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Midlife Crisis

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, D'AUTRES MONDES, HYBRID, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, SCREENS, SERIAL PORT Laisser un commentaire »8 novembre 2009

C’est la crise en séries.

Bien, je me suis sorti de la première phrase en faisant en sorte qu’on ne puisse pas trop trop m’accuser d’oser parler de la crise dans le petit monde des producteurs de séries alors que bon, nous nous entendrons, bien sûr, sur le fait que ce n’est pas exactement dans ce milieu que la crise se fait le plus cruellement sentir. Evidemment.
hboimagine1Crise de la production, parce que le spectateur des séries est de moins en moins souvent téléspectateur, et de plus en plus souvent internaute, ce qui contrarie beaucoup les annonceurs publicitaires qui financent ces productions.

Crise dans le récit, puisque particulièrement aux Etats Unis, on a compris qu’on pouvait, d’une part, en bons héritiers des malins géniaux tels que Douglas Sirk, pervertir les conventions en semblant les reproduire, et d’autre part porter à l’écran la crise elle-même en mettant faisant des prolos des héros, en redonnant les lettres de gloire perdues aux combattants de l’ombre, à ceux qui ne sont pas en train de tirer les marrons du feu de la crise, ceux qui, tout simplement en vivent la première vague, et qui n’ont pas fini de déguster (on reste sidéré de voir Hung prendre racine dans les usines désaffectées de Detroit, dans les USA transformés en friche industrielle globale, dans laquelle errent quelques working poors désabusés quand, en France, on en est encore à filmer des flics ripoux dans des commissariats super soigneusement designés pour avoir l’air négligés ou à raconter les aventures sentimentales de jeunes cadres oisives qui semblent avoir les moyens de ne rien glander au boulot, voire même de se faire virer sans que ça remette en question leur loyer, leurs crises d’achats compulsifs, leurs sorties dans les soirées branchées parisiennes et tout ce qui accompagne cette mise en scène des vies mises en scène, et ce n’est même pas une mise en abyme, non, c’est juste de la mise à plat) la manière dont on se charge de les consommer en retour.

Crise dans le récit, enfin. Et pour le coup, belle mise en évidence que la création ne vient pas tant de l’imagination fertile des créateurs que des conditions matérielles, sociales, et en l’occurrence économiques de leur réalisation. Ainsi, plutôt que poursuivre les internautes qui téléchargent les épisodes des séries que HBO produit, la chaine payante qui est à la racine des séries actuelles préfère explorer de nouvelles pistes, prenant pleinement en compte la nouvelle donne, et adaptant la narration au mode particulier de diffusion sur le net.

Ainsi nait un premier concept, que HBO nomme “le Cube”. Sans doute cela va t il s’affiner, et se trouver un nom plus satisfaisant, mais le principe apparait là, devant nous, d’une narration non linéaire, d’un récit construit en réseau, poussant enfin ce principe bien plus loin que n’ose le faire jusque là le jeu vidéo. Je ne présente pas plus le principe ici, puisque je l’ai déjà fait .

Mais le mieux semble de tout simplement en faire l’expérience : http://www.hboimagine.com/

Embourgeoisement

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, PROTEIFORM, SERIAL PORT Laisser un commentaire »26 août 2009

C’est la rentrée, ou presque. On rentre chez soi.On retrouve sa télé. Et on ne sait pas trop ce qu’elle va bien pouvoir nous proposer cette année. je dis ça comme si j’étais totalement inconscient de la fétichisation de la marchandise qui a lieu. Mais non, c’est pire : j’en suis conscient, et j’y consens par moments, comme si je débranchais une partie du potentiel critique, pour tout simplement “jouer le jeu”, sans trop évaluer précisément la gravité de la chose (mais on (y compris moi même) me rappelle suffisamment à l’ordre pour ne pas courir le risque de me retrouver lobotomisé devant Koh Lanta Palau (enfin, jusque là)).

bref, parmi les gâteries de qualité qui vont nous être proposées, et qui sonnent un peu moins creux que la moyenne, et qui offrent même quelque consistance, Dexter revient. En France, il va falloir attendre un peu. Enfin… attendre un peu si on décide d’être patient, puisque la saison 4 ne débute que mi Septembre aux USA, mais le premier épisode est déjà en ligne un peu partout (ce qui, sur le web, ”où” n’est vraiment localisé, signifie en même temps “partout”, et “nulle part”).

On ne va pas mettre ici, en streaming ce fameux épisodes évadé de la production (qu’on soupçonne, tout de même fortement d’avoir laissé la cage aux fauves ouverte), mais le teaser est suffisamment bien foutu pour qu’il vaille le déplacement. Et bon, si l’idée du tueur en série planqué sous la forme d’un bon père de famille aussi recomposée que ses cadavres sont mis en pièce n’est pas neuve, on est au moins certain, ici, à l’avance, de la voir traitée de manière plus radicale qu’à l’habitude. Et il est intéressant de voir comment les scénaristes vont se débrouiller avec les enjeux moraux que leur création manipule.

Under pressure, voici le teaser :

Mis à l’air, libre.

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, SCREENS, SERIAL PORT 2 commentaires »2 juillet 2009

Comme il n’est pas tout à fait impossible qu’il y ait des amateurs, ici, voici le générique de la série, exactement tel qu’il doit être, sans qu’on puisse vraiment l’imaginer ainsi. Une fois n’est pas coutume, il va y avoir de la chair en représentation sur ce blog !

Plus intéressant, cependant (la forme, intéressons nous à la forme ! (autant dire que là, l’injonction doit être tout aussi efficace que le fameux “Regardez moi dans les yeux…  J’ai dit dans les yeux !): pour une série qui, elle aussi, va s’attacher aux turpitudes du désir dans le monde occidental très contemporain, rien à voir avec la manière nauséeuse dont Californication expose ses propres lubies. Ici, le dépouillement semble être signe de retour à l’essentiel, malgré tout.

Comme quoi, l’histoire des séries, elle aussi, est dialectique.

Sévère membre

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, SCREENS, SERIAL PORT Laisser un commentaire »2 juillet 2009

Allez, les télés n’en parlent pas encore (peut être parce qu’aucune n’a encore acheté les droits).

Vendredi, HBO tentait de reprendre la main sur le territoire qu’elle avait patiemment défriché puis planté d’arbres, avant que les arrivistes (c’est à dire tous ceux qui aiment bien que leur point de chute soit déjà bâti avant qu’ils n’y mettent le pied) viennent l’occuper (ceci montrant bien que le domaine de la création répond aux mêmes lois que la conquête de l’Ouest, vous savez, comme le disait ce promeneur solitaire, le bon vieux coup qui consiste à s’emmerder à couper des arbres, faires des piquets, installer une barrière, se mettre au beau milieu de son terrain et dire “Ici, c’est chez moi”, et retrouver son beau territoire squatté dès qu’on revient du drugstore du coin où on a acheté quelques t-bones pour se faire un quatre heures).

Le problème, c’est qu’après les salves tirées par la concurence, il devient difficile de proposer quelque chose qui permette vraiment de pousser le bouchon plus loin, et on voit mal comment les scénaristes pourraient trouver encore des territoires jusque là inexplorer dans lesquels plonger leur art désormais totalement maîtrisé de la narration.

Le truc, c’est que le héros d’une bonne série, c’est quelqu’un qui doit avoir quelque chose à cacher, Dexter en est l’exemple masculin le plus évident, Bree Van de Kamp en est l’incarnation oestrogénée. Puisque la relation est censée s’installer sur la durée, il faut qu’on soit plus ou moins tenus en haleine, et tout doit nous pousser à nous demander “Dis donc, toi, qu’est ce que tu caches ?”. Mais une variante de ce principe est la complicité qu’il y a à partager un secret avec les personnages. C’est bien la seule chose qui pouvait faire qu”on reste un tout petit peu devant l’écran sur des propositions aussi mal réalisées que “Demain à la une”, par exemple.

C’est ce second principe qu’a choisi par HBO pour nous embarquer dans sa nouvelle narration. Un contexte : Détroit, “là où une rivière qui mène à l’échec prend sa source”;le fleuve du développement économique décrit au niveau de l’estuaire de la crise. Un personnage perd tout, sauf ses atouts naturels, et les dieux semblaient se douter quelque peu de cette destinée coquine, puisqu’ils l’ont doté d’un équipement qui vaut son pesant d’or, et qu’il pourrait bien vendre, et comme prof dans le public, ça paie pas très bien… …

Voila le principe de “Hung”. Dès le départ, on partage avec Ray son lourd secret. Et tout va tenir sur l’usage qu’il va en faire. Et bien sûr, une partie du plaisir va être liée à la double narration qui s’installe désormais dans ces séries : quelle sera la trajectoire de cet entraineur de basket ? Et comment les scénaristes vont ils réussir  mener cette barque (bien qu’en l’occurrence, il faille plutôt parler de paquebot). Et au delà de la série et de son arc narrative qui laisse songeur, évidemment, on ne peut que se demander, à l’avance, quel regard va être porté sur la toile de fonds du récit, le paysage économique dévasté, mettant en confrontation ceux qui bricolent pour donner aux fins de mois des contours moins aigus, et ceux qui peuvent s’offrir ces services que les plus fauchés sont enfin prêts à rendre lors des temps de crise.

La saison est lancée !

 

Dexter, ça tue.

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, MIND STORM, PROTEIFORM, SERIAL PORT Laisser un commentaire »27 juin 2007

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dexter.jpgDifficile de dire à l’avance ce qu’est une série “qui marche”. Déjà, il faudrait arriver à déterminer si c’est une série qui a du succès, ou si c’est une série qui présente un intérêt dans la courte mais volumineuse histoire des séries. Et ensuite, il est probable qu’une bonne série soit justement celle qui ne respecte pas les règles en vigueur. Cependant, plus encore qu’au cinéma, il semblerait qu’il y ait une règle, ou un principe qui fonctionne assez bien dans le monde des histoires épisodiques : une bonne série est une série qui nous parle finalement de nous.

Evidemment, c’est une évidence si on parle des grands classiques, des séries familiales comme la petite maison dans la prairie ou le Cowsby Show, dans lesquels on retrouvait finalement les affres grossis de n’importe quelle famille soucieuse de maintenir des valeurs qu’on dira “traditionnelles” dans un monde s’écartant peu à peu de ces valeurs. Mais c’est plus intéressant de se demander comment des séries moins familiales peuvent aussi nous parler de nous, et jouer le rôle de “miroir de la vie”.

Si Charles Ingalls est un miroir nous renvoyant une image idéale de nous même en vertueux patriarche, Dexter Morgan aurait plutôt tendance à être pour nous  ce que Martin Winckler appelle un “miroir obscur”. Tout dans la série (du moins dans sa première saison) est fait pour le séparer des humains tels que nous les “connaissons”. Le scénario, comme la voix off, comme la mise en scène le mettent “à part”, à tel point que ce Dexter semble être à la frontière de ce que nous appellons communément “humanité”. En termes simples, on pourrait dire qu’il fait partie des monstres que lui même pourchasse. Enfin, ça, c’est ce que pourrait dire quelqu’un qui lit le pitch de la série sans l’avoir vue, parce qu’en fait, Dexter est plongé dans un tel univers que l’effet produit ne consiste pas à nous le désigner comme monstrueux.

Tout d’abord, tout ceci se passe à Miami, ville que deux flics ont déjà immortalisée comme celle de la noirceur, des faux semblants artificiels, des bas-fonds soutenant un mauvais goût prononcé pour le bling-bling acheté au marché noir, ou chapardé à coup de gros calibres. S’acharnant sur ce lieu devenant à chaque fois plus mythique, Nip Tuck a enfoncé le clou en y installant son univers artificiel, son royaume de la supercherie et ses quêtes existentielles. Aujourd’hui, une série qui prend ses racines à Miami est une série dont les veines canalisent ce genre de sang : du non sens, du mauvais goût, de la dérive, du mensonge, de l’errance. Et tout personnage doté d’un minimum de conscience ne peut que s’y questionner. D’ailleurs, c’est bien là ce qui fait la distance entre les deux flics de Miami, qui sont tellement plongés dans ce fameux vice qu’ils ne s’en distinguent jamais vraiment (les seules respirations sont ces moments où les épisodes proposent ces lentes translations en bagnole, souvent nocturnes, toujours urbaines, sur fond de Foreigner ou de Phil Collins, moments pendant lesquels on ne prend cependant aucune altitude, on erre juste dans le paysage sans jamais pouvoir en sortir, comme si Miami était une île dans laquelle la seule issue provisoire était un moment de méditation au volant d’un cabriolet Ferrari, autoradio balançant à fond de la pop FM). Au 21ème siècle, Miami est toujours une île quand elle apparaît sur le petit écran. On s’en échappe toujours par la fiction, mais les scalpels ont remplacé les Ferrari. Mais la grosse différence, c’est que les méninges y turbinent sec : MacNamara est un regard conscient sur le monde qui l’entoure, suffisamment pour qu’il puisse prendre pour de bon ses distances avec lui. Dexter Morgan est un regard aiguisé sur son propre univers, en permanente distanciation, pour des raisons que lui même ne maîtrise pas, mais qui s’imposent à lui. Pour autant, toute l’astuce de la construction de la série consiste à jouer en permanence sur ces deux tableaux : Dexter est en même temps ce genre de grand frère idéal (ne serait ce que parce qu’il est invraissemblablement séduisant), et en même temps ce type qui est en permanence à la frontière de passer pour de bon “de l’autre côté”, et les scénaristes savent bien jongler avec l’espoir qu’a le spectateur de voir son héros rester du bon côté de la barrière, quand il lui fait croire par exemple qu’il a pu commettre un meurtre injuste sur la personne de l’ex de sa petite amie.

Mais c’est là que la série est pernicieuse et astucieuse : très vite, pour nous, Dexter reste du “bon côté” quand il ne fait que découper à la scie circulaire des criminels avérés. A ce prix là, il reste humain. Et pour autant, il n’est pas une nauséabonde résurrection de Charles Bronson, uniquement motivé par un idéal délirant et purificateur de vengeance contre les “méchants”. Peu à peu en effet, apparait cette évidence que ceux à qui Dexter s’en prend sont des individus comme vous, comme moi, des gens tels qu’on en croise des milliers chaque jour : un jeune, un psy, un couple. Toutes ces futures victimes sont simplement des “acteurs sociaux” qui ont bien appris leur leçon, jouent leur rôle tel qu’on leur a appris à le jouer et se permettent simplement quelques parenthèses libératrices de temps en temps, pour laisser échapper la pression. Dans le lot, Dexter est le seul à avoir une double caractéristique : d’une part, il ressent la pulsion de violence plus fort que n’importe quel autre, et elle n’apparait pas comme une sorte de caprice adulte, mais plutôt comme un “don” apparu très tôt et qui aurait été aiguisé par une éducation appropriée. D’autre part, chez Dexter, cet appétit pose question, et il cherche à en faire quelque chose, bien qu’il se sente très démuni par rapport à lui même. Mais qui ne l’est pas ? Voilà donc le terrain sur lequel Dexter Morgan nous tend un miroir dans lequel on n’aimerait pas tant que ça se reconnaître si notre image n’avait pas, en l’occurence, les traits assez attirants (quand meme…) de Michael C. Hall.

blood_detail_transp2.gifDouble, le héros l’est donc tout autant que nous, et il fait fréquemment penser à la manière dont Alien s’hybride quand il est conçu par Jeunet dans Alien 4, et qu’il prend les doubles traits d’un humain, et du monstre, selon l’angle sous lequel il est éclairé. Dexter a cette double manière d’être, et la série sait composer sa mise en scène de manière à être tout le temps dans ce double espace : humain / non humain (et quel meilleur territoire que Miami pouvait permettre celà ?), le summum de ce type de mise en scène, son point culminant étant sans doute le générique lui même qui joue totalement la carte de la permanente double lecture des images, et y habitue le spectateur.

Parce qu’évidemment, si on pense qu’une bonne série est une série qui parle de nous, ça implique qu’on doive considérer à un moment que nous avons une place à tenir dans la série. Et c’est peut être là qu’on reconnaît les grandes séries, et c’est peut etre là aussi ce qui en fait quelque chose de spécifique par rapport au cinéma : une série entre chez nous, nous accompagne et doit tenir compte du spectateur dans tout un tas d’aspects de sa vie quotidienne (la série s’invite chez les gens, alors que c’est le spectateur qui s’invite au cinéma). On en reparlera un jour, mais une des séries qui avait le mieux compris cela était Clair de Lune, dans laquelle on trouve sans doute le catalogue le plus complet de la prise en compte du spectateur dans le dispositif même de la série. En apparence, Dexter est plus simple : un récit a lieu sur l’écran, on le regarde de l’extérieur en y retrouvant par moments nos propres faiblesses, nos propres interrogations, nos propres angoisses, un peu comme Cecilia Sarkozy doit regarder Desperate Housewives en se disant “Bree van de Kamp, c’est moi”. Mais dans le cas de Dexter, le dispositif va plus loin, et n’est finalement dévoilé qu’à la fin du dernier épisode de la première saison : alors que Dexter a été à deux doigts que tout soit révélé, et que son secret soit enfin dévoilé aux yeux du monde (et d’une certaine manière, comme un Erwan venu dans la “maison” justement pour être libéré du poids du secret pour pouvoir échapper au faire semblant, il n’attend que ça), tout revient finalement à la normale, et il constate, avec résignation (il serait volontiers effaré, mais on manque d’aptitude aux sentiments rend cela impossible) que ses secrets resteront intacts. Il aimerait bien que Rita, sa petite amie, puisse l’entendre. Elle même espère pouvoir être cette oreille prête à recueillir ses secrets et ses démons. Mais il le dit lui même : “la réalité est toute autre : aucune être humain vivant ne peut entendre ma vérité“. Si on traduit : celui qui accueillerait la vérité de Dexter les bras ouverts, saurait ce qu’il est tout en continuant à le considérer non seulement comme humain mais plus encore comme un humain hautement désirable, peut être même plus désirable que les autres, celui serait serait un homme mort. Et c’est pourtant le cas de nous autres, qui regardons avidement cette série. Dexter ne trouve dans son monde aucune oreille compatissante, personne qui puisse partager avec lui ses pulsions. Harry a disparu, et Dexter est dans un monde sourd (on pourrait dire, du coup, ab-surde). Finalement, les seuls à qui il puisse s’adresser, les seuls qui l’entendent et qui seraient tout prets à l’accueillir (avec sans doute des motivations assez diverses…) sont finalement ceux qui le connaissent déjà de l’intérieur, et qui l’ont déjà accepté. Mais admettons celà : le seul qui dans le cadre de la série est capable d’accueillir Dexter comme son frère, c’est… son frère. Et pour l’accueillir ainsi, il faut qu’il soit animé des mêmes tourments, qu’il soit au moins aussi peu humain que lui. Et la phrase de Dexter se confirme vite : “Aucun être humain vivant ne peut entendre ma vérité”. En d’autres termes, selon le code que lui a inculqué Harry, tout être humain capable de voir Dexter comme humain est lui même inhumain.

En somme, si Dexter connaissait ses propres télespectateurs, il les tuerait sans doute tous. Et selon le dispositif propre à cette série, si nous autres, télespectateurs, sommes précisément ceux là qui savent qui il est (ce sont les tout premiers mots du premier épisode : “Ce soir, c’est le grand soir. Et ça va arriver, encore et encore… Il faut que ça arrive. Belle nuit. Miami est une ville formidable. J’adore la nourriture cubaine. Les sandwiches au porc. Mes préférés. Mais pour l’heure, j’ai faim d’autre chose. Le voilà…”, on est donc au parfum depuis la première minute), si nous avons été capables de l’accepter tel quel, sans aucune explication psychologique ou existentielle (elles n’arrivent que tard dans la saison, et finalement ne changent pas grand chose), si nous sommes donc ceux là, que cherche Dexter, et qui sont capables d’entendre sa vérité, c’est donc que nous sommes morts.

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