Jingle (publicitaire) bells – éléments pour une définition de l’identité nationale – 1

In "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM
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Puisque malgré tout ce que produit d’indécent ce débat présidentiel, nul geste du président ne semble devoir mettre fin à la partie engagée contre ceux de nos compatriotes qui, bien que familiers, nous demeurent manifestement étrangers; puisque malgré le leurre évident qui consiste pour un gouvernement favorisant économiquement, nécessairement, la mondialisation à faire croire que le problème, ce soit encore la nation, nous devons nous abaisser à nous demander ce qui fait notre identité nationale, alors mentionnons ce qui suit qui, montrant ceci, peut expliquer cela :
cheques-cadeauxAujourd’hui, 25 Décembre, nombreux sont ceux qui revendent illico presto sur le net les cadeaux qu’on leur a offerts, histoire de faire quelques bénéfices avec les présents qui ne leur donnent pas satisfaction. Un édifiant reportage dans le JT de France 2 (mais je suppose que le même marronnier était diffusé sur chaque chaine de télévision) montrait une famille dans laquelle les parents trouvaient ça tout à fait normal que le fiston, post-adolescent, évalue les cadeaux reçus sur le seul critère de leur efficacité en matière de satisfaction personnelle, et revende tout ce qui ne lui plait pas sur ebay, s’empochant ainsi le fric non dépensé pour l’achat de ce que quelqu’un lui avait offert, malencontreusement (mais l’argent satisfait tout le monde puisque, comme on le sait, il permet de tout s’acheter, et donc de tout être…), niant dès lors tout l’humanité de l’acte qui consiste à faire un cadeau, niant aussi dans l’éducation du rejeton, tout ce qui consiste à prendre en compte, aussi, le plaisir de celui qui offre, qui se voit soudainement réduit au stade de prestataire de service, qu’on humiliera silencieusement en se débarrassant à bon prix de ce qu’il avait pris le temps de choisir, de se procurer pour le transmettre à quelqu’un d’autre. Pour ces gens là, le cadeau n’est pas un partage, mais un jeu de dupes dans lequel le destinataire exige, et juge ce qu’on lui offre sur la base des valeurs actuelles du marché (qui, depuis American Psycho, sont « parce que je le vaux bien », on le sait (je sais, l’association d’idées sonne étrangement, mais j’y reviendrai un jour, il y a, me semble t il, une trajectoire de la pensée, du discours et des attitudes qui suit cette perspective là).
A ce jeu de la revente des cadeaux aux enchères le jour même de noel, les français sont les premiers en Europe, apprend on, et de loin. Voila de quoi fonder un début de représentation de l’identité nationale : si l’identité est ce qui est partagé, alors il semble que nous tenons là un des traits caractéristiques du français. Vivant en monade sans contact avec ses pairs, les utilisant quand il en a l’occasion, mais entrant rarement dans une relation désintéressée. Les cadeaux, l’amitié doivent relever du commerce, de la rentabilité. Tout relève, en somme, du marché.
Si notre identifiant de la francitude est juste, on ne s’étonnera pas, alors, que ce peuple ait pu élire Sarkozy à sa tête. On ne s’étonnera pas, aussi, qu’il soit bien capable de lui renouveler son mandat.

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