtes dont on finit par se demander si il faut tant que ça les éduquer, leur apprendre l’économie, les valeurs, l’histoire : ils pourraient finir par voir à quel point on a déjà soldé leur avenir, combien on l’a déjà consommé, nous autres qui faisons mine de leur préparer un petit monde douillet, peuplé de PSP et de Wii qui transformeraient le plus acharné des technophobes en un pronoïaque en quête permanente de ce que la technologie lui a préparé, oubliant que derrière la technologie, il y a toujours un investisseur qui tire les marrons du feu.

Fin de trimestre à faire le point sur une carte dont les repères s’effacent peu à peu, à tracer une route de prochain trimestre qui ressemble de plus en plus à l’avancée dans un marécage dont on est pourtant bien obligé de se dire que par rapport à ce qu’on connaîtra dans trois ans, ça ressemble en fait au jardin d’Eden. Fin de trimestre à lire les projets de réforme, à se dire que décidément, rien n’échappera à l’avidité de ces gens là, qu’il faudra que tout y passe, tribunaux, prisons, hôpitaux, écoles, et à trouver étrange que, finalement, ce soit un vrai programme anarchiste qui soit mis en place par un groupe de politiques qui affirme pourtant installer durablement l’ordre, et qui ne ment pas : toute organisation est un certain ordre, y compris celle qui favorise certains au prix du sacrifice d’autres. Fin de trimestre à trouver d’étranges résonnances entre les propos de nos dirigeants et les slogans orwelliens. A un point tel qu’une pause s’impose, une évasion.

Rien de tel que la musique, dans la mesure où elle est sans doute la plus massive mise en forme matérielle d’un espace qui n’existe tout simplement pas en dehors de nous même, un espace qui n’est que résonnance intérieure suscitée par quelque chose d’autre que nous, rien de tel que la musique pour nous sauver, rien de tel qu’un dj pour nous sauver la vie. En d’autres termes, puisque le réel semble décidément boucher toutes les perspectives, fuyons.

Les portes de secours de chaque époque doivent être produites par l’époque elle même (je ne sais pas si c’est vrai, mais ça m’arrange ici, et il me semble que ça participe d’une certaine logique : si on est coincé dans une forme, c’est à l’intérieur de cette forme qu’il faut trouver des failles). Ainsi, si c’est dans un monde marqué par l’artifice qu’on se sent contraint, c’est par un surplus d’artifice qu’on va pouvoir le doubler, et s’en extraire. C’est pour cela que je considère assez volontiers que la meilleure manière de s’enfuir d’un monde sombrement devenu technoïde ne consiste pas à s’armer de djembés et de didgeridoos, ni même de violons ou de cornemuses, mais bel et bien à retourner contre la technologie ses propres armes, pour en détourner l’usage : il faut faire chanter les machines, sans pour autant en faire de simples imitations de la voix. Il faut au contraire les aider à produire leur propre langage, à faire entendre leur propre voix. Je retrouve cette idée dans une citation effectuée par David Toop dans son « Ocean of sound« , extraite du livre « Invisible Design« , de Claudia Dona :

« L’hyperartificialité, à travers laquelle le design accède à une approche au plus près du naturel, est un état à la fois super-technologique et poétique, un état dont nous comprenons toujours aussi peu le potentiel. Dotés de pouvoirs quasi divins – la vitesse, l’omniscience, l’ubiquité -, nous sommes devenus des nomades télématiques, dont les attributs se rapprochent toujours davantage de ceux des dieux antiques de la mythologie ».

Il serait tentant de n’accorder ce pouvoir qu’à la musique qu’on appelle savante, rejetant ainsi tout le reste des expériences musicales dans la sphère mentalement limitée (bien que vaste en quantité) de la musique crétine. On soutiendra plutôt que les ensembles ne sont pas aussi imperméables l’un à l’autre, et que certaines expériences se tiennent à l’instable limite d’un monde et de l’autre.

Ainsi, Lindstrom, quand sa musique semble s’adresser autant au corps qu’à l’esprit qui l’habite, dans des titres aussi furieusement cinétiques que celui que je propose ici, comme évasion. « Where you go I go ». Voila bien ce que nous lance la musique : Je vais là où tu vas, d’abord parce que tu as les moyens techniques de m’emmener n’importe où sous forme de lecteur gavé de gigaoctets de musique, mais aussi parce qu’une fois entrée dans tes neurones, les formes qui m’animent vont reconfigurer ta géométrie, et modifier profondément ta pensée, tes sensations, ta mémoire. Mes propres formes vont s’imposer, pour peu que tu les laisses faire. Et elles vont t’embarquer, corps et biens, dans leur propre univers, qui est dès lors un peu le nôtre. Evidemment, si on vit aujourd’hui, si on accompagne le flot du temps, qu’on a été imprimé (comme on parle de « circuits imprimés ») par le monde tel qu’il est devenu alors même qu’il encadrait ce que nous devenions nous mêmes, ce sont les sons de ce monde qui sont capables de nous en extraire pour nous propulser dans son propre au-delà. « Je vais où tu vas », c’est au moins la promesse d’un voyage, ce qui n’est pas si mal quand on a par moments envie d’être n’importe où, du moment que ce soit en dehors de ce monde (et oui, ça peut sembler renvoyer à Baudelaire, mais là, pour moi, ça renvoie beaucoup plus à un film étrange, prenant jusqu’aux frontière du nécessaire ennui, qui devient la matière de ce monde (et donc la matière des oeuvres d’arts qui ne peuvent trouer ce néant qu’en en faisant leur propre matière), un « Rome plutôt que vous » qui parvient à installer le vide des plages au milieu des villes chantiers, enfin bref, je reparlerai des plages au cinéma, parce qu’elles ont l’intérêt suivant : il ne s’y passe rien, si ce n’est la guerre, ou l’ennui, et du coup elles parlent bien du monde). Lindstrom, ou bien ce que les hybridations peuvent avoir de meilleur. « Where do you go I go » est une plage de vingt huit minutes qui croise une bonne partie de ce que la musique populaire du vingtième siècle aura pu générer de plus efficace. Mélange de sources disco, de références à des motifs rythmiques venus tout droit de la séquence instrumentale de « thriller » (oui oui, de Jackson), de sons en droite provenance du Jean-Michel Jarre du temps où les synthétiseurs étaient analogiques (ce qu’ils sont presque redevenus, tant le numérique imite maintenant à la quasi perfection son ancêtre), les cités d’or (oui oui, lecteur qui a traversé d’autres chroniques sur ce morceau, je suis sur que tu ne l’as pas encore croisée, cette référence, mais j’ose, et il te suffira d’écouter le morceau pour être convaincu). Toutes ces énergies convergent pour former ce que les esprits qui aiment les taxinomies appelleront « space disco », mais l’expression semble bien insuffisante et restrictive pour qu’on saisisse en elle la puissance d’arrachement au sol de tels morceaux. Conscient que l’idée puisse heurter ceux qui sont amateurs de constructions plus subtiles, davantage liées aux formes classiques de musicalité, il reste pourtant possible de considérer que ces formes classiques trouvent ici une forme d’accomplissement, dans la reconnaissance de formes simples, pures, répétées dans de patientes boucles qui les élèvent progressivement au dessus d’elles mêmes, vers un accomplissement qu’on peut considérer comme un horizon poursuivi  sans jamais être atteint. Rassurez vous, aux alentours de la  vingtième minute, un camp de base vous accueillera au beau milieu de votre ascension, histoire de reprendre souffle et de se relancer vers la quête des inaccessibles étoiles. On peut d’ailleurs sourire à l’évocation de cette tendance « spatiale » dans ce genre de musique (tendance qu’on a connue plus tôt quand des formations telles que « Space » (oui, le groupe de Didier Marouani) proposaient de véritables trips tels que « Magic Fly », véritable bande son d’un vol planant à la surface de planètes inconnues comme les terres de l’ouest. On peut sourire de l’apparente naïveté d’une telle quête, mais elle est finalement plus profonde qu’elle n’en a l’air. Nous autres qui désirons sans fin, comme dirait Vaneigem, sommes, étymologiquement, en manque d’étoile : desiderare. Voila la racine du désir. Sidus, c’est l’étoile perdue, la racine dont on a été coupé, dont on n’a perdu jusqu’à la trace. Le désir n’est rien d’autre que ce mouvement intime qui nous pousse vers cette source inaccessible. Qu’on conçoive le désir chez Platon, chez Spinoza ou chez Deleuze, qu’on le conçoive même chez Schopenhauer, on reconnaît là ce mouvement apparemment insensé. Ce trip musical, comme tous ceux qui, dans des styles différents, ne sont rien de plus, mais rien de moins non plus, que la réalisation formelle de cette soif qui est la nôtre. Et c’est ainsi que contre toute attente, la disco, fille ainée de la soul, style trop facilement dé-considéré comme mineur apparaît comme le véhicule idéal de la propulsion des âmes.

Maintenant, bon voyage.

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Strange Fruit

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", AUDIO, MIND STORM, PLATINES Laisser un commentaire »5 novembre 2008

Puisque certains ont instauré en tradition nouvelle la commémoration (un peu rapidement expédiée) associée à l’élection présidentielle, et puisqu’en ce jour est élu notre président (après tout, il l’est au moins autant que l’autre, là), on peut s’arrêter un instant sur ce morceau de mémoire qu’est la chanson « Strange Fruit », interprétée par Billie Holiday, puisque j’y faisais allusion dans le post précédent. Je ne suis pas sûr que cette chanson nécessite une interprétation de texte; dans la voix de Billie Holiday, elle fait partie de ces interprétations qui ne nécessitent même pas d’en comprendre les paroles pour saisir qu’il se passe « quelque chose ». Cependant, on peut au moins rappeler qu’elle fut la première à la chanter, en 1939, dans des Etats Unis d’Amérique encore tout à fait ségrégationnistes. Sa carrière durant, elle clôturera la plupart de ses concerts par cette chanson, refusant les rappels pour laisser le public sur cet écho de ce qui, en ces temps là,  »se passait ». Lors de la première interprétation, au café society, (le starbuck de l’époque, à moins que ce soit l’inverse…), à New-York (c’était déjà le lieu où ce genre de choses étaient possibles), Billie Holiday laisse le public sans réaction, défait devant une chanson à laquelle personne ne sait comme réagir. Finalement des applaudissements épars vont se faire entendre, mais un tel chant, à l’époque, sème le désarroi, même à New-York. Autant dire que la chanteuse aura dès lors du mal à organiser des tournées dans les états du sud (mais sa seule couleur de peau rendait déjà de telles tournées aventureuses). L’enregistrement filmé que je propose ici date de la fin de la carrière de Billie Holiday (sans doute 1956, alors qu’elle mourra en 1959). Les temps ont un peu changé, au sens où le gouvernement américain a alors déjà condamné la ségrégation, mais les moeurs n’ont pas encore suivi : pour situer, c’est en 1956 que Rosa Parks aura le courage insensé de refuser de laisser sa place dans un bus, provoquant les soulèvements sociaux que l’on sait. Née en 1915, Billie Holiday n’a pas pris le genre de précautions qui lui auraient permis de vivre suffisamment longtemps pour voir que, comme le chantait Dylan, à force, « les temps changent ». Elle n’aura donc pas connu cette lente évolution qui fait que, au delà de toute considération économique (mais il faudra bien en revenir à ça, parce que maintenant que la lutte des couleurs semble trouver là un terme, il faudra bien en revenir à la bonne vieille lutte des classes (et dans la joie s’il vous plait !), c’est bien en terre d’outre atlantique que des choses un peu décisives s’écrivent aujourd’hui. Il est possible, bien qu’on soit en pleine crise, et bien que l’avenir soit incertain, de ressentir ces jours ci un peu de réconfort moral. Il n’est pas totalement absurde d’avoir une pensée pour ceux qui seront finalement nés un peu trop tôt pour connaître ce soulagement là (oh ! C’est quand même vachement moins absurde que de convoquer Guy Môquet pour célébrer l’élection de Sarkozy : autant Billie Holiday aurait sans doute voté Obama (enfin, si elle n’avait pas été copine de chambrée avec Britney Spears et Amy Winehouse dans un centre de Rehab’ !), autant on peut fortement douter que Guy Môquet put être susceptible de glisser un bulletin Sarkozy dans une urne, ni de se réjouir de son élection, ni même de venir participer à la célébration de son élection(si ce n’est, comme ce fut le cas, à son corps défendant (c’est assez facile à faire avec les morts))).

Pour que ce soit carrément explicite, j’ai ajouté une seconde vidéo, un poil trop illustrative, mais on ne sait jamais : on massacre assez l’anglais dans ce pays pour ne pas forcément saisir ce que signifie ce « strange fruit » (mais il me semble qu’il y a une chanson de brassens qui reprend précisément la même image, va falloir fouiller, des fois qu’on ait quelque chose à fêter un peu dignement dans notre pays, un jour (qui sait ?!)).

 


« Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves
Blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees
Pastoral scene of the gallant south
The bulging eyes and the twisted mouth
The scent of magnolia sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh
Here is a fruit for the crows to pluck
for the rain to gather
for the wind to suck
for the sun to rot
for the tree to drop
Here is a strange and bitter crop »

écrit par Lewis Allan (de son vrai nom Abel Meeropol, il semblerait qu’aujourd’hui, il soit un peu moins nécessaire de se couvrir d’un pseudonyme).

Alliance Ethnik (houlà, le sale titre , on pourrait aussi titrer cela « Born on a 4th of November », mais d’autres l’auront certainement déjà fait, celui là (à Libé, y a des types payés rien que pour faire ça, je suis sûr))

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", AUDIO, MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC, PROPAGANDA Laisser un commentaire »5 novembre 2008

Alors, est ce qu’il faut faire la fine bouche ?

Nous sommes en 2008, et le fait que le président du monde des Etats Unis ne soit pas de peau blanche est un évènement mondial. Bien. Ca, ça fait a déjà de quoi déconcerter. Ce qui fait mal, aussi, c’est de se faire donner une leçon de politique par les américains. Mais bon, à jouer aux cons avec notre image de peuple politique, on peut dire qu’on l’a finalement bien cherché, et on a l’air malins, maintenant, avec notre président ultralibéral (hein ? Vous avez cru aux tirades de ces dernières semaines ? Il semblerait que quand il s’agit des banques, oui, le libéralisme puisse être mis entre parenthèses, mais quand il s’agit de savoir si les caissières de supermarché devront, ou pas, travailler jusqu’à 70 ans pour s’approcher (sans l’atteindre) d’une retraite décente, là, subitement, l’Etat ne puisse rien faire (on appréciera l’argumentation de Devedjean sur Itele avant hier, qui affirmait sans rire que ce n’était pas comparable : investir dans les banques, c’est de l’argent qu’on retrouve (qui est « on » ?). Par contre, investir dans les retraites, c’est de l’argent perdu, qu’on ne reverra pas (preuve que la notion de pouvoir d’achat est loin, trrrrrrès loin de ces esprits là (je vous conseille le moment génial où ce type a affirmé sans rire qu’on ne pouvait pas augmenter les retraites avec l’argument en béton suivant : « moi aussi, j’aimerais bien gagner trois fois le montant de ma retraite, mais vous voyez, je suis raisonnable, je sais bien que ça n’est tout simplement pas possible ». Bon, on peut juste réclamer que toutes les retraites soient mises au niveau de la sienne (sans multiplication, il est probable que pas mal de monde s’en contenterait (pas lui, apparemment…))))) dont il va sans doute falloir supporter les ronds de jambes et la danse nuptiale autour du nouveau président ricain. Comme quoi, chez ces gens là, les étrangers, on les préfère quand on a besoin d’un passeport biométrique pour leur rendre visite (on les aime bien en vitrine gouvernementale, aussi).

Alors, officiellement, l’humanité a gagné quelque chose dans ces élections. On verra. Les USA nous ont déjà montré à plusieurs reprises que chez eux, le président ne gouverne vraiment que si il se plie à la volonté d’autres échelons, qui sont pour certains officiels (le sénat par exemple), et pour d’autres plus opaques (on aurait volontiers bavardé de tout ça avec Lee Harvey Oswald, mais ça fait quelques temps qu’il est un peu indisposé). Il va sans dire que si Obama réalisait son programme, (sans être communiste pour autant, rassurons nous, mais, vous vous rendez compte, il veut instaurer une sécurité sociale, et il veut parler avec les musulmans !! ), cela pourrait remettre en question les intérêts de ceux qui, dans ce pays comme dans le monde n’ont jamais jusque là permis qu’on y touche, à leurs intérêts. Et on sait que les moyens sont nombreux d’empêcher les gêneurs de gêner. On devrait donc avoir de quoi alimenter nos journaux dans les années qui viennent.

Alors, on va quand même sortir une bouteille de champomy (parce qu’il faut être un tout petit peu enfantin pour se réjouir outre mesure). Et comme dans ce monde rien ne se fait sans bande son, deux titres pour aujourd’hui :

Billie Holiday « Strange fruit », faut il justifier ?
et Kongas « Africanism (Gimme some loving) ». Ah, là, il faut peut être justifier. Alors : 1 – Les années 80 sont une impasse au fond de laquelle nous tournons encore sur nous mêmes, alors, vite, back to the 70′s (ça reste moins radical que Nietzsche réclamant un retour aux présocratiques (même s’il n’est pas sûr qu’on puisse y échapper un jour ou l’autre))!  2 – Je cherchais un truc un peu plus festif que Billie Holiday, mais qui ne soit pas Patrick Sébastien non plus. 3 – Je cherchais quelque chose qui mixe des influences musicales éparpillées aux quatre coins de la planète, puisque ça y est, la mondialisation vient d’avoir un effet positif (quand même). Et cet « Africanism » parvient à fusionner harmonies basiques en droite provenance du symphonisme simplifié tel que l’Europe sait le faire, rythmes afro-cubains et production disco US. Que demander de plus ? (deux ou trois instruments asiates, peut être ? Mais hmmm… je ne suis pas certain que l’orient soit prêt à participer à la fraternité mondiale qui semble nous emporter dans sa folle farandole (et méfions nous, ils ont peut être raison : on notera l’absence d’influences sibériennes dans ce morceau, et il faut reconnaître que les russes sont d’humeur chafouine ces temps ci, et au delà de la grosse fiesta multiculturelle qu’on va se payer encore quelques jours, il est bon de se rappeler que, si ça s’trouve, Obama sera peut être entre autres choses le président qui devra guider son pays dans la troisième guerre mondiale)).

Bref, vous regardiez CNN pour savoir où en étaient nos outre-atlantes voisins ? Eh bien dansez maintenant :

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Oh, vous ne connaissez pas Kongas ? Vous ne savez pas ce que vous perdez : ce fut un éphémère groupe dont l’un des membres était Cerrone en personne (autant dire qu’on là le haut du panier de la bande originale de film porno, qui est un genre à part entière). L’autre membre majeur du groupe était Alec R. Costandinos, qui est moins connu mais dont les productions en solo restent dans l’histoire comme la seule tentative (à ma connaissance) de produire une espèce de peplum musical disco (ses reprises disco de Romé et Juliette, de Notre Dame de Paris ou de la Passion (oui oui) sont des grands moments (je le répète : des GRAAAANDS moments qui auraient pu aussi illustrer notre joie du moment, mais trop de sirop sur les bons sentiments, ça peut faire un peu guimauve, à force. Contentons nous de Kongas, qui est déjà lourdement chargé en sucreries, mais faut s’y faire : les années 10′ seront funky et disco, je le prédis)). Public Enemy, ça s’imposait un peu, mais il paraîtrait que ça casse l’ambiance. Pour le moment, laissons là intacte, cette ambiance. (Avis aux commentateurs qui saisiraient là l’occasion de pratiquer cette ironie qui fait tout le sel de leurs interventions : je suis tout à fait conscient du caractère crétin de cette seconde illustration sonore, mais la fête se doit d’être un peu insouciante, et après Billie Holiday, il fallait quelque chose d’un peu « lourd » pour permettre l’insouciance qui sied à ces moments où il faut revenir à une quasi innocence (j’ai décidé de répondre momentanément « non » à la question qui inaugure ce post))

Careful With that Axe, Eugene

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, GPS, PLATINES, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »5 septembre 2008

Début d’année

Intentions

Listes

Pour explorer, il faut des cartes et avant tout autre objet, ce sont les cartes que je cherche. Le net, c’est pas mal pour ça, à ceci près qu’on est alors dans un cas un peu particulier où la carte, contrairement à ce que pouvait affirmer Alfred Korzybski, est le territoire lui même. Les livres, c’est encore ce qu’on fait de mieux, finalement, tant qu’on ne sera pas connectés neurologiquement à la noosphère.

No maps for these territories

Je ne sais trop qui serait aujourd’hui capable de tracer de telles cartes sur le territoire musical actuel, tant celui ci semble de plus en plus être constitué de « chemins qui ne mènent nulle part » (sont ils d’ailleurs censés mener quelque part ?). Par le passé, y compris par un passé récent, on a quand même eu quelques éclaireurs qui savaient, au delà de leur propre mission d’exploration, mettre en place sur le terrain les signaux nécessaires pour que ceux qui les suivaient puissent à leur tour trouver, dans ce no mans land, des repères et une direction. Eudeline, à plein d’égards, m’a très tôt semblé être une sorte de Christophe Colomb, découvreur de continents sonores (et au delà). Et encore aujourd’hui, je plonge volontiers dans ses articles, plus ou moins anciens, pour tracer des pistes, discerner quelques herbes foulées, menant de tel point à tel autre, courbant l’espace musical pour rapprocher ce qui semblait distant. Et sans doute, si ce phare eut cette importance, c’est qu’il était sans doute le plus éloigné qu’il fut possible de ce que j’étais moi même. Mais c’est comme ça avec les phares : ceux qui attirent le plus à eux, qui n’existent que pour combler la distance avec ceux qui les perçoivent sont ceux des naufrageurs. On passe au large des véritables repères, qui savent rester au loin, sur les lignes de fuites.

Programme de rentrée, donc, trouvé dans un article de février 1997, dans Rock & Folk, à propos de Daft Punk; à ce propos, la compilation des articles de ce sémaphore, intitulée « Gonzo« , touche une sorte de moment magique quand le bonhomme applique ses sens (parce qu’il ne s’agit pas que de son, loin de là) et ses mots sur les musiques électroniques, et l’introduction du chapître 90′s (« La techno, un rêve inachevé ») parvient à mettre les frontières du genre là où tout cartographe un peu avisé les cernerait effectivement. Et voila comment commence cet article sur Daft Punk :

« Pierre Henry avec Spooky Tooth. Comme avec Béjart. Neu !, Faust, la cruche électrique du Thirteenth Floor et les bottlenecks bruitistes de Syd Barrett. Ou Action, The Move, les Electric Prunes, Yardbirds et Count Five. Surf Music ! B Bumble and the Stingers. Et l’art de la citation – du sample, donc – chez les Shadows comme chez Dick Dale… Spotnicks, Tomados (Telstar!) et « Space Guitar » de Johnny Watson… Sylvester, Munich, Giorgio Moroder, Gloria Gaynor rt Donna D, Boney M, Stock, Aitken & Waterman… Guitares Vox, Organ et art de la boîte à rythmes préprogrammée… Chez Brother Jack Mc Duff. Premiers Hammond. « Honky Tonk » par Bill Doggett et « America » par les Nice. « Pop Corn » et « Pop Musik ». Ekception et Pop Concerto. Les pianos préparés de Maurice Ravel, « Last Night » et « Green Unions », « Memphis Soul Stew » et « Danse des Canards ». « Born To Be Wild » revu par Kim Fowley. Stylophone et Bontempi. Mais… Suicide, Thobbing Gristle, DAF, Depeche Mode, Cabaret Voltaire et Métal Urbain. Artefact ! Residents, alors ! « Be Careful With Your Axe, Eugene ! », « Academy In Peril »… En ce cas « Concerto pour porte et soupir », Varèse et Ligeti, Pierre Schaeffer et Messiaen. Musique concrète comme alternative au sérialisme dodécaphonique et psychédélisme… « Animal, on est mal » et « The Sound »… King Crimson et l’Art de la fugue chez Bach… Le renouveau du contrepoint. « Autobahn » et La Mer. Kraftwerk et Debussy. Les Wild Things… White ?Noise, « Revolution n°9″… Mais, en ce cas, le clavier en boucle de « Runawayé de Del Shannon, le Farfisa de Question Mark,  l’approche fuzzy de Mike Ratledge avec Soft Machine, les premiers Moog d’Emerson… Jean-Michel Jarre. Adoncques, le dub… Toasters, écho Binson et Lee Perry. Philadelphie et les bruitages de »Shadow » Morton. Lee Hazlewood. Terry Riley ? John Cage et Steve Reich. Et bien évidemment Walter Carlos. Sinon Deodato. »

Une carte est un ensemble de signes à partir desquels le lecteur tracera des perspectives, des axes. Les continents inconnus ne sont pas aujourd’hui ceux qui sont inexplorés, mais ceux sur lesquels aucun repère n’a été tracé. Ils sont alors, pour de bon, perdus, puisqu’on les a là, devant nous, sans pouvoir les habiter. Il nous faut des cartes.

Comme toutes les cartographies commencent ainsi, voici donc une carte du ciel :

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

« Careful with that axe, Eugene« , est en effet tout d’abord la face B du titre « Point me at the sky » (de Pink Floyd, j’espère que c’était reconnaissable ?), et c’est un morceau qui est une carte à lui tout seul, tellement il est plein de formes typiques du groupe, et d’éléments qu’on retrouvera par la suite dans la musique électronique de manière générale. Ici joué à Pompéi (hey, franchement, jusque là, s’il y a UN concert qui doit rester du vingtième siècle, ça pourrait quand même bien être celui là, non ?), « Careful with that axe, Eugène » sera joué de nombreuses fois sur scène, sous des titres quasi systématiquement différents (les amateurs d’Antonioni auront entendu ce morceau dans Zabriskie Point, mais sous le titre « Come in Number 51,  your time is up« , encore une histoire de repère. Dans cette version pompéienne, on entend chuchoter les mots

« Down, down. Down, down. The star is screaming.
Beneath the lies. Lie, lie.
Careful, careful, careful with that axe, Eugene.
The stars are screaming loud. »
Telles des guides lointains, des signaux inamovibles, à la rigueur perpétuelles, au dessus des terrestres mensonges, les étoiles nous hurlent les lignes de fuites élémentaires de ce monde. Incompréhensibles bien entendu. Nous ne sommes qu’humains, pour le moment assez peu stellaires. Il nous faut fouiller.

Dans les cycles réguliers que nous n’avons pas encore réussi à foutre en l’air, l’automne arrive. Dans les cycles tout à fait humains qui sont autant de marronniers artificiels, c’est la rentrée. Il nous faut régulièrement des programmes, en voila un.

Run

Fantaisie militaire

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC, PROPAGANDA, PROTEIFORM Laisser un commentaire »24 juillet 2008

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.
 

On peut être amateur de musique militaire et avoir un certain goût pour la liberté.

Oui.

Mais pour ça, il faut être africain.

Oui oui.

Il va falloir réviser quelques a priori. Mais d’abord, un peu d’histoire.

1958. La France organise un grand referendum visant à intégrer les pays de l’AOF (l’Afrique Occidentale Française (souvenez-vous, les colonies…)) dans une communauté française. Un seul pays refuse : la Guinée, qui voit dès lors ses relations diplomatiques et économiques rompues avec la France (comme quoi, la liberté de l’autodétermination n’est jamais tout à fait gratuite dans un monde économiquement intéressé, mais bref). Elle y gagne cependant son indépendance, le 2 Octobre, si on veut se souvenir d’une date. Ahmed Sekou Toure devient président et, sentant que de Gaulle ne lui pardonnera jamais de l’avoir fait huer par la foule lors de sa venue à Conakry pour soutenir son projet de communauté française, s’allie avec l’union soviétique pour mettre en place un régime socialiste (souvenez vous, le socialisme…), et ce jusqu’à sa mort, en 1984.

Je vous vois déjà regarder cette histoire de l’oeil de ceux qui en ont déjà beaucoup lu, et vu sur l’Afrique et ses rocambolesques aventures géopolitiques, et l’irruption des mots « union soviétique » (souvenez-vous…), « socialisme »(…), ne doit pas arranger les choses. Et pourtant, derrière une alliance davantage due à la nécessité d’échapper à ce qui deviendra la françafrique (un terme que Touré n’entendait pas tout à fait de la même oreille que son homologue ivoirien, Felix Houphouët Boigny, mais plutôt tel que le bras droit africain du Général de Gaulle, Jacques Foccart, comptait bien l’imposer en douce (enfin, « en douce », c’est une expression qui n’a en l’occurrence que peu à voir avec la douceur, mais bref…), Ahmed Sekou Touré va faire preuve de quelques coups de génie, dont le moins  surprenant n’est certainement pas la création de l’orchestre de la gendarmerie nationale, qui aura pour caractéristique étonnante de n’être composé que de musiciennes, et pas n’importe lesquelles.

Le créateur officiel de ce qui ne va jamais s’apparenter à une simple fanfare, c’est le ministre de la défense nationale de l’époque, Fodéba Keita, qui en 1961, a l’intuition qu’un détachement de gendarmettes musiciennes est le media dont a besoin le pays fraichement indépendant pour chanter aux oreilles du monde entier les joies de la révolution. Et là, subitement, tous les soupçons d’archaïsme poussiéreux qui semblaient planer sur cette histoire s’envolent, pour faire entrer la Guinée dans une modernité dont il semblerait que nous soyons encore éloignés (à en juger, tout du moins, pas nos propres fanfares militaires défilant ce 14 Juillet sur nos Champs Elysées, devant des chefs d’état du monde entier, en jouant « Méditerranée » (oui oui, le « Méditerranée » de Tino Rossi… en fait, il y a une malédiction musicale chez Sarkozy : Mireille Mathieu débarque comme un tsunami sonore et fait chier en choeur mille colombes d’un coup sur l’estrade de sa victoire, et là c’est Tino Rossi qui vient inonder de niaiserie les fonds baptismaux de l’union méditerranéenne; il y a chez cet homme une malédiction esthétique. Le problème, c’est que la politique, surtout dans la manière dont il la pratique, c’est une question de vision, et les choix musicaux deviennent alors beaucoup plus parlants qu’on ne pourrait le penser a priori. Ce choix musical, c’est sa vision, et voila vers quoi on va, et tout le monde se regarde en se demandant si ça sent pas un peu la naphtaline, ce pays)).

Alors, il faut l’avouer, au début, pour nos oreilles occidentales, l’orchestre de la gendarmerie nationale de Guinée pourrait sembler, lui aussi, sentir la naphtaline, dans la mesure où il n’utilise que des instruments traditionnels africains (ce qui ne l’empêche pas de mettre le feu sur les scènes d’Afrique occidentale sur lesquelles il se produit… et de déjà subvertir les esprits, compliquant singulièrement la tâche du Jacques Foccard déjà évoqué. Mais en 1965, seconde révolution, musicale celle là, les gendarmettes se mettent à la guitare électrique, à la basse et à la batterie pour former ce groupe qui, de génération de gendarmettes en génération, va se transmettre ce flambeau assez étonnant de la lutte pour la promotion de la révolution, mission qui va vite être débordée par une autre mission révolutionnaire : êtres les mégaphones des femmes là où ça paraît compliqué de se permettre davantage qu’un simple chuchotement : l’Afrique. Et l’armée.

Leur aventure commune les amènera à changer régulièrement de formation, et même de nom. En 1977, alors qu’elles jouent à Lagos (Nigéria) au Festival des arts de la culture du monde noir (alors qu’elles sont en mission, en somme), elles mettent carrément la salle sans dessus dessous, terrassant leur public sous les salves de leur rythmique; les dégâts collatéraux sont tels que tout le monde est soit à genoux, soit en transe. Elle décident alors de changer le nom de leur formation et deviennent (là aussi, on croit rêver, attention…) « les braves guerrières du Roi Béhanzin du Dahomey« (le Dahomey étant une des provinces d’un autre pays d’Afrique de l’Ouest, le Bénin, dont le roi, jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle bénéficiait d’une garde rapprochée pour le moins étonnantes, puisqu’elle comportait un commando de femmes, appelées les amazones vierges du Dahomey, dont un « observateur » de l’époque, Edmond Chaudoin, donnait la description suivante : « Elles sont là, 4000 guerrières, les 4000 vierges noires du Dahomey, gardes du  corps du monarque, immobiles aussi sous leurs chemises de guerre, le fusil et le couteau au poing, prêtes à bondir sur un signal du maître. Vieilles ou jeunes, laides ou jolies, elles sont merveilleuses à contempler. Aussi solidement musclées que les guerriers noirs, leur attitude est aussi disciplinée et aussi correcte, alignées, comme au cordeau » (c’est tiré de son livre « Trois mois de captivité au Dahomey« (1891), dont le seul titre donne des frissons, dont on ne sait trop de quel ordre ils sont, mais passons)). Pour mieux saisir la ferveur que cet escadron sonore a provoqué, dès ses débuts, il suffit de lire les quelques lignes que Justin Morel Junior (qui fut jusqu’au début de cette année ministre des communications et porte parole du gouvernement de Guinée (enfin, jusqu’à ce qu’il soit limogé (mais n’insistons pas sur ce point au moment où on est en train de donner à l’Afrique un visage moderne et ambitieux)) en 1988 à l’occasion de leur concert au théâtre de l’alliance française, à Paris (et j’espère que vous n’êtes pas allergiques à un peu d’éloquence, parce que Justin Morel Junior en déborde, d’éloquence, mais le sujet le mérite !) :

« Les « tigresses des planches »
Les déesses de la musique urbaine africaine. 17 musiciennes, chanteuses, danseuses, qui s’étaient révélées au public parisien à la Mutualité en 1983. Aventure symbolique de la libération de la femme africaine.

Les Amazones ! Un patronyme qui nous donne rendez-vous avec l’histoire africaine. Les musiciennes Guinéennes en le choisissant ont voulu ouvrir les portes de la mémoire du temps pour qu’en sortent plus vivants que jamais et l’image et le message des braves guerrières du Roi Béhanzin du Dahomay (actuel Bénin) : le don de soi pour les nobles causes que sont la liberté, l’égalité et la paix.
Etre plus qu’un exemple et devenir le symbole de l’émancipation de la femme africaine, c’est l’ambition qui anime les Amazones de Guinée depuis 22 ans. 22 ans de musique !
L’histoire des Amazones n’est pas faite de dentelles roses. Les musiciennes l’ont tissée point par point au carrefour des volontés et des passions, au dépassement des complexes et des obstacles ; elles l’ont structurée au fil du temps, l’ont ravigotée à la rencontre d’événements politiques et culturels malgré les surprises fatales du destin avec la mort de certaines d’entre elles. Cette histoire prend racine dans l’histoire de la Guinée indépendante qui amplifie le combat de la liberté, de l’égalité des sexes, de la justice sociale tout court. Ainsi, la femme guinéenne jusqu’alors esclave de son mari, lui-même esclave du colon blanc, rompt ses chaînes et veut retrouver à la sueur de son front sa place dans la nouvelle société.
Décastiser l’art, promouvoir une mentalité nouvelle et laisser la femme de Guinée s’assumer et s’épanouir librement dans tous les domaines de la vie, tel est l’esprit qui enfante « l’Orchestre Féminin de la Gendarmerie Nationale » qui deviendra plus tard les « Amazones de Guinée ». Elles commencent avec des mandolines, bongos, congas, violons, violoncelles, contrebasses, etc. Avec des instruments acoustiques, elles élaborent déjà une musique simple, aérée et agréable. Chantent joyeusement des titres exhortant les femmes africaines à se libérer de leurs fardeaux de complexes hérités des systèmes coutumier et féodal. Les chansons « Femmes d’Afrique », « Limania », « Vive les femmes africaines », « P.D.G. », etc…, ont ainsi longtemps chatouillé les oreilles des mélomanes africains.
En 1965, les Amazones procèdent à la modernisation de leur orchestre, intègrent aisément des guitares électriques, des saxophones ténor et alto et même une trompette ! Elles n’oublient pas surtout la batterie de jazz. Armées de ces nouveaux instruments, elles s’en vont en guerre contre le paternalisme facile de certains hommes et l’indifférence arrogante de quelques femmes. A coup de patience, de constance et d’endurance les Amazones réussissent avec panache et punch à gagner les coeurs des plus sceptiques. Grâce à une discipline remarquable et surtout une musique de bon aloi, elles s’affirment géniales au travail et admirables de caractères. Inévitablement, les grandes tournées commencent : Dakar, Dar-Es-Salam, Freetown, Banjul, Monrovia, Kinshasa, etc.
Partout, les Amazones font écumer les foules. Le délire frise l’hystérie. La manne sonore qu’elles distribuent comble dde bonheur les spectateurs. Les chants dansés et les danses chantées qu’elles offrent en exclusivité sont d’une entraînante chorégraphie.
pendant plus d’une décennie, les Amazones triomphent en groupe musical homogène alors qu’ailleurs en Afrique, les expériences du genre échouent. Au FESTAC 77 à Lagos, les musiciennes guinéennes se révèlent au monde comme des identités remarquables. Les saxophonistes fulminent en soli voluptueux, les guitaristes distillent avec maestria des notes mélodieuses et les rythmiciennes dans leur « va-tout » éclaboussent de leur talent le public cosmopolite réuni sur le sol nigérian. Une sorte de communion solennelle de la diaspora « afro ». Ineffable !
Depuis le FESTAC 77, les Amazones sont indubitablement devenues les artistes africaines les plus sollicitées. Elles sont rarement un mois en Guinée et ont même visité certains pays plus de cinq fois. Les Amazones connaissent pratiquement toute l’Afrique : Maroc, Tanzanie, Algérie, Niger, Nigéria, Haute-Volta, Sénégal, Côte d’Ivoire sont parmi leurs principales escales. En 1979, l’orchestre franchit pour la première fois l’Atlantique et va à l’assaut culturel du vieux monde : l’Europe. Coup de foudre. Elles font l’événement au Festival Horizon 79 à Berlin-Ouest. Devant l’éclat de leurs talents, les mélomanes ne trichent pas. Ils crient leur bonheur et proclament les Amazones « Les déesses de la musique africaine ». Depuis, la gloire n’a plus quitée les Amazones. les tournées se succèdent. Enfin voici Paris en 1983 ! les Amazones en France, visitent aussi Lille, Bordeaux, Le Havre, Toulouse, Lyon, Marseille et confirment leur réputation internationale de « Tigresses des planches » en des spectacles de haut voltage. »

Et voila la Guinée, grâce à un commando musical, qui se retrouve dans les années 80 considérée comme la voix de la libération, sur un continent où ça n’est pas si évident que ça, et dans un monde où ça ne l’est finalement guère plus. Certains s’arrêteront sans doute au caractère simplement musical et festif de l’aventure (Mobutu, qui finança leur venue au Zaïre, par exemple, était sans doute peu intéressé par le caractère libérateur des « braves guerrières »), mais on est bien obligés de reconnaître l’évidence : en Guinée, dans le dernier quart du vingtième siècle, une institution guerrière et féminine a réussi à porter haut et fort des valeurs en utilisant comme armes, une batterie, une guitare, une basse, des cuivres et leurs voix. Autant dire que ça n’est pas qu’un peu subversif, tout ça.

En 2005, le groupe existe toujours, il a entretemps choisi un nouveau nom, pas moins guerrier que les précédents : les Amazones de Guinée. Le groupe existe toujours, mais surtout, il sort son deuxième disque (deux disques depuis 1961, Laurent Voulzy est battu à plate couture (et peut être devrait il réduire à ce point sa propre cadence, histoire d’avoir quelque chose à proposer dans ses disques… mais c’est une autre histoire)): le premier, « au coeur de Paris » (soit l’Afrique n’est pas rancunière, soit c’est un cheval de Troie festif !), avait été enregistré en 1982. Le second s’appelle Wamato. Pourquoi n’en parler que maintenant ? Parce que ce n’est qu’en 2008 qu’il est distribué chez nous (on le voit, les maisons de disques ne se moquent pas de nous quand elles disent qu’elles font bien mieux ce travail de distribution qu’internet…). Et dès les premières notes, dès les premiers mots « Retour en force des amazones de Guinée !!! », les troupes du Commandant Salématou Diallo travaillent les oreilles et les synapses de leur auditoire jusqu’à ce que leur cul et leurs pieds fassent partie des victimes collatérales et participent à la frénésie générale.

Ecoutez, entrez dans le champ de tir de ces « tigresses des planches », et voyez l’Afrique pour ce qu’elle peut être. Et pour une fois, on peut saisir en quoi des femmes peuvent être l’avenir des hommes. Elles ont en tous cas une manière plutôt intéressante de détourner ses instincts guerriers (que notre garde républicaine en prenne de la graine !)

Et maintenant, soldats, présentez armes !

Et dansez.

Proposition de système visant à remplacer le marché du disque phonographique – Par Frank Zappa.

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM, PLATINES, PROTEIFORM, TRANSMISSION 2 commentaires »26 juin 2008

 

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Ce que vous allez lire à été écrit en 1988, et revient sur une idée qui trottait déjà dans le cerveau de son auteur depuis quelques temps.

Frank Zappa, c’est ce personnage qui est pris par beaucoup pour un énergumène produisant une musique indéfinissable et néanmoins prolifique (il fut une époque où on aurait dit qu’il avait l’ambition de remplir la totalité des rayons des disquaires, contraignant ceux ci à toujours décaler vers la gauche le début de la zone « Z » de leurs rayonnages), et qui est reconnu par quelques autres comme une des pierres de voutes de l’histoire de la musique contemporaine, pierre d’autant plus nécessaire qu’elle se trouve à la croisée de plusieurs arcs majeurs, qui pourraient aller de la musique de cirque au rock en passant par toutes les sous formes du jazz ou la musique sérielle est dodécaphonique contemporaine.

Bref, une sorte de potache intello, capable de stimuler la curiosité de tous les publics, et de les décevoir presqu’immédiatement. Un artiste quoi, qui n’en donne jamais pour son argent parce qu’il joue sur des terrains toujours inattendus.

zappa_1.jpgEn 1988, il publie son autobiographie « Zappa par Zappa ». Le livre est très ludique, très graphique aussi, héritier des expérimentations freak des publications des années 60/70. Mais il est aussi (au dela de conneries monumentales), un terreau d’idées visionnaires, dont… l’usage que fera le Net de la musique.

Frank Zappa, inventeur de la licence globale ? L’idée est pour le moins intéressante quand on lit par ailleurs dans le même livre, les récits des enregistrements de ses oeuvres par des orchestres symphoniques dont il connait le coût. Bien sûr, un disque de Goldman, de Diam’s, de Bruel ou des BB Brunes (Haha, voila en quelle compagnie on les retrouve, ceux là, au moment même où leur soit disant âme est marchandisée sur un plateau présenté par Olivier Min; Hey, Manoeuvre, c’est donc ça le rock’n roll actuel ?!!) doit coûter moins cher à produire, ça doit utiliser le sampling à tour de bras (pour ceux qui ne saisissent pas, il faut lire le reste du livre de Zappa, qui explique bien le principe sur la base de son propre usage du Synclavier, et pour ceux qui n’auraient vraiment pas saisi, il leur suffira de regarder Goldman plaquer ses riffs de gratte… sur un clavier dans le clip de la chanson des restos du coeur, on saisira combien ça coûte de produire ce genre de choses), et pourtant tout ce ptit monde se solidarise autour des projets de flicage du net, pour assurer la survie de ces auteurs, qui semblent ne pas avoir encore suffisamment gagné (mais c’est bien connu que, si on laisse faire les gens, ils ont l’impression de ne jamais en gagner assez). Zappa, lui, dès 88 (et dieu sait qu’à cette époque, on n’avait encore jamais entendu parler du net !), saisissait à quel point le numérique allait bouleverser la diffusion de la musique, et cernait bien en quoi les maisons de disque allaient perdre de leur influence… à moins bien sûr qu’elles n’installent aux bons endroits les bonnes personnes pour protéger leurs intérêts dont seule notre actuelle ministre de la culture (Hey !! franchement, si la culture demeure quelque chose qui est partagée par tous, ça fait pas un peu rire, ce titre, pour une personne qui a de tels projets ?) peut tenter de nous faire gober qu’il s’agit d’intérêts vraiment collectifs (parce que bon, sincèrement, si Hallyday arrêtait de sortir des disques, ça provoquerait quoi ? Si jamais certains se taillaient les veines à cause de ça, faudrait y voir une très grande perte ?). Mais bon, personne n’en est surpris, et il est probable que la culture véritable soit ce qu’on est prêt à sacrifier pour bénéficier de cette fameuse augmentation de pouvoir d’achat, et ce que deviendra l’éducation nationale le montrera certainement, dans l’indifférence et la hausse des taux de satisfaction généralisées.

Voila donc ce texte, que vous pourrez retrouver dans l’avant dernier chapître de ce livre « Zappa par Zappa », qui vous ravira, vous verrez.

« Le commerce classique des disques phonographiques tel qu’il existe aujourd’hui relève d’une circuit aberrant qui consiste pour l’essentiel à déplacer des pièces de vinyle, enveloppées dans des pochettes en carton, d’un endroit à un autre.
Le volume de ces objets est très important, et leur expédition est coûteuse. Le procédé de fabrication est complexe et archaïque. Les contrôles-qualité de pressage des disques sont des opérations vaines. Les clients mécontents retournent régulièrement des exemplaires rayés inutilisables.
La nouvelle technologie numérique est de nature à régler le problème des rayures et à offrir aux auditeurs une qualités d’écoute supérieure sous forme de compact-discs [CD]. Plus petits, ils permettent aussi de stocker plus de musique et réduisent en toute hypothèse les coûts d’expédition [...], mais se révèlent plus chers à l’achat ainsi qu’à la fabrication. Pour les écouter, le consommateur devra acquérir un équipement numérique à la place de sa vieille hi-fi (de l’ordre de 700 dollars).
La majeure partie des efforts promotionnels consentis par les producteurs de disques porte, aujourd’hui, sur les NOUVEAUTES, les derniers nés, les plus beaux, que ces renifleurs de cocaïne épilés ont décidé d’infliger au public cette semaine-là.
Bien souvent, de telles « décisions d’esthètes » finissent sous forme de montagnes de vinyle/pochettes invendables et sont retournés direction la décharge ou le recyclage. Des erreurs qui coûtent cher.
Ne parlons pas, pour le moment, des méthodes classiques de commercialisation, et considérons plutôt tout ce gachis d’articles de fond de catalogue, soustrait du marché par suite du manque de place dans les bacs des disquaires et de l’intarissable obsession des représentants des maisons de disques, rivés sur leurs quotas : remplir le petit espace réservé aux nouveautés de la semaine, et lui seul.

Tous les grands éditeurs ont leurs caves bourrées d’enregistrements éminents d’artistes majeurs (et de droits inaliénables qui vont avec) dans tous les styles de musiques imaginables, susceptibles de procurer de l’agrément au public, pour peu que ces disques soient distribués sous une forme commode.
LES CONSOMMATEURS DE MUSIQUE CONSOMMENT DE LA MUSIQUE ET PAS SPECIALEMENT DES ARTICLES EN VINYLE DANS DES POCHETTES EN CARTON.
Notre proposition : tirer avantage des aspects positifs d’une tendance négative qui frappe aujourd’hui l’industrie du disque : le piratage domestique sur cassettes de la production sur vinyle.
Prenons conscience, avant tout, que les enregistrements de cassettes à partir d’albums ne sont pas nécessairement motivés par la « radinerie » des consommateurs. Si l’on enregistre une cassette à partir d’un disque, la copie rendra nécessairement un son de meilleure qualité que celle d’une cassette commerciale dupliquée à haute vitesse, produite à bon droit par l’éditeur.

zappa.jpgNous proposons d’acheter les droits de reproduction numérique des MEILLEURES OEUVRES de fond de catalogue que les maisons de disques peinent à écouler, de les centraliser sur un serveur, puis de les connecter par le téléphone ou le câble directement au magnétophone de l’utilisateur. Lequel utilisateur aurait le choix entre un transfert direct numérique sur F-1 (le DAT de Sony), sur Beta Hi-Fi, ou sur un autre support analogique ordinaire (avec installation d’un convertisseur numérique/analogique dans le téléphone [...], opération rentable, puisque la puce ne coûte qu’une douzaine de dollars).
Le décompte du paiement des royalties, la facturation à l’acheteur, etc., seraient automatiquement assurées par la gestion informatisée du système.
Le client s’abonne à une famille thématique ou davantage et se voit facturé mensuellement, QUEL QUE SOIT LE VOLUME DE MUSIQUE QU’IL SOUHAITE ENREGISTRER.
Proposer un tel volume de catalogue à prix réduit ne peut que faire chuter la tendance à la copie et au stockage, puisque l’offre est permanente, de jour comme de nuit.
L’envoi des catalogues mensuels actualisés réduirait d’autant la consultation en ligne du serveur. Tous les services seraient accessibles par téléphone, même la réception locale passe par le cable télé.
Avantage : dans la mesure où ces chaines cablées (au nombre d’environ soixante-dix à L.A.)ne multiplient guère les happenings, un affichage du graphisme de la pochette, des textes des chansons, des notes techniques, etc., serait couplé au téléchargement. Ce qui contribuerait à redonner aux albums, sous des dehors électroniques, leur statut initial d’ »albums » tels qu’ils sont aujourd’hui proposés dans les différents points de vente, tant il est vrai que bon nombre de consommateurs aiment carresser les pochettes, objets de fétichisation, quand ils écoutent de la musique.
Dès lors, le potentiel tactile fétichiste [PTF] est préservé, réduit du coût de distribution du cartonnage.
Au moment où vous lisez ces lignes, la quasi totalité de l’équipement requis est disponible dans les magasins; il ne vous reste plus qu’à brancher le tout et mettre ainsi fin au marché discographique sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.  »

« Zappa par Zappa » – Frank Zappa; 1989 – extrait du chapître « De l’échec« .

Copyright © 2010 Ubris | Créé avec Wordpress - Thème par miloIIIIVII | Connexion