Archives pour la catégorie INTELLIGENT PORNO

Au village global, sans prétention, j’ai mauvaise réputation

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, INTELLIGENT PORNO, MIND STORM 5 commentaires »13 octobre 2009

Ainsi va la vie :

Jeudi 8 Octobre, 20h. : Frédéric Mitterrand, lauréat du casting organisé par la Présidence afin de trouver de nouveaux talents (à croire que la majorité en détient fort peu !), doit se défendre des accusations de pédophilie lancées à demi-mots (ou plutôt à double-mots, puisqu’on en rajoute à ceux que le ministre à lui même écrits, mais 091bc5440296cc0e41dd60ce22fbaf88-1en même temps, il faut avouer qu’il écrit à demi-mots précisément pour n’en pas dire assez, alors…) par une militante FN qui semble persuadée d’avoir, dans ses veines, un sang, un pur, abreuvant les sillons de son opportunisme, une digne fille de son père. Face à une Laurence Ferrari qui semblait assez embarassée de voir débarquer sur son plateau de JT un invité venu raconter sa souffrance d’homme mondain homo, menant une vie tellement douloureuse que seule la compagnie de jeunes éphèbes de 4O ans (éphèbe ? 40 ans ? En Thaïlande ?… …) pouvait le consoler. Elle n’osa pas lui dire qu’au moins, il avait les moyens d’aller se payer un peu de dépaysement à l’autre bout du monde. On se demande comment ils font, les homos pauvres, pour survivre en ce bas monde. Accessoirement, Dimanche, questionné sur le sort des jeunes afghans renvoyés dans leur pays, le même Frédéric Mitterrand répondait que c’était une question difficile et douloureuse. Décidément, cet homme souffre beaucoup, mais semble peu enclin à relativiser sa propre souffrance à la vue de celle des autres : il profite de la misère des autres parce qu’il souffre, et le retour peut être fatal des clandestins dans leur pays d’origine ne provoque pas d’autre réaction que le retour à la douleur morale que le gouvernement auquel il participe lui occasionne. On ne sait pas si le fait de consommer des amours tarifées constitue une perversion (enfin, on a une idée sur la question, tout de même), mais l’égocentrisme en constitue bien une, beaucoup plus répandue, certes, mais rarement poussée à ce point.
logo_marcdorcelBref, tout de même, résumons : Jeudi, F. Mitterrand se défend devant la France quasi entière, de graves accusations de pédophilie.
Vendredi soir, c’était pourtant de manière très décomplexée et non coupable que se fêtaient les 30 ans de carrière du producteur de films X, Marc Dorcel. Dans une ambiance que tous les participants trouvèrent bon enfant, on fêta comme il se doit l’évènement, achevant les collisions de trajectoires festives dans les tentes montées de ci de là autour du lieu de la fête, histoire sans doute de reconstituer à quelques uns les scènes les plus fameuses de la filmographie de Marc Dorcel. Détail intéressant : le dresscode, pour ces demoiselles, réclamait qu’elles se déguisent en écolières.
Comme on dit, nous y voila !
Autre détail amusant : Pierre Sarkozy, oui, le fils, pas le futur président de l’Epad, qui ne pourra se permettre cela qu’une fois accompli tout le brillant trajet que son père semble lui avoir écrit à l’avance, mais l’autre, le producteur, se trouvait à la fête, et il avait pour l’occasion revêtu une panoplie complète de gangsta rappeur, sans doute un hommage aux soutiens que son grand frère reçoit sur le secteur de Levallois…

Toujours est il qu’Alain Finkielkraut trouvera là de l’eau pour faire tourner son petit moulin médiatique: Vendredi matin, sur France Inter, devant des journalistes qui n’en attendaient pas tant, il affirmait que la partenaire de jeux de Polanski, droguée et contrainte à quelques pratiques peu fréquentes à l’âge de 13 ans n’était ni une fillette, ni une petite fille, ni une enfant. De ceci, il concluait que Polanski n’est pas pédophile. Belle argumentation, dont on aurait aimé qu’il en fît profiter l’humanité avant qu’il s’agisse de soutenir une célébrité. On est curieux de savoir, tout de même, s’il prétend vouloir faire descendre la majorité sexuelle à 12 ans pour tout le monde, ou si cela doit être réservé aux cas particuliers dans lesquels se rencontrent deux adultes, dont l’un est cinéaste célèbre, et l’autre une femme de 13 ans appréciant la sodomie lorsqu’elle est droguée. Accessoirement, on ne sait pas trop ce qu’est un être humain de 13 ans, Finkielkraut n’ayant pas jugé bon de pousser son analyse jusqu’à ce genre de précision.
Finalement, Polanski semble ne rien perdre de son pouvoir de destruction. On reste même pantois devant une telle aptitude à faire dire n’importe quoi à tous ceux qui tentent de prendre sa défense. On serait lui, on se tiendrait à distance de ses avocats, l’affaire semblant loin d’être gagnée.
Mais l’actualité est, tout compte fait ce qui, ces derniers jours, provoque des télescopages si violents qu’ils s’apparentent de plus en plus à des crash-tests. Et comme dirait Christine Boutin, il est probable que cela laisse quelques traces. Il est probable que cela constitue tout autant l’expression de ses aptitudes à la divination que de son secret espoir.

Decaydance

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, INTELLIGENT PORNO, POP MUSIC 2 commentaires »3 novembre 2008

Il y a, quelque part au nord de ce pays, un vrai spécialiste de ces choses là qui aurait pu, s’il avait poursuivi son blog, écrire cette chose là bien mieux que je ne le puis. Mais bon, comme il est occupé et que c’est une bonne chose qu’il le soit, tapons nous le boulot…

Il faut un jour que les grands esprits se rencontrent. Il était donc écrit qu’un jour ou l’autre, les Pet Shop Boys signeraient chez Kompakt.

Evidemment, pour la majorité des êtres humains peuplant cette planète, ça ne signifie pas grand chose, mais en gros, c’est comme si Maurice Ravel (un peu âgé) avait rencontré Pierre Schaeffer (encore très jeune) pour lui faire part de son intention d’intégrer l’Ircam (30 ans avant l’ouverture de cette structure, certes…). En gros, ce qui se fait de mieux en pop (oui, ce qui se fait de mieux, parce qu’il n’y a aucun autre groupe qui parvienne à synthétiser aussi puissamment ce qui constitua de tous temps la musique populaire : la détresse existentielle, la puissance d’expression et le détachement festif; je prétends que les Pet Shop Boys sont l’incarnation moderne de la tragédie grecque; Nietzsche aurait adoré) vient signer dans un des labels les plus pointus en matière de musique contemporaine. Autant dire que l’association était inespérée, mais qu’elle vient signer l’exigence du duo anglais et le sens du repérage du label allemand.

Collaboration au long terme, ou simple coup sans lendemain ? On le verra quand l’album du duo sortira en début d’année prochaine. Mais pour un coup d’essai, c’est un coup réussi : reprise d’un titre méconnu d’un groupe des années 80, the Passions : « I’m in love with a german film star », jusque là repris par les Foo Fighters. , collaboration avec la photographe, vidéaste Sam Taylor-Wood, qui a déjà été choriste pour les Pet Shop Boys, mais chante ici en première ligne, et une avalanche de remix, tous produits par la crème de chez Kompakt : Gui Boratto avant tout). Bref, « best of both worlds » une fois encore, pour un résultat totalement maîtrisé : pas d’approximations de production, réorchestration cohérente et prenante, et pour achever le tout, un clip tellement minimaliste qu’il en devient ce genre d’objet qui comble au delà des attentes.

D’ailleurs, le clip est en totale cohérence avec le travail vidéo de Sam Taylor-Wood, qui joue souvent avec les habitudes de notre sensibilité sollicitée en permanence par de multiples stimuli. Elle a tendance pour sa part à priver nos sens de certaines de leurs sources pour mieux focaliser l’attention sur d’autres, même si il faut pour cela susciter une certaine frustration. Ici, c’est notre habitude du mouvement qui sera frustrée, car le clip est quasi totalement statique. Une expérience proche avait été tentée par cette même artiste, quand le projet vidéo « Destricted » l’avait contactée pour réaliser l’un des courts métrages qui allaient ensuite former une proposition pornographique alternative. « Death Valley » est un court métrage mettant en scène un onanisme tout relatif, car s’il n’engage qu’un seul être humain, il branche néanmoins celui ci sur la planète toute entière dans ce point le plus bas que connaissent les Etats Unis, au creux de la terre pour ainsi dire, dans un ensemencement qui a tout de primal.

Evidemment, vous ne verrez ci dessus que l’introduction de ce court métrage, la suite ne serait pas diffusable sans un avis préalable à la population qui éloignerait les utilisateurs d’internet qui se trouveraient être mineurs. Mais peu importe, l’essentiel est déjà là dans cette introduction : minimalisme, réduction de la narration à rien, détournement des codes habituels du genre, sensibilité tellurique; Sam Taylor-Wood montrait alors dans quel univers décalé elle gravitait. Voila que des galaxies lointaines entrent en collision les unes avec les autres. On sait que c’est comme ça que naissent des mondes.

C’est la guerre (qui est aussi le titre d’un très bon bouquin de Calaferte, que nos cerveaux innocemment enfants devraient peut être lire).

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", INTELLIGENT PORNO, MIND STORM Laisser un commentaire »15 septembre 2008

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Puisqu’on a quand même failli se foutre joyeusement sur la gueule avec les russes (ce qui est bien, au moins, c’est qu’on arrive a écrire et lire des phrases dignes des plus antisoviétiques des épisodes de James Bond tout en ayant l’air tout à fait sérieux: il y a trois mois, celui qui aurait écrit des choses pareilles aurait eu l’air d’un abruti, ou d’Hibernatus, ce qui montre bien à quel point faibles sont les choses humaines (à se demander si il ne vaudrait pas mieux s’en remettre à des choses plus éternelles, et peut être bien que la visite de B16 (on dirait le nom d’un bombardier (d’ailleurs, c’EST le nom d’un bombardier !) n’aurait pas un peu pour but de nous faire saisir qu’il va être temps de s’en remettre à autre chose qu’à la réalité (mais on y reviendra)), puisqu’on en est au point où il faut remercier Oppenheimer et sa bande de joyeux bricoleurs de nous avoir mis en main ce qui, simultanément, nous retient de déclarer la guerre, et permet à d’autres de profiter de l’impossibilité de déclarer la guerre, il est peut être temps de se faire de nouveau à la guerre.

Le problème, c’est qu’on y est tellement habitués sur les écrans, que finalement, on ne suppose même plus que la guerre puisse être, aussi, une réalité de terrain (on en est au point où il faut emmener les familles des militaires sur le théâtre des opérations pour qu’ils puissent y croire. Autant dire que si on avait fait ça lors de la première guerre mondiale, les tour operators auraient trouvé là un filon à exploiter et on aurait vu fleurir autour des tranchées des chaînes hôtelières aptes à accueillir toutes les familles venir vérifier de leurs yeux que oui oui, la guerre tue, et c’est pour ça qu’on y envoie nos fistons.

Complètement par hasard, je suis tombé sur cette oeuvre de l’artiste contemporaine Orlan intitulé, (comme il se doit) « L’origine de la guerre ». J’étais plus habitué à son travail effectué sur elle même, qui n’est pas sans intérêt, qui est même au delà de ces petites préoccupations mesquines qui nous animent (sera-ce bientôt la guerre ? Pourquoi sent on cette espèce de fébrilité et ces tremblements de doigt sur la gâchette ? Ne serait ce pas là une certaine solution à  nos petits problèmes de croissance (la seule solution connue, en fait, je crois)? etc.), mais cette oeuvre ci, bien qu’un peu « facile » dans son détournement, m’a semblé correspondre à ce qu’on est en train de vivre : mélange de survie (mine de rien, il en va de notre énergie, et en être privés, ou voir son prix augmenter pourrait nous nuire) et de testostérone, notre potentiel destructeur est là, à la croisée des chemins désignée par ce pylone dressé au beau milieu de notre paysage. Orlan voit, derrière la petite provoc’, assez juste finalement.

Et du coup, tout ça m’a fait penser à l’énergie dansante des années 80′, où des groupes tels que Frankie Goes to Hollywood lançaient sur les ondes des appels radio au crashtest des civilisations. « I’m working for the black gas », disaient ils tranquillement tandis qu’en arrière plan les basses jouaient les orgues de Staline et les boites à rythme pilonnaient dans une énergie toute sexuelle le territoire.

When two tribes go to war, voila (avec, bien sûr, notre spiritualité naissante (et dont on va bien avoir besoin (à défaut de pouvoir d’achat, de l’opium gratos, c’est pas mal aussi)) et l’incontournable progéniture datienne) notre prochaine story. Et pour une fois, il est fort possible que celle ci rejoigne l’Histoire. Halleluiah !

Switch off your shield.

Unknown territories

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, HYBRID, INTELLIGENT PORNO 2 commentaires »3 septembre 2008

Un été (un été ? Quel été ? Il semblerait qu’il faille fissa changer la définition de ce mot, tant sa description laroussienne (du dictionnaire Larousse, et non de la chanteuse Larusso) semble éloignée du laps de temps vaguement situé entre Juin et Septembre : météorologiquement, autant dire que la dose de soleil semble réduite à sa portion congrue, et pour ce qui concerne les congés payés, il semblerait que quelques détails économiques les remettent en question (ce qui constitue, après tout, une assez bonne opportunité de les remettre en question dans le droit du travail aussi (hypothèse non crédible ? On parie ?))) et un déménagement plus loin, voici les affaires qui reprennent, et le blog qui va être arrosé de nouveau. L’absence fait autant de bien que l’alimentation régulière de cette colonne, et permet de prendre un peu de recul, et ce d’autant plus que l’ »été » nous aura montré que nos questionnements politiques ne sont finalement pas si actuels que ça, puisque la configuration globale du monde semble bel et bien, finalement, toujours fondée sur l’idée qu’il y a un mur entre des blocs dont les intérêts semblent devoir irrémédiablement diverger. Contrant toutes les promesses menaces de la mondialisation, nos affaires communes semblent être toujours barrées de deux grands traits, le premier séparant classiquement l’Est et l’Ouest, comme on s’y est habitués, le second le Sud et le Nord, comme on s’y habitue tout autant. Une grande croix est donc tracée sur Terre, et on ne sait trop si cela doit être interprêté comme une élection venue de l’au delà, ou comme une décision collective et humainement autonome de nous rayer nous mêmes de la carte.

Voila qui rend le polichinelle du tiroir datien bien anecdotique, voila qui rend les « comme si de rien n’était » parfaitement superficiels, (bien que stratégiques, mais ça montre bien à quel niveau se déploie la stratégie politique française, alors que nous en serions presque à remercier les pères créateurs de la bombe atomique pour leurs bonnes oeuvres, parce que, mine de rien, si on n’était pas armés jusqu’aux dents de bombes dont on peine à imaginer leurs effets, sans doute la troisième guerre mondiale aurait elle été déclarée cet « été » (et vu comment nous avons du mal à supporter la mort de dix soldats (bien sûr, quand un des arguments du départ en Afghanistan fut sans doute le fait que cette mission permettrait de payer la Laguna coupé qui va bien, le retour les pieds devant doit « un peu » faire regretter de ne pas avoir coché la case « assurance » de l’emprunt qu’on comptait rembourser grâce à cette période de service à l’étranger, parce que là comme ailleurs, nous en sommes là, n’est ce pas ?), il semblerait que nous soyons devenus singulièrement inaptes à la guerre))). Plaise aux muses que cela permette à ce blog de trouver une inspiration un peu plus élevée qu’elle ne le fut la saison dernière. Mieux vaudrait explorer de nouveaux territoires, puisque, quoi qu’il arrive, il semblerait bien que nos paysages doivent changer radicalement, tôt ou tard.

Et pour commencer l’année d’un bon pied, quel meilleur territoire explorer que celui du corps des autres ? J’avais un peu exploré de nouveau les fragments du discours amoureux de Barthes, et je suis tombé tout récemment sur ce clip de Fatboy Slim, accompagné de Dizzee Rascal, tous deux encadrant de manière énergique la voix de David Byrne (ah, voila qui est parfait, les occasions de fusion et d’effusion se font rares ces temps ci, et on a l’impression de bénéficier du « best of both worlds », sentiment pas si fréquent que ça. Ajoutons que le clip est juste parfait. Sans doute à cause de mes lectures, les signes accompagnant les corps m’ont tout de suite reconnecté à Barthes. Je ne suis pas sûr de ne pas plaquer sur le mini film des intentions qui n’y sont pas du tout. Peu importe. Le morceau est déjà une hybridation joyeuse, rien n’empêche de pousser le mélange encore plus loin.

Et puisque le clip met en scène le corps des autres, accompagné des signes qui servent à le cacher au moment même où on le montre, j’envoie le lecteur vers quelques lignes barthiennes, soit « le corps de l’autre » dans les fragments d’un discours amoureux :

« Parfois une idée me prend : je me mets à scruter longuement le corps aimé (tel le narrateur devant le sommeil d’Albertine). Scruter veut dire fouiller : je fouille le corps de l’autre, comme si je voulais voir ce qu’il y a dedans, comme si la cause mécanique de mon désir était dans le corps adverse (je suis semblable à ces gosses qui démontent un réveil pour savoir ce qu’est le temps). Cette opération se conduit d’une façon froide et étonnée; je suis calme, attentif, comme si j’étais devant un insecte étrange, dont brusquement je n’ai plus peur. Certaines parties du corps sont particulièrement propres à cette observation : les cils, les ongles, la naissance des cheveux, des objets très partiels. Il est évident que je suis alors en train de fétichiser un mort. La preuve en est que, si le corps que je scrute sort de son inertie, s’il se met à faire quelque chose, mon désir change; si par exemple, je vois l’autre penser, mon désir cesse d’être pervers, il redevient imaginaire, je retourne à une Image, à un Tout: de nouveau, j’aime. »

Je relis ces lignes, et je me dis soudainement que cela pourrait tout aussi bien parler de fist fucking, traçant le territoire de ces stratégies d’exploration de l’autre, et leurs frontières, aussi. Du coup, il me semble que l’ordonnance sera davantage complète en jetant un coup d’oeil au passage que Barthes consacre au strip tease dans ses mythologies.

Dévoilements incomplets, entretien du désir (non pas fixé sur soi, mais du désir, dans ce qu’il a toujours d’ »au-delà »), voila un bon programme pour la rentrée d’un blog. Les affaires reprennent.  

 

Cette non-femme est l’avenir de l’homme.

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, HYBRID, INTELLIGENT PORNO, MIND STORM, SCREENS 2 commentaires »8 septembre 2007

Il y a des faits d’armes qui rendent ceux qui en sont les auteurs comme définitivement intouchables, comme sacrés. Ceux qui ont donné de leur personne pour libérer leurs plus ou moins semblables font partie de cette catégorie d’être humains auprès desquels nous autres, pauvres mortels trop préoccupés par nos propres petites affaires, paraissons un petit peu modestes, un peu comme si on n’était pas fabriqués à la même échelle. Normalement, être nous mêmes si petits, et en savoir certains autres si grands devrait nous pousser à demeurer modestes, à ne pas trop nous la ramener. Normalement.

Je devais placer cette petite intro, là, parce que je vais être en désaccord avec Didier Lestrade, dans les lignes qui viennent. Et ça m’embête un peu d’être en désaccord avec lui, parce que ça devient un truc un peu à la mode ces derniers mois, et que je trouve la manière dont on lui tombe dessus pas très « reconnaissante ».

Mais là aussi, on a bien appris sa leçon, et on a la mémoire courte.

Alors, c’est avec toutes les précautions d’usage que je vais, un peu, être en désaccord avec lui.

Tout d’abord, je vais le dire : il faut lire Didier Lestrade. Dans un paysage littéraire où l’homosexualité est encore souvent portraitisée d’une manière digne de l’exposition des monstres dans les foires au début du 20eme siecle, ou alors comme une sorte de force obscure engageant ceux qui en sont porteurs dans une destinée nécessairement ombrageuse, ses livres ont le talent de proposer une vision légère de l’homosexualité, (non pas que la situation de l’homosexuel ne soit pas problématique, mais on ne peut pas non plus affirmer que par essence, il soit définitivement condamné à une quelconque malédiction) tout en parvenant à garder la mémoire sur un parcours qui a du traverser pas mal de dangers, tant politiques que sanitaires. Et quoi qu’on puisse penser de son tout dernier livre, Act Up, une histoire demeure pour moi un véritable livre de témoignage, assorti d’une vraie réflexion sur la politique, au sens noble, et les titres suivants constituent une voix rare dans le « milieu », une voix soucieuse de transmettre, de constituer une filiation, un héritage, de passer un relais culturel. Cherchez bien, par les temps qui courent, c’est plutôt rare.

buckangel0206_01.jpgEt pourtant, pardois, Didier Lestrade se trompe. Mais peut être pas pour les raisons pour lesquelles on l’attaque. Ainsi, dans son dernier livre, Cheik – Journal de campagne, écrit il à propos du film Cirque noir : « Le pire qui me fut donné de voir, c’est cet atroce film de Titan, Cirque noir, où des mecs baraqués commencent une scène de sexe, bientôt rejoints par un autre mec baraqué qui, pour une raison étrange, garde son pantalon -ce qui est assez rare dans la pornographie. Plus tard il finit par se déshabiller et on découvre, horreur, que ce mec viril a un vagin. Quand j’ai vu ça l’effet a été tellement débandant que je n’ai pas pu me branler pendant trois jours. » Pour ce qui est de la description, rien à redire. Pour ce qui est du jugement en revanche, on peut le discuter.

Parce que finalement, c’est quoi le problème ? C’est celui de la déception. Un film porno est fait pour satisfaire une attente, qui peut être plus ou moins complexe. En ce sens, le film X fonctionne sur celui qui en est amateur exactement comme Taxi 4 le fait sur l’amateur de poursuites beaufs en bagnole customisée : on sait ce qu’on vient voir, et théoriquement le film est fait pour mettre fin à cette attente. Le rendez vous est donc balisé, le scenario de la rencontre est fixé d’avance. Dans le film Cirque noir, la donne est un peu bouleversée quand, sur la fin, le personnage décrit par Lestrade apparait pour ce qu’il est : un transexuel F2M, une femme qui a entamé un bouleversement suffisamment profond de son corps pour qu’en fait, on ne se soit pas douté une seule seconde que c’était une femme qui était à l’écran. Sauf que même sur ce terrain, on reste en quelque sorte sur sa faim, car la transformation n’est pas achevée : l’acteur(rice) est un homme avec des organes sexuels féminins. Et à moins d’appuyer sur la touche « stop » de la télécommande, il va bien falloir s’y faire.

Mesdames, Messieurs, let me introduce you to Buck Angel, être humain qui ne rentre pas facilement dans nos catégories habituelles : ni homme mi femme, n’ayant pas l’intention de pousser plus loin la transformation déjà bien avancée, en d’autant plus parfaite possession de ses moyens qu’elle les a pleinement choisis, constitués, mis en place, batis. Face à nous autres, qui nous sommes résignés à nous contenter de ce que notre corps a comme atouts, et à « faire avec », Buck Angel a pris les choses en mains et s’est construit un corps sur mesure, parfaitement ajusté à la place qu’elle prend dans le monde. Bon, le problème, c’est que c’est pour nous autres tellement sidérant qu’on a un peu l’impression qu’il(elle) est nulle part, ou ailleurs. Et si on suit bien Lestrade, on dirait bien qu’il n’avait pas vraiment pris ce rendez vous sur son écran.

main.gifEn fait, il y a deux malentendus, l’un est lié au porno lui même, l’autre est lié au cheminement que prend l’humanité. Le porno, tout d’abord, peut, comme tout type de film, être réduit au contentement qu’il est censé produire : sur n’importe quel site vendant ce genre de produit, les films sont classés selon le contenu des scènes. Ainsi, le spectateur sait qu’il aime voir tel ou tel type d’acte, dans tel ou tel type de décor, avec tel ou tel type d’acteurs. Ca va même assez loin dans le détail, et le paramétrage efficace du moteur de recherche doit théoriquement amener à la satisfaction. C’est efficace, mais ça ne correspond pas tout à fait à la manière dont fonctionne le désir : quand tout est prévu d’avance, il s’agit plutôt de simple manque et de consommation. Rien de plus. Le désir a une part de déséquilibre, d’imprévu, de danger, de remise en question, de « pas voulu » qui flirte dès lors avec la déception : le désir est l’expression de ce qui, en nous, en veut davantage, et même plus encore : c’est ce qui en nous veut obtenir ce qu’on ne sait même pas vouloir, ce qui veut découvrir en nous mêmes des sources insoupçonnées de satisfaction. Un seul ciel ne suffit pas à étancher la soif du désir, et si le septième ciel lui est promis, un huitième sera alors nécessaire pour l’animer. L’irruption de Buck Angel est une des rares choses qui permettent au porno de remplir encore en de rares moments d’exception ce rôle de détournement de plaisir, et ça se paie évidemment au prix d’un léger inconfort, d’un certain malaise, exactement comme, parfois, on peut être embarqué dans un truc pas prévu, qu’on y va quand même, sans trop savoir si on est consentant, en se disant « Oh merde », mais on y va quand même parce que la fascination est plus forte que tout.

Le second malentendu, il se trouve peut être sur l’être humain lui même et sur la manière dont on le conçoit. Evidemment, Buck Angel explose littéralement toute conception admise de ce qu’est un homme. Evidemment, il(elle) s’apparente facilement à un hybride tel qu’on est à la frontière de l’inhumain. Tod Browning serait encore de ce monde, il appellerait Buck pour lui offrir un rôle de premier plan dans Freaks. Autant dire que Cirque noir lorgne d’ailleurs allègrement vers l’ambiance circatienne du film de Browning, sans parvenir pendant sa majeure partie à lui arriver à la cheville. Ce n’est que dans cette dernière scène, scabreuse à souhait, que le trouble peut toucher le spectateur. Mais de la même manière que Freaks va, en éclaireur, définir sur de nouvelles bases ce que c’est qu’un être humain, et élargir le champ des possibles en la matière, Cirque Noir éclaire pour nous un aspect de l’humanité que nous ne connaissions pas encore, et ouvre à l’humanité des perspectives insoupçonnées.

buckangel0206_05.jpgNous sommes donc, y compris les meilleurs d’entre nous, attachés aux choses telles que nous les connaissons. L’Autre, dans toute sa différence, nous effraie et nous l’évitons. Pour autant, cet Autre est là, et plus on l’évite, plus il s’impose à nous, par provocation semble t il. Mais c’est dans notre refus, dans notre attitude braquée que se situe la véritable source de la provocation. Alors Didier Lestrade, sans doute parce qu’il nous aime, s’inquiète de voir la génération suivante partir sur des tracés qui n’avaient été, jusque là, parcourus. On ne peut nier le caractère dangereux de ces trajectoires vierges. Mais de la même manière que l’humanité a toujours envoyé des éclaireurs sur des territoires inconnus, au delà des mers, en orbite autour de la Terre, sur la Lune, Buck Angel est pour nous un éclaireur envoyé dans notre futur, dans ce que nous ne sommes pas encore. Le rejet est compréhensible, car on ne peut que s’inquiéter quand nous investissons un territoire qui jusque là n’existait pas, si ce n’est en tant que fantasme, ou comme cauchemar. Mais peut être devons nous une certaine reconnaissance envers ceux qui nous devancent, qui ont le courage (parce que, quand même, il faut se lancer…) de mettre les pieds là où nous n’avons pas osé nous rendre, oubliant ainsi de satisfaire les désirs déjà répertoriés.

Finalement, nous avons là entre ces deux extrêmes que sont Lestrade et Angel, les deux pôles entre lesquels nous sommes en tension, et qui nous constituent : un passé dont nous avons tout motif d’être fiers, et pour lequel nous pourrions avoir un minimum de reconnaissance, et un à-venir qui est notre nouvelle perspective et notre future fierté, qu’on ne peut dès lors pas déjà rejeter, qu’on se doit même d’accueillir, car il pourrait être notre héritier dans la famille des mal-aimés. Nos élites ont finalement ceci d’insidieux qu’elles peuvent nous écarteler, et dans une certaine mesure, cette déchirure est aussi une expression de notre désir.

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