Ajoutons au précédent article cet extrait vidéo d’une émission diffusée sur Arte, consacrée aux Black Panthers, ce mouvement avec lequel Angela Davis combattit les oppressions dont les minorités pouvaient souffrir dans les années 70 aux Etats Unis.
Evidemment, le propos est bien éloigné de la tiédeur des propos de Yannick Noah, et l’action des panthères noires, tout comme leurs intentions, ne ressemblaient pas exactement à un programme de retraite de jeunes communiants (l’Angela revue et corrigée par Noah pourrait tout à fait animer un groupe de catéchèse, et sa chanson pourrait tout à fait clore l’office dominical, pour peu que le curé local soit branché « renouveau charismatique »). Aseptiser les révolutionnaires est une activité dans laquelle le marché excelle. Il aurait tort de se priver : c’est rentable (les révolutionnaires sont généralement photogéniques, prennent souvent des poses sexy, font preuve d’une vitalité séduisante) et politiquement payant (en les intégrant au circuit des marchandises, on leur fait perdre leur virginité commerciale, et on les lie au monde qu’ils tentaient de renverser, pour en faire un pilier supplémentaire.
Nulle surprise, dès lors, dans l’hommage dont Noah est l’auteur.
Voici dont cet extrait vidéo :
Et en bonus, le site sur lequel j’ai croisé ce documentaire rappelle opportunément que les Rolling Stones eurent le grand avantage de soutenir Angela Davis en 1972, alors qu’elle était confrontée à des accusations de meurtre, face à une justice américaine dont elle avait tout à craindre. La chanson s’appelle Sweet Black Angel, titre parfois diminué en Black Angel.
A un moment, Jagger demande « Would ya take her place ? » et cyniquement Noah le fait. Plus loin, nouvelle question « Ain’t someone gona free her ? » et opportunément, Noah en fait une esclave de la marchandise, exactement ce contre quoi elle se bat.
Mais il n’est pas tout à fait anodin que le peuple qui a mis ce président ci à sa tête ait comme personnalité préférée un traitre.
Dans un entretien mené le 8 Novembre 2007 avec Gary Younge, pour le Guardian, Angela Davis évoque l’effet que produit sur elle le fait de voir au début du 21è siècle des jeunes filles arborant fièrement des t-shirts sur lesquels sont imprimés des portraits d’elle même dans les années 70, au moment où son combat aux côtés des black panthers et du parti communiste américain défrayait la chronique. Voir ainsi les images de ces luttes devenir un élément parmi d’autres de la panoplie standard de celui qui se veut « opposant » (T-shirts « Angela » pour les filles, « Che » pour les garçons, dans la colllection « Barbie Activist »), étonnait cette professeur d’université pas tout à fait comme les autres, étonnement que Gary Younge écrit ainsi en début d’article :
‘Angela Davis était intriguée par le nombre de jeunes femmes, au sein du public de ses interventions, qui portaient des images d’elle-même dans les années 70 sur leur t-shirt. Alors, elle leur demanda ce que cette image signifiait pour elles. « Elles répondirent qu’en la portant, elles se sentaient plus fortes et davantage connectées aux autres mouvements », dit-elle. « C’était vraiment assez troublant. Ca n’avait rien à voir avec moi. Elles utilisaient cette image pour exprimer qui elles voudraient être et ce qu’elles voudraient faire. J’ai renoncé à me battre contre la marchandisation de cette forme de respect. C’est une guerre sans fin, et on ne gagne jamais »‘. (traduit par moi même, texte original ici même)
Marchandisation, dans le vocabulaire anglais des études sociales actuelles, ça se dit en l’occurrence, « commodification » : transformation des relations sociales en biens marchands.
Sans doute Angela Davis trouverait-elle alors assez troublant le nouveau produit mis sur le marché par Yannick Noah, puisqu’il aura attendu la cinquantaine pour se comporter comme la première groupie venue de l’Angela Davis des années 70. Dans un clip sidérant de volonté d’identification, accompagnant une de ces chansons qui donnent envie d’obliger les gens du spectacle à payer des droits d’auteur à l’histoire lorsqu’ils puisent dans ses pierres angulaires l’inspiration le prétexte à leur nouvelle production censée toucher le public là où ça lui fait par avance du bien, (ce qui aurait pu nous éviter, par exemple, l’évocation à peu près aussi pertinente de Rosa Parks par Pascal Obispo (si vous ne connaissez pas l’objet, nul doute que sa simple évocation ne pourra que vous faire trembler d’effroi)), Noah se pose en observateur agé (comprendre « sage » (comprendre, en fait : l’Afrique est ce lieu dans lequel les personnes agées sont respectées pour leur expérience là où le reste du monde ne sait plus trop quoi faire de ses vieux (oublions alors que le monde « développé a bien compris quoi en faire : des électeurs majoritaires, et la sagesse des vieux sur la question des retraites, on voit quels votes et quelles orientations politiques ça donne, mais bref)) de la victoire d’Obama, liée dans un raccourci « troublant » aux luttes d’Angela Davis.
La chanson ? Une aberration : après une intro à la Shaft, on part pour un truc qui pourrait rythmiquement ressembler à ce que ferait Patrick Sébastien si, perdant l’inspiration, il faisait un album de reprise de la Compagnie Créole. Les paroles sont à l’avenant : « Angela, my home is your home » faisant croire qu’Angela Davis dort dans les rues (les noirs américains sont tous pauvres, c’est bien connu) pour le refrain, et dans les couplets, une espèce de cours d’histoire pour les gros nuls : « Dix neuf cent soixante huit l’amerique est figee – Un ange proteste les ecrous sont rouilles – Un black and that black le souffle des ghettos (oui, ça ne veut rien dire, mais Yannick Noah a la poésie licencieuse) - Les gants noirs se levent un soir a mexico »; dès les premiers mots, on sent venir le propos se posant comme édifiant, mais n’édifiant que ce qui est déjà édifié (en même temps, commercialement, c’est plus payant, le public de ce genre de choses, sans doute majoritaire, préférant de loin, justement, camper sur ses positions et être brossé dans un sens de poils qu’il imagine revêche et hirsute, là où en réalité les produits lissant ont fait depuis belle lurette leur travail de lustrage. J’allais oublier : le refrain s’achève tout seul, d’une balle dans la tête, par un « Ton nom dans nos vies résonne », avec une bonne vieille relégation du verbe en fin de proposition, même pas relative, comme font les enfants quand ils écrivent un poëme, et qu’ils n’arrivent plus à ficeler leur phrase en faisant en sorte que ça rime (il faut dire que pour une rime aussi riche que l’assonance précieuse entre « home » et « résonne », on serait prêt à pas mal de sacrifices grammaticaux !)
Le clip ? Un bidule assez étrange, avec reconstitution des quartiers « populaires » des années 70, avec un bar à la déco typique (au passage, on remarquera le léger glissement social opéré : le bar dans lequel Noah vient lire sa biographie d’Angela Davis n’est, au regard des standards des seventies, pas très populaire, preuve que pour les très riches, ce qui est simplement middle class se veut « populaire »; passons), et Noah en homme disons, « mûr », venant en costard qu’on croit au départ gris, enchapeauté comme se doit de l’être l’homme élégant qu’il est, lire à sa table habituelle la biographie d’Angela Davis que le patron du bistrot a reçue pour lui. Du coup, léger télescopage, puisqu’on peine à comprendre comment dans l’Amérique des années 70 circulent déjà d’épais volumes dédiés à la vie et à l’oeuvre de la militante de la cause noire (mais le clip tout entier a ceci de particulier qu’il ferait croire à toute personne pas très informées (ce qui doit constituer une part non négligeable du public potentiel d’un tel objet) qu’Angela Davis est morte, ce qu’elle semble tout à fait apte à démentir elle-même, puisqu’elle est bel et bien de ce monde, et qu’elle s’exprime encore, ne serait-ce qu’en tant que professeur. Peu à peu, le paradoxe temporel s’annule, puisqu’au fil des séquences montées à la va comme j’te pousse, on comprends qu’en fait le noir et blanc de l’image était de pure circonstance, c’est bien aujourd’hui que Noah découvre la cause noire américaine d’il y a 40 ans (ce qui ne me rajeunit pas exactement, mais passons aussi), dans un café à la mode, dans un costume so fashion, puisqu’une fois colorisé, le strict ensemble noir s’avère être en réalité rouge vif (oui, l’Afrique, son goût pour les couleurs, etc.), dreadlocks en bataille sous le chapeau classe. Evidemment, comme aux plus beaux jours des clips (c’est à dire comme dans les années 80), on coupe tout ça par des plans de Yannick Noah « en civil », (c’est à dire qu’on le croirait habillé de pied en cap de la ligne de vêtements dont il faisait la promotion il y a quelques années (L’ombre du zèbre, ça s’appelait (oui, l’Afrique, ses animaux rayés, etc.), je ne sais d’ailleurs si c’est encore d’actualité, puisque maintenant, c’est une ligne de cosmétiques que Noah sponsorise)), chantant dans les rues, la bio d’Angela sous le bras, accompagné d’un journal avec Obama en une. A la fin, grand moment, le Yannick Noah « civil » croise le Yannick Noah « fictif », ils se jettent un coup d’oeil entendu, du genre « Hey man, on est dans les mêmes luttes, hein ? ». Au delà du caractère tout à fait naze, on sent le dispositif efficace sur un esprit un tout petit peu simplifié par l’absorption massive de clips sur MCM : la distanciation entre les deux versions de Noah ne peut qu’accréditer le fait que, si celui qui a un costume rouge est fictif, alors celui qui marche en tongs (Oui, l’Afrique et ses pieds nus (Ah, si vous aviez regardé la saison 2010 de la Nouvelle Star, sur M6, vous auriez vu, dans un des tout premiers prime, une passe d’armes courte mais puissante entre une candidate, toute en blackitude et, »donc », venue chanter pieds nus sur scène, et Marco Prince (dont on espère qu’on se souviendra davantage de quelques bons moments avec FFF que de cette participation à ce jury), lui demandant pourquoi elle chante pieds nus, et lui envoyant, alors qu’elle se justifie par ses racines africaines « Ah oui ? On marche pieds nus en Afrique ? Bref, parfois, la télévision soulage) et en t-shirt rouge dans la rue doit être le VRAI Yannick Noah, celui qui est donc vraiment soutien d’Obama, de manière totalement sincère et totalement étrangère à toute question de marketing.
Maintenant, on peut se demander ce qui permet à Noah la petite privauté qui consiste à désigner Angela Davis comme sa « sister » (oui, les paroles osent dire ça : « Angela my sister »). On a beau retourner le clip dans tous les sens, le seul dénominateur commun entre Davis, Noah, et Obama, c’est la couleur de peau (alors même qu’à les regarder avec un peu d’attention, c’est à dire comme on regarde des êtres humains, précisément, ils n’ont pas la même couleur de peau). Sans faire mon Zemmour, j’aimerais bien savoir ce qu’on penserait d’un blanc, qui désignerait quelqu’un d’autre comme son frère uniquement sur la base de la couleur de peau. Et successivement, on aimerait savoir pourquoi, si on identifie ce second cas à du racisme, c’en serait moins dans le premier.
Parce que finalement, de deux choses l’une : soit on considère qu’on est post-raciaux, que la couleur de peau, on s’en fout, qu’on est des êtres humains, et qu’on voit ça avant tout chez l’autre, ce qui est a priori le discours public de quelqu’un comme Noah (humanisme pop, on est tous frères, chantez tous main dans la main à mes concerts, venez en tongs c’est cool), mais dans ce cas, on saisit mal pourquoi le choix précis d’Angela Davis, et particulièrement dans cette mise en scène et dans ces propos (on est frère et soeur, ma maison est ta maison (hey, franchement, la maison réservée par préférence aux semblables, ça rappelle rien, ça ?)). Soit ça fait bel et bien une différence, la couleur de la peau, mais alors on se cale pas bien au chaud dans la case commerciale de la musique ouverte sur le monde, et on soutient pas Ségolène Royal; politiquement, on rejoint plutôt Dieudonné dans son étrange combat, moins mainstream, moins commercial sans doute, mais finalement plus clair.
On objectera, je le sens, que ce n’est pas la noiritude d’Angela Davis à laquelle s’associe Noah; qu’en fait, c’est son combat politique qui est au coeur de sa commodification. Douteux, pour deux raisons : D’une part, on se garde bien, tant dans la chanson que dans le clip, de faire référence au fait que Davis soit une militante communiste, par deux fois investie par son parti pour se présenter aux élections présidentielles américaines (vous imagineriez, vous, qu’ayant mené un tel combat, on n’en dise pas un mot dans un « hommage » qui vous serait fait ?). D’autre part, l’association avec Obama relève dès lors de la véritable manipulation : elle fait croire que le prétexte de la couleur de peau est un lien que rien ne peut venir casser, pas même l’opposition politique. Pourtant, Angela Davis s’exprime sur Obama (c’est un des avantages liés au fait d’être vivant : on peut s’exprimer soi même, et on n’a pas besoin d’opportunistes pour faire à sa place), et si elle salue son élection, c’est plus pour ce qu’elle dit de l’Amérique actuelle que pour le projet politique qu’il mène. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’il est noir qu’elle le soutient. Dit autrement, elle n’exprime pas de préférence pour les gens noirs. Pour mettre les points sur les i, elle n’est donc pas raciste. Pire, elle voit bien comment la position post-raciale d’Obama peut jouer contre les classes sociales défavorisées américaines (majoritairement composée de gens de couleur, mais elle voit d’abord en eux des pauvres, pas des noirs) :
« Il (Barrack Obama) est vendu comme l’incarnation de l’indifférence à la couleur de peau. C’est l’idée qu’on est passé en deçà du racisme en ne prenant même plus en compte la question de la race. C’est ce qui fait de lui, dans la tête des gens, un candidat crédible pour la présidence américaine. Dans cette période, il est devenu le symbole de la diversité, et ce qui est notable dans sa campagne, c’est qu’il n’ait pas cherché à s’engager sur la question raciale, au-delà de ce qui a déjà été déjà fait.
L’administration républicaine est déjà celle qui, dans l’histoire, fait le plus preuve de diversité. Mais si l’inclusion de noirs dans la machine de l’oppression a comme projet l’augmentation de l’efficacité de la machine, c’est tout sauf un progrès. Il y a plus de noirs que jamais à des postes de pouvoir, et à des places visibles. Mais il y a aussi bien plus de noirs encore qui ont été repoussés tout en bas de l’échelle sociale. Si les gens réclament la diversité dans un objectif de justice et d’égalité, c’est bien. Mais il y a aussi un modèle de diversité qui serait la différence qui ne fait pas de différence, le changement qui ne change rien. » (The Guardian – 30 Janvier 2008)
En somme, et on comprend bien la logique de classe économique qui pousse Noah à se tenir dans cette position, faire référence à une communauté noire, c’est se permettre d’être aveugle à la considérable diversité économique qui existe parmi les personnes dont la couleur de peau est ressemblante. Et de nouveau Angela Davis tient un propos beaucoup plus net, que Noah ne reprend évidemment pas :
« On s’est habitués à penser qu’il y avait une communauté noire. Elle a toujours été hétérogène, mais on était toujours apte à se sentir comme faisant partie de cette communauté. J’irais jusqu’à dire le racisme d’une bonne part de la classe moyenne noire, envers la classe ouvrière noire n’a rien à envier au racisme des blancs envers les criminels noirs. Le jeune noir en baggy qui traine dans les rues apparait tout autant comme une menace aux yeux des noirs de la middle class. Dès lors, la mobilisation des communauté noire n’est plus possible comme l’était dans le passé » (The Guardian, 8 Novembre 2007).
Cette distance, cette fracture sociale (réelle, celle-ci, car elle a brisé ce qui fit preuve d’unité), c’est évidemment celle que tait Noah dans son clip, parce qu’il faudrait mettre alors les pieds dans ce qui est moins télégénique et fédérateur, particulièrement en période de crise, et qu’il vaut mieux créer une unité fictive entre gens qui semblent se ressembler, que mettre le doigt sur ce qui sépare vraiment, afin d’ébaucher des bribes de solutions politiques. Et on imagine qu’il y a, dans pas mal de bars branchouilles, à la déco datée, avec des portraits d’Angela Davis réduite en simple hairdo, pur élément de style of life, un certain nombre de personnes, colorées ou pas, finalement davantage liées par leur aisance économique que par leur couleur de peau, qui se font plaisir en relisant quelque vieux volumes sur les luttes passées, histoire de mieux fermer les yeux sur les combats actuels.
Parmi eux, certains sont mêmes capables de vendre cette nostalgie aveuglante. On comprend mieux pourquoi ils auraient du mal à voir en Angela Davis davantage une camarade communiste qu’une soeur noire.
Entre deux nuages de cendres nous parviennent d’Islande des échos, des voix, qui témoignent que si règne là comme ailleurs l’inquiétude économique, une chose est certaine cependant : une âme demeure, qui ne semble pas être à vendre, et elle s’exprime à travers des chants qui parviennent à être singuliers sans être folkloriques. C’est d’ailleurs sans doute là un signe distinctif des cultures encore vivantes : elles n’ont pas besoin d’enfermer leurs particularisme dans le chloroforme; elles laissent faire et les germes poussent d’eux mêmes.
FM Belfast, c’est un peu ça. Originaire de Reykjavik, ce groupe produit une musique électronique, mais incarnée, vivante, respirant fort, sans doute pour mieux combattre les effets du froid, énergique et légèrement nostalgique; pop, en somme.
Musicalement, comme on dit, ça se laisse écouter. Mais le groupe devient plus intéressant quand il s’associe au duo de Daniels (Daniel Scheinert et Dan Kwan), pour produire un clip tout en jeux de mouvements sur le titre Underwear. Que ce titre n’éveille pas dans le lecteur lubrique qui sommeille en tout lecteur des pulsions qui penseraient s’assouvir dans ces quelques minutes de vidéo : d’assouvissement de ce genre il n’y a point dans ce clip, même si la fin en justifie le titre. Il s’agit plutôt d’un travail sur les mouvements relatifs des corps et des regards portés sur eux, le point de vue étant sans cesse posé quelque part, on ne saurait trop dire où, entre le point de vue objectif sur des êtres qui dansent et l’accompagnement de ces corps en mouvement selon leurs propres trajectoires. Ce travail prend toute sa consistance lorsqu’une période d’accalmie permet à l’une des danseuses de regarder son propre mouvement dans le miroir, mais décalé, insaisissable mais pas tout à fait circonscrit au seul instant présent.
On pense à Merleau-Ponty, parce que ces danseurs semblent faire, au sens où lui en parle, l’expérience de la chair. On y pense aussi parce qu’adoptant, par l’intermédiaire des réalisateurs, ce point de vue flottant, on ne voit pas ces danseurs comme des objets, mais plutôt comme des projections de nos mouvements internes, à moins qu’ils ne projettent sur nous leur propre énergie motrice. Si la chair est ce qui de moi déborde du corps sensible pour éclabousser, repeindre le monde, mais si c’est aussi ce qui en moi est touché par le monde, alors il n’y a pas de regard porté sur ces danseurs, mais une participation incarnée à leur propre mouvement. On pense aussi à Rousseau et à sa manière de concevoir l’art débarrassé de toute représentation pour devenir une présence pure. On pense à David Delachapelle filmant le krump dans Rise. On pense enfin à l’art brut, dans la manière qu’ont ces artistes de ne même pas glisser entre eux et le monde l’épaisseur de l’art, dont ils n’ont que faire, parvenant ainsi sans même le chercher à devenir pures projections, et écrans sur lesquels projeter.
Pas facile de se caser dans les niches médiatiques de l’insurrection conventionnelle. D’autant moins facile lorsque Kourtrajmé, boite de production de clips, agence de communication maîtrisant assez bien les codes du moment, s’est faite la spécialiste de ce genre de communication, entretenant chez ceux qui ne sont, et là dessus, il n’y a vraiment aucun doute possible, que des producteurs de musique, l’illusion qu’ils pourront à leur tour suivre le Graal de la célébrité que constituèrent des U2, ou des Madonna : famous and conscious tout mixé dans la rock’n'roll attitude, et ce même quand on est loin, très loin, de faire du rock. Encore moins facile lorsque Romain Gavras et ses potes ont déjà, en quelques réalisations à la mode, écumé les domaines pouvant servir de faire valoir aux artistes qui leur confient leur promotion.
C’est que le jeu des chaises musicales est disputé de manière assez âpre par tous ceux qui sentent bien que leurs produits se vendraient mieux s’ils étaient affiliés à une rebelle attitude estampillée et validée par les mots clé du jour du tweeter. Là où les vedettes institutionnelles pouvaient jadis mettre leur main de géants sur des étendues aussi vastes que l’aire se trouvant entre Manhattan et Kaboul, là où un Bono pouvait carrément prendre sur les épaules de sa voix la dette du tiers monde (en donnant un peu de sa personne, reconnaissons le, mais bon, en même temps, sinon, qu’est ce qu’il pourrait bien foutre de son temps ?), là où les bonnes âmes de la chanson française se donnent bonne conscience en désignant comme « enfoirée » le principe selon lequel on cooptera ceux qui auront la joie et l’avantage d’appartenir à l’Olympe musical hexagonal, il est difficile pour ceux qui aimeraient avoir davantage de street credibility de trouver une chaise sur laquelle poser leur indécis et délicat postérieur.
Après Justice et la descente en ville de jeunes banlieusards (Stress, dignes, finalement, du « Quand on descend en ville » de Plamondon dans Starmania), voici donc la guerre sainte entre les trois religions autoproclamées comme « grandes » pour Nouvel R (Masta) et, idée géniale, parce que pour le coup, on ne la voyait pas vraiment venir, l’élimination organisée des roux pour M.I.A. (Born Free).
Trois clips, trois mises en scènes utilisant tous les artifices de la narration édifiante, reprenant les canons du cinéma militant tels qu’a pu les construire, en particulier, Peter Watkins (la référence m’avait traversé l’esprit, en voyant Born Free, mais elle s’est cristallisée en lisant cet article (http://ingenieurdusymbolique.fr/3327)), mais qui ne jouent qu’avec l’image de la violence, se donnant à bon compte bonne conscience en faisant mine de l’attribuer aux « autres ». Qui ? On sait pas, et on ne le sait pas parce que tout, dans ces clips, demeure flou : l’axe du regard est indéterminé, neutre, de sorte que la violence semble diluée dans un monde où on ne la regard pas pour la condamner, non : on se complait à la représenter. Ceci explique sans doute que systématiquement, il s’agisse d’environnements qui semblent générer par eux même la violence, comme si elle venait toujours d’en haut, comme une fatalité.
De toute évidence, cette fatalité est une aubaine pour cette boite de production, et tant qu’à faire, elle aurait bien tord de ne pas l’entretenir, puisqu’elle en tire certainement d’intéressants revenus. Au-delà de ces petits arrangements avec les moeurs, le succès de ces mises en scène n’est sans doute pas uniquement dû au cynisme de ceux qui les produisent. Qu’on le veuille ou non, la violence fascine. Et elle fascine d’autant plus qu’on n’est pas éduqué à la canaliser, à l’endiguer, à la détourner et parfois, à la refuser. Or, quand la violence est maîtrisée, elle prend la forme de ce qu’on appeler la « force », ou la « puissance ». Elle caractérise alors la possibilité de faire, de construire, là où la violence prend un malin plaisir à faire disparaître. Une fois compris cela, on saisit mieux les éléments de langage de Kourtrajmé (et peu importe qu’ils en soient conscients ou pas, qu’ils soient cyniques ou juste cons : ils ont les moyens de réfléchir, s’ils ne le font pas, ils en sont responsables) :
- L’accusation mêlée à la ridiculisation des forces de l’ordre permet de légitimer, à l’image, le recours à la violence urbaine la plus incontrôlée, et rien, absolument rien dans ces productions n’incarne l’idée que l’avènement de la puissance réclame une mise en forme collective et maîtrisée de cette violence. On met en scène l’émeute pour couper court à tout projet commun.
- Le style. Tout à l’écran doit correspondre aux standards du style plaisant du moment. Alors les opprimés sont taillés sur mesure, coupes de cheveu au diapason des vestes de survet assorties aux jeans qui tombent bien. Chacun sait que les jeans qui tombent bien, on les trouve pas ches Kiabi ni à la Halle aux vêtements. Bref, l’opprimé consomme, comme tout le monde, et la réalité crue de ces productions, c’est que ceux qui ne s’adonnent pas aux joies de la consommation des fringues à la mode, ceux qui ne se posent pas devant leur glace, le matin, pour se demander si leur jean est suffisamment taille basse pour mériter le regard complaisant de Romain Gavras, si leur coupe de cheveu témoigne de leur rage, si la marque de leur montre est un symptome de leur attitude, ceux qui ne se coulent pas dans ce moule, on en dresse un tableau édifiant à travers les obèses présents dans Born Free : ceux là ne méritent pas la gloire de la guérilla urbaine, ils sont juste tabassés à poil ou en cal’but’, interrompus au pieux dans des ébats présentés comme bestiaux, minables, sous humains. C’est sans doute là que la hiérarchie proposée par l’idéologie de Gavras junior est le plus clairement mise en évidence. C’est aussi là que le clip est pour de bon nauséeux.
- Le style documentaire, qui trouve sans doute une de ses sources chez Kassovitz (La Haine aura décidément fait beaucoup de dégâts dans le cinéma français…). Gavras doit certainement connaître Watkins, mais il n’est pas certain qu’il l’ait compris. C’est ce ton qui permet de ne pas assumer la violence qu’on se plait à partager avec un public qu’on affirme libérer tout en le privant de ses forces, puisqu’on se refuse à l’éduquer. Ainsi, on fait croire que le responsable de ce qu’on voit, c’est le réel. On oublie de préciser que le réel n’est rien d’autre que ce qu’on fait, et que s’il s’agit d’accuser le « POUVOIR », alors il faut préciser qu’entre Kourtrajmé et son public, le pouvoir est du côté de ceux qui se sont associés, organisés pour diffuser leurs images. Or on comprend mal cette position qui consiste à se dénoncer soi même tout en plaisant l’irresponsabilité.
- Le populisme esthétique. On récupère tout ce qui permet de faire du clin d’oeil à tout va au public qu’on souhaite séduire. On se rend complice de ce public en désignant du coin de l’oeil ceux que l’affaire va choquer, et ça tombe bien, ce sont eux qui vont faire monter le « buzz », parce que le public visé, lui, celui avec qui il s’agit de se complaire, ne tient pas de propos sur ce qu’on lui montre, pour la simple raison qu’il n’en pense rien : il le copie colle sur sa page facebook, pour montrer qu’il en est, qu’il fait partie du cercle de ceux qui ont vu les roux se faire dézinguer à une frontière qu’on n’essaiera même pas d’identifier. Il prend juste son pied à voir des bottes écraser des visages, et c’est pour lui l’image du présent.
Mais, finalement, puisque c’est à Peter Watkins qu’on pense en regardant ces clips, puisqu’on a l’impression de voir en eux une sorte d’ersatz de Punishment Park, sans doute est ce à ses mots à lui qu’on peut juger de ce genre de mise en images. Il se trouve qu’en 2003 le réalisateur publiait Media Crisis, un ensemble de textes qui, en recourant aux concepts d’horloge universelle ou de monoforme, analysent les medias, et la manière dont ils uniformisent la perception du réel. Chez Watkins, l’unité de forme est évidemment facteur d’appauvrissement de compréhension de la réalité. Or, curieusement, bien que Romain Gavras soit certainement convaincu de participer à un discours alternatif. A lire Watkins, on constate à quel point il en est pourtant éloigné :
« (…)je voudrais faire quelques observations préalables qui transcendent l’ensemble de la crise des médias.
Et poser, tout d’abord, concernant la fonction générale de MMAV (Mass Media Audio Visuels, note du moine copiste) – et ce, quel que soit le champ concerné – la question du rôle spécifique des MMAV dans notre société contemporaine.
S’agit-il d’offrir aux citoyens des informations aussi impartiales et objectives que possible ? De donner aux spectateurs le choix d’une forme de divertissement : populaire ou non, simple ou complexe, violente ou calme, mono-linéaire ou pas, brève ou prolongée, agressive ou introspective ? S’agit-il d’être à l’écoute du public (sans même parler de le faire réellement participer) ?
(…)
Ou bien s’agit-il exactement du contraire ? Le rôle des des MMAV est-il d’agresser et de piéger le public par l’uniformisation des programmes sur le plus petit dénominateur commun, c’est à dire sur des bases aussi superficielles et bassement commerciales que possibles ? Est-il d’encourager la violence dans la société ? De soutenir les politiques gouvernementales et de servir les intérêts des lobbys industriels et militaires, tout en entretenant un silence complice sur leurs méthodes et leurs choix ?
La télévision d’aujourd’hui répond globalement à cette deuxième série de propositions. Mais plutôt que d’être reconnus pour ce qu’ils sont – un pouvoir de plus en plus manipulateur, malveillant et destructeur – les MMAV ( de quelque culture ou région du monde que ce soit) sont considérés, par une majorité du public et de nombreux intellectuels, comme un service public aussi indispensable que le réseau de distribution d’eau. Et tout aussi inoffensif. »
Peter Watkins – Media Crisis, 2003
On peut reprendre in extenso la production de Kourtrajmé, il n’y a pas un seul des points cités par Watkins dans la liste des véritables enjeux des médias de masse auxquels leurs réalisations ne correspondent. Ayant simplement saisi qu’il y avait un revenu à tirer de la tension sociale existant, ayant compris qu’il suffisait de capitaliser sur cette ambiance en l’alimentant comme on alimente un feu pour s’y chauffer, ils génèrent des bénéfices sur le dos de ceux qui, naïfs parce que complaisants, croient se voir représentés par ces social-traitres. Et pendant que ce petit monde se fait plaisir à bon compte, en se payant le luxe d’avoir en plus la bonne conscience de ceux qui, tels un Vincent Cassel, ont pu s’acheter leur crédibilité en alignant les rôles autoproclamés sulfureux, et en pratiquant la capoeira (ce type a la panoplie totale de ceux qu’il faudra bien, un jour, convier à débarrasser le terrain, tant il a fait des fossés sociaux, auxquels il participe pleinement, et creuse donc, son fonds de commerce), les problèmes existent pour de bon, mais sur des plans que la communication de masse n’aborde jamais, ce qui permet de ne jamais les attaquer sous le bon angle.
Ainsi, désormais, les banlieues ont Vincent Cassel, et les roux ont M.I.A. Peu à peu, chaque point de crispation sociale aura son parasite attitré, spéculant sur cette source non négligeable d’énergie pour donner à sa communication l’aura que son art ne saurait avoir seul. Peu à peu, aussi, on identifiera la lutte à cette seule forme d’expression, et il y aura toujours une poignée d’excités pour tenter de faire passer au réel la violence mise en scène dans ces productions, dont les auteurs seront toujours, eux, à l’abri, planqués, loin des conséquences; ça leur permettra au moins de venir parader en se posant en visionnaires, ou en prophètes. Autant dire que ceux qui, sur le terrain, se confrontent au quotidien à ces paquets de nerfs, ne peuvent que regarder, eux-mêmes de plus en plus crispés ces petits bourgeois faire en sorte que la guerre civile devienne leur buzz, simplement parce qu’ils ont trouvé là une source de revenus, et qu’ils aiment bien cette ambiance là, comme élément de leur panoplie de nantis non assumés. Autant dire aussi que les mêmes inutiles pompiers vont se sentir de plus en plus dérisoires face à ceux qui, au sens propre comme au sens figuré, gagnent grassement leur vie à jouer avec le feu, alors qu’on excite la population à considérer que les acteurs sociaux sont, eux, excessivement payés pour l’éteindre.
Dernier détail : on découvre, cependant, qu’existe dans nos sociétés un phénomène comparable aux discriminations dont font preuve les albinos ailleurs, orienté chez nous vers les roux. Sans doute les blonds et bruns sont ils aussi ignorant de cela que les blancs méconnaissent et sous évaluent en permanence la maltraitance dont font l’objet ceux qui ne sont pas blancs. Les groupes communautaires se multiplient sur les réseaux sociaux pour choisir son camp. Ici encore, on rassemble le troupeau pour le préparer à se défendre contre ceux qui se constituent comme ennemis et prédateurs potentiels. Il serait sans doute malhonnête de nier que les roux connaissent de véritables problèmes relationnels, particulièrement durant leur enfance et adolescence. On sait comment on est à ces âges là. Il serait néanmoins illusoire de penser changer quoi que ce soit à cette situation en constituant des communautés, réelles ou virtuelles : la logique de la séparation est celle qui génère le problème, et on voit mal comment elle pourrait ensuite le solutionner. Au delà de ce qui semblera anecdotique à ceux qui ne sont pas roux, on constate que même sur un terrain qu’on pourrait considérer à bon compte comme superficiel, ou inessentiel, les tensions semblent se générer d’elles mêmes, comme les remous dans une eau en ébullition. C’est que peu à peu nous avons de plus en plus de mal à supporter l’altérité, et que ce sentiment est une des plus puissantes sources d’énergies sociales, même si elles travaillent contre toute forme de cohésion sociale. Pour tout un tas de raisons, économiques, culturelles, religieuses, sexuelles (difficile à argumenter, mais derrière cette affaire de discrimination envers les roux, il me semble qu’il y a avant tout quelque chose de cet ordre là, ce serait à creuser), nous allons glisser dans ces eaux qui ne font pour le moment que frémir.
On devient curieux de savoir quelles embarcations vont nous permettre de voguer sur de tels océans.
Clips, dans l’ordre :
Born Free, de M.I.A. Stress, de Justice Masta, de Nouvel R
I can see you all, de Koudlam. Extérieur aux dispositifs de la rébellion mainstream de Kourtrajmé, I can see you all est un clip bâti en collaboration avec le plasticien Cyprien Gaillard. Si le matériel est semblable, la mise en scène de cette bagarre entre hooligans est à l’opposé des complaisances de Romain Gavras. Musicalement, le propos est aussi fortement éloigné. Je ne trouve pas le travail de Koudlam plaisant, pas plus que le clip de Gaillard, mais il a ceci d’intéressant qu’il dépasse justement les questions de plaisir pour tirer l’esthétique sur d’autres terrains, moins aisément définissables. Autant dire que chez Kourtrajmé, on est loin de ce genre de démarches, et qu’on voit très bien à quelle clientèle ces petits spots publicitaires idéologiques sont destinés.
Le problème avec les évidences, c’est qu’elles peuvent devenir ennuyeuses. C’est comme le désir : il n’y a que la première fois qui compte, et contrairement à ce que disait assez malignement Corneille, ce n’est pas quand le désir s’accroit, mais quand ça ne se renouvelle plus, que l’effet se recule.
C’est exactement ce qui commence à se passer avec Gorillaz : c’est la même ardeur qui nous brûle, les mêmes effets déjà utilisés, les mêmes sons orchestrés en gros de la même manière, et le désir, dès lors, se met en berne. Parce que la perspective dans laquelle Damon Albarn nous a introduits, ce n’est précisément pas celle de la répétition, de la redite, mais celle de la découverte, de la non satisfaction dans la complaisante resucée de vieilles recettes.
Dès lors, ce Stylo laisse un curieux goût en bouche : dans vingt ans, on ne saura plus à quel album il appartient, tant ses rythmiques sont exactement celles qu’on pourrait attendre des précédents albums, si on ne les connaissait pas déjà par coeur. Et à l’heure où sort un nouveau Bomb the Bass, on se surprend même à regretter les Buggys dans lesquels les uns et les autres avaient empilé leurs auditeurs, pour des virées pas piquées des hanetons dans les dunes et sur les routes défoncées des paysages numériques.
Ajoutons une couche de slade shading sur les personnages en carton pixel de Gorillaz : Stylo, en tant que clip, n’est pas la première évocation vidéomusicale de Vanishing Point, de Safarian (1971). Outre la réincarnation par Eastwood lui même du conducteur prototype Kowalski dans Gran Torino, le groupe Audioslave avait déjà fait siennes les dérapages contrôlés de la Dodge Challenger RT pour le clip de Show me how to live (2002). Le groupe tout entier prenait la place de Kowalski dans le coupé pour une virée habilement montée partir des images même du film. Illusion inverse de celle de Gorillaz : des personnes réelles dans un monde fictif, là où 2D, Noodle, Murdoc Nicalls et Russel Hobbs sont artificiellement plongés dans une réelle Chevrolet Camaro, poursuivie par un tout aussi réel pick-up El Camino (de chez Chevrolet), au volant duquel les canarde un Bruce Willis tout en chair et en os. Comme souvent, on joue un peu sur l’amnésie collective pour refourguer d’efficaces sensations certes, toutefois déjà rencontrées auparavant. Le fait que Gorillaz soit ici bien plus performant, car nettement plus spectaculaire ne doit pas forcément être pris pour un progrès : on le sait, ce n’est qu’affaire de budget. Et la débauche de technique nécessitée par les personnages animés fait un peu trop numériquement propre dans un univers auto qui doit sentir l’huile cramée des V8, les fuites de carburant, l’odeur rance du skai brûlant. On est finalement loin de l’hommage que Tarantino rendait à cette veine cinématographique dans Death Proof.
Tout de même, les deux clips alignés, en se gardant le premier pour la fin :
Et je glisse en douce un lien vers l’outremonde, dans lequel j’ai déjà, par le passé, chroniqué Vanishing Point, en le mettant en parallèle avec la philosophie, [ici]