Archives pour la catégorie « CE QUI SE PASSE »

Hors d’oeuvre

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM 1 commentaire »23 novembre 2011

On l’aura sans doute compris : dans la distribution des rôles de la grosse production qu’est la prochaine présidentielle, Laurent Wauquiez a obtenu le personnage de la diseuse de bonne aventure, qui dit plus tôt ce que les autres pensent tôt ou tard.

Ainsi, après les HLM réservés à ceux qui ont un emploi (faisons comme si le chômage n’était pas structurel, et condamnons moralement ceux qui se laissent aller à ne pas travailler), on a pu l’entendre la semaine dernière lancer un nouveau ballon sonde à propos des jours de carence en particulier, et des arrêts maladies en général, rouspétant contre ces irresponsables de malades (qu’on appellera sans doute   »malades d’irresponsables », prochainement) :

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Une fois entendu son « argumentaire », on a juste envie de poser une question : sur la même base, que peut bien penser M. Wauquiez des congés payés ?

Nul doute qu’en haut lieu, on ne met pas un triple A au simple principe selon lequel les vacances seraient financées par les employeurs. Après tout, il y aurait là de solides économies à faire, et de confortables marges de manoeuvre en termes de rentabilité. On peut dès maintenant parier que d’ici peu, un candidat proposera de briser le tabou, en demandant « au nom de quoi » il faudrait le considérer comme sacré.

Comme, pour répondre aux questions qui commencent par « Au nom de quoi… » il faut disposer de valeurs claires, ou d’un sens aiguisé des affaires matérielles, on devine à l’avance que la gauche aura du mal à rétorquer quoi que ce soit de consistant. Autant dire qu’à part les yeux pour pleurer, il n’y aura pas grand chose pour arrêter le train de l’histoire, puisqu’on nous convaincra que celui ci ne peut plus être arrêté, et qu’on aurait l’air con, à être les seuls à ne pas le prendre en marche.

De manière générale, à draguer simultanément le FN et les marchés, on peut deviner que dans les mois qui viennent, l’UMP va nous sortir des projets palpitants; il faut dire qu’on ne saurait avoir de meilleurs conseillers de campagne.

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Hors circuit

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM 3 commentaires »21 novembre 2011

Après avoir donné à la matière, aux alentours de Fukushima, des caractéristiques nouvelles, le Mox, spécialité locale d’Areva, semble avoir entrepris d’irradier la campagne de Hollande. Comme quoi, quand on est une saloperie, on ne l’est pas qu’à moitié. Il est probable que dans deux ou trois siècles, quand dans les écoles où on forme les futurs politiques, on étudiera les campagnes présidentielles du XXIè siècle, on citera en exemple la manière dont Areva, en annonçant publiquement ses tractations avec le PS, donna un solide coup de pouce au candidat UMP, dont on imagine bien sûr qu’il n’aura ensuite pas dû se sentir, du tout, redevable.

Au moment même où les verts sacrifiaient leur absence d’espoir présidentiel et leur candidate qui n’était en fait même pas vraiment des leurs (signe que les verts ne sont pas tombés de la dernière pluie acide), au moment où ,même, ils acceptaient de n’être plus que verdâtres (paradoxalement, la situation actuelle voit la candidate à la présidentielle être écologiquement plus radicale que les membres les plus importants du parti), EDF sortait sur toutes les chaines un spot publicitaire visant à assurer la promotion de la pomme de discorde : le fameux Reacteur Pressurisé Européen, que les intimes, ainsi que tout ceux qui ne le connaissent pas, appellent « EPR ».

Ce spot, on peut le voir ici : www.video.tf1.fr Je l’intégrerai ici dès que… j’y arriverai !

Du spot en question, il n’y aurait pas grand-chose à dire : images attendues de la construction en cours filmée en longs panoramiques aériens, annonces tellement rassurantes qu’elles en deviennent flippantes (« EDF vous invite au cœur du nucléaire », on a quand même envie de dire « non merci », mais il en va des réacteurs nucléaires comme des outre-mondes décrits par les religions : on a d’autant plus foi en eux qu’on ne peut pas aller vérifier sur place si la réalité confirme, ou pas, ce qu’on en dit), si les cols blancs étaient torse nu, on se croirait dans une pub Manpower des années 80 ; mais comme il faut rassurer, tout le monde porte les lunettes de sécurité sans doute capables d’arrêter les radiations, on se la joue modeste afin qu’on ne sente pas une seconde que la construction est déjà réputée foireuse, que le principe même de ce réacteur est douteux, que les plafonds du budget sont d’ores et déjà explosés, que le frère jumeau de notre EPR, en Finlande, a pris un énorme retard, qu’on met les équipes de construction sous pression, ce qui augure on s’en doute, d’une construction tout à fait sereine, bref, on met en scène cette bonne conscience qu’on n’affiche jamais autant que lorsqu’on en manque un peu trop, et on clâme fort qu’en somme on maîtrise ce dont on n’a même pas idée, pariant que bien entendu, ce qui est arrivé sur tous les autres continents n’aura jamais lieu en Europe.

Déroulement prévisible donc, mais le meilleur est pour la fin : ce spot publicitaire s’achève sur une invitation à aller voir son complément sur TF1news.com, le versant internet du service d’information de la première chaine. Un site d’information qui fait de la publicité pour un réacteur nucléaire ? Une chaine qui voit, donc, la rédaction de sa branche « information » liée à un discours publicitaire ? C’est que sur TF1 rien n’est tout à fait impossible en matière de collusion entre les fins et les moyens. Bien entendu, il faut se dire que le fait que la chaine appartienne au groupe Bouygues, qui est le maître d’œuvre du chantier, n’y est pas vraiment pour rien. Il faut se dire dès lors que tout propos tenu sur cette chaine à propos de ce chantier relève de la publicité, et non de l’information, et que dans la mesure où cette construction est un enjeu majeur de l’élection présidentielle (l’est il vraiment ? On n’en sait rien, mais les medias et les équipes de campagne en décident ainsi, on est bien obligé d’opiner vaguement), tout propos tenu sur cette chaine à propos de politique, et de quoi que ce soit finalement, relève de la même logique.

Est-ce une découverte ? Pas vraiment. Et ça ne concerne pas que TF1 : l’Europe a été, la semaine dernière, balayée par un nuage de particules radioactives. Ni le pays qui semble les avoir émises (elles semblent avoir un passeport hongrois), ni les ministères concernés, ni les rédactions des journaux télévisés ne semblent avoir jugé bon d’en informer la population, qui pourrait s’émouvoir et adopter une opinion générale non conforme avec les projets industriels des entreprises privées qui ont quelque chose à gagner à ce que cette opinion leur soit favorable. Surpris, on l’est d’autant moins qu’il y a quelques jours, le journal la Tribune voyait EDF annuler soudainement son contrat publicitaire, pour la simple raison que dans un article, on supposait qu’EDF pourrait renoncer aux réacteurs de type EPR. On comprend donc comment ces entreprises fonctionnent, et jusqu’à quel point, pour elles, propagande et communication sont indiscernables.

Mais jusque là, il était extrêmement rare que le lien direct du département « info » de la chaine soit apposé sur une publicité. C’est même sans doute la première fois qu’une telle chose arrive. Ca confirme la tendance qu’ont les « affaires » à prendre en mains la politique, et à forcer la main au peuple, à le dépasser, et à continuer de financer la richesse personnelle des plus riches avec ce qui reste des deniers publics. Parce que finalement, ça revient à ça : si jamais on devait ne pas construire cette centrale, la conséquence la plus rude tomberait sur le groupe Bouygues, qui n’est pas une abstraction mais un ensemble d’intérêts privés, de personnes très concrètes qui ont des avantages à tirer de ces décisions (et qui devront bien, un jour, connaître une certaine forme de précarité, eux aussi, d’une manière ou d’une autre (mais on y reviendra prochainement)). Si on peut prendre en considération les emplois créés localement autour de ce chantier, on ne peut quand même pas considérer le projet dans son ensemble comme un don que Bouygues, Areva et EDF font à la communauté nationale. L’argument de l’emploi ne tient d’ailleurs qu’à moitié : partout où ce genre de centrales s’installe, l’emploi généré est très particulier : on fait venir des employés qualifiés venus d’ailleurs, ce qui induit un développement économique local, du fait de l’augmentation de population, qui ne dure que ce que dure une centrale nucléaire. Mais on ne peut pas dire qu’on emploie massivement ceux qui, déjà là, cherchent de l’emploi. En revanche, en échange, on propose des stages d’été aux jeunes du coin. L’embauche large de la population locale est donc un phénomène collatéral, un peu illusoire. On notera plutôt une profusion d’équipements (terrains de sport, médiathèques, etc.), et quelques hébergements provisoires pour les prestataires qui, à travers l’Europe, prennent tous les risques au cœur des installations nucléaires, afin de les maintenir sans entrer dans les statistiques sanitaires du personnel EDF, puisqu’ils n’en font pas partie (sur ce point, par exemple, le petit commentaire audio qui accompagne le spot publicitaire fait doucement sourire). Enfin, on ne voudrait pas profiter de l’actualité, mais écrire ces quelques lignes au moment où Areva annonce la suppression d’un bon millier d’emplois en France permet de sourire, un peu.

Mais à tout prendre, s’il y a une enquête qu’on aimerait voir mise en œuvre, ce n’est pas celle qui porte sur la manière dont on manipule, sur ces sujets, l’opinion française. A ce sujet, la messe est dite. En revanche, on serait curieux de savoir comment la Finlande, pays jusqu’à maintenant tout à fait prudent sur la question nucléaire, n’exploitant que deux réacteurs, et suffisamment conscient des conséquences à long terme de ce choix pour avoir mis en œuvre, depuis les années 80, la construction d’un site d’enfouissement destiné à accueillir, à partir de 2100, ses déchets radioactifs, et de les protéger pendant 100 000 ans (oui…), projet qui, à l’heure actuelle, ne connait aucun équivalent en France, ce beau pays qui fait tourner, sans aucun regard vers l’avenir, une cinquantaine de réacteurs (j’avais écrit, pour l’outre-monde, un article à propos du documentaire, Into Eternity, sorti cette année qui avait pour objet ce site d’enfouissement). On aimerait savoir par quel mystère la Finlande si prudente a signé la construction d’un EPR dont, comme tout le monde, elle ne sait rien. Qui sont les vendeurs ambulants qui lui ont fait la proposition, et qui l’ont convaincue, quel prix on leur a fait, combien sont payés les commerciaux qui ont conclu le contrat, et comment ils le sont. Voila une enquête intéressante.

On ne doute pas que l’Etat lance de lui-même de telles investigations, puisqu’il en va de l’intérêt de tous…

Les illustrations sont extraites du film Holocaust 2000. Ceux qui l’ont vu savent pourquoi !

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Hors saison

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM 2 commentaires »20 novembre 2011

On pourrait croire que désormais, mis devant le fait accompli des évènements qui semblent n’en faire qu’à leur tête, nous ne puissions plus rien prévoir. Bordel intégral tous azimuts, on ne sait plus à quels saints se vouer, et on peine à trouver les concepts aptes à saisir ce qui s’apparente de plus en plus à du caprice divin : effondrement économique par ci, révolution par là, guerre déclarée à la démocratie européenne sans que grand monde ait bien saisi que c’est de guerre qu’il s’agit, on n’y comprend plus grand-chose, et on abandonne peu à peu l’idée même de pouvoir maîtriser le chaos.

Pourtant, la météorologie nous aiderait. On en avait sans doute une sorte d’intuition lorsqu’on a décidé de nommer le mouvement lancé à travers le sud de la méditerranée « Printemps arabe ». On a bien dansé tout l’été sur cette idée, aussi est on maintenant pris au dépourvu, alors que l’automne est venu et que nous constatons que nous ne récoltons pas les fruits attendus. Mais à trop attendre de voir d’autres que nous incarner une démocratie que nous ne nous donnons même plus la peine de faire vivre, on pouvait s’attendre à être déçus. Bardés de notre écoeurant souci de ne reconnaître les autres qu’à la condition qu’ils nous ressemblent en tous points, bref, armés de notre franche xénophobie, nous aurions tout de même pu prendre quelques cours de météorologie, puisque c’est sur ce plan qu’on avait cru bon de placer le phénomène.

Voici ce qu’une simple visite sur la page « Egypte » de Wikipedia nous aurait appris :

« Au printemps sévit assez souvent le khamsin, un vent sec, chaud et très poussiéreux, souffle brulant des déserts du sud-est. À la vitesse de 150 km/h, il arrache les feuilles des arbres et donne au ciel une teinte orange foncé ; l’air se charge de poussière ce qui rend la respiration oppressante. Pendant ces cinquante jours (d’où le nom de cette saison), l’Égypte connait quelques violents orages, autrefois symbolisés par le dieu Seth. »

Apparemment, on s’y trouve sous un ciel de traine.

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Hors jeu

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM Laisser un commentaire »20 novembre 2011

On l’aura peut-être noté, il y a peu de publications dans les environs ces temps ci.

Comme on n’aime pas porter soi même le poids de ses responsabilités (ce qui signifie en somme qu’on n’est pas très responsable), on dira que c’est la faute des heures supplémentaires qui deviennent monnaie courante dans l’éducation nationale. 5h30 en supplément au tableau de bord de ma pointeuse cette année. Ca n’a l’air de rien, comme ça, mais c’est un quart de poste, ce qui signifie qu’un quart de chercheur d’emploi a le droit de m’en vouloir à mort, mais aussi qu’un quart de mon compte en banque me dit merci. C’est ainsi qu’on nous tient. On nous tiendrait pas les couilles, ça ne serait pas plus douloureux.
Du coup, plus trop de temp pour écrire.

Pire, même plus vraiment de temps pour penser. Et on finit par se demander si ça n’est pas là le véritable but de l’opération : que, déjà, on soit prêt à accepter cette compromission politique; qu’on soit de plus capable de penser que c’est plutôt plaisant, ces heures sup’ défiscalisées, qu’on soit même presque tentés d’espérer, dans les moments de faiblesse, que ça ne soit pas remis en question. On nous donne évidemment bonne conscience : à strictement parler, le boulot que j’effectue lors de mes heures supplémentaires est constitué de missions qui ne seraient pas proposées à quelqu’un d’autre si je ne les prenais pas en charge : initiation à ma discipline pour des classes qui ne l’ont pas au programme, aussi bien en seconde qu’en première, suivi d’une classe dans leur préparation de TPE, etc. Armé de ma seule bonne conscience, puisque j’ai vendu la mauvaise au diable, je peux me livrer consciencieusement à la correction des copies produites, en flux tendu, par mes 250 élèves dont, Dieu merci, seuls 180 suivent un cursus qui nécessite que je les évalue de manière très régulière. Ca permet de remercier Dieu une deuxième fois de faire partie de ces quelques spécimens qui n’ont besoin que de quelques rares heures de sommeil chaque nuit, et qui à cause de cela mourront jeunes, ce qui leur évitera pas mal de déconvenues concernant la possible perte progressive de sens du mot « retraite ».

Force est de reconnaître que, de toute façon, il devient inutile de penser un cours des choses qui semble se passer fort bien de toute intelligibilité, dans un monde qui nous susurre déjà à l’oreille qu’il n’a en fait plus vraiment besoin de nos services, ni pour travailler, ni pour consommer, et bien moins encore pour le penser. A partir du moment où tout peut arriver, à partir du moment où, mieux encore, tout et n’importe quoi arrive réellement, à partir du moment où tout devient simultanément tout à fait conforme aux prédictions qu’on pouvait effectuer mais aussi totalement absurde (au moment donc où on doit bien admettre que l’absurdité présente était en fait tout à fait prévisible, ce qui en dit long sur notre aptitude à ne pas vouloir regarder les choses en face, et à préférer tenir quelques propos narquois et sarcastiques, comme si on en était de lointains observateurs suffisamment dégagés du cours des choses pour pouvoir se permettre d’en parler sur le seul mode de l’ironie.

Bilan : depuis quelques temps, pas beaucoup d’articles, tout ça parce que le temps manque.

Je profite d’une franche saturation dans les copies pour lancer la mise en ligne de quelques petites choses que j’avais tout de même en stock depuis quelques temps. J’en profite pour apprendre à faire court. De toute façon, il paraitrait qu’aujourd’hui plus personne ne lit de longs textes. Faut-il s’y faire comme on se fait à tout le reste ? On n’en a pas vraiment l’intention, mais il est probable que, sur ce versant ci du monde, les articles se fassent plus courts. Dans l’outre-monde, où les affaires suivent leur cours plus normal, on conserve une aptitude au développement un peu excessive, mais c’est tout à fait volontaire.

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Material Girl

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PAGES 1 commentaire »10 octobre 2011

Billet rédigé devant le troisième débat entre les prétendants à l’investiture socialiste, alors que trainait, sur la table basse, le volume 30 des Oeuvres de Lénine (on a les table books qu’on peut !).

Aussi étrange que ça puisse paraître, Lénine, auquel on prête bon nombre de prophéties, avait prévu qu’un jour, Ségolène Royal briguerait l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle.

Oui oui.

On trouve cette prophétie dans le n° 249, daté du 6 Novembre 1919, du journal la Pravda. L’article est intitulé Le Pouvoir des soviets et la condition de la femme. En soi, c’est déjà tout un programme. Bon, comme souvent, on commence par un constat, qu’on ne pourrait plus effectuer tel quel aujourd’hui, les choses ayant un peu évolué entre temps, une égalité de principe ayant été instaurée entre hommes et femmes.

« En fait, les femmes, la moitié du genre humain, n’ont reçu nulle part, dans aucune république bourgeoise même la plus avancée, l’égalité juridique avec les hommes, nulle part elles n’ont été affranchies de la tutelle et du joug des hommes ».

Bon, l’égalité de principe arrange tout le monde, sauf les femmes elles mêmes. On se paie de mots, on fait de belles déclarations, la main sur le cœur. Mais d’égalité de fait, on n’y est pas encore tout à fait, ni face aux salaires, ni face à la retraite, ni même en terme de valorisation.

Allez, on peut quand même décerner à Mme Royal la palme du discours en surventilation artificielle, qui résonne d’autant mieux qu’il sonne comme sonnent les cloches : une grosse masse presque inerte qui vibre autour d’un grand vide. Grands mots, concepts XXL, professions de foi et adhésion aux valeurs évidentes. Tout y est.

C’est exactement ce que discerne Lénine dans cet article. Et on ne peut s’empêcher de penser qu’il imagine déjà, en 1919, le genre de discours qu’il nous faut,, aujourd’hui, supporter :

« La démocratie bourgeoise est la démocratie des phrases pompeuses, des mots solennels, des promesses grandiloquentes, des belles devises de liberté et d’égalité. Toutes ces phrases dissimulent l’asservissement et l’inégalité de la femme, l’asservissement et l’inégalité des travailleurs et des exploités. »

Mais il est probable que Lénine ait eu en tête, au-delà de Ségolène Royal, l’ensemble des candidats à la primaire, qui se sont eux-mêmes désignés, dans le débat de ce 5 Octobre, comme « notables » quand il poursuivait :

« La démocratie soviétique ou socialiste fait litière des phrases pompeuses mais mensongères ; elle déclare une guerre implacable à l’hypocrisie des « démocrates », des grands propriétaires fonciers, des capitalistes, des paysans repus qui s’engraissent en vendant aux prix du marché noir leurs excédents de blé aux ouvriers affamés.
A bas cet ignoble mensonge ! Il ne peut y avoir, il n’y a et il n’y aura pas d’« égalité » entre les opprimés et les oppresseurs, les exploités et les exploiteurs. Il ne peut y avoir, il n’y a et il n’y aura pas de véritable « liberté » tant que la femme ne se sera pas libérée des privilèges que la loi accorde à l’homme, tant que l’ouvrier ne se sera pas libéré du joug du capital, tant que les paysans travailleurs ne se seront pas libérés du joug du capitaliste, du propriétaire foncier et du gros marchand. »

Note du moine copiste : Certes, on dirait un peu un portrait de la brochette de candidats socialistes à l’investiture ; mais pour être honnête, on remarquera aussi qu’à droite, ce sont des personnages bien pires encore qui constituent les têtes de gondole de la proposition électorale. Comment, pour autant, résister aux promesses idéalistes de candidats en général, et d’une candidate en particulier ? En revenant, tout simplement, au réel :

« Nous disons aux ouvriers et aux paysans : arrachez le masque à ces menteurs, ouvrez les yeux à ces aveugles. Demandez-leur :

- L’égalité de quel sexe avec quel autre sexe ?
- De quelle nation avec quelle autre nation ?
- De quelle classe avec quelle autre classe ? [ Note du moine copiste : écoutons les candidats à l’investiture PS s’accorder sur leur principal point commun : ils sont tous des notables]
- La liberté par rapport à quel joug ou au joug de quelle classe ? La liberté pour quelle classe ?

Qui parle de politique, de démocratie, de liberté, d’égalité, de socialisme, sans soulever ces questions, sans les mettre au premier plan, sans lutter contre les tentatives de les cacher, les dissimuler, les estomper, est le pire ennemi des travailleurs, un loup déguisé en mouton, le plus féroce adversaire des ouvriers et des paysans, le valet des grands propriétaires fonciers, des tsars, des capitalistes [note du moine copiste : en même temps, le tri est désormais complexe, ce midi, un brave type affirmait sur je ne sais plus quelle chaine de télé qu’il ne voterait pas pour les primaires, parce qu’il ne voulait pas être représenté par un bourgeois (pourquoi pas), avant de préciser que lui-même n’avait que 400€ de revenus mensuels, et qu’il avait perdu pas mal d’argent ces derniers jours, puisqu’il était détenteurs… d’actions Dexia…]

(…) A bas ce masque ! A bas les menteurs qui parlent de liberté et d’égalité pour tous, alors qu’il y a encore un sexe opprimé, des classes qui oppriment, alors qu’existe encore la propriété privée du capital et des actions, alors qu’il y a encore des repus qui, par leurs excédents de blé, asservissent les pauvres. Non pas la liberté pour tous, ni l’égalité pour tous, mais la lutte contre les oppresseurs et les exploiteurs, la suppression de toute possibilité d’opprimer et d’exploiter. Tel est notre mot d’ordre !

(…) Tel est notre cri de guerre, telle est notre vérité prolétarienne, la vérité de la lutte contre le capital, vérité que nous jetons à la face du monde capitaliste avec ses phrases doucereuses, hypocrites, ronflantes sur la liberté et l’égalité en général, sur la liberté et l’égalité pour tous ».
V. Lénine, Oeuvres, vol. 30; p. 116 sq, editions sociales, Paris, 1964

Encore une fois, il serait bon que la gauche, de manière générale, revienne au matérialisme qui est censé l’inspirer et oriente son regard davantage vers ce qui est susceptible d’initier un mouvement, plutôt que vers les objectifs idéaux, donc hors de portée, qu’on brandit pour sembler plus pur. A regarder les autres propositions de gauche, à écouter les conversations dans les couloirs des établissements, durant les heures de vie syndicale, le PS n’est pas vraiment le seul à devoir échapper aux tentacules des grandes idées et des motifs célestes : il y a peu, un éminent militant CGT, dans mon entourage, clamait qu’il fallait réclamer une rémunération identique pour certifiés et agrégés, en prenant comme base le revenu de ces derniers évidemment ; autant dire que de tels projets ne coûtent rien puisqu’on est certain que ça n’arrivera pas, et qu’ils sont même contre productifs puisqu’ils incitent les naïfs à s’épuiser dans des combats qui seront nécessairement déçus (accessoirement, cela consisterait à valider pour de bon la capitalisation du savoir (parce que, finalement, l’agrégation, qu’est-ce d’autre ?). Il est peut être temps qu’à gauche, et pas seulement au PS, on revienne vers la construction de situations dans lesquelles se trouveront les véritables ferments d’un changement réel, et qu’on sorte de l’art de faire en sorte que les conditions actuelles du bien être des uns et du mal être des autres demeure juste assez supportable pour qu’on persiste à s’en satisfaire, tout en faisant mine d’en être indigné.

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Portrait de Robert Bourgi en femme de chambre

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA 1 commentaire »13 septembre 2011

On aura eu de multiples occasions de se poser cette question, ces derniers temps :

Faut il croire un menteur ?

Nouvelle occasion, ce soir, dans le Grand Journal (encore ?), avec Robert Bourgi, qui semble avoir regardé, dernièrement, les Repentis de John Woo (dont le titre, en VO, est plus fort en sous entendus (Once a thief)).

Multipliant les déclarations pleines de remord (le sketch sur sa bonne conscience tardive, mystérieusement synchronisée avec l’agenda présidentiel est assez plaisant à regarder) sur le thème « Si j’aurais su j’aurais pas participé », devant un Aphatie qui ne trouve rien à redire, il ne devra répondre, finalement, qu’à une seule question à portée potentiellement critique : d’où vient la légion d’honneur qu’il porte ? Ce n’est pas Aphatie qui la pose, mais Ollivier Pourriol, le philosophe de service (je reviendrai une autre fois sur la nouvelle caution intellectuelle de l’émission).

Bien sûr, Pourriol n’est pas journaliste. Il pose la question juste parce qu’il a vu dans la journée, comme tout le monde, un titre sur sa page ‘google actu’ mentionnant le fait que Sarkozy a remis cette décoration à Bourgi en 2007. Du coup, quand ce dernier lui répond que c’est Chirac, ni lui dont ce n’est pas le métier, ni Aphatie, dont ce serait le métier s’il le pratiquait, ne le reprennent.

Pourtant, c’est bien Sarkozy qui a ainsi décoré le convoyeur de fonds de la droite. Et il est d’autant plus intéressant, dès lors, de le voir mentir frontalement sur ce sujet au moment où il est envoyé en première ligne pour dézinguer toute forme de concurrence au sein de la majorité présidentielle. Il ne faut pas qu’il apparaisse comme le bras droit du président, il faut même qu’il puisse passer pour un proche de Villepin et Chirac, fraichement repenti. Les faits sont même encore plus têtus, puisque non seulement on sait qui l’a décoré, mais on dispose aussi des paroles qu’il a prononcées à cette occasion, puisque Mediapart a eu la bonne idée de publier ce discours.

Double mensonge, de la part de Bourgi, puisque sentant que la pillule réclamait tout de même des gorges sérieusement profondes pour être avalée, il trouva bon de préciser qu’il avait été décoré avant l’accession de Sarkozy au trône, ce qu’on s’explique mal, puisque l’heureux évènement eut lieu le 27 Septembre 2007, et sauf à réécrire vite fait tous les manuels d’histoire, il semble bien que le sombre jour qui vit l’excité parvenir au pouvoir précéda, dans le calendrier, la décoration du financier occulte.

On ne saurait trop conseiller de lire le discours lu à la gloire de Bourgi. Le texte, très habilement écrit, peut être lu à tout un tas de degrés. On dirait presque qu’il a été ironiquement rédigé à l’avance pour servir, plus tard, de message poli exprimant, en gros, les mots muets adressés à leur environnement proche par tous les majeurs qui, dans le monde, se dressent vers le ciel. En voici une illustration qui, j’en suis certain, devrait donner le sourire à tout le monde :

« Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui qui te conseillait jadis, de « rester à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil ». Sous le chaud soleil africain, ce n’est pas une vaine précaution. Jacques Foccart avait bien raison ». Le texte intégral peut être lu ici :  http://www.mediapart.fr/files/Sarkozy_Bourgi.pdf

Ici comme au Sofitel de New-York, des candidats à la présidentielle se heurtent aux témoignages de ceux dont la crédibilité tient entièrement dans l’impossibilité de prouver quoi que ce soit. Au grand bowling électoral, ce sont les petites mains à l’honneur perdu qui viennent tirer des strikes au beau milieu du jeu politique.

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Petits arrangements avec les forts

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA 2 commentaires »11 septembre 2011

Bilan de la semaine :

1 – Jeudi, sur le plateau du Grand Journal, on n’avait pas très très bien compris si Villepin se présentait, ou pas, à l’élection présidentielle. Le bonhomme avait l’air en état étrange, à moitié confus, à moitié vulgaire. A des kilomètres de son personnage de chevalier blanc. A des kilomètres, aussi, de l’idée que pourrait se faire son électroat théorique d’un éventuel président. A vrai dire, c’était compliqué de prendre ses déclarations au sérieux, tant il semblait avoir appris, comme tout le monde, le mot « anosognosie » dans la semaine, et s’être dit que ça lui conviendrait bien, comme laisser aller.

2  - Dimanche, le JDD titre sur les révélations d’un porteur de valises pour… Villepin, donnant une audience plus, disons, populaire aux infomations divulguées par Péan dans son  livre La République des mallettes.

3 – On comprend donc que finalement, Lagardère est bel et bien, toujours, le frère de Sarkozy. Le frère dont on a un peu honte, mais avec lequel on ne pourrait pas rompre, tant les services qu’il est apte à rendre sont précieux. Un peu de honte est vite passée.

4 – Donc,  Villepin est bel est bien candidat. Rien ne garantit cependant qu’il le sera durablement.

5 – Sur Canal toujours, c’est Martine Aubry qui est la cible sur laquelle on s’acharne. Même les Guignols participent au ball trap, dans des séquences dont on cerne mal le ressort comique.

6 – Donc, on dirait que certains disposent de sources un peu plus fiables que les sondages publiés à propos des primaires PS, et qu’on devient nerveux.

7 – Vendredi, l’attitude de Franz Olivier Giesbert, toujours sur le plateau du Grand Journal, oscille entre fébrilité et panique à bord. Illustrant les théories d’Audiard selon lesquelles on reconnaît les cons au fait qu’ils osent tout, il ose tout et n’a honte, lui, de rien.

8 – Il va falloir arrêter de regarder le Grand Journal.

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Waterloo

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, AUDIO, CHOSES VUES, MIND STORM, POP MUSIC, Scopitones, SCREENS 9 commentaires »19 mai 2011

Soyons sérieux un instant, et considérons les affaires européennes dans ce qu’elles ont de plus crucial.

Samedi soir, pour la énième fois, la France s’est vautrée sur le paillasson de la gloire européenne, en finissant quinzième d’un concours où il semblait possible de finir en bonne place sans avoir l’air bien fut’ fut’. Et pourtant, nous partîmes sous le vent arrière des bookmakers, qui jouaient pour l’occasion le rôle d’augures, totalement à côté de la plaque pour une fois.

Il faut dire qu’il s’est passé quelque chose d’étrange dans la prophétie des organisateurs de paris : la France était donnée, et de loin, gagnante. C’est l’avantage d’internet : on peut découvrir les chansons avant de les voir exécutées (et Dieu sait si ce terme est adapté à la prestation française corse de Samedi dernier) sur la scène où l’élite musicale européenne se confronte dans un déluge d’effets vidéo, de chorégraphie (si vous voulez avoir l’air à la mode en boite, sachez que LA tendance de l’année, c’est les danseurs alignés les uns derrière les autres qui font genre « c’est pas mes bras qui dépassent, c’est ceux du type qui est devant nous », je pense avoir dénombré au moins cinq candidats dont les agités du global ont exécuté cette figure shivaïque en cours de chorégraphie), de violons (of course) et de tenues improbables (mention spéciale à la robe de la dernière candidate, qui était un défi à la couture (et au bon goût)), et mention particulière aux bonnets des moldaves, dont on doute qu’ils passent les portiques des aéroports (dans un monde parfait, les moldaves auraient gagné, mais craignant sans doute que les vedettes nationales soient contraintes de cheminer dans une charrette tirée par un âne jusqu’au chapiteau de cirque qui fait office de palais des congrès national, les votants, ont massivement voté pour l’Azerbaïdjan, juste pour découvrir où ça peut bien se situer sur une carte, et aussi (motif inavouable) pour foutre en l’air la balance commerciale de ce pays en le contraignant à organiser à grands frais la prochaine fête de la musique européenne) leur chef d’oeuvre censé rendre compte de la recherche musicale contemporaine dans chacun des pays autorisés à participer à la fête transnationale (à défaut d’être transgenre, Dana International n’ayant pas été sélectionnée pour la finale, ce qui explique peut être la victoire de l’Azerbaïdjan (j’ai une théorie là dessus, que je réserve pour plus loin dans l’article).

Si on regardait, sur Youtube le clip de la chanson française, il y avait moyen d’être appâté par le piège : petit cabriolet italien (une Alfa Spider en état de marche, ça frise le manque de respect pour le manque total de fiabilité des Alfa qui fait leur légende, on frôle l’insulte à la mémoire italienne, mais bref), cheveux dans le vent, lunettes de soleil, chant euh.. correct, modestie linguistique (on ne met même pas le français en avant, sans pour autant chanter en anglais, on fait une place à une langue régionale (enfin, « régionale »… pour ma part, je me suis résolu à ne retourner en Corse que lorsqu’il faudra un passeport pour s’y rendre), grand hôtel pas trop grand (on lui ouvre le coffre, mais il ouvre lui même sa portière (sans doute le personnel a t il des consignes avec les Alfa, afin de ne pas se retrouver bêtement avec la poignée de la porte dans la main, soudainement désolidarisée de la carrosserie fine italienne), on est dans ce que le grand public européen doit plus ou moins fantasmer sur la vie bourgeoise européenne. On touche un peu au sublime quand le chanteur s’isole, dans sa chambre d’hôtel, tout d’abord, auprès de sa cheminée (il y a ambiguïté sur la saison durant laquelle se passent les scènes du clip). On dirait un peu Springfellow Hawk quand il retourne dans son chalet de montagne, loin de la civilisation et des sous hommes, tel un Zarathoustra pilote d’hélicoptère (et pourquoi pas, hein ?) pour jouer du violoncelle sur la terrasse, face aux sommets enneigés. Ben là, Amaury Vassili, c’est un peu pareil, mais dans un chambre d’hôtel. Ce qui ne l’empêche pas d’aller néanmoins hurler sa chanson face aux éléments, en haut des falaises (on croirait presque avoir brusquement zappé sur une des publicités pour la moutarde Maille, même coupe de cheveux, même regard vers l’horizon, même léger manque de modestie (je toise l’univers, et il a intérêt à baisser le regard devant moi), même cambrure de toréador devant le soleil couchant. Bref, tout ça sent son romantique de pacotille à plein nez, on sent les âmes de Richard Clayderman et d’André Rieu planer au dessus du petit chevelu qui s’égosille dans la pampa. On flaire l’arnaque, mais comme on fait partie du pays qui l’organise, on se répète la fameuse formule de Cocteau : « Puisque ces mystères nous échappent, feignons d’en être les organisateurs ». On rajoutera la maxime noir désiresque (paix à leur âme) : « N’ayons l’air de rien », le crétin européen pourrait bien voter pour ce genre de chose, et il est entendu que pour gagner, il faut avoir bu toute sa honte, et la pisser ensuite sur le public. C’était apparemment la stratégie choisie Samedi soir.

Mais patatras. Entre temps, tout s’est passé comme si on avait décidé de rendre le piège inefficace en mettant à jour tous ses mécanisme sous le regard du public. Finie la modestie : c’était Napoléon en personne qui venait chanter son hymne guerrier à la face de l’Europe. Peut être le conseiller des grands, Guéant, avait il soufflé en douce à la délégation européenne, « allez y les gars, il y a en Europe une solide nostalgie de l’Empire ». Mais il semble y avoir eu maldonne : si nostalgie il y a, elle ne consiste peut être pas exactement en un désir de se faire piétiner par un corse trop petit pour ne pas être nerveux sur un cheval, trop imbu de sa personne pour ne pas faire tout ce bordel pour de strictes raisons pulsionnelles.

Ajoutons quelques coups fourrés de la concurrence, en particulier, on semble avoir drogué le coiffeur d’Amaury, qui lui a collé sur la tête une permanente telle qu’on en n’avait plus vu depuis la dernière intervention à la télé de Jean-Michel Jarre (je dis ça parce que 1, c’est la même coupe de cheveux, et 2, je l’ai vu récemment dans Turbo, qui faisait mine de reconnaître à l’oreille les sons des moteurs Jaguar, Ferrari et Lamborghini, tout ça pour faire la promotion de sa tournée, et on se disait en voyant ça que, finalement, se retrouver menotté, et projeté comme sur un pilori sur tous les écrans plats du monde, ce n’était pas si humiliant que ça). Autant dire qu’en entendant Catherine Lara commenter la soirée, on réalisait soudain que le candidat français, fils caché de la violoniste déglingos (l’héritage capillaire ne ment jamais) avait été pistonné par le lobby des garçons coiffeurs. Second terroriste qui s’est acharné sur notre champion : l’ingénieur du son qui semble être allé se chercher un sandwich et une bière pendant la prestation, oubliant de brancher les oreillettes du ténor, le laissant se démerder tout seul pour trouver, au pif, le ton sur lequel pousser sa chansonnette. Autant dire que, puisqu’on était déguisé en Napoléon, la prestation a ressemblé à une partie de bataille navale : tâtonnant, c’est-à-dire tentant des tons, au hasard, en espérant tomber sur celui de la bande orchestre qui, cruelle, demeurait figée sur sa propre ligne d’harmonie, insensible aux tentatives du chanteur pour se rapprocher d’elle. Pendant ce qu’on a eu du mal à identifier comme un couplet, puis un refrain, ce fut « B7. A l’eau. D6. A l’eau. A4 alors ? A l’eau aussi… » Variant de ce que l’oreille percevait comme des quarts de ton, ces écarts qui n’existent pas dans la musique occidentale classique, on entendait très nettement que ça chantait tout simplement complètement faux. Et ça, même avec une coupe de cheveux qui sera peut être, après tout, à la mode dans cinquante ans, et même avec une veste qui semble taillée exprès pour partir déclarer la guerre à l’ensemble du territoire européen (et attention, l’Europe, le jour de l’Eurovision, ça s’étend jusqu’à Israel en intégrant la Turquie sans demander de reconnaissance de quelque génocide que ce soit, comme ça, gratos, du moment qu’ils chantent et dansent dans des costumes en papier crépon), ça n’est tout simplement pas possible, surtout quand on a décidé de faire de sa gorge une sorte de caisse de résonnance équivalente aux grottes de Lascaux dont on aurait intégralement recouvert les murs de carrelage, histoire de les doter d’une reverb’ digne d’une salle de bains.

Bref, attaquer toute l’Europe d’un coup, déguisé en Napoléon d’opérette, au son d’un hymne guerrier chanté en Corse, certes, mais carrément faux, voila qui n’est peut être pas exactement la meilleure manière de convaincre les télespectateurs de ces pays dans lesquels on pense, en écoutant de la musique que nous désignerions comme « disco », être « à la page », de voter pour la France. Ajouter au dispositif musical (pour peu que ce mot soit approprié ici) un décor constitué par un ciel qui, peu à peu, devient aussi rougeoyant que s’il dominait un territoire mis à feu et à sang par une bataille qui se refléterait dans ses nuages rougis, et on parvient sans doute à convaincre tout le territoire participant au concours que les français ont sombré dans la folie, et qu’ils s’apprêtent à envahir tout l’espace disponible, comme ça, juste parce qu’un corse leur en veut de ne pas avoir correctement réglé ses retours pour l’aider à accorder ses violons avec sa voix.

Pourtant, l’histoire des chansons ayant gagné le concours de l’Eurovision. Parmi les titres les plus célèbres qu’a produit ce télé crochet, on trouve le fameux succès de Abba, Waterloo. Sans faire une explication de texte intégrale de cette chanson, on peut s’arrêter deux secondes sur cette prophétie :

The history book on the shelf
Is always repeating itself

Si le livre de l’histoire est censé s’écrire en mode ‘repeat”, alors nous aurions du nous souvenir qu’à emprunter le thème napoléonien sur un terrain frappé par la mémoire de Waterloo, on propulserait notre héros national chevelu directement vers la défaite, ce que le livre de l’histoire, effectivement, vérifia.

Ah, dernière chose, pourquoi l’absence de Dana International pouvait elle favoriser la victoire de l’Azerbaïdjan ? Parce que le casting de ce pays était simplement idéal, puisqu’il s’agissait d’un de ces couples dont on devine aisément que la partie masculine n’est pas particulièrement attirée par la moitié féminine (pas la peine d’avoir un gaydar particulièrement aiguisé pour discerner chez le chanteur (dont la voix, d’ailleurs, n’est pas totalement inintéressante) ce qu’on appelle discrètement un garçon sensible, pas du tout dans la follitude de certains autres candidats (il y avait des jumeaux, par exemple, d’on ne sait quelle nationalité, sorte de zébulons montés sur ressort, habillés comme l’as de pique, faisant vaguement parler au duo eighties Bros (qui à force de chanter « When will I, will I be famous ? » a réussi à être totalement oublié de tous), qui avaient vraiment l’air de folles perdues, presque touchants dans leur égarement tous azimuts, le candidat d’Azerbaïdjan avait, lui, l’air simplement cette manière qu’ont certains chanteurs pop d’être en même temps totalement superficiels dans leur attitude, mais d’une superficialité dont on devine qu’elle est une surface qui cache quelque chose, qui ne se dit pas ; même sa voix était l’antithèse de celle du Napoléon français, qui tentait, lui, de tout passer en force quand la fragilité de celui qui, finalement, sera vainqueur, s’appuyait davantage sur les nuances (j’en parle comme si c’était une performance vocale, ce que ce n’était pas, tout l’intérêt, même ; c’est que précisément, ça ne se donnait pas comme tel))). Si on imagine un tout petit peu la sociologie des téléspectateurs de l’Eurovision, on devine que ce casting est assez pertinent, permettant de recueillir les précieux votes nécessaires pour remporter cette si importante victoire. Nul doute que la présence de la flamboyante chanteuse israélienne aurait permis de diviser ces troupes là, et de glisser notre Napoléon d’opérette dans la faille. Au lieu de cela, il faut admettre qu’on l’a simplement propulsé, tout droit, dans le mur du son, où il s’est joyeusement fracassé. Ce Sognu fut saignant, ce fut aussi une morne plainte.

Un dernier détail, pour la route : les bookmakers se sont bien plantés en nous annonçant grands vainqueurs de cette édition, et la France semble y avoir cru un instant. On ferait peut être bien de méditer cette leçon que la Grande Histoire veut bien nous donner ici : parfois, les sondages d’avant match se trompent. Parfois, même, ils peuvent inciter à persister dans l’erreur. On pouvait, avant même le soir de l’Eurovision, examiner un peu la proposition « Amaury Vassili » et se demander si raisonnablement, elle pouvait remporter les suffrages européens, et si on pouvait envisager ça comme une bonne chose. Je propose un exercice sain : il est peut être encore temps de se poser les mêmes questions à propos d’un certain François Hollande.

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Sir Sourire

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", Il voit le mal partout, MIND STORM, PAGES, PROPAGANDA, Scopitones, SCREENS 5 commentaires »16 mai 2011

Nous voici donc parvenus au point où notre vie commune, c’est à dire la politique, se voit réduite en gros à quelque chose qui ressemblerait à un épisode parmi d’autres d’une série qui serait à mi-chemin de 24h Chrono et des Experts N.Y. Au delà du fait que la réalité, depuis ce matin, se voit propulsée bien plus loin que ce que pourrait se permettre une fiction, ce qui marque encore une fois, c’est la manière dont nous donnerions cher pour échanger un débat démocratique, autour de véritables alternatives politiques, contre un épisode supplémentaire d’excitation face au barnum mediatique qui transforme de plus en plus le monde, la réalité, en plus grand chapiteau du monde.

On se retrouve dans une situation un peu pénible, où, tout en sachant bien que ce type n’était pas une véritable alternative (il va le devenir pour de bon, maintenant qu’il est hors jeu : ce sera, pendant des années, le plan B, l’univers parallèle à partir duquel on jugera de l’action politique, sur le thème « Ah… si DSK n’avait pas été condamné à 25 ans de prison…), on ne parvient pas tout à fait à se dire « bien bien, un de moins, au suivant ». Maintenant qu’il est mort (tout le monde semble en parler à l’imparfait, en balayant les chaines info, on voit des quasi nécrologies, sans doute déjà montées, au cas où, diffusées presque telles qu’elles « il parlait couramment allemand et espagnol », « il aimait les femmes » (en effet…), « il était l’espoir de la gauche » (dans une vision unilatéralisée du monde, oui, peut être)), il semble avoir été, de son vivant, pétri des qualités qu’on aura eu un peu plus de mal à discerner quand on pouvait observer, au présent, son action. On ira demander, par exemple, au peuple grec s’il considère, pour sa part, que la mésaventure du jour le prive d’un avenir socialiste. Mais bien qu’on ne soit pas dupe de ce que, sur l’essentiel, une opposition Strauss-Kahn/Sarkozy n’aurait eu d’opposition que le nom, les fondamentaux économiques demeurant semblables, la classe à laquelle les deux hommes appartiennent étant exactement la même, la sortie de route du potentiel candidat PS révèle cependant que la politique ne peut pas se réduire à la seule question des options économiques : on ne nous prive pas seulement d’un faux débat économique, on empêche en fait de choisir entre un capitalisme qui s’accompagne d’un total mépris pour ceux qui n’en sont pas les principaux bénéficiaires, et un autre qui, tout en profitant des avantages matériels que permet le capitalisme à ceux qui y occupent une bonne place, se soucie néanmoins de ne pas humilier frontalement ceux qui pâtissent de ce genre de système économique. Accessoirement, on prive aussi les citoyens de choisir entre une politique française qui s’articule de plus en plus autour de ce qui prend, de plus en plus, la forme d’un pur et simple racisme, et une autre politique qui se refuse encore à sacrifier à ce point là les plus fragiles d’entre nous.

Alors, évidemment, le choix existe toujours. Il y aura un candidat PS, il y a d’autres candidats à gauche, avec des propositions se démarquant bien plus nettement, économiquement. Mais ce qui disparait, c’est la perspective d’un candidat susceptible de gagner. Parce que si on voit émerger la thèse d’un complot contre DSK, il y en a un autre qui semble prendre Hollande pour cible, les sondeurs semblant être payé par ‘ »quelqu’un » pour lui faire croire qu’il peut être, un jour, président de la république française. Ce qui se passe en ce moment ne sert que l’alternative frontiste, qui est de moins en moins une alternative, puisque l’UMP est de plus en plus contrainte de se laisser dicter son programme et son discours par les ondes FN. Le choix existe donc, et les français seraient bien inspirés de s’y intéresser de plus près, mais chacun sait bien que si on veut être réaliste, on doit admettre que la perspective d’une alternance, déjà un peu fantasmée dans le cas d’une victoire DSK (le visage souriant du socialisme sur les gros sabots capitalistes), devient simplement utopique avec sa disparition du jeu politique : encore au moins 5 ans à se donner bonne conscience en défilant contre la disparition de tout ce qui disparaitra quand même, ce qui demeure une manière confortable de cumuler deux bourgeoisies : celle du fric (après tout, les bonnes âmes de gauche qui ont les moyens n’y perdront pas tant que ça), et celle de l’âme (j’aurais bien voulu qu’il en fût autrement, mais un mélange de femme de chambre (qui est à la femme de ménage ce que le technicien de surface est au balayeur, un fantasme embourgeoisé par le langage) et de pulsions lubriques en a décidé autrement)

Autrement dit, et quoiqu’on puisse en penser en temps normal, on s’en serait un peu branlé, que DSK roule en Panamera, j’y reviendrai peut être un jour (la bagnole comme sinthome, c’est un angle qui me plait bien) ou que ses costards coûtent deux ou trois ans de salaire normal (le costard au prix d’une grosse bagnole, la bagnole au prix d’un appartement, les appartements au prix d’on ne saurait trop dire quoi, on est dans les décalages honoraires qui impressionnent suffisamment pour qu’on puisse, comme on le fait dans les medias de droite, douter du socialisme de DSK (on attend avec impatience qu’il en déduisent ce qui suit nécessairement : aucun candidat de droite ne peut servir les intérêts du peuple, surtout depuis qu’on a délocalisé la consommation)), on s’en serait un peu branlé, donc, qu’il roule en Maybach ou en Bugatti si il avait simplement pu nous débarrasser de la clique actuellement au pouvoir, juste pour mettre fin à ce mouvement par lequel on nous conduit peu à peu à se haïr les uns les autres, et à ne plus pouvoir discerner où se situent les véritables nuisances. Sans être dupes, on peut encore préférer la mise en scène d’une cohésion sociale fictive à l’instauration consciencieuse d’une guerre sociale entre citoyens qui, en fait, ont sans le savoir les mêmes intérêts. Le socialisme peut tout à fait jouer, lui aussi, le rôle d’opium du peuple, d’âme d’un monde sans coeur. Dans ses commentaires éclairants (bien que réclamant parfois quelques recherches dans les méandres de la mémoire des groupuscules de gauche avant d’être pleinement saisis), Michel racontait il y a quelques jours sa soirée du 10 Mai 1981, dont le maître de cérémonie semblait être DJ Janus en personne, tant le moment devait être conçu comme à cheval entre deux mondes pour qu’on puisse y adhérer, cesser le feu dont tout le monde avait conscience qu’il était provisoire, que les masques tomberaient un jour ou l’autre et que l’union de la gauche, joyeusement bicéphale ce soir là, perdrait tôt ou tard l’un de ses deux visages et, par la même occasion, la face. Ce soir là, la foi en quelque chose qu’on pourrait considérer comme la fraternité injectait, comme par intraveineuse, l’Esprit à tous ceux qui n’étaient pas en train de remplir le coffre de la 505 avec leurs biens les plus précieux, jouant à se faire peur à l’idée de l’arrivée des chars de l’armée rouge sur les places des villages dès le lendemain. Trêve des électeurs pour une soirée et quelques jours, mine de rien, les années 80 réussirent l’exploit, sur la base de cette fiction d’un soir, de permettre aux plus riches de le devenir encore plus, sans pour autant que la fraternité ressentie soit vraiment mise à mal. Et à défaut d’égalité véritable, on peut admettre que le rôle du politique puisse se réduire au fait de rendre l’inégalité un peu moins insupportable. On voit bien à quel point nos dirigeants actuels ont compris qu’on pouvait fonder son pouvoir sur incitation des classes les plus puissantes à humilier sans cesse ceux qu’ils spolient. C’est là tout le sens de la fameuse décomplexion.

Ce qui en dit long depuis hier, c’est la vitesse à laquelle apparaissent, puis se diffusent, les soupçons de manipulation, voire de complot. Ca dit à quel point on est désormais facilement convaincu que le pouvoir est confisqué au peuple, et que les élections ne doivent en aucun cas offrir de quelconques alternatives aux électeurs. Ce qui est amusant, dans l’histoire, c’est qu’on repère ce principe dans l’interdiction qui est faite à DSK de participer à l’élection présidentielle, alors que le fait qu’il y participe était, bien plus encore, un signe de cette impossibilité de l’alternative, en plaçant l’électeur devant un choix étrange : votre capitalisme, vous le préférez faux cul ? ou décomplexé ? Jusqu’à preuve du contraire, il ne s’agissait pas d’ouvrir de nouvelles perspectives politiques. Impossible de discerner quels effets à long terme aura cette impression de s’être fait voler une fausse alternative. A priori, comme ça, à vue de nez, toutes les conditions sont en place pour que le socialisme puisse encore se fantasmer pendant quelques décennies.

Maintenant, à moins de s’offrir le temps de lire, ou relire, le Bûcher des vanités de Tom Wolfe, auquel fait furieusement penser l’épisode du jour, on peut se faire une idée de la paranoïa ambiante en suivant les micro enquêtes effectuées par ceux qui trouvent quelques étrangetés dans la manière dont certaines informations ont été révélées dans un sens qui défie les lois de la chronologie, par des gens qui étaient déjà aux commandes des révélations sur la Panamera et les costards en peau de zob. On y apprend surtout que, contre toute attente (et contre toute vraisemblance sociologique), les jeunes populaires de l’UMP (saviez vous, au fait, qu’on a été à deux doigts de voir la Suède remporter l’Eurovision avec une chanson intitulée Popular, qui semblait être un hymne écrit en dédicace aux jeunesses actives de l’UMP, chanté par un des leurs, une étrange créature qui ressemblerait un peu à Tom Cruise déguisé en Justin Bieber, dans une chorégraphie édifiante où on casse les murs de verre d’une prison hypothétique (c’est en gros le sentiment que se donne un jeune libéral aujourd’hui, en « osant » être de droite : briser une barrière qui n’existait que dans sa tête)) ont, parmi leurs connaissances, des femmes de chambre.

En même temps, chacun se doute bien que si on veut avoir des indics quelque part, il n’est pas absurde d’en placer un ou deux dans un hôtel dans lequel le gratin de la politique et du mondanisme mondialiste a ses habitudes. Et une femme de chambre, par définition, c’est quelqu’un qui a le double avantage d’avoir accès à l’intimité tout en étant invisible. Enfin bref, bientôt, Jonathan Pinet nous diffusera les dernières infos fournies par la dame pipi du tribunal de Harlem, puis de la lingère de Sing Sing, autant de membres, sans doute, de la bande à Pinet sur sa page Facebook. Ces gens là sont partout, ils ont regardé Fight-Club et ils en ont tiré tout un tas de leçons qu’ils appliquent sur nous. Et Internet est le système de surveillance universel qui instaure la règle selon laquelle c’est le premier qui a twitté qui a raison, fabriquant simultanément ce qui fera office de version officielle, ainsi que le fantasme en négatif qui l’accompagne.

Illustrations extraites des campagnes de promo pour la chaine « Maid Café », d’origine japonaise, mais ouvrant à droite à gauche dans le monde des franchises. C’est un peu comme le Starbuck, mais on note un soin particulier dans le déguisement des serveuses, qui font tout leur possible pour ressembler à des soubrettes de films porno, tout en demeurant suffisamment inaccessibles pour éviter au patron des poursuites pour proxénétisme. On comprend que la clientèle, après avoir pris son café en se voyant refuser la jouissance promise par la mise en scène de la prostitution se lâche un peu sur tout ce qui peut porter un tablier. Cette promesse de jouissance que, simultanément, on interdit, ou qu’on reporte, ça aussi, c’est une belle image du monde tel qu’on nous le propose. Au passage, maid signifie tout aussi bien, et en vrac : femme de chambre, ou pucelle. C’est sans doute l’une des questions que DSK se verra poser, sous les douches, par les autres prisonniers de Sing Sing « Alors, Ophelia, elle était bonne ? » Quoi qu’il en soit de sa culpabilité, la réponse donnée par la langue est affirmative.

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On n’a pas que d’l'amour à vendre, ça non !

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA 6 commentaires »9 mai 2011

On se souvient peut être qu’au début de ses Réflexions sur la question juive, Sartre propose de sortir l’antisémitisme de la catégorie des opinions pour ne considérer cette position que sous l’angle de la passion.

« Ce mot d’opinion fait rêver… C’est celui qu’emploie la maîtresse de maison pour mettre fin à une discussion qui risque de s’envenimer. Il suggère que tous les avis sont équivalents, il rassure et donne aux pensées une physionomie inoffensive en les assimilant à des goûts. Tous les goûts sont dans la nature, toutes les opinions sont permises ; des goûts, des couleurs, des opinions il ne faut pas discuter. Au nom des institutions démocratiques, au nom de la liberté d’opinion, l’antisémite réclame le droit de prêcher partout la croisade anti-juive. En même temps, habitués que nous sommes depuis la Révolution à envisager chaque objet dans un esprit analytique, c’est-à-dire comme un composé qu’on peut séparer en ses éléments, nous regardons les personnes et les caractères comme des mosaïques dont chaque pierre coexiste avec les autres sans que cette coexistence l’affecte dans sa nature. Ainsi l’opinion antisémite nous apparaît comme une molécule susceptible d’entrer en combinaison sans s’altérer avec d’autres molécules d’ailleurs quelconques. Un homme peut être bon père et bon mari, citoyen zélé, fin lettré, philanthrope et d’autre part antisémite. Il peut aimer la pêche à la ligne et les plaisirs de l’amour, être tolérant en matière de religion, plein d’idées généreuses sur la condition des indigènes d’Afrique centrale et, d’autre part, détester les Juifs. S’il ne les aime pas, dit-on, c’est que son expérience lui a révélé qu’ils étaient mauvais, c’est que les statistiques lui ont appris qu’ils étaient dangereux, c’est que certains facteurs historiques ont influencé son jugement. Ainsi cette opinion semble l’effet de causes extérieures et ceux qui veulent l’étudier négligeront la personne même de l’antisémite pour faire état du pourcentage de Juifs mobilisés en 14, du pourcentage des Juifs banquiers, industriels, médecins, avocats, de l’histoire des juifs en France depuis les origines. Ils parviendront à déceler une situation rigoureusement objective déterminant un certain courant d’opinion également objectif qu’ils nommeront antisémitisme, dont ils pourront dresser la carte ou établir les variations de 1870 à 1944. De la sorte, l’antisémitisme paraît être à la fois un goût subjectif qui entre en composition avec d’autres goûts pour former la personne et un phénomène impersonnel et social qui peut s’exprimer par des chiffres et des moyennes, qui est conditionné par des constantes économiques, historiques et politiques.
Je ne dis pas que ces deux conceptions soient nécessairement contradictoires. Je dis qu’elles sont dangereuses et fausses. J’admettrais à la rigueur qu’on ait une opinion sur la politique vinicole du gouvernement, c’est-à-dire qu’on se décide, sur des raisons, à approuver ou à condamner la libre importation de vins d’Algérie. C’est qu’il s’agit alors de donner son avis sur l’administration des choses. Mais je me refuse à nommer opinion une doctrine qui vise expressément des personnes particulières et qui tend à supprimer leurs droits ou à les exterminer. Le Juif que l’antisémite veut atteindre ce n’est pas un être schématique et défini par sa fonction comme dans le droit administratif ; par sa situation ou par ses actes, comme dans le Code. C’est un Juif, fils de Juifs, reconnaissable à son physique, à la couleur de ses cheveux, à son vêtement peut être et, dit-on, à son caractère. L’antisémitisme ne rentre pas dans la catégorie de pensée que protège le Droit de libre opinion.
D’ailleurs, c’est bien autre chose qu’une pensée. C’est d’abord une passion. Sans doute peut-il se présenter sous forme de proposition théorique. L’antisémite « modéré » est un homme courtois qui vous dira doucement : « Moi je ne déteste pas les Juifs. J’estime simplement préférable, pour telle ou telle raison, qu’ils prennent une part réduite à l’activité de la nation. » Mais, l’instant d’après, si vous avez gagné sa confiance, il ajoutera avec plus d’abandon : « Voyez-vous, il doit y avoir « quelque chose » chez les Juifs : ils me gênent physiquement. » L’argument, que j’ai entendu cent fois, vaut la peine d’être examiné. D’abord il ressortit à la logique passionnelle. Car enfin imaginerait on quelqu’un qui dirait sérieusement « Il doit y avoir quelque chose dans la tomate, puisque j’ai horreur d’en manger. » Mais en outre, il nous montre que l’antisémitisme, sous ses formes les plus tempérées, les plus évoluées reste une totalité syncrétique qui s’exprime par des discours d’allure raisonnable, mais qui peut entrainer jusqu’à des modifications corporelles. Certains hommes sont frappés soudain d’impuissance s’ils apprennent que la femme avec qui ils font l’amour est Juive. Il y a un dégoût du Juif, comme il y a un dégoût du Chinois ou du nègre chez certaines gens. Et ce n’est donc pas du corps que naît cette répulsion physique puisque vous pouvez fort bien aimer une juive si vous ignorez sa race, mais elle vient au corps par l’esprit ; c’est un engagement de l’âme, mais si profond et si total qu’il s’étend au physiologique, comme c’est le cas dans l’hystérie.
Cet engagement n’est pas provoqué par l’expérience. J’ai interroge cent personnes sur des raisons de leur antisémitisme. La plupart se sont bornées à m’énumérer les défauts que la tradition prête aux Juifs. « Je les déteste parce qu’ils sont intéressés, intriguants, collants, visqueux, sans tact, etc. »- « Mais, du moins, en fréquentez vous quelques uns ? » – Ah ! Je m’en garderais bien ! » Un peintre m’a dit : « Je suis hostile aux Juifs parce que, avec leurs habitudes critiques, ils encouragent nos domestiques à l’indiscipline ». Voici des expériences plus précises. Un jeune acteur sans talent prétend que les Juifs l’ont empêché de faire carrière dans le théâtre en le maintenant dans des emplois subalternes. Une jeune femme me dit : « J’ai eu des démélés insupportables avec des fourreurs, ils m’ont volée, ils ont brûlé la fourrure que je leur avais confiée. Eh bien, ils étaient tous juifs. » Mais pourquoi a-t-elle choisi de haïr les Juifs plutôt que les fourreurs ? Pourquoi les Juifs ou les fourreurs plutôt que tel Juif, tel fourreur en particulier ? C’est qu’elle portant en elle une prédisposition à l’antisémitisme. Un collègue, au lycée, me dit que les Juifs « l’agacent » à cause des mille injustices que des corps sociaux « enjuivés » commettent en leur faveur. « Un Juif a été reçu à l’agrégation l’année où j’ai été collé et vous ne me ferez pas croire que ce type-là, dont le père venait de Cracovie ou de Lemberg, comprenait mieux que moi un poème de Ronsard ou une églogue de Virgile . » Mais il avoue, par ailleurs, que c’est « la bouteille à l’encre » et qu’il n’a pas préparé le concours. Il dispose donc, pour expliquer son échec, de deux systèmes d’interprétation, comme ces fous qui, lorsqu’ils se laissent aller à leur délire, prétendent être roi de Hongrie et qui, si on les interroge brusquement, avouent qu’ils sont cordonniers. Sa pensée se meut sur deux plans, sans qu’il en conçoive la moindre gêne. Mieux, il lui arrivera de justifier sa paresse passée en disant qu’on serait vraiment trop bête de préparer un examen où on reçoit les Juifs de préférence aux bons Français.D’ailleurs, il venait vingt-septième sur la liste définitive. Ils étaient vingt-six avant lui, douze reçus et quatorze refusés. Eût-on exclu les juifs du concours, en eût-il été plus avancé ? Et même s’il eût été le premier des non admissibles, même si, en éliminant un des candidats, il eût eu sa chance d’être pris, pourquoi aurait on éliminé le Juif Weil plutôt que le normand Mathieu ou le Breton Arzell ? Pour que mon collègue s’indignât, il fallait qu’il eût adopté par avance une certaine idée du Juif, de sa nature et de son rôle social. Et pour qu’il décidât qu’entre vingt-six concurrents plus heureux que lui, c’était le Juif qui lui volait sa place, il fallait qu’il eut donné a priori, pour la conduite de sa vie, la préférence aux raisonnements passionnels. Loin que l’expérience engendre la notion de Juifs, c’est celle-ci qui éclaire l’expérience au contraire ; si le juif n’existait pas, l’antisémite l’inventerait. »

Confronter ces lignes, publiées en 1954, aux propos tenus de nos jours donne un peu le vertige, comme si l’histoire, fonçant un peu aveuglément au rythme du renouvellement de nos marchandises/gâteries, avait franchi, façon Tex Avery, l’angle du précipice, et se tenait, immobile dans le vide, tournant son regard vers la caméra, lui adressant un gros sourire crispé, en espérant faire ainsi diversion. Si Sartre prend soin d’illustrer l’antisémitisme par des propos dans lesquels intervient rapidement l’avidité, l’appât de ce qui ne peut être partagé et dont on reproche aux autres d’en être possesseur ou bénéficiaire sans pouvoir admettre que la motivation profonde du propos relève de l’égoïsme et non de la raison, c’est qu’on sait bien que ce type d’expression apparaît d’autant plus facilement qu’on est, ou qu’on pense être en situation de crise et de pénurie.

Ainsi quand traine plus ou moins, chez un certain nombre de nos concitoyens, le sentiment que des ressources limitées sont partagées avec un nombre croissant de personnes, et qu’eux-mêmes souffrent d’un pouvoir d’achat limité (comme s’il pouvait être illimité, et comme s’il existait un quelconque seuil au-delà duquel il pouvait être considéré comme suffisant), il n’est pas étonnant de voir germer, puis fleurir, des discours qui n’ont pas d’autre but que de désigner toutes les catégories d’êtres humains, hors la leur, qui devraient être privées de ce dont ils sont envieux.

A partir du moment où ce programme a été lancé, il n’y a pas grand-chose qui puisse lui faire obstacle, et il ne faut pas s’étonner de le voir s’accomplir dans tous les domaines, y compris ceux qu’on pensait immunisés. Ces derniers jours, voir le monde du football attaqué sur l’aile par un discours recourant à des descriptifs raciaux, c’est inattendu. Mais c’est en même temps logique : désormais, il ne suffira pas de se tenir à l’écart des universités d’été de l’UMP ou des meetings du FN pour être protégé des discours visant à discriminer les uns et les autres sur la base de ce qu’ils sont. Même dans les vestiaires des stades de foot où des gamins de 11 ans se préparent à jouer leurs premières rencontres, l’ambiance sera à la sélection sur des bases raciales. Que l’idée soit mise en œuvre ou pas, peu importe maintenant : l’idée est là et on ne dira jamais à un gamin noir que le quota des garçons de couleur a été atteint dans son équipe, et qu’il ne sera dès lors pas sélectionné ; mais rien ne l’empêchera d’imaginer que ce soit là la véritable raison de sa mise à l’écart. On se souvient de Poutine annonçant qu’il traquerait le terroriste Tchétchène jusque dans les chiottes. Ce qui se passe aujourd’hui dans le foot relève de la même logique : on ira faire chier les immigrés et leurs descendants jusque dans les moindres recoins de leur vie sociale, et particulièrement dans les quelques espaces où, précisément, ils auraient pu se sentir chez eux, et où jusque là on parvenait à les valoriser. En d’autres termes, en raison même de ce qu’ils sont, et non de ce qu’ils ont fait, on ne leur laissera aucune zone de répit. Accessoirement, on notera que la fédération française du foot ne semble pas avoir comme projet d’instaurer une limitation de la proportion de blancs dans sa propre direction. C’est sans doute que l’absence de représentativité de la direction de ce sport, et le déni de démocratie qu’elle constitue ne constitue pas un problème, du moins aux yeux de ces dirigeants, dont on a pu voir à quel point ils rechignaient à abandonner leur mandat.

Mais le football n’est pas le seul terrain sur lequel les logiques passionnelles se sont défoulées ces derniers temps. Lorsqu’il y a quelques semaines, Rudolf Brazda a été nommé officier de la Légion d’honneur, on a pu voir quelques illustrations de la logique passionnelle de certains. Alors même qu’on peut décerner ce genre de décoration à des abrutis notoires sans que cela soulève le moindre commentaire dans les forums des sites d’information, on a peu assister à un déferlement de sarcasmes et de propos scandalisés lors de la remise de cette décoration à M. Brazda. Si on devait résumer les raisons de ce haut le cœur, on pourrait dire que, simplement, certains ne voient pas pourquoi la Légion d’honneur devrait recevoir dans ses rangs des personnes qui se sont contentées d’être victimes. Sur le forum de Rue89, on en a vu certains se contorsionner dans des argumentations tordues, montrant qu’après tout, être déporté parce qu’on est homosexuel ou se trouver dans la trajectoire d’un tsunami, c’est du pareil au même, que les victimes n’ont rien fait pour l’être et qu’elles ne doivent pas faire l’objet d’une reconnaissance nationale. On devrait faire lire ces argumentaires à des élèves qui étudient le texte de Sartre cité plus haut, tant on a là l’illustration parfaite de son propos : si Rudolf Brazda n’était pas homosexuel, la décoration qui lui a été remise ne poserait aucun problème, et ne susciterait aucun commentaire. Dans la France telle qu’elle est aujourd’hui, on trouve donc encore des individus qui souhaitent faire entendre leur voix sur le thème « que les homosexuels existent, pourquoi pas, mais qu’on ne nous demande pas d’accepter qu’ils puissent recevoir les honneurs de la nation comme cela peut arriver à n’importe qui d’autre ». Et bien entendu, ce beau monde se défend d’être homophobe, cernant tout à fait ce qu’il y aurait de gênant à revendiquer une telle appartenance, préférant entretenir leur petite passion autocentrée sur le principe « Bon, je ne suis pas homophobe, mais quand même… ».
Même principe, entrevu avec retard, sur un site mettant en avant son intérêt pour l’éducation de nos jeunes têtes blondes : www.veille-education.org . On se souvient peut être que l’année dernière, une petite polémique avait été provoquée, dans l’éducation nationale, par un film tentant de combattre, chez les enfants, l’homophobie ambiante dont on se disait que, si on ne peut plus faire grand-chose pour l’extraire des esprits des parents, on pouvait peut-être essayer d’en empêcher les germes chez les enfants. On se doute qu’un site qui tente de collecter un grand nombre d’informations sur la question de l’éducation devait à un moment ou un autre, aborder cette question. Mais au lieu de simplement développer des arguments soutenant, ou invalidant cette initiative, le rédacteur des rubriques qui suivaient cette affaire prit sur lui d’écrire le texte suivant, à propos d’un instituteur qui avait soutenu l’initiative d’une éducation visant à ne pas encourager l’homophobie :

« La propagande homosexuelle dès la maternelle ?
[Gaël Pasquier y est favorable et le dit dans Le Monde.]
(…) Un petit garçon ne fera pas nécessairement sa vie d’adulte avec une femme, une petite fille n’est pas tenue d’espérer un prince charmant. Pourtant les histoires racontées en classe envisagent rarement d’autres possibles. Diversifier les représentations que l’on propose aux élèves est donc (…) primordial.
NDLR : Nous croyions qu’il s’agissait uniquement de lutter contre l’homophobie ?
De la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas.
Gaël Pasquier est directeur de l’école maternelle Romain Rolland à Fontenay-sous-Bois (94) dans l’Académie de Créteil. L’homme qui se présente comme “doctorant en sciences de l’éducation” semble très au fait du “cinéma militant” homosexuel (voir cet article paru en 2004 dans un supplément de L’Humanité). Il est aussi un adepte forcené de la théorie du genre. Par exemple, il écrit “jeunes homosexuel-le-s” dans sa tribune du Monde au lieu de “jeunes homosexuels”. Les écoliers de Romain Rolland apprennent-ils qu’en français, au pluriel, le masculin l’emporte sur le féminin ? Ou sont-ils formés à parler comme des militants “gay” ou du NPA ? La question mérite d’être posée.
Quant aux parents des écoliers de Romain Rolland, pas sûr qu’ils sachent qui est le directeur de l’école maternelle de leurs enfants. Faisons confiance aux moteurs de recherche sur Internet pour pallier cette lacune dans les prochains jours… »
http://veille-education.org/2010/02/28/la-propagande-homosexuelle-des-la-maternelle/

Admirez le travail.

1 – Le titre n’est pas du tout dramatisant : on nous parle de propagande, comme si l’homosexualité était une idéologie à laquelle on peut, ou pas, adhérer ; comme si, surtout, un quelconque discours pouvait influer sur l’orientation sexuelle des personnes, et des élèves, ce qui trahit au moins deux présupposés : A – Il serait très grave que des élèves aient pour avenir d’être homosexuels (ce qui, on en conviendra, constitue précisément un discours homophobe ; on comprend bien que le site «veille-education.org » n’apprécie pas les expérimentations visant à combattre l’homophobie, s’il se sent visé par l’expérience. B – Il y aurait une efficacité du discours sur l’orientation sexuelle des enfants, futurs adultes ; la proposition est surprenante, parce qu’on s’explique mal, dès lors, comment ceux qui, finalement, auront connu un destin marqué par l’homosexualité ont pu, jusque là, passer à travers les mailles du filet de la propagande hétérosexuelle jusque là en vigueur dans notre éducation. En somme, veille-education n’a pas de problème particulier avec la propagande, à partir du moment où c’est la sienne qui a voix au chapitre. Les autres discours sont, eux, condamnés, précisément parce qu’ils relèvent de la propagande, mais chacun peut juger du sérieux de cette accusation.

2 – On apprécie aussi la manière dont on ne fait pas du tout peur aux parents : « De la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas ». On a beau retourner le propos dans tous les sens, on ne voit pas comment interpréter le mot « pratique » autrement que sous l’angle du « passage à l’acte ». Dans l’esprit du rédacteur de l’article, lutter contre l’homophobie, ce serait donc forcément être au bord du précipice de la pédophilie, puisque cela consisterait non pas à tenir un discours théorique sur l’homosexualité, mais à en faire un acte, c’est-à-dire à être homosexuel avec les enfants. Et, afin de bien marquer les esprits, on ne fait pas planer une menace théorique sur des enfants abstraits, mais on précise dans l’article qu’un instituteur précis, Gaël Pasquier, dont on cite l’école, pourrait constituer un danger identifié… si les parents d’élèves savaient mieux qui il est. « Pas sûr quils sachent qui est le directeur de l’école maternelle de leurs enfants ». L’appel qui suit à la délation via le net dans les jours qui suivent la publication de cet article trahit assez bien le délire dans lequel se trouve sont rédacteur : se refusant à prendre lui-même le risque de faire justice par lui-même en faisant la vie dure à Gaël Pasquier, il conseille aux parents d’élèves, qui forcément lisent ses articles, de le faire à leur place.

3 – On valorise, aussi, le courage du rédacteur de l’article, qui ne se gène pas pour jeter Gaël Pasquier en pâture à l’homophobie potentielle des parents d’élèves (homophobie qui, dans l’article, n’est pas seulement potentielle, car elle est désirée, puisque ce serait le seul élément susceptible de déclencher une action contre cet instituteur (ici aussi, comme chez l’antisémitisme décrit par Sartre, les arguties (fort limitées, d’ailleurs), ne servent qu’à masquer la haine qui sert de fondation à ce qui veut se faire passer pour une pensée. Le rédacteur, lui, restera bien au chaud, tapi dans son anonymat. On saura juste qu’il a choisi comme pseudonyme « Gustave », que le groupe Facebook de soutien à veille-education.org est tout aussi opaque, le personnage semblant tout autant maîtriser la protection de sa vie privée qu’il est apte à étaler celle des autres, en ne pouvant pas être inconscient des dangers auxquels il les expose, puisqu’il désire manifestement ce danger, sans vouloir en porter la responsabilité.

On ne doute pas que si « Gustave » tombe un jour sur cette colonne (et il est fort possible que cela arrive : on l’imagine assez soucieux de se googler tout seul pour voir quels ondes il produit dans le clapotis des réseaux d’information), il mettra tout en œuvre pour identifier qui peut bien se cacher derrière le pseudonyme « Youri Kane ». On l’informe d’ores et déjà qu’en quelque sorte, on n’attend que ça, qu’il la mène, sa petite enquête de voisinage, qu’il poursuive sa petite activité de milice morale privée et qu’il le dresse son petit rapport pour son gros site plein d’importance, ne serait ce que parce qu’on apprécie toujours de voir la brigade de mœurs adopter si volontiers la position du missionnaire.

Je reviens à Sartre pour boucler. Les dernières lignes de ses Réflexions sur la question juive proposent ceci :

« Il conviendra de représenter à chacun que le destin des Juifs est son destin. Pas un français ne sera libre tant que les Juifs ne jouiront pas de la plénitude de leurs droits. Pas un Français ne sera en sécurité tant qu’un Juif, en France et dans le monde entier, pourra craindre pour sa vie ».

On l’aura sans compris : ce n’est pas dans l’opposition des essences que l’avenir peut s’écrire, du moins si on veut l’écrire ensemble ; et la manière la plus brutale de rendre les différentes composantes d’une société irréconciliables, c’est de les avoir tout d’abord conçues comme inconciliables, organisant par avance la mise en danger des uns pour le bénéfice des autres. Qu’il y ait quelques uns de nos concitoyens qui soient aveugles aux messages que l’histoire du 20ème siècle nous envoie, c’est de plus en plus une évidence. Qu’ils expriment ce qu’ils considèrent comme une pensée n’établit absolument pas que ces propos relèvent d’autre chose que de simples pulsion d’affirmation de soi. Gustave regarde le monde échapper au pouvoir de sa caste, et tente de rattraper au vol les éléments qui s’effilochent, auxquels il s’est tellement identifié qu’il a l’impression de se perdre lui-même dans la marche de l’histoire. Le pire, c’est qu’ilfaudra peut être se démarquer de ce genre d’individu en allant jusqu’à ne même pas leur souhaiter de mal, veillant à considérer, contre leur propre volonté, qu’on doit bel et bien former avec cette engeance, une même humanité. Qu’ils ne croient cependant pas trop hâtivement en une quelconque gentillesse de la part de ceux qu’ils se verraient bien détruire : si on peut leur interdire de juger et gouverner les autres en fonction de ce qu’ils sont, on peut simultanément les juger, et les gouverner, pour ce qu’ils font.

Compléments :

Réflexion sur la question gay, de Didier Eribon, inévitable ici, étant donnés les croisements effectués ci dessus.

www.veille-education.org site fascinant, manifestement très préoccupé par la place de l’enseignement privé en France, survalorisé lorsqu’il est catholique, vilipendé s’il est musulman. A priori, l’homosexualité devrait être le cadet des soucis d’un tel site, mais en fait, la question est régulièrement mise en avant. Aujourd’hui même, on trouve en page d’accueil une magnifique critique du programme socialiste montrant qu’il ne peut pas y avoir d’égalité entre hétéros et homos, puisque le PS ne définit pas ce que c’est que l’égalité. Sinon, théoriquement, la ligne éditoriale, c’est que veille-education s’intéresse à… l’éducation, sauf quand ses obsessions prennent le controle. On serait l’Auguste qui tient la revue de presse, on trouverait une telle obsession un peu suspecte et on conseillerait aux internautes d’enquêter.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/02/13/parler-d-homosexualite-des-l-ecole-maternelle-une-necessite-par-gael-pasquier_1305164_3232.html Le dangereux plaidoyer de Gael Pasquier. On n’est pas forcément tellement d’accord avec tout. On ne pense pas forcément, par exemple, qu’il faille lutter précisément contre telle ou telle discrimination, et qu’on peut éduquer à aimer plutôt qu’à ne pas haïr; et on ne croit pas que les dessins animés avec des animaux et des lunes puissent éduquer à quoi que ce soit. Mais s’il faut choisir son camp entre Gael Pasquier et ceuc qui aimeraient bien envoyer des parents d’élèves lui faire la peau, le choix est tout fait. Tel Bernadette Soubirou, je me fie à l’amour !

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