Archives pour le 17 juin 2007

LE PETIT PEUPLE DU BITUME – DARAN -2007

Par Youri Kane Catégorie : POP MUSIC Laisser un commentaire »17 juin 2007

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Le petit peuple du bitume - Daran - 2007Bien sûr, quand on commence un blog, et qu’on aborde des domaines comme le cinéma, la littérature ou la musique, on est amené à se demander ce qu’on va mettre en avant, particulièrement quand il s’agit des premiers posts. Bon là, j’ai commencé avec Gainsbourg, ça va, ça donne une forme de légitimité musicale à l’ensemble, le lecteur va se dire qu’il peut faire confiance à la rubrique “Pop Music” de ce blog, qu’il pourra cliquer les yeux quasiment fermés et les oreilles grandes ouvertes sur les pistes proposées en écoute. En même temps, Gainsbourg, c’était pas vraiment une grosse prise de risques. Reste à transformer l’essai. Plein de propositions élitistes me viendraient assez facilement en tête, mais finalement, je me suis dit que j’allais d’abord parler ici de ce que j’écoute le plus dès que je mets les écouteurs dans mes oreilles, que je sors, et que je choisis dans mon lecteur ce qui va m’accompagner dans mes longs déplacements vers le boulot (entre autres). Et actuellement, l’album qui constitue systématiquement mon compagnon de route, c’est le dernier album de Daran, Le petit peuple du bitume. Il est probable que de Daran vous connaissiez principalement un titre, “Dormir dehors“, qui était sorti en 1994, dans l’album 8 barré, quand il sortait encore ses disques sous le nom “Daran et les Chaises“. Depuis, les Chaises ont disparu, et Daran sort néanmoins régulièrement des albums qui jusque là, ont toujours réussi à proposer quelques titres intéressants.Mais le petit peuple du bitume semble être le premier album dont on n’a envie de sauter aucune piste. Tout d’abord il se présente bien comme un ensemble cohérent, avec une sortie bouclant sur le premier titre, il développe une certaine ambiance, sur laquelle on reviendra, et on a l’impression qu’après pas mal d’expérimentations dans les albums précédents (parfois accoustiques, parfois blues, parfois plus electro), Daran ait réussi à faire prendre le ciment de son propre style, autour d’un rock qui fait parfois furieusement penser à Pink Floyd, ou plutôt aux albums solo de Roger Waters : morceaux ne refusant pas d’être longs, de développer des ambiances, de laisser la guitare prendre le relais pour décoller après les mots trop plombants, production vraiment soignée, compositions qui embarquent les oreilles et tout ce qu’il y a entre elles, qui prennent l’auditeur par la main pour l’emmener en plongée pour presqu’une heure, une heure qui à chaque écoute me semble longue, sans que ça soit un défaut, mais juste parce que Daran parvient à installer posément ses mélodies, ses textes, et qu’on a l’impression que l’album se déroule avec une force tranquille que je n’avais pas encore perçue dans ses précédentes compositions. Aboutissement musical donc, mais aboutissement dans les textes aussi. Ca a l’air vraiment compliqué d’écrire des chansons en français. Soit on va vers la véritable poésie (comme dans la plupart des chansons de Bashung, par exemple), soit on se dirige vers le ludique (genre Lio, Elie Medeiros), soit on est entre les deux (Jacno, Taxi Girl…). Mais il y a peu de place pour les textes de chanson qui seraient un peu l’équivalent français des chroniques sociales que parvient à faire, aux USA, un Bruce Springsteen. Eh bien voilà, plus j’écoute le petit peuple du bitume, et plus je retrouve dans cet album cette aptitude à décrire un univers social, une ambiance d’époque par l’intermédiaire de tranches de sentiment décrites souvent à la première personne. Et c’est rare que des chansons en français parviennent à décrire ce qui constitue finalement notre pays, dans ce qu’il a de modeste, de même pas marginal, mais plutôt de simplement populaire, avec toutes les frustrations, toutes les colères rentrées, toutes les rages impossibles à exprimer parce qu’on ne sait même plus sur quoi elles portent, sans tomber dans le pathétique. Daran, a su là trouver un flow qui permet justement de maintenir tout le temps la distance avec le pathétique, et donc avec le ridicule (et ça, il n’y avait pas toujours échappé auparavant). Il a une manière bien a lui de sembler finir une phrase musicale sur une affirmation, et de la dépasser néanmoins avec quelques mots, quelques notes supplémentaires qui vont apporter une nuance supplémentaire, et donner vie à la chanson, comme si on était plongé dans les pensées de quelqu’un d’autre. Du coup, il peut se permettre d’aborder des choses qu’on voit rarement abordées dans la chanson française, telles que la misère (et on tremble d’effroi devant ce que des chanteurs plus connus pourraient faire de ce genre de thème, en trois minutes trente de violons degoulinants de bons sentiments, là où Daran installe en neuf minutes un paysage dans lequel le souffle des SdF produit au petit matin la brume matinale dans laquelle se réveillent nos cités (le petit peuple du bitume)), ou bien ce sentiment étrange qu’on peut avoir quand on pense avoir atteint un stade où on s’est sorti d’affaire, on vit bien, et où néanmoins on regarde en arrière sur les temps plus durs en se demandant si, par hasard, ce confort ne serait pas, un peu, une trahison (au moins), ou bien encore ce caractère glacé et glaçant que peut avoir la beauté quand elle n’est qu’un agencement de formes conçu pour nous satisfaire (belle comme). Je pourrais citer chaque chanson de cet album. Je serais tenté de les mettre toutes en écoute, juste pour les faire découvrir (vous savez, comme on est capable de tanner ses potes en leur faisant écouter une par une, en leur imposant un silence religieusement reccueilli, toutes les chansons qu’on trouve importantes, en oubliant que pour eux, c’est peut etre pas tout à fait le moment). Du coup, pour que l’album reste à découvrir, je mets juste en écoute un titre de l’album, qui me semble témoigner de l’ambiance générale, et dont je n’ai pas parlé précédemment (mort ou vif), accompagné de Dormir dehors, non seulement pour rafraichir les mémoires, mais aussi parce que même si à l’époque certains avaient considéré ce titre comme une forme de trahison, il m’avait déjà semblé que c’était dans ce ton là que Daran pouvait trouver une forme d’accomplissement. Et le petit peuple du bitume me semble avoir compris cela, et l’avoir pleinement réalisé. Et j’y rajoute un titre qui est tiré de l’album précédent (Pêcheur de pierres), qui contient quelques pépites, telles qu’une sorte d’église.

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LA DECADANSE – Gainsbourg/Birkin – 1971 (et reprise video en 2007 par Alain Chamfort )

Par Youri Kane Catégorie : POP MUSIC Laisser un commentaire »17 juin 2007

Clip de Alain Chamfort - La décadanse (2007)Morceau inaugural du blog, son hymne pourrait on dire ! Seul un vrai musicien, amateur de jazz qui plus est, pouvait concevoir un pareil morceau dérythmé. C’est sa “bancalité” qui m’intéressait ici, parce que c’est précisément ça qui fait que le morceau fonctionne. Bien évidemment, et sans se livrer ici à une explication de textes, dans ce titre, il n’y a pas que le rythme qui soit déconstruit et déséquilibré : comme souvent chez Gainsbourg, on a un double texte, ici plutôt clair. Mais peu importe la provoc’, qui n’est jamais ce qui donne à quoi que ce soit sa valeur, ce qui importe ici c’est l’ensemble, la qualité incroyable des voix, moins due aux qualités vocales des interprètes (qui ne sortent pas vraiment d’un cours de chant d’Armande Altaïr) qu’à la maîtrise de la prise de son de Gainsbourg lui même, l’impression d’être là où on ne devrait pas être, partageant l’intimité d’un couple au moment peut être le plus intime, celui où le désir crée du déséquilibre et fait basculer le tout (le couple, la chanson, son rythme, ses mots, sa mélodie, l’auditeur) vers ce qui n’était pas prévu, vers un dépassement partagé.Signalons aux amateurs de choses rares qu’Alain Chamfort, décidément de plus en plus classe, en propose une relecture dans sa récente intégrale. Musicalement, je ne suis pas sûr que sa version apporte grand chose à la version d’origine. Je la trouve même un peu moins bancale, du coup un peu plus pop, mais c’est tout juste si la chanson n’y perd pas un peu de cohérence musicale. Par contre, là où Chamfort devient bigrement intéressant, c’est quand il accompagne cette reprise d’un clip tout simplement parfait, dans lequel l’intimité des voix, sans doute plus puissante dans le couple Gainsbourg/Birkin, va être décalée vers une intimité visuelle, que toute la mise en scène du clip parvient à installer, que ce soit par des astuces d’éclairage (la minuterie, les images infrarouge), ou que ce soit par l’astuce finale du scenario, qui vient apporter la dernière touche de déséquilibre à un ensemble qui s’appuyait déjà sur une jolie inversion des rôles. La chanson trouve là sa modernité. Je rêverais presque d’avoir un montage du clip de Chamfort sur la bande son originale de Gainsbourg et Birkin. Mais on ne va pas bouder le plaisir qu’on a, aussi, à entendre Chamfort endosser ce rôle là, qui lui va comme un gant.

En homme intelligent, Chamfort a compris que le net n’avait pas forcément été créé pour le ruiner, ni même le desservir. Sa page sur Myspace propose donc le clip, qu’on peut donc découvrir sans devoir placer sur ses étagères (toujours trop petites) la lourde boîte de son intégrale : http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoID=1944872559

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ENTREE EN DEMESURE

Par Youri Kane Catégorie : Non classé Laisser un commentaire »17 juin 2007

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Ubris (ou hybris, selon les manières de rendre dans notre alphabet les mots grecs) désignait chez nos ancêtres ce qui dépassait la mesure, ce qui sortait du cadre normal et souhaitable des choses.Le net est précisément un de ces lieux, une de ces zones d’autonomie temporaire dans lesquelles la démesure peut se poser, au moins un instant.

Pourquoi la démesure ? On y reviendra certainement, mais avant tout parce que tout est désormais très mesuré, réglé, normé, rendu adéquat, opportun, conforme aux codes en vigueur. La démesure est précisément ce qui échappe au correct, ce qui refuse de marcher au pas, ce qui crée du déséquilibre.

Or le déséquilibre, (et ça aussi, nous y reviendrons), c’est ce qui nous permet de marcher.

En d’autres termes, il sera question ici de (en vrac, et de manière non exhaustive) : philo, cine, musique, littérature, bagnoles, sexe, culture, éducation, politique, lieux, morale, morales, peinture, jeux video, technique, sciences, bouffe, rencontres. il sera aussi question d’êtres humains, aussi bien morts que vifs, tout simplement parce que dans nos vies bien organisées, c’est sans doute là que se trouve le plus fort potentiel de désordre, donc d’ubris.

Cet article devrait peu à peu se retrouver dans les oubliettes de ce blog. J’espère juste que ses successeurs sèmeront un peu de désordre.

Vous verrez bien.

La Décadanse - Gainsbourg - BirkinIllustration sonore : Jane Birkin et Serge Gainsbourg – La décadanse 1971

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