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Devil inside

Astralopithèque, le singe sidéral qu’est Denis Lavant, corps habité par on ne sait quoi (puisque ses incarnations sont plus que des personnages) se promène, de scène en scène, vampirisant les supports dans lesquels il évolue, jusqu’à faire de la séquence atelier-denis-lavantla forme ultime de ses apparitions. Carax ne s’y est pas trompé, une scène dans laquelle Lavant apparaît est vite, en elle-même et ce d’autant plus qu’elle prend la forme d’un plan séquence, une oeuvre en elle-même.

Ainsi, les rêves de ceux qui aiment les images en mouvement sont-ils peuplés de multiples apparitions de Denis Lavant évoluant sous diverses formes, galopant devant les rideaux baissés des magasins au son de David Bowie, légionnaire générique dansant comme un damné chez Claire Denis, père de famille rentrant le soir à la maison, puissamment accablé, retrouver guenon et marmaille nue, dans son pavillon de banlieue. Autant d’incarnations, autant de prouesses plastiques pour un corps dont les noeuds ne semblent devoir cesser de se faire et défaire devant les caméras.

Si, dans Holy Motors, la limousine est le sas par lequel on passe d’une incarnation à l’autre, la loge cinétique qui précède la scène cinématographique, il était pourtant déjà arrivé à Denis Lavant de se servir de l’automobile comme moyen de révélation d’un être autre, d’un au-delà de lui-même, quand dans le clip de Rabbit in your headlights, de U.N.K.LE., il louvoyait devant les voitures, proférant des incantations obscures, comme venu d’un en-deçà du monde, force de la nature errant au beau milieu de la circulation, lui faisant obstacle, l’entravant, l’obligeant à choisir entre le contourner ou lui rentrer dedans.

Depuis, on sait que Jonathan Glazer, qui a réalisé ce clip, peut avoir une manière pour le moins saisissante de révéler les personnages qu’il met en scène. Après tout, Under the Skin n’est rien d’autre que cela : un ensemble de séquences qui toutes, amènent des humains à une révélation qui les dépasse. Un écran noir dans lequel on vient se noyer sans y mourir. Une mise à jour, par les seuls moyens du cinéma, d’un être qui n’est pas ce dont il a l’air. Une incarnation qui se trouve en dessous du corps.

Une possession.

Une habitation.

Et soudain la dernière scène d’Holy Motors prend encore une autre dimension.

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