Archives pour la catégorie PLATINES

Precious Little Diamond

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, POP MUSIC Laisser un commentaire »29 mars 2008
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L’apparition d’un tube dans notre paysage auditif relève parfois du miracle. C’est sans doute ce genre de phénomène improbable qui a eu lieu avec ce titre, Precious Little Diamond, par le groupe au nom lui aussi improbable : Fox the Fox. A écouter les titres encadrant dans leur seul album, ce précieux diamant, on devine à quel point il paraissait très aléatoire que ce groupe connaisse un jour le succès, tant ces autres titres sont franchement mauvais.

41cshkggskl__aa240_.jpgMeme celui ci flirte avec le gouffre du n’importe quoi : les stridences aigües sur des notes quasiment fausses sont au bord de l’insupportable, il y a quelques aspects du morceau qui sont à la limite du crispant. Mais la rythmique, l’atmosphère générale, la mélancolie emportent tout et font tout accepter. Quand ce titre sort, c’est une vraie bombe. La disparition du groupe fait que ce Precious Little Diamond a été un peu oublié. Mais le réécouter réactive immédiatement la magie de ce titre qui n’a rien perdu de son efficacité.

Sans verser dans l’euphorie, par les temps qui courent, puisqu’il faut bien se résoudre à voir revenir les années 80, autant y prendre ce qu’il y avait de mieux. On a là, sans doute, un des diamants de l’époque, et il semblerait que ce soit une chance !

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Lio – Precious oiL

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, POP MUSIC 10 commentaires »25 mars 2008

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Trois évènements me remettent ces temps ci Lio à l’oreille.

Sa présence dans le jury de la recherche de la Nouvelle Star de M6.

Son altercation par medias interposés avec Pascal Nègre, du jury de la Star Ac’.

Le fait qu’un blog que je consulte régulièrement pour me dégourdir les oreilles, ait à son tour revisité la coquine chanteuse pour en dépoussiérer les sillons.

Ce qui frappe, évidemment, c’est la manière dont Pascal Nègre méprise ouvertement Lio. Ce qui frappe, évidemment, c’est la manière dont il ramène tout, immédiatement, au fric : Lio gagnerait en une saison de nouvelle star plus qu’en dix ans de vente de disques. Argument pertinent, ainsi, le fait de ne pas se faire immensément de fric avec ses disques signalerait ceux qui ne peuvent pas avoir un avis pertinent en matière de musique. Pourquoi pas, mais alors, cela signifierait que le plus pertinent de tous, aujourd’hui, serait Polnaref, qui n’a pourtant rien sorti de nouveau depuis belle lurette. Mais on devine qu’en Polnaref, Pascal Nègre doit admirer davantage l’habileté médiatique du come back (avec petit tremplin sarkozyste, qui plus est) que les véritables inventions dont il était capable « de son vivant ».

teki.jpgToujours est-il qu’il suffit d’écouter ce qu’a fait par le passé la lutine chanteuse, et de voir qui aujourd’hui l’invite à collaborer pour saisir pourquoi cette ex Lolita conserve toute sa pertinence au milieu de la scène de la chanson française (et ce sans jamais avoir été se compromettre dans des oeuvres charitatives; seule sa période marquée médiatiquement par ses interventions sur le thème des femmes battues m’a agacé, précisément parce qu’il était gênant de la voir se limiter à cela, mais passons, c’est une autre question). On aurait pu, en guise de complément, ajouter les noms de celles et ceux qui auront pu, à la suite de Lio, proposer ces chansons légères, aimablement provocatrices, ludiques et sexy, ces petites choses typically french, telles que (je prends au hasard, celle qui me vient en premier à l’esprit) les petites compositions sauvages et fraiches de Yelle, bourrées de vitamines sympathiquement rageuses.

Deux titres, du coup. Je copie sur le maître des petites musiques du quotidien, en jetant mon dévolu sur Tétéou, d’abord pour le talent d’Alain Chamfort (eh oui !), mais aussi pour la présence de Jacky (oui oui), et surtout pour le son, énorme et l’aptitude du morceau à faire bouger n’importe quel cul passant à la ronde. Et puis, pour aujourd’hui, et pour ne pas tomber dans la période un peu trop évidente (mais valeureuse, elle aussi), des chansons de Prévert, je file directement vers les petits montages ludiques de Tekilatex, avec ces matins de Paris qui sont exactement ce qu’on peut attendre d’une chanson à envoyer dans son casque au ptit matin, dans les éveils bruyants de la capitale.

NB : ce n’est pas la moindre des qualités de cette chanteuse, écoutez ses autres titres, et vous vous rendrez compte à quel point dans ces années plombées que furent les années 80 certains (et elle en particulier) surent produire des ritournelles légères qui ne renonçaient pas à leur propre époque, mais la surplombait sans la prendre au sérieux (l’époque ne le méritait d’ailleurs pas). En gros, les eighties laissaient deux choix esthétiques cohérents : le j’m'en foutisme épanoui (et donc, Lio, ou Elie Medeiros, par exemple), ou les humeurs sombres (Taxi Girl, encore et toujours, référence définitive, avec la postérité qu’on sait). Il est probable que nos années 00, si calquées sur ces 80′ là (on a quand même frôlé Bernard Tapie au gouvernement, incroyable, non ?) cherchent encore les successeurs des légers, et des sombres.

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Jaguar

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", AUDIO, CHOSES VUES, MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC 1 commentaire »2 mars 2008

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Dj Rolando - JaguarOn sait à quel point les maisons de disques sont soucieuses de protéger les intérêts des artistes dont elles n’oublient jamais qu’ils constituent leur première marchandise, et ce même si ils sont soumis au même dumping social que les ouvriers. Exactement comme ceux ci sont beaucoup plus otages de leur patron que des moyens de transports qui leur permettent, en temps normal, de se rendre sur leur lieu d’emploi, les artistes sont tenus, par contrats, par nécessité de production, par obligation de distribution, de recourir à ces intermédiaires historiques que sont les maisons de disques.

Toute personne qui allume de temps en temps la radio sait bien quoi penser du boulot qu’effectuent ces officines de l’art. Tous ceux qui savent, parce qu’ils en ont acheté, combien coûtent les disques, savent aussi à quel point, dans les hauts lieux de distribution de cette marchandise, il est devenu difficile de trouver quelque chose d’autre que la sempiternelle Amel Bent, ou la pathétique (dans tous les sens étymologiques que peut recouvrir ce mot) Kenza Farah (faudra qu’on en reparle d’elle, un jour, parce qu’on est effectivement à ce point précis où le pathétique vire au pathologique).

Toujours est-il que, officiellement en crise (comme toute industrie qui voit l’objet qu’elle vendait à prix fort devenir lentement, mais sûrement, obsolète), la grande distribution du disque et sa production industrielle ont entrepris de culpabiliser ceux qui ne sont déjà plus leurs clients, et ne le seront plus, en mettant le plus souvent en avant le respect des artistes, les droits des auteurs.

Alors, maintenant, démonstration.

Lire les livres sur l’histoire de la musique ont ceci d’intéressant qu’au delà de l’histoire de la création musicale (l’apparition des styles, les mille péripéties qui font que quelques galettes de vynil sont devenues de véritables architectures sonores encadrant nos existences désormais soundtrackées 24h/24), ils nous renseignent aussi sur la manière dont les managers ont géré ces fameux artistes qu’il s’agirait de protéger. Exemple : en 2003, Laurent Garnier sort un livre que tout amateur de musiques contemporaines gagne à avoir dans sa bibliothèque : Electrochoc. On y parcourt en sa compagnie cette période qui court de 1987 à Manchester, dans le mythique club l’Hacienda, à l’aube des années 2000 qui sont le cadre de la véritable reconnaissance de la musique techno. Le livre a le grand intérêt de proposer le regard de celui qui est un des acteurs majeurs de cette aventure, tout en demeurant un véritable spectateur admiratif, réfléchi aussi, de cette aventure stylistique. Le livre est une vraie mine, tant en matière d’histoire qu’en matière de ressources (je reviendrai un jour sur les playlists qui se trouvent dans les marges, certaines sont simplement parfaites). Mais, justement, c’est une histoire qui m’intéresse ici :

« En 1999, Underground Resistance avait publié le maxi de DJ Rolando sous le pseudonyme de The Aztec Mystic, Knights of the Jaguar. Un disque sublime, éternel, alliant toutes les caractéristiques de la techno de Detroit : le groove, l’expérience, la vitesse, l’émotion, et une certaine magie. Jaguar était instantanément devenu un classique, au même titre que Strings of Life ou de No Ufos. Ce disque était le pont idéal entre la house et la techno et à ce titre, son succès fut instantané, abattant les frontières entre les chapelles, s’inscrivant dans les sets de Djs aussi différents que Joe Claussel, Gilles Peterson ou Jeff Mills.
Quelques semaines seulement après la publication de Jaguar, Sony Music contacta Mike Banks et lui demanda l’autorisation de mettre ce titre sur une compilation. Mike refusa, et l’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais plusieurs mois plus tard, des messages d’insultes où Underground Resistance était en substance traité de « vendu » inondèrent la boîte e-mail de UR. Les courriers provenaient parfois d’artistes européens ayant toujours entretenu jusque là un rapport amical avec le label. Mike ne comprenait pas. Il enquêta et découvrit que Sony avait publié une cover (reprise) de Jaguar sans lui demander au préalable, une quelconque autorisation. Une pratique qui, si inélégante soit-elle, demeurait légale, n’importe qui étant en droit d’enregistrer une reprise d’un titre (Satisfaction des Stones, par exemple), pourvu que les royalties soient reversées et les auteurs crédités. Mais un vent de panique traversa le monde de la techno. Un des bastions mythiques incarnant l’intégrité techno avait été trompé, pillé, par une major.

Avec pour seule arme internet, une bataille rangée s’ouvrit, opposant la ténacité de l’underground à l’avidité des cols blancs des multinationales. »

Dans la page suivante, Laurent Garnier donne intelligemment la parole à Mike Banks lui-même :

Underground Resistance« Notre communauté a des traditions très profondes dans la musique, des choses qui ont survécu à l’esclavage : la vaudou, le pouvoir du rythme, une certaine magie aussi. Et parfois ces choses retrouvent une vie dans le monde réel à travers la musique et les disques. C’est toute l’histoire de Knights of the Jaguar. Le spirituel contre le matériel. Le nom de Aztec Mystic vient de ces restaurants mexicains où on va souvent avec Rolando. Il y a toujours sur les murs ces dessins représentant les vestiges de la culture aztèque. Un soir on était dans un de ces restaurants et avec Rolando on imaginait ce que pouvait être la musique et les mélodies utilisées dans la musique aztèque au plus fort de leur civilisation. Quelle était la part de mystère contenue dans leur musique. Comment elle pouvait sonner. Le résultat, ça a été Jaguar.
Lorsque ces types des majors ont fait la cover de Jaguar ça m’a beaucoup perturbé. Ils n’avaient aucune conscience des raisons pour lesquelles on avait fait ce morceau, aucune conscience de son aspect spirituel. Ce qui m’a choqué, c’est leur ignorance. C’était très bizarre de voir des gens s’approprier un titre sans en comprendre le contexte et de les voir en faire une version pop commerciale. Je conçois que dans le monde de la musique on se sample les uns les autres, c’est pas un problème, ça fait partie de notre culture. Mais d’être plagié de cette façon, ça m’a fait mal ! Le fait que la cover de Jaguar sorte sur Sony, c’est une chose, mais le nom de l’auteur n’est même pas mentionné sur le disque (ce qui est obligatoire) ! Et ils avaient même choisi une pillule d’ectasy pour illustrer la pochette !
Les commandos ont commencé à s’agiter sur Internet. Lorsque nous avons découvert l’affaire nous avons tenté de joindre les gens de Sony mais ils ne nous rappelaient jamais. Une pluie d’e-mails de contestation s’est alors abattue sur leurs dirigeants. A ce moment là, ils ont changé d’attitude et nous ont contactés. Soudain ils voulaient trouver un arrangement. Ma réponse a été très simple : « Pas d’arrangement. Retirez ce disque de la vente. » Il n’y avait aucun deal à envisager avec ces types ! Avec cette histoire, je pense que Sony a appris une leçon : internet peut devenir une arme. Puis ils ont essayé de nous berner, ils ont cessé de sortir leur cover en Europe, mais ils ont continué à la vendre en Amérique du Sud. C’était sale !
Mais au delà de l’aspect légal, pour nous c’était une violation spirituelle. Je prie pour l’âme des gens qui ont fait ça. Car c’était comme violer un ange ».

Et Laurent Garnier reprend la main pour conclure :

Lauren Garnier - Electrochoc« Le disque de Rolando est devenu un symbole de la résistance techno underground. A travers lui, une communauté s’était mobilisée contre le cynisme des majors. On dit que le harcèlement des internautes défandant la cause de UR fut tel que les numéros de téléphone et les boîtes e-mail des dirigeants de Sony et BMG (qui licenciait la cover) furent littéralement saturées. Ces compagnies de disques tentaculaires n’avaient jamais connu pareille agression. Jaguar fut d’une certaine manière le cheval de Troie de la techno, là pour rappeler que la soul, l’âme de cette musique, n’est pas à vendre, et qu’il n’y a pas d’arrangements possible face aux agressions et aux pratiques vicieuses des gangsters de la music buziness.
La réplique de UR fut la sortie d’un disque de remix de Jaguar, the revenge of the Jaguar, signés par Derrick May et Jeff Mills. Sur une des plages du disque, on trouve les parties rythmiques et harmoniques (les cordes qui donnent toute sa splendeur à ce disque) soigneusemet isolées, comme pour dire « Voilà, la substance de ce titre se trouve là, samplez si vous le voulez ! » Sur la pochette, on peut lire un slogan, dont le sens plane comme une menace à l’encontre des vautours des majors : « Votre système défectueux sera renversé par l’électronique et rayé de la surface de la Terre ».

Démonstration est faite du grand soin que cette industrie prend des « produits » dont elle a la charge. Songeons, avec un peu d’effroi, que ces bureaux, ces immeubles, osent porter le nom de « maison » de disque. Evidemment, on devrait nuancer, préciser que tout le monde ne se comporte pas de cette manière, que l’appropriation marchande n’est pas universalisée. Néanmoins, dans l’anecdote dont Laurent Garnier se fait l’écho, apparaît une logique qui, elle, peut être universalisée, car elle consiste à vouloir, à tout prix, tout vendre, y compris contre la volonté des auteurs eux-mêmes. Il y a là une leçon d’économie : il n’y a de propriété qu’une fois que l’appropriation est reconnue par le droit. Regardez bien les combats actuels de la distribution : il consiste à définir de manière toujours plus large la légitimité de l’appropriation, ce qui permet d’universaliser le principe de la vente. L’anecdote montre que tout doit être plié à cette logique, quitte à mettre tout le monde devant le fait accompli.

Mais une des questions que pose l’économie telle que nous la connaissons consiste précisément à se demander si le fait accompli, en matière d’appropriation, ne peut pas être considéré comme une forme naturelle du vol.

Source :

Electrochoc – Laurent Garnier et David Brun-Lambert. 2003

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Dans mon Casque – 12.11.07

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, PROTEIFORM 6 commentaires »12 novembre 2007

Headphones.jpgDis moi ce que tu écoutes et je te dirai qui tu es. LastFm permet de divulguer au monde entier ce qu’on écoute à la maison. Du coup, on ne sait plus trop si on écoute ce qu’on écoute par simple goût ou pour faire grimper dans son propre sondage les groupes et les albums qui correspondent à l’image qu’on voudrait bien donner de soi, ou si on écoute ce qu’on écoute par simple goût, sans que cela fasse l’objet d’une quelconque démarche consciente.

Peu importe finalement : puisqu’on a généralement une plutôt bonne image de soi, si on choisit sciemment les disques qu’on écoute pour qu’ils donnent une bonne image de soi, c’est probablement que ce sont de bons disques, et qu’on cédera moins, grâce à cette égocentrique contrainte, à l’écoute de choses trop faciles, ou trop évidentes (il y a quelque chose de kantien dans la démarche : il s’agit bien de ma subjectivité, mais en tant qu’elle propose un jugement de goût censé être universel, mais j’y reviendrai un jour, ça vaut le coup d’être expliqué).

Lundist, c’est donc playlist !

Voici la première salve de statistiques sur mon lecteur. Enfin, ne possédant pas d’ipod, seules mes écoutes à la maison sont répertoriées, et ne compte donc pas la majeure partie de la musique que j’écoute quand je suis à l’extérieur, les écouteurs dans les oreilles. Mais je ferai des playlist spécifiques pour ce cas de figure, un jour, du type  » la playlist pour les jours de pluie », « la playlist pour aller bosser le matin », « la playlist pour manger des sushis », etc. etc.

Sans plus attendre, et sans davantage de commentaires, passons aux tableaux de données. Si des noms vous intriguent et que ça vous pousse à aller chercher de quoi il s’agit, le principe aura été efficace !

 

 

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Robin d’émoi

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, PLATINES, PROTEIFORM, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »10 novembre 2007

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Il parait que l’industrie de la musique est en crise.

Tant mieux.

scanner.pngPendant que MCM assomme son public à grands coups de kenza Farah (ça fait un moment que ça me tente de faire un post sur ce personnage, mais les réactions de fantômeduweb sur un post précédent m’ont fait hésiter : le petit produit estampillée wanabee made in banlieue, qui ne lâche pas l’affaire et le fait savoir est en même temps un phénomène de second ordre du point de vue d »e la culture, et néanmoins un symptôme « parlant », mais j’y reviendrai sans doute), l’amateur de musique peut trouver des sources d’où jaillissent des artistes qui n’appartiennent pas aux écuries connues, ne collaborent pas à la Star Ac’, ne vont pas soutenir des sans abris, ne sont pas enfoirés, ni dans un sens, ni dans l’autre, n’envahissent pas nos ondes, ne s’imposent pas dans les rayons des supermarchés. Ils font leur musique, trouvent des canaux de diffusion, participent à de multiples projets, et finalement leur musique a des auditeurs. Peut être pas des stades entiers, mais après tout, pour quelqu’un qui n’est pas trop mégalo, est ce un problème ?

Robin Rimbaud est de ceux-là. Parfaitement intégré à la manière dont la musique électronique contemporaine se crée et se diffuse quand elle est intéressante, il multiplie les pseudonymes. Scanner (ce qui pose un problème, puisque c’est aussi le nom d’un groupe de métalleux qui n’a vraiment, mais vraiment rien à voir avec Robin Rimbaud), Scannerfunk, par exemple. Pas de mise en avant de sa propre personne, mais au contraire une attention vive portée sur les autres, le monde humain.

« Plus jeune, quand j’avais treize ou quatorze ans, je suspendais des micros aux fenêtres de la maison familiale et j’enregistrais ce qu’il y avait dans la rue. J’ai des heures de bandes » Entre temps, Robin Rimbaud a perfectionné son équipement, et il enregistre des conversations téléphoniques grâce au scanner qui deviendra son pseudonyme : « J’appelle ça cartographier la ville. Je ne voudrais pas qu’on croie que je suis assis dans mon petit palais, à m’emparer de toutes les classes de la population, mais cela revient à cartographier les mouvements des gens à différents moments de la journée. » (les propos sont repris du livre Ocean of sound, de David Toop)Ses premiers disques seront d’ailleurs constitués uniquement d’un montage effectué à partir de ces enregistrements. Peu à peu, le matériel va se diversifier, et Robin Rimbaud va devenir un véritable metteur en scène de structures sonores qui constituent toujours une forme de proposition de déplacement, transformant le musicien ainsi que l’auditeur en « flâneur électronique ».

dlsound10.jpgUne des oeuvres marquantes de ce scuplteur sur son est cette messe dont je propose ici quelques extraits. Il s’agit d’une composition destinée à accompagner un spectacle global, chorégraphique, vidéo, produit par l’opéra de Leipzig, autour des notions de force et de pouvoir, d’où le titre de l’oeuvre : Messe – le son du pouvoir; Le pouvoir du son. Musique solennelle don, mêlant diverses techniques de montages sonores, faisant référence à l’histoire de la musique sacrée (Fauré, Duruflé), utilisant des éléments enregistrés, des documents sonores existants, de manière discrètement manipulés, pour préserver le recueillement et la puissance recherchés.

Plusieurs extraits sont ici proposés, mais rien ne remplace l’écoute de l’oeuvre dans sa totalité. On écoutera aussi avec intérêt la performance que donna Robin Rimbaud en Mars 2007, à la salle Olivier Messiaen de la Maison de la Radio, reprenant des extraits de cette messe, en les mixant avec d’autres éléments sonores pour en faire une autre oeuvre.

Lectures associées :

David Toop : Ocean of Sound, ambient music, mondes imaginaires et voix de l’éther. 1996 (2000 pour la version française). Une des deux bibles de la musique électronique (je laisse de côté ici le livre de Laurent Garnier, qui a pourtant son intérêt, j’y reviendrai un jour ou l’autre). David Toop produit lui même de la musique et livre ici une odyssée à travers cet océan de sons. L’image est quasi deleuzienne et invite à se laisser aller à la dérive dans cette musique dans laquelle on se retrouve nomade plutôt que voyageur, sans repères connus, surfant gentillement sur des vagues d’intensités variables, sur des textures sonores souples, sur des ondes d’énergies profitant des effets conjugués de l’ensemble des fréquences produisant des effets sur le corps humain. Le livre vaut pour son érudition, mais aussi pour son style, qui parvient à offrir, souvent un équivalent littéraire à la musique qu’il explore. De Debussy découvrant la musique javanaise jouée à l’exposition universelle de Paris en 1889 aux expérimentations de KLF dans ce qui constitue finalement peut être leur disque majeur (Chillout), David Toop nous ouvre là les portes d’un univers musical dont on aurait tort de le réduire à une production mécanique de sons ayant pour but d’être écoutés par des crétins roulant dans des bagnoles tunées, le volume de la sono à fond. Ici, tout n’est au contraire que luxe, calme et volupté. Et aventure aussi. Mais j’y reviendrai très bientôt, parce que j’ai l’intention de parler ici de John Cage, et de son utilisation des ondes radio dans la musique, de laquelle Robin Rimbaud s’est inspiré pour ses propres créations.

Peter Shapiro & Caipirinha productions : Modulations, une histoire de la musique électronique. 2000 (2004 pour la traduction française). Voila la seconde bible de cet univers. Accompagnant un documentaire filmé portant le même titre, Modulations est un travail un peu plus analytique, moins volontiers poétique que le livre de Toop. Mais c’est une mine d’informations, et il paraîtra un peu moins hermétique à ceux qui ne sont pas déjà amateurs de musiques électroniques. L’index du livre est très riche, il propose un véritable lexique des termes techniques, du matériel utilisé et des principaux acteurs de cette musique dont il retrace l’histoire, les énergies, les principes créatifs et les impacts. Le livre s’ouvre sur un entretien mené avec un des pionniers de cet univers qu’est Pierre Henry, et se clôt sur les très intéressantes interviews de Robert Moog, puis d’Alvin Toffler. Le livre fournit de plus une discographie plus qu’intéressante. Voila de quoi occuper les oreilles un bon moment.

Le site de Robin Rimbaud : http://www.scannerdot.com qui s’apparente plutôt à un blog enrichi. Le compositeur y livre une vue d’ensemble sur ses projets, on y trouve de la musique écoutable, on y trouve aussi sa discographie. Mais on y découvre aussi, mois par mois depuis plusieurs années, ses influences, tant musicales que cinématographiques et littéraires. Et rien que pour ça, c’est une mine de nouvelles rencontres, comme si vous découvriez que là, en bas de chez vous, il y a un bar où se donnent rendez vous toutes les personnes les plus passionnantes du monde !

Ecoutes associées :

Les disques de Robin Rimbaud, évidemment, dont vous trouverez la liste sur son site.

An Anthology of Noise & Electronic Music, Quatermass records, volume 1 édité en 2000. Véritable mine d’or. Il s’agit d’une collection de compilations qui retracent les expérimentations sonores de tous ceux qui ont travaillé sur ce matériau étrange, souple, puissant, que sont les sons électroniques. On balaye là un spectre sonore très vaste qui va du collage de bande magnétique aux possibilités offertes par la numérisation du son. On croisera donc aussi bien Pierre Schaeffer que Sonic Youth. Ici encore, c’est à un véritable voyage qu’invitent ces compilations.

 

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Synchronicity

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", AUDIO, MIND STORM, PLATINES 20 commentaires »4 novembre 2007

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Tu n’as rien vu à Manhattan.

Finalement, peu importe ce qui s’est passé quelque part dans l’espace, entre West Side Highway et Church Street puisqu’en bon évènement postmoderne, ce qui a eu lieu ce jour là a pour principale caractéristique d’avoir eu lieu partout, du moins partout où un poste de télévision ou un terminal informatique branché sur le web était capable d’actualiser ce qui n’était qu’en puissance entre Versy et Liberty Streets. Si un évènement se distingue d’un simple phénomène par le fait qu’il ne se répète pas, qu’il est unique, alors ce qui a eu lieu ce jour là, copié des millions de fois sur autant d’écrans, répété sur chacun de ces écrans des centaines de fois, grâce aux bons soins des chaines de télé, qui savent nous donner ce qui est bon pour nous, copié de nouveau par les télécommandes qui n’auront sans doute jamais autant manipulé la touche rewind des enregistreurs. Quand ce qui a lieu est autant de fois répété, de manière aussi compulsive (donc prévisible, et donc forcément prévue), cela perd immédiatement son caractère évènementiel pour entrer, les pieds devant, dans la catégorie des simples phénomènes. Ca fait quand même un moment qu’on sait nous enrober du phénomène dans une couche de spectacle, on devrait être habitués maintenant. Ainsi donc, maintenant que les terroristes ont lu Guy Debord, et sont les seuls à donner une suite un peu puissante à ses prémonitions, a l’heure où ils tournent leurs scènes en split screen, comme dans 24h, mais avec une unité de temps, d’action et de lieu beaucoup plus respectueuse des standards du genre, à l’heure où tout est en place pour que tout soit anodin, anecdotique, c’est au réalisateur de l’émission spéciale de décider pour nous quel sera l’évènement du jour, galvaudant pour de bon ce mot, puisqu’on a tellement vidé les existences de tout évènement réel, qu’on est bien « forcé » d’en créer de toutes pièces, bien spectaculaires, bien sponsorisés aussi, pour maintenir un semblant de vie chez tout ce ptit monde, alors même que toute mise en spectacle enlève à l’acte son caractère possiblement évènementiel.

flesh.jpgMais l’évènement, tel l’avion survolant les avenues avant de se planter, corps et biens, dans sa cible, c’est ce qui advient. C’est pour ça que nos ancêtres latins appelaient « eventus » non pas un phénomène exceptionnel, mais ce qui constitue l’issue d’un processus, son effet ou son issue. En ce sens, l’évènement vient de loin, c’est ce mouvement qui prend fin devant nous dans un grand freinage, toutes roues bloquées, aides de conduite déconnectées, pneus fumant et hurlant pour se retenir d’exploser eux mêmes avant le bouquet final, ça gâcherait le spectacle. Parce que finalement, si l’évènement est si flamboyant, c’est peut être bien pour nous faire oublier ce qui l’a préparé. Pourtant, si topos nous perd un peu, chronos nous permet de nous repérer davantage : si l’évènement est utopique, il est en revanche synchrone.

Ainsi, nombreux sont les français qui auront retenu de leur 11 09 2001 autre chose qu’un évènement conçu mort né par sa propre copie médiatique. Ce fut, aussi, le jour où ils achetèrent leur dernier disque de Noir désir. Et pour pas mal d’entre ceux là, ce sera peut être le dernier album qu’ils auront acheté un peu sérieusement. A l’écran, des visages, des figures. Visages : ces portraits rendus anonymes par le mélange de la sueur, de la peur panique, de la poussière, ces airs tour à tour hébétés, terrorisés, déjà haineux, déjà lourds de bonne conscience et d’esprit de vengeance nationale mêlés, ces regards parfois vides, parfois fiévreux, souvent humides, presque toujours fascinés. Des visages devant les écrans aussi, qui éclairés par l’image répétée des tours fumant, se consumant puis sombrant, au ralenti s’il vous plait, grâce à l’imagination sans borne des réalisateurs, qui tentent si fort, et si bien, de coller au plus prés à nos propres pulsions scopiques. Des figures aussi : parallépipèdes rectangles de plusieurs centaines de mètres de haut, flèches blanches lancées sur leur vecteur de force, énergies cinétique et explosive mêlées dans un cocktail Molotov géant; une vraie interro surprise de géométrie et de science physique. Pour le 11 09, vous me réviserez les barycentres. Des visages, des figures sur les platines aussi. Mais en attente : on sera rentré de la fnac, on aura posé le boitier sur la table basse. Le temps d’ouvrir le tiroir pour y glisser le disque, les images auront réussi à s’imposer : on aura allumé le poste par habitude, on aura croisé les news sur yahoo, on aura reçu un SMS : « Mat vit laTV C laf1 dumond », le disque sera resté en suspension, semblant pour le moment tomber mal. On aura passé sa journée devant son écran, attendant que l’évènement effondrement s’ajoute à l’évènement effondrement, s’ajoute à l’èvement crash aérien, s’ajoutant à l’évènement crash aérien. Amateur ou pas, on passait ainsi 24h en boucle, quelques heures sans fin, en éphémère éternel retour. Des visages, des figures attendait, encore emballé dans son cellophane, que la nausée soit suffisamment installée, pour que la raison reprenne le dessus, pour espérer être enfin porté sur le tiroir du lecteur et connaître son baptême du laser.

Et là, ce fut comme si tout recommençait, sans pour autant que l’on se repasse une énième fois les mêmes images en boucle. Passé un enfant roi posté là en vigie, en gardien des frontières d’un monde en ébullition, histoire qu’aucun fou ne s’en évade, nous voici replongés dans l’effondrement des jumelles, dans les hurlements des sirènes, dans le flap-flap au ralenti des hélicoptères des networks aux aguets : le Grand Incendie transforme nos enceintes, nos casques en bande son idéale de notre journée. Mais avec le recul, ce n’est pas dans la playlist de ce 11 septembre qu’il faut intégrer ce titre, ainsi qu’une bonne partie de l’album qui l’accompagne, mais dans un soundtrack plus vaste, qui nous accompagnerait au jour le jour. Finalement, même par temps calme, il n’y a pas un jour où ce morceau ne pourrait pas constituer une toile de fond pertinente à mon trajet matinal vers le boulot, déplacement quotidien et par conséquent par nature non événementiel, alors même que ce Grand Incendie semble être tout droit destiné à accompagner la chute des tours new-yorkaises. Si un morceau peut ainsi fusionner en un seul son le quotidien et l’évènement, et parvenir à devancer ainsi l’évènement de manière aussi fidèle, c’est comme on le supposait plus haut que l’évènement n’est rien de plus que l’explosion de ce qui était déjà là, sous jacent, et qui ne pouvait surgir que de manière violente, tant nous resistions à le reconnaître. Pour être ainsi doté de cette préscience, il nous faudrait les bonnes antennes, il faudrait qu’on soit sensibles à ce qui constitue notre air quotidien, il faudrait qu’on prenne le temps de flairer, qu’on soit au moins conscients (au sens où l’animal sait immédiatement se situer dans son environnement, perçoit le danger dès que les signes avant coureurs l’alertent, quand la nécessité d’utiliser la conscience réfléchie qui est la nôtre nous fait sans doute passer à côté de ces mêmes signes, ou nous rend tout à fait inaptes à les saisir pour ce qu’ils sont. Il est possible que le Grand Incendie soit un de ces moments de prescience, d’intuition au sens fort du terme, d’éclatement à la surface de la conscience de quelque chose qui couvait depuis un bon moment, de processus par lequel toutes les pièces de l’entendement s’emboîtent parfaitement et forment un schéma parfait, tellement évident qu’on se demande comment on ne l’a pas vu venir. Le 11 septembre, les moins inconscients d’entre nous ne se sont pas tant étonnés que cela. Ils se sont plutôt dit « Nous y voila », comme si tout ne pouvait mener qu’à cela.

L’exercice est toujours facile à faire après coup. Les commentateurs s’en sont d’ailleurs donné à coeur joie dans les semaines qui ont suivi, sur le thème « je le sentais venir ». Mais finalement, le jour même, seul un disque pouvait témoigner de sa clairvoyance, comme si celui qui l’avait écrit avait réussi à voler de jour, percevant de haut les micro secousses sismiques qui préparaient la catastrophe, comme les animaux sentent l’orage ou le tremblement de terre s’approcher. Ici encore, sans doute l’esprit d’analyse est-il inapte à sentir venir ce genre de choses. Hegel le disait : la chouette de Minerve ne se lève qu’à la nuit tombée. En d’autres termes, la conscience particulière que l’homme a des évènements ne lui permet de les appréhender et d’en saisir la vérité qu’après coup, une fois que l’histoire a fait son oeuvre. La pensée ne peut prédire et encore moins prévoir ce qui se prépare. Cependant, les oeuvres, dans le rapport particulier qu’elles ont avec le temps, peuvent constituer cet oracle par lequel nous parviendrions à toucher, ou sentir l’essentiel de ce qui se trame derrière la succession ininterrompue des faits.

flesh1.jpgC’est ainsi que le 11 septembre 2001 parraissait un autre disque, moins crucial pour les auditeurs français que nous sommes, mais intéressant lui aussi dans son aptitude à pressentir les choses. Love and Theft, nouvelle contribution de Bob Dylan à l’histoire de sa propre musique et à celle de la description de plus en plus scrupuleuse de notre monde sortira en effet le 11 septembre, contre toute attente d’ailleurs, puisque les disques sortent habituellement, aux Etats Unis, le mardi. Il en ira autrement pour Love and Theft, qui aura lui aussi la curieuse destinée d’accompagner un peuple dans ce qui demeurera sans doute un des évènements bâtisseurs de sa propre histoire. Et pourtant, au coeur de cet album de Dylan, se cache un morceau qui nous renvoie directement au 29 Août 2005. De nouveau, la synchronie se double d’un franc anachronisme. High Water, avec un peu d’avance, nous propose une embarcation de fortune pour traverser une ville envahie par les eaux, et des esprits à peu près autant submergés par leurs propres flots. Ici encore, il ne s’agit pas de journalisme, ni même de se payer à bon compte une bonne conscience en titillant la complaisance autour d’un fait divers émouvant : les digues de New-orleans n’ont pas encore cédé, les eaux n’ont pas encore emporté avec elles les vies de centaines de milliers de personnes. Mais tout se passe « de nouveau » comme si un esprit bien aiguisé avait été doué d’une clairvoyance suffisamment pertinente pour voir venir la vague de l’évènement, arrachant celui ci à son caractère absolument soudain, et le ramenant dans le flot de « ce qui se passe mais ne passe pas ». Et de nouveau, le meilleur moyen d’être synchrone avec le temps semble bien consister à s’en extraire.
Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à avoir remarqué cette coïncidence. Greil Marcus, dans le premier chapitre de « L’Amérique et ses prophètes » repère la sortie de Love and Theft : « C’est une pure coïncidence que Love and heft, l’album de Bob Dylan où figurait la chanson « High Water » soit sorti le 11 septembre 2001 : aux Etats Unis, les albums sortent le mardi, et celui-ci aurait très bien pu sortir le 4 ou le 18 septembre. Mais l’atmosphère de la chanson, la manière dont elle était chantée, les mots qui formaient des fragments d’une histoire inachevée – une catastrophe, des gens qui s’enfuient pour survivre, d’autres qui en profitent pour changer de nom, se faire un peu d’argent facilement, ou régler de vieux comptes – n’avaient rien d’une coïncidence. L’Amérique fait ses promesses et les trahit avec de grands évènements et des malédictions chuchotées, avec des poses héroïques et des gestes minuscules; ses jugements sur elle-même sont parfois tonitruants et inéluctables, d’autres fois, comme des feux follets, presque muets. » On le voit, la coïncidence n’est qu’apparente : les évènements n’ont pas lieu par hasard et constituent plutôt ce qu’en cours de chimie on appelait un « précipité », comme si le cours lent des phénomènes s’accélérait tout à coup, et cristallisait sous l’espèce de l’art, ou de la catastrophe.

C’est à Walter Benjamin que fait dès lors penser cet éclaircissement subit du réel produit par l’art, ce flash trouant la nuit de l’histoire dans ce mélange d’élévation et de catastrophe. Et c’est sans doute chez lui (enfin, à ma connaissance) qu’on peut le mieux comprendre comment l’évènement est précisément cet instant qui rompt avec le cours normal du temps, mais qui porte en lui tout le passé comme un matériau qu’il achève de sculpter. On ne peut que penser à l’ange de l’histoire que Benjamin évoque dans son tout dernier texte, à propos d’un tableau de Paul Klee, dans ses Thèses sur la philosophie de l’histoire :

« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus.
Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé.
Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées.
Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé.
Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds.
Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer.
Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines.
Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

medium_angelus.jpgEt c’est précisément l’art qui nous permet de ne pas concevoir cette vision de l’histoire comme nécessairement religieuse. Mais il permet cependant de ne pas céder à un pur et simple matérialisme historique. Ainsi, l’art est un évènement, parmi d’autres, porteur de ce que Benjamin appelle son « aura », ce qui explique que la reproduction de l’art pose question, tout comme celle de l’évènement.

Hey ! Vous voudriez un autre exemple de morceaux parvenant soudainement à saisir l’énergie de « ce qui se passe » pour la concentrer dans quelques minutes de simple révélation ? Revenons vers Greil Marcus, qui nous emmène lui même au 4 Avril 1968, jour où James Earl Ray assassina Martin Luther King. Hmmmm… Non, remontons avec lui un peu plus loin encore, jusqu’en 1963, nous reviendrons au jour de sa mort par la suite. Je redonne la parole à Marcus :
« Dans l’extrait que, depuis son assassinat, on a le plus souvent renvoyé au fantôme de King, il commençait par dire :  » Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour sans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. » Mais en 1963, il n’avait pas besoin de préciser que ce pays là n’était pas le sien, n’était pas le grand pays. Malgré toutes ses promesses, en 1963 l’Amérique était un pays comme les autres. »
Le décor étant planté, on saute quelques paragraphes, où Marcus va montrer que finalement, bien mené, un discours peut lui aussi avoir cette puissance de concentration de l’air du temps passé, réactualisant cette énergie dans une nouvelle lecture et dans un nouvelle projection. Je ne peux que vous conseiller de le lire. Je vais directement là où Greil Marcus rejoint lui même, sans le citer, mais dans ma lecture, Walter Benjamin :
« Comme les visions de Winthrop et de Lincoln, celles de King survivent à la fois comme utopie et mauvaise conscience. Chaque discours appelle un public, l’ensemble de la nation, les vivants et les morts. Chaque discours juge la nation et appelle chacun de ses membres à la juger à son tour, il invite tous les citoyens à mesurer les promesses de la nation à l’aune de leur trahison. C’est ce que fit le chanteur de blues Otis Spann le jour où King fut assassiné.
« On the fourth of Avril / In the year nineteen and sixty-eight » (« Le quatre avril/De l’an mille neuf cent soixante huit »). Spann se trouve dans un storefront church à Chicago, sur la 43ème rue, le jour où Martin Luther King, sur le balcon de sa chambre du Lorraine Motel à Memphis, Tennessee, est abattu par James Earl Ray. Assis à un piano, Spann joue « Blues for Martin Luther King » et « Hotel Lorraine« , deux morceaux composés dans l’urgence. Dehors, dans toute la rue, c’est déjà l’émeute et la soif de vengeance, même si elles ne peuvent prendre la forme d’une autodestruction. Les bâtiments brûlent. « The world was all u un flames » (« Le monde était en flammes »), chante Spann. Uniquement accompagné par un batteur, il fait prendre conscience de l’importance de cette journée. Ses mots lui viennent sur le moment. Son piano attaque « Hotel Lorraine » avec ce même sens irréfutable du présage qu’il avait contribué à injecter, dix ans plus tôt, dans le non moins irréfutable « Blue and Lonesome » de Little Walter. Là encore, le piano répond au couplet comme si chacun de ses mots était un mensonge, car s’ils ne peuvent pas dire toute la vérité, c’est qu’ils mentent; seul le son peut dire toute la vérité, le son qui n’est créé ni par les hommes, ni par les femmes mais par Dieu, le son qui n’est pas créé mais découvert.
La voix de Spann se fait maintenant désespérée, stoïque, comme s’il avait déjà vu tout ça, mille fois, comme si n’importe quel idiot aurait pu le prévoir. Ses notes s’écoulant du piano comme l’eau d’un égout, il trace des lignes de blues familières avec une telle passion contenue qu’on dirait que le blues est né uniquement pour parler de cet évènement. La musique n’est pas une représentation, ni même une version; c’est un évènement en soi et pour soi, une voix surgie d’un bâtiment qui pourrait bien être incendié avant la tombée de la nuit. « You know, the last words he said », chante Spann en laissant le mot « said » presque sombrer dans le silence, avant de contre-attaquer en criant : « God knows ! I’m going to the Promised Land ! » Mais cette Terre promise était censée être l’Amérique. King l’avait invoquée. Spann l’avait entendu. Puis il entendit les nouvelles. »
Greil Marcus - Les prophètes de l’Amérique.

Au-delà du fait que je me demande jusqu’à quel point cet article n’était pas motivée avant tout par l’envie de partager cette lecture, quand même, j’aime bien quand les vocabulaire se croisent de cette manière : « évènement, utopie, découverte du sens dans la fulgurance de l’instant… » Tout ça se croise et nous indique, tout de même, dans quelle direction on peut tenter de chercher si on veut saisir, un peu, ce flot apparemment indistinct dans lequel nous sommes plongés.

Pour finir, j’ai glissé en fin de playlist un dernier moment où des siècles se trouvent condensés en un instant, où un poids insoutenable est miraculeusement porté par une voix, qui prend en charge ce qui a lieu, et finalement, porte encore ce qui a lieu après elle. Sans davantage de commentaire, on se lâchera donc en plein évènement, que je contribue peut être à dénaturer en le reproduisant ici même. Mais on pariera que l’aura du fruit étrange de Billie Holiday est suffisamment puissante pour résister à cette reproduction technique. L’idéal, évidemment, aurait été de retrouver dans l’écoute présente la stupéfaction du public qui l’entendit, pour la première fois au Café Society, en 1939. J’aurais pu compléter la liste avec Jimy Hendrix et son Star Spangled Banner. D’ailleurs, je le fais.

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La foi selon les Shiny Toy Guns

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC, PROTEIFORM 3 commentaires »2 octobre 2007

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You are the One - Shiny Toy GunsBien sûr, on pourrait, on devrait même, signer, tous autant que nous sommes un accord multilatéral, omnilatéral même, selon lequel on renoncerait pour le restant de nos jours à écouter un quelconque titre dont les paroles utiliseraient, à un moment ou à un autre, la séquence de mots « you are the one ». Alors autant dire que des morceaux dont c’est, en plus, le titre, il faudrait dresser un véritable embargo pour les maintenir au large, à distance, il faudrait creuser des galeries souterraines dans lesquelles on pourrait envoyer les auteurs, les compositeurs, les interprètes tarés qui osent encore produire ces chansons comportant ces mots : « You are the one ». Charles Aznavour y beuglerait ses inepties en compagnie de la bande de Grease au grand complet, le groupe A-ha ferait les choeurs, on imagine déjà leurs folles chorégraphies dans ses souterrains pour atterrants. Michael Jackson y pousserait la chansonnette avec les Shiny Toy Guns, ici présents, fraîchement débarqués dans l’univers parallèle des groupes qui osent encore intituler une chanson « You are the one ».

En même temps, voila bien quelque chose qui nous est totalement étranger, à nous autres français ; l’aptitude à chanter des conneries sans nom, des trucs que même les statues de l’ïle de Pacques sous acide, contemplant les hommes qui les érigèrent jadis en train de crever la dalle parce qu’ils ont tout pourri leur île, et que l’embêtant avec une île, c’est que justement, c’est une île (tout comme l’embêtant avec une planète, c’est que, justement, c’est une planète), eh bien même ces statues autochtones n’auraient pas, dans ce désespoir noyé sous la drogue, écrit des trucs pareils :

« You are the one
You’ll never be alone again
You’re more then in my head
You’re more »

Très fort. Maintenant, Barbelivien peut se présenter à l’académie française, si les immortels ont écouté les Shiny Toy Guns avant de voter, le contraste devrait paraître suffisamment criant pour qu’il prenne directement la tête des petits hommes verts. Mais ce n’est pas étonnant qu’on n’aime pas trop ça, les chansons qui braillent « You are the one », en France. C’est normal, parce que sur ce territoire où on bouffe du curé au ptit dej’, dans ce pays où on est, quand même, bien attaché à la laïcité, on a du mal avec les chansons qui ne peuvent être chantées qu’avec la foi la plus sincère. Parce que c’est ça qui rend ces chansons possibles outre manche, et outre atlantique : la capacité à glisser de la foi à peu près n’importe où : Sex Machine ? ça vient de la foi. Beat It ? Ca vient de la foi. Sleeping bags des ZZ Top ? Ca vient de la foi. La quasi totalité de ce qu’on aime dans la pop anglo-saxonne se passe allègrement du passeport intello que nous réclamons à chaque chanteur français, sous peinre d’être immédiatement renvoyé dans son pays d’origine : l’anonymat. Tout ça parce que nous autres, on l’a pas trop, la foi. Ca donne l’air ridicule. C’est simple : dès qu’on chante un truc débile avec conviction, on devient un clone de Jean Pierre François. Forcément, ça calme. Du coup, pas besoin de rappeler Mireille Mathieu à la rescousse pour que le 21ème siècle soit spirituel. Dans leur grande bonté, nos amis anglophones nous donnent notre refrain quotidien, que leur volonté soit faite. Amen. Et aujourd’hui, ce sont lesShiny Toy Guns qui distribuent la communion. Autant dire que la foi, eux, ils l’ont. C’est simple, on dirait les enfants cachés de Kim Wilde (qu’on devrait canoniser maintenant pour l’ensemble de son oeuvre (enfin, la partie de son oeuvre qu’elle a effectuée de son vivant…)) et des Buggles (vous savez ? « Video killed the radio star »). Voila des parents bons chrétiens, aptes à porter sur les fonds baptismaux une progéniture pleine de simple esprit, celui qu’il faut pour chanter n’importe quoi en y mettant tout son coeur.

Nous y voila donc : en ces temps sans espoir, il fallait bien que la pop nous offre un de ces remèdes dont elle a le secret, un de ces moments où le monde s’abolit pour laisser la place à une sphère temporaire, une zone d’autonomie comme dirait Hakim Bey, au sein de laquelle c’est l’insouciance qui commande. On ne se pose plus de questions, on s’abandonne, on chante en langues (qui est soit le langage de l’esprit saint, soit la version NAP du yaourt), on braille des idioties comme si il s’agissait d’une sentence de mort, d’une annonce de licenciement, du récit de l’apocalypse dicté par Dieu himself. L’important c’est d’y croire. Pas étonnant que ce soit maintenant que ça nous tombe dessus : dans ces années 00 qui ressemblent de plus en plus aux 80′, où on écoute « A cause des garçons » en matant des mecs se déhancher comme le faisaient les kids dans le clip de Jam (vous vous souvenez ? Bambi déjà sur les rotules qui ne danse plus lui-même mais fait venir les gosses de Kriss Kross (vous savez ? les gamins pour lesquels l’argument marketing était qu’ils mettaient leurs fringues à l’envers…) pour prendre un relais… qu’ils ne garderont pas bien longtemps), où Pujadas nous annonce très sérieusement, à 20 h., que la Tektonik est un véritable nouveau mouvement culturel, on a des chances de bientôt voir les New Kids on the Block se reformer. On a même un gouvernement avec des vrais morceaux d’hommes de gauche dedans, et après tout, ils sont sans doute au moins autant sincèrement de gauche que ceux qu’on a connus dans les 80′. Pas étonnant que ce soit dans les temps sans espoirs que les chants de pure foi réapparaissent, comme pour nous soutenir, comme pour nous dire « Regarde, tout est insensé, on perd complètement le contrôle de tout, mais écoute bien les paroles, vois comme elles collent bien au temps présent, admire leur formidable vacuité; oh et puis non tiens, ne les écoute même pas, habitue toi à entendre sans écouter, à laisser simplement ces grands flots de vide te pénétrer, t’habiter de fond en combles. Plonge, oublie la corde solidement accrochée au dessus de toi, saute du tabouret, laisse toi aller, parce que… « You are the one ».

Retenez bien le principe : moins c’est soutenable, plus c’est con, et plus ça réclame sa bonne dose de foi. La règle ne souffre aucune exception, et elle vaut, bien sûr, dans l’autre sens. Alors, s’il fut un temps où la religion fut l’opium du peuple, si certains ont pu se shooter à coups de cantiques, il est probable que cette nécessaire ferveur peut se vivre, aujourd’hui, dans le silence apparent des lecteurs mp3, chacun dans son coin, apparemment séparés les uns des autres, et pourtant communiant dans une même prière : « You are the One ».

Amen

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« L’ombre du zèbre n’a pas de rayures » (visite guidée d’une boite échangiste)

Par Youri Kane Catégorie : HYBRID, PLATINES, POP MUSIC, PROTEIFORM 2 commentaires »22 septembre 2007

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Au moment où je réfléchissais à la conception de ce blog, alors que je me disais que tout ça tournerait autour de la question des hybrides, des mélanges, des fécondations impossibles, des croisements cauchemardesques et inespérés, un de mes providers en musiques variées et délectueuses , le bien nommé Damiens d’Amiens, a balancé sur son blog un petit assortiment de ce dont on ne sait trop si on doit les appeler mashups, bastard mixes ou hybrid music (elle est de moi cette dernière appellation, et je ne suis pas sûr que ce soit la plus élégante !). Ces deux titres eus-èmêmes constitués de sous titres m’ont permis de finaliser l’idée de mon propre blog, en le concentrant le plus possible sur les croisements fertiles de trajectoires a priori autonomes. Je me disais qu’un jour ou l’autre j’allais proposer ma propre salve de mélanges sonores. Le jour est venu, mais entre temps, en bon parisien amateur de musique qui branche de temps en temps son tuner sur l’incontournable OuiFM, je suis tombé sur ce que j’ai du mal à ne pas considérer comme une sorte de maître en la matière. La station a en effet depuis eu l’idée d’inviter de manière quasi permanente DJ Zebra pour qu’il vienne y proposer ce qu’on appellera logiquement des Zebramixes, amplement constitués de musiques hybridées. Ce drôle de zèbre n’a manifestement pas les oreilles dans sa poche, et il parvient à associer ce qui a priori n’est pas associable (radiohead et diams, juste pour donner une idée), et à chaque fois, ça fonctionne. C’est ludique, totalement déstabilisante, ça joue avec nos reflexes conditionnés par l’habitude que nous avons d’entendre les lignes mélodiques associées à des accompagnements ici absents, et remplacés par de nouveaux paysages. Et souvent, la magie opère pour de bon (quand le Ding Ding Dong des Rita Mitsouko se trouve associé aux ambiances sombres de l’Unfinished Sympathy de Massive Attack par exemple).

DJ ZebraJouissance supplémentaire, le zèbre est un animal autochtone, qui connait sa musique française sur le bout de ses dix doigts tricolores et néanmoins baladeurs. On retrouve nos héros nationaux (des Noirs Désirs, des Joey Starr, des Billy the Kick, des Serge Gainsbourg rassemblés pour cette énorm partouze sonore, DJ Zebra fait les présentations, sert d’entremetteur, rapproche Katerine de Boney M, fait coucher dans le même lit Olivia Ruiz avec Smokey Robinson et Gladys Knight, fait procréer les White Stripes et ACDC au grand complet) tout emmêlés les uns aux autres, copulant joyeusement avec leurs cousins du monde entier. On trouve même au fond de la boite échangiste un couple d’aveugles, qui font sans doute mieux de ne pas voir les accrobaties qui ont lieu tout autour d’eux. Ils n’en perçoivent sans doute que les petits gémissements de Diams venant de faire connaissance rapprochée avec Bono et sa bande. Ca jouit de partout , à tous les étages de la boite cranienne de l’auditeur.

Quatre extraits ici. C’est déjà des pépites, mais ce n’est vraiment qu’un échantillon. On n’a aucune idée de la quantité des accouplements déjà effectués, la source semble inépuisable. Le zouave a l’air d’avoir un cerveau riche en connexions neurologiques. Nul ne sait ce que cet esprit déviant va bien pouvoir créer comme mixture magique.

Si j’ajoute que DJ Zebra fut aussi en son temps membre des Billy the Kick, vous devez sentir un peu le vent de folie douce qui peut planer sur ses productions, et l’esprit gentillement festif qui peut l’animer. Normalement, là, si j’ai bien fait mon boulot, vous ne devez même pas avoir lu la fin de l’article, vous devez avoir cherché sur Google comment vous pouvez écouter cette émission depuis vos contrées lointaines. Alors oui, oui, ce trésor est en libre service, cette corne d’abondance est podcastable ici. Jean d’Ormesson, qui lit ce que j’écris par dessus mon épaule, me mentionne qu’on ne dit pas « podcaster », mais « baladodiffuser »… Hmmmm… Finalement, il a raison Jeannot : c’est bien de balade dans notre propre mémoire sonore qu’il s’agit. René Char avait écrit cette phrase géniale : L’ombre du zèbre n’a pas de rayures. Maintenant, on sait que cet animal hybride n’est rien de plus qu’un mélange d’échos. Bonne nouvelle pour nos oreilles.

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Is there a time for keeping your distance ?

Par Youri Kane Catégorie : HYBRID, MIND STORM, PLATINES, PROTEIFORM Laisser un commentaire »9 septembre 2007

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Juste parce voila, c’est sans doute le moment, ou alors il faudrait attendre longtemps.

Juste aussi parce que les hommages me semblent plutôt mal choisis, un peu mesquins, ou convenus.

Pavaroti a rejoint les anges castrats qui doivent lui faire des chouettes choristes. Bien sûr, les compils des grands airs d’Opéra chantés par le ténor vont se vendre comme des petits pains. Bien sûr, le petit Gregory va avoir là une redoutable concurence sur le marché des voix de l’au-delà, surtout si on trouve, quelque part dans la discographie du colosse, un morceau qui serait intitulé « I’m still alive ». Bref, on ne parle que des morceaux de bravoure certifiés conformes, et de son album « pop’, qui pour l’heure, me laisse assez froid.

Par contre, le bonhomme nous a proposé, dans son parcours, au moins un missile qui vaut par lui seul le coup de rester dans les annales.

Je dis « un missile », parce que…

miss_sarajevo_cd.jpg… vous avez déjà entendu un avion de chasse fonçant en rase motte au beau milieu d’une comptine jusque là presque sereine, ou désabusée ? Parce que ce titre, c’est exactement ça : on suit Bono, que les cieux ont doté d’une voix qui a le pouvoir de prendre les hommes par la main, et de les emmener en balade, pas loin, juste le temps de raconter une histoire, un récit dont on sent qu’il a quelque chose à voir avec une ancienne jeune fille, devenue vieillarde amnésique : l’Europe. Il n’y a guère que lui, et peut être Springsteen pour réussir ce genre de tour de force, détourner à ce point la pop pour offrir à une simple chanson une densité telle qu’on a l’impression d’être face à un véritable monument. Enfin non, il est bien le seul . Springsteen est dans la planète blues, cete planète où on a justement pour métier de faire des monuments avec des petits riens de la vie, des petites riens qui gagnent soudainement la densité du plomb. Mais avec Bono, on est là, tranquille, à écouter cette histoire qui est plus ou moins la nôtre, avec une conscience confuse que ce récit colle exactement à notre propre sourde oreille devant les drames de notre propre continent, face à nos propres désastres, que ces pensées vagues, se promenant d’une question à une autre de manière apparemment insouciante ne font que nous occuper l’esprit, pour lui éviter de se voir submergé par ce qui, théoriquement, devrait nous occuper, jusqu’à l’obsession.

On est là tranquilles, allongés dans l’herbe à écouter les sirènes de l’oubli et sans qu’aucun signal d’alarme ne nous prévienne, il y a un missile tomahawk qui troue la petite musique des pensées secrètes, les orgues de Moscou qui déchirent le rideau mélodique et les petites préoccupations du quotidien, un drone en post combustion qui détruit la comptine rassurante et vient disperser le brouillard qui cachait jusque là la désolation ambiante. Et il y a peu de monde, en dehors de ce artilleur vocal, qui soit apte à produire un tel effet de déflagration, à pouvoir remettre les idées en place chez tout le monde en un seul tir, à réveiller la vieille Europe refusant de se regarder elle même dans le miroir. Lucciano passe le mur du son en plein dans nos petites rêveries, on se prend le bang en pleine figure, nos illusions se fissurent, le réconfort de nos inquiétudes faciles se casse la gueule sous l’effet du souffle qui nous enlève tout l’oxygène ambiant. La tempête passe et seules subsistent les ruines dans son sillage, et néanmoins, malgré les dégats, qu’on connaissait déjà, malgré la destruction de ce qui avait réclamé des siècles de construction, la comptine reprend, les illusions se réinstallent, et avec elles l’oubli. La voix magique de Bono nous prévient, la nuit va être froide, les réacteurs du V2 Pavaroti ne réchauffent plus notre brouillard.

A ré-écouter ce titre avec quelques années de distance, je me dis qu’effectivement, on nous avait promis une nuit. Et je me dis qu’effectivement, on a un peu froid.

 

Le titre, pour ceux qui le chercheraient dans un cadre plus vaste, extrait d’un album un peu parallèle qu’a produit le groupe U2, en compagnie du producteur (et musicien majeur !) Brian Eno, sous un nom d’emprunt : The Passengers. Sorti en 1995, l’album s’annonçait comme un premier volume qui reste jusque là le seul de la série. Original soundtracks / vol.1 reste donc une expérimentation ponctuelle ayant permis au groupe d’explorer des territoires musicaux et poetiques encore non investis. Et le disque demeure comme une sorte de limite de collaboration avec Brian Eno, au delà de laquelle le groupe n’ira pas. Et ce sont déjà, particulièrement dans ce morceau précis, des magnifiques paysages. Les nôtres. Dévastés.

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Où est le soleil ? (part 2)

Par Youri Kane Catégorie : PLATINES, POP MUSIC Laisser un commentaire »11 juillet 2007

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http://www.deviantart.com/deviation/50915349/?qo=12&q=waiting&qh=boost%3Apopular+age_sigma%3A24h+age_scale%3A5Les promesses n’engagent que ceux qui les croient. On a appris à se faire à cette idée. On en est même au point où on considère les prévisions de la météo comme des engagements souvent non tenus. Nouvelle expérience aujourd’hui même : Catherine Laborde avait promis le retour du Dieu Soleil et il est pourtant toujours aux abonnés absents. Peu importe; continuons nos danses, le soleil finira bien par tourner vers nous son regard de braise…

Danse lente aujourd’hui (rien à voir avec la Java survoltée des fruits d’Oasis dansant pour avoir un peu de fraicheur !). Ren n’empêche d’imaginer attendre un peu le soleil dans le calme, et dans une ambiance nonchalante, surtout après les appels au travail de Sir McCartney. Puisons donc aujourd’hui dans la source des vieilleries oubliées, pour sortir du puits des eighties (en fait, il s’agirait plutôt des nineties, mais ça pas de sens, les « nineties », ça fait juste « fin de siècle pressé d’en finir (mais bon, tu m’étonnes qu’après les années 80 on avait envie d’en finir un peu rapidement ! (et pour ceux qui n’ont pas connu cette époque, qu’ils regardent juste le monde de maintenant, particulièrement la France : on dirait une section entière du musée Grévin qui ne serait consacrée qu’à cette glorieuse époque))) un ptit groupe discret, qui se l’est pas jouée star et qui, contre toutes les apparences, n’a pas disparu (non, non !) : Lilicub.

Bon, ce ne sont pas eux qui encombrent le bac « L – divers » de votre magasin de disques préféré, leurs albums sont rares, et les rares produits ne sont écoulés qu’au compte goutte. Et pourtant, un ptit tour sur « LeurSpace » permet de saisir que ce que nous en connaissons (en gros, un titre « voyage en Italie« , qu’on plaçait assez volontiers, dans les boums, après (ou avant, c’était selon) « Week end à Rome » de Daho (Oui, dans les années 80 on faisait des boums, que voulez vous que j’y fasse ?!) ne définit pas du tout la qualité de ce groupe, qui vaudrait qu’on s’intéresse un peu plus à ce qu’ils font, de serait ce que parce que c’est un vrai duo, et que ce n’est pas si fréquent que ça. « Voyage en Italie« , c’était sympa mais bon, l’Italie est certes ensoleillée, mais nous on s’en fout un peu vu qu’on n’y est pas ! Alors au programme du jour, un ptit titre bien d’chez nous, bien représentatif de l’ennui profond que peut constituer la vie étudiante quand il ne s’y passe euh… rien ! Mais bien représentatif aussi de l’attente, qui est un des signes du désir. Rien de négatif dans ce titre lent, donc, juste l’attente de l’essentiel, dans le secret espoir qu’il finisse par advenir. Aucune raison de se presser, aucune raison de s’énerver ni de gigoter dans tous les sens en se débattant contre les choses telles qu’elles sont, juste se poser, et attendre une embellie.

NB : C’est un peu dommage, on n’entend ici que la moitié du duo. Je ne peux que vous encourager à plonger vos oreilles dans la voix de la part féminine du duo (qui s’appelle Catherine Diran), je promets à tous ceux qui tenteront l’expérience un chouette moment. Certains croiront reconnaitre Jill Caplan, mais non ce n’est pas elle, la variété des couleurs de la voix vous le prouvera assez vite.

NB 2 : j’ai « chipé » l’illustrations sur un site de partage de photos. Je sais c’est pas bien, mais elle tombait trop bien. En voici la source : http://www.deviantart.com/deviation/50915349/?qo=12&q=waiting&qh=boost%3Apopular+age_sigma%3A24h+age_scale%3A5 . Le photographe a du talent. Et comme ça, justice est à peu près faite.

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