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Proposition de système visant à remplacer le marché du disque phonographique – Par Frank Zappa.

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM, PLATINES, PROTEIFORM, TRANSMISSION 2 commentaires »26 juin 2008

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Ce que vous allez lire à été écrit en 1988, et revient sur une idée qui trottait déjà dans le cerveau de son auteur depuis quelques temps.

Frank Zappa, c’est ce personnage qui est pris par beaucoup pour un énergumène produisant une musique indéfinissable et néanmoins prolifique (il fut une époque où on aurait dit qu’il avait l’ambition de remplir la totalité des rayons des disquaires, contraignant ceux ci à toujours décaler vers la gauche le début de la zone « Z » de leurs rayonnages), et qui est reconnu par quelques autres comme une des pierres de voutes de l’histoire de la musique contemporaine, pierre d’autant plus nécessaire qu’elle se trouve à la croisée de plusieurs arcs majeurs, qui pourraient aller de la musique de cirque au rock en passant par toutes les sous formes du jazz ou la musique sérielle est dodécaphonique contemporaine.

Bref, une sorte de potache intello, capable de stimuler la curiosité de tous les publics, et de les décevoir presqu’immédiatement. Un artiste quoi, qui n’en donne jamais pour son argent parce qu’il joue sur des terrains toujours inattendus.

zappa_1.jpgEn 1988, il publie son autobiographie « Zappa par Zappa ». Le livre est très ludique, très graphique aussi, héritier des expérimentations freak des publications des années 60/70. Mais il est aussi (au dela de conneries monumentales), un terreau d’idées visionnaires, dont… l’usage que fera le Net de la musique.

Frank Zappa, inventeur de la licence globale ? L’idée est pour le moins intéressante quand on lit par ailleurs dans le même livre, les récits des enregistrements de ses oeuvres par des orchestres symphoniques dont il connait le coût. Bien sûr, un disque de Goldman, de Diam’s, de Bruel ou des BB Brunes (Haha, voila en quelle compagnie on les retrouve, ceux là, au moment même où leur soit disant âme est marchandisée sur un plateau présenté par Olivier Min; Hey, Manoeuvre, c’est donc ça le rock’n roll actuel ?!!) doit coûter moins cher à produire, ça doit utiliser le sampling à tour de bras (pour ceux qui ne saisissent pas, il faut lire le reste du livre de Zappa, qui explique bien le principe sur la base de son propre usage du Synclavier, et pour ceux qui n’auraient vraiment pas saisi, il leur suffira de regarder Goldman plaquer ses riffs de gratte… sur un clavier dans le clip de la chanson des restos du coeur, on saisira combien ça coûte de produire ce genre de choses), et pourtant tout ce ptit monde se solidarise autour des projets de flicage du net, pour assurer la survie de ces auteurs, qui semblent ne pas avoir encore suffisamment gagné (mais c’est bien connu que, si on laisse faire les gens, ils ont l’impression de ne jamais en gagner assez). Zappa, lui, dès 88 (et dieu sait qu’à cette époque, on n’avait encore jamais entendu parler du net !), saisissait à quel point le numérique allait bouleverser la diffusion de la musique, et cernait bien en quoi les maisons de disque allaient perdre de leur influence… à moins bien sûr qu’elles n’installent aux bons endroits les bonnes personnes pour protéger leurs intérêts dont seule notre actuelle ministre de la culture (Hey !! franchement, si la culture demeure quelque chose qui est partagée par tous, ça fait pas un peu rire, ce titre, pour une personne qui a de tels projets ?) peut tenter de nous faire gober qu’il s’agit d’intérêts vraiment collectifs (parce que bon, sincèrement, si Hallyday arrêtait de sortir des disques, ça provoquerait quoi ? Si jamais certains se taillaient les veines à cause de ça, faudrait y voir une très grande perte ?). Mais bon, personne n’en est surpris, et il est probable que la culture véritable soit ce qu’on est prêt à sacrifier pour bénéficier de cette fameuse augmentation de pouvoir d’achat, et ce que deviendra l’éducation nationale le montrera certainement, dans l’indifférence et la hausse des taux de satisfaction généralisées.

Voila donc ce texte, que vous pourrez retrouver dans l’avant dernier chapître de ce livre « Zappa par Zappa », qui vous ravira, vous verrez.

« Le commerce classique des disques phonographiques tel qu’il existe aujourd’hui relève d’une circuit aberrant qui consiste pour l’essentiel à déplacer des pièces de vinyle, enveloppées dans des pochettes en carton, d’un endroit à un autre.
Le volume de ces objets est très important, et leur expédition est coûteuse. Le procédé de fabrication est complexe et archaïque. Les contrôles-qualité de pressage des disques sont des opérations vaines. Les clients mécontents retournent régulièrement des exemplaires rayés inutilisables.
La nouvelle technologie numérique est de nature à régler le problème des rayures et à offrir aux auditeurs une qualités d’écoute supérieure sous forme de compact-discs [CD]. Plus petits, ils permettent aussi de stocker plus de musique et réduisent en toute hypothèse les coûts d’expédition [...], mais se révèlent plus chers à l’achat ainsi qu’à la fabrication. Pour les écouter, le consommateur devra acquérir un équipement numérique à la place de sa vieille hi-fi (de l’ordre de 700 dollars).
La majeure partie des efforts promotionnels consentis par les producteurs de disques porte, aujourd’hui, sur les NOUVEAUTES, les derniers nés, les plus beaux, que ces renifleurs de cocaïne épilés ont décidé d’infliger au public cette semaine-là.
Bien souvent, de telles « décisions d’esthètes » finissent sous forme de montagnes de vinyle/pochettes invendables et sont retournés direction la décharge ou le recyclage. Des erreurs qui coûtent cher.
Ne parlons pas, pour le moment, des méthodes classiques de commercialisation, et considérons plutôt tout ce gachis d’articles de fond de catalogue, soustrait du marché par suite du manque de place dans les bacs des disquaires et de l’intarissable obsession des représentants des maisons de disques, rivés sur leurs quotas : remplir le petit espace réservé aux nouveautés de la semaine, et lui seul.

Tous les grands éditeurs ont leurs caves bourrées d’enregistrements éminents d’artistes majeurs (et de droits inaliénables qui vont avec) dans tous les styles de musiques imaginables, susceptibles de procurer de l’agrément au public, pour peu que ces disques soient distribués sous une forme commode.
LES CONSOMMATEURS DE MUSIQUE CONSOMMENT DE LA MUSIQUE ET PAS SPECIALEMENT DES ARTICLES EN VINYLE DANS DES POCHETTES EN CARTON.
Notre proposition : tirer avantage des aspects positifs d’une tendance négative qui frappe aujourd’hui l’industrie du disque : le piratage domestique sur cassettes de la production sur vinyle.
Prenons conscience, avant tout, que les enregistrements de cassettes à partir d’albums ne sont pas nécessairement motivés par la « radinerie » des consommateurs. Si l’on enregistre une cassette à partir d’un disque, la copie rendra nécessairement un son de meilleure qualité que celle d’une cassette commerciale dupliquée à haute vitesse, produite à bon droit par l’éditeur.

zappa.jpgNous proposons d’acheter les droits de reproduction numérique des MEILLEURES OEUVRES de fond de catalogue que les maisons de disques peinent à écouler, de les centraliser sur un serveur, puis de les connecter par le téléphone ou le câble directement au magnétophone de l’utilisateur. Lequel utilisateur aurait le choix entre un transfert direct numérique sur F-1 (le DAT de Sony), sur Beta Hi-Fi, ou sur un autre support analogique ordinaire (avec installation d’un convertisseur numérique/analogique dans le téléphone [...], opération rentable, puisque la puce ne coûte qu’une douzaine de dollars).
Le décompte du paiement des royalties, la facturation à l’acheteur, etc., seraient automatiquement assurées par la gestion informatisée du système.
Le client s’abonne à une famille thématique ou davantage et se voit facturé mensuellement, QUEL QUE SOIT LE VOLUME DE MUSIQUE QU’IL SOUHAITE ENREGISTRER.
Proposer un tel volume de catalogue à prix réduit ne peut que faire chuter la tendance à la copie et au stockage, puisque l’offre est permanente, de jour comme de nuit.
L’envoi des catalogues mensuels actualisés réduirait d’autant la consultation en ligne du serveur. Tous les services seraient accessibles par téléphone, même la réception locale passe par le cable télé.
Avantage : dans la mesure où ces chaines cablées (au nombre d’environ soixante-dix à L.A.)ne multiplient guère les happenings, un affichage du graphisme de la pochette, des textes des chansons, des notes techniques, etc., serait couplé au téléchargement. Ce qui contribuerait à redonner aux albums, sous des dehors électroniques, leur statut initial d’ »albums » tels qu’ils sont aujourd’hui proposés dans les différents points de vente, tant il est vrai que bon nombre de consommateurs aiment carresser les pochettes, objets de fétichisation, quand ils écoutent de la musique.
Dès lors, le potentiel tactile fétichiste [PTF] est préservé, réduit du coût de distribution du cartonnage.
Au moment où vous lisez ces lignes, la quasi totalité de l’équipement requis est disponible dans les magasins; il ne vous reste plus qu’à brancher le tout et mettre ainsi fin au marché discographique sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.  »

« Zappa par Zappa » – Frank Zappa; 1989 – extrait du chapître « De l’échec« .

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Greenfields

Par Youri Kane Catégorie : FLICKR, MIND STORM, PLATINES, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »26 juin 2008

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P1040377, première mise en ligne par yourikane.

Profitons du moment.

On est débarassés de Roland Garros, pas encore tannés par le Tour de France, le bac a l’air achevé puisque les élèves ne travaillent plus (les copies se corrigent toutes seules ou presque, puisque, comme on le sait, tout ceci est une vaste roulette russe, au cours de laquelle les correcteurs lancent les oeuvres dont ils sont responsables dans le grand escalier du hasard et se contentent de repérer sur quelles marches atterrissent les candidats, on y reviendra).

En somme, c’est encore un peu le printemps. Plus vraiment depuis la fête de la musique, certes, mais ça ne sent pas encore tout à fait l’été. Le calendrier aura beau faire, on veut notre printemps, on l’aura.

Si l’expression n’avait pas été déjà utilisée par une mourante en mal de formule, on serait tenté de prendre ses pataugas, d’aller gambader dans les bois en se disant « laissez verdure »; mais ce serait prendre le risque de tomber raide au pied d’un chêne, qui démontrerait là une fois de plus l’insolente supériorité des arbres sur les humains dans leur quête de longévité (preuve que, quand même, nos ancêtres grecs avaient le nez creux quand ils pensaient que la constance et l’ataraxie avaient quelque chose à voir avec le bonheur), et de contribuer qui plus est à son alimentation annuelle en se transformant, lentement mais sûrement en bête humus.

bref, c’est le printemps, le temps premier et on a comme l’impression que nos cellules reçoivent un codage nouveau, un update tout frais qui va nous permettre de non seulement passer l’été sans laisser la peau à la première canicule venue, mais aussi d’être irrésistibles sur les plages, beaux à croquer comme des fruits juste à point, prêts à être cueillis et consommés, voire même consommés sur la branche, comme ça, à cru.

En même temps, comme on ne se refait pas, dès que ça va bien, en même temps, ça va pas, parce qu’on sait que ce n’est qu’une saison parmi trois autres, qu’elle est déjà officiellement achevée alors qu’elle semble ne pas avoir été inaugurée, et tout ça a déjà un parfum d’automne (c’est peut être ça, le secret des arbres : ils sont entièrement à ce qu’ils font : ils voient leurs feuilles apparaître comme si c’était une naissance première, sans mémoire des précédentes venues au monde, et des précédentes petites morts que constitue chaque automne, sans pré-science de la prochaine chute; le chêne est dans un présent permanent, sans mémoire et sans inquiétude, il peut acquiescer à la vie sans réserve, là est peut être le secret (oui, certes, c’est aussi le secret de cette forme d’innocence qu’on peut, aussi bien, appeler le crétinisme)).

Peu importe, notre manière à nous autres, humains, de parvenir à la sérénité sylvestre, à cette veille d’inauguration perpétuelle, c’est une certaine tendance que nous avons à regarder les choses passer, et à parvenir à ne plus y résister. C’est pourquoi notre printemps est nostalgique, par anticipation. Mais ça permet aussi de ne pas tout à fait mourir à l’automne, et de passer l’hiver.

Verte nostalgie, ça m’a fait penser à une bonne vieille chanson du patrimoine quasi public américain, une chanson intitulée « Greenfields », aux paroles totalement nostalgiques, et à la mélodie néanmoins sereine. Pas la sérénité telle qu’on peut l’imaginer, niaiseuse comme on sait le faire par chez nous. Non, plutôt une quiétude des grands espaces, avec des voix sobrement posées, qui n’en imposent pas par le boulot apparent, ni par la virtuosité, mais qui sont, simplement, (et c’est ce qu’on demande à une voix, non ?), présentes.

Une chanson inondée de verdure, et qui ne tombait pas dans le bucolisme, c’était exactement l’impression que m’avait laissée Greenfields, chanson maintes fois reprise, mais que je connaissais interprétée par un quatuor de frères, originalement nommé les brothers four. Un peu comme des compagnons de la chanson, mais américains, moins pathétiques, mais peut être un poil trop lisses quand même. Et pourtant déjà, on éprouvait à leur écoute ce sentiment de passage lent et irrémédiable du temps, et des choses qui le peuplent.

Une chanson de perte de l’essentiel, quelque chose que Blaise Pascal aurait pu écrire s’il avait été gardien de moutons, au sommet de la montagne Brokeback, quand l’univers lui aurait semblé avoir été déserté du seul regard qui vaille, de la seule présence comblante, alors qu’il essayait vainement de combler une faille béante dans un univers désormais insensé, sourd, aveugle. Absurde. Et il n’y avait guère que des chanteurs de quasi country, de total folk pour parvenir à demeurer si sereins face à ces immensités vides, à ces déserts où nous ne pouvons plus qu’errer. Et c’était ça, Greenfields. Une immensité un peu froide, désertée de toute présence humaine, désincarnée.

Puis vint le printemps de cette chanson pourtant si automnale (tellement automnale qu’on avait l’impression que l’automne était devenu l’unique saison, comme si les champs ne pouvaient plus être verts que dans nos mémoires), quand David Kosten la reprit en mains, et demanda à Michael Stipe de venir coucher sa voix sur le matelas de mousse sonore qu’il lui avait préparé. Ce ne sont plus les parfaites harmonies du quatuor qui nous sont offertes, mais la justesse d’une de ces voix qui sont aussi des regards, une introspection retournée vers l’extérieur, une résonnance. Une voix, quoi. Soudainement, sans être davantage sensée, la solitude et l’abandon devenaient une histoire, il y avait quelqu’un dans ces paysages vides, une âme qui vive, fût-ce péniblement.

Finalement, c’est peut être ça, notre printemps à nous autres, humains (quand nous n’oublions pas de l’être, ou qu’on ne croit pas l’être de fait alors qu’il s’agirait plutôt de l’être en acte) : la résonnance dans les autres d’une voix dans laquelle on aimerait reconnaître la sienne.

 

NB : Le titre repris par Michael Stipe se trouve sur l’album « Your love means everything », de Faultline (l’identité sous laquelle David Kosten publie ses petits chefs d’oeuvre), qu’on ne saurait trop conseiller, en toutes saisons, parce que ce disque a la permanence des choses qui commencent à toucher à un peu d’éternité (bon, contentons nous de permanence et d’un peu de durabilité, ça demeurera davantage humain.

Quant aux Brothers four, pour les amateurs, il existe une compilation de leurs meilleurs titres. Mais Greenfields me semble demeurer au dessus du lot, comme si ça les dépassait eux mêmes.

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Elève Abiker ? Interro surprise !

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM 6 commentaires »18 juin 2008

lessousdous13rc.jpgJ’y faisais référence dans le post précédent, voici le texte qui a été donné à commenter aux élèves de terminale dans les séries techniques cette année :

« Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l’expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l’autorité d’autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé ; car dans ce genre de choses puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l’expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l’autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. Mais lorsque nous faisons de l’autorité d’autrui le fondement de notre assentiment à l’égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c’est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles. Il ne s’agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu’a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine, le penchant à suivre l’autorité des grands hommes n’en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d’imiter ce qui nous est présenté comme grand. »
C’est donc un texte d’Emmanuel Kant, et on pourrait ajouter que la phrase qui suit ce texte, qui a été retranchée car elle aurait sans doute pu déconcentrer les candidats (?) disait la chose suivante : « A quoi s’ajoute que l’autorité personnelle sert, indirectement, à flatter notre vanité. »

Il se pourrait qu’une lecture attentive de ce texte soit utile à David Abiker. Mais il est possible, aussi, qu’elle soit utile à nous tous qui nous empressons de lui faire la leçon (même si, sur ce coup, on peut se mettre d’accord sur le fait qu’il n’est pas très fairplay, certes); car si Kant nous enseigne ici la prudence intellectuelle, (et ce de manière d’ailleurs discutable, car on peut se demander si on doit vraiment faire confiance quand il s’agit de connaissances factuelles (après tout, le mensonge existe dans ce monde !), et si on ne doit faire aucune confiance en matièré de raison (sous prétexte que je ne maîtrise pas « tout à fait » la mécanique quantique, je dois en refuser tous les apports ?)), ainsi que l’autonomie, il nous conseille aussi la modestie.

Or, si il y a bien un peu de vanité dans le fait de s’associer rhétoriquement avec quelques grands noms (un peu à la manière dont, gamins, on constituait les équipes de foot en s’attachant le plus vite possibles les meilleurs joueurs, histoire d’avoir une équipe fortiche (Christiant Vaneste fait ça, par exemple, quand s’agissant de soutenir devant l’assemblée nationale ses thèses homophobes, il convoque Kant (plutôt de convocation, il faudrait plutôt parler ici de détournement !) à des députés qui sont censés être tout ébahis devant une telle référence : il ne fait que se constituer une équipe fortiche, qui sera à même d’écraser du seul poids de la renomée de ses joueurs toute adversité), si donc il y a un peu de vanité chez ceux qui justifient leurs positions sur la base de l’argument d’autorité, il y a aussi pas mal de vanité à tomber sur le dos de l’idiot du village, en se moquant de sa naïveté, et ce d’autant plus que le postmodernisme pousse chacun d’entre nous à être ponctuellement l’idiot du village global. C’est facile de s’en moquer, mais ça implique de perdre la mémoire quant à nos propres égarements, et à en effacer les traces (ce qui devient de plus en plus délicat !).

On s’avisera donc, tous, de lire ce texte avec l’attention requise, et de méditer cette question qui était posée aux candidats :

Quand on cherche la vérité, faut il rejeter l’autorité d’autrui ? Une bonne question pour tracer des lignes de démarcation subtile entre autonomie et autarcie de la pensée, entre intelligence et autisme en somme.

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Parenthèse enchantée

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM, PAGES Laisser un commentaire »18 juin 2008

Amusante séquence que cette mésaventure vécue par David Abiker sur l’antenne de France Info. D’autant plus amusante pour quelqu’un qui fit partie de l’équipe de critique des media de feu « arrêt sur images », dans la mesure où il est tombé dans le genre de panneau qu’avait tendance à dénoncer cette émission.

Retour sur la séquence : comme moi, David Abiker semble se sourcer dans un magazine mensuel, émanation d’un site majeur, nommé Chronicart. Tous ceux qui furètent et butinent plus ou moins dans ce monde ci croisent forcément chaque mois cette publication, qui est une sorte d’énorme panneau routier, planté dans le paysage, indiquant les quatre coins cardinaux et les principales directions du moment au voyageur un peu perdu dans ce monde que constitue tout curieux sur ce territoire postmoderne. Aussi semble t-il, comme il l’avoue lui même, que certaines de ses chroniques ne soient ni plus, ni moins qu’une paraphrase de certains articles de Chronicart, revue en laquelle il place une confiance suffisamment solide Chronicart N° 46pour qu’il en reprenne les articles tels quels, sans recherche supplémentaire (je serais son employeur, je dirais assez volontiers « sans travail supplémentaire; en somme, sans travail tout court », d’ailleurs, il travail sur le service public, et nous sommes dès lors tous un peu son employeur, mais bref). Dans le n° 46 du magazine, on trouve, entre autres, un article sur un chercheur américain qui aurait eu, avant tout le monde (c’est le moins qu’on puisse dire, puisque la prouesse aurait eu lieu en 1956 !) l’idée d’internet avant tout le monde, un certain Saxter, dont le livre « Internet 0.0″ (titre soit disant traduit de l’anglais « Computing our lives » qui est déjà en soi un indice, le n°46 de Chronicart regorge d’ailleurs de ce genre de détails portant sur les problèmes de traductions, et cela contribue à l’ensemble du projet à part entière que constitue ce numéro), jusque là jamais traduit en français, sortirait dans les librairies ce mois ci.

A priori, on a là exactement le genre d’info qui va faire son bout de chemin, parce qu’elle correspond pile poil aux fantasmes du lecteur moyen actuel : internet est tellement ancré dans nos vies que ça nous tente fortement de penser que ça existait déjà avant même que ça existe, et on en trouve des signes avant coureurs un peu partout (par exemple, de nombreux articles décrivent les encyclopédistes comme des Jimbo Wales prototypiques). Nul doute que l’annonce de la publication d’un livre à ce point prophétique devait trouver des échos. David Abiker n’a pas fait dans le détail, il n’a manifestement même pas pris soin de vérifier auprès d’une simple librairie que le livre existait, et s’est contenté d’en annoncer la publication sur les ondes.

Or le livre n’existe pas, pas plus que ce Saxter, pas plus que la moindre information imprimée dans ce numéro 46 de Chronicart. En l’occurence, ce sont d’ailleurs ceux qui se servent de ce magazine comme source d’activités illégales qui l’auront deviné le plus tôt : supposez que chaque mois, vous utilisiez ce journal pour découvrir de nouveaux livres, de nouveaux films, de nouvelles musiques. Il y a d’assez grandes chances pour que vous tapiez le nom des musiciens chroniqués dans emule, et que vous vous attendiez à voir votre écran se remplir de sources disponibles. En l’occurrence, le lecteur malhonnête pouvait tenter sa chance sur chaque chronique, l’une après l’autre, son écran demeurait désespéramment vide.

Comme si Chronicart chroniquait un univers parallèle dont il serait la surface visible, mais aussi la pellicule protectrice empêchant d’y plonger, bref, un monde qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des ordinateurs surpuissants, ni des consoles de jeux de prochaine génération pour se confronter à ce qu’on peut appeler du « virtuel ». Ce n°46, bien que construit selon cette vieille technologie qu’est l’imprimerie, y parvient allègrement, et bien plus efficacement qu’un quelconque GTA4. Il y a d’ailleurs, sur chronicart.com une page paraissant obscure au premier abord, portant sur le concept de « codeur », qui s’éclaircit pourtant en fin de texte, et éclaire simultanément cette entreprise « inouïe » qu’est ce numéro. Le dernier paragraphe conclue en effet : « Plus un mensonge est gros (grand, long, musclé, etc.), plus on y croit, dès lors qu’il s’appuie sur les figures de style adéquates – d’où le fait qu’un discours lénifiant, ça trope énormément. La couverture du nouveau Chronic’art en kiosque reprend donc à son compte la fameuse vérité du Crétois, en la renversant, de la même façon que je fais comme si tout le monde savait ce qu’est un trope. Je décode, en somme, en me servant d’un autre code. Comprenne qui pourra. » Autant dire que ce numéro est l’occasion de multiples méditations, et qu’il est en lui même aussi vertigineux que put l’être, en son temps, Las Meninas de Velasquez.

Abiker s’en sort pas mal, sur son blog, en fournissant a posteriori le travail qu’il n’avait pas effectué a priori, et mettant en avant non pas son propre manque de flair, mais l’incohérence de Franck Louvrier, le conseiller presse de notre Maître à Tous (puisqu’il a été majoritairement choisi (à ce propos, était donné au bac ES un texte de Tocqueville sur la dictature de la majorité qui vaudrait le coup d’être étudié au delà des seuls tables d’examen du baccalauréat, mais bref)), qui est une des sources de cette remise en question permanente d’internet dans laquelle notre gouvernement s’est lancé depuis un moment déjà : Louvrier affirme en effet que le net est une source d’erreurs, que la liberté d’expression y est sans limite, et qu’une telle liberté est dangereuse. On pourrait en déduire que la presse traditionnelle est alors plus vertueuse (au moins appartient elle à des intérêts privés beaucoup plus faciles à cerner, et beaucoup plus proches du pouvoir politique, qui a désormais pour tâche d’en protéger les intérêts), mais ce n°46 redistribue pourtant les cartes d’une manière qui met les sophismes de Louvrier nettement en défaut.

Historiquement, Chronicart est en effet avant tout un site, qui depuis longtemps constitue une source à laquelle nombreux sont ceux qui viennent régulièrement s’abreuver. Ce n’est que dans un second temps que cette équipe rédactionnelle va faire tourner les rotatives et envoyer dans les maisons de la presse un extrait de ce que le site produit, celui ci demeurant le vaisseau amiral auquel est amarré le magazine papier. Et contrairement aux prophéties de Louvrier, ce n’est pas le site qui trompe, mais bel et bien le magazine papier, ce support dans lequel on est censé avoir pleine confiance.

Mais au delà de la mésaventure de David Abiker, qui n’est que symptomatique, et ne montre pas que cet homme soit totalement dénué de rigueur professionnelle, mais plutôt que chacun d’entre nous n’en est jamais suffisamment pourvu, l’intérêt de la démarche de Chronicart est de mettre le lecteur en situation de lire « vraiment », d’accueillir les informations et d’adopter une position face à elles. Les articles fournissent d’ailleurs eux-mêmes les clés d’une lecture critique. Quand, par exemple, la chronique d’un disque intitulé The Beatle, d’un certain Billy Shears nous dit de ce disque « tout y est complètement faux, de son nom (il s’appelle en fait William Campbell) à la moindre note« , on a comme un écho de l’impression diffuse que laissait la lecture des autres articles, tant ils semblaient moins attachés au monde tel qu’il est qu’au monde tel que nous le fantasmons.

Espérons que les candidats au baccalauréat des séries techniques auront lu ce numéro, et l’auront compris pour ce qu’il est, car les esprits facétieux des concepteurs de sujets leur avaient proposé un joli texte de Kant sur la trop facile soumission dont nous faisons preuve devant l’argument d’autorité. Que tous les candidats qui ont compris ce texte se disent qu’ils n’ont que peu de complexes à avoir : la plupart des lecteurs de ce numéro 46, y compris parmi les plus perspicaces, auraient été bien inspirés de se pencher eux aussi sur ce texte.

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