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Mine anti-personnel de l’éducation nationale – épisode 2

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, TRANSMISSION Laisser un commentaire »15 février 2008

Note2be.comDans un grand élan de subite honnêteté, Stephane Cola se retire da la liste UMP (dont la figure de proue est Pierre Lellouche) candidate aux élections municipale pour le huitième arrondissement parisien. On admirera au passage l’allure un peu victimaire de ce retrait, puisque le jeune entrepreneur précise qu’en tant que candidat de neuvième rang, il pouvait espérer un poste de conseiller d’arrondissement. Nul doute que ce retrait va beaucoup lui coûter, en effet, et on espère tous qu’il trouvera ailleurs d’autres ressources.

Il précise aussi que le cofondateur de note2be.com, Anne-François de Lastic (qu’il semble convenir d’appeler, en fait, Anne-François de Lastic de Sieujac, marquis de Lastic, si on veut être complet), ne partage pas du tout ses opinions politiques, qu’il serait même de tendance gauchiste. Loin de nous l’idée de soumettre un tel patronyme à un déterminisme idéologique trop rigoureux, mais, quand même, ça sent le château en héritage, et les écoles privées (ce que confirme une petite virée sur les sites répertoriant le patrimoine chatelain français et une petite visite à copainsdavant). Bref, une univers de gauche, effectivement. Mais il semblerait que cette gauche là, on y ait déjà goûté, et qu’on ait trouvé son goût trop proche de celui d’un vieux caviar, glissant vers l’arrière goût de vieille moule et et les effluves d’algues délaissées par une marée trop abondamment hydrocarburée.

Peu importe à la limite que le marquis de Lastic soit de gauche, c’est à la limite son droit de se fantasmer ambidextre contrarié. Mais on doit alors constater que ses actes ne suivent pas ses beaux idéaux. Note2be.com est dans la droite ligne de ce que propose l’UMP pour l’éducation nationale. Tout en s’adressant théoriquement à tous les élèves, son coeur de cible est bien évidemment l’élève type du lycée public tel qu’on peut l’imaginer, et tel qu’il existe effectivement; précisément cette école dont on peut juger, quand on a le front bas et la pensée calculatoire, qu’elle est coûteuse, et ce à divers titres : d’abord parce qu’elle pèse sur les finances de l’Etat, contraignant en partie ce fameux « pouvoir » d’achat tant attendu; ensuite parce que chaque élève issu des classes moyennes qui est inscrit dans le public est un client de moins pour l’école privée, dont il est peut être bon de rappeler qu’elle se situe avant tout dans le secteur marchand, qu’elle réalise des bénéfices, qu’elle finance des personnes privées, comme une clinique en somme. En terme strictement comptable, on peut considérer que l’école publique fait une concurrence déloyale à l’école privée, et qu’il est souhaitable pour ceux qui y ont intérêt, que l’offre publique soit la plus dégradée possible (et il en va de même pour la santé, lisez les articles de Pelloux dans Charlie Hebdo, vous serez édifié). Croyez vous vraiment que ceux qui ont de tels intérêts qu’ils ne mettraient pas en oeuvre les moyens nécessaires à un tel projet ?

Bref, Stéphane Cola renonce à être élu. Etant donné la manière dont il accepte de gagner de l’argent et la démagogie dont il est capable, il est probable que Paris n’y perde pas grand chose. Reste que la satisfaction n’est toujours pas totale, car demeurent deux obstacles dont on peut difficilement imaginer qu’ils soient abattus : le premier est la ligne directrice de l’UMP, dont on a là un bel exemplaire. Peu importe finalement que ce site soit une émanation consciente de ce parti; il dit tout haut ce que ses dirigeants, militants et électeurs pensent tout bas pour les uns, et ce qu’ils sont prêts à accepter pour les autres. Le second est le site lui même, qui continue à être une cours de récréation perverse. Entendons nous bien : que les élèves balancent sur les profs, c’est dans l’ordre des choses. Il paraît naturel que, exerçant une autorité sur les élèves, les profs soient, une fois loin de ceux ci, caricaturés, moqués, imités, ridiculisés dans des discussions parfois au bord de l’irrespect. Ce qui l’est moins, c’est que des adultes viennent les exciter à le faire. Ca, c’est ce qu’on peut appeler, de la part d’un adulte, un comportement pervers (et, d’ailleurs, ça laisse songeur sur le type de rapport qu’un adulte pareil pense devoir installer avec des enfants et des jeunes, quand il fait tout pour se mettre à leur niveau, et non pour les hisser au sien. Forcément, c’est plus facile à faire que ce que tentent de réaliser, au quotidien et sur le terrain, les enseignants). Le site existe donc toujours, il semble avoir un bon rendement. En terme de comm’, qu’il soit condamné ou pas importe peu, il aura sans doute réalisé ses objectifs. En particulier, il aura enfoncé un clou idéologique, en légitimant un rapport de pouvoir orienté des élèves vers les professeurs, là où précisément la responsabilité politique implique de préserver le rapport inverse.

En ce sens, la bataille est pour ainsi dire déjà perdue d’avance. Une fois que Stéphane Cola et le marquis de Lastic ont lancé leur petite mine anti-personnel de l’éducation nationale, les dégâts sont faits. Le président du même parti peut les jours suivants faire de belles tirades sur la mission sacrée du professeur des écoles, maillon nécessaire de civilité. Peu importe, il restera toujours des écoles privées dans lesquelles ceux pour qui cette civilité est importante pourront venir l’apprendre, contre rétribution évidemment.

La seule chose qu’on puisse faire, c’est tirer notre chapeau au binôme supposément apolitique (mais quel projet de ce type peut vraiment prétendre l’être ?). Mais on peut le faire bruyamment, et le couvrir d’un feu médiatique aussi nourri que celui sous lequel il attaque les enseignants eux mêmes. Ensuite, élèves, parents d’élèves et politiques pourront simplement choisir leur camp. Il est probable que dans les luttes telles qu’elles se font désormais, ce soit de plus en plus selon ces modalités qu’il faudra apprendre à se battre.

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Quand on veut tuer son chien, on fait dire qu’il a la rage. Et rien que pour ça, on ouvre un site.

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, TRANSMISSION 6 commentaires »13 février 2008

La publicité de note2be.comParmi les choses qui sont dans l’air du temps, le site note2be.com se pose comme un symptome (ou une métastase ?). Principe simple : on propose aux jeunes têtes blondes de noter leur prof. Le site mélange un peu les styles. D’un côté, son créateur affirme vouloir favoriser le dialogue entre profs et élèves. De l’autre, la publicité conseille aux élèves : « prends le pouvoir ».

Le pouvoir, c’était donc de cela qu’il s’agissait, mais peut être pas là où on le croirait.

En effet, renseignements pris, Note2be.com est un site dont le créateur a un certain pedigree.Stéphane Cola (puisque c’est son nom) a travaillé au sein du cabinet de Philippe Séguin quand celui-ci était Président de l’Assemblée nationale, il fut successivement chef de cabinet de Margie Sudre, Secrétaire d’Etat à la Francophonie, directeur de cabinet du Député-Maire d’Epinal, directeur de cabinet du Député-Maire d’Argenteuil, chargé de mission à la Fédération des Maires de Villes Moyennes (FMVM)” et dirige actuellement la campagne de M. Lellouche pour l’élection municipale dans le 8è arrondissement parisien.

Bref, on peut quand même dire que l’auteur de cette généreuse entreprise est un peu « coloré ». On sent « un peu » le mélange des genres et la convergence des intérêts. En tant que membre de l’UMP, Monsieur Cola soutient un gouvernement dont on devinait quelles pouvaient être ses intentions vis à vis de l’éducation nationale. Sur ce plan, on n’est d’ailleurs pas déçus. Les établissements scolaires reçoivent ces jours ci leur dotation horaire pour l’année prochaine et la situation pourrait tout à fait être désignée comme catastrophique. Bon, bien sûr, on va se satisfaire à bon compte en se disant que le profs feront quelques heures supplémentaires, et que les cours seront dès lors assurés. Démagogiquement, c’est effectivement satisfaisant. Certes.

Mais on se demande, dès lors, pourquoi Monsieur Cola a eu l’idée étrange de proposer parmi les critères d’évaluation des enseignants leur disponibilité. Parce que si on donne plus d’heures de cours aux profs, on leur donne aussi davantage de classes, et donc d’élèves. Autant dire que leur disponibilité ne va pas s’améliorer, et qu’ils vont encore se manger des sales notes, sans pouvoir y faire grand chose. Finalement, ce site est simplement le baromètre de l’efficacité gouvernementale : plus les professeurs seront mal notés, et plus l’action gouvernementale pourra être jugée efficace, puisque l’objectif permanent, derrière le masque de la revalorisation des enseignants, semble bel et bien être de montrer leur incapacité généralisée, leur haine des élèves, leur dédain, leur médiocrité générale. Les bonnes moyennes affichées sur le site n’y changent pas grand chose : le projet a avant tout pour mission de faire s’exciter les plus faibles, scolairement et humainement, et d’installer l’idée que l’élève a tous les droits, qu’il peut évaluer ses profs, jeter dans le domaine public des informations personnelles telles que leur nom, l’adresse de leur lieu de travail, la manière dont certains de leurs élèves les considèrent, et le fait qu’ils ne sont pas respectés (ce qui doit, bien sûr signifier pour l’auteur du site qu’ils ne sont pas, non plus, respectables).

On a donc là une des nouvelles manières de faire de la politique. La nouveauté est toute relative, les méthodes de propagandes existent depuis longtemps, et ne font que trouver là une efficacité décuplée. Ce qui est nouveau, en terme d’efficacité, c’est de faire participer les victimes à la destruction de la seule chose qui puisse les sauver. Admirez la technique : 1 vous sapez un service public, faisant en sorte que la situation dans les classes devienne impossible à gérer. Pour cela, vous favorisez systématiquement le passage en classe supérieure, que l’élève y soit prêt ou pas; vous augmentez le nombre d’élèves par classe; vous asphyxiez les profs sous un déluge d’heures supplémentaires (qu’ils vont accepter, parce que vous avez pris soin de fixer leur salaire un peu trop bas, pour qu’ils aient économiquement besoin de ces heures supplémentaires); et vous notez les chefs d’établissement de manière plus valorisante quand ils ont peu de problèmes, ce qui signifie qu’ils organisent peu de conseils de discipline, renvoient peu d’élèves, ce qui désarme totalement les profs, et les rend peu à peu un peu nerveux, comme les élèves finalement. 2 Une fois que vous avez obtenu cette belle tension, que tout le monde est sur les nerfs, que les élèves se sentent en permanente impunité, que les profs se sentent impuissants, hop ! Vous glissez discrètement aux élèves que, hey, dis donc, ça te plairait pas, toi, de noter tes profs ? Après tout, ils te notent bien, eux, non ? Alors vas y « reprends le pouvoir », venge toi; nous on va juste enrober le tout dans un bel emballage sérieux, pour montrer que c’est pas juste de la vengeance. 3 Le tour est joué, et en plus vous avez encore attisé le feu qui couve. Vous avez rendu la situation en classe encore un peu plus pourrie.

Depuis quelques jours, certains de mes collègues vont travailler le matin en sachant qu’ils ont quelque chose comme 2/20 de moyenne sur ce site. Ils entrent dans la salle des profs en sachant que les collègues ont vu cette note. Peu importe que ce soit justifié ou pas, vous aurez toujours une ou deux âmes charitables, sûres d’elles et pas encore évaluées, qui soutiendront que « naturellement, il n’y a pas de fumée sans feu ». Ils vont entrer en classe, en cherchant lesquels parmi leur 150 élèves ont balancé sur le net de telles notes. Ils vont essayer de se souvenir quelles remontrances ils ont effectuées ces dernières semaines, quels élèves peuvent leur en vouloir, et à chaque incivilité, ils vont y réfléchir à deux fois avant de remettre tout ça en ordre, parce que ça pourrait leur coûter encore un peu.

Tout enseignant est déjà, dans son boulot, en permanence sous le regard et sous le jugement d’une audience qui n’est pas particulièrement complaisante. Pour beaucoup, c’est quelque chose qui est très difficile à gérer. En rajouter une couche avec une telle démagogie ne relève pas de l’erreur. C’est, au sens propre, du harcèlement.

Venant de quelqu’un qui est manifestement aussi performant et compétent que monsieur Cola, on peut malheureusement craindre que tous ces effets soient conscients, connus, et donc voulus. On ne saurait mieux lire quelles sont les intentions de notre gouvernement concernant ces professeurs qu’on avait annoncé vouloir revaloriser (mais qui y a vraiment cru ?). Quant aux manières de le faire, on a là une ébauche intéressante.

 

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Christine Lagarde – Ministre de l’éducation nationale.

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, TRANSMISSION Laisser un commentaire »13 février 2008

Brochure de l’éducation nationale permettant aux enfants une “meilleure compréhension” de la mondialisation.Juste comme ça, parce que c’est presque trop beau.

Un collègue me signale aujourd’hui même en salle des professeurs qu’on distribue dans les écoles, en ce moment même, des brochures ayant pour objectif de faire la propagande (car c’est bien de cela qu’il s’agit, non ?) en faveur de la mondialisation.

Jetez y un coup d’oeil, vous allez voir, c’est parlant. Comme les choses sont bien faites, on a droit à la brochure pour élève de primaire (oui oui, vous lisez bien…), la brochure pour collégiens, et la brochure pour les enseignants qui trouveraient ça un peu… hmmm… comment dire ?… Un peu gonflé disons.

Mais voyez donc par vous-même :

http://www.lamondialisation.fr/

Autant dire qu’après une telle distribution, les profs n’ont pas fini de se demander si une pratique saine de leur métier ne doit pas, finalement, consister à être avant tout en résistance à leur propre employeur.

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« Le point » transforme Sarkozy en prestidigitateur, as du close-up, ou en tatayet, c’est selon.

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »12 février 2008

Une du PointVerra t-on bientôt notre président en guest star dans l’émission de Patrick Sébastien ? On peut en douter : c’est à son corps défendant que Sarkozy apparaît cette semaine dans un nouveau numéro de trompe-l’oeil du magazine d’information (?!!?!) dirigé par le plus grand donneur de leçons journalistiques de la presse du moment. En l’occurrence, les mains ont la parole, mais on va voir qu’elles aussi peuvent être ventriloques.

Si vous jetez un coup d’oeil à l’arrière des livres que vous avez en bibliothèque, particulièrement les livres qu’on pourrait désigner comme « intellectuels », et que vous sélectionnez ceux qui proposent une photo de leur auteur, vous serez sans doutes frappés de voir comme il est fréquent que l’écrivain se fasse tirer le portrait en compagnie d’au moins une de ses deux mains. C’est d’ailleurs rassurant : à ceux qui pensent qu’on oppose systématiquement l’intellect au manuel, on pourrait montrer ici qu’il n’en est rien : si on veut donner une image intellectuelle de soi-même, le mieux est apparemment de glisser subrepticement une main dans le cadre de la photographie, cela témoignera de l’intelligence du portraitisé, vérifiant ainsi la célèbre déclaration aristotélicienne : ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est intelligent, mais bien parce qu’il est intelligent qu’il a des mains.

Ainsi, l’apparition de mains en photo n’est jamais innocente, a fortiori quand cette apparition se fait en grand format, qui plus est en premier plan d’une photo de une d’un hebdomadaire de grand tirage. Voir Sarkozy en une du Point n’est pas vraiment une surprise. C’est en gros le cas dans un numéro sur trois. Dans quelques années, les professeurs d’histoire pourront illustrer leur cours sur la propagande rien qu’en montrant à leurs élèves le chapelet de unes obséquieuses que ce magazine d’édification des masses a pu consacrer à celui que le journal appellera l’ultra-président (concept sympathique mais apparemment déjà périmé, ne faudrait il pas le remplacer dès maintenant par « over-président » ?).

On a pu croire un moment que les medias étaient à la botte du pouvoir, que l’Elysée exerçait des pressions sur les rédactions pour orienter tel ou tel article, interdire telle ou telle information, et on avait sans doute raison. Mais il y a motif d’être rassuré, cette semaine : au-delà d’une équipe présidentielle, aussi puissante soit-elle, il y a un guide idéologique que ces journaux suivront toujours davantage : le fric. Le côté sympathique de la chose, c’est qu’on peut observer avec amusement les hebdomadaires retourner leur veste au moment où le vent tourne (après, bien sûr, il ne faut pas prendre de risques inconsidérés), le côté moins sympathique de la chose, c’est que si ils le font, c’est que ça doit être vendeur, ce qui en dit long sur les lecteurs, en d’autres mots sur nous (et peut être doit on renoncer à demander aux « journalistes » (FOG, journaliste ?… hmmmm…) une quelconque déontologie si le lecteur est, lui, incapable de soumettre à un minimum de discipline d’achat et de lecture).

Une du PointOn se souvient de la manière dont Paris-Match avait bidonné des photos de notre juvénile président, lui retirant des bourrelets par ci par là, le faisant davantage correspondre à cette image fantasmée dont le repère doit plus ou moins être l’iconographie riche de Poutine posant torse nu et en treillis, montrant son corps prêt pour le combat. A voir les vestes savamment taillées de Sarkozy, on devine qu’il aimerait bien donner la même illusion, sans en avoir aucunement les moyens morphologiques. Paris-Match, toujours serviable, avait donné un coup de main en rectifiant l’image pour qu’elle corresponde à la réalité fictionnelle désirée par l’Elysée (certes) et par les lecteurs (ben oui).

Aujourd’hui, on va peut être assister à la stratégie inverse : la une du point de cette semaine nous montre un président accusant soudainement le poids des ans. Visage creusé de rides, regard clair, yeux vaguement vitreux, comme à la veille d’une opération de la cataracte, cheveu fillasse, mine déconfite, comme revenu de tout. Et surtout, bien en avant (le point est d’ailleurs fait sur cette avant-scène) : les mains du président, soudainement frappées par l’âge avancé de celui-ci, constellées de tâches de vieillesse, aux veines apparentes, comme décharnées, sans doute percluses de rhumatismes et d’arthrose.

Si les mains parlent, (et les mains parlent), alors celles ci nous disent qu’on peut faire le deuil des espoirs placés dans ce personnage dont on va nous montrer dorénavant une nouvelle vérité (autant dire, une nouvelle fiction, un nouveau scénario, un nouvel épisode dans le feuilleton qui nous occupe). Ni plus vrai, ni plus faux que le précédent épisode, celui qui commence maintenant poursuivra néanmoins le même but que les précédents.

Lorsqu’un prestidigitateur veut détourner notre attention, il met ses mains en avant, et les exposant ainsi, faisant mine de tout dévoiler, il planque d’autant plus. Le point a, pendant des mois, fait des plans larges sur le président pour faire croire, de la même manière, qu’il disait tout, comme ses confrères. Le moment où le cadre se focalise sur son modèle et se resserre autour de lui utilise le même subterfuge : en mettant les mains en avant, on nous leurre de nouveau, on nous fait croire à un mea culpa, à un changement d’orientation rédactionnelle, à un éclairage plus vrai, alors qu’il ne s’agit une fois de plus que d’un énième tour de passe passe, répondant à la logique immuable de l’audimat.

En ce sens, le véritable prestidigitateur, dans la mesure où c’est lui le véritable commanditaire de ces lignes éditoriales, c’est nous.

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L’Enfant-Roi

Par Youri Kane Catégorie : CHOSES VUES, MIND STORM, TRANSMISSION 2 commentaires »11 février 2008

William Klein - White Boy with GunIntéressante indignation d’un collègue, sur son blog supposément « distancié, très distancié, très très distancié » à propos de l’institution qui l’emploie, en l’occurrence, l’éducation nationale. Indignation face au fait que la violence qu’a subie un collégien (derrière le mot « violence », il faut comprendre qu’il s’agit en fait d’une gifle) n’a pas encore donné lieu à une punition de la plus extrême sévérité envers l’enseignant qui l’a giflé.

Ainsi donc, la seule violence qu’aurait connue cette classe devenue théâtre d’un fait divers, c’est une gifle, et on ne doit voir dans l’insulte aucun comportement violent, ni envers le professeur, ni envers l’institution qu’il représente. je ne sais pas dans quel établissement travaille ce collègue si prompt à en condamner un autre (sur le témoignage d’un article du Figaro… humm hmmmmm… on cite à comparaître qui on peut…). Mais si il n’a pas repéré que les enfants, les adolescents et les jeunes ont, entre eux, des comportements violents, c’est qu’il les considère sans doute avec un angélisme un peu trop zélé. La journée d’un collégien, aujourd’hui, c’est une journée qui a pour bande son un chapelet d’insultes, d’insanités, de remises en question de la vertu de sa mère, de promesses de rupture de cette vertu par la force de la part de ses innocents camarades. Bien sûr, le boulot de prof était tranquille tant que cette violence ne s’exprimait qu’entre élèves, et qu’on considérait cela avec l’aimable condescendance dont on est capable devant les phénomènes qu’on maîtrise mal. On est un peu plus embarrassé quand cette brutalité verbale s’adresse aux enseignants eux-mêmes. On comprendra que le meilleur moyen de s’en sortir est de faire de cette gifle un cas particulier constituant l’exception, et soupçonner que l’origine du geste ne soit pas l’enfant lui même, mais la violence substantielle de l’enseignant.

C’est commode, et rassurant. Du moins pour sa bonne petite conscience. On gagne sans doute en tranquilité d’âme quand on se donne l’impression de sauver la veuve et l’orphelin (même si manifestement, l’orphelin en question a un père, et que celui-ci sait, aussi, y faire en matière de réactions « marquantes ». C’est d’ailleurs assez amusant de voir comment certains sont capables de refuser au monde enseignant toute forme d’autorité, et sont prêts, en revanche, à se mettre au garde à vous, dans un alignement parfait, devant les forces de l’ordre. On comprendra selon quelle logique cette rébellion choisit ses cibles… ).

Il ne s’agit certainement pas de dire ici que la gifle est à inscrire parmi les moyens pédagogiques. Il ne s’agit certainement pas d’en faire l’éloge. Cependant, l’immédiate catégorisation dans la case « violence » me semble trop facilement édifiante pour le lecteur lambda pour être intellectuellement satisfaisante. Et toute situation n’est pas forcément pédagogique, y compris au sein de la salle de classe. Parce que pour qu’il y ait pédagogie, il faut qu’au départ il y ait un contrat clair entre les participants du cours : l’un est là pour enseigner, et les autres sont là pour apprendre, ce qui réclame de se plier aux consignes, y compris quand elles sont contraignantes. Tout le monde a eu, au cours de sa scolarité, des professeurs qui ne prenaient pas de gants, peut être même des enseignants qui semaient la terreur dans les rangs de leurs classes. Et pourtant, il n’est pas sûr que ce soient eux qui nous aient le moins appris de choses, dans leur discipline tout d’abord, mais aussi dans ce qu’on pourrait appeler « la vie ». Si pour l’écrasante majorité d’entre nous, la situation n’a jamais dégénéré dans le geste physique qu’est la gifle, c’est qu’on avait appris, entre autres choses, à se plier à une discipline qui s’incarnait parfois dans la rudesse de nos enseignants, en qui nous avions cependant suffisamment confiance pour accepter cette soumission volontaire, sans laquelle il n’y a pas d’apprentissage (à moins de considérer que l’enfant est bien assez grand pour apprendre tout seul, et que l’enseignant est simplement là pour valoriser ses hypothétiques progrès, applaudissant et sabrant le Champomy lorsque l’élève découvrira enfin par lui même les identités remarquables).

Alors, en effet, on peut imaginer que le collègue ne gifle pas ce collégien insultant. On peut aussi imaginer qu’il n’y ait pas eu d’insultes. Mais voilà : il y a eu insulte, et il faut bien réagir. Evidemment, on peut imaginer que le collègue se contente de dire à l’élève qu’il en réfèrera à l’administration de l’établissement. Mais quoi ? N’est ce pas indiquer à l’élève qu’il peut s’installer pour de bon dans le club des insultants ? Que va t il arriver à cet élève si on le signale à la hiérarchie ? Je veux dire : quel déplaisir supérieur au plaisir ressenti à insulter va t il rencontrer ? Une discussion avec le principal ? une colle ? un renvoi ? Dans mon lycée, une insulte du type « grosse pute », assénée à une collègue qui signale simplement à une élève qu’elle n’a pas le droit d’importuner les autres avec la musique qui lui sert à mimer ses quelques mouvements de tektonik, ne coûte à cette élève qu’un jour et demi de renvoi. Voila le tarif. Que les élèves et les donneurs de leçons enregistrent bien cette simple info : on insulte un prof, et on revient le surlendemain dans son cours, en ayant purgé une peine qui n’en est pas une. Et on pense avoir éduqué l’enfant, puisqu’il a échappé à toute violence.

Or, deux choses sont à prendre en compte, si on veut être un peu efficace. Tout d’abord, l’enseignant n’est pas le seul à subir les insultes (qui deviennent de plus en plus courantes). Les subissent aussi tous les élèves qui y assistent, et qui sont encore un peu « cadrés » par leur propre éducation. Pour ceux là, il n’est pas normal qu’un enseignant soit insulté, et ce genre de situation est une situation d’insécurité. Si ils étaient en confiance, on est au moins sûr qu’à partir de ce jour là, ils ne le seront plus. Or, il ne s’agit pas de faire leur faire croire que le prof est pas nature un être supérieur et dominant, qui peut tenir de sa poigne ferme et assurée tout contrevenant à l’ordre public. Il s’agit de faire saisir à l’élève que cette force, il n’en est pas dépositaire, mais qu’il la tire de l’institution toute entière. C’est d’ailleurs là qu’on pourrait attaquer la gifle du collègue : à strictement parler, ce n’était pas à lui de la donner. Mais dans une institution qui a décidé de ne jamais sanctionner sévèrement, qui « comprend » toutes les situations, les « interprète » comme des signes de souffrance, les « excuse » presque par avance, on peut comprendre que le professeur reprenne à son compte la force que l’institution n’a plus le courage d’exercer.
D’autre part, les enfants ne sont pas innocents. Un collégien sait très bien ce qu’il fait quand il insulte, et il sait l’effet que ça produit sur la classe. Or, pédagogiquement, il est de la plus haute importance de ne pas laisser les enfants prendre cette place et développer ce genre d’effets. Aussi épouvantable que cela puisse paraître à certains, il est même nécessaire que l’enfant apprenne à s’écraser, y compris devant l’injustice éventuelle dont il pourra faire l’objet, précisément parce qu’il n’est qu’un enfant. Et à trop vouloir le protéger contre toutes les formes de contrariétés, on le met finalement en danger puisqu’on casse les cadres qui vont permettre sa socialisation. Or ces cadres sont toujours, au départ, vécus comme une violence. C’est d’ailleurs simple : tout ce qui va contre ma volonté est violent : m’imposer des horaires de cours qui ne me conviennent pas, c’est violent. Me rappeler à l’ordre quand je trouble ce dernier, je le ressens nécessairement comme une violence, surtout si à ce rappel s’ajoute la honte d’avoir vécu ce moment en public. L’école est, aussi, l’endroit où l’on fait ce genre d’expériences. Et ce sont ces blessures narcissiques qui forment la personne qu’on devient. Certainement pas la complaisance des adultes envers ces actes qu’on envisage un peu trop facilement comme « compréhensibles ».

Ajoutons à la démonstration de ce collègue la citation d’un livre d’un livre d’Alice Miller, « Briser les murs du silence », qui doit avoir pour but d’informer les parents que derrière les murs des écoles se cache une sorte de version avec enfants de « Hostel » ou de « Saw », et que tout enfant plongé dans ce bain de sang ne peut qu’en ressortir traumatisé. Ce que je vois, moi, c’est un tout autre tableau : je vois, par exemple, des élèves suivant des filières littéraires, bien que n’ayant ni goût ni culture pour cela, parce qu’ils sont peur d’intégrer des filières STG qu’ils jugent excessivement violentes pour eux. Et cette violenceà laquelle ils tentent d’échapper n’est pas celle des élèves, mais bien celle d’adolescents auxquels on a laissé un peu trop croire qu’ils pouvaient tout se permettre, puisque rien ne s’opposerait à leur volonté débordante. Or on sait tous que si on nous lâche la bride, ce sont des énergies bien peu altruistes qui nous animent. Et ni les enfant, ni les adolescents n’échappent à cela, et ce d’autant moins que des adultes complices trouvent leur propre compte idéologique dans la seule défense de leurs droits, y compris quand cela revient finalement à dire que les élèves ont le droit de semer la terreur dans leur classe. Evidemment, on va me dire que je suis excessif. Evidemment on va s’indigner. Mais s’il s’agit de plaider la justice pour les élèves sans accepter qu’une quelconque force (avec tout ce que ça comporte de contraignant, y compris physiquement) s’applique sur eux, alors, on peut retourner cela dans tous les sens, cela revient bel et bien à dire aux élèves « allez y, insultez, violentez, vous en avez le droit ». Ce qui est effectivement le cas : en l’absence de toute autre forme de droit, les élèves, comme tout un chacun, on le droit naturel de faire preuver de violence.

La violence visible de la gifle dissimule derrière elle toutes les petites violences sourdes de l’absence de réaction devant la violence des élèves. La compréhension et le refus de la sanction sont des violences bien plus efficaces que les gifles, parce qu’elles installent une situation d’incertitude et d’insécurité qui peut, ensuite, justifier toutes les violences individuelles. Et la condamnation sans recul de ce collègue participe finalement de cette violence (et ce d’autant plus qu’on sent dans l’acharnement pas mal de complaisance, encore).

Il est dès lors impossible de valoriser la gifle, parce qu’elle est un constat d’échec. Mais la condamnation pure et simple condamne avant tout à la répétition du geste, par exaspération et par nécessité de se défouler devant une situation rendue impossible, non pas à cause des élèves, qui ne sont que ce que la bonne conscience des adultes en fait, mais bel et bien à cause d’adultes trop contents de réussir à masquer leur incapacité à faire entendre raison (ce qui ne se fait pas toujours uniquement dans la douceur) aux élèves derrière une apparente défense des enfants eux-mêmes.

Il est d’autant plus regrettable que les enfants eux-mêmes ne soient pas aptes à reconnaître où se trouvent leurs véritables défenseurs.

Illustration : bien sûr, il s’agit d’une des photos les plus connues de William Klein. Bien sûr, aussi, elle sera jugée excessive en tant qu’illustration de mon propos. Et elle l’est ! Mais bon, il y a des éléments intéressants là dedans : le mimétisme de la violence pour l’un des enfants, dont on peut imaginer qu’il fait la part des choses, et sait qu’il est en train de jouer; le regard admiratif de l’autre enfant, dont il est plus difficile d’imaginer ce qui se joue en lui quand il assiste à ce spectacle. Dans la classe, il en va de même : à la limite, entre l’élève insultant et le prof gifleur, les choses sont claires. Mais ce que ce dernier doit gérer, aussi, c’est le regard du reste de la classe. Et dans celle ci comme chez cet enfant spectateur de la violence mimétique d’un autre, il est difficile de préjuger de ce qui est en jeu.

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