Vue dans le métro, une publicité Carrouf’, qui prétend augmenter notre pouvoir d’achat.
Chouette. J’avais justement envie d’acheter davantage de choses (mais qui n’a pas envie d’acheter, puis de posséder plein de choses, (nos ancêtres (un poil archaïque certes) n’allaient ils pas jusqu’à détruire en public leurs biens pour faire la démonstration de leur puissance ?))?), Carrouf’ m’en offre l’opportunité, et je les en remercie.
On devine donc que l’enseigne va se saigner aux quatre veines pour permettre à ceux qui n’accédaient pas au nécessaire de se le procurer, et aux autres de s’offrir ce quelque chose qui se situe toujours au dessus de nos moyens, et qui justifie nos courbettes hiérarchiques, nos heures sup’ payées de promesses de grimpette vers le septième échelon, nos téléphones portables branchés 24h/24, au cas où on nous sonnerait en pleine nuit. Merci mille fois chers responsables de la chaine Carrouf’, de prendre ainsi soin de nous, en rognant sur ce qui leur est le plus précieux : les bénéfices.
Pourtant, en regardant la pub, on se demande si on n’a pas là un joli cas de retour du refoulé. En effet, le visuel propose, pour illustrer cette généreuse quête de pouvoir d’achat, une photo d’une touche de clavier ayant pour objet de déduire, on se le donne en mille… la TVA ! Il faut reconnaître à cette chaine une certaine honnêteté : à aucun moment la publicité ne dit clairement que c’est le client qui doit voir son pouvoir d’achat augmenter. A aucun moment non plus on ne dit que ce sont les entreprises de grande distribution qui doivent renoncer à leur bénéfices, ni à leurs méthodes.
Non non, ce que vise la pub, c’est à installer dans nos esprits le fait que c’est la TVA, bref, les taxes, qui entament le pouvoir d’achat de nous autres, clients de supermarchés.
Pourtant, si on réfléchit aux principes de la taxation, et à ceux du bénéfice de la vente, on peut se dire qu’à tout prendre, la taxe est une manière de financer des projets ou des structures collectifs, alors que le bénéfice ne finance que certains (et bien sûr, il serait naïf de croire qu’il est partagé avec les salariés : les caissières du groupe savent, à leurs dépens, que ce n’est pas le cas, et de loin).
Ainsi laisse t-on le groupe diffuser en toute tranquillité son petit message : laissez nous baisser la TVA, laisser nous, en gros, éponger vos ressources collectives, nous ferons d’autant plus de bénéfices que vous viendrez plus nombreux acheter chez nous alors même que notre marge sera au moins la même (on peut imaginer que les prix ne baissent pas tout à fait à la mesure de la disparition de la taxe, ce serait industriellement stupide). On laisse donc affirmer, par les fautifs eux mêmes, que la cause de la baisse du pouvoir d’achat est dans l’Etat, qui ponctionne trop, et on ne propose surtout pas de comparer d’un côté ce que les prélèvements étatiques ponctionnent, à ce que la rétribution des actionnaires et des plus gros salaires coûtent à l’entreprise, et donc au consommateur. On serait pourtant curieux d’avoir un tel comparatif, pour savoir qui ponctionne vraiment qui, à quelle hauteur, et surtout dans quels intérêts (parce que, que l’on sache, quand l’Etat prélève, c’est pour en faire bénéficier à tous, et quand un actionnaire prélève, jusqu’à preuve du contraire, c’est dans son seul intérêt, faut-il vraiment rappeler ce genre d’évidences ? On peut craindre que ce soit, malheureusement, nécessaire).
Ajoutons que la proposition de Carrouf’, de soustraire symboliquement le montant de la TVA s’apparente plus à de la propagande politique qu’à de la publicité conventionnelle. Elle indique au client quel bénéfice immédiat il pourrait faire en renonçant à tout investissement futur, ce qui demeure un grand classique dans la société de consommation.
Et pour finir de se convaincre des bonnes intentions du groupe, on peut s’amuser à jeter un coup d’oeil à la liste des produits concernés par cette déduction édifiante de la TVA (c’est un extrait de leur propre publicité sur le net) :
Les familles de cette semaine (19/05/08 au 25/05/08)
Soins du corps Epilation Féminine / Soins du corps Hygiène dentaire / Soins du corps Forme/Beauté / Soins du corps Confort/Relaxation / Bain / Riz / Fromage à la coupe Pâtes molles / Fromage à la coupe Pâtes persillées / Fromage à la coupe Chèvres et brebis / Fromage à la coupe Pâtes Fraîche, fondu et allégé / Fromage à la coupe Pâtes Pressées cuites / Fromage à la coupe Pâtes pressées non cuites / Fromage à la coupe Fromage Biologique / Fromage à la coupe fromage Typique régionaux / Fromage à la coupe Crémerie et OEuf Vrac / Fromage à la coupe Fromage Emballage progressif / Céréales Toutes les céréales sucrées / VAJ Vaisselle à jeter décorée / VAJ Vaisselle à jeter couleur unie / VAJ Vaisselle à jeter blanche / VAJ Vaisselle à jeter enfant
C’est parfait : les familles en difficulté pourront se gaver de fromages à pâtes molles, qu’ils se serviront dans un magnifique service de vaisselle à jeter, ce dernier détail n’étant pas anodin : le pouvoir d’achat n’est pas celui d’avoir, et ne doit jamais le devenir, personne ne doit être satisfait, sinon, on n’achèterait plus. Pourtant, ne plus avoir besoin d’acheter demeure la meilleure manière de se foutre complètement de la question de la hauteur de son pouvoir d’achat (ça solutionnerait pas mal d’autres choses, aussi, soit dit en passant). Transformer la consommation en destruction (et c’est bien le cas dans le royaume du jetable), c’est évidemment condamner à la consommation. Là aussi, les choix sont tout sauf anodins. Au mieux relèvent ils de l’acte manqué mais cela demeurera une campagne réussie, tant que les cibles manqueront à ce point de conscience des « choses ».
Ah, dernière chose : cette déduction de la TVA est la mesure n°1 que lance Carrouf’ pour rehausser son pouvoir d’avoir des clients. Oui, nous lisons bien, il s’agit d’une « mesure ». A les lire, on croirait que ce sont eux nos dirigeants. Mais nous nous doutons bien aussi que quand ils nous voient nous rendre dans des bureaux de vote, quand ils rencontrent nos députés dans les couloirs de l’assemblée nationale (et, de plus en plus, bien plus loin que dans les couloirs, d’ailleurs), eux aussi se disent « à voir ce peuple, on pourrait croire qu’il détient le pouvoir.
Trouvée dans un assez intéressant recueil sur la culture underground, principalement appuyé sur les éditions du regretté « Actuel », une carte du gauchisme, qui permet de situer quelques noms, de se faire une idée de la nébuleuse.
Ce qui est intéressant, là, c’est tout d’abord de se rendre compte de la diversité des formes que peut prendre la gauche, qui permet de mieux saisir pourquoi il est difficile d’en faire l’unité, et pourquoi quand on y arrive, ça ne peut que finalement fortement décevoir au long terme. On peut d’ailleurs s’amuser un peu, en constatant tout d’abord la complexité du graphique, puis en lisant en bas à droite, la note selon laquelle le schéma serait grossièrement simplifié. On pourrait se dire que peu importent les divergences, après tout, tout ce ptit monde doit pouvoir être rassemblé sous la bannière de la protection des acquis contre la mainmise des « possédants » sur la production mondialisée. Mais non, justement, on ne peut pas. Même lorsqu’il ne s’agit que de différences minimes, celles ci sont suffisamment importantes pour être cruciales, et déterminer dès lors des courants politiques différents, dont certains parviennent même à ne plus communiquer. L’observateur étranger, le sociologue martien pourra trouver que d’un groupe à l’autre, c’est du pareil au même, mais c’est oublier ce que rappelle Alain Badiou, dans une interview qu’Eric Hazan reproduit dans son livre Changement de propriétaire – La guerre civile continue, au moment où, précisément, Hazan lui demande des précisions sur divers mouvements de gauche aux noms en apparence si proches. Badiou précise : « Vu d’aujourd’hui, entre PCMLF et UCFML… Cependant, en politique révolutionnaire, tu le sais bien, les « nuances sont capitales. Le PCMLF et l’UCFML, c’était le jour et la nuit, vraiment. Au delà de la querelle de clochers, il faut avoir en tête que ces courants ne sont pas idéalistes (c’est bien pour ça que tant que les « gens de gauche » se reconnaîtront dans des soit disant porte paroles autoproclamés tels que Cali (par exemple, c’est le premier qui me vienne à l’esprit, et le plus sidérant dans l’anéantissement de toute pensée qu’il semble avoir subi), tant qu’ils suivront ceux qui manient le concept comme on conduit un rouleau-compresseur, alors la gauche sera dans le ridicule des discours évidents et des envolées morales ridicules. Dès lors qu’il n’y a pas d’idée universelle vers laquelle l’humanité doit converger, on abandonne la référence idéaliste et on forge les concepts par soi même, la politique devenant un moyen de les réaliser. Mais il ne peut y avoir sur ce point d’accord universel. Les écoles, les chapelles sont dès lors nécessaires à la vie de la gauche, même si elles semblent apporter beaucoup de désordre. Raison de plus pour s’y repérer un peu.
Autre intérêt de ce schéma, il est accompagné d’un commentaire contemporain, plaçant quelques noms qui nous sont davantage familiers, actualisant un peu les schémas, et indiquant où se trouve encore un peu de mouvement. Ce sont les sept cercles rouges, qui correspondent aux légendes suivantes :
I – Jospin
II – Le Monde d’Edwy Plenel (autre version du trotskisme)
III – Martine Aubry (elle est à sa place)
IV – Lipietz (d’origine Gop, gauche ouvrière et paysanne)
V – Riesel (situ de Nanterre, devenu en pleine clandestinité cofondateur du josébovisme)
VI – Kouchner (ex-italien)
VII – Catherine Millet (refondatrice communiste qui cherche le sexe de l’humanité)
Evidemment, la mise à jour date un peu (cf la note sur Le Monde de Plenel, « un peu » périmée en tant qu’info, mais pas inintéressante du point de vue du sens), mais elle aide à se situer aujourd’hui, ce qui s’avère de plus en plus nécessaire si o ne veut pas baisser les bras et remettre définitivement les clés de la Cité à ceux qui s’en sont déjà approprié toutes les serrures.
Et, pour mettre davantage encore les idées en place sur ces temps là, il va falloir lire. Le livre de Hazen est une mise en neurones intéressante, et l’interview de Badiou (qui court de la page 86 à la page 99) y est centrale, car elle éclaire de loin, sans déserter, mais sans plonger non plus dans le bouillon de culture que constitue cette « mouvance ».
Source de la « carte » : Underground, l’histoire; par Jean-François Bizot, 2001 (livre conçu à partir de la bibliothèque d’Actuel); malheureusement, on ne nous en dit pas plus sur la source plus lointaine du document.
Je fais pas exprès, ça tombe comme ça tout cuit sur mon écran, alors que je cherche même pas.
L’extrait est issu d’un documentaire intitulé « Mein Kampf, c’était écrit – les bréviaires de la haine« . Je suis désolé pour le décalage son/image, mais en l’occurrence, ce n’est pas trop trop gênant. Le documentaire fut diffusé sur Arte, il le sera sans doute de nouveau un jour ou l’autre.
A force, ça en deviendrait comique, si derrière ça il n’y avait pas, aussi, quelque chose d’un peu inquiétant. Parce que, mine de rien, tout y est : le contrôle de la publication des informations dont on fait soi même l’objet, voire même dont on est soi même l’auteur, l’attaque de la presse sur le terrain judiciaire, la main sur le coeur et les mots géniaux : « J’ai changé », la volonté de nettoyer, et de tracer un trait sur ce que le passé pourrait avoir de contraignant.
Et une fois de plus (Nicolas Princen, puisque tu nous regardes, un ptit salut…), il ne s’agit pas de dire que sous prétexte de ressemblance, il y a coïncidence. Simplement, on peut observer que les tactiques sont les mêmes, et qu’elles sont toujours efficaces. Et si il ne s’agit pas de déporter qui que ce soit (ce qui ne signifie pas que l’expulsion des sans papiers se fasse de manière acceptable, ni leur traque, ni leur repérage, ni même l’évaluation du chiffre à atteindre pour satisfaire la part de l’électorat qui n’a voté que pour cette raison (et il en va de même pour la politique visant les fonctionnaires, qui vise moins une quelconque efficacité budgétaire qu’à satisfaire une classe d’électeurs revancharde, qui en veut aux nantis, aux puissants de ce monde, à ceux qui exercent sur eux un pouvoir dictatorial, qui les spolient de leurs biens, à ceux qui font sombrer la France, en d’autres termes, vous les avez reconnus, les fonctionnaires, sangsues du pays)), mais il s’agit bel et bien de faire tomber une à une toutes les garanties que le peuple pouvait avoir contre ceux dont il est la proie : les prédateurs économiques.
Du coup, on doit se contenir au principe connu : comparaison n’est pas raison. Cependant, on peut aussi se rappeler que l’intelligence implique de créer des liens, y compris entre ce qui semble n’avoir rien de commun. Là, on peut quand même considérer qu’il n’est pas nécessaire de forcer les ressemblances, elles sont là, devant nous, on en est même gêné tant on aimerait bien ne pas si souvent les croiser. Pour autant, la réflexion consiste à se méfier des apparences. Ce n’est pas parce qu’un gouvernement utilise les ficelles de propagande auxquelles des gouvernements précédents ont eu recours que pour autant leur politique est semblable. Néanmoins, cela ne suffit pas à dédouaner tout à fait nos gouvernants, parce qu’on peut considérer, même si cela semble gravissime, que ce n’est pas spécifiquement dans le sarkozysme qu’on trouve des similitudes avec des pratiques relevant du nazisme, mais dans la manière dont le libéralisme capitaliste réduit l’humain à sa valeur d’usage. C’est d’ailleurs là le projet global d’une certaine orientation du développement technique. La chose a été montrée chez Gunther Anders (oui oui, c’est une référence récurrente, et ça me plait bien de l’amener là, lui, juste après avoir dit tout le bien que je pense de Bruce Bégout, parce que j’aime aussi bien la manière de celui ci de larguer le monde tel qu’on le connaît, avec ses vicissitudes telles qu’on les connaît quotidiennement, avec les inquiétudes que ça suscite en nous, actuelles, tellement actuelles, et qui nous semblent nous contraindre à nous positionner là, tout de suite, de manière supposément super pertinente, alors que bien sûr ce n’est là qu’une forme de l’Etre, par laquelle on se laisse abuser, pour revenir à une relation plus ancienne, moins encombrée d’intentions, de visées, mais j’aime aussi la manière dont Anders balance comme ça, à un moment donné, tout ce qui pourrait constituer une pensée très profonde, juste parce qu’on a des missiles nucléaires braqués sur nos capitales, qu’on vit en permanence sous cette menace tout de même un peu particulière, qui renverse notre rapport au monde, en nous y engluant, comme si le réel, dans un tour de force dont la matière a le secret, nous avait pris au piège et nous contraignait à une pensée d’urgence, et pourtant véritablement philosophique, parce que l’être humain aurait réussi à générer les conditions d’enfermement de sa propre réflexion, sans qu’on puisse se payer le luxe d’une pensée plus essentielle, telle que Bégout nous la propose; bref, les deux références me semblent tout à fait complémentaires), elle a été aussi montrée dans le livre de François Emmanuel, puis le film de Nicolas Klotz qui en a été tiré, La Question Humaine : la simple notion de ressources humaines, par exemple, est un aveu de réduction de l’humain au simple rang de ressource exploitable. Or, sans organiser de camps, on peut affirmer que la politique que nous connaissons n’a de cesse de réduire les français (mais cette même politique est bien entendu pratiquée sur la planète toute entière, abattu à l’avance serait le pays, la région, l’entreprise, l’individu qui envisagerait les choses sous un autre angle…) à leur valeur d’usage, d’où cette obsession de le mettre au travail, qui est lui même totalement réduit au simple emploi, cadre dans lequel l’homme peut être plié (alors que le véritable travail devrait au contraire lui permettre de se déplier, de s’épanouir (ce qui ne signifie pas qu’un quelconque actionnaire doive alors se frotter les mains, parce que l’économie n’est pas un terrain d’épanouissement (ou alors il faudrait assimiler ce concept à celui de rendement, ce qui ne se peut tout simplement pas)).
Voila ce qui est en jeu, finalement. Et c’est une guerre finalement bien plus universelle que celle qui a consisté à viser telle ou telle population parmi les humains pour les soumettre ou les éliminer, puisqu’en l’occurrence, c’est l’écrasante majorité des humains qui est visées par une minorité tout à fait restreinte, et que la prise en otage se fait avec les services publics comme rançon, et les moyens essentiels de subsistances comme moyen de chantage (ça ne met pas la puce à l’oreille de qui que ce soit, le fait qu’après avoir amplement investi dans l’immobilier, avec les ravages qu’on connaît déjà, et ceux qu’on va connaître dans les temps futurs, les fonds de pension investissent désormais dans l’agro-alimentaire (avec les conséquences qu’on connaît déjà) ?). Alors, dans ces conditions de guerre qu’on peut appeler civile (un terme qu’utilise par exemple, comme pierre angulaire de sa propre analyse de « ce qui se passe », Eric Hazan, dans son journal par exemple (Changement de propriétaire – La guerre civile continue; le Seuil, 2007) ou dans son analyse du vocabulaire spécifique au néo-libéralisme, croisant ainsi des lumières déjà allumées chez François Emmanuel déjà cité plus haut.
Bref, les parallèles ne sont pas une simple excitation gratuite de la pensée, ni une manière de jouer les Cassandre. Simplement, le plus posément possible, on peut tout de même repérer des schémas en action, en mettre en lumière les signes, et se préparer non pas à voir ressurgir ce qui a déjà eu lieu (l’histoire ne repasse pas les plats tels quels, ce serait un peu facile, et attendu), mais à voir apparaître des formes nouvelles, s’appuyant néanmoins sur des principes passés. Et le fait que la similitude ne soit pas exacte ne signifie pas qu’il faille pour autant être rassuré : tous ceux qui se renseignent un peu, tous ceux qui voient, quotidiennement, ce qui se passe, savent qu’il y a au contraire motif à s’inquiéter, et qu’il y aura encore, sans doute, des occasions de constater qu’on ira plus avant encore dans le cynisme de l’exploitation, dans la désignation de certains comme inutiles, poids morts de nos sociétés contre lesquels on excitera les majorités bien pensantes, fières d’être désignées par le pouvoir comme la bonne conscience de l’humanité (comme d’autres, en d’autres temps et dans d’autres lieux, se sentirent valoriser d’être désignés kapo, ou de pouvoir dénoncer ces poids morts).
Nombreuses seront dès lors les occasions de repérer, comme un leitmotiv de l’orientation que nous avons choisie (ou que nous n’avons pas su empêcher), les similitudes, les parallèles, comme autant de symptômes, qu’il faudra bien continuer à faire parler.
Lu dans le journal de Bruce Bégout (dont je ne saurais dire à quel point il faut le lire) :
« Le blog n’est pas un journal. Ce qui est écrit n’est pas pour soi, mais, rendu aussitôt public, pour les autres, si minimes soient-ils à venir visiter la page électronique. Cette présence des autres gâte tout, gauchit déjà le projet d’une auto-expression. Le blog, avec son côté m’as-tu-lu, ne montre pas une singularité en acte, il démontre une particularité. Tout y est démonstratif, affreusement démonstratif, mes goûts, mes lectures, mes pensées, mes inimités, mes joies. La pratique nouvelle du blog me fait le même effet que l’apparition de la photographie faisait à Baudelaire : un trivial besoin d’auto-exhibition. » (Pensées privées – 28 Juillet 2002)
Il est toujours bon de se voir brosser dans le sens inverse du poil par un auteur qu’on estime. La lecture et le dialogue ne servent peut être même qu’à cela : se faire remettre les idées en place. Si on ne lisait que pour conforter l’agencement actuel de nos idées, à quoi bon lire ? Comme le disait Kafka, ces livres là, finalement, on pourrait les écrire soi-même.
A plusieurs reprises, dans son journal, Bégout revient sur le cas particulier du blog, pour systématiquement le condamner en tant que forme subjective, trop subjective d’expression, comme si tout blog était l’expression d’un narcissisme inquiet lançant sur l’océan de la toile des signaux lumineux et scrutant l’horizon pour guetter un éventuel signe de reconnaissance. Je ne suis pas sûr qu’il faille à tout prix condamner la quête de l’autre, y compris de sa reconnaissance (après tout, il n’est peut être pas forcément mauvais d’oser reconnaître qu’on ne se construit pas seul et qu’on a besoin du regard reconnaissant d’un autre pour pouvoir se construire soi-même), mais dans un univers qui a fait de cette reconnaissance un combat, et qui ne la conditionne à aucune exigence personnelle particulière (il faudrait être reconnu pour soi même, tel que l’on est déjà, sans faire soi même l’effort du mouvement vers ce regard qu’on sollicite), il est bon que des écrits nous ramènent un peu vers une conception moins insulaire du moi, et qu’on nettoie un peu notre petite personne particulière de ses particularismes locaux qu’on croit essentiels, et qui s’avèrent en fait tout au plus pittoresques, suscitant chez les autres l’intérêt que le touriste a pour le folklore local, dont on a sans doute compris, à force, qu’il empêche précisément toute véritable rencontre (d’ailleurs, sur ce point, je ne peux que conseiller la lecture des premières publications de Bruce Bégout, entre autres son Eblouissement du bord des routes, qui sont précisément des expériences de voyage sans aucune trace de tourisme ou de quête du particularisme typique, au contraire : son regard qu’on pourrait dire « premier », sans ajouts subjectifs, sans considération sur sa petite personne permet à son écriture d’être un véritable médiateur entre le lecteur et les territoires dont on ne peut même pas dire qu’il les explore, mais plutôt qu’il les habite).
Faut-il dès lors abandonner le format « blog » ? Ce serait peut être solder un peu vite les ambitions qu’on pourrait avoir pour le « moi ». Tout d’abord, l’exposer peut tout aussi bien être un moyen de le conforter dans ce qu’il est que de le contraindre à se nettoyer de tout le bordel dont il est d’habitude porteur, comme on avait jadis chez soi des pièces de réception qui étaient quasiment un espace public, dans lequel n’apparaissaient pas les détails du privé. En exposant celui qui écrit, le blog contraint théoriquement celui qui écrit à mettre ses habits de réception, s’habiller un minimum, et ne pas paraître dans son plus simple appareil, (j’écris cela en étant parfaitement conscient que néanmoins, ce niveau d’exigence n’est pas ici atteint : j’ai l’impression d’apparaître trop souvent mal rasé, pas peigné, les fringues pas repassées, bref, comme si au lieu d’accueillir vraiment le lecteur, c’était lui qui me surprenait au saut du lit, comme si il était au bord d’être accusé d’être entré par effraction) et on sait bien que trop souvent, le principe du blog (et plus encore de tout cet artefact du « je », qui n’est en fait qu’une surexposition du moi (qui me fait assez penser, mais c’est le cas d’une majeure partie du cadre de nos vies actuelles, finalement, à un passage d’une pièce de Calaferte, dans lequel les personnages sont sur scène, habillés de noir, dans des vêtements amples, comme des capes, et se déplacent lentement, leurs bras battant l’air comme des ailes de rapaces, en répétant simplement, dans des intensités variables, « Moâââââââ, Mooooooooooââââââââ, MOOOOOOOOÂÂÂÂÂÂ !!! », d’une manière de plus en plus menaçante et autoritaire) est justement de laisser la porte dévérouillée, en espérant que quelqu’un entre et fouille partout.
Mais l’évidence est que cette tentation doit être combattue et qu’elle peut l’être: si on laisse ainsi quiconque, le premier venu, le surfeur lambda, entrer, ouvrir les tiroirs, fouiller dans l’agenda, flairer les sous vêtements, faire la liste des médicaments consommés, des livres lus, des musiques écoutées, si on le laisse même aller au delà de ce qui pourrait n’être qu’une mise en scène (d’ailleurs, c’en est une : quand on laisse son appart ouvert à tous les vents inquisiteurs, on le met en désordre exprès pour cela), on incite au viol, et on se réduit soi même à l’objet consommable qu’on devient peu à peu. On affirme surtout, de manière conforme à l’idéologie ambiante, qu’on est soi même quand on se laisse aller à la spontanéité, qu’on se doit de demeurer imperturbablement « naturel », et qu’il est nécessaire d’imposer son « soi » aux autres en le faisant entrer dans la vaste campagne de guerre des uns contre les autres que sont devenues nos vies.
Cependant, même si nombre de blogs témoignent de cet inquiet besoin devenu vital d’être offert à la pulsion scopique des autres, gratuitement, c’est moins dû au format lui même qu’à la conception actuelle que nous avons du moi. Le livre pourrait tout à fait être condamné pour les mêmes raisons, et sur ce point, je crains, quand même, qu’une des raisons qui, à qualité d’écriture égale, pourrait faire préférer le livre au blog par son auteur c’est, avouons le, que le blog est gratuit, libre d’accès, accessible à tous, friqués ou pas, habitués ou pas aux rayons des librairies et des bibliothèques, et qu’il constitue dès lors un piège efficace, qui attrape par ci par là quelque proie, venue chercher autre chose, et cueillant finalement quelques fruits imprévus. Moins qu’un lieu d’exposition de soi, le blog peut alors devenir un lieu de passage impersonnel, même si l’évidence est que le piège a été tendu par quelqu’un. Mais l’important alors est moins de savoir qui il est (d’ailleurs, en l’occurrence, à part quelques initiés, les quelques dizaines de passants quotidiens ne savent pas de qui il s’agit, et jusque là il semble bien qu’ils s’en foutent royalement (et ils font bien, parce que de toutes façons ils n’en sauraient pas davantage)) que de simplement se contenter du fait que l’initiative a été prise de placer quelque part sur le réseau ce noeud de confluences, qui est effectivement orchestré par quelqu’un dont on peut se contenter de savoir que c’est un humain (en tout cas il lui semble qu’il en est un), et qu’il transmet. Rien de plus.
D’ailleurs, sur ce point, le livre est en même temps plus insidieux et plus intéressant. Insidieux, car derrière l’apparence d’une prise de recul parfois extrême, on sait bien qu’il y a un auteur, et on sait bien qui il est. Et, même si je ne soupçonne pas du tout Bégout de frayer dans cette voie, on peut tout à fait supposer que quand un universitaire publie des livres, ceux ci deviennent, qu’il le veuille ou non, des signaux qu’il envoie envers ses pairs, qui le placent sur un échiquier dont on sait qu’il est, en France comme dans nombre de pays (mais en France, tout de même, particulièrement), le théâtre d’opération de guerre qui n’a rien à envier en matière de violence aux pires mesquineries de la promotion médiatisées du moi, telles qu’on peut les regarder sur virgin tv, dans l’émission Next. A l’université aussi, on peut se faire « nexter », et les techniques de séduction, de soumission, les courbettes sont légion, et là aussi, il faut bien se placer, en utilisant ses écrits pour manifester cette position, viser juste, négocier correctement le créneau sur lequel on a misé. Ainsi, le livre de Bruce Bégout peut tout à fait être envisagé comme une magnifique porte ouverte sur un regard qu’on pourrait qualifier de pur (l’auteur parlerait plutôt de « premier ») sur le monde, il est une possibilité d’une introduction vraiment passionnante à Husserl, il est une passerelle vers des auteurs qui sont ainsi mis dans une perspective, qui n’est rien d’autre que le regard de Bégout lui même, sa manière d’agencer une bibliothèque, d’y choisir ses occupants, et de les mettre en relation. Il pourrait être, aussi, envisagé comme un signal lumineux adressé à ses pairs, le positionnant sur le terrain « intellectuel », permettant de le repérer, le plaçant dans le casting de cette vie intellectuelle dont on sait qu’elle est, elle même, médiatique. Je ne crois rien de cette seconde hypothèse (en même temps, je n’en sais rien, je ne connais pas cet homme, et je m’en tiens à ce dont j’ai envie qu’il soit, parce que jusque là, je ne flaire pas chez lui ces signes qui ne me trompent pas chez d’autres, les collaborations trop multiples pour être honnêtes, les poses photographiques trop étudiées, les prises de position relevant de l’actualité relevant d’une science consommée de la balistique médiatique, la coupe de cheveux de l’intellectuel d’opérette, le phrasé sentencieux, le sourire en coin, la chemise grande ouverte (et non, ça ne vise pas que le séminal (pour tout ce petit monde), BHL). Je place Bégout sur un autre terrain, qui me semble de loin plus honnête, plus droit, plus autonome aussi, et même si je ne connais pas sa petite personne (et on a peut être peu à peu compris que, justement, ne pas connaître la petite personne est une condition nécessaire à la rencontre, fut ce par livre interposé), je peux au moins m’appuyer sur sa lecture, qui précisément désigne le « je » d’une manière telle qu’on peut imaginer de la part de cet auteur une position « digne » face à la reconnaissance médiatique, et aux placements de soi sur le terrain universitaire). Je ne crois rien de cette seconde hypothèse, disais-je, mais simultanément, je ne crois pas que publier un livre permettre d’échapper au regard inquisiteur par dessus l’épaule. Le livre est acheté (et je n’imagine pas qu’on puisse écrire en laissant cela de côté, j’ai beau retourner le livre dans tous les sens, je ne vois pas de message indiquant qu’on peut le photocopier, le scanner pour le distribuer gratuitement, (et ce n’est pas une utopie : Hakim Bey le fait bien, lui (on me dira que l’ambition philosophique n’est pas la même (et je serais tenté de répondre simplement « oui, et alors ? »))), il est lu, et l’auteur est nécessairement confronté, même si c’est de manière floue, aux échos de son écrit, à ce qu’on en dit, à ce qu’on en pense, à l’effet que ça a sur la vie de la pensée des autres. Or je ne suis pas sûr que ce soit si mauvais que cela : finalement, si je lis ce journal, c’est bien parce que c’est Bruce Bégout qui l’a écrit, et pas quelqu’un d’autre. Autant je suis partant pour n’importe quel voyage aux USA couché sur le papier par sa main, autant la perspective d’effectuer la même expérience par l’intermédiaire d’un american vertigo me plonge a priori, par avance, dans un ennui mental qui me fait renoncer à ouvrir le témoignage ampoulé de BHL sur le même territoire. Dès lors, je ne suis pas sûr qu’il faille à ce point là nettoyer le moi, parce qu’en dernier ressort, le livre demeure un acte signé, et qu’il importe tout de même un peu de savoir qui le signe, étant entendu que finalement, une information importante est la valeur que l’auteur donne lui même à la reconnaissance de sa petite personne, et la manière dont il dépasse cela pour proposer un véritable « je ».
Toujours est il que Bégout a raison sur un point : la conscience d’être lu est un trouble fréquent. Mais il n’est pas sûr qu’il provoque nécessairement l’exhibitionnisme. Il peut tout autant avoir pour conséquence la paralysie de l’écriture, parce que le propos devient secondaire et qu’on s’inquiète parfois surtout du regard sur ce qui sera écrit, avant même d’avoir la moindre idée de ce dont il s’agira. La lecture de Bégout remet les idées en place précisément parce qu’il place l’écriture au centre, et que c’est elle qui doit être dévoilée, et non celui qui en est l’agent. Il n’est pas certain que le support change grand chose dans le processus, même s’il est manifestement plus à l’aise dans le format « livre » que dans le rouleau du blog. Et si sa lecture pourrait provoquer la cessation de toute activité de publication ici même, curieusement, elle me fait plutôt l’effet exactement inverse, et suscite l’envie de nettoyer davantage, sans pour autant cesser d’écrire. La publication, c’est juste le moment où on lâche prise, où s’échappe quelque chose qui devient nécessairement, alors, impersonnel, appartenant de fait à un espace d’autant plus public, commun, qu’il n’y a pas de véritable acte de propriété, que n’importe qui peut s’en saisir, pour ce que c’est, et non pas pour l’auteur qui n’en est finalement que la plate forme de lancement.
D’ailleurs, j’ai souvenir que le blog qui m’a fait découvrir le principe de ce journal publié au fur et à mesure de son écriture fut celui d’un jeune homme pseudonommé « Salam Pax », qui écrivait quasi quotidiennement sur la guerre d’Irak, depuis Bagdad, avec un regard qui, s’il était personnel, n’était néanmoins pas centré sur l’auteur, qui pourtant constituait comme un point focal, une distance sur laquelle on pouvait régler notre propre regard en le lisant, un transmetteur. Et c’est sans doute cela qui fait d’un blog (mais c’est le cas pour tout support, finalement) autre chose qu’une foire internationale du moi, et constitue son auteur en point de fuite, qui s’échappe à lui même, à ses propres goûts, à ses a priori, à son personnage, à son identité qui importe finalement peu, du moment que des perspectives s’ouvrent. Ainsi peut se concrétiser, grâce à cette opportunité d’une puissance sidérante qu’offre la mise en réseau (qui n’est pas tout à fait assimilable à une publication), non pas un « je » en recherche de valorisation (et ce même si bien sûr, c’est une tentation permanente, et qu’il est possible d’y céder sans forcément devoir passer à confesse), mais un « nous », qu’il faudrait lire en son sens grec (qu’on écrira plutôt « noos »). Mais j’y reviendrai : j’ai en stock un article sur le « noos » au sens d’Esprit, une sorte d’au-delà du logos, qui parlera entre autres des grecs, mais aussi de Teilhard de Chardin et de ses intuitions géniales sur la toile, et la noosphère.
Ce n’est qu’après avoir publié le post précédent que j’ai eu soudainement une connexion mentale plus intéressante que celle du clip « Bâtards de Barbares« , tellement évident dans ses intentions, tellement pauvre dans l’ensemble de sa facture qu’il ne constituait qu’une sorte d’épouvantail relativisant le clip de Justice, tout en discréditant la boite de prod’, même si on peut voir là un énième exercice de Grand Guignol, qui semble néanmoins très peu assumé, et on a quand même du mal à voir là un équivalent de la fascination que pouvait provoquer Public Enemy du temps de sa grandeur.
Toujours est il qu’il faut être juste. A côté de ces deux portraits désastreux de jeunes « de couleur » au sein de la France telle qu’on peut se la représenter, Kourtrajmé propose, aussi, d’autres perspectives. Soit par l’intermédiaire du court métrage documentaire que j’ai déjà évoque (365 jours à Clichy), soit dans d’autres clips, pour d’autres artistes, qui sont l’occasion de tracer de nouvelles pistes.
Ainsi, le clip produit pour le titre Signatune, de Dj Mehdi, prend il place dans une de ces villes du Nord dans lesquelles une population de jeunes ruraux se réunit autour de l’objet de fantasme local : la bagnole. Sans développer une violence semblable au clip qui fait polémique, on a là comme un décalque en négatif de Stress : une population blanche, masculine, qui vit loin des grandes villes, et qui se réunit pour des défis virils visant à sélectionner le mâle dominant, sur le critère hyper pertinent de la puissance de leurs autoradios réciproques. Si il n’y pas là de baston aussi évidente que chez Justice, on palpe néanmoins de près, de nouveau, la tension à l’oeuvre, la prédation réciproque des uns envers les autres, les défis larvés, le crachat lancé comme on lance son gant à la figure du futur adversaire, les bagnoles comme des pistolets chargés, les potes comme témoins, les victorieux, les perdants. Les perdants d’un pays qui a fait son choix, de toutes façons.
Du coup, derrière ce petit portrait de quelques fondus du tuning, qui parvient à rester humain grâce à quelques plans les isolant de leur monture, les cadrant à hauteur de visage, les yeux dans les yeux, tout comme, d’ailleurs, Stress accorde à ses personnages des plans fixes sur leurs visages, leur redonnant une présence tout humaine entre deux phases de pétage de plombs, derrière ce portrait, donc, j’entrevoyais un autre portrait de jeunes gars du nord, (non non, pas dans les fameux Chtits, dont je crois que je vais persister à ne pas les voir, me contentant de la bande annonce, qui a l’air de proposer l’essentiel), vu chez Bruno Dumont, dans son film « la vie de Jésus ». Chronique d’une bande de jeunes ordinaires, avec leurs perspectives, leurs murs, leurs enfermements, leurs lignes de fuite, leurs rêves à deux balles, et leur haine facile, en particulier envers l’étranger, surtout au moment où celui ci lorgne un peu trop sur la chouette fille du village. Une haine qui va jusqu’au lynchage sur une petite route de campagne, dans l’anonymat des fossés. Difficile de pousser plus loin la comparaison. Quand ici tout est fait en subtilité et en réalisme cru, là on est dans le rentre dedans du format court, de la pulsion rythmique, dans l’urgence du format. Et pourtant, au fond, des tableaux d’un même pays, même si dans les têtes, les deux faces ne se rencontrent pas, s’ignorent même.
Mais j’ai beau parcourir les critiques, je constate que pour le film de Dumont, tout le monde comprend les jeunes, leurs faiblesses, leur crime aussi, et personne ne semble craindre que le film donne une image caricaturale des zones rurales et des blancs en général. Bien sûr, la comparaison n’est pas tout à fait possible, mais si on y réfléchit, les raisons de cette différence ne sont pas si bonnes que ça : quand les blacks dérapent, il ne faudrait pas le montrer, officiellement pour ne pas froisser, pour ne pas stigmatiser. Mais je l’ai déjà supposé, pour éviter aussi de développer une excessive mauvaise conscience.
Sans aller au bout de la confrontation parallèle, car dans un cas le propos politique est assumé, et passe par une forme artistique totalement maîtrisée, sans artifice inutile, sans astuce de mise en scène gratuite, loin des ambiguïtés presqu’absurdes des pseudos astuces ou mises en abyme de Gavras (le coup de l’autoradio, l’apparition progressive de l’équipe de tournage (un bon vieux coup déjà vu mille fois, dans le fameux « C’est arrivé près de chez vous« , par exemple), le perchiste qui se brûle, le lynchage final du cameraman, qui se clôt sur un énigmatique « Ca te plait de filmer ça ? »). Là où Dumont est absent de son film, tandis que son regard embrasse le pays qu’il raconte, Justice est omniprésent dans le film : bande son, logos des blousons (alors alors, quand seront ils en vente ?), finalement, les jeunes c’est eux, mais à aucun moment ça n’est assumé, tout se fait en douce, sans aucun propos, à vide.
D’un côté, malgré des scènes d’une crudité parfois confondante, on obtient une pudeur juste; de l’autre, l’omniprésence vaine constitue une simple obscénité, qui consiste à se montrer pour se montrer, dans un élan quasi narcissique. Là aussi, en ce sens, le clip de Justice témoigne de manière pertinente de l’époque qui est la nôtre. Reste que si le clip est criticable, ce n’est pas pour le récit qu’il propose, mais bel et bien parce que ce récit n’est finalement pas assumé.
Alors comme ça, on avait cru que le groupe Justice était de gauche.
Alors comme ça on est tout surpris de les voir, dans leur dernier clip, coller leur logo sur des blousons portés par de jeunes casseurs, majoritairement noirs, et unanimement, comme on dit, issus de l’immigration.
C’est étonnant de s’en étonner. Pour moi, l’affaire était pliée : tout ce qui fait du buzz depuis pas mal de temps en matière de musique parisienne me semble relever de la droite. Ce n’est pas tant que la musique soit elle même politique (tout ce petit monde évite soigneusement la question), mais plutôt que le public semble coloré. J’avais déjà opposé les idéologies des coupes de cheveux (et je persiste : la coupe à la tondeuse sauvage me semble relever d’une autre attitude face à la vie, et d’autres idées que les longues mèches de la Sarkozie juvénile), je pourrais poursuivre sur les jeans slims, qui donnent tout de même à la plupart de ceux qui les portent une allure suscitant l’envie de leur coller des baffes.
Des baffes, il en vole dans le clip de Justice. Des baffes, des coups de poings, des coups de matraque, des coups de pieds comme s’il en pleuvait. Le tout dans un réalisme confondant, qui pousse à se demander comment le clip a été tourné, dans quelles conditions, avec quelles limites (vous verrez plus loin pourquoi je pose la question). On peut s’offusquer sur pas mal de sujets autour de ce petit objet : pourquoi mettre ainsi la violence en avant, apparemment gratuitement ? Pourquoi stigmatiser ainsi la population « de couleur », en leur donnant le premier rôle dans ce riot urbain ?
En même temps, à lire les articles écrits sur la question, je ne peux pas m’empêcher de me demander comment se comportent ceux qui les ont écrits : sont ils du genre à fermer les yeux sur ce qui se passe autour d’eux dans le métro, dans le bus, dans la rue même, voire en bas de chez eux ? Ne se sont ils jamais retrouvés dans une de ces situations où subitement l’ambiance dégénère et le trajet quotidien en bus se transforme subitement en bagarre générale ? Il y a en effet dans le clip, au delà des excès dus au fait que l’objet se veut spectaculaire, au delà de son aspect faussement documentaire, des coups d’oeil à des expériences du quotidien au cours desquelles on pourrait se répéter en leitmotiv « jusque là, tout va bien ». Le trajet en bus est symptomatique de cela : c’est un lieu qui possède ses frontières géographiques, ses règles dans la manière de se placer, dans la manière de se déplacer, dans les trajectoires que sont censés respecter les regards. Tous ceux qui prennent le bus le savent, on ne peut pas tout se permettre dans un tel lieu, et les interdits ne se limitent pas aux lois, ni même à la charte de l’aimable voyageur convivialement placardée par la RATP. Un regard déplacé, un mouvement d’exaspération devant la musique écoutée speaker on, sonorisant le bus entier avec le dernier Vita, ou le tout nouveau Bouba, et le navire commun risque de ne pas atteindre sa destination sans avoir auparavant heurté quelqu’iceberg social. Et le clip dresse assez bien le tableau de cette frange de la jeunesse qui par l’expression brutale de sa force, est capable d’imposer sa loi dans l’espace public, avec un aplomb qui ne connait que peu d’obstacle.
Evidemment, en écrivant ça, on marche sur des oeufs; surtout si on rappelle ce que je pointais plus haut : les personnages du clips sont quand même très souvent noirs, et quand ils ne le sont pas, ils sont manifestement d’origine maghrébine. Alors, évidemment, pour tout ce p’tit monde qui a appris qu’épingler une petite main affirmant « touche pas à mon pote » au col de sa veste pouvait constituer une forme de pensée, il y a motif à scandale, puisqu’on stygmatise. Mais après tout, on a quand même le droit de se demander où est le scandale : dans le fait de représenter cette horde sauvage sous la forme de jeunes de couleur ? Ou bien dans l’observation que, dans les faits, quand de tels groupes effectuent ce genre de choses, il s’agit effectivement souvent de jeunes de couleur ? J’admire la manière dont les articles passent cela sous silence, oubliant qu’au delà de la manière dont le clip joue commercialement (et de manière irresponsable, on y reviendra) avec la réalité, il y a néanmoins une réalité avec laquelle le clip joue, et s’il fonctionne, c’est bel et bien parce qu’il fait référence à une TF1. Mais ces fictions ne sont pas créées de toute pièce, c’est leur fréquence qui ne correspond pas à la réalité. En effet, quand on prend le bus quotidiennement, la plupart du temps en apparence, ça se passe bien. Mais les incidents ne sont pas graves, et s’ils ne se multiplient pas, tous les usagers savent bien que c’est en fait le plus souvent parce qu’on préfère laisser faire : tel ado a décidé de devenir sonorisateur de bus ? Ca se passe bien tant qu’on ne dit rien. Essayez d’intervenir au milieu du petit groupe auquel il appartient, et on verra si tout se passe si bien que ça. En d’autres termes, ça se passe bien tant que tout le monde a la faiblesse de faire comme si de rien n’était. Dans le petit jeu des regards que je décrivais plus haut, je n’ai pas envie d’écrire que les jeunes banlieusards sont plus doués que les ptits blancs, décrits comme victimes idéales dans le clip. J’ai plutôt envie d’écrire que les ptits blancs en question y sont singulièrement mauvais, non pas parce qu’ils dédaignent ce genre de rapports, mais bien parce qu’ils ne les osent pas, qu’ils en ont peur, et que ça se sent. Le bien pensant est d’ailleurs coincé dans ce genre de petit jeu : s’il accepte le défi du regard, il sait qu’il va à l’affrontement et adopte une attitude qu’il ne cautionne pas. Mais la seule manière de l’éviter est de laisser l’autre gagner. Et il en va du jeu des regards comme des autres formes de prédation dont l’espace public est le théâtre. Et je le répète : il ne s’agit pas de faire peur à tout le monde en disant que ces relations sont systématiques, qu’on ne peut pas traverser un des ces quartiers (qui n’ont de quartier que le nom, et qui n’ont pourtant pas d’autre nom que quartier, où qu’ils se trouvent) sans être agressé, ne serait ce que symboliquement. Ce serait faux, et heureusement. Mais on ne peut pas non plus nier le fait que quotidiennement, les déplacements d’un grand nombre de personnes se font dans une tension qui est due au fait que, précisément, nul ne sait ce qui va bien pouvoir se passer au cours du trajet. Sans parler de terrorisme, il y a dans de nombreux endroits, sur des lignes identifiées, un « inquiétisme » qui est à l’oeuvre, et dont les acteurs sont d’autant plus conscients de l’effet qu’ils provoquent, qu’ils le constatent immédiatement, dès l’instant où on baisse les yeux sur leur passage, et où on les ferme sur leurs incivilité (et je rajouterais qu’on n’est pas au bout de nos peines, car ce sont aujourd’hui des collégiens qui sont capables (en bande, certes) d’exercer ce type de pouvoir sur des troupeaux d’adultes dont ils perçoivent bien, dès lors, à quel point ils sont aisés à maîtriser.
Dès lors, le clip de Justice est effrayant dans sa violence, nauséabond dans ce qu’il soulève, mais on ne va pas aller plus loin dans la mauvaise foi : ils nous fout aussi la honte, car finalement, ce qu’il montre, c’est une bande d’adolescents pour qui la ville est un terrain de jeu sans norme, sans loi, dans lequel ils ne rencontrent aucun obstacle. On pourrait psychologiser pendant des heures, leur trouver des tonnes d’excuses valables. Par exemple, on pourrait imaginer que l’un d’entre eux soit un élève ayant échoué au bac l’année précédente, et que la baisse des effectifs des profs, associée à l’abandon de la carte scolaire, aurait contraint à ne pas redoubler, car on lui aurait proposé de le faire à des kilomètres de chez lui (par exemple…). Mais peu importe : avant de tomber à bras raccourcis sur le clip lui même, on peut au moins être honete sur les raisons pour lesquelles il nous dérange assez profondément.
Maintenant, on peut aussi se dire que derrière ce joli coup publicitaire, il y a quelque chose de profondément malsain, qui relève, tout de même, d’un comportement politique pour le moins questionnant. Tout d’abord, un peu d’infos, parce que tous les sites qui commentent la chose n’informent pas beaucoup sur ce point. le réalisateur du clip s’appelle Romain Gavras. Au delà du fait qu’il est le descendant du célèbre Costa, ce qui intéresse davantage ici, c’est qu’il est membre fondateur de la société de production kourtrajmé, qui est capable du meilleur comme du pire. Le meilleur, c’est par exemple les 365 jours à Clichy-Montfermeil, un docu plongeant dans cette ville, et parvenant à en dresser un tableau nuancé sans être mièvre, un petit miracle de conscience et de clairvoyance. Le pire, c’est un clip plus ancien que celui qui semble tant émouvoir tout le monde, intitulé Bâtards de Barbares, qui ressemble étonnamment à celui de Justice, mais moins esthétique, moins séducteur, tout en allant beaucoup, beaucoup plus loin dans les propos et les images, sans que cela ait semblé bouleverser qui que ce soit.
Ce qui caractérise alors la boite de prod, dans cette diversité, c’est l’absence de ligne éditoriale claire (finalement, tout en se plaçant sur le terrain de la banlieue, en semblant revendiquer d’en promouvoir l’image, elle semble tout aussi bien capable d’entretenir les pires représentations qu’on puisse imaginer à son sujet (on me dira que ça peut être une forme d’honnêteté, on se bornera, moins naïvement, à penser qu’elle y trouve son compte en terme de buzz, et donc de rendement). En d’autres termes, il n’y a pas de positionnement politique. Ca peut semble sidérant, de lancer un tel clip sur le marché, et de le déconnecter de toute position politique, mais c’est l’attitude revendiquée, tant par le groupe que par son entourage. Ainsi, Thomas Bangalter se contente, en terme de discours, de ça : « On ne dit rien sur le clip. On lance le truc et on voit où ça retombe. » Service minimum, même pas syndical. En même temps, il faut reconnaître que les entreprises de destruction assurent rarement un quelconque service après vente.
Car, après tout, réduit à son coeur, (oublions la couleur des personnages), il s’agit purement d’un jeu de destruction. Or on sait que détruire, c’est une des formes que peut prendre le pouvoir, particulièrement quand il s’agit d’un pouvoir qui devient de plus en plus symbolique. Bon, reprenons au début. J’ai pas trop argumenté le fait que je classais le groupe à droite. Je ne vais d’ailleurs pas tellement l’argumenter. Disons que ça relève de ce que Cayce Pollard appellerait « l’identification des schémas ». Ca me semble cohérent. Public, fringues, et maintenant clip, tout ça me semble branchouille à souhait, décomplexé juste comme il faut (ils ne parlent que de ça dans leurs interviews : ils sont musicalement décomplexés). Bref, de droite quoi. Enfin, ce n’est pas tant d’être de droite qu’il s’agit, que d’être tout simplement du côté de l’aisance, et du pouvoir, bref, de la bourgeoisie. Et pourquoi pas. Maintenant, on pourrait se dire qu’il y a un pas entre la bourgeoisie politiquement indifférente (ou neutre, si on veut, et pour autant qu’aujourd’hui, la neutralité soit possible) d’un duo comme Air, et ce que nous propose ici Justice. Et pourtant, à la réflexion, ça n’est pas tout à fait incohérent. Je m’explique.
En connectant les quelques concepts que j’avais à l’esprit, destruction, succès, buzz, irresponsabilité, décomplexion, anomie, indifférence, acculturation, je me suis souvenu d’un passage d’un livre de Denis Duclos, intitulé « Société-monde : Le temps des ruptures« . Dans un des premiers chapitres, l’auteur montre comment peu à peu une nouvelle bourgeoisie a été mise en place par les plus hauts dirigeants du régime capitaliste. On appelera cette nouvelle classe hyperbourgeoisie. Je passe rapidement sur la manière dont celle ci se distingue de la précédente, on retiendra que son rôle est précisément d’encadrer et humilier l’ancienne bourgeoisie, en la précarisant, en réduisant son pouvoir d’achat (à lire Duclos, on comprend mieux, d’ailleurs, pourquoi le pouvoir d’achat fut la carotte qu’on s’empressa de retirer du champ de vision de l’âne, dès que celui ci avait fait là où on lui avait dit de faire). Cette hyperbourgeoisie a des caractéristiques spécifiques, incompatibles avec celle de la bourgeoisie ancienne. Et on retrouve précisément dans la description qui en est faite des critères qui transforment le clip de Justice en véritable symptôme :
« L’hyperbourgeoisie est, en ce sens, anticultivée. La valeur suprême étant l’action sur des capitaux capables de changer la richesse de continents entiers, l’hyperclasse fonctionnelle récuse tout ce qui freine le changement des valeurs attribuées par les humains à leurs objets. Elle est iconoclaste, car la finalité de l’argent est l’évaporation boursière des objets, manifestation ultime de la capacité de ruiner autrui. L’idéal secret du joueur invétéré (flamber le bien, surtout celui des autres, en une dette incomblable) est de l’emporter sur tous les biens, victoire dont la preuve définitive n’est pas l’entassement d’oeuvres achetées chez Sotheby’s, mais leur virtualisation dans l’échange, et enfin leur destruction spéculative.
Individuellement, le héros du jeu de la fortune doit manifester une intelligence hors pair, sur fond de haute culture (MM. georges Soros, Vincent Bolloré, etc.). Mais comme collectif, l’hyperbourgeoisie s’arc-boute sur sa haine des « intellectuels hautains » (qui la forcent à réfléchir sur sa destructivité, là où elle ne veut que flamber) et sur son refus des « dépenses excessives » de l’UNESCO ou de la commission européenne (qui la forcent à se socialiser, là où elle ne veut que s’isoler).
Elle cultive une fascination sauvage des formes ostentatoires de l’unique valeur de domination : avoir plus grand que le voisin, plus visible, mieux protégé, infiniment plus coûteux, etc. Loin d’être l’apanage d’un Citizen Kane des années trente, la fausse villa romaine, les jeux de piscines géantes et les immenses gazons, la symphonie de véhicules multicolores affichent une hyperbourgeoisie se reconnaissant comme telle d’un bout à l’autre du monde. L’écoeurant mauvais goût de l’accumulateur s’est imposé en même temps que la rage ludique d’abolir les précieux acquis de l’otium, cette liberté politique de toute classe dirigeante civilisée qui la cultive.
La classe moyenne, socialisée par l’université, se retrouve dès lors prise en étau entre deux incultures s’affirmant comme une même « nouvelle culture mondiale ». Non seulement il est demandé aux infra-classes de choisir leurs valeurs (casquettes, T-shirts, chaussures, prénoms de héros de feuilletons) chez les « vainqueurs du monde », pour mieux narguer leurs propres élites locales, mais ces dernières sont humiliées par « en haut », en voyant puissants et opulents adopter des idéaux vides de toute expérience autre qu’une circulation d’ostentation. »
Il ne s’agit pas de dire que le duo auquel on s’attaque est l’instigateur d’un tel phénomène. Mais par contre, on peut voir le clip qu’ils proposent comme le produit du mécanisme décrit par Duclos : On y met en oeuvre la destruction qui caractérise notre mode d’existence économique, et on met cette destruction sur le dos de ceux dont l’ancienne bourgeoisie a le plus peur (en partie parce qu’on ne peut pas avoir consciemment peur de ce à quoi on rêve d’accéder (et tant que cette peur sera niée, tant que subsistera la fascination, toute révolution sera de fait impossible)), alors même que, si on reprend le vocabulaire utilisé par Duclos dans ce passage, on note à quel point les incendiaires et les destructeurs ne sont pas, et de loin, ceux qu’on croit. Ici encore, dans la remise à outils, il semblerait qu’on ait confondu le karcher avec le lance-flammes.
Dès lors, Justice parait comme déjà doublement symptomatique de son temps : il détruit par jeu (et pas du tout de manière situationniste comme a pu le faire, en sont temps le mouvement punk, il ne faut pas confondre le nihilisme actif avec la simple anomie molle et contente d’elle même).
Histoire de finir en bouclant l’ensemble, et en plaquant sur l’entreprise une politique qu’elle n’assume manifestement pas, jetons un coup d’oeil à l’interview sidérante de connerie qui fut commise par un autre membre du groupe Kourtrajmé, Kim Chapiron, auteur du film Sheitan (que Vincent Cassel trouve suffisamment intéressant pour y accepter un rôle… disons… hmmm… à sa mesure…), film auquel fait référence le mignon clip « Bâtards de Barbares« , puisque le titre est tiré de la BO du film (vous suivez ?).
Alors, quelle est la ligne directrice de Kim Chapiron, jeune réalisateur devant l’éternel ? Laissons le répondre lui même :
« Le cinéma en France est un « Art-mou », les réalisateurs, acteurs producteurs n’osent pas. « C’est pas commercial, on va se taper la honte » etc… J’ai eu la chance de taffer avec Vincent Cassel qui n’a pas hésité à jouer ce personnage super bizarre de Joseph et qui m’a fait confiance en tant que producteur pour faire des scènes comme le plateau de charcuterie ou la branlette du chien. Ces scènes semblent maintenant avec le recul être les scènes qui ont le plus marqué les gens. »
Et un peu plus haut, il nous donne ce morceau d’anthologie, qui pourrait sembler relever du surnaturel s’il n’était pas en fait dicté par un déterminisme aussi bête que méchant :
« Tout est entièrement tiré de faits réels vécu ou rapporté par des proches. La branlette du pitt, c’est moi, j’adore la sensibilité canine… (Rires)
Sheitan est un mélange de scènes très réalistes et de fantasmes. Ce que je trouve génial avec ce métier c’est quetout est possible, tu peux faire des choses que jamais tu n’aurais eu l’occasion de faire dans la vraie vie. Un vrai métier de schyzo ! » (allez, je donne la source, sinon vous n’allez pas me croire)
Maintenant, si on n’avait pas deviné, nous savons ce qui se cachait derrière le slogan « Tout devient possible ». Branler un pitt (vos avez noté comme Kim Chapiron insiste ?), mettre une ville à feu et à sang, foutre en l’air les classes moyennes en les humiliant devant celles qui leur sont inférieures pour mieux asseoir le pouvoir des détenteurs des capitaux. Le clip de Justice n’est qu’un élément du décor, un effet collatéral d’un processus bien plus large.
Et soyons heureux, les raisons de s’émouvoir ne vont pas manquer : on nous a prévenus, ça ne fait que commencer et de toute évidence, certains ont encore un peu de mal à se repérer parmi les motifs d’inquiétude. Patience, ça va venir :