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Synthetik – Authentik – Syncrétik

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, MIND STORM, POP MUSIC 18 commentaires »24 septembre 2008

Samedi soir, Paris était coupé en deux, et les deux moitiés des parisiens pouvaient se dévisager mutuellement lorsqu’elles se croisaient sur la ligne 13 : ceux de Paris Nord descendaient vers Bercy pour aller voir NTM, ceux de Paris centre montaient au Stade de France, et donc à Saint Denis pour voir Madonna. Choix quasi impossible, deux propositions totalement incomparables, enjeux radicalement différents, mais bon, il fallait bien choisir son camp, et puisque l’époque est au spectaculaire, ce fut donc Madonna.

D’abord, un truc drôle, plutôt improbable a priori, mais qui montre que les metteurs en scène ont une gamme d’idées finalement pas si large que ça, il y a un tableau commun entre les deux concerts : les écrans vidéo simulent à un moment l’arrivée d’un métro, et dans les écrans s’ouvre une porte de laquelle sortent chanteurs, musicien et tout le petit groupe d’agités qui les accompagnent. Eh bien, de tous les effets vidéo, qui sont tous nickel chrome chez Madonna, celui ci est le seul qui soit quasiment raté. Mauvaise échelle de la porte, effet pas crédible, ça marche pas. Par contre, chez NTM, effet réussi, comme si, au delà d’un certain seuil, la distance entre la réalité et l’image véhiculée devait produire des déchirures dans la représentation.

Mais peut être les discours habituels sur la « représentation » ne fonctionnent-ils pas pour ce genre d’objet : au delà d’une représentation, il s’agit plutôt d’un « show », et peut-être (et je dis bien « peut-être !) qu’on a là l’acte ultime de l’art contemporain : on sait que celui ci a tendance à ne plus représenter, mais à présenter, et c’est finalement ce que font ces gros spectacles : on est au-delà de la représentation de quoi que ce soit (d’ailleurs, ce sont les moments vraiment illustratifs du concert qui sont les moins convaincants, quand Madonna fait semblant d’être à demi mourante, électrocardiogramme confirmant cela de manière un peu puérile, tout de même (on se croirait dans une mise en scène de Michael Jackson, ambiance « Oh mon Dieu, la star est fragiiiiiiile !!! »), ou quand elle illustre les propos humanistes de certaines de ses chansons par des grandes et belles images du monde qu’on l’aime tellement qu’il est beau le monde tellement que c’est notre monde). Et peut être dès lors, faut-il oublier toute analyse du rapport qu’entretient le concert avec le réel, et se laisser simplement immerger dans le son et l’image.

Côté image, la plupart du temps, ça fonctionne à fond. Etonnemment, même. On reste un peu stupéfié par l’avalanche d’effets, la pertinence des graphismes, leur cohérence. Il y a la plupart du temps un jeu presque gratuit avec les images qui fonctionne à lui tout seul. La puissance de feu fait son oeuvre, mais il y a là comme une évidence que cette puissance est mise au service de formes qui fonctionnent. Comme le dit le public, « ça le fait ». Comme le dirait Kant, on a là des « formes de la finalité d’objets, en tant qu’elles sont perçues dans ces objets sans représentation d’une fin » (ce qui revient au même, finalement, j’y reviendrai un jour). Et là encore, c’est quand le jeu est gratuit, que ça ne cherche à rien représenter de particulier, que ça marche le mieux : pour être total, le show devrait tendre vers l’abstraction. Alors, bien sûr, il faudrait se débarrasser de quelques séquences, et en particulier celles où un « discours » tente d’être plaqué sur la grosse fiesta qu’est censé constituer le concert. Exit bien sûr la vidéo « get stupid » où les raccourcis politiques et historiques sont encore plus saisissants que dans les quintessentiels films de Besson (enfin, en même temps, on peut certes hurler au scandale, de voir McCain associé à Hitler, mais regardons « La question humaine » ou lisons le livre dont ce film est tiré, et on rediscutera, après, des liens qu’entretiennent nazisme et gestion contemporaine des ressources humaines…). Le monde saura que Madonna vote Obama, mais étant donné que, commercialement, affirmer le contraire aurait été suicidaire, le courage de l’affirmation est dès lors très relatif…

D’ailleurs, peu importent finalement les affirmations, chaque séquence ayant pour but d’annihiler les effets clivants de la séquence précédente. Le concert vire un peu trop judéo-chrétien ? (ah oui… il y a, quand même, une bonne grosse séquence de citations bibliques en lettres de feu du plus bel effet (un tellement bel effet d’ailleurs qu’on en viendrait presqu’à oublier que la plupart de ces citations sont tirées du Lévithique, qui n’est pas précisément le livre de la Bible qui est le plus ouvert sur la diversité des moeurs humaines, ni le plus compatible avec la vie moderne (mais est ce une raison suffisante pour le rejeter ? Voila une question qui ne verra pas une nouvelle parenthèse s’ouvrir pour la traiter))), pas de problème : cinq minutes après avoir proposé cette séquence digne des JMJ (hmm… disons plutôt, « digne des JMJ si celles ci avaient un minimum de sens de la puissance et d’à propos esthétique »), cinq minutes après avoir chanté les louanges du Seigneur donc, Madonna clôturera sa séquence Wok’n'Woll par un signe de la main invoquant le démon, histoire de montrer qu’il y en aurait pour tout le monde et pour tous les goûts. Pour le confirmer, quelques minutes plus tard, elle lançait un MothaFucka dont on se demandait si il était une nouvelle formulation du « Aimez vous les uns les autres » de Jésus Ségolène Royal.

Tout le monde doit aimer Madonna. Toi, l’ex-fan de Ronnie James Dio, toi qui aimes les riffs sanglants, tu dois aimer Madonna fringuée comme le chanteur des Twisted Sisters, langue pendante, main gauche sur le manche de la guitare, main droite en position diabolique (non, non, ce n’est pas le signe de ralliement de la sizaine des louveteaux locale…) suffisamment bien placée pour évoquer un prochain fist fucking sur scène (mais non, finalement tout se passe bien, Madonna n’est pas Wendy O’Williams, et même les fans de Ronnie James Dio ont suffisamment vieilli pour ne pas le regretter). Toi qui es ex-fan de Van Halen, tu dois aimer Madonna qui nous gratifie d’un solo de guitare qui se résumera, certes, à faire ce bon vieil exercice que fait tout ado qui prend en main pour la première fois une guitare un tant soit peu électrifiée : gratter une corde d’un bout à l’autre pour « faire le bruit de moteur » (et Madonna le fait très bien (problème : en fait, tout le monde le fait très bien aussi, mais dans des tenues plus sobres)). Toi, l’ex-fan d’Emir Kusturica et son No Smoking Orchestra, associé à toi, l’ex-fan de Rabbie Jacob, vous devez aimer Madonna, vous aussi, quand elle nous fait sa petite séquence bonne franquette, genre « je suis assise sur une botte de paille à regarder mes potes les Gypsy Kings se taper un boeuf d’enfer devant un public qui ne sait plus très bien où il est, mais qui connaître peut être le seul moment vraiment festif de la soirée. Pas de bol, c’est aussi le seul moment où Madonna est elle aussi spectatrice. Et peut être que c’est ça, son futur. Peut être qu’elle devrait devenir meneuse de revue, parce que finalement, c’est ce qu’elle fait super bien : tête chercheuse dans le monde des performers et des artistes contemporains, chineuse de talents, synthétiseuse de virtuoses. Peut être qu’un jour elle n’aura plus besoin de chanter, ni même d’apparaître au delà de la simple apparition contractuelle, histoire qu’on l’aime quand même. Mais attendez, je vois plein de clubbers dans le stade qui n’aiment peut être pas encore suffisamment Madonna ! Hey ! Les clubbers, vous aussi il faut aimer Madonna. D’ailleurs, le show vous est quasiment dédié : réorchestration dance de tous les morceaux (seuls les gypsy kings y échapperont, par miracle (mais combien de cierges brûlés à Lourdes pour cela ?)), et sono spécialement dédicacées à leurs oreilles défoncées par de trop bruyantes nuits. L’ingénieur du son semble ne connaître que deux fréquences : ultrasons et Sub-basses. Bref, pour un concert de musique, ça tombe mal : ce sont les fréquences où l’oreille humaine ne discerne pas les notes. Bilan : quand la chanteuse chante (oui, on est obligé d’écrire ça, parce que ce n’est pas tout le temps le cas : parfois, la chanteuse ne chante pas (et parfois, le public ne s’en porte pas plus mal)), quand donc Madonna pousse la voix (ce qui est nécessaire pour couvrir les mégawatts de l’accompagnement musical, ça sature très vite, les tympans grésillent plus qu’ils ne vibrent. En somme, il faudra considérer cela non pas comme un concert, mais bel et bien comme un spectacle, qui ne sera donc pas tout à fait total.

Aimez moi, aimez moi semble supplier Madonna à tous ses publics, puisque manifestement, l’assemblée n’était pas caractérisée par son homogénéité, obligeant la mise en scène à de multiples revirements qu’on considérera comme autant de tableaux, parfois contradictoires, poussant dès lors à se poser la question de la sincérité de l’entreprise. Quand le public voit il la véritable Madonna (pour peu qu’un tel objet puisse exister) ? Peut être quand, précisément, dans une sorte de parenthèse délaissant la grosse artillerie, elle envoie dans le sound-system bancal le signal de sa voix nue pour reprendre un vieux titre (il date du 20ème siècle, c’est dire…) dont le premier couplet concentre en lui ce que tentent d’exprimer pas mal de regards devant ce barnum :

Where do we go from here?
This isn’t where we intended to be
We had it all, you believed in me
I believed in you

Certainties disappear
What do we do for our dream to survive?
How do we keep all our passions alive,
As we used to do?

Le refrain synthétise l’entreprise : You must love me (ad lib…)

Problème : ça ne se décrète pas, et ça ne s’ordonne pas, même quand on est Madone de Dieu sait qui.

Alors, finalement, de la même manière que le show met Madonna en face d’elle même, confrontée aux multiples facettes légèrement contradictoires, si ce n’est schizophrène de la créature qu’elle a elle même créée, le public est renvoyé à lui même. En terme de show, il en a pour son argent, et même au delà. Entre éléments plutôt convenus et véritables trouvailles visuelles, on repart les yeux plein d’étincelles et les oreilles pleines d’acouphènes. Mais on sent bien, ici, que la technologie massive employée fait barrière, et que les écrans géant font finalement écran (la mise en scène multiplie d’ailleurs les situations où les écrans mobiles vont servir de masque à la chanteuse, jouant parfois de manière vraiment habile avec l’absence, les présences multiples, un des écrans enfermant même en son sein (on ne peut pas mieux dire, là) celle qui n’est plus alors maîtresse des lieux, puisque ce sont les images qui prennent alors le commandement (et c’est sans doute ce tableau là qui est, de loin, le plus réussi, parce que tout ce que le spectacle met en jeu, volontairement ou pas converge vers cette scène où ces images, devenues liquides, noient littéralement l’entertaineuse (attendez le dvd, vous comprendrez ce que je veux dire).

Renvoyé à ses contradictions, le public peut alors se surprendre à accepter chez Madonna ce qu’on refuse aux organisateurs des cérémonies d’ouvertures des Jeux Olympiques de Pékin : là où on exigerait de ceux ci une authenticité sans faille, là où on veut des petites filles qui chantent « vraiment », des images diffusées en direct, on ferme les yeux et les oreilles sur les évidentes séquences au cours desquelles Madonna ne chante pas (elle ne le pourrait d’ailleurs pas, ça relèverait du surhumain (d’ailleurs, c’est peut être bien de surhumain qu’il s’agit, après tout)). Et cela témoigne au moins du rapport qu’on entretient finalement avec la technique : on en attend une révélation, une illumination suffisamment puissante et impressionnante pour qu’on voit en elle une sorte d’expression de l’essentiel, à tel point que si le dispositif avait fonctionné (et ça pourrait fonctionner : l’objet de la critique n’est pas de remettre en question l’artificialité, mais d’en discuter les objectifs, et ça ne change rien que même quand ça ne marche qu’à moitié, l’artificialité affichée de Madonna est amplement préférable à la soi-disant sincérité enthousiaste et gonflante d’un Kali (vous me direz, aussi, qu’on n’a pas idée de se proposer de pareilles alternatives…)), ça aurait été un peu comme si plusieurs dizaines de milliers de Bernadettes Soubirous avaient, ensemble, assisté à la seule manière dont la vierge (supposée) pourrait aujourd’hui leur apparaître (ça me plait assez, cette idée que finalement, les Bernadettes Soubirous sont légion, qu’elles ne sont pas uniques, planquées dans un quelconque marécage, mais qu’elles se croisent au contraire par milliers dans le bus, le métro, les couloirs de lycée, autour des machines à café des entreprises, et qu’elles circulent, anonymes, discrètement porteuses de leur secret : elles ont vu la vierge, que celle ci ait pris les traits de Jenifer, de Britney, d’Alicia ou de Madonna. Et la vierge leur a dit, à elles, personnellement, parce que leur relation est intime : « you must love me, you must love me », ce qui convaincra des foules entières que décidément, Dieu est amour. Il va sans dire que de nos jours, les Bernadettes Soubirous peuvent tout à fait prendre la forme de folles perdues, dont la vie sera d’autant plus éperdument dédiée à leur déesse que celle ci demeurera indéfiniment inaccessible, intouchable, sacrée, protégée par le moyen grâce auquel elle apparaît : l’écran).

On est presque tenté, à la fin du spectacle, par l’abandon des artifices. On se dit que, tant pis, ça serait peut être bien, un simple show case : Madonna avec sa gratte sur une scène dix fois plus petite, avec un projo et sa voix qui, quand elle fait gaffe, peut sonner juste. Mais il n’est pas sûr que le personnage y résisterait. Dans « Tout sur ma mère », un transexuel nommé « Agrado » monte sur scène pour raconter au public à quel point il est artificiel : il n’y a pas une seule partie de son corps qui n’ait été modifiée par la chirurgie esthétique. L’artifice est total, rien de cette personne n’est naturel. Mais Agrado renverse le regard en montrant que l’artifice est pour lui le seul moyen d’être authentiquement elle. On se dit un peu ça en voyant Madonna sur scène : peut être ne peut elle être authentique que dans cet harnachement technologique. Cependant, une différence de taille sépare la travestie et la transformiste. Agrado, par l’artifice, se donne aux hommes, la chirurgie plastique lui permet de s’offrir aux autres, c’est un processus d’ouverture. Madonna fait exactement l’inverse : plus le dispositif s’alourdit de nouvelles technologies, et plus elle s’éloigne des hommes. En cela, elle alimente une tendance largement répandue chez l’homme à bien aimer qu’on lui retire ce qu’on lui promet. Elle est un bel opium du peuple. Mais comme toute drogue consciente, elle devrait savoir que l’amour qu’on lui porte est conditionné, et impossible. Et on comprend mieux pourquoi le coeur de son spectacle, le moment où elle semble ouvrir la porte à un peu de sincérité et de contact humain est le moment où un ordre double-bind dont on se demande s’il relève plus de la détresse, du sado-masochisme ou du message de Big-Brother est envoyé au public :

you MUST love me

you MUST love me

ad lib.

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C’est la guerre (qui est aussi le titre d’un très bon bouquin de Calaferte, que nos cerveaux innocemment enfants devraient peut être lire).

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", INTELLIGENT PORNO, MIND STORM Laisser un commentaire »15 septembre 2008

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Puisqu’on a quand même failli se foutre joyeusement sur la gueule avec les russes (ce qui est bien, au moins, c’est qu’on arrive a écrire et lire des phrases dignes des plus antisoviétiques des épisodes de James Bond tout en ayant l’air tout à fait sérieux: il y a trois mois, celui qui aurait écrit des choses pareilles aurait eu l’air d’un abruti, ou d’Hibernatus, ce qui montre bien à quel point faibles sont les choses humaines (à se demander si il ne vaudrait pas mieux s’en remettre à des choses plus éternelles, et peut être bien que la visite de B16 (on dirait le nom d’un bombardier (d’ailleurs, c’EST le nom d’un bombardier !) n’aurait pas un peu pour but de nous faire saisir qu’il va être temps de s’en remettre à autre chose qu’à la réalité (mais on y reviendra)), puisqu’on en est au point où il faut remercier Oppenheimer et sa bande de joyeux bricoleurs de nous avoir mis en main ce qui, simultanément, nous retient de déclarer la guerre, et permet à d’autres de profiter de l’impossibilité de déclarer la guerre, il est peut être temps de se faire de nouveau à la guerre.

Le problème, c’est qu’on y est tellement habitués sur les écrans, que finalement, on ne suppose même plus que la guerre puisse être, aussi, une réalité de terrain (on en est au point où il faut emmener les familles des militaires sur le théâtre des opérations pour qu’ils puissent y croire. Autant dire que si on avait fait ça lors de la première guerre mondiale, les tour operators auraient trouvé là un filon à exploiter et on aurait vu fleurir autour des tranchées des chaînes hôtelières aptes à accueillir toutes les familles venir vérifier de leurs yeux que oui oui, la guerre tue, et c’est pour ça qu’on y envoie nos fistons.

Complètement par hasard, je suis tombé sur cette oeuvre de l’artiste contemporaine Orlan intitulé, (comme il se doit) « L’origine de la guerre ». J’étais plus habitué à son travail effectué sur elle même, qui n’est pas sans intérêt, qui est même au delà de ces petites préoccupations mesquines qui nous animent (sera-ce bientôt la guerre ? Pourquoi sent on cette espèce de fébrilité et ces tremblements de doigt sur la gâchette ? Ne serait ce pas là une certaine solution à nos petits problèmes de croissance (la seule solution connue, en fait, je crois)? etc.), mais cette oeuvre ci, bien qu’un peu « facile » dans son détournement, m’a semblé correspondre à ce qu’on est en train de vivre : mélange de survie (mine de rien, il en va de notre énergie, et en être privés, ou voir son prix augmenter pourrait nous nuire) et de testostérone, notre potentiel destructeur est là, à la croisée des chemins désignée par ce pylone dressé au beau milieu de notre paysage. Orlan voit, derrière la petite provoc’, assez juste finalement.

Et du coup, tout ça m’a fait penser à l’énergie dansante des années 80′, où des groupes tels que Frankie Goes to Hollywood lançaient sur les ondes des appels radio au crashtest des civilisations. « I’m working for the black gas », disaient ils tranquillement tandis qu’en arrière plan les basses jouaient les orgues de Staline et les boites à rythme pilonnaient dans une énergie toute sexuelle le territoire.

When two tribes go to war, voila (avec, bien sûr, notre spiritualité naissante (et dont on va bien avoir besoin (à défaut de pouvoir d’achat, de l’opium gratos, c’est pas mal aussi)) et l’incontournable progéniture datienne) notre prochaine story. Et pour une fois, il est fort possible que celle ci rejoigne l’Histoire. Halleluiah !

Switch off your shield.

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No maps for these territories

Par Youri Kane Catégorie : 24 FPS, GPS, PAGES 5 commentaires »5 septembre 2008

Puisqu’on est chez les maîtres cartographes, un mot sur l’illustration de l’article précédent :

« No maps for these territories » est le titre d’un documentaire réalisé par Mark Neale, qui est en fait une longue interview de William Gibson, filmé à l’arrière d’une limousine circulant dans le nord de l’Amérique. Gibson accompagné de son dispositif de capture vidéo, le paysage qui défile par la fenêtre, sans repérage possible pour le spectateur, on touche là le « post-géographisme » de Gibson, cette idée que nous en sommes au point où la présence humaine dans ce monde ne peut plus se décrire selon les standards et les outils de la géographie.

Un poëme accompagne le générique de ce film. Il constituera une bande-son-texte parfaite pour l’ambiance de cette reprise d’activités :

It all moves so quickly now
These days it all changes
Nothing stable
Nothin static
Nothing to stand on or cling to
No maps for these territories
Though they are of our own creation
No myth for these countries of the mind
Accelerating constantly
Toward some null point of post-humanity
Accelerating constantly
No maps
No maps for these territories

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Careful With that Axe, Eugene

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, GPS, PLATINES, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »5 septembre 2008

Début d’année

Intentions

Listes

Pour explorer, il faut des cartes et avant tout autre objet, ce sont les cartes que je cherche. Le net, c’est pas mal pour ça, à ceci près qu’on est alors dans un cas un peu particulier où la carte, contrairement à ce que pouvait affirmer Alfred Korzybski, est le territoire lui même. Les livres, c’est encore ce qu’on fait de mieux, finalement, tant qu’on ne sera pas connectés neurologiquement à la noosphère.

No maps for these territories

Je ne sais trop qui serait aujourd’hui capable de tracer de telles cartes sur le territoire musical actuel, tant celui ci semble de plus en plus être constitué de « chemins qui ne mènent nulle part » (sont ils d’ailleurs censés mener quelque part ?). Par le passé, y compris par un passé récent, on a quand même eu quelques éclaireurs qui savaient, au delà de leur propre mission d’exploration, mettre en place sur le terrain les signaux nécessaires pour que ceux qui les suivaient puissent à leur tour trouver, dans ce no mans land, des repères et une direction. Eudeline, à plein d’égards, m’a très tôt semblé être une sorte de Christophe Colomb, découvreur de continents sonores (et au delà). Et encore aujourd’hui, je plonge volontiers dans ses articles, plus ou moins anciens, pour tracer des pistes, discerner quelques herbes foulées, menant de tel point à tel autre, courbant l’espace musical pour rapprocher ce qui semblait distant. Et sans doute, si ce phare eut cette importance, c’est qu’il était sans doute le plus éloigné qu’il fut possible de ce que j’étais moi même. Mais c’est comme ça avec les phares : ceux qui attirent le plus à eux, qui n’existent que pour combler la distance avec ceux qui les perçoivent sont ceux des naufrageurs. On passe au large des véritables repères, qui savent rester au loin, sur les lignes de fuites.

Programme de rentrée, donc, trouvé dans un article de février 1997, dans Rock & Folk, à propos de Daft Punk; à ce propos, la compilation des articles de ce sémaphore, intitulée « Gonzo« , touche une sorte de moment magique quand le bonhomme applique ses sens (parce qu’il ne s’agit pas que de son, loin de là) et ses mots sur les musiques électroniques, et l’introduction du chapître 90′s (« La techno, un rêve inachevé ») parvient à mettre les frontières du genre là où tout cartographe un peu avisé les cernerait effectivement. Et voila comment commence cet article sur Daft Punk :

« Pierre Henry avec Spooky Tooth. Comme avec Béjart. Neu !, Faust, la cruche électrique du Thirteenth Floor et les bottlenecks bruitistes de Syd Barrett. Ou Action, The Move, les Electric Prunes, Yardbirds et Count Five. Surf Music ! B Bumble and the Stingers. Et l’art de la citation – du sample, donc – chez les Shadows comme chez Dick Dale… Spotnicks, Tomados (Telstar!) et « Space Guitar » de Johnny Watson… Sylvester, Munich, Giorgio Moroder, Gloria Gaynor rt Donna D, Boney M, Stock, Aitken & Waterman… Guitares Vox, Organ et art de la boîte à rythmes préprogrammée… Chez Brother Jack Mc Duff. Premiers Hammond. « Honky Tonk » par Bill Doggett et « America » par les Nice. « Pop Corn » et « Pop Musik ». Ekception et Pop Concerto. Les pianos préparés de Maurice Ravel, « Last Night » et « Green Unions », « Memphis Soul Stew » et « Danse des Canards ». « Born To Be Wild » revu par Kim Fowley. Stylophone et Bontempi. Mais… Suicide, Thobbing Gristle, DAF, Depeche Mode, Cabaret Voltaire et Métal Urbain. Artefact ! Residents, alors ! « Be Careful With Your Axe, Eugene ! », « Academy In Peril »… En ce cas « Concerto pour porte et soupir », Varèse et Ligeti, Pierre Schaeffer et Messiaen. Musique concrète comme alternative au sérialisme dodécaphonique et psychédélisme… « Animal, on est mal » et « The Sound »… King Crimson et l’Art de la fugue chez Bach… Le renouveau du contrepoint. « Autobahn » et La Mer. Kraftwerk et Debussy. Les Wild Things… White ?Noise, « Revolution n°9″… Mais, en ce cas, le clavier en boucle de « Runawayé de Del Shannon, le Farfisa de Question Mark, l’approche fuzzy de Mike Ratledge avec Soft Machine, les premiers Moog d’Emerson… Jean-Michel Jarre. Adoncques, le dub… Toasters, écho Binson et Lee Perry. Philadelphie et les bruitages de »Shadow » Morton. Lee Hazlewood. Terry Riley ? John Cage et Steve Reich. Et bien évidemment Walter Carlos. Sinon Deodato. »

Une carte est un ensemble de signes à partir desquels le lecteur tracera des perspectives, des axes. Les continents inconnus ne sont pas aujourd’hui ceux qui sont inexplorés, mais ceux sur lesquels aucun repère n’a été tracé. Ils sont alors, pour de bon, perdus, puisqu’on les a là, devant nous, sans pouvoir les habiter. Il nous faut des cartes.

Comme toutes les cartographies commencent ainsi, voici donc une carte du ciel :

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« Careful with that axe, Eugene« , est en effet tout d’abord la face B du titre « Point me at the sky » (de Pink Floyd, j’espère que c’était reconnaissable ?), et c’est un morceau qui est une carte à lui tout seul, tellement il est plein de formes typiques du groupe, et d’éléments qu’on retrouvera par la suite dans la musique électronique de manière générale. Ici joué à Pompéi (hey, franchement, jusque là, s’il y a UN concert qui doit rester du vingtième siècle, ça pourrait quand même bien être celui là, non ?), « Careful with that axe, Eugène » sera joué de nombreuses fois sur scène, sous des titres quasi systématiquement différents (les amateurs d’Antonioni auront entendu ce morceau dans Zabriskie Point, mais sous le titre « Come in Number 51, your time is up« , encore une histoire de repère. Dans cette version pompéienne, on entend chuchoter les mots

« Down, down. Down, down. The star is screaming.
Beneath the lies. Lie, lie.
Careful, careful, careful with that axe, Eugene.
The stars are screaming loud. »
Telles des guides lointains, des signaux inamovibles, à la rigueur perpétuelles, au dessus des terrestres mensonges, les étoiles nous hurlent les lignes de fuites élémentaires de ce monde. Incompréhensibles bien entendu. Nous ne sommes qu’humains, pour le moment assez peu stellaires. Il nous faut fouiller.

Dans les cycles réguliers que nous n’avons pas encore réussi à foutre en l’air, l’automne arrive. Dans les cycles tout à fait humains qui sont autant de marronniers artificiels, c’est la rentrée. Il nous faut régulièrement des programmes, en voila un.

Run

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Citizen (les titres en anglais me semblent souvent sonner mieux, sans que je discerne tout à fait pourquoi)

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM Laisser un commentaire »3 septembre 2008

Nous voici installés sous mairie communiste, et dans un environnement nettement plus cosmopolite, donc plus riche (enfin, on aura remarqué que la richesse culturelle ne s’accompagne jamais de richesse économique).

Le blog voit cela comme une promesse d’articles plus profondément enracinés dans le « réel ».

Ca aussi, ça constitue un programme de rentrée.

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Unknown territories

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, HYBRID, INTELLIGENT PORNO 2 commentaires »3 septembre 2008

Un été (un été ? Quel été ? Il semblerait qu’il faille fissa changer la définition de ce mot, tant sa description laroussienne (du dictionnaire Larousse, et non de la chanteuse Larusso) semble éloignée du laps de temps vaguement situé entre Juin et Septembre : météorologiquement, autant dire que la dose de soleil semble réduite à sa portion congrue, et pour ce qui concerne les congés payés, il semblerait que quelques détails économiques les remettent en question (ce qui constitue, après tout, une assez bonne opportunité de les remettre en question dans le droit du travail aussi (hypothèse non crédible ? On parie ?))) et un déménagement plus loin, voici les affaires qui reprennent, et le blog qui va être arrosé de nouveau. L’absence fait autant de bien que l’alimentation régulière de cette colonne, et permet de prendre un peu de recul, et ce d’autant plus que l’ »été » nous aura montré que nos questionnements politiques ne sont finalement pas si actuels que ça, puisque la configuration globale du monde semble bel et bien, finalement, toujours fondée sur l’idée qu’il y a un mur entre des blocs dont les intérêts semblent devoir irrémédiablement diverger. Contrant toutes les promesses menaces de la mondialisation, nos affaires communes semblent être toujours barrées de deux grands traits, le premier séparant classiquement l’Est et l’Ouest, comme on s’y est habitués, le second le Sud et le Nord, comme on s’y habitue tout autant. Une grande croix est donc tracée sur Terre, et on ne sait trop si cela doit être interprêté comme une élection venue de l’au delà, ou comme une décision collective et humainement autonome de nous rayer nous mêmes de la carte.

Voila qui rend le polichinelle du tiroir datien bien anecdotique, voila qui rend les « comme si de rien n’était » parfaitement superficiels, (bien que stratégiques, mais ça montre bien à quel niveau se déploie la stratégie politique française, alors que nous en serions presque à remercier les pères créateurs de la bombe atomique pour leurs bonnes oeuvres, parce que, mine de rien, si on n’était pas armés jusqu’aux dents de bombes dont on peine à imaginer leurs effets, sans doute la troisième guerre mondiale aurait elle été déclarée cet « été » (et vu comment nous avons du mal à supporter la mort de dix soldats (bien sûr, quand un des arguments du départ en Afghanistan fut sans doute le fait que cette mission permettrait de payer la Laguna coupé qui va bien, le retour les pieds devant doit « un peu » faire regretter de ne pas avoir coché la case « assurance » de l’emprunt qu’on comptait rembourser grâce à cette période de service à l’étranger, parce que là comme ailleurs, nous en sommes là, n’est ce pas ?), il semblerait que nous soyons devenus singulièrement inaptes à la guerre))). Plaise aux muses que cela permette à ce blog de trouver une inspiration un peu plus élevée qu’elle ne le fut la saison dernière. Mieux vaudrait explorer de nouveaux territoires, puisque, quoi qu’il arrive, il semblerait bien que nos paysages doivent changer radicalement, tôt ou tard.

Et pour commencer l’année d’un bon pied, quel meilleur territoire explorer que celui du corps des autres ? J’avais un peu exploré de nouveau les fragments du discours amoureux de Barthes, et je suis tombé tout récemment sur ce clip de Fatboy Slim, accompagné de Dizzee Rascal, tous deux encadrant de manière énergique la voix de David Byrne (ah, voila qui est parfait, les occasions de fusion et d’effusion se font rares ces temps ci, et on a l’impression de bénéficier du « best of both worlds », sentiment pas si fréquent que ça. Ajoutons que le clip est juste parfait. Sans doute à cause de mes lectures, les signes accompagnant les corps m’ont tout de suite reconnecté à Barthes. Je ne suis pas sûr de ne pas plaquer sur le mini film des intentions qui n’y sont pas du tout. Peu importe. Le morceau est déjà une hybridation joyeuse, rien n’empêche de pousser le mélange encore plus loin.

Et puisque le clip met en scène le corps des autres, accompagné des signes qui servent à le cacher au moment même où on le montre, j’envoie le lecteur vers quelques lignes barthiennes, soit « le corps de l’autre » dans les fragments d’un discours amoureux :

« Parfois une idée me prend : je me mets à scruter longuement le corps aimé (tel le narrateur devant le sommeil d’Albertine). Scruter veut dire fouiller : je fouille le corps de l’autre, comme si je voulais voir ce qu’il y a dedans, comme si la cause mécanique de mon désir était dans le corps adverse (je suis semblable à ces gosses qui démontent un réveil pour savoir ce qu’est le temps). Cette opération se conduit d’une façon froide et étonnée; je suis calme, attentif, comme si j’étais devant un insecte étrange, dont brusquement je n’ai plus peur. Certaines parties du corps sont particulièrement propres à cette observation : les cils, les ongles, la naissance des cheveux, des objets très partiels. Il est évident que je suis alors en train de fétichiser un mort. La preuve en est que, si le corps que je scrute sort de son inertie, s’il se met à faire quelque chose, mon désir change; si par exemple, je vois l’autre penser, mon désir cesse d’être pervers, il redevient imaginaire, je retourne à une Image, à un Tout: de nouveau, j’aime. »

Je relis ces lignes, et je me dis soudainement que cela pourrait tout aussi bien parler de fist fucking, traçant le territoire de ces stratégies d’exploration de l’autre, et leurs frontières, aussi. Du coup, il me semble que l’ordonnance sera davantage complète en jetant un coup d’oeil au passage que Barthes consacre au strip tease dans ses mythologies.

Dévoilements incomplets, entretien du désir (non pas fixé sur soi, mais du désir, dans ce qu’il a toujours d’ »au-delà »), voila un bon programme pour la rentrée d’un blog. Les affaires reprennent.

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