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Tout semble se répéter

Peut-être qu’un des critères esthétiques de l’art pop’, et particulièrement de la musique de cet ordre là, c’est de parvenir à se tenir à l’exacte limite de l’affectation, à prendre le risque du ridicule tout en maintenant une certaine ambiguïté quant au fait qu’on y soit pour de bon tombé, ou pas. Et s’il y a aventure commune entre le public et l’artiste, c’est qu’on sait bien qu’affirmer avoir pris du plaisir à laisser tel ou tel titre envahir notre être, c’est prendre le risque d’être pris pour l’idiot du village global, le simplet de service, celui qui se laisse avoir par les excès des émotions faciles. Souvent, la musique pop nous propose finalement surtout de cheminer main dans la main sur les crêtes en compagnie d’un guide dont on n’est pas bien sûr qu’il ait bel et bien obtenu ses brevets d’alpiniste.

C’est un peu ce qui se passe avec Monogrenade. Ce n’est pas que tout soit excessif. La musique elle-même demeure plutôt dans la réserve. C’est juste la voix qui en fait un poil trop dans la pénétration. Mais si cet excès était absent, peut être que cette musique ne serait plus qu’un fond sonore, et non plus une invitation.

Et puis, même si le clip débarque après les fulgurances visuelles de Woodkid, et les nucléarisations urbaines d’Edouard Salier, et que forcément il perd en génie ce qu’il affiche en maîtrise, le couplage musique/image fonctionne (et puis, le gamin qui pourrait être sorti tout droit – en version apaisée, comme s’il s’était fait au chaos de l’univers, et qu’il avait atteint l’ataraxie que celui-ci impose – de la pochette de l’album War de U2, est tout simplement parfait (l’élément génial, ce qui est tel qu’il doit être alors qu’on n’en avait aucune définition préalable, c’est lui).

On mentirait si on affirmait que le titre, ou le clip, retrouvent la puissance du film auquel ils empruntent le titre. En même temps, se mesurer au Metropolis de Lang, ça semblerait tout simplement puéril. Mais la grandiloquence fait partie des petits excès qui font de la pop music  une promenade sur le fil du rasoir. Monogrenade demeure donc dans son rôle, à sa place exactement, à mi-chemin du divertissement et de l’esprit de sérieux. Que nos corps battent au rythme des machines, et que nos têtes se formatent. C’est là le programme : se laisser faire.

 

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