Archives pour la catégorie D’AUTRES MONDES

Hors jeu

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM Laisser un commentaire »20 novembre 2011

On l’aura peut-être noté, il y a peu de publications dans les environs ces temps ci.

Comme on n’aime pas porter soi même le poids de ses responsabilités (ce qui signifie en somme qu’on n’est pas très responsable), on dira que c’est la faute des heures supplémentaires qui deviennent monnaie courante dans l’éducation nationale. 5h30 en supplément au tableau de bord de ma pointeuse cette année. Ca n’a l’air de rien, comme ça, mais c’est un quart de poste, ce qui signifie qu’un quart de chercheur d’emploi a le droit de m’en vouloir à mort, mais aussi qu’un quart de mon compte en banque me dit merci. C’est ainsi qu’on nous tient. On nous tiendrait pas les couilles, ça ne serait pas plus douloureux.
Du coup, plus trop de temp pour écrire.

Pire, même plus vraiment de temps pour penser. Et on finit par se demander si ça n’est pas là le véritable but de l’opération : que, déjà, on soit prêt à accepter cette compromission politique; qu’on soit de plus capable de penser que c’est plutôt plaisant, ces heures sup’ défiscalisées, qu’on soit même presque tentés d’espérer, dans les moments de faiblesse, que ça ne soit pas remis en question. On nous donne évidemment bonne conscience : à strictement parler, le boulot que j’effectue lors de mes heures supplémentaires est constitué de missions qui ne seraient pas proposées à quelqu’un d’autre si je ne les prenais pas en charge : initiation à ma discipline pour des classes qui ne l’ont pas au programme, aussi bien en seconde qu’en première, suivi d’une classe dans leur préparation de TPE, etc. Armé de ma seule bonne conscience, puisque j’ai vendu la mauvaise au diable, je peux me livrer consciencieusement à la correction des copies produites, en flux tendu, par mes 250 élèves dont, Dieu merci, seuls 180 suivent un cursus qui nécessite que je les évalue de manière très régulière. Ca permet de remercier Dieu une deuxième fois de faire partie de ces quelques spécimens qui n’ont besoin que de quelques rares heures de sommeil chaque nuit, et qui à cause de cela mourront jeunes, ce qui leur évitera pas mal de déconvenues concernant la possible perte progressive de sens du mot « retraite ».

Force est de reconnaître que, de toute façon, il devient inutile de penser un cours des choses qui semble se passer fort bien de toute intelligibilité, dans un monde qui nous susurre déjà à l’oreille qu’il n’a en fait plus vraiment besoin de nos services, ni pour travailler, ni pour consommer, et bien moins encore pour le penser. A partir du moment où tout peut arriver, à partir du moment où, mieux encore, tout et n’importe quoi arrive réellement, à partir du moment où tout devient simultanément tout à fait conforme aux prédictions qu’on pouvait effectuer mais aussi totalement absurde (au moment donc où on doit bien admettre que l’absurdité présente était en fait tout à fait prévisible, ce qui en dit long sur notre aptitude à ne pas vouloir regarder les choses en face, et à préférer tenir quelques propos narquois et sarcastiques, comme si on en était de lointains observateurs suffisamment dégagés du cours des choses pour pouvoir se permettre d’en parler sur le seul mode de l’ironie.

Bilan : depuis quelques temps, pas beaucoup d’articles, tout ça parce que le temps manque.

Je profite d’une franche saturation dans les copies pour lancer la mise en ligne de quelques petites choses que j’avais tout de même en stock depuis quelques temps. J’en profite pour apprendre à faire court. De toute façon, il paraitrait qu’aujourd’hui plus personne ne lit de longs textes. Faut-il s’y faire comme on se fait à tout le reste ? On n’en a pas vraiment l’intention, mais il est probable que, sur ce versant ci du monde, les articles se fassent plus courts. Dans l’outre-monde, où les affaires suivent leur cours plus normal, on conserve une aptitude au développement un peu excessive, mais c’est tout à fait volontaire.

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Windows 54 2.0

Par Youri Kane Catégorie : 24 FPS, CINEMATOGRAF, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, SCREENS Laisser un commentaire »24 janvier 2011

Ne parvenant pas travailler simultanément au four et au moulin, je relaie ici les articles publiés dans l’outre-monde. Je suis en pleine immersion hitchcockienne, simplement pour prépare une projection inaugurale de notre ciné-club flambant neuf. Pour que les lectures et cogitations que je mène cristalisent, j’en fait des rapport successifs.

Alors, ceux que l’univers d’Hitchcock intéresse pourront trouver en cliquant les liens qui suivent :

Une filmographie qui tente de cerner quels pourraient être les films héritiers de Fenêtre sur cour. Et autant dire qu’on a évité de se fonder sur une quelconque question de « thème ».

Une liaison tissée entre Godard et Hitchcock. On sait que la dette de l’un à l’autre avait trouvé ses premières expressions du temps des Cahiers du cinema, puisqu’Hitchcock avait constitué l’objet d’un de leurs premiers débats de fond. C’est peut être même là que l’identité de cette pensée s’est trouvée, autour d’une question. Et peut être n’est on toujours pas sorti de cette question. En l’occurrence, la dette est telle que Godard fait d’Hitchcock le centre de la conclusion de son Histoire(s) du cinéma. Et parce qu’il y a des présences implicites qui réclamaient à être explicitées, on croise, aussi, Malraux, dans cet article.

Promis, bientôt, on reviendra écrire pour ici même.

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Amazing Grace

Par Youri Kane Catégorie : 24 FPS, CINEMATOGRAF, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, SCREENS Laisser un commentaire »22 janvier 2011

Reprise des opérations dans le monde parallèle.

Au boulot, on profite de l’opération « cinelycée’ (www.cinelycee.fr si vous allez voir le site, vous allez sans doute, comme nous, être alléchés; évidemment, le site ne dit rien des difficultés techniques auxquelles on se confronte depuis le début de l’année, en particulier le fait que les établissements scolaires des Hauts de Seine (les autres, je ne sais pas) sont connectés au net via une passerelle qui interdit le téléchargement des films) pour lancer notre première projection, Fenêtre sur cour (Rear window, 1954).

Comme l’occasion est trop belle d’avoir là devant nous une de ces oeuvres cinématographiques qui sont bien plus que ce qu’elles semblent être tout en demeurant d’excellents moments de divertissement, j’ai mis en ligne un texte qui tente de mettre en place quelques pistes de problématiques.

Et comme Fenêtre sur cour, ce sont plein de segments de vie qui ont du mal à se raccrocher les uns les autres comme les wagons d’un seul et même train, ou plutôt, comme on pourrait tout à fait lire le film comme la tentative désespérée d’un homme pour échapper au train de ce qui lui apparaît de plus en plus comme son destin, je n’ai pu m’empêcher de détourner un titre déjà évoqué ici il y a quelques jours. C’est le signe que cette courte séquence de mots a un pouvoir d’entêtement un peu supérieur à la moyenne, et que j’essaie de contaminer le plus de monde possible : L’article se trouve donc ic : La vie est faite de morceaux, qui ne se joignent pas.

Et pour ceux qui aiment Rear Window pour d’autres raisons que la simple affaire de meurtre qui lui sert de prétexte, je lancerai cet après midi une liste d’autres films qui, manifestement, ont été inspirés sans être servilement esclaves du récit mis en place par Hitchcock.

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Devine le divin

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", 25 FPS, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PAGES, SERIAL PORT 1 commentaire »16 novembre 2010

Petit standbye sur les terres de l’excès, parce qu’un peu de boulot sur les terres plus raisonnables de l’outremonde.

Du coup, je renvoie les quelques fidèles à une espèce de messe païennes orchestrée par un Lucrèce qui, en bon vieil épicurien, a bien envie de bouffer du superstitieux, tout en sauvant le récit. C’est que les mythes ont besoin qu’on n’y croie qu’à moitié, sous peine d’oublier que c’est bel et bien à cette vie qu’ils invitent, et non à un hypothéthique au-delà. D’ailleurs, pour en être convaincu, il suffirait de les lire : tous ceux qui se donnent pour espoir d’atteindre les territoires sacrés des dieux seront cruellement punis. Autant dire que les mythes renvoient l’homme à son propre monde, et l’enjoignent d’y demeurer à sa place, tout en insufflant en lui l’énergie du dépassement. Dès lors, le salut ne sera plus dans la sortie du monde, mais plutôt dans une espèce d’involution intérieure, un mouvement permanent vers un objectif jamais atteint, qui pourrait tout à fait se nommer « désir ».

Accessoirement, ça parle aussi un peu de Breaking Bad, qui fait quand même partie de ce qui se fait de mieux pour les écrans plats aujourd’hui.

L’association Lucrèce/Walter White, c’est en cliquant ici même.

Sinon, pour ici même, je vous prépare des catalogues de noel, si jamais certains sont en manque d’idées pour les fêtes.

Si si, vous verrez.

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Jingle Bell du Seigneur

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, D'AUTRES MONDES, Grands espaces, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, PLATINES, POP MUSIC, Saveurs du soir, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »25 mai 2010

On ne devrait rien jeter. Tout peut revivre et parfois même, se voir offrir une seconde vie meilleure que la première, lorsqu’elle celle ci fut un peu ratéee, ce qu’est finalement plus ou moins toute vie, et ce même si il y a des nuances, des gradations dans le foirage existentiel. Ce qui permet ces gradations, c’est que certains, justement, ne font pas dans la nuance au moment de laisser leur trajectoire de life partir en sucette, et réussissent tellement bien à échouer que nous avons tous l’air d’être des vainqueurs à leurs côtés. Prenez Jeanne-Paule Marie Deckers, par exemple, connue de son entourage sous le prénom plus simple de Jeanine (pas de sarcasmes, s’il vous plait, vous allez voir pourquoi), mais plus connue du grand public sous le pseudonyme niaiseux de Soeur Sourire.

Côté face, la religieuse idéale, avec sa guitare en bandoulière. Celle qu’on voit mal écarteler des hérétiques, partir en croisade contre l’infidèle ou abuser d’ouailles pré-pubères. Non, plutôt la nonne telle qu’on la voit dans Y a t-il un pilote dans l’avion, qui chante ses cantiques remixés à la sauce Hugues Aufray en débranchant dans l’allégresse les perfusions de l’enfant qu’elle souhaite ainsi divertir, la bonne cousine que la tradition familiale a envoyée au couvent, quoi. Elle chantait bien, Jeanine, et ses consoeurs appréciaient qu’elle prenne sa guitare, le soir, au coin du feu, pour qu’elle les enchante de sa voix douce entre vêpres et complies. « Oh oui Soeur Sourire, chantez nous de nouveau Plume de radis avant que l’extinction des feux ne nous plonge dans l’obscurité et les turpitudes ». Elle chantait si bien que l’Eglise de Belgique trouva judicieux de la faire sortir du couvent, de l’enfermer en studio afin d’enregistrer quelques album qui eurent pour effet de participer à l’eniaisement des cathos et affiliés, et de remplir substantiellement les caisses du clergé belge (5% sur les ventes) et Philips (95%, un contrat bien négocié en somme). Totalement inconsciente, Soeur Sourire débitait son Dominique nique nique comme d’autres chantaient qu’elles aimaient les sucettes, croyant voir dans le sourire des auditeurs le témoignage d’une humanité fraternelle. La pauvresse.

Le clergé s’enrichissait un peu, Philips, sa maison de disques, engrangeait beaucoup, mais on mettait les impôts au nom de la ravie de la crèche, qui n’ayant rien touché de ce que la Sacem avait versé à d’autres qu’elle, se trouva fort dépourvue lorsque fut venu le temps de payer ses dettes à une nation finalement fort peu reconnaissante de ses dons de joueuse de flutiaux : l’Eglise n’avait plus rien à dire, et plutôt qu’affirmer le contraire, elle vendait ce vide sous forme de galettes de vinyle écervelée, et non seulement on n’y voyait que du feu, mais encore ça rapportait une vraie fortune, et ce bien au delà des frontières belges. Ne pouvant aimer Dieu et l’argent, l’Eglise et Philips dépossédaient Soeur Sourire de ce qui lui revenait, mais n’oublièrent pas de lui envoyer la note des impots. Manque de foi, brusque accès de conscience, moment de lucidité retrouvée derrière quelque pilier de Notre Dame ? Soeur Sourire en vint à se défroquer pour retrouver la vie civile, et c’est sous le pseudonyme de Luc Dominique qu’elle tentera de séduire de nouveau les foules qui auront entre temps trouvé d’autres sources auxquelles remplir leurs carnets de chants du dimanche, au sein desquels se trouvait, et se trouve sans doute encore (tout ceci est tellement figé) un refrain dans lequel Jeanne-Paule Marie Deckers dut se reconnaître : « Je suis une petite cruche », un vase vide, avec de la boue dedans. C’est l’image du Saint, celui qui n’est que ce qu’il est, mais qui attend que le Seigneur le remplisse.

Côté pile, dès lors, la lesbienne junkie. Jeanine, petite cruche dans la cave de Dieu ne fut pas reconnue par l’Eglise, ni par le public comme un millésime méritant d’être conservé. Jetée dans l’oubli elle connut ensuite une trajectoire de boxeur déchu : se découvrant lesbienne, elle tenta de bâtir avec sa compagne un foyer qui fut cependant sans cesse persécuté par les dettes. Tout se paie en ce bas monde et on ne peut pas surfer sur la renommée christique sans souffrir soi même dans sa chair. John Lennon le sait bien. Ainsi le couple ne connut il aucun répit, et ce furent les médicaments et la drogue qui constituèrent la nouvelle divinité, non moins exigeante et jalouse que la précédente. En 1985, tout ceci prit fin, dans un acte final de reprise en main du destin : Jeanine et sa compagne mirent fin à leurs jours, pour solde de tous comptes. Fin de l’histoire.

Mais il existe pour les artistes maudits, ceux qui, pratiquants de l’art brut ont été détournés de leur pureté initiale par quelque avidité prédatrice, cherchant dans ce bas monde un ou deux petits talents à presser, puis engloutir, il existe pour eux un paradis, et il est terrestre. Ainsi, Soeur Sourire retrouve une seconde jeunesse, et une vie au-delà de ce que fut la sienne dans les réverbérations et les filtres d’un musicien répondant au doux pseudonyme de Deru, Benjamin Wynn de son vrai (le pseudonyme est il un faux ?) nom. En ouverture de son nouvel album, intitulé Say goodbye to useless, il transfère les cendres de Soeur Sourire au Panthéon des sons, en récupérant ce qui ressemblait fort, à l’origine, à une aimable et béate comptine, pour en faire une sorte de message spectral, un écho céleste d’une voix qui, en montant au ciel, aurait enfin saisi que ce genre d’ascension n’est pas à prendre à la légère. Jeanine aurait donc appris l’art complexe de l’ascension par gravité, ce genre de pratique qui est interdite à ceux qui croient qu’on monte au ciel en ayant des ailes d’ange. Dans les deux morceaux successifs que sont I would like et I want, dont je propose ici le second (le premier se trouve, en fait, là : clique ici même et la bobinette cherra). Comme le vent quite le créneau pénible du croisement entre Joan Baez, Yves Duteil pour pénétrer les sphères célestes des sons qui veulent plus rien dire, mais disent. En art, une grande partie de l’essentiel tient à ce genre de nuances. Et on réalise alors qu’en musique, tout n’est qu’affaire de traitement du son. D’une certaine manière, on n’apprend rien : intellectuellement parlant, on le savait déjà, mais on l’éprouve finalement si peu… Là où une Céline Dion semble s’ingénier à demeurer sous le vent, Luc Dominique surfe enfin sur les courants ascendants, et telle une montgolfière géante, gonflée par un mélange d’hélium et d’air chaud (pas sûr que ce genre de mélange ne finisse pas dans une remake de l’Hinderburg, mais bon, c’est une image…), elle embarque tout son petit monde avec elle, pendu à ses lèvres vocoderisées.

Alors, enfin, on comprend ces mots, qu’on aime tant haïr à la hauteur de la haine que Nietzsche a pu leur vouer (et là, on va mettre certains devant un choix cornélien) :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux. »

Pour Jeanne-Paul Marie Deckers,
Amen.

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Bleu, bleu, le ciel de provence

Par Youri Kane Catégorie : D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY Laisser un commentaire »19 mai 2010

A l’occasion de quelques recherches sur l’esprit du football (oui, sans être vraiment tenté de regarder des matches, et moins encore d’aller au stade, il me semble cependant que se joue au foot quelque chose qui dépasse le cadre de la surface de jeu, et ça ne m’étonnerait pas que ces onze joueurs un peu fragiles, un peu comédiens, un peu truands sur les bords, mais aussi, dans des moments de fulgurance surgis de nulle part, comme si la pelouse se mettait à transpirer d’un coup de la métaphysique, accrobates, manipulateurs de feu divin, fassent de temps en temps un tour dans la demeure des dieux pour aller y faucher, en douce, un feu dont ils frappent ballons et cages adverses, soulevant des stades, des peuples entiers, parfois même ceux qui ne les supportent pas, dans des gestes surnaturels qui emportent tout, cuir, gazon, poteaux, filets, gants du gardien, et phalanges avec, regards, arrêts cardiaques, pics encéphalographiques dans ces trajectoires inespérées), je suis tombé sur un certain nombre d’ouvrages et de films qui sont parvenus à susciter en moi davantage d’enthousiasme que les retransmissions des matchs elles-mêmes. Le résultat de cette ébauche d’enquête peut être retrouvé dans le monde parallèle, en cliquant ici-même.

Evidemment, à l’approche de la coupe du monde 2010, organisée dans ce pays d’avenir qu’est l’Afrique du Sud, le côté légèrement minable de notre équipe de France fait un peu tâche dans cette hypothétique aspiration spirituelle. Non pas qu’elle soit techniquement nulle, je ne saurais en juger; le problème relèverait plutôt d’un léger manque de générosité, d’un égocentrisme qui fait drôle à voir au sein même d’un sport qui est, normalement, un sport d’équipe. Mais la figure de proue de cette équipe demeure son sélectionneur. Et on le sait bien, nous autres français, de ce point de vue, on est gâtés.

Sélectionneur… on se demande pourquoi on ne lui donne pas tout simplement le titre de DRH, puisqu’on en est là…

Justement, en 1995, l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano consacrait un livre à ce qu’on pourrait appeler l’Esprit du football : Le Football, ombre et lumière. L’ouvrage est souvent épatant, parvenant à extraire des mouvements parfois insensés effectués sur le terrain un rituel partagé entre joueurs, encadrement et public. Mais le livre s’intéresse aussi à ces blocs de béton qu’on semble vouloir attacher aux chevilles de ce sport qui a tant besoin d’avoir les pieds libres. Et dès les premières pages, on s’attaque au directeur technique. Ca donne ça :

« Autrefois il y avait l’entraineur, et personne ne lui accordait trop d’attention. L’entraineur est mort , sans piper mot, quand le jeu a cessé d’être un jeu et que le football a eu besoin d’une technocratie de l’ordre. Alors est né le directeur technique, avec pour mission d’éviter les improvisations, de contrôler la liberté et d’élever au maximum le rendement des joueurs, obligés à se transformer en athlètes disciplinés.
L’entraineur disait :
- Nous allons jouer.
Le directeur technique dit :
- Nous allons travailler.
Aujourd’hui on parle en numéros. Le voyage de l’audace à la peur, histoire du football au XXe siècle, est un passage du 2-3-5 au 5-4-1, via le 4-3-3 et le 4-4-2. N’importe quel profane est capable de traduire cela, si on l’aide un peu, mais après, plus personne ne peut rien comprendre. A partir de là, le directeur technique développe des formules aussi mystérieuses que la conception de Jésus, et élabore avec elles des schémas tactiques plus indéchiffrables que la Très-Sainte Trinité.
Du vieux tableau noir aux écrans électroniques : aujourd’hui, les actions magistrales se dessinent sur ordinateur et s’enseignent par la vidéo. Ces perfections ne se voient que rarement, ensuite, au cours des matchs retransmis par la télévision. La télévision se complaît plutôt à exhiber la crispation du visage du directeur technique, qu’elle montre en train de se mordre les poings ou de crier des orientations qui changeraient le cours de la partie si quelqu’un pouvait les comprendre.
Après la rencontre, lors de la conférence de presse, les journalistes le criblent de questions. Le directeur technique ne révèle jamais le secret de ses victoires, bien qu’il formule d’admirables explications de ses défaites :
« Les consignes étaient claires, mais elles n’ont pas été respectées », dit-il, quand l’équipe prend une raclée devant une petite équipe de rien du tout. Ou bien il ratifie sa confiance en lui-même, en parlant à la troisième personne et plus ou moins comme ceci : « Les revers subis ne compromettent pas la conquête d’une clarté conceptuelle que le directeur technique a caractérisée comme une synthèse des nombreux sacrifices nécessaires pour arriver à l’efficacité ».
La mécanique du spectacle triture tout, rien ne dure, et le directeur technique est aussi jetable que n’importe quel autre produit de la société de consommation. Aujourd’hui, le public lui crie :
-Longue vie à toi !
et le dimanche suivant il l’invite à mourir.
Il croit que le football est une science et le terrain un laboratoire. Mais les dirigeants et les supporters n’exigent pas seulement de lui le génie d’Einstein et la subtilité de Freud, ils lui demandent aussi de faire des miracles comme la Vierge de Lourdes et d’être impassible comme Gandhi. »
Eduardo Galeano – Le Football, Ombre et Lumière, p.12

On précisera que l’ouvrage aborde ce sport aussi bien dans sa dimension purement sportive (les joueurs, les matchs, les gestes), mais aussi dans sa dimension géopolitique. Cet aspect est repris par Michéa dans Les intellectuels, le peuple et le ballon rond, conçu comme un hommage au livre de Galeano, dont il propose d’amples extraits. Mais tout ceci se trouve dans la bibliographie citée plus haut.

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Droit de Citer

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 24 FPS, CINEMATOGRAF, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, SCREENS 6 commentaires »17 mai 2010

Dans les enquêtes harrystautéliciennes, quelques lignes de Godard, chipées dans le numéro des Inrockuptibles de cette semaine, à propos de la dette extérieure de la Grèce, et de ce qu’on pourrait appeler « d’autres valeurs », ou bien l’origine des valeurs actuelles, peuvent être lues.

Mais l’interview est intéressante à d’autres titres, ne serait ce que dans sa dimension politique : Godard y revient à plusieurs reprises sur la question des droits liés aux oeuvres. A l’heure où Hadopi tente de lancer ses premières menaces, lorsque certains rêvent de voir tous les ordinateurs français badgés « loppsi inside », déjà dépassés par ceux qui trouvent que « Acta », ça sonne plus contemporain, parce que plus « planétaire », qu’un artiste ne nous joue pas le couplet de la ruine induite par les moyens de communication du moment fait plaisir à lire, à défaut de permettre de disposer d’un modèle économique fiable pour garantir ne serait ce qu’un salaire minimal à ceux qui produisent ce qui, ensuite, se répand.

On ne doute pas que nombreux sont ceux qui considéreraient les revenus de Godard comme décevants au regard de ce que l’industrie du cinéma peut laisser espérer à ceux qui n’en ont jamais assez. Lui a l’air de ne pas se plaindre plus que ça. Il a surtout l’air de se concentrer sur autre chose, qui semble placer ses gains sur un second plan, celui des moyens, l’essentiel semblant se cacher quelque part, au dessus.

On ne s’étonnera pas, dès lors, de constater que s’il ne semble pas se préoccuper outre mesure de la commercialisation de ses oeuvres, préférant délirer gentiment sur des hypothèses délirantes de distribution de son dernier film via un couple de parachutistes largués au hasard sur le territoire, il ne se considère pas, non plus, comme propriétaire de ses films, ne réclamant pas de droits à ceux qui récupèrent dans ses propres métrages de quoi alimenter leurs propres montages.

Il serait difficile de résumer le cinéma de Godard à quelques mots tentant de le définir. Néanmoins, la citation est au coeur de ses films, qu’elle ait sa source dans la littérature, la peinture, la musique ou le cinéma lui même. Chez lui, il faut que les images, les plans, les séquences, circulent, parce que c’est dans ce mouvement qu’ils gagnent en sens; il n’y a pas de culte de l’image seule chez Godard, et au sens strict, on peutdire qu’il fait de l’image mouvement. Evidemment, ça a des conséquences économiques, dont on peut dire que les mesures actuelles concernant la circulation des oeuvres n’ont pas exactement saisi l’importance :

« Si on dit socialisme, on peut parler de politique. Par exemple de la loi Hadopi, de la question du téléchargement pénalisé, de la propriété des images…
- Je suis contre Hadopi, bien sûr. Il n’y a pas de propriété intellectuelle. je suis contre l’héritage, par exemple. Que les enfants d’un artiste puissent bénéficier des droits de l’oeuvre de leurs parents, pourquoi pas jusqu’à leur majorité… Mais après, je ne trouve pas ça évident que les enfants de Ravel touchent les droits sur le Boléro
- Vous ne réclamez aucun droit à des artistes qui prélèvent des images de vos films ?
- Bien sûr que non. D’ailleurs, les gens le font, mettent ça sur internet et en général c’est pas très bon… Mais je n’ai pas le sentiment qu’ils me prennent quelque chose. Moi je n’ai pas internet. Anne-Marie (Miéville, sa compagne et cinéaste – ndlr) l’utilise. Mais dans mon film, il y a des images qui viennent d’internet, comme ces images de deux chats ensemble.
- Pour vous, il n’y a pas de différence de statut entre ces images anonymes de chats qui circulent sur internet et le plan des Cheyennes de John Ford que vous utilisez aussi dans Film Socialisme ?
Statutairement, je ne vois pas pourquoi je ferais une différence. Si je devais plaider légalement contre les accusations de pillage d’images dans mes films, j’engagerais deux avocats avec deux systèmes différents. L’un défendrait le droit de citation, qui n’existe quasiment pas en cinéma. En littérature, on peut citer largement. Dans le Miller (Vie et débauche, voyage dans l’oeuvre de Henry Miller – ndlr) de Norman Mailer, il y a 80% de Henry Miller et 20% de Norman Mailer. En sciences, aucun scientifique ne paie des droits pour utiliser une formule établie par un confrère. Ca, c’est la citation et le cinéma ne l’autorise pas. J’ai lu le livre de Marie Darrieussecq, Rapport de police, et je le trouve très bien parce qu’elle fait un historique de cette question. Le droit d’auteur, vraiment ce n’est pas possible. Un auteur n’a aucun droit. Je n’ai aucun droit. Je n’ai que des devoirs. Et puis dans mon film, il y a un autre type d’emprunts, pas des citations mais simplement des extraits. Comme un piqûre lorsqu’on prend un échantillon de sang pour l’analyser. Ca serait la plaidoirie de mon second avocat. Il défendrait par exemple l’usage que je fais des plans de trapézistes issus des Plages d’Agnès. Ce plan n’est pas une citation, je ne cite pas le travail d’Agnès Varda : je bénéficie de son travail. C’est un extrait que je prends, que j’incorpore ailleurs pour qu’il prenne un autre sens, en l’occurence symboliser la paix entre Israël et Palestine. Ce plan, je ne l’ai pas payé. Mais si Agnès me demandait de l’argent, j’estime qu’on pourrait le payer au juste prix. C’est à dire en rapport avec l’économie du film, le nombre de spectateurs qu’il touche…
- Pour exprimer la paix au Moyen-Orient par une métaphore, pourquoi préférez-vous détourner une image d’Agnès Varda plutôt qu’en tourner une ?
- Je trouvais la métaphore très bien dans le films d’Agnès.
- Mais elle n’y est pas…
Non, bien sûr. C’est moi qui la construis en déplaçant l’image. Je ne pense pas faire du tort à l’image. Je la trouvais parfaite pour ce que je voulais dire. Si les Palestiniens et les Israeliens montaient un cirque et faisaient un numéro de trapèze ensemble, les choses seraient différentes au Moyen-Orient. Cette image montre pour moi un accord parfait, exactement ce que je voulais exprimer. Alors, je prends l’image, puisqu’elle existe.
- Le socialisme du film consiste à saper l’idée de propriété, à commencer par celle des oeuvres…
Il ne devrait pas y avoir de propriété des oeuvres. Beaumarchais voulait seulement bénéficier d’une partie des recettes du Mariage de Figaro. Il pouvait dire « Figaro, c’est moi qui l’ai écrit ». Mais je ne crois pas qu’il aurait dit « Figaro, c’est à moi ». Ce sentiment de propriété des oeuvres est venu plus tard. Aujourd’hui, un type qui pose des éclairages sur la tour Eiffel, il a été payé pour ça, mais si on filme la tour Eiffel on doit encore lui payer quelque chose.
(…)- L’avant dernière citation du film est : « Si la loi est injuste, la justice passe avant la loi »…
- C’est par raport au droit d’auteur. Tous les DVD commencent par un carton du FBI qui criminalise la copie. Je suis allé chercher Pascal. »
Les Inrockuptibles n°754, du 12 Mai 2010, supplément spécial Cannes, p. XIX sq.

Un autre extrait, davantage focalisé sur la dette grecque, peut être lu en cliquant ici même.

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Foncer tête baissée dans l’envers du décor

Par Youri Kane Catégorie : D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY Laisser un commentaire »3 mai 2010

J’irais bien faire un tour du côté de chez oim, pour voir si y a kekchos’à s’y mettre sous la dent.

Du côté de chez Harry, en vrac, on trouvera :

Simone Weil en .pdf, parce que, La condition ouvrière, au moment où Florence Aubenas sort le quai de Ouistreham, ça permet d’éviter d’affirmer que cette méthode d’investigation est nouvelle. On rappellera que Simone Weil s’engagea dans le travail ouvrier mais qu’elle ne s’en désengagea point : quand elle reprit le chemin des salles de cours, elle ne garda de son salaire que ce qui correspondait au salaire ouvrier, versant le reste, comme surplus, à des caisses de solidarité. Evidemment, elle fait partie de ceux qui font qu’on se sent perpétuellement un peu bourgeois. On essaie de s’y faire. On devrait pas. Pour se payer le luxe de vivre la condition ouvrière tout en continuant à gagner plus, il faut cliquer ici.

Du coup, comme j’ai fureté dans quelques revues qui feraient confondre Libération avec le Figaro, je suis tombé sur un texte de Malraux sur l’art populaire, qui répondait à quelques commentaires. Ce texte pourra se lire en cliquant ici même.

Du travail répétitif à l’usine aux boucles des samples de la musique contemporaine, il n’y a qu’un pas que Gondry franchit en compagnie de Noir Désir sur A l’envers à l’Endroit, c’est par ici. Et dans l’outremonde, on va le voir, la musique semble avoir pris ses quartiers d’été.

Ca fait un moment que je veux ouvrir une rubrique « bagnoles » ici, ne serait ce que pour faire râler les lecteurs qui n’en ont pas, ainsi que ceux qui s’en contrefoutent (ils peuvent être les mêmes). Dans cette rubrique imaginaire, une sous-rubrique serait consacrée aux films de bagnoles. Dans mon panthéon personnel, Vanishing Point se tient au sommet. J’y reviens régulièrement, et un jour, j’aurai une Dodge. La bande annonce est là, mais si on fouille, on peut trouver vraiment très souvent ce film cité dans mes articles.

Ca y est, les écrans ciné débordent de 3D. Il n’y a pas un film qu’on n’a pas envie de voir qui ne soit proposé en version troisdimensionalisée. Fort bien. Mais qu’est ce que ça apporte au cinématographe ? Peut être un peu plus que ce que nous autres, esprits grincheux ou amblyopes voulont (ou pouvons, en l’occurrence) bien y voir. Les Cahiers du Cinéma se sont intéressés à la question. Davantage sur la question en se rendant ici même.

Aaaaahhhh… L’argent… Voila qui met au moins tout le monde d’accord, même si cet accord sur la valeur sème immédiatement le désaccord sur les modalités de son partage. On manque de lecture sur l’argent, au moins autant qu’on manque d’argent, c’est dire. Le livre d’Aglietta et Orléan, La Violence de la monnaie, propose une analyse de ce qui apparaît, sous leur plume imprimante, comme irréductible à un simple outil d’échange. L’ouvrage est quasi introuvable, alors en suivant ce lien, on peut parvenir à son chapitre 4, qui m’a semblé être simplement crucial. Il FAUT le lire, je crois.

Guy Debord a écrit un traité du Poker. Fut il à ce point fasciné par Patrick Bruel ? Arrondissait il les fins de mois en jouant les arnaqueurs autour du tapis de jeu ? Laissait il de gros pourboires aux croupiers ? Nul ne peut vraiment en témoigner, et comme il s’agit de Debord, toutes les hypothèses seront envisagées. Toujours est il que ce court texte (vraiment très court, ne réservez pas votre journée pour le lire) est une petite entreprise de détournement comme seul un situationniste sait les pratiquer. On peut lire ça par ici.

Varèse, vous connaissez ? Le public du théâtre des Champs Elysées, le soir du 2 Décembre 1954, il ne connaissait pas non plus. Ca donne un concert pour le moins très TRES etrange, au cours duquel les auditeurs font preuve d’une violence verbale qui a laissé des traces tout à fait audibles sur l’enregistrement, dont nous disposons aujourd’hui. Envie de faire une petite expérience auditive ? Accrochez vous, mais si vous franchissez les tempêtes esthétiques du morceau, nul doute que le mot « musique » correspondra ensuite à un ensemble bien plus vaste, et décrira un paysage dont les limites sembleront repoussées hors des point où la vue porte. C’est par là que ça se passe.

Et comme Frank Zappa, adolescent, développait des attitudes de fan envers Varèse, on dispose aussi d’un texte dans lequel il lui rend hommage à travers le récit de la découverte d’un de ses disques. La lettre peut être lue ici.

Et pour finir, je me suis rendu compte, un peu par hasard, que dans la publicité pour la firme Orange, celle qui montre que les mots peuvent avoir plusieurs sens, il y a une image qui est complétement bidonnée, puisqu’on y fait croire que la Vénus endormie de Giorgione fait 5m de haut, alors qu’elle n’en fait qu’un. Dès lors, on ne sait pas trop devant quoi les deux visiteurs ébahis s’ébahissent. La publicité, ainsi que le détail de ce grand n’importequoi se trouvent ici.

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Death Proofs

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PLATINES, POP MUSIC, Scopitones, SCREENS Laisser un commentaire »12 avril 2010

Le problème avec les évidences, c’est qu’elles peuvent devenir ennuyeuses. C’est comme le désir : il n’y a que la première fois qui compte, et contrairement à ce que disait assez malignement Corneille, ce n’est pas quand le désir s’accroit, mais quand ça ne se renouvelle plus, que l’effet se recule.

C’est exactement ce qui commence à se passer avec Gorillaz : c’est la même ardeur qui nous brûle, les mêmes effets déjà utilisés, les mêmes sons orchestrés en gros de la même manière, et le désir, dès lors, se met en berne. Parce que la perspective dans laquelle Damon Albarn nous a introduits, ce n’est précisément pas celle de la répétition, de la redite, mais celle de la découverte, de la non satisfaction dans la complaisante resucée de vieilles recettes.

Dès lors, ce Stylo laisse un curieux goût en bouche : dans vingt ans, on ne saura plus à quel album il appartient, tant ses rythmiques sont exactement celles qu’on pourrait attendre des précédents albums, si on ne les connaissait pas déjà par coeur. Et à l’heure où sort un nouveau Bomb the Bass, on se surprend même à regretter les Buggys dans lesquels les uns et les autres avaient empilé leurs auditeurs, pour des virées pas piquées des hanetons dans les dunes et sur les routes défoncées des paysages numériques.

Ajoutons une couche de slade shading sur les personnages en carton pixel de Gorillaz : Stylo, en tant que clip, n’est pas la première évocation vidéomusicale de Vanishing Point, de Safarian (1971). Outre la réincarnation par Eastwood lui même du conducteur prototype Kowalski dans Gran Torino, le groupe Audioslave avait déjà fait siennes les dérapages contrôlés de la Dodge Challenger RT pour le clip de Show me how to live (2002). Le groupe tout entier prenait la place de Kowalski dans le coupé pour une virée habilement montée partir des images même du film. Illusion inverse de celle de Gorillaz : des personnes réelles dans un monde fictif, là où 2D, Noodle, Murdoc Nicalls et Russel Hobbs sont artificiellement plongés dans une réelle Chevrolet Camaro, poursuivie par un tout aussi réel pick-up El Camino (de chez Chevrolet), au volant duquel les canarde un Bruce Willis tout en chair et en os. Comme souvent, on joue un peu sur l’amnésie collective pour refourguer d’efficaces sensations certes, toutefois déjà rencontrées auparavant. Le fait que Gorillaz soit ici bien plus performant, car nettement plus spectaculaire ne doit pas forcément être pris pour un progrès : on le sait, ce n’est qu’affaire de budget. Et la débauche de technique nécessitée par les personnages animés fait un peu trop numériquement propre dans un univers auto qui doit sentir l’huile cramée des V8, les fuites de carburant, l’odeur rance du skai brûlant. On est finalement loin de l’hommage que Tarantino rendait à cette veine cinématographique dans Death Proof.

Tout de même, les deux clips alignés, en se gardant le premier pour la fin :


Et je glisse en douce un lien vers l’outremonde, dans lequel j’ai déjà, par le passé, chroniqué Vanishing Point, en le mettant en parallèle avec la philosophie, [ici]

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Passage dans l’outremonde…

Par Youri Kane Catégorie : D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY Laisser un commentaire »22 mars 2010

Pour ceux qui suivent, et qui tels des Spectromen ou des Biomen en goguette, passent allègrement d’un monde à l’autre, voici les ajouts récents du monde parallèle censé être plus pédagogique que celui ci (bien que, parfois, je me demande…)

Une fiche de lecture du Travail sans qualité de Sennett, par Stan, une jeune recrue que nous n’avons point bizutée, puisque c’est désormais interdit.

Une lecture de Kant, qui provoquerait ici même des protestations, j’en suis sûr, par Roger Pouivret, dans son l’Oeuvre d’art à l’âge de sa mondialisation.

Un ouvrage du genre « La chimie amusante », mais en économie, deuxième tome des freakonomics, parfait pour la récré, avec les choco BN et le cacolac bu à la paille.

Une petite réflexion sur l’invasion de la 3D au cinéma (la hantise des amblyopes, disons-le au passage, mais je ne ferai pas de cette histoire une affaire personnelle, c’est juste que je me demande si tout ceci a un quelconque intérêt), à travers un article du New-yorker qui fait le point sur la question.

Une incitation à aller se confronter à la mort, et au mal, au musée d’Orsay (c’est toujours tentant, ça, se confronter au mal, non ?), à travers l’exposition Crime et Châtiment (qui aurait tout aussi bien pu s’intituler Surveiller et punir)

Et une autre incitation, pour une exposition à l’humeur moins sombre, Vinyl, à la Maison Rouge.

Un programme allégé, par la faute des multiples missions s’accumulant dans l’emploi du temps des profs, sans que cela donne lieu à une quelconque rémunération supplémentaire (mais bon, qui voudrait que les gamins ne soient pas correctement inscrits sur le processus APB, et n’aient pas, à cause de cela, d’avenir dans les études, hein ?…

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