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Flibustière

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA, PROTEIFORM, Réclames 6 commentaires »19 mars 2013

« Je suis la fille du corsaire
On m’appelle la flibustière »

Eric Rohmer – Conte d’été

On a pris l’habitude de considérer qu’en fait, la publicité dit la vérité. Il est passé le temps où la promotion relevait de l’ordre du spectacle, et où l’essentiel du dispositif consistait à nous faire croire des choses (la lessive qui lave plus blanc, les lendemains qui chantent des airs d’opéras vantant les mérites d’une lessive, les citroen qui se prennent pour des avions de chasse sortant de la bouche béante de Grace Jones…); désormais, la réclame ne joue plus sur la représentation du produit, mais sur la présentation des conditions réelles dans lesquelles nous nous trouvons. Elle ne déplace plus les objets à convoiter dans un univers parallèle dans lequel nous les pourrions les posséder et en jouir, elle acte plutôt le fait que nous ne les possédons pas (on se souvient du « Si vous n’avez pas un iphone… eh bien… vous n’avez pas un iphone… »), et qu’ils ne sont, en définitive pas du même monde que nous (on reviendra un jour sur une publicité particulière mettant en scène ceux qui ne possèdent pas une volkswagen sous la forme d’êtres mesquins, timides et méprisables). Elle reconnaît, ce faisant, que ce n’est pas du produit dont on jouit, mais de sa possession, et mieux encore, de l’impossibilité dans laquelle sont les autres de l’acquérir. Et comme le nerf de cette guerre de tous contre tous, comme des autres, est l’argent, il est naturel que celui ci prenne de plus en plus de place au sein des campagnes publicitaires (qui ne s’appellent pas ainsi pour rien), prenant parfois, même, la place de tout le reste.


Ainsi va la vie pour Bforbank, cette banque qui n’en est en définitive pas une, puisque son message principal consiste à admettre qu’en fait, dans son univers, le client est son propre banquier (tiens oui, si on demandait au client de faire lui même le sale boulot (cette tâche de gestion qu’en d’autres temps on confiait aux esclaves)), que donc on lui vend du vent, ou plus précisément la jouissance de tirer profit par soi même, et sans intermédiaire (c’est bien là le propre de la jouissance que de ne connaître aucun médiation) d’un argent qui n’est en fait pas vraiment le sien, puisque paradoxalement (mais ça belle lurette qu’on s’est fait à se tour de passe-passe), on l’achète. Mais attendez : si on est maître d’un argent qui ne nous appartient pas, c’est que tout cela relève tout de même, dans le fond, d’un jeu de dînette qu’il s’agirait simplement de prendre tellement au sérieux qu’on y croirait pour de bon, abolissant la frontière qui règne d’habitude entre désir et réalité.

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La première salve dont on se souvienne, la première bataille perdue contre cette banque imaginaire mettait en scène une femme dont, doublement, il s’agissait de faire comprendre qu’elle était maîtresse d’un argent qu’elle ne se donnait pas la peine de gagner, puisqu’on nous présentait son divorce récent comme une retraite dorée, ce qui en disait long sur la manière dont on conçoit encore, dans l’imaginaire de certaines femmes, le mariage. Bref, récemment libérée de son métier de prostituée conjugale, ayant touché ses primes de précarité, ou si on veut dire les choses autrement, ayant déjoué les règles habituelles du gain d’argent auprès d’un homme dont on devine, à la hauteur des sommes versées à son ex, qu’il ne doit pas lui même tirer principalement son revenu de son labeur, cette femme était aussi présentée comme libérée de cet autre poids qui pèse sur ceux qui ne sont pas maîtres de leur propre destin : son banquier. Pourquoi pas. Du coup, la voila relookée en une sorte d’Antoine en jupons, partie naviguer en solitaire sur les océans, loin de tout; libre quoi. Libre mais rancunière quand même : en bonne capitaliste post-moderne, elle a bien compris les messages du genre « si les autres n’ont pas ce que vous avez… eh bien… ils n’ont pas ce que vous avez !« , et elle jouit de savoir qu’elle énerve les deux hommes dont elle s’est débarrassée (mais qui financent quand même son bateau et cette lèvre supérieure reconstruite qui lui permet d’arborer cette petite moue satisfaite de la fille à laquelle on ne la fait pas) : ses ex, c’est à dire son mari et son banquier, qui dans la dialectique de la publicité, ne font qu’un seul et même homme (c’est ça, ce fameux mariage qu’on nous vante tant, et nous ne brodons pas, en 2009, la version masculine de la même publicité affirmait, de la bouche même du mari « Mon banquier connait aussi très bien ma femme« …).  On l’a donc compris, le but dans la vie, c’est de se pisser dessus de plaisir en imaginant la tête que font ceux à qui on a pris l’argent grâce auquel désormais, on vit. En somme, ce n’est pas une publicité pour une banque, c’est une publicité pour le capitalisme décomplexé, celui qui a pigé que la règle du gagnant ne peut valoir pour tous, celui qui s’en cache même plus, et admet que c’est là la véritable réussite : avoir les autres à ses pieds.

En somme, une marchandise sur son porte containers se prend soudainement pour la maîtresse du monde entier parce qu’elle tient la barre pendant que le capitaine cuve sa dernière cuite.

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Les autres versions de la même publicité concordent : sur un sempiternel fond de faux Satie (qui est un vrai Gonzales). Les femmes n’en peuvent plus du fric dont elles sont pétées  et du pouvoir que ça leur donne sur le monde : maisons de campagne, TGV en première classe, chaussures qui sont celles qu’il faut avoir, it-bag du moment, regards envieux des hommes du même rang, assis dans la même classe (les autres, soit on les voit pas, soit ils sont à son service (le chauffeur de taxi, le chef de gare qui n’attend qu’elle) mais dans le sens inverse de la marche, parce qu’elle, elle va dans le sens de l’histoire, elle a la mâchoire inférieure un peu en avant quand elle soupire d’autosatisfaction, juste assez prognate pour avoir l’air volontaire (alors qu’elle ne veut rien, puisqu’elle a déjà).

Il était « naturel » alors (ou plutôt, on aimerait bien nous faire entrer dans le crâne que c’est cela, la nature, que c’est incontournable) que ce soit l’argent lui même qui prenne la lumière et cesse de s’incarner à travers une poupée un peu trop bien faîte pour ne pas être artificielle (or l’artifice peine à incarner la nature). On se retrouve alors avec cette lecture de notre temps, qui semble avoir été conçue pour répondre à la question d’Aragon : « Est ce ainsi que les hommes vivent ? ».  Sur des esprits affaiblis (or la plage de publicité n’a pas vraiment pour but d’affermir les esprits, voyez-vous), on imagine à quel point cette association d’images et de texte peut être efficace.

Ce qui suit n’est pas une parodie.

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Si vous n’êtes pas encore à genoux, il est encore temps d’adopter cette posture, ne serait-ce que pour prendre l’habitude.

Comme on a déjà essayé de le montrer, le principe, c’est de montrer qu’on reste extérieur à ce à quoi d’autres ont accès.

Le moment crucial, c’est l’alimentation; ce n’est pas un hasard si on commence par installer cette peur première. Il ne faut pas se faire d’illusions : si il y a autant d’émissions de cuisine à la télé, c’est pour entretenir l’angoisse primordiale qui est celle de ne pas avoir assez pour vivre. La télé ne nous montre que ce que nous ne mangerons jamais, ou des êtres humains tombant dans les pires bassesses pour pouvoir s’alimenter, ou bien s’éliminant les uns les autres autour de questions de bouffe trop ou pas assez cuite, ou mal servie. Chez Bforbank, quand on évoque le lien de cause à effet qu’il y a entre le fric et la bouffe, on nous montre une femme accompagnée de son enfant (finie la libération des femmes, là, hein, mais en fait on ne parle pas de la même femme), regardant de l’extérieur un poissonnier installer ses poissons dans la vitrine de sa boutique, mais n’y entrant pas. Le plan est rapide, mais incroyablement bien construit : l’enfant ouvre la bouche comme il pourrait le faire devant les vitrines de Noel des grands magasins; la femme, elle, contemple l’objet du désir, on se demande un instant quelle est cette précieuse marchandise devant laquelle une mère et son fils peuvent rester ainsi contemplatifs. A aucun moment cette femme n’entrera dans la poissonnerie. Au contraire, on prendra soin de nous offrir un plan de face, insistant à l’excès sur les reflets dans la vitrine, pour que le cerveau saisisse bien à quel point cette femme est plus proche de la petite fille aux allumettes, malgré son bel imperméable et son allure impeccable, que de la flibustière des publicités antécédentes. Qu’elle se rassure. La rentière, sur son bateau, passe la serpillère sur le pont, parce qu’elle s’est un peu oubliée en imaginant précisément ce genre de scènes au cours desquelles d’autres qu’elle n’accèdent pas à ce sur quoi, elle, navigue, qu’elle peut pêcher à tout instant. En quelques secondes, notre cerveau nous glisse à l’oreille « ça pourrait vous arriver ».

Mais avoir un toit sous lequel se mettre à l’abri, ça fait partie des choses auxquelles les honnêtes gens pourraient trouver légitime de prétendre. Tt tt… L’argent décide aussi de cela. Le couple penché dans sa voiture, observant une maison à vendre, on craint le pire pour lui. D’abord, il roule en Volvo. Je sais, on ne voit pas la voiture, mais on sait encore reconnaître les appuie-tête d’une volvo des années 80. Y a t-il plus flippant qu’un jeune couple stationnant dans un break Volvo devant une maison à vendre ? Il n’y a pas de hasard dans l’imaginaire automobile : Louise Wimmer dort dans un break Volvo. Tous ceux qui en sont à passer leur nuit dans leur bagnole se disent que ce qu’il leur faudrait, c’est un break Volvo (un citroen, ce serait bien aussi, mais bon… quand on n’a pas les moyens, la fiabilité, c’est un critère à prendre en compte). En fait, les trois quarts des gens qui errent un peu par la force des choses, au cinéma et dans les clips, le font au volant de breaks suédois. C’est bien simple, quand j’ai fait une compilation de clips mettant en scène des bagnoles, je me suis demandé un moment si je n’allais pas ouvrir une rubrique spécifique pour ceux dont l’héroïne automobile est une Volvo 240. Bref, je ne suis pas absolument certain que ce couple soit en mesure d’acheter cette maison à vendre. Dans mes pronostics les plus optimistes, ils rêvent juste devant ce à quoi ils n’accéderont pas. Dans mes interprétations les plus sombres, toute honte bue, ils passent devant  la maison que la banque leur a repris, puisqu’ils n’ont pas réussi à la payer. Bref, cette incertitude n’est pas un hasard dans un microfilm dans lequel chaque plan a été minutieusement choisi. Si on peut se poser la question, c’est qu’on veut qu’on se la pose. Ici encore, le cerveau nous susurre qu’on est un SDF en puissance.

Le coup de la blague, étape suivante dans l’édification des consciences, serait risible s’il n’était à ce point cynique, puisque la blague, en l’occurrence, consiste à retirer à quelqu’un ce qu’il allait saisir. Pile poil ce que font ces publicités : Tu l’as vu ce téléphone ? Ben tu l’auras pas. Tu aimes les Audi ? C’est con, parce que c’est pas pour toi. Tu la vois cette femme avec son bateau ? T’as cru qu’on allait te promettre de devenir ce qu’elle est ? T’as pas encore compris ? C’est fini. Elle a quelque chose de plus que toi. On s’en va promettre ça aux marchés émergents parce qu’en ce qui te concerne, on a fini de te raconter des histoires : tu ne vaux pas cette vie là, c’est trop cher pour toi, t’as pas les moyens. Désolé ! Chouette blague hein ? C’est un peu comme ces gens qui tendent la main vers vous juste assez longtemps pour que vous puissiez tendre la vôtre, et attendant justement ce moment précis où l’espoir est né en vous pour retirer la leur en faisant mine de se recoiffer, tout contents de leur effet. La publicité fait ça, c’est son principe nouveau, et elle le montre, sans vergogne, clairement, pour qu’on se soumette à ces mains tendues qui se retireront désormais chaque fois qu’on se tournera vers elles. Tiens, cerveau disponible, prends toi cette dose d’inquiétude supplémentaire et intègre la bien profond dans tes synapses : tu pourrais bien être le dindon de la farce.

Mince alors.

Et si jamais on n’est pas encore assez angoissé, par de problème, le message fait son propre service après vente et ratisse les esprits récalcitrants : l’humeur est incarnée par ce type qu’on reconnait tous, qui passe la paperasse en revue, se disant que ce n’est pas possible, traquant l’erreur de calcul et ne la trouvant pas, jetant les feuilles qui ne lui disent pas ce qu’il voudrait entendre. Ce moment flippant où on commence à ne plus ouvrir le courrier, à ne même plus aller jusqu’à la boite aux lettres, où on filtre les appels, on débranche la sonnette parce qu’on sait déjà qu’il n’y a plus que de mauvaises nouvelles à attendre. Celui qui n’a jamais connu cela sait qu’il fait partie d’une classe privilégiée, qu’il le veuille ou non. Et la masse énorme de ceux qui savent à quel point glisser une clé dans la serrure d’une boite aux lettres peut réclamer de courage seront nécessairement touché par ce moment où on rappelle à ceux qui pensaient que la publicité et les banquiers, c’était fait pour l’oublier, que l’argent décide effectivement de notre humeur.

On peut alors passer à une seconde phase, plus ambiguë et plus insidieuse, et montrer ce que permet vraiment l’argent, pour ce qui en ont : aller vers ce qui ne peut pas être atteint. Maintenant qu’on a compris qu’on serait maintenu à l’écart du nécessaire, on va nous montrer ceux qui dépensent pour s’approprier ce qui ne peut pas être saisi, donc ceux qui dépendent en pure perte. Et à vrai dire, ce « quelque chose » que l’argent permettrait d’attraper, c’est le temps :

L’âge tout d’abord, dont on comprend immédiatement qu’on ne saisira que son faux-semblant qu’est la jeunesse simulée. L’inutile replâtrage du visage, la vaine tension appliquée à la peau, comme si on bordait davantage les voiles du navire dans l’espoir de le ralentir, le miroir aux alouettes de l’apparence juvénile qui ne témoigne que du manque intérieur de maturité. Le fric dépensé en pure perte en somme, c’est le prix de la misère des autres.

Le temps à consacrer aux enfants ensuite, dont la publicité ne se donne même pas la peine de faire croire qu’il corresponde à quoi que ce soit de réel, parce que l’argent ne sert pas les intérêts des autres, pas même ceux des enfants. Ca fait un moment que le capitalisme a réglé son compte à l’idée qu’une civilisation pouvait au moins constituer un bien commun qu’on ne consommerait pas soi même, et qu’on confierait à d’autres. Nous sommes à des lieux de telles préoccupations, et c’est sans doute le point que nous n’assumons pas encore. Ce sera donc la seule véritable fiction de la réclame. Cette femme demeurant le soir dans son bureau, seule, et n’accédant pas à ce temps libre qu’elle pourrait consacrer à ses enfants semble mal placée dans la publicité, puisqu’elle devrait se trouver dans la première partie : pas assez payée pour pouvoir accéder à ce à quoi elle aspire. Mais si elle se trouve dans ce second versant, c’est que le discours assume totalement l’idée selon laquelle les enfants eux mêmes sont un « autre que soi » qui ne sert qu’en tant que faire-valoir, comme prétexte quand on n’est pas encore suffisamment décomplexé pour affirmer qu’on ne vit que pour soi. Cette femme, au mieux, n’existe pas (les bureaux des grandes entreprises ne sont pas prévus pour qu’on y reste la nuit : les lumières se coupent, les accès se verrouillent, vous ne pouvez plus badger pour rejoindre votre plateau si vous l’avez quitté pour aller aux toilettes, les lumières et le chauffage se coupent; et paradoxalement, pourtant, vous ne serez jamais seul dans un quartier d’affaire dont toutes les lumières sont éteintes), et au pire ne reste au boulot si tard que parce qu’elle n’a aucun désir réel de rentrer. Ce qui peut se comprendre : les autres, dans ce monde, ne sont que ces entités dont on doit par tous les moyens se débarrasser. On voit mal pourquoi les enfants échapperaient à cette règle. Ce passage sera donc le seul qui soit constitué d’une pure mise en scène. Il faudra sans doute attendre quelques temps pour qu’on ose dire à propos des enfants ce que ces publicités disent actuellement des conjoints. (en fait, ça a déjà commencé, on y reviendra peut être un de ces jours)

La virilité, elle, a forcément un statut particulier, parce qu’à strictement parler, elle ne coûte rien. Les milieux les plus modestes l’ont bien compris, et on y capitalise pas mal sur cette « valeur ». Ne nous faisons pas trop d’illusions : si aujourd’hui, on attaque des trains en bande, on braque des bijouteries, on deale mille et une choses, c’est tout autant pour le gain que cela peut procurer que pour entretenir cette valeur qui n’a, à strictement parler, pas d’autre prix que l’énergie qu’on y injecte : la virilité, qui étymologiquement ne signifie rien d’autre que la simple puissance. A t-on bien compris qu’être puissant de son argent, c’est en fait reconnaître sa propre impuissance ? Qu’on ne peut pas en même temps se prévaloir de l’une des puissances, et de l’autre ? Le message publicitaire pourrait paraître ici désabusé, et confus. Ce type qui quitte son roadster Mercedes semble être au bout du rouleau. Et pourtant il est dans un environnement hyper sécurisé (qui laisserait une Mercedes stationner grande ouverte, alors que chacun sait qu’il suffit de presser un bouton pour la clore de façon spectaculaire ?), il n’a rien à craindre. Parking privé, résidence sécurisée, vie sans danger. Pas d’enfants, en bien des enfants peut être, mais il vit comme s’il n’en avait pas, ce qui revient au même. A strictement parler, si ce n’est sa voiture, si on veut bien lui faire jouer ce rôle, aucune trace de véritable virilité, c’est à dire aucune trace de puissance d’action. Un certain pouvoir d’achat, c’est indéniable, une aptitude certaine à consommer. Mais consommer, ce n’est jamais rien d’autre que mettre les choses ensemble, accumuler, faire l’addition. Con-sommer. Faire la somme de ce qu’on a amassé. Ce n’est pas agir sur les choses, les transformer, les prendre à bras le corps pour les travailler, autant de gestes qui pourraient, eux, relever d’une certaine compréhension de la virilité (une compréhension qui ne serait pas réservée aux mâles). La virilité qui s’achète, celle qui coûte de l’argent, c’est celle qui est inoffensive, du moins directement, c’est celle qui se contente de signes extérieurs de virilité, quand on devine qu’évidemment, il doit y avoir quelque chose de direct, d’immédiatement jouissif dans la virilité véritable. On comprend mieux dès lors pourquoi cet homme est à ce point protégé : dehors, au delà du vigile, se tiennent ceux qui ont un rapport beaucoup plus immédiat à la puissance, et il doit s’en protéger tout autant qu’on doit l’en protéger : mieux vaut qu’il s’attache aux signes, précisément parce que, comme on l’a dit, ils sont inoffensifs, et qu’il ne s’agit pas de faire de l’homme un être qui pourrait agir sur le réel, le transformer. Au contraire, la virilité sera désormais identifiée comme l’aptitude à se conformer à ce qui est anodin. De façon générale, on l’aura compris, la mise en avant de femmes castratrices indique que l’homme est la part de l’humanité qui ne rentre pas de façon satisfaisante dans les cadres qu’on souhaite instaurer. Inspirer la revanche contre celui ci, le castrer sans le dire participe d’une stratégie qui vise, tout simplement, à affaiblir tout le monde. Le temps dont il s’agit ici, est donc celui de la disparition d’un certain type d’hommes.

D’ailleurs, pour la dernière image qui celle de ce rapport intime au temps que sont les souvenirs, l’homme est absent. Ce sont des femmes qui se tiennent sur le pont de ce voilier. On peut certes imaginer que c’est un homme qui les regarde, mais lui est absent de l’image. Passons sur le fait que les souvenirs, ce soit bon pour ceux qui ont les moyens de s’offrir un voilier et une virée en famille à l’autre bout du monde. Nous serions là dans quelque chose d’assez courant dans le monde publicitaire, si on nous faisait la promotion des croisières touristiques. Mais il n’en est rien : on ne nous fait pas la promotion de la vie qu’on pourrait avoir, mais de la vie des autres, qu’on n’aura pas. Et cette vie est une vie dont les hommes ont été évincés, dont toute virilité a été réduite à néant par une société de femmes (de « filles », même, puisque c’est ainsi que cette parvenue se désigne dans la formule « Qu’est ce qu’elle a de plus que moi cette fille, avec son bateau ? » (bonne question, d’ailleurs)) qui naviguent seules, oublieuses des hommes, oublieuses aussi de la source de cet argent qui les rend si puissantes. Encore une fois, ce n’est pas d’un discours sur les genres qu’il s’agit. On ne peut même pas diagnostiquer ici de véritable misandrie. Ce dont il s’agit en fait, c’est du mépris et de l’oubli envers les forces de production de la valeur. Il s’agit de vivre comme si ces forces, cette virilité, n’existaient pas. Comme si le monde pouvait devenir, pour peu qu’on s’éloigne suffisamment des plus pauvres que soi, un domaine de pure jouissance, un jardin d’Eden dont on jouirait d’autant plus qu’il demeurerait inaccessible au plus grand nombre. Le mâle demeurera cette figure entraperçue, rangeant quelque chose sur le pont, seul. Un visage finalement anonyme, puisqu’à moitié coupé par le cadrage, une présence nécessaire, un vague souvenir, figure de sable que les vagues bientôt effaceront.

Alors, de cet argent, qui décide ? Bonne nouvelle, selon le discours antérieur de cette marque, c’est nous, puisque nous sommes nos propres banquiers dans ce marché qu’on nous présente comme un immense jeu. Seul problème, pour tous ceux qu’on a montré dans la première moitié du spot : eux ne décident de rien du tout, et sont mis devant le fait accompli de la consommation des autres, et de la jouissance que les autres éprouvent à ne pas partager leur propre condition de nécessiteux, ou de gagne petit. Dès lors, si le banquier, c’est moi, si c’est moi qui consomme, alors si je ne consomme pas, et si je n’ai pas cette puissance de décision économique, c’est que je ne suis pas moi.

On ne saurait trouver meilleure vérification expérimentale aux théories selon lesquelles l’argent aliénerait l’homme. Si on peut trouver des signes de cette aliénation jusque chez ceux qui bénéficient de la présence de l’argent, il est évident que chez ceux qui en manquent, l’aliénation est, dans le monde rêvé des riches, totale, puisque n’être pas banquier, c’est n’être personne.

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Coquille D’huicq

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA 3 commentaires »12 mars 2013

Si ça tient, tu m’épouses.
Albin de la Simone; Mes épaules

Mettons les menaces à exécution.

Entendons nous bien : on a évidemment droit à l’erreur.

Mais se planter précisément au moment où on veut argumenter d’autorité, ça la fout mal. Et ne pas le reconnaître ensuite n’ajoute que la mauvaise foi à l’incompétence. Ainsi, le 3 février, à l’Assemblée nationale, en deuxième séance des débats à propos de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, le député UMP Nicolas Dhuicq voulut parler depuis la hauteur de vue que lui confère son métier de médecin psychiatre. Tenter le coup sur ce terrain alors que ça fait maintenant quelques décennies qu’on a sorti l’homosexualité du classement des maladies mentales, ça peut être osé. Mais la droite populaire a trouvé un subterfuge pour revenir sur ce territoire qu’elle affectionne (le désordre mental) en imaginant que ce ne soient plus les homosexuels qui soient dérangés du ciboulot, mais ceux qu’on pourrait leur confier en général, et les enfants en particulier.

Certains, dans les rangs de l’opposition, se sont dès lors improvisés spécialistes de l’esprit humain. Bernard  Accoyer en particulier a réussi à laisser planer le risque de désordres bien plus 2538757_accoyer-bouquin-gainograves encore que les dangers psychologiques que les homosexuels feraient peser sur les enfants. Quels dangers ? On ne saura pas. Et c’est mieux encore, parce que dès lors on peut tout imaginer. Et on espère sans doute, à droite, que le français populaire qui entend cela aura le fantasme fertile. Admirons la rigueur scientifique des propos tenus par Accoyer :

« On ne sait même pas si, au bout d’une, deux ou trois générations, n’apparaîtront pas des troubles psychologiques, voire, selon certains, des troubles plus sérieux. »

« On ne sait pas » si dans un temps qu’on ne connait pas [Note du moine copiste : deux, trois ?], n’apparaitront pas [NdMC : tiens une double négation, donc une affirmation; la phrase doit donc être lue ainsi : "On sait que dans deux ou trois générations apparaîtront des troubles psychologiques", sauf que justement, rien ne permet de le dire; tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que c'est une inquiétude assez opportune chez la droite populaire], ou même peut être « selon certains »  [NdMC : certains ? Certains quoi ? Certains voyants ? Certaines personnes homophobes dotées du sens de l'à propos ?] « des troubles plus sérieux » [NdMC : tremblons tous en coeur, parce que des troubles plus sérieux que des troubles psychologiques, en dehors du fait d'être victimes de mauvais traitements spécifiquement pratiqués par des parents homosexuels (ce qui nous rassure, en un sens, puisque des Emile Louis et des Marc Dutroux nous rappellent que c'est une pratique que les hétérosexuels ont parfaitement intégrée (le grand public pourrait il d'ailleurs citer de mémoire un seul nom de pédophile homosexuel ?)), on ne voit guère que des malformations biologiques majeures, dont on est curieux de savoir comment M. Accoyer expliquerait l'apparition].

On se dit que j’ai dû tronquer l’intervention de cet honorable député. Et effectivement, dans la partie de son intervention qui précède cette affirmation, il cite ses sources :

« j’ai reçu de plusieurs internautes toute une série de références qui m’ont permis de consulter des études qui ont effectivement été menées aux États-Unis, sur des enfants qui avaient été éduqués par des couples de même sexe. Je ne vais pas vous dire les conclusions qu’elles comportaient, parce qu’elles ne sont pas scientifiquement validées. »

Je suis sûr que vous ne me croyez pas. La source est pourtant là : http://www.nosdeputes.fr/14/seance/853#inter_d1b3168f507c5f6489b58491e315d7d5. Le jugement de M. Accoyer se fonde sur des études que des internautes lui ont conseillé, dont on ne dira pas les conclusions puisqu’elles ne sont pas scientifiquement validées. Par contre, on se permettra de faire flipper tout le monde avec des conclusions alarmistes qu’elles n’ont à aucun moment elles mêmes évoquées. Voila une utilisation de la science qui respire la méthode et l’objectivité. On se rassurera en se disant que « dans la vie », cet homme est médecin, spécialiste en ORL. Dites « 33″…

Plus intéressante est cependant l’intervention de Nicolas Dhuicq lors de la même séance de débat sur les amendements proposés par l’opposition ce 3 février 2013. Parce que Nicolas BD TETE NAPOLEON.jpgDhuicq est psychiatre, et qu’il la ramène beaucoup. Cette expertise lui permet d’affirmer des choses parfois surprenantes, puisque quelques mois plus tôt, dans la même assemblée nationale, il avait tissé d’étranges liens entre terrorisme et homoparentalité, affirmant que des enfants en déficit de père auraient une certaine tendance à devenir de violents terroristes. Le speech vaut le détour, parce qu’il s’introduit sur l’évocation de la nature même du terrorisme, « la lutte du faible au fort, de l’injustifiable au justifié au nom d’un bien suprême, immatériel et souvent fantasmé ». Ah, déjà, on ne comprend pas très très bien : «  »la lutte du faible au fort, de l’injustifiable au justifié »… comment cette pensée est elle structurée ?… faible se rapporte à injustifiable et fort est associé à justifié. En somme, le terrorisme, c’est lorsque le faible se soulève contre le puissant. Ok. Quant à cette histoire de « bien suprême immatériel et fantasmé », le concept fait sourire pour quelqu’un qui a partagé les bancs d’une opposition qui ne cessa de se référer à la « Nature » pour argumenter son refus de l’égalité.

Mais c’est la suite qui semble plus intéressante, parce qu’elle témoigne à son tour d’une méthodologie toute scientifique :

« souvent, le terroriste présente ce défaut qu’il n’a jamais rencontré l’autorité paternelle : il n’a jamais eu à se confronter avec des limites et avec un cadre parental, il n’a jamais eu la possibilité de savoir ce qui est faisable ou non faisable, ce qui est bien ou mal. [Note du moine copiste : nous adressons un salut amical à toutes les femmes qui pour des raisons diverses élèvent seules leurs enfants, elles savent désormais qu'elles connaîtront à l'avenir la joie des visites au parloir] N’y a-t-il pas une certaine contradiction dans vos propos et ceux de votre gouvernement, alors que vous cherchez désespérément à reposer un cadre, à rétablir un sens, une symbolique, à soutenir, dans le même temps, un projet qui va jusqu’à rayer le mot de père du code civil ? [NdMC : ce bouleversement des appellations constituera un axe majeur de l'argumentation UMPiesque, quand bien même en réalité, le projet de loi ne prévoit de supprimer ni le nom de "père", ni celui de "mère", mais passons]. Poussez vos cris d’orfraie, mais cela est tout à fait cohérent, mes chers amis : vous provoquerez dans les années à venir la confusion des genres, le déni de la différence des sexes et la psychose ! »

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La grossièreté du procédé ne devrait pas prêter à sourire : parcourez les commentaires abondant sur le net autour de cette déclaration, on y constate que l’argument d’autorité fonctionne à plein régime, que les gens savent que Dhuicq est psychiatre, et que leur première réaction consiste à penser qu’il doit bien savoir de quoi il parle. Evidemment…

Revenons maintenant au 3 Février, parce que, tout de même, Nicolas Dhuicq a dû se sentir obligé de frapper un plus grand coup sur la table de l’argumentation, en marquant davantage les esprits. Là encore, la rigueur scientifique fut au rendez vous.

Etape 1 : légitimer son propos par le fait que son tout premier patient fut un malade du Sida dont il fut le seul à tenir la main lors de ses derniers instants. On n’y croirait pas si on ne le lisait pas. Or, assez content, ou fier, de son témoignage, M. Dhuicq le produira deux fois dans la même séance : « Pendant que je vous parle, je me souviens de mon premier patient, mon premier patient mort du sida, que j’étais le seul à toucher, le seul à respecter… », puis « Je terminerai en évoquant l’un de mes patients, auquel je pense beaucoup depuis qu’il est mort du sida, il y a quelques semaines. Sa famille m’a remercié sincèrement d’avoir été le seul à le saluer, à le toucher, à l’embrasser avant qu’il ne parte. Comme vous le voyez, je n’ai de leçons à recevoir de personne. »

Entre temps, il avait de nouveau soutenu les propos tenus en Novembre :

« Monsieur le président, il y a quelques semaines, je me suis interrogé sur le rapport à l’autorité que pose le terrorisme, en ayant en mémoire le parcours de terroristes d’origine 4discoufrançaise et de nationalité française. J’avais, en particulier, constaté la distance affective et géographique majeure qui avait séparé un jeune, qui avait tué, et son père. À mon sens, il y a trois endroits où l’autorité doit s’exercer et être respectée : la prison, sujet que je connais bien, sur lequel le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, m’a répondu ; la famille, sur laquelle je vais revenir ; enfin, l’école – je pense notamment à l’enseignement de l’histoire.

Pour ce qui est de la famille, quand j’ai évoqué l’absence de cadre parental, de repères identificatoires, de limites transmises à l’enfant afin qu’il sache ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, certains de nos collègues de la majorité se sont un peu énervés, n’entendant sans doute pas ce que je voulais leur faire comprendre. Mon propos visait à les avertir du fait qu’ils allaient créer de la confusion : quand le ministre de l’intérieur fait son travail en demandant une loi coercitive – par essence, le terrorisme pousse la démocratie à prendre des lois antidémocratiques –, il y a forcément une contradiction, sur le plan intellectuel, avec un projet de loi visant à supprimer les mots de « père » et « mère » de certains textes. Sachant le rôle symbolique que peuvent jouer les parents, en particulier le père, il y avait de quoi s’interroger sur la cohérence globale du projet politique de la majorité. Ce que je disais n’avait donc rien à voir avec le rejet de qui que ce soit, et ne constituait absolument pas un jugement. »

On ne commentera pas la totalité du propos, mais on notera tout de même l’insistance sur le rôle symbolique du père. C’est une constante dans la rhétorique dhuicquienne. Cela pose cependant un problème auquel il ne répond pas : en quoi dès lors l’adoption par deux pères serait elle problématique ? A strictement parler, ça devrait offrir une garantie supplémentaire contre le terrorisme et pour le respect de l’ordre établi. A défaut, il faudrait supposer que des hommes homosexuels soient moins virils, moins masculins que des hommes hétérosexuels, ce qu’il faudrait dire plus clairement, au lieu de le sous entendre.

Mais tout ceci n’était pas assez convaincant. Pour édifier les consciences, il fallait amener une arme de destruction massive, quelque chose que personne dans l’hémicycle ne pourrait contester. C’est alors que Dhuicq dégaina Lacan. Bon choix : il est probable que peu de monde dans l’hémicycle ait suivi de près les séminaires du maître, ou en ait lu les compte-rendus. Peu de risques dès lors d’être déshabillé par les prétendants au mariage pour tous. M. Dhuicq pouvait parler du haut de l’autorité que lui conférait à cet instant précis son expertise professionnelle. Et tant qu’à disposer d’une arme efficace, autant faire feu deux fois de suite avec la même référence :

« Je voudrais profiter de cette intervention pour revenir sur les amalgames réducteurs odieux que propagent certains de mes collègues, qui passent leur temps à tweeter, au lieu d’écouter et d’essayer de comprendre ce qui se dit sur ces bancs, et par exemple ce que Jacques Lacan appelait les « Noms-du-Père ». »

puis :

« Vous faites preuve d’intolérance vis-à-vis des collègues qui s’expriment à la tribune et qui ont le droit de réfléchir et de s’interroger sur ce qui pousse des enfants de ce pays à le rejeter et à commettre le meurtre et l’assassinat. [NdMC : oui, c'est récurrent; on serait médecin on affirmerait peut être que c'est obsessionnel, mais comme on n'a pas très envie d'être poursuivi pour exercice illégal de la médecine...]

Les « Noms-du-Père » ! Si seulement vous aviez un minimum de connaissance en matière de psychiatrie et de psychologie, vous comprendriez ce à quoi je fais référence. Mais non, vous êtes tellement dans la toute-puissance ! Vous êtes tellement persuadés d’avoir le droit pour vous, à tout moment et en tout lieu de ce pays, que vous devenez totalement intolérants ! »

Alors, en fait, j’ai copié collé ici le compte rendu publié sur le site de l’Assemblée nationale. Mais il se trouve que ça ne correspond pas à ce que M. Dhuicq a dit, puisqu’en réalité, il s’est trompé deux fois de suite en citant Lacan. On pourra le constater en visionnant cette deuxième séance de débats du 3 février 2013, au moment où les députés de l’opposition tentent de défendre les amendements 1907 à 5126, l’enregistrement vidéo de la séance est disponible à cette adresse : http://www.assemblee-nationale.tv/chaines.html?media=3885&synchro=0&dossier=10. Dhuicq n’y parle pas « des noms du père », mais « du nom des pères ».  Evidemment, il y a toujours quelque chose d’assez comique à voir quelqu’un mépriser son public en le considérant comme incapable de prendre part au débat, au prétexte qu’il ne connaîtrait pas un concept présenté comme « ce concept qu’il est la moindre des choses de connaître pour oser prendre la parole sur ce sujet au sein de l’Assemblée nationale », juste avant qu’il se prenne à son tour les pieds dans le tapis de cette même référence qu’on ne peut pas ne pas maîtriser. Les enfants que nous sommes s’amusent toujours autant de découvrir que le roi est nu (mais comme ce roi semble se prendre lui même pour l’incarnation de ce Père tant recherché, le voir ainsi nu nous plonge pour ainsi dire en pleine situation incestueuse).

Le problème, c’est que ce n’est pas simplement une langue qui fourche sur une citation. D’abord parce que Dhuicq nous pond deux fois de suite la même coquille. Ensuite parce que ce n’est pas une citation, mais un concept, et que si on a compris le concept, on ne se trompe pas sur sa formulation, et ce d’autant plus que chez Lacan, les mots ont un sens (chez quel penseur n’en auraient-ils pas ?), et les jeux à leur sujet en ont tout autant. Lacan lui même, dans un de ses derniers séminaires, intitulé « les non dupes errent » (tiens tiens…) rappelle l’importance des énoncés (il faut dire que toute l’introduction de ce séminaire joue autour de ce jeu de langage dont il est assez content, « c’est un air à ma façon », dit-il, et on l’imagine ravi) :

« ce n’est pas le même sens, seulement pour des raisons d’orthographe. Ce qui nous lais­se soupçonner quelque chose. Quelque chose dont vous pouvez voir, en fait, l’indication dans ce que j’ai, dans quelques-uns de mes séminaires précédents, marqué des rapports de l’écrit au langage. »

Un lecteur avisé de Lacan, suffisamment avisé en tout cas pour faire la leçon aux autres à son sujet ne peut pas ne pas le savoir.

A ma connaissance, le premier séminaire au cours duquel l’expression « nom-du-père » est prononcée, ce sont les cours sur le complexe d’Oedipe en général et la forclusion du nom du père en particulier. On y trouve ce passage :

« Il n’est pas pareil de dire qu’une personne doit être là pour soutenir l’authenticité de la parole, et de dire qu’il y a quelque chose qui autorise le texte de la loi. En effet, ce qui autorise le texte de la loi se suffit d’être lui-même au niveau du signifiant. C’est ce que j’appelle le Nom-du-Père, c’est-à-dire le père symbolique. C’est un terme qui subsiste au niveau du signifiant, qui dans l’Autre, en tant qu’il est le siège de la loi, représente l’Autre. C’est le signifiant qui donne support à la loi, qui promulgue la loi. C’est l’Autre dans l’Autre. » (on trouve ça dans le séminaire consacré à la formation de l’inconscient, dans les années 57-58)

Autant dire que ça ne se réduit absolument pas à savoir si il y a un père présent, auprès de l’enfant, ou pas, mais plutôt à déterminer si la loi tient à quelque chose dans le monde de l’enfant, lacan-032ce qui est une toute autre question. Et que des hommes politiques puissent oser affirmer qu’en l’absence de père dans le cercle familial, c’est la loi qui disparaît, voila qui sonne comme un aveu de faiblesse, et un manque d’autorité. Accessoirement, aussi, si on veut bien se souvenir un peu de Kant, pour qui finalement, ce Grand Autre qui réside en chacun de nous (et qu’on peut donc tout à fait considérer, en soi comme l’autre en soi-même, et chez autrui, comme l’autre dans l’autre) s’appelle la Raison, ce dont on pourrait conclure que la psychanalyse est un truc pour les gens qui ne souhaitent pas être raisonnables.

Ca vaut le coup de lire ces séminaires. On y cerne bien comment Lacan lui même désigne les débats oiseux sur la présence ou l’absence du père dans le cercle familial comme un petit manège dont on a vite fait le tour. On y devine dès lors à quel point le Dr Dhuicq, dans son intervention, simplifie à dessein le propos de celui qu’il semble prendre pour maître, n’hésitant pas à le simplifier pour le mettre au service de ce qui n’est, en lui, qu’une simple opinion. Accessoirement, on devine que la réécriture dhuicquienne du concept lacanien sert ses intérêts : parler « du nom des pères », c’est installer l’idée que chaque père est Père, et qu’il n’y a qu’un seul modèle (un seul nom) de cette fonction. Alors que le propos de Lacan est exactement le contraire de celui ci. Les-noms-du-père, cela indique suffisamment clairement à quel point la paternité, qui est ici la référence à la loi, ou la manifestation du fait qu’il y a bel et bien une loi (ce avec quoi on peut tout à fait ne pas être d’accord, d’ailleurs) peut prendre des formes multiples, avoir de multiples noms sans pour autant changer de nature, sans être, donc, dénaturée (alors même que le camp de l’opposition n’a cessé de hurler de panique devant le fait qu’on allait dénaturer les liens de filiation, comme si ceux-ci relevaient de la nature (on y reviendra).

Bref, il y a au moins une bonne nouvelle dans cette histoire : les rédacteurs des compte-rendus des séances de l’Assemblée nationale connaissant mieux Lacan que Dhuicq lui même. En même temps, en tant que psychiatre, il n’est pas vraiment censé le connaître (du psychiatre au psychanalyste, il y a à peu près la même distance qu’entre le cheminot qui bosse sur une locomotive à vapeur filant dans le brouillard et le peintre futuriste qui peint le rugissement de la machine sur sa toile). Je me suis un peu renseigné sur la manière dont les compte rendus étaient rédigés. Le service du compte rendu de la séance bosse à plein temps sur ces documents. Leur méthodologie autorise qu’un certain nombre de propos soient réécrits pour être compréhensibles une fois passés à l’écrit ( http://www.assemblee-nationale.fr/14/debats/index.asp ) Cependant, on peut se demander si réécrire un propos erroné pour en faire un propos un peu plus informé fait partie des méthodes légitimes : après tout, pour celui qui lit après coup les déclarations de Nicolas Dhuicq, il n’est pas tout à fait inutile, ni inintéressant de remarquer qu’au moment même où il parle en tant qu’expert, il se plante dans ses références, signalant quelques trous dans la raquette de ses connaissances. Et étant donné le peu de familiarité que doivent avoir les rédacteurs des compte rendus avec Lacan, on devine que la correction des erreurs ne vient pas d’eux mêmes.

Mais là dessus, on sera d’accord avec Dhuicq : il n’y a pas de vie apaisée possible là où on a le sentiment que la loi pourrait être mal écrite, mal édifiée, ou portée par des individus qui n’ont pas les épaules assez solides pour en être les garants incontestables. Et l’inquiétude deviendrait majeure, susceptible de générer des angoisses si ces mêmes épaules trop fragiles se piquaient de supporter, telles un Atlas un peu mou du genou, la civilisation tout entière, dont elles prétendraient maîtriser rien moins que les fondations.

Et puisqu’on parle du rapport entre la paternité et les épaules qu’il s’agirait d’avoir pour pouvoir mériter le nom de père, on conseillera d’écouter Albin de la Simone. Ca pourrait d’autant plus intéresser le député Dhuicq qu’on le sait aussi versé sur les questions de défense (dont il caresse aussi l’espoir qu’elle puisse avoir de belles épaules bien carrées), et que le deuxième titre du dernier album du même chanteur, intitulé Mort en plein air, a peut être aussi quelque chose à lui répondre.

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Illustrations, dans l’ordre :

Bernard Accoyer lisant le livre d’Henri Guaino, intitulé Mariage, Monsieur le Président, donnez la parole aux français ! (on a le sens du titre ou on ne l’a pas)

Nicolas Dhuicq, posant en friday wear (enfin, là, on est un peu au delà du concept de friday wear en fait, mais on croit avoir noté que M. Dhuicq soigne son look, alternant allure impeccable et pannes de rasoir. On ne niera pas que ces stratégies de communication puissent avoir une certaine efficacité. Mais on y résiste).

Une schématisation des différents ordres du discours chez Lacan, que je n’expliquerai pas, parce que j’ai encore quelques difficultés avec les graphes lacaniens.

Et Lacan himself, en père Fouettard du discours.

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Hors d’oeuvre

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM 1 commentaire »23 novembre 2011

On l’aura sans doute compris : dans la distribution des rôles de la grosse production qu’est la prochaine présidentielle, Laurent Wauquiez a obtenu le personnage de la diseuse de bonne aventure, qui dit plus tôt ce que les autres pensent tôt ou tard.

Ainsi, après les HLM réservés à ceux qui ont un emploi (faisons comme si le chômage n’était pas structurel, et condamnons moralement ceux qui se laissent aller à ne pas travailler), on a pu l’entendre la semaine dernière lancer un nouveau ballon sonde à propos des jours de carence en particulier, et des arrêts maladies en général, rouspétant contre ces irresponsables de malades (qu’on appellera sans doute   »malades d’irresponsables », prochainement) :

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Une fois entendu son « argumentaire », on a juste envie de poser une question : sur la même base, que peut bien penser M. Wauquiez des congés payés ?

Nul doute qu’en haut lieu, on ne met pas un triple A au simple principe selon lequel les vacances seraient financées par les employeurs. Après tout, il y aurait là de solides économies à faire, et de confortables marges de manoeuvre en termes de rentabilité. On peut dès maintenant parier que d’ici peu, un candidat proposera de briser le tabou, en demandant « au nom de quoi » il faudrait le considérer comme sacré.

Comme, pour répondre aux questions qui commencent par « Au nom de quoi… » il faut disposer de valeurs claires, ou d’un sens aiguisé des affaires matérielles, on devine à l’avance que la gauche aura du mal à rétorquer quoi que ce soit de consistant. Autant dire qu’à part les yeux pour pleurer, il n’y aura pas grand chose pour arrêter le train de l’histoire, puisqu’on nous convaincra que celui ci ne peut plus être arrêté, et qu’on aurait l’air con, à être les seuls à ne pas le prendre en marche.

De manière générale, à draguer simultanément le FN et les marchés, on peut deviner que dans les mois qui viennent, l’UMP va nous sortir des projets palpitants; il faut dire qu’on ne saurait avoir de meilleurs conseillers de campagne.

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Sir Sourire

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", Il voit le mal partout, MIND STORM, PAGES, PROPAGANDA, Scopitones, SCREENS 5 commentaires »16 mai 2011

Nous voici donc parvenus au point où notre vie commune, c’est à dire la politique, se voit réduite en gros à quelque chose qui ressemblerait à un épisode parmi d’autres d’une série qui serait à mi-chemin de 24h Chrono et des Experts N.Y. Au delà du fait que la réalité, depuis ce matin, se voit propulsée bien plus loin que ce que pourrait se permettre une fiction, ce qui marque encore une fois, c’est la manière dont nous donnerions cher pour échanger un débat démocratique, autour de véritables alternatives politiques, contre un épisode supplémentaire d’excitation face au barnum mediatique qui transforme de plus en plus le monde, la réalité, en plus grand chapiteau du monde.

On se retrouve dans une situation un peu pénible, où, tout en sachant bien que ce type n’était pas une véritable alternative (il va le devenir pour de bon, maintenant qu’il est hors jeu : ce sera, pendant des années, le plan B, l’univers parallèle à partir duquel on jugera de l’action politique, sur le thème « Ah… si DSK n’avait pas été condamné à 25 ans de prison…), on ne parvient pas tout à fait à se dire « bien bien, un de moins, au suivant ». Maintenant qu’il est mort (tout le monde semble en parler à l’imparfait, en balayant les chaines info, on voit des quasi nécrologies, sans doute déjà montées, au cas où, diffusées presque telles qu’elles « il parlait couramment allemand et espagnol », « il aimait les femmes » (en effet…), « il était l’espoir de la gauche » (dans une vision unilatéralisée du monde, oui, peut être)), il semble avoir été, de son vivant, pétri des qualités qu’on aura eu un peu plus de mal à discerner quand on pouvait observer, au présent, son action. On ira demander, par exemple, au peuple grec s’il considère, pour sa part, que la mésaventure du jour le prive d’un avenir socialiste. Mais bien qu’on ne soit pas dupe de ce que, sur l’essentiel, une opposition Strauss-Kahn/Sarkozy n’aurait eu d’opposition que le nom, les fondamentaux économiques demeurant semblables, la classe à laquelle les deux hommes appartiennent étant exactement la même, la sortie de route du potentiel candidat PS révèle cependant que la politique ne peut pas se réduire à la seule question des options économiques : on ne nous prive pas seulement d’un faux débat économique, on empêche en fait de choisir entre un capitalisme qui s’accompagne d’un total mépris pour ceux qui n’en sont pas les principaux bénéficiaires, et un autre qui, tout en profitant des avantages matériels que permet le capitalisme à ceux qui y occupent une bonne place, se soucie néanmoins de ne pas humilier frontalement ceux qui pâtissent de ce genre de système économique. Accessoirement, on prive aussi les citoyens de choisir entre une politique française qui s’articule de plus en plus autour de ce qui prend, de plus en plus, la forme d’un pur et simple racisme, et une autre politique qui se refuse encore à sacrifier à ce point là les plus fragiles d’entre nous.

Alors, évidemment, le choix existe toujours. Il y aura un candidat PS, il y a d’autres candidats à gauche, avec des propositions se démarquant bien plus nettement, économiquement. Mais ce qui disparait, c’est la perspective d’un candidat susceptible de gagner. Parce que si on voit émerger la thèse d’un complot contre DSK, il y en a un autre qui semble prendre Hollande pour cible, les sondeurs semblant être payé par ‘ »quelqu’un » pour lui faire croire qu’il peut être, un jour, président de la république française. Ce qui se passe en ce moment ne sert que l’alternative frontiste, qui est de moins en moins une alternative, puisque l’UMP est de plus en plus contrainte de se laisser dicter son programme et son discours par les ondes FN. Le choix existe donc, et les français seraient bien inspirés de s’y intéresser de plus près, mais chacun sait bien que si on veut être réaliste, on doit admettre que la perspective d’une alternance, déjà un peu fantasmée dans le cas d’une victoire DSK (le visage souriant du socialisme sur les gros sabots capitalistes), devient simplement utopique avec sa disparition du jeu politique : encore au moins 5 ans à se donner bonne conscience en défilant contre la disparition de tout ce qui disparaitra quand même, ce qui demeure une manière confortable de cumuler deux bourgeoisies : celle du fric (après tout, les bonnes âmes de gauche qui ont les moyens n’y perdront pas tant que ça), et celle de l’âme (j’aurais bien voulu qu’il en fût autrement, mais un mélange de femme de chambre (qui est à la femme de ménage ce que le technicien de surface est au balayeur, un fantasme embourgeoisé par le langage) et de pulsions lubriques en a décidé autrement)

Autrement dit, et quoiqu’on puisse en penser en temps normal, on s’en serait un peu branlé, que DSK roule en Panamera, j’y reviendrai peut être un jour (la bagnole comme sinthome, c’est un angle qui me plait bien) ou que ses costards coûtent deux ou trois ans de salaire normal (le costard au prix d’une grosse bagnole, la bagnole au prix d’un appartement, les appartements au prix d’on ne saurait trop dire quoi, on est dans les décalages honoraires qui impressionnent suffisamment pour qu’on puisse, comme on le fait dans les medias de droite, douter du socialisme de DSK (on attend avec impatience qu’il en déduisent ce qui suit nécessairement : aucun candidat de droite ne peut servir les intérêts du peuple, surtout depuis qu’on a délocalisé la consommation)), on s’en serait un peu branlé, donc, qu’il roule en Maybach ou en Bugatti si il avait simplement pu nous débarrasser de la clique actuellement au pouvoir, juste pour mettre fin à ce mouvement par lequel on nous conduit peu à peu à se haïr les uns les autres, et à ne plus pouvoir discerner où se situent les véritables nuisances. Sans être dupes, on peut encore préférer la mise en scène d’une cohésion sociale fictive à l’instauration consciencieuse d’une guerre sociale entre citoyens qui, en fait, ont sans le savoir les mêmes intérêts. Le socialisme peut tout à fait jouer, lui aussi, le rôle d’opium du peuple, d’âme d’un monde sans coeur. Dans ses commentaires éclairants (bien que réclamant parfois quelques recherches dans les méandres de la mémoire des groupuscules de gauche avant d’être pleinement saisis), Michel racontait il y a quelques jours sa soirée du 10 Mai 1981, dont le maître de cérémonie semblait être DJ Janus en personne, tant le moment devait être conçu comme à cheval entre deux mondes pour qu’on puisse y adhérer, cesser le feu dont tout le monde avait conscience qu’il était provisoire, que les masques tomberaient un jour ou l’autre et que l’union de la gauche, joyeusement bicéphale ce soir là, perdrait tôt ou tard l’un de ses deux visages et, par la même occasion, la face. Ce soir là, la foi en quelque chose qu’on pourrait considérer comme la fraternité injectait, comme par intraveineuse, l’Esprit à tous ceux qui n’étaient pas en train de remplir le coffre de la 505 avec leurs biens les plus précieux, jouant à se faire peur à l’idée de l’arrivée des chars de l’armée rouge sur les places des villages dès le lendemain. Trêve des électeurs pour une soirée et quelques jours, mine de rien, les années 80 réussirent l’exploit, sur la base de cette fiction d’un soir, de permettre aux plus riches de le devenir encore plus, sans pour autant que la fraternité ressentie soit vraiment mise à mal. Et à défaut d’égalité véritable, on peut admettre que le rôle du politique puisse se réduire au fait de rendre l’inégalité un peu moins insupportable. On voit bien à quel point nos dirigeants actuels ont compris qu’on pouvait fonder son pouvoir sur incitation des classes les plus puissantes à humilier sans cesse ceux qu’ils spolient. C’est là tout le sens de la fameuse décomplexion.

Ce qui en dit long depuis hier, c’est la vitesse à laquelle apparaissent, puis se diffusent, les soupçons de manipulation, voire de complot. Ca dit à quel point on est désormais facilement convaincu que le pouvoir est confisqué au peuple, et que les élections ne doivent en aucun cas offrir de quelconques alternatives aux électeurs. Ce qui est amusant, dans l’histoire, c’est qu’on repère ce principe dans l’interdiction qui est faite à DSK de participer à l’élection présidentielle, alors que le fait qu’il y participe était, bien plus encore, un signe de cette impossibilité de l’alternative, en plaçant l’électeur devant un choix étrange : votre capitalisme, vous le préférez faux cul ? ou décomplexé ? Jusqu’à preuve du contraire, il ne s’agissait pas d’ouvrir de nouvelles perspectives politiques. Impossible de discerner quels effets à long terme aura cette impression de s’être fait voler une fausse alternative. A priori, comme ça, à vue de nez, toutes les conditions sont en place pour que le socialisme puisse encore se fantasmer pendant quelques décennies.

Maintenant, à moins de s’offrir le temps de lire, ou relire, le Bûcher des vanités de Tom Wolfe, auquel fait furieusement penser l’épisode du jour, on peut se faire une idée de la paranoïa ambiante en suivant les micro enquêtes effectuées par ceux qui trouvent quelques étrangetés dans la manière dont certaines informations ont été révélées dans un sens qui défie les lois de la chronologie, par des gens qui étaient déjà aux commandes des révélations sur la Panamera et les costards en peau de zob. On y apprend surtout que, contre toute attente (et contre toute vraisemblance sociologique), les jeunes populaires de l’UMP (saviez vous, au fait, qu’on a été à deux doigts de voir la Suède remporter l’Eurovision avec une chanson intitulée Popular, qui semblait être un hymne écrit en dédicace aux jeunesses actives de l’UMP, chanté par un des leurs, une étrange créature qui ressemblerait un peu à Tom Cruise déguisé en Justin Bieber, dans une chorégraphie édifiante où on casse les murs de verre d’une prison hypothétique (c’est en gros le sentiment que se donne un jeune libéral aujourd’hui, en « osant » être de droite : briser une barrière qui n’existait que dans sa tête)) ont, parmi leurs connaissances, des femmes de chambre.

En même temps, chacun se doute bien que si on veut avoir des indics quelque part, il n’est pas absurde d’en placer un ou deux dans un hôtel dans lequel le gratin de la politique et du mondanisme mondialiste a ses habitudes. Et une femme de chambre, par définition, c’est quelqu’un qui a le double avantage d’avoir accès à l’intimité tout en étant invisible. Enfin bref, bientôt, Jonathan Pinet nous diffusera les dernières infos fournies par la dame pipi du tribunal de Harlem, puis de la lingère de Sing Sing, autant de membres, sans doute, de la bande à Pinet sur sa page Facebook. Ces gens là sont partout, ils ont regardé Fight-Club et ils en ont tiré tout un tas de leçons qu’ils appliquent sur nous. Et Internet est le système de surveillance universel qui instaure la règle selon laquelle c’est le premier qui a twitté qui a raison, fabriquant simultanément ce qui fera office de version officielle, ainsi que le fantasme en négatif qui l’accompagne.

Illustrations extraites des campagnes de promo pour la chaine « Maid Café », d’origine japonaise, mais ouvrant à droite à gauche dans le monde des franchises. C’est un peu comme le Starbuck, mais on note un soin particulier dans le déguisement des serveuses, qui font tout leur possible pour ressembler à des soubrettes de films porno, tout en demeurant suffisamment inaccessibles pour éviter au patron des poursuites pour proxénétisme. On comprend que la clientèle, après avoir pris son café en se voyant refuser la jouissance promise par la mise en scène de la prostitution se lâche un peu sur tout ce qui peut porter un tablier. Cette promesse de jouissance que, simultanément, on interdit, ou qu’on reporte, ça aussi, c’est une belle image du monde tel qu’on nous le propose. Au passage, maid signifie tout aussi bien, et en vrac : femme de chambre, ou pucelle. C’est sans doute l’une des questions que DSK se verra poser, sous les douches, par les autres prisonniers de Sing Sing « Alors, Ophelia, elle était bonne ? » Quoi qu’il en soit de sa culpabilité, la réponse donnée par la langue est affirmative.

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Alien-Nation

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA, Scopitones, SCREENS 3 commentaires »26 février 2011

Comme j’adhère à mon corps défendant au principe selon lequel il faut travailler plus (tout en gagnant moins, mais nous sommes au dessus de tout ça n’est ce pas ?), j’ai moins de temps pour alimenter cette colonne de considérations diverses.

Je joue un peu la simplicité en copiant collant un commentaire de j’ai fait sur agoravox à un article sur lequel je suis tombé un peu par hasard, en fouillant les infos concernant Mélenchon (oui, je furète un peu dans son sillage, car il y a là, p’t'etre bien, une piste intéressante).

Paul Villach publie beaucoup, à droite à gauche. Googler son nom conduit à de multiples pistes, gratuites et commerciales (moi je recycle ici une réaction à de ses articles, lui publie sous forme de livre des compilations d’articles publiés sur Agoravox; « on se ressemble », d’une certaine manière).

Il réagissait dernièrement à la réponse que Mélenchon faisait à Demorand, quand celui ci lui demandait pourquoi les pauvres ne votaient pas à gauche, si comme le dit Mélenchon, la politique actuelle ne va pas dans le sens de leur intérêt. Mélenchon, emporté comme il sait l’être, avait pointé les médias comme cause de cet égarement électoral. Paul Villach n’est pas d’accord, et exprime dans son article les causes de son désaccord (c’est étonnant de voir comment ces personnes qui gravitent autour des medias sont atteintes peu à peu de la grippe aphatienne, qui consiste à n’être pris de soubresauts que lorsque leur sphère est visée).

Vous pouvez lire l’article ici : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pourquoi-les-pauvres-votent-ils-a-89310

Je copie colle ci dessous mon modeste commentaire (pas si modeste que ça, sinon, je ne le publierais pas). Je l’accompagne d’un joli montage trouvé en furetant à la recherche de mises en images d’un groupe de rap que j’écoute ces temps ci, Flobot. Un morceau très court, simplement intitulé There’s a war going on for your mind. C’était un peu de circonstance; et son auteur démontre une thèse chère à Didier Lestrade : le contrôle des medias est plus profond qu’on ne pourrait le croire, leur pouvoir se niche jusque dans le choix de la police de caractères :

« Je veux bien qu’on pousse des petits cris effarouchés quand Mélenchon pointe les medias comme cause de l’adhésion de la partie la plus modeste de la population aux propositions de droite, mais il faudrait que l’article qui pousse ces petits soupirs exaspérés évite, lui au moins, de manipuler l’opinion…

D’abord, la référence à Thomas Frank arrive bien tard dans l’article, et ni Demorand, ni vous, ne creusez son filon (le problème, c’est peut être qu’il aurait fallu l’avoir lu ?). Lui montre qu’il y a bien un aspect de manipulation dans le fait qu’on laisse à penser à la majorité que chaque individu peut accéder à un destin qui est par définition minoritaire. En somme, les pauvres votent en fonction d’intérêts qui ne sont pas leurs intérêts présents, mais leurs intérêts futurs, quand ils seront riches. Le « travaillez plus pour gagner plus » correspond assez bien à cette stratégie, puisqu’elle est comprise comme une prédiction concernant la majorité alors qu’elle est nécessairement sélective et qu’elle est d’autant plus efficace qu’elle concerne moins de monde.

Ensuite et surtout, la véritable manipulation ici consiste à faire de la théorie marxiste de l’aliénation une question de main mise du pouvoir dominant sur les medias. Il ne s’agit pas de cela. L’aliénation chez Marx consiste à priver les travailleurs du fruits économique de leur travail, en somme la plus-value. Qu’on ne veuille pas appeler ça « aliénation » pour ne pas provoquer une brusque prise de conscience chez des travailleurs qui sont parmi les plus productifs au monde, et gagnent pourtant souvent si peu, on peut le comprendre : ça pourrait les agacer et provoquer quelques remous peu avantageux pour ceux qui jusque là tirent les marrons du feu. Mais c’est de cela qu’il s’agit et de rien d’autre.

Et pour revenir à Frank, on croise là ses hypothèses : les pauvres votent à droite parce qu’on leur fait croire qu’ils pourront faire partie de la classe des exploitants, et une telle croyance nécessite un luxe de méthodes de communication permettant, par le biais de quelques gâteries, à maintenir cette illusion. L’un des outils est jusque là là consommation qui, par le biais du crédit permet à tous, y compris à cette frange de la population qui n’en a théoriquement pas les moyens, de se faire son petit univers de riche, à grands coups d’écrans plats immenses, de téléphone tactiles à la mode, de bagnoles premium, de séjours touristiques sur nos anciennes colonies, de fringues à la mode, d’intérieurs relookés.

Enfin, on oublie aussi que la culture ouvrière a été démontée par l’avènement de la télévision dans les foyers et l’illusion bourgeoise selon laquelle le bon père de famille est censé rentrer chez lui après le boulot. Il fut un temps où, après le boulot, l’ouvrier demeurait avec ses pairs, discutait, vociférait, débattait avec des interlocuteurs qui faisaient son éducation politique. Les bars étaient remplis, enfumés, bruyants, animés et on ne devait pas encore y supporter la lénifiante ambiance lounge qui s’impose désormais partout où les consciences viennent plus pour s’endormir que s’éveiller. On ne venait pas se lobotomiser devant Nagui ou Sabatier, on ne se posait pas devant le poste pour fantasmer et envier la famille Machin qui vient de gagner son poids en électroménager. On n’était pas non plus en permanence assailli par les prescriptions publicitaires à envier ceux qui ont ce que soi même on n’a pas. On n’était donc pas dressé à être sans cesse ceux qu’on n’est pas, et à se comporter comme si on était quelqu’un d’autre que celui qu’on est (autre définition possible de l’aliénation). Surtout, et cela, Frank le montre aussi, on ne voyait pas la culture systématiquement piétinée par ceux qui ne la maîtrisent pas.

Sans jouer l’air du « c’était mieux avant », on peut voir dans l’adhésion aux fantasmes de droite les effets d’un manque de culture qui n’est pas fortuit, puisqu’il est le résultat d’un dispositif général qui, s’il ne visait peut être pas à l’origine ces objectifs ci, n’a pas été corrigé lorsqu’on en a constaté les conséquences. Dans cette mesure, alors qu’on en connait les effets nocifs (nocifs, puisque menant une majorité à se comporter de manière non conforme à ses intérêts, c’est à dire poussant le peuple à se comporter de manière crétine, quelle que soit l’option républicaine choisie, tant celle qui voit dans l’intérêt général l’axe de la politique, que celle qui voit cet axe dans la somme des intérêts particuliers (mais en réalité, voila, on peut simplement admettre que nos choix politiques sont guidés pour favoriser les avantages personnels d’un petit nombre, chacun espérant intégrer cette frange avantagée)), alors qu’on maîtrise désormais les méthodes par lesquelles on fait se retourner la majeure partie du peuple contre elle même, en jouant de division fictives, ne pas mettre un terme à ces processus, et en faire aujourd’hui des méthodes politiques intentionnelles (qu’est ce que le débat sur l’identité nationale, sinon? Qu’est ce que le débat sur l’islam, sinon ? Qu’est ce que cette manière de sans cesse pointer des catégories de français pour inciter les autres à les lyncher en tant que cause du problème collectif, alors qu’on est soi même la cause première de la tension générale ?), c’est agir de manière non conforme aux intérêts du peuple, collectivement et individuellement, et ce de manière tout à fait consciente.

Voila, il me semble, des causes un peu plus tangibles du vote à droite.

Et, au passage, c’est moins à la question du vote à droite qu’il faut s’attacher désormais qu’à l’adhésion plus large au libéralisme. En d’autres termes, le problème se pose tout autant quand on vote majoritairement pour le PS. Mais il semble évident, là aussi, que pour éviter de vori en Mélenchon une alternative, on préfère jouer du traditionnel clivage gauche/droite en faisant comme si les propositions du PS étaient, substantiellement, de « gauche ». C’est à la limite le point sur lequel on pourrait être en accord avec cet article, s’il poussait un peu plus loin sa réflexion sur la notion de « faveur ». Après tout, qu’est ce que l’option PS, si ce n’est une manière de subventionner les plus pauvres afin qu’ils participent malgré tout à l’illusion bourgeoise de la possession de biens coûteux ? (d’ailleurs, le principe est finalement repris par le commerce, qui nous finance nos téléphones pour qu’on puisse participer au déploiement des réseaux, et en être finalement dépendants).

Et jusqu’à preuve du contraire, l’école est encore un rempart contre cette aliénation. Maintenant, cela relève plus du devoir que peuvent s’adresser les enseignants eux mêmes que de la lettre de mission ministérielle; certes. Mais quelle valeur devrait on accorder aux enseignants s’ils devaient attendre pour être éducateurs qu’un ministre leur demande de l’être ?

Attendre que quelqu’un d’autre nous dise quoi faire pour penser devoir le faire, ça aussi, c’est de l’aliénation. »

Je serais tenté d’ajouter un ou deux conseils de lecture pour compléter la réflexion :

Thomas Frank : Pourquoi les pauvres votent à droite ?
Etienne de la Boetie : le Discours de la servitude volontaire
Noam Chomsky : la Fabrique du consentement
Peter Watkins : Media crisis
Bernard Stiegler : Mécréance et discrédit 1 – mais en gros on peut tout lire de Stiegler.
Christian Salmon : Storytelling

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MAMographie

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", Il voit le mal partout, MIND STORM Laisser un commentaire »19 février 2011

« Cache ta joie », serait on tenté de conseiller à notre gouvernement quand il s’exprime sur l’aspiration à la liberté et à la démocratie actuellement exprimée chez les peuples arabes. Si on ne soutient que du bout des lèvres les peuples combattants (quand on ne propose pas de les rappeler à l’ordre), on ne se donne même pas la peine de les féliciter pour leur victoire, préférant mentionner le courage de leurs dirigeants au moment de quitter le pouvoir (cf la sidérante déclaration de notre premier ministre au lendemain de l’éviction de Moubarak). S’il fallait évaluer la santé d’une démocratie à l’ardeur qu’elle met à soutenir les démocraties naissantes, il est probable qu’il faille déclarer illico la mort clinique de la France. Et l’épisode en dit long sur ce que nous sommes devenus : si nous étions véritablement démocrates, nous accueillerions les bras grands ouverts ces nouveaux peuples révolutionnés, et nous choisirions des représentants politiques qui soient des hérauts de la démocratie. Si nos hommes et femmes politiques se montrent timides dans leur enthousiasme, c’est finalement le signe de notre propre indifférence vis-à-vis de la démocratie elle-même.

Mais si le peuple a sans doute quelques questions à se poser sur lui-même, il peut, pour s’entrainer, commencer par s’en poser quelques unes à propos de ses dirigeants. Après tout, ce qui se passe au sud de la Méditerranée est un sacré révélateur des habitudes que nos propres dirigeants ont prises, réduisant la démocratie au seul fait de voter pour mieux légitimer leurs propres petits arrangements personnels (vous nous avez mis au pouvoir, maintenant vous ne pouvez plus nous reprocher d’en profiter, puisque tout est finalement de votre faute).

Reste que si on pouvait vaguement soupçonner que nos dirigeants aient pris la sale habitude de se servir eux-mêmes en faisant mine de servir tout court, on reste aujourd’hui pantois devant l’ampleur des relations que nos hommes et femmes politiques semblent avoir entretenues avec des dictateurs. Et on comprend mieux aujourd’hui le sens que pouvait avoir pour eux le respect du pouvoir dans ces pays.

Après tout, l’exercice du pouvoir en Tunisie est-il dans le fond si différent de celui qu’on connaît par chez nous ?

Dans un monde idéal, Alliot-Marie devrait mal vivre ce quinquennat. Potentielle candidate aux précédentes présidentielles, soutenue par un Devedjian qui a réussi l’exploit de devenir l’ennemi du clan Pasqua dont il est pourtant l’une des créatures (avec les Balkany, Sarkozy et Ollier (tiens tiens…)), on pourrait imaginer que la guerre livrée contre celui qui tente d’empêcher le fiston Sarkozy de prendre la tête des Hauts de Seine (Devedjian, donc) la touche elle-même à son tour. Dans un monde idéal donc, Alliot-Marie devrait avoir disparu, foulée au pied par une clique parvenue au pouvoir et détruisant tout ce qui pourrait se dresser contre leur puissance grandissante. Pourtant, non seulement elle se trouve au gouvernement, non seulement les remaniements n’ont pas remis en question son maintien, mais elle se trouve aujourd’hui dans cette confortable situation d’avoir réussi à installer son couple au grand complet au gouvernement ; un cas unique dans l’histoire de cette république. Un cadeau en somme.

Quand on cherche les raisons pour lesquelles tel ou tel est au pouvoir, on a en gros deux options : les compétences, ou le potentiel de nuisance. Pour les compétences, même à droite on se surprend aujourd’hui à constater à quel point Alliot-Marie a passé une carrière entière avec le pouvoir en mains sans jamais rien en faire. On constate aujourd’hui que ce qui restera dans l’histoire de son passage au sommet de l’Etat, ce sont ses mésaventures présentes. A priori, l’exercice de compétences devrait se reconnaître à autre chose qu’à cette sorte de honte qui semble devoir s’attacher à cette manière de s’agripper à un ministère que, désormais, elle ne pourra que desservir. Si la première compétence de l’homme politique est l’aptitude à faire passer l’intérêt public devant son intérêt propre, c’en est fait de la validation des compétences de notre actuelle ministre des affaires étrangères.
Seconde hypothèse, la nuisance. Plus crédible. Alliot-Marie ne fait pas exactement partie du clan présidentiel. Elle aurait pu, comme Devedjian le souhaitait, se présenter à la précédente présidentielle contre Sarkozy. Elle prétendit même un certain temps constituer la seule alternative crédible à celui qui se présentait déjà comme le candidat naturel du camp UMP. Pourtant, elle ne se présenta point. On devine désormais quels furent les cadeaux qui lui furent promis pour salaire de son renoncement.
Mieux : en soutenant ainsi publiquement Alliot-Marie, Devedjian en faisait une alliée objective du combat que lui-même menait (et mène encore, mais en le perdant) contre le clan Sarkozy dans les hauts de seine. Rappelons le : ce département qui constitue, économiquement, une sorte de coffre fort dont les responsables politiques locaux semblent avoir la clé, fait l’objet d’une bataille entre deux courants héritiers de l’ère Pasqua : le consortium Balkany/Sarkozy d’un côté, et Devedjian de l’autre. L’enjeu n’est, une fois de plus, pas celui de l’intérêt général (et ce même si bien sûr, un certain nombre d’administrés trouvent un intérêt commun à être administrés par ces gens là), sinon, une telle rage combattante. En revanche, on comprend assez les intérêts particuliers que peuvent avoir ces gens là à placer Jean Sarkozy, le fiston (le Prince de Lu, comme dirait Alévêque), à la tête de ce département aurifère.
Alliot-Marie n’est pas du coin. Elle n’est pas non plus issue du courant Pasqua. Elle n’y est en fait associée que par alliance, depuis que sa trajectoire est associée à celle de Patrick Ollier. En somme, pour le clan Balkany/Sarkozy, c’est un peu la belle sœur chiante, un peu morale, un peu venue du Sud-Ouest, un peu ennuyeuse, un peu dangereuse aussi derrière une façade bon chic bon genre. Alors qu’elle bénéficiait jusque là de cette image un peu froide de la femme politique dont on se dit que si elle prend le peuple de si haut, c’est qu’elle doit être assise sur quelques bonnes raisons de le faire, elle pourrait dénoncer le manque total de vergogne qui caractérise le pouvoir actuel. Elle pourrait (ou plutôt, elle aurait pu) fédérer autour d’elle un courant politique qui, à droite, a du mal à se faire à la décomplexion de l’UMP et de ses plus fiers représentants. Et quand quelqu’un de si dangereux est jusque là en apparence si irréprochable, ou du moins quand il n’y a rien qu’on puisse lui reprocher dont on ne puisse aussi soi même se voir accusé, la seule solution, ce sont les cadeaux.

Des deux explications à la mystérieuse constance d’Alliot-Marie à un gouvernement dans lequel elle ne fait pas vraiment couleur locale, on choisira celle qui paraît aujourd’hui la plus crédible.

Mais l’ironie de l’histoire, c’est que, finalement, ce dont on l’accuse, c’est-à-dire la proximité avec un pouvoir dictatorial, qui refusa toute forme d’opposition pour mieux profiter des avantages qu’il gérait au mieux de ses propres intérêts, c’est aussi la raison hypothétique (on se doit d’exprimer cela avec les réserves d’usage, n’est ce pas ?) de sa présence au gouvernement. En d’autres termes, ce sont les mêmes raisons pour lesquelles elle pourrait avoir été installée là, et celles pour lesquelles elle pouvait avoir des amitiés tunisiennes intéressantes (donc intéressées). Vertu en deçà de la méditerranée, vice au-delà.

Mais sans doute touche t-on là à la schizophrénie française : pour qu’on ne supporte plus les régimes tunisiens et égyptiens, il fallait que ces peuples eux-mêmes nous les désignent pour ce qu’ils étaient ; sinon, nous n’y aurions jamais vu des dictatures, sans doute par un réflexe postcolonial même pas conscient. Mais comme personne ne nomme par son nom le type de pouvoir qui s’exerce sur nous, et comme tous ceux qui appellent les choses par leur nom sont désignés comme populistes, il est peu probable qu’on prenne bientôt ce pouvoir pour ce qu’il est. Pourtant, comme dans ces régimes renversés, nous avons-nous aussi les mêmes représentants politiques qu’il y a 30 ans, et ce n’est pas l’opposition par avance mise en scène entre Sarkozy et Strauss-Kahn qui va y changer quoi que ce soit. Pourtant, comme dans ces régimes renversés, les amis du pouvoir parviennent à capter une majeure partie de la richesse produite par le travail du plus grand nombre, et ce dans une perpétuelle légalité, puisque les lois sont écrites par ceux qui partagent avec eux le bénéfice commun. On comprend d’ailleurs mieux, ici, pourquoi nos gouvernants cachent leur joie face à la démocratisation arabe : c’est aussi d’économie qu’il s’agit, et si chez nous on accepte l’idée d’un partage apparent du pouvoir « politique », on se refuse à toute idée d’un partage du pouvoir économique. Ou bien on se trompe, ou bien c’est avant tout contre cette main basse du pouvoir sur les richesses qui a suscité les premiers soulèvements sur l’autre face de la méditerranée. On devine déjà que soudainement, face à un peuple qui pourrait, ici aussi, se dire qu’après tout, tout le monde n’est pas perdant dans cette crise qui semble devenir l’alpha et l’oméga de la politique française (et mondiale), et commencer à son tour à demander le départ de ceux qui semblent, perpétuellement, savoir tirer les marrons du feu au bon moment, et allumer le feu quand l’occasion se présente.

Vacances, jets privés, mépris pour le peuple tunisien, incapacité à s’indigner (j’y reviendrai, parce que cette question de l’indignation semble de moins en moins anodine), complaisance (à défaut d’une complicité avérée, bien que, tout de même, avoir proposé le savoir faire français pour mater le peuple tunisien, on ne voit pas comment appeler ça autrement), petites affaires entre amis, par parents interposés, comme un bouclier (presque fiscal, finalement), mensonges, comédie de la femme morale outrée d’être soupçonnée de penser davantage à se servir qu’à servir. On a l’impression, en regardant l’épisode MAMaire du moment qu’on assiste à une sorte de faux pas, que jusque là cette femme n’avait jamais trempé dans les soupçons qui accompagnèrent la carrière d’autres hommes politiques, à la réputation bien plus sulfureuse. Pourtant, le week-end dernier, on entendait dans le cadre de ce que France inter appelle son « journal 3D » une émission entière consacrée à l’affaire déjà ancienne (30 ans, la durée de vie moyenne des dictatures contre lesquelles se battent un certain nombre de peuples aujourd’hui) Robert Boulin. On redécouvrait, un peu effaré, combien le pouvoir du moment (dont le pouvoir actuel n’est rien d’autre que l’héritier, et l’usufruitier) avait manifestement un certain nombre de choses à cacher, à quel point la découverte de la vérité aurait en ce temps là mis à terre la république telle qu’elle se constituait. Mais cette émission montrait aussi, sans avoir le droit de le démontrer, à quel point la vérité sur cette affaire ébranlerait encore aujourd’hui notre république présente (qui est la même, en fait), éclaboussant au passage des hommes et femmes politiques qui ont encore beaucoup à perdre à ce que la lumière soit faite sur cette mort pour le moins mystérieuse.

La fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin-Burgeat, auteur d’un récent livre joliment intitulé le Dormeur du val, y faisait le point sur ce trou noir des affaires politico-judiciaires française, et les journalistes Stéphane Paoli et Benoit Collombat exprimaient leur étonnement de pouvoir diffuser une telle émission sur une radio de service public sans que, dans un pays démocratique, cela n’ait finalement absolument aucune conséquence sur la suite des affaires en cours, sans que cela ne provoque quelque réaction que ce soit chez qui que ce soit. Qu’on songe à ce que nous pourrions penser d’une situation similaire dans une des ces dictatures auxquelles on se plait à se comparer).
En 2010, la famille de Robert Boulin demandait une réouverture de l’enquête, à partir de raisons assez proches de celles qui autorisèrent la famille Villemin à voir l’instruction s’ouvrir de nouveau sur la mort du petit Grégory. De nouveaux témoignages s’exprimaient, de nouvelles méthodes d’investigation étaient possibles. Néanmoins, le 31 Mai 2010, Mme Alliot-Marie, alors garde des sceaux, se refusa à toute relance de l’enquête, et affirma que de son propre point de vue, le dossier était clos, court-circuitant la décision de la justice elle-même, scandalisant les avocats de la famille Boulin, qui se demandaient s’il était encore utile de poursuivre les relations avec un procureur général qui n’avait manifestement plus le dossier en charge.

Une fois encore, on peut se demander ce qui avait pu pousser Alliot-Marie, ce jour là, en déplacement à Libourne (la ville même de Robert Boulin, voila ce qui s’appelle savoir marquer son territoire), à clore ainsi autoritairement une affaire judiciaire aussi sensible, et à faire barrière à la mise à jour de la vérité. Rappelons que quelques jours plus tard, l’enquête devenait plus compliquée encore puisqu’on déplorait la disparition des scellés, retrouvés un mois plus tard (on ne sait pas ce qu’entre temps on aura pu leur faire subir). Une fois encore, si le peuple français se pose des questions à ce sujet, ses gouvernants en général, et cette gouvernante en particulier, le lui interdisent. Et on voit mal quel autre intérêt qu’un ensemble d’intérêts privés pourrait commander une telle décision. On rappellera seulement que parmi les noms évoqués autour de l’enquête, figure celui du SAC (les fidèles des rendez-vous avec X, sur France inter sont familiers de ce nom), qui fut en son temps dirigé par Pasqua, comme quoi les grands esprits se rencontrent régulièrement.

Voir Alliot-Marie graviter dans ce genre de système politique et associée à ces noms peu recommandables peut provoquer deux effets a priori contradictoires. On peut y voir quelque chose de déplacé, considérer qu’elle n’est pas là à sa place, que ce n’est pas là son monde, que la prude Mme Alliot-Marie ne peut avoir quoi que ce soit à voir avec les complots, les arrangements personnels, le mépris et l’utilisation du peuple à son propre usage ; mais alors on sera obligé de considérer les révélations actuelles comme une sorte de faille spatio-temporelle incohérente avec notre monde, dans lequel cette femme est sage. Ou bien on doit considérer que cet épisode est au contraire le révélateur de quelque chose qui était jusqu’à maintenant latent, planqué sous le fond de teint soi-disant républicain des valeurs gaullistes dont aiment se réclamer ces gens là.

Maintenant, on comprend mieux que toute critique des manières de faire de ce gouvernement soit immédiatement taxée de populisme (terme qu’on ne semble pas être autorisé à utiliser pour désigner les larmes gouvernementales sur le dos des jeunes filles assassinées par ceux que la justice n’a absolument pas les moyens de contrôler). On remarque juste que, comme on l’évoquait plus haut, un couple de ministre puisse tracter, à la force de ses petits mollets, de telles casseroles derrière soi sans être immédiatement débarqué. On remarque que ni la classe politique, ni les journalistes ni même les citoyens ne daignent demander de véritables compte à ces gens là, se contentant de constater que « pas un sous des comptes publics n’ont servi à financer les congés de Madame Mam, ce dont on se contrefout, puisque là n’est absolument pas le problème (payer les déplacements de nos gouvernants, on est habitué, avec un Sarkozy qui se paie des week-ends à New-York en s’acquittant du prix de l’équivalent de billets en classe affaire pour se déplacer à bord d’un jet qui coûte, pour chaque heure de vol, plus de trois fois ce que notre président paie en totalité). Le problème, c’est que cette ministre n’est plus la voix des français, pour peu qu’elle l’ait jamais été. Elle n’est la voix que de son petit clan, qui décide pour nous de ce que la France dit, qui nous fait passer pour des connards auprès du peuple tunisien, qui désormais est encore plus fondé qu’il ne l’était auparavant à nous en vouloir. Si aujourd’hui le peuple français veut féliciter son cousin tunisien, il ne peut le faire par l’intermédiaire de ses dirigeants, qui ne sont désormais plus sa voix.

Mme Alliot-Marie n’est même plus efficace pour mener les petites affaires internes de l’UMP au pouvoir, lorsque à peine nommé, le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon (ce type qui donne un tout nouveau sens à l’expression « corps diplomatique » tant il semble n’être que le résultat d’un casting assez précis sur les critères physionomiques, sans doute exécuté par quelques individus à l’homophilie bien développée), fraichement débarqué de son poste en Irak (les tunisiens semblent d’ailleurs apprécier au plus haut point de se voir considérer par la France comme un pays en guerre), doit se coltiner des journalistes qui lui posent des questions sur les déclarations toutes emberlificotées de Mam sur son séjour tunisien, et qu’il s’emporte juste assez pour… les insulter… ou lorsque l’ambassadeur du Mexique en France refuse toute crédibilité au discours de cette ministre sous prétexte qu’elle ment à son propre peuple au sujet de ses congés en Tunisie.

Encore une fois, certains hommes politiques se comportent vis-à-vis du peuple comme la Corée du Nord ou l’Iran se comportent vis-à-vis de la communauté internationale : leur nuisance potentielle leur donne des droits et des pouvoirs qu’on refuserait à d’autres. Si cette ministre est encore en poste, c’est que les dégâts qu’elle provoque sur le pays sont moins importants que ceux qu’elle pourrait faire subir au camp politique qui l’emploie.

On mesure à ce genre de situation dans quelle considération on nous tient.

En illustration : Mam et son père, en 1978

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Le spectacle, par intermittence.

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS Laisser un commentaire »19 janvier 2011

Enième gros sketch d’Aphatie, hier soir, sur le thème « protégeons les journalistes, puisqu’ils sont irréprochables.

La raison de sa colère (oui, on pouvait parler de colère : si son débit s’était encore un peu accéléré il est probable que le standards de Canal+ aurait été submergé d’appels de téléspectateurs pentecotistes convaincus d’avoir vu le chroniqueur basque soudainement habité par le don des langues, celui qui fait parler directement l’Esprit Saint par sa propre bouche (ne souriez pas : sachez plutôt qu’il y a de par le monde des milliers de fidèles du Renouveau charismatique qui croient fermement en cette possibilité), c’était qu’on ait imaginé, ces derniers jours, que les médias français auraient pu manquer à leur devoir d’information à propos de la Tunisie ces dernières années. On a senti que son sang n’avait fait qu’un tour quand le même ami imaginaire que celui qui s’adresse régulièrement à Sarkozy (celui qu’il évoque souvent dans ses discours, qui lui sert d’interlocuteur public inexistant, lui permettant de faire questions et réponses appropriées) lui a glissé à l’oreille qu’on accusait les journalistes français d’avoir été jusque là complaisants avec Ben Ali.

Morbleu. On attaque la confrérie ! Ni une ni deux, Jean-Mich’ pose l’intégrale des éditions des grands journaux de ces 20 dernières années sur le bureau, et découpe patiemment de ses grands ciseaux les articles qui mettent en évidence sa thèse : en fait, la presse dit la vérité depuis des années, mais tout le monde fait comme si de rien n’était, refusant de croire l’oracle, et se comporte ainsi à l’opposé même de ce que les reporters conseillent. Suit alors une avalanche d’exemples tirés d’articles montrant que c’est le lectorat qui est vraiment trop trop con, ne tirant pas tous les enseignements des enquêtes journalistiques qui avaient pourtant tout vu venir de loin. Mais voila, manifestement, aux de Jean-Michel Aphatie, nous n’écoutons pas suffisamment Jean-Michel Aphatie.

La faute pèse évidemment sur les politiques qui, eux, auraient fait preuve de complaisance avec le régime tunisien. Et bien entendu, le soir où Aphatie se jette ainsi à la gorge des politiques, il a sur le plateau le seul qui fasse exception : Hollande. Du moins celui-ci prétendit il avoir toujours dénoncé la manière dont Ben Ali spoliait son propre peuple de ses droits essentiels, et Aphatie ne lui fit sur ce terrain aucune objection. En réalité, n’importe quel homme politique, y compris Alliot-Marie, aurait pu être sur le plateau à ce moment là, et plaider la même virginité, il aurait reçu la même onction du même donneur de leçons.

C’est que les emportements d’Aphatie ont toujours lieu à contre-temps, et visent systématiquement à asseoir dans l’esprit de l’auditoire l’idée que son journalisme et le monde politique sont indépendants l’un de l’autre. Vitupérer ainsi contre la classe politique dans son ensemble, c’est se donner à bon compte des allures de journaliste indépendant.

Le problème, c’est qu’on aimerait voir cette fameuse indépendance en action, lorsque des hommes politiques en responsabilité sont sur le plateau du grand journal. Or, précisément, à chaque visite de ce genre, on est confondu par la complaisance avec laquelle on sait, dans cette émission, recevoir. Ainsi, on se permettra d’être beaucoup plus incisif avec un Mélenchon, à qui on s’adressera sur un ton condescendant et sermonneur, prenant l’invité avec des pincettes, mettant les citoyens en garde (pensez donc, un gauchiste, ma brav’dam »), le soupçonnant de populisme (être proche du peuple est un crime, sur la chaine branchouille premium). Ainsi, a contrario, on accueillera Balkany sans vraiment lui poser de questions, en blaguant avec lui sur ses prétendues aventures avec Bardot, devisant joyeusement d’un air bonhomme comme si de rien n’était.

Et on sait bien pourquoi : pour aller plus loin dans la question, il faudrait avoir des éléments à avancer, un dossier tenu à jour, des éclairages sur la manière dont la politique est pratiquée dans le 92; mais voila, on reçoit Balkany comme un élément de spectacle qui permet de rassembler une bonne grosse quantité de téléspectateurs devant leur écran avant de passer en seconde partie d’émission en mode télé-achat pour gaver les ouailles venues à la messe quotidienne. Les Balkany sont du pain béni pour Canal +, qui se comporte vis à vis de ce genre de « clients » comme un souteneur soigne ses gagneuses. Idem ce soir, en ce moment même, où on joue à parler politique avec Rachida Dati, comme si c’était là son véritable rayon. Et Aphatie, dans sa grande sagesse, et après les leçons qu’il a données hier, se plie gentiment à l’exercice, devisant avec l’intrigante comme si elle avait une quelconque légitimité (alors qu’elle même rappelle qu’elle n’a aucune responsabilité gouvernementale (mais que fait elle là ?)) à répondre à des questions qui engagent le peuple français vis à vis des tunisiens.

Finalement, Aphatie aimerait sans doute avoir plein de questions pertinentes à poser au clan Sarkozy, mais il faudrait pour cela qu’il soit, par exemple, italien. Evidemment, il lui faudrait alors recevoir de temps en temps Berlusconi, et accepter de rire publiquement à ses blagues vaseuses, sans se sentir autorisé à remettre en question une autorité mal acquise, ni à mettre en difficulté son hôte. Il travaille sur la télévision française, alors il se permet tout ce qu’il ne permettrait pas s’il était italien, et il s’interdit tout ce qu’il ne s’interdirait pas dans une autre vie. Pas grave, il a les vies des autres à condamner, c’est plus confortable.

Alors, évidemment, les emportements scandalisés d’Aphatie faisaient déjà sourire hier soir, parce qu’on sait bien quels talents de contortioniste l’animent quand il faut révérencer et génuflexer devant tout ce qui est proche du pouvoir. Il n’attaque que ceux dont il se dit qu’ils ne constitueront jamais un danger pour ses propres avantages, les enfonçant quand même un peu, au cas où. Ils les rangera soigneusement dans ce qu’il considère comme un tableau de chasse, comme les chasseurs du dimanche lâchent des gallinettes cendrées sur la pelouse pour se faire un carton à la 22 long rifle, en posant fièrement les bras croisés devant la CX, avec la mine de ceux qui ont accompli leur devoir.

Montreur d’ours au milieu du barnum pseudo-politique, Aphatie joue le jeu selon les règles que sa caste a instituées pour gagner à tous les coups. Les invités sont dans le coup, ils sont là en terrain conquis; ils se plient au jeu car ils savent que, s’ils ont la carte, il suffira de jeter un coup d’oeil appuyé en direction de Denisot pour que la publicité vienne opportunément les sauver d’une mauvaise passe.

Justement, au moment où on demandait à Dati si Alliot-Marie doit démissionner ou pas, la publicité vient empêcher la réponse. C’est que sur Canal on est tout prêt à dénoncer tous les tyrans que compte la planète, dès lors qu’ils sont suffisamment éloignés pour ne pas pouvoir nuire. Mais il est en revanche hors de question de mettre en difficulté une ministre qui fait de la maltraitance envers les peuples une spécialité française exportable, et qui voit en tout citoyen revendiquant ses droits politiques un dangereux phénomène qu’il faut calmer par la force. C’est qu’on a bien compris, sur ces chaines commerciales, que la valeur première, c’est l’argent. Et en définitive, c’est bel et bien le terrain sur lequel ces gens là pourraient s’entendre à merveille avec les Trabelsi du monde entier.

A l’instant, une mère de famille qui a braqué sa buraliste pour nourrir ses enfants témoigne sur le plateau de Denisot. Rachida Dati fait vraiment tout pour avoir le dernier mot, mais cette maman braque aussi la parole à Mme Dati, et lui souffle le dernier mot, qui consiste simplement à rappeler des promesses de campagne de Sarkozy, évidemment non tenues. C’est sur ce mot que se clôt cette séquence, non sans que Rachida Dati ait exprimé d’un regard expressif à Denisot que, décidément, son émission est fort mal tenue.

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404 is a joke

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »17 janvier 2011

En Mars 2003, les plus inattentifs d’entre nous aux nouvelles formes d’expression sur le net découvraient ce qu’est aujourd’hui le blog en lisant les compte rendus, témoignages et analyses de Salam Pax, sur son blog, depuis devenu exemple et fondation, http://dear_raed.blogspot.com/. Le 21 précisément, il écrivait ce qui demeure sans doute comme l’un des posts ayant suscité le plus pesant des suspens dans l’histoire des blogs : « 2 more hours untill the B52′s get to Iraq », laissant ensuite, quatre jours durant, des lecteurs du monde entier dans une étrange situation, inquiets pour un inconnu comme ils auraient pu l’être pour un proche.

Janvier 2011, internet a entre temps fourni à ceux qui veulent, ou se sentent devoir publier sans passer par quelque autorité que ce soit, de nouveaux outils, encore plus directs, encore plus rapides, pour envoyer dans la noosphère des messages ayant le net avantage sur les bouteilles jetées à la mer, d’avoir la quasi garantie d’avoir un jour ou l’autre des récepteurs. Et si Twitter demeure sans doute encore un des meilleurs moyens de satisfaire ce que l’ego d’une majorité exige en matière de rayonnement, ceux qui avaient des messages urgents à envoyer au monde, non pas à propos de leur petite personne, mais à propos du monde lui même, ont su détourner l’outil pour en faire un des moyens de transmission les plus efficaces que l’humanité ait connu.

Ceux qui ont connu l’antiquité des moyens de communications humains ont peut être eu la chance de passer des jours, et des nuits, devant des postes de réception d’ondes courtes, à traquer des voix émises depuis l’autre bout de la planète, selon la temporalité carrément uchronique des heures GMT. Quelqu’un parlait, depuis un ailleurs indéterminé, vers un autre ailleurs tout aussi aléatoire; intentionnalité floue, discours universel transmis à qui veut bien l’entendre. Emergeant des parasites et larsens, tordues par les efforts de syntonisation, des présences humaines me parlaient sans s’adresser à moi, selon des codes qu’il faudrait apprendre à déchiffrer.

Twitter est l’équivalent de cela. Avec un squelch bien réglé, et en focalisant l’antenne sur les bonnes fréquences, on peut laisser tourner Tweetdeck comme un scanner à informations pour saisir les bouteilles lancées à la mer quasiment au moment même où la main qui les envoie les lance vers l’horizon. Instants de vie attrapés au vol, qui peuvent aller des atermoiements d’une fashionista devant les étals soldés à la géolocalisation d’un opposant tunisien « rassurant » ses followers : non, il n’est pas encore mort, il est juste au commissariat du coin.

Ainsi, ces derniers jours, un des feuilletons les plus suivis sur twitter fut la brusque disparition de Slim Amamou, équivalent tunisien et actuel du Salam Pax de Bagdad, dont les messages cessèrent brusquement d’être émis pour laisser place à un silence inquiétant. Blogueur influant, et activiste ayant su très tôt utiliser les astuces permises par la communication numérique, il avait déjà révélé la manière dont le gouvernement tunisien avait réussi à pirater les comptes mail, twitter ou facebook de milliers d’internautes, afin d’empêcher la mise en place d’actions et de décrédibiliser les informations diffusées sur les réseaux sociaux, lorsque ceux ci n’étaient pas purement et simplement censurés par le proxy gouvernemental.

Suivre le compte twitters de Slim Amamou n’est pas de tout repos, mais c’est une prise directe sur les évènements, du point de vue de quelqu’un qui maîtrise les moyens de se tenir au courant, et les techniques permettant de retransmettre l’information. Les derniers jours de son journal de bord sont épiques, entre arrestation, nouvelle coupe de cheveux, contournements de la censure, décensure quasiment site par site, information et désinformation, dénonciation des messages passés sous piratage de son compte, moments de panique provisoire provoqués par l’ouverture d’une session oubliée sur un autre ordinateur, on capte quelque chose comme un James Bond tourné à la manière de Cloverfield, mais dont l’aspect « documentaire sur le vif » n’est pour une fois pas réductible à un simple effet de mode.

Pour ceux qui veulent sauter dans ce train en marche, les messages de Slim Amamou peuvent être suivis sur son compte : http://twitter.com/slim404. Pour ceux qui ont quand même un peu de mal avec la syntaxe Twitter (mais ce ne sont que quelques codes à apprendre, exactement comme on le faisait du temps du radioamateurisme, quand on participait au JOTI, l’équivalent ondulatoire des Jamborees géorestreints), et pour ceux qui apprécient que la pensée puisse se développer au-delà des fameux 140 caractères, on peut suivre les développements plus longs, mais plus épisodiques de Slim Amamou sur http://nomemoryspace.wordpress.com/.

Enfin, pour suivre l’information dans les jours qui viennent, et au delà, tout en diversifiant un peu ses sources, on peut se rendre sur ce blog collectif : http://nawaat.org. Répertoriant les informations issues de sources extrêmement variées, servant d’interface entre l’infowar et le véritable journalisme, on y trouve une synthèse permettant d’aller nettement plus loin que ce que les médias français proposent.

Mais on l’aura compris grâce à l’épisode de l’intervention d’Alliot Marie à l’assemblée nationale, l’attitude de la France du gouvernement français est tout simplement complice des agissements de son ex-homologue tunisien : maintenir un pouvoir en place grâce à une force dont on aura compris qu’on loue internationalement sa compétence, seconder par la police un gouvernement dont on ne sait pas trop quelle culture permet à un ministre de la culture d’affirmer qu’il n’est pas une dictature, simplement parce que ce pouvoir offre quelques avantages (et on sait combien de nos hommes politiques possèdent, dans ces terres, des résidences secondaires, dont on imagine assez bien quelles concessions elles ont réclamé, c’est sans doute parce que BHL a installé au Maroc sa propre retraite qu’il peut se permettre, lui, de préférer révolutionner contre Ben Ali, et laisser Mohammed VI en paix) qu’il s’agit de protéger. Exporter le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre, voila enfin un secteur qui pourrait constituer une spécialité maison qu’on aimerait effectivement vendre un peu partout dans le monde. Après tout, ne serait ce qu’en matière de censure du net, les hadopi, loppsi, et loppsi2 déjà dans les tuyaux visent bien à faire taire certaines voix, en les identifiant. Après tout, des amis du pouvoir ont déjà montré comment utiliser le net tout en monopolisant les canaux d’information de manière à, précisément, désinformer. Le département du 92 est plein d’affaires liées aux multiples tentatives du pouvoir en place pour mener ses petites affaires en plaçant opportunément les proches des dirigeants (le propre fils du président, rien de moins), aux postes permettant de diriger « efficacement » une communauté urbaine parmi les plus riches d’Europe. Après tout, Christophe Grébert, le rédacteur du fascinant blog Monputeaux.com ne serait pas tellement plus inquiété dans la Tunisie ancienne version qu’il ne l’est aujourd’hui dans les Hauts de Seine. Que Michèle Alliot-Marie donne l’impression de savoir mieux se tenir qu’une Joelle Ceccaldi-Raynaud ou qu’une Isabelle Balkany ne change pas grand chose à sa dangerosité : elle fait partie de ce clan politique qui voit dans le peuple un ennemi, une masse qu’il faut maintenir sous la botte des soldats pour pouvoir gouverner en paix. On serait assez tenté de la parachuter quelque part au dessus de Sidi Bouzid, histoire de voir comment ce peuple qu’elle souhaitait rappeler à l’ordre l’accueillerait. Et on n’espère même pas qu’elle sache mesurer à quel point elle a de la chance de gouverner une nation qui ne lynche pas ses dirigeants, à moitié par soumission, et à moitié par instruction. Qu’elle n’aille quand même pas jusqu’à imaginer que ce même peuple ne devine pas que le message hostile adressé aux citoyens de Tunisie a en réalité les français pour destinataires, qui doivent bien comprendre qu’il est hors de question de s’opposer au pouvoir en place, et qui savent désormais qu’aucune limite n’est donnée au recours à la force pour lui imposer une volonté politique dont il est maintenant clair qu’elle n’est plus la sienne.

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Cultiver dans les interstices

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA, TRANSMISSION Laisser un commentaire »24 novembre 2010

C’est toujours agréable pour la haute opinion qu’on a de soi, comme ça, d’avoir l’impression d’être la vedette du jour. Il y a de cela quelques matins, chez moi, quelque part entre le bureau et la salle de bain, on me dit soudainement que Luc Chatel parle de moi. Enfin, « de moi », pas tout à fait; il parle en fait de l’enseignement de la philosophie. Mais je me sens facilement visé. Non seulement on parle de moi, mais aussi, on me valorise : la philosophie serait au centre de tout, pourrait être associée à n’importe quelle autre discipline, constituerait ce savoir, cette discipline dont on se demande soudain comment on a pu être cruel au point d’en priver les élèves de seconde.

On se demande, en effet.

A vrai dire, on se demande surtout pourquoi Luc Chatel n’y a pas pensé plus tôt. La philosophie n’a que peu à voir avec les révélations. A part un marcheur qui entendait les rochers lui parler, un provocateur public dont une pythie a affirmé qu’il était le plus sage des hommes et un illuminé qui cousait des prières sur la doublure de ses vestes, de manière générale, on conseille peu, en philosophie, de se laisser aller à la première idée qui nous passe en tête. Et sans être paranoïaque, on se demande aussi pourquoi soudain notre ministre semble nous trouver quelque valeur, alors qu’il est bien entendu que son rôle soit de démanteler ce dont il a la responsabilité afin de changer les usagers du service public en clients de structures privées, comme pour tout ce secteur dont les amis du pouvoir réclament de pouvoir en faire une source de bénéfices.

Alors, la valorisation subite, on est fondé à s’en méfier un peu, surtout quand on devine que les sondages d’opinion ont du montrer que Sarkozy balançant la Princesse de Clèves dans les poubelles déjà bien pleines de tout ce qu’on peut considérer comme non rentable, cela avait eu un effet déplorable sur l’image du Président (que voulez vous, on s’est habitué à des chefs d’Etat qui lisent Montaigne, on n’arrive pas à se faire à l’idée que notre président puisse apprécier Didier Barbelivien), image qu’il s’agit de faire briller d’ici 2012.

Bref, pour ceux que le dispositif intéresse, j’en ai touché deux mots dans l’outremonde, qu’on retrouvera en suivant ce lien. Je rajouterai qu’évidemment, on n’imagine pas de projet sans moyens mis en œuvre pour le mener à bien. Ici, proposer des cours à beaucoup plus d’élèves, ça suppose a priori de recruter des professeurs pour les prendre en charge. Malheureusement, aucune trace dans le nombre de postes mis au concours d’une telle volonté de recrutement. Dès lors, ça ne coûte pas grand-chose de proposer de diffuser plus largement la culture si cela ne correspond qu’à un discours dont il faut admettre que ceux qui y sont sensibles n’iront pas vérifier s’il sera mis en œuvre.

Et même si le projet est mis en œuvre, cela ne signifie pas que le travail supplémentaire réclamé sera payé. Après tout, les ciné-clubs dont le gouvernement quasiment au complet a fait la promotion fin septembre, insistant sur les moyens mis en œuvre pour financer la mise à disposition de la culture cinématographique aux élèves. Fort bien, le dispositif ciné-lycée existe bel et bien, mais il doit être pris en charge par des enseignants qui le feront bénévolement. Et au passage, on leur confiera une nouvelle tâche, qui fera d’eux les référents culturels de leur lycée, en charge des sorties et initiatives extra scolaires, gratuitement, comme si ce n’était pas du travail.

Evidemment, on pourrait discuter du principe de ce genre de bénévolat dans le cadre de ce qu’on pourrait appeler la « vie scolaire », et ce d’autant plus que le projet ciné-lycée propose aux élèves de prendre peu à peu en charge eux-mêmes la sélection des films projetés, l’organisation des séances, la présentation des films, bref, de devenir acteurs de leur propre culture. Très bien. Mais que le mot « bénévolat » soit clairement prononcé par ceux qui décident que des professeurs auront, sur leur lieu de travail, un investissement de type associatif. Tant que ce genre de détail n’est pas clarifié, on fait croire qu’il y a de l’investissement d’Etat là où en réalité ce sont les fonctionnaires qu’on ne cesse de dénigrer qui s’investissent eux-mêmes.

Une fois encore, la logique n’est pas, dans le fond, que les citoyens eux-mêmes voient leurs conditions de vie s’améliorer. Il ne s’agit pas de dire que sous prétexte que ces déclarations sont faites, tout ira plus mal, il s’agit plutôt de considérer que là n’est pas leur but premier, ce ne sera qu’un effet collatéral. Le premier bénéficiaire, c’est celui qui fait mine de considérer la culture comme une valeur à part entière, une valeur au dessus des valeurs marchandes.

Mais si c’était le cas, on attendrait bien d’autres initiatives, au premier rang desquelles une vraie politique favorisant la création artistique tous azimuts, en particulier en permettant à ceux qui créent de voir leurs œuvres diffusées librement sans passer par des intermédiaires qui ne voient dans leur activité qu’une source de revenus. Ainsi, des processus type « licence globale » devraient être étudiés en méprisant les intérêts particuliers des stars proches du pouvoir. Les établissements scolaires devraient être des sanctuaires économiques au sein desquels la culture serait absolument gratuite. On devrait pouvoir écouter de la musique, y voir des films, y lire de la littérature et des ouvrages de sciences humaines sans qu’une quelconque notion de budget puisse interdire d’accéder à tel ou tel ouvrage. Tout ceci, la numérisation le permet amplement. Ne pas le mettre en place, c’est considérer que l’intérêt particulier de quelques rentiers de la société du spectacle vaut plus que le principe même de la transmission de la culture. En gros, parce que Florent Pagny veut à tout prix gagner son petit pourcentage sur chaque louche de soupe mise sur le marché, on va interdire à tous les lycéens d’accéder gratuitement (dans un cadre réglementé, nous sommes d’accord là-dessus) au dernier Eric Truffaz. Or, Pagny lui-même le sait bien, si ses ventes sont sans commune mesure avec celles de Truffaz, c’est juste parce qu’il squatte les ondes et les espaces de diffusion de telle sorte que sa musique soit la seule connue de la plupart des consommateurs potentiels (peu importe qu’il partage le gâteau avec ses proches, Obispo ou Grégoire, c’est toujours la même musique, selon les mêmes codes, arrangée de la même manière, pour le même marché qu’on maintient le moins ouvert possible à d’autres sons), ce qui implique, le plus possible, de faire barrage médiatique contre tous ceux qui ont quelque chose d’un peu plus subtil à proposer.

Malgré les effets d’annonce, il n’y a donc pas de véritable politique culturelle dans ce pays. Tout juste peut on se faufiler encore dans les interstices de la structure qui protège ceux qui ont déjà bien plus que le nécessaire tout en ne fournissant même pas le minimum syndical en matière de création. Tout juste peut on profiter des concessions que doit bien faire cette structure pour ne pas avoir l’air totalement égoïste. Cela n’enlève rien au fait qu’elle ne fonctionne que pour elle-même, et que le monde de l’éducation doit se contenter de ce qu’on veut bien lui laisser. Impossible par exemple, en dehors du dispositif Lycéens au cinéma, de proposer aux élèves de voir des films récents.

On ne sait pas trop, dès lors, comment ne pas voir quelque chose comme un espoir lorsqu’on voit des élèves s’échanger des dvd dont on voit bien qu’ils les ont gravés eux même, ou quand on constate qu’ils sont obligés de trier dans les dizaines de gigaoctets de leurs lecteurs mp3 déjà remplis, alors qu’il est clair qu’ils n’ont pas les moyens économiques de payer ces masses de données. Plus ils échangent, plus ils multiplient les chances de croiser des formes nouvelles, et plus ils s’instruisent. On regrette juste que cette culture soit en permanence la chasse gardée du marché, parce qu’il ne vise que la standardisation des goûts. L’école devrait pouvoir accompagner ces échanges, les orienter, les éclairer parfois tout en les laissant libres de cheminer parfois par des sentiers de traverse. Pour le moment, la seule ouverture à ce genre de stratégie, c’est Ciné-Lycée, que votre serviteur commence à expérimenter, et dont il donnera des nouvelles dès qu’il sera en mesure d’en tirer quelque enseignement.

Mais de toute évidence, c’est toujours dans la marge des projets gouvernementaux qu’une éducation véritable peut trouver des espaces pour se réaliser avec un peu d’ambition. Même si ce sont de véritables opportunités, le fait qu’il faille les saisir comme autant de zones d’autonomie dont on sent la fragilité et le caractère temporaire ne fait que mettre en évidence à quel point ce qui se situe en deçà de cette marge se trouve loin d’une véritable volonté de transmission de culture et de valeurs.

En illustration le Philosophe faisant lecture du système planétaire, de Joseph Wright (1776)

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Sarkface

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", Argentic/Numeric, CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA, PROTEIFORM 6 commentaires »9 novembre 2010

Avant hier, c’était Villepin qui lançait dans la sphère médiatique (sphère qui semble avoir en gros les qualités mécaniques des bulles de savon que font les enfants : minuscules, elles croient refléter le monde entier sur leur surface lisse et brillante; en mouvement permanent, elles ne savent pas où elles vont et parce qu’elles sont soumises aux lois de la physique, le liquide qui les compose coule inexorablement vers le bas, dégouline littéralement pour les amener progressivement à s’effondrer sur elles mêmes; médiatiques, les bulles explosent comme les autres, financières, informatiques ou un jour, souhaitons le (oui, c’est fini, on ne souhaite plus le bien des gens, du moins pas de ceux là), immobilière) sa petite salve qui allait faire grand bruit le lendemain tout en lui permettant de compter ses troupes : Sarkozy serait pour la France un problème qu’il faudrait régler en fermant cette parenthèse politique à ses yeux trop sombre pour pouvoir durer (c’est que Villepin préfère le capitalisme quand il se drape dans l’orgueil et les éblouissements lyriques, et sur ce point il a raison : pour un peuple lettré, cette version là du capitalisme passe mieux. Mais on sait où on en est, côté culture par chez nous…

Mais si Villepin se lançait dans une telle attaque, de manière aussi frontale, c’est parce qu’il avait constaté que les paysans avaient devant ses augustes pas déjà foulé le terrain de leurs lourds sabots : Mélenchon (décidément de tous les bons coups ces temps ci), racontait déjà chez Drucker (pinçons nous) comment il avait conçu des autocollants « Casse toi pauv’con » qui ont grand succès tout en respectant la loi (une mention « C’est lui qui le dit » a été rajoutée histoire de se prémunir contre toute attaque pénale). Les manifestations qui ont parcouru la France depuis plus d’un mois ont été une sorte de concours à ceux qui avaient le plus d’imagination sur le terrain de l’impertinence envers ce président qui n’en est plus un aux yeux de la rue (une invention parmi mille autres, vue sur l’arrêt de bus devant Paris 1, une inscription qui disait cela : Sarkozy veut renvoyer les voleurs de poule « chez eux », lui qui a volé la poule de Jacques Martin » (au passage, à la lecture d’une telle littérature de rue, on se dit que finalement, l’identité française n’a pas besoin d’être cherchée bien loin, et que son encéphalogramme n’est peut être pas encore tout à fait plat). Dans le même temps, en gros depuis Septembre, ce sont les hebdomadaires qui rivalisent de dramaturgie pour nous présenter Sarkozy comme un motif d’inquiétude à part entière, allant jusqu’à soupçonner qu’il soit fou, dangereux, ou voyou, montrant d’ailleurs par là même que les journaux ne sont pas inféodés au pouvoir mais au marché, ce qui pendant un temps constituait une seule et même chose, et ce qui n’est finalement pas mieux.

Bien entendu, les voix s’élèvent à droite pour ramener tout le monde à la raison : porter de telles accusations serait irrespectueux, mensonger, et créerait le véritable risque politique de brosser le poil du peuple dans un sens qui lui sied même quand il n’y a objectivement pas de danger. Ainsi, Sarkozy serait, quand on le présente comme névropathe ou malfaisant, victime d’une manipulation médiatique visant sa politique à travers sa personne.

Mais les défenseurs oublient, intentionnellement, quelques détails.

D’abord, s’attaquer à la personne du président ou à sa politique, c’est une seule et même chose, et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il a toujours mis en avant que ce qui importait en politique, c’était l’action menée de manière personnelle, ce qu’il nommait « volonté »; à tel point que peu à peu sa politique est devenue purement performative, n’ayant comme force que celle de sa propre voix et des mises en scènes au milieu desquelles celle ci s’exprimait (roulements d’épaules, démarche chaloupée, t-shirt « NY police dpt », Ray Ban pilot, femme trophée, etc.). La seconde, c’est que tout compte fait, il n’a pas de programme politique (ce qui n’est pas une surprise : l’ultra libéralisme n’est pas un programme, mais une mécanique, ce qui est un poil différent), et dès lors il peut faire à peu près tout et n’importe quoi, comme toucher à des retraites auxquelles il avait promis de ne pas toucher. Dès lors, on ne peut plus s’attaquer à sa politique, puisque de politique il n’y a pas; reste l’homme, omniprésent tant que le vent de la renommée souffle dans le bon sens, toujours présent même si c’est sous forme ultra protégée quand les temps sont plus durs, envahissant même, quand on constate à quel point il occupe son monde et lui fait perdre son temps en le dépensant en pure perte et en accaparant l’attention, jour après jour, de « journalistes » et « commentateurs » qui sont trop contents d’avoir une marionnette des Guignols en chair et en os qui leur mâche le travail en leur refilant presque quotidiennement les reportages et analyses tout ficelés qu’ils n’auront plus ensuite qu’à diffuser tels quels en prenant des mines « lucides » pour mieux faire semblant d’éclairer le bon peuple.

Ensuite, l’image de voyou, elle ne vient pas de nulle part. A vrai dire, même si les députés de droite, tels qu’Alain Gest par exemple, trouvent que le mot est injurieux pour ce président, on doit convenir qu’il est au contraire plutôt gentillet. Le voyou n’est pas nécessairement dans l’illégalité. Le terme désigne quelqu’un de mal élevé (Sarkozy a fait la preuve d’un certain manque de retenue et de contrôle de soi), qui traine dans les rues (les images fondatrices du personnage sarkozyen sont issues de la rue : Sarko sortant de l’école où il a « négocié » la libération d’un enfant lors d’une prise d’otages à Neuilly, Sarko affirmant en pleine rue vouloir karcheriser les banlieues, Sarko insultant un visiteur du salon de l’agriculture, ou provoquant physiquement un docker, bien au chaud derrière ses gardes du corps, voila ce qui fonde le personnage médiatique), et dont les moyens d’existence sont peu recommandables (en somme, pour tous ceux qui pensent que la répartition des richesses proposée par le capitalisme est inégalitaire, le capitalisme est un système prôné et maintenu par des voyous, fussent ils dans la légalité, puisque ce sont eux qui font les lois).

Mieux, l’image du voyou, elle est non seulement justifiée, mais on peut même prétendre qu’elle est tout à fait maîtrisée. D’abord parce qu’elle permet de s’attirer la sympathie d’une frange non négligeable de la population, celle auprès de qui on peut pousser le curseur du populisme le plus loin, puisqu’elle aime qu’on la domine, et elle prend plaisir à voir la France menée par une espèce de petite frappe qui roule des mécaniques sans avoir les moyens physiques de ses prétentions. Il y a une part de la population, la plus faible, à tous points de vue, qui jouit des gesticulations et pantomimes présidentielles. Ceux qui sont eux mêmes frustrés de tout pouvoir, mais qui aiment bien afficher les signes extérieurs de puissance aiment voir au sommet de l’Etat un impuissant jouer les nains puissants, parce qu’ils voient là confirmer que leur pimp-roll de petite frappe imaginaire a un pouvoir concret sur les choses, et permet de « réussir ».

Un signe de l’efficacité d’une telle campagne médiatique un peu décalée par rapport à l’image, d’ailleurs habilement maîtrisée, du portrait présidentiel officiel, devant une bibliothèque dont les ouvrages seront à leur tour insultés par Sarkozy quelques mois plus tard quand il prétendra que lire la Princesse de Clèves relève de l’inutile : Redoine Faïd, braqueur lui même situé à mi chemin entre la réalité et la fiction, puisqu’il admet avoir conçu ses braquages en s’inspirant du film de Michael Mann, Heat (lui même très très inspiré du Bullitt de Peter Yates), Michael Mann étant à son tour cité sur la couverture du livre de Faïd Braqueur, des cités au grand banditisme, affirmant à son propos « Ce type est incroyable… » (ce que pourrait tout à fait dire une Morano à propos de Sarkozy), consacre un passage à notre chef d’Etat, affirmant ceci (je prends les propos tels qu’il les a énoncés au Grand Journal, questionné par Denisot, « Dans la société d’aujourd’hui, ils [les bandits] naviguent comme des poissons dans l’eau. Ils sont d’ailleurs sarkozystes. Pour eux, Sarkozy c’est un boss capable de dire ‘Casse toi pauvre con’. Il est blindé, il a une Rolex et sort avec un mannequin. Quand tu discutes avec eux, ils te disent ‘Ce mec, il en a, c’est un taulier’ (…) Ils disent ‘C’est un mac’ ». Personne sur le plateau, sur lequel trônait pourtant Jean-Louis Debré, qui buvait du petit lait, n’a trouvé la description scandaleuse (allez, pour la petite histoire, ce soir là, en seconde partie d’émission, Carole Bouquet et Julie Depardieu venaient présenter un film intitulé, ça ne s’invente pas, Libre échange. Quand on vous dit que dans cette émission, tout doit sembler finalement anodin…

Mais puisqu’il s’agit d’images, le mieux est de se fier, justement, aux images. Depuis la campagne présidentielle, un temps considérable semble être consacré à la construction d’une image dont on peut dire qu’elle est méticuleusement maîtrisée. Casting de petites personnes faisant paraître le président plus grand, public exclusivement composé de militants UMP suffisamment cons pour clamer haut et fort leur encartement au parti au premier journaliste du Petit Journal venu, sélection de vaillants ouvriers d’origine étrangère, femme taillée sur mesure, fringues constituant la panoplie parfaitement adaptée au rôle choisi, loisirs édifiants, tout est mis en scène de manière à construire un véritable personnage dont la vie nous est racontée en détails parce qu’on a compris que ces images avaient un impact sur l’esprit des plus faibles, qui sont aussi les plus nombreux.

Pourtant, des failles semblent apparaître dans la propagande des images : certaines images semblent échapper au contrôle. Dernier exemple en date, la couverture digne des portraits anthropométriques de la police, proposée en Octobre par le Nouvel Obs’. Il ne manque plus que les repères d’échelle derrière lui et la plaque d’identification pour être convaincu de tenir le portrait d’un descendant d’Al Capone. Evidemment, la photo est manipulée. Sur ce site (http://culturevisuelle.org/icones/1083), on découvre la genèse et les procédés de fabrication de l’image obtenue, barrée du doute au sujet du président : serait il dangereux ? Ben, évidemment, une fois passé en noir et blanc, et après avoir augmenté le contraste, Sarkozy devient un tout petit peu plus inquiétant qu’au naturel, et il est soudainement marqué par un je-ne-sais-quoi de truandesque qui ne lui ferait pas donner le bon dieu sans confession préalable. Sur culture visuelle, on pense que c’est le traitement effectué pour la couverture du Nouvel Obs’ qui produit cet effet, et on a en partie raison. Mais on sait que l’original de cette photographie a été pris par le photographe Jean-François Robert, et qu’il fait partie d’une série, publiée sous forme de livre, intitulée Face/Public, dans laquelle on retrouve le gratin de la politique française, portraitisé selon le même cadrage et le même effet grand angle, qui dramatise forcément un peu les visages.

La série peut être vue sur le site du photographe lui- même : http://www.jean-francoisrobert.com/page3.html et en faisant glisser le curseur pour faire défiler les portraits, on découvre que Sarkozy n’est pas le seul à sembler un tout petit peu illuminé par le dispositif. Ségolène Royal prend, comme d’habitude, toute la place dans le cadre, Frédéric Mitterrand, comme d’habitude, fait le malin, Kouchner, comme d’hab’, prend des airs concernés, genre « le monde devient fou et j’aime être observé pendant que j’observe cela », tout le monde a finalement l’air un peu étrange, et c’est bien cette familiarité déconcertante que vise Jean-François Robert dans cette série. Mais il faut admettre que le portrait de Sarkozy a quelque chose de plus particulier, car il semble, au contraire des autres, n’avoir nécessité aucun dispositif technique. En ce sens, c’est le plus réussi, parce que ce dispositif disparaît pour se fondre complètement dans le portrait. Il n’a pas l’air d’être psychopathe, mais on le dirait tout droit sorti d’une nuit enfiévrée passée dans quelque boite interlope à consommer des substances exotiques aux côtés de créatures propres à s’ouvrir pour créer dans l’univers des perspectives nouvelles. Essayez de vous prendre en photo vous même, vous verrez, cette manière de poser le regard un poil trop haut, c’est la manière la moins naturelle de se faire tirer le portrait (bien que ce soit, admettons le, le regard de ceux qui sont un peu petits et regardent vers le haut (c’est aussi le regard des hypnotisés, mais n’extrapolons pas trop)). C’est donc avec talent que Sarkozy apparaît ici mal rasé, mais pleinement engagé dans le rapport à l’objectif. De tous les portraits, il n’y a que le sien qui donne à ce point l’impression que sans faire le cirque de Mitterrand, il dévore sa propre image et celui qui la regarde avec. Or, pour poser de cette manière là, avec tout le respect qu’on doit au président, on a envie de dire qu’il ne faut pas être bien, qu’il doit falloir être un peu dérangé, au sens où il s’agit ici de se faire passer pour autre chose que ce qu’on est (mais ça, c’est valable pour en gros tous les personnages publics), mais aussi pour autre chose que ce qu’est censé être un homme politique. Là, on a l’impression d’être devant un fan de Sinatra qui ferait le malin devant l’objectif.

Vous pensez que j’exagère ? Alors jetez un coup d’oeil à ces portraits commandés par la présidence aux photographes Seb&Enzo. On en trouve un ce mois ci en couverture de Technikart, et il y en a un autre dans le même numéro, tous deux sont tout à fait « parlants ». Tout d’abord, le choix de ces photographes est intéressant : tout à fait décalé par rapport à ce qu’est censé être un portrait politique, puisque Seb&Enzo sont photographes de mode, et de stars, leur travail, très graphique, peut être vu sur leur site, http://www.sebetenzo.com/, site sur lequel on retrouve évidemment, le portrait de notre bien aimé chef. En somme, Sarkozy en choisissant cet objectif là plutôt qu’un autre se place résolument du côté des peoples. Mais ça, ce n’est pas exactement une surprise. Ce qui est plus intéressant, c’est la tête que s’est faite Sarkozy entre les mains de ces deux photographes, car pour le coup, il n’a pas été nécessaire qu’une équipe d’infographistes mandatée par une rédaction avide de faire du fric intervienne pour donner à notre président une tête d’allumé notoire. Si le portrait de Jean-François Robert fait penser à Patrick Bateman, ceux de Seb&Enzo installent le nom d’Hubert S. Thompson dans les esprits. On regarde les clichés, et on se dit « Mais que prend ce type ? » Vous vous souvenez peut être qu’il y a déjà longtemps on avait pu se demander si Sarkozy n’abusait pas de telle ou telle substance, et depuis, cette idée demeure un sous entendu récurent, le prototype même du tabou médiatique, ce qui ne se dit pas tout en se sous entendant régulièrement. Mais quand c’est la personne visée elle même qui met en scène le propos a priori calomnieux, c’est qu’on n’est plus dans la calomnie, mais dans la construction du mythe. Or, on le sait, les mythes sont destinés en premier lieu à ceux qui y croient et que ça fascine, les moins armés face aux images choc. Ainsi, ici, on a un président qui paie des photographes pour avoir l’air d’un truand drogué. La classe. J’ai fouillé dans l’iconographie pourtant fournie de Berlusconi, il n’y a pas d’équivalent. Idem chez Poutine (et pourtant…). A ma connaissance, notre président est le seul dont on ait de tels clichés mis en scène.

Dès lors, il va sans doute falloir se méfier des accusations consistant à voir en Sarkozy un fou, un toxicomane ou un malfaiteur, parce qu’avoir recours à cette image, ce n’est pas faire une découverte, mais reprendre au vol quelque chose que le président lui même envoie en l’air pour qu’on la saisisse au vol comme font les chiens avec les freesbees. Tant qu’on s’amuse avec ça, on ne s’intéresse pas à la politique. Or, la scène jouée entre Villepin et Sarkozy est un peu trop théâtrale pour être sincère, elle aussi. Dans la mise en place d’un libéralisme durable qui n’a plus besoin que le PS vienne passer de la pommade tous les cinq ans en alternance avec la droite, Villepin est l’assurance que le pouvoir restera aux mains des mêmes si jamais soudainement le peuple se met à avoir des cas de conscience. Pour le moment, quand Sarkozy sur-joue le côté voyou, il produit encore un effet relativement positif auprès d’une frange de la population qui voit la politique comme un cirque, et qui aime voir jouer Scarface sur son petit écran au JT de 20h. On pourrait objecter qu’il y a là une prise de risque, que c’est très segmentant comme stratégie, mais dans la logique de l’UMP, peu importe, puisque l’antidote est prêt, là, à prendre le relais en cas de revirement de l’opinion. Ainsi, le libéralisme montre à quel point il n’est décidément pas un programme politique, puisqu’à bord du navire UMP (je propose qu’on dise dorénavant « Paquebot », maintenant que le FN s’est débarrassé du sien, et que la fraternité entre un Sarko déviant et une Marine édulcorée semble à l’avance nécessaire), on trouve en gros tout et n’importe quoi.

Méfiance donc avec les discours critiques qui correspondent finalement point par point à l’image que le pouvoir souhaite donner de lui même. Tout cela demeure orchestré, et il n’y a dans ces eaux là aucune pensée politique, ni d’une part, ni de l’autre. Il ne s’agit que de saisir des opportunités, et de se comporter comme les premières infections opportunistes venues tout en faisant le show, ce qui est toujours plus payant, dans les opinions, que les analyses et les projets réclamant des efforts de compréhension et d’action. Il est donc probable qu’on voit fleurir l’imagerie mafieuse autour de notre président. Il est probable que ça provoque chez lui quelques poussées d’hormones qui pourraient le faire aller encore un peu plus loin dans son personnage, tant et si bien qu’à force, il pourrait nous faire penser à Serge Lama jouant Napoléon, dans une sorte de confusion des rôles un peu flippante. En attendant, on a toujours à la tête du pays un type qui en gros joue à la dinette avec nos moyens, un gars qui s’amuse avec ses panoplies tout en exigeant du pays tout entier qu’il se mette au boulot pour servir ses potes. Il sera bon de se rappeler que les truands, ce sont à la base ceux qui désobéissent aux lois, et que pour le moment, ce n’est pas ce à quoi nous assistons : si Sarkozy joue les gangsters d’opérette, c’est pour mieux cacher son entourage qui s’emploie, lui, à modeler les lois de telle sorte qu’ils puissent parvenir à leurs fins sans se trouver hors la loi. Et à force de regarder les portraits de notre président en train de se mettre en scène façon Actor Studio, nous ne voyons pas que peu à peu, c’est nous autres qui, pensant ce qu’on pense, disant ce qu’on dit, faisant ce qu’on fait, passons lentement de l’autre côté d’une loi qui sera à terme écrite à l’envers, contre ceux qui auront cru la défendre.

NB : dans l’ordre, les portraits sont 1 – le fameux portrait de Jean-François Robert transformé par le Nouvel Obs, 2 – l’original de Jean-François Robert 3 – Un des portraits réalisés par Seb&Enzo, et 4 – un autre de ces portraits utilisé par Technikart pour sa couverture du mois de Novembre.

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