Au village global, sans prétention, j’ai mauvaise réputation
Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, INTELLIGENT PORNO, MIND STORM 5 commentaires »13 octobre 2009Ainsi va la vie :
Jeudi 8 Octobre, 20h. : Frédéric Mitterrand, lauréat du casting organisé par la Présidence afin de trouver de nouveaux talents (à croire que la majorité en détient fort peu !), doit se défendre des accusations de pédophilie lancées à demi-mots (ou plutôt à double-mots, puisqu’on en rajoute à ceux que le ministre à lui même écrits, mais
en même temps, il faut avouer qu’il écrit à demi-mots précisément pour n’en pas dire assez, alors…) par une militante FN qui semble persuadée d’avoir, dans ses veines, un sang, un pur, abreuvant les sillons de son opportunisme, une digne fille de son père. Face à une Laurence Ferrari qui semblait assez embarassée de voir débarquer sur son plateau de JT un invité venu raconter sa souffrance d’homme mondain homo, menant une vie tellement douloureuse que seule la compagnie de jeunes éphèbes de 4O ans (éphèbe ? 40 ans ? En Thaïlande ?… …) pouvait le consoler. Elle n’osa pas lui dire qu’au moins, il avait les moyens d’aller se payer un peu de dépaysement à l’autre bout du monde. On se demande comment ils font, les homos pauvres, pour survivre en ce bas monde. Accessoirement, Dimanche, questionné sur le sort des jeunes afghans renvoyés dans leur pays, le même Frédéric Mitterrand répondait que c’était une question difficile et douloureuse. Décidément, cet homme souffre beaucoup, mais semble peu enclin à relativiser sa propre souffrance à la vue de celle des autres : il profite de la misère des autres parce qu’il souffre, et le retour peut être fatal des clandestins dans leur pays d’origine ne provoque pas d’autre réaction que le retour à la douleur morale que le gouvernement auquel il participe lui occasionne. On ne sait pas si le fait de consommer des amours tarifées constitue une perversion (enfin, on a une idée sur la question, tout de même), mais l’égocentrisme en constitue bien une, beaucoup plus répandue, certes, mais rarement poussée à ce point.
Bref, tout de même, résumons : Jeudi, F. Mitterrand se défend devant la France quasi entière, de graves accusations de pédophilie.
Vendredi soir, c’était pourtant de manière très décomplexée et non coupable que se fêtaient les 30 ans de carrière du producteur de films X, Marc Dorcel. Dans une ambiance que tous les participants trouvèrent bon enfant, on fêta comme il se doit l’évènement, achevant les collisions de trajectoires festives dans les tentes montées de ci de là autour du lieu de la fête, histoire sans doute de reconstituer à quelques uns les scènes les plus fameuses de la filmographie de Marc Dorcel. Détail intéressant : le dresscode, pour ces demoiselles, réclamait qu’elles se déguisent en écolières.
Comme on dit, nous y voila !
Autre détail amusant : Pierre Sarkozy, oui, le fils, pas le futur président de l’Epad, qui ne pourra se permettre cela qu’une fois accompli tout le brillant trajet que son père semble lui avoir écrit à l’avance, mais l’autre, le producteur, se trouvait à la fête, et il avait pour l’occasion revêtu une panoplie complète de gangsta rappeur, sans doute un hommage aux soutiens que son grand frère reçoit sur le secteur de Levallois…
Toujours est il qu’Alain Finkielkraut trouvera là de l’eau pour faire tourner son petit moulin médiatique: Vendredi matin, sur France Inter, devant des journalistes qui n’en attendaient pas tant, il affirmait que la partenaire de jeux de Polanski, droguée et contrainte à quelques pratiques peu fréquentes à l’âge de 13 ans n’était ni une fillette, ni une petite fille, ni une enfant. De ceci, il concluait que Polanski n’est pas pédophile. Belle argumentation, dont on aurait aimé qu’il en fît profiter l’humanité avant qu’il s’agisse de soutenir une célébrité. On est curieux de savoir, tout de même, s’il prétend vouloir faire descendre la majorité sexuelle à 12 ans pour tout le monde, ou si cela doit être réservé aux cas particuliers dans lesquels se rencontrent deux adultes, dont l’un est cinéaste célèbre, et l’autre une femme de 13 ans appréciant la sodomie lorsqu’elle est droguée. Accessoirement, on ne sait pas trop ce qu’est un être humain de 13 ans, Finkielkraut n’ayant pas jugé bon de pousser son analyse jusqu’à ce genre de précision.
Finalement, Polanski semble ne rien perdre de son pouvoir de destruction. On reste même pantois devant une telle aptitude à faire dire n’importe quoi à tous ceux qui tentent de prendre sa défense. On serait lui, on se tiendrait à distance de ses avocats, l’affaire semblant loin d’être gagnée.
Mais l’actualité est, tout compte fait ce qui, ces derniers jours, provoque des télescopages si violents qu’ils s’apparentent de plus en plus à des crash-tests. Et comme dirait Christine Boutin, il est probable que cela laisse quelques traces. Il est probable que cela constitue tout autant l’expression de ses aptitudes à la divination que de son secret espoir.

Et pourtant, pardois, Didier Lestrade se trompe. Mais peut être pas pour les raisons pour lesquelles on l’attaque. Ainsi, dans son dernier livre, Cheik – Journal de campagne, écrit il à propos du film Cirque noir : « Le pire qui me fut donné de voir, c’est cet atroce film de Titan, Cirque noir, où des mecs baraqués commencent une scène de sexe, bientôt rejoints par un autre mec baraqué qui, pour une raison étrange, garde son pantalon -ce qui est assez rare dans la pornographie. Plus tard il finit par se déshabiller et on découvre, horreur, que ce mec viril a un vagin. Quand j’ai vu ça l’effet a été tellement débandant que je n’ai pas pu me branler pendant trois jours. » Pour ce qui est de la description, rien à redire. Pour ce qui est du jugement en revanche, on peut le discuter.
En fait, il y a deux malentendus, l’un est lié au porno lui même, l’autre est lié au cheminement que prend l’humanité. Le porno, tout d’abord, peut, comme tout type de film, être réduit au contentement qu’il est censé produire : sur n’importe quel site vendant ce genre de produit, les films sont classés selon le contenu des scènes. Ainsi, le spectateur sait qu’il aime voir tel ou tel type d’acte, dans tel ou tel type de décor, avec tel ou tel type d’acteurs. Ca va même assez loin dans le détail, et le paramétrage efficace du moteur de recherche doit théoriquement amener à la satisfaction. C’est efficace, mais ça ne correspond pas tout à fait à la manière dont fonctionne le désir : quand tout est prévu d’avance, il s’agit plutôt de simple manque et de consommation. Rien de plus. Le désir a une part de déséquilibre, d’imprévu, de danger, de remise en question, de « pas voulu » qui flirte dès lors avec la déception : le désir est l’expression de ce qui, en nous, en veut davantage, et même plus encore : c’est ce qui en nous veut obtenir ce qu’on ne sait même pas vouloir, ce qui veut découvrir en nous mêmes des sources insoupçonnées de satisfaction. Un seul ciel ne suffit pas à étancher la soif du désir, et si le septième ciel lui est promis, un huitième sera alors nécessaire pour l’animer. L’irruption de Buck Angel est une des rares choses qui permettent au porno de remplir encore en de rares moments d’exception ce rôle de détournement de plaisir, et ça se paie évidemment au prix d’un léger inconfort, d’un certain malaise, exactement comme, parfois, on peut être embarqué dans un truc pas prévu, qu’on y va quand même, sans trop savoir si on est consentant, en se disant « Oh merde », mais on y va quand même parce que la fascination est plus forte que tout.
Nous sommes donc, y compris les meilleurs d’entre nous, attachés aux choses telles que nous les connaissons. L’Autre, dans toute sa différence, nous effraie et nous l’évitons. Pour autant, cet Autre est là, et plus on l’évite, plus il s’impose à nous, par provocation semble t il. Mais c’est dans notre refus, dans notre attitude braquée que se situe la véritable source de la provocation. Alors Didier Lestrade, sans doute parce qu’il nous aime, s’inquiète de voir la génération suivante partir sur des tracés qui n’avaient été, jusque là, parcourus. On ne peut nier le caractère dangereux de ces trajectoires vierges. Mais de la même manière que l’humanité a toujours envoyé des éclaireurs sur des territoires inconnus, au delà des mers, en orbite autour de la Terre, sur la Lune, Buck Angel est pour nous un éclaireur envoyé dans notre futur, dans ce que nous ne sommes pas encore. Le rejet est compréhensible, car on ne peut que s’inquiéter quand nous investissons un territoire qui jusque là n’existait pas, si ce n’est en tant que fantasme, ou comme cauchemar. Mais peut être devons nous une certaine reconnaissance envers ceux qui nous devancent, qui ont le courage (parce que, quand même, il faut se lancer…) de mettre les pieds là où nous n’avons pas osé nous rendre, oubliant ainsi de satisfaire les désirs déjà répertoriés.