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Doubleback

Lors des périodes de Near Death Experience de ce blog, de temps en temps, un commentaire lancé comme une décharge de défibrillateur, tentant de réanimer cette longue langue de texte inerte, vient chatouiller mes naseaux, histoire de me redonner vie.

Qu’on se rassure, je suis vivant. J’ai juste présumé de mes forces et de mon aptitude à faire des nuits courtes. Qu’on se le dise : quatre heures de sommeil par nuit, ça marche. Trois, ça va brusquement beaucoup moins bien, et là, le café et le Guronsan n’y peuvent rien ; ils auraient même tendance à créer un cocktail comportemental un peu étrange, mélange d’excitation et de profonde fatigue, comme si on tentait de redonner un peu de force au lapin Duracell aux piles mourantes en l’aspergeant d’essence et en y floutant le feu. Fébrilité, j’écris ton nom sur tous les oreillers du monde, et parfois je passe tes nerfs sur le premier élève qui moufte, ou qui ose faire profiter la classe de ses goûts de chiotte en matière de sonneries téléphoniques (oubliant qu’en fait, la véritable punition, c’est la sonnerie).

Heureusement, certains veillent au grain. Ainsi, je fus réveillé de mon sommeil drolatique par une salve m’enjoignant à écrire à propos de ‘Give me all your luvin’. J’imagine que Jeanne d’Arc, elle aussi, a du se poser des questions lorsque des voix lui soufflé l’idée d’aller buter les sanglés hors de France. L’histoire est faite de malentendus et de rendez vous ratés et, pour peu qu’on soit mal informé, ou momentanément mal comprenant, il peut arriver qu’on demeure là, les bras ballants devant les voix de l’au-delà, acceptant a priori l’idée que Dieu puisse écrire droit sur des lignes courbes, mais dubitatif sur l’aptitude de qui que ce soit à lire le texte une fois mis en ligne.

http://www.youtube.com/watch?v=ROkhklj0ZGs

C’est que, pour moi, ‘Give me all your loving ‘ est un titre des ZZ Top et, sans spéculer excessivement sur les goûts musicaux de ceux qui daignent me lire ici, je doute un peu qu’ils aient développé un goût immodéré pour les errances commerciales des texans enguitarés. Aussi demeurai-je quelques jours un peu circonspect devant mon écran, les doigts en lévitation au dessus du clavier, prêts à l’attaque. J’ébauchais plusieurs hypothèses : un brusque revirement du lectorat vers l’art méconnu du tuning (ça tomberait bien, j’ai toujours un projet de chroniques à ce sujet en stock) ; ou bien un goût prononcé pour les barbes broussailleuses (ce qui, au Texas, pourrait valoir aussi bien adulation que légers ennuis avec le voisinage), ou bien brusque virage blues non assumé, masqué sous les oripeaux d’une technopop efficace, certes, mais un peu déplacée dans ce monde théoriquement fait d’huile de vidange et de mollards empestant le whisky.

Heureusement, je suis moi aussi amateur de belles mécaniques, ce qui m’a amené à me poser, en pleine nuit, devant la finale du super bowl. Passons sur le fait que je ne comprends décidément rien aux règles du football américain, et que j’ai passé mon temps à me demander si on me montrait les phases de jeu ou des replays des phases déjà jouées. Finalement, j’allais m’accomoder de l’idée selon laquelle ce sport est un peu comme les films Transformers : peu importe le récit, du moment qu’on a la vitesse et la puissance des masses en mouvement, le choc des armures, le chevauchement/écrasement des placages tectoniques et la presqu’indiscernabilité du ballon, centre de toutes les attentions quasiment aussi impossible à repérer que la particule dans son champs statistique ou le sous marin tactique au large des côtes ennemies.

La fin du deuxième quart temps approchant, j’étais en train de me demander si on avait l’habitude, aux USA, de laisser trainer une ou deux caméras dans les vestiaires, histoire de regonfler l’audience et de susciter des vocations de toute cette frange de la médecine qui est aux petits soins pour les masses musculaires meurtries et les articulations pliées dans le mauvais sens quand les commentateurs annoncèrent que le ‘half-time show’ serait tenu par Madonna en personne qui, ça tombait bien, était censée sortir son nouveau single dans les parages, et allait profiter de la réunion de famille pour chantonner son nouvel air, histoire qu’il nous rentre bien profond dans le ciboulot et qu’on le fredonne tous le lendemain en partant au boulot.

Et là, ce fut un peu comme si soudainement les planètes du système solaire décidaient de s’aligner pile poil devant le soleil pour nous faire avec leurs mains une de ces chorégraphies un peu nulles, mais qui font toujours leur petit effet quand elles sont accompagnées d’un joli contrejour : après deux titres du répertoire déjà connu de la seule quinquagénaire dont je puisse soupçonner qu’elle utilise quotidiennement du Biactol, résonna l’hymne que tout le monde semblait déjà connaître, sauf moi : ‘Give me all your luvin’’, mis en scène façon énième épisode de Glee qui copierait l’agitation sportive et l’esthétique cheerleadesque de Hollaback girl de Gwen Stefani. Les connexions stellaires étaient effectuées, je comprenais les messages obscurs qui m’étaient adressés, et il devenait inutile d’attendre la résurrection de Michael Jackson d’entre les morts (c’était du déjà vu, de toute façon). Ma mission, si je l’acceptais, consisterait à traiter dignement le nouveau tube de Madonna.

Sauf que bon, voila. N’est pas Mirwais qui veut, et si Martin Solveig ne se traine pas une honte à la hauteur de celle d’un Guetta, il est probable qu’il assure à Madonna davantage de vente que de chroniques dans les chroniques de fin d’année sur les meilleurs albums de 2012. Dès lors, à part un clip qui propose une seule bonne idée (les linebackers (j’utilise le vocabulaire appris lors de ce super bowl) protégeant la chanteuse des attaques dont elle est la cible (parce que Madonna est polémique, elle pose problème et dérange, un peu comme Eva Joly) et un seul plan potable (elle marche sur les murs, parce qu’elle est un peu un Jésus urbain, ou tout bonnement parce qu’elle a perdu le sens commun), à part donc une mise en scène de la sortie du single qui devrait un jour être chroniquée par Sun Tzu dans son « Art de la guerre 2.0 », le titre lui-même évolue dans un électro-encéphalogramme plat qui devrait lui garantir de jolis chiffres de vente, à en juger à quel point le morceau s’installe dans les méninges, alors même qu’on le trouve très moyen.

On lui préfèrera donc la salve de ZZ Top, qui sur le même titre, racontaient en gros à peu près n’importe quoi (mais ça, c’est la tradition chez les roadies barbus), mais lançaient leur mécanique commerciale sur les routes ensoleillées d’un clip comme on savait en faire dans les années 80 : on y croisait des femmes comme seules les eighties surent en produire, on y cruisait au volant de l’Eliminator, ce hot road bâti sur une vielle ford de 1933, glougloutant en phase d’approche des stations essences, théâtre des shows au cours desquels il devenait le lupanar ambulant où s’engouffraient des vilains canards encore puceaux, et d’où ressortaient des cygnes affranchis des pesanteurs terrestres par les créatures d’outre asphalte venues sur Terre pour édifier les hommes et leur apprendre à vivre. L’Amérique telle qu’elle nous stupéfie était là, sur les écrans de TV6, à portée de télécommande, c’est-à-dire pile poil là où elle doit être. Guitares, filles faciles, chromes et flammes, il y avait là de quoi éveiller les sens d’adolescents pas encore tout à fait affranchis. Il y avait aussi de quoi donner la soif des grands espaces, justifiant le recours aux V8 de grosse cylindrée, gavés par des compresseurs conséquents. A regarder Madonna demander à sa clientèle de lui donner tout son amour (Marx nous avait prévenu : l’argent est la prostituée universelle, il peut prendre tous les noms, et transformer tout en son contraire ; il est légion), on avait l’impression d’observer de l’extérieur d’autres temps et d’autres mœurs : un modèle rustique, avec déjà pas mal de kilomètres au compteur, avait subi un ravalement de façade à grands coups de jantes de grand diamètres et de calandre à diodes, et essayait de faire venir à elle les adolescents sans jamais passer à l’acte, préférant conclure sur la prière du soir.

On se disait que, finalement, c’était encore la présence de Cee Lo Green en grande prêtresse soul et funky qui constituait l’élément le plus sensuel du show. On aurait bien vu la messe s’achever par un passage en règle de la déesse au goudron, et aux plumes.

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