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Roadbook pour un futur un tout ptit peu éclairé par le passé

Trouvée dans un assez intéressant recueil sur la culture underground, principalement appuyé sur les éditions du regretté « Actuel », une carte du gauchisme, qui permet de situer quelques noms, de se faire une idée de la nébuleuse.

Googlemap du gauchismeCe qui est intéressant, là, c’est tout d’abord de se rendre compte de la diversité des formes que peut prendre la gauche, qui permet de mieux saisir pourquoi il est difficile d’en faire l’unité, et pourquoi quand on y arrive, ça ne peut que finalement fortement décevoir au long terme. On peut d’ailleurs s’amuser un peu, en constatant tout d’abord la complexité du graphique, puis en lisant en bas à droite, la note selon laquelle le schéma serait grossièrement simplifié. On pourrait se dire que peu importent les divergences, après tout, tout ce ptit monde doit pouvoir être rassemblé sous la bannière de la protection des acquis contre la mainmise des « possédants » sur la production mondialisée. Mais non, justement, on ne peut pas. Même lorsqu’il ne s’agit que de différences minimes, celles ci sont suffisamment importantes pour être cruciales, et déterminer dès lors des courants politiques différents, dont certains parviennent même à ne plus communiquer. L’observateur étranger, le sociologue martien pourra trouver que d’un groupe à l’autre, c’est du pareil au même, mais c’est oublier ce que rappelle Alain Badiou, dans une interview qu’Eric Hazan reproduit dans son livre Changement de propriétaire – La guerre civile continue, au moment où, précisément, Hazan lui demande des précisions sur divers mouvements de gauche aux noms en apparence si proches. Badiou précise : « Vu d’aujourd’hui, entre PCMLF et UCFML… Cependant, en politique révolutionnaire, tu le sais bien, les « nuances sont capitales. Le PCMLF et l’UCFML, c’était le jour et la nuit, vraiment. Au delà de la querelle de clochers, il faut avoir en tête que ces courants ne sont pas idéalistes (c’est bien pour ça que tant que les « gens de gauche » se reconnaîtront dans des soit disant porte paroles autoproclamés tels que Cali (par exemple, c’est le premier qui me vienne à l’esprit, et le plus sidérant dans l’anéantissement de toute pensée qu’il semble avoir subi), tant qu’ils suivront ceux qui manient le concept comme on conduit un rouleau-compresseur, alors la gauche sera dans le ridicule des discours évidents et des envolées morales ridicules. Dès lors qu’il n’y a pas d’idée universelle vers laquelle l’humanité doit converger, on abandonne la référence idéaliste et on forge les concepts par soi même, la politique devenant un moyen de les réaliser. Mais il ne peut y avoir sur ce point d’accord universel. Les écoles, les chapelles sont dès lors nécessaires à la vie de la gauche, même si elles semblent apporter beaucoup de désordre. Raison de plus pour s’y repérer un peu.

Autre intérêt de ce schéma, il est accompagné d’un commentaire contemporain, plaçant quelques noms qui nous sont davantage familiers, actualisant un peu les schémas, et indiquant où se trouve encore un peu de mouvement. Ce sont les sept cercles rouges, qui correspondent aux légendes suivantes :

I – Jospin
II – Le Monde d’Edwy Plenel (autre version du trotskisme)
III – Martine Aubry (elle est à sa place)
IV – Lipietz (d’origine Gop, gauche ouvrière et paysanne)
V – Riesel (situ de Nanterre, devenu en pleine clandestinité cofondateur du josébovisme)
VI – Kouchner (ex-italien)
VII – Catherine Millet (refondatrice communiste qui cherche le sexe de l’humanité)

Evidemment, la mise à jour date un peu (cf la note sur Le Monde de Plenel, « un peu » périmée en tant qu’info, mais pas inintéressante du point de vue du sens), mais elle aide à se situer aujourd’hui, ce qui s’avère de plus en plus nécessaire si o ne veut pas baisser les bras et remettre définitivement les clés de la Cité à ceux qui s’en sont déjà approprié toutes les serrures.

Et, pour mettre davantage encore les idées en place sur ces temps là, il va falloir lire. Le livre de Hazen est une mise en neurones intéressante, et l’interview de Badiou (qui court de la page 86 à la page 99) y est centrale, car elle éclaire de loin, sans déserter, mais sans plonger non plus dans le bouillon de culture que constitue cette « mouvance ».

 

Source de la « carte » : Underground, l’histoire; par Jean-François Bizot, 2001 (livre conçu à partir de la bibliothèque d’Actuel); malheureusement, on ne nous en dit pas plus sur la source plus lointaine du document.

2 Replies to “Roadbook pour un futur un tout ptit peu éclairé par le passé”

  1. Je me suis d’abord dit : non, je ne vais pas lui faire le plaisir de répondre, la provocation est trop évidente. Prends sur toi, Michel, ne te laisse pas avoir une fois de plus. Actuel, Badiou, Lipietz, décidément les ficelles sont trop grosses : le jkrsb ne te fera pas voir rouge, tu ne réagiras pas ! Surtout que le post en plus n’est pas enveloppé de toute cette logorrhée dans laquelle le jkrsb se complaît pour faire passer des messages n’ayant le plus souvent pas grand chose à voir avec son point de départ (ce qui, je le confesse, me ravit, tant la mauvaise foi, les approximations saisissantes et les raccourcis saignants sont plaisants à lire). Très clairement, il te cherche et en gros chat qu’il est (mords le Argos !), je le devine déjà derrière son clavier en train de se pourlécher les babines à la Raminagrobis…

    Donc, je me suis dit, je ne répondrai pas. Et d’un coup, la colère m’a pris : « Quoi, tu vas te laisser impressionner par cette vipère lubrique qui se permet de classer le trotskisme parmi le gauchisme, comme si le courant majoritaire en France en 2008 à la gauche de la gauche était mené par un certain Besancenot, dont le discours jeunisé n’est qu’une resucée des pires moments du laguillérisme gauchisant de la fin du XXème siècle ?… »

    A ce moment-là le mal était fait ! Mais c’est tellement bon…

  2. Héhé,

    ça a marché, en effet ! 🙂

    Cela dit, plus sérieusement, je crains que l’avenir ne soit envisageable de manière sereine que si les puristes acceptent de voir les classifications scrupuleuses en grande partie explosées par la mise en action. Sinon, je crains fort que chacun, perché sur sa plus ou moins grande pile de livres référence, tels des stylites regardant du sommet de leur connaissance le désastre, en bas, et refusant de s’associer à ceux qui leur sont, pourtant proches.

    Alternativement, je comprends parfois ces précautions, précisément parce que les flous dans le discours permettent de faire passer tout pour son contraire, et parfois je me demande si ces précautions ne sont pas une sorte de prétexte à ne jamais passer à l’action, comme dans ces fausses sciences qui ne daignent jamais se soumettre à l’expérimentation. Or, en politique, je ne vois guère d’autre expérimentation que le pouvoir.

    Alors oui, c’est évidemment un peu de provoc’, et en même temps, je me dis que si cette provocation pouvait, dans les années à venir, être un peu plus fréquente, non pas de ma part, mais de la part de tout ce qui pourrait ressembler à un media, parce que ça serait le signe que les opinions soient en mesure de déplacer ses pôles d’intérêt et ses schémas mentaux (autant dire qu’on n’en est pas proches, et néanmoins, il me semble bien qu’un glissement de terrain se prépare, ne serait ce que parce que ceux qui nous gouvernent commencent à se comporter d’une manière assez semblable au personnage vorace du « sens de la vie » des monty Python, et qu’on sait comment ce genre d’appétit s’acheve !)

    Et puis, il faut bien arriver à proposer des schémas, qui ne valent que ce qu’ils valent. Mais si on ne peut pas utiliser le terme gauchisme, lequel faut il utiliser, pour proposer un positionnement compréhensible ?

    Et puis enfin, Actuel, pour moi, c’est un baptême, le moment où j’ai découvert, ado, une lecture qui m’ouvrait des paysages mentaux insoupçonnés, une libération de l’esprit comme je n’en espérais même pas. Du coup, tout en voyant bien aujourd’hui les limites du truc, aujourd’hui, je ne peux que continuer à y replonger, et à suivre des yeux les trajectoires de ceux qui ont participé à cette aventure là, et ce même si celle du principal intéressé est « un peu » arrêtée. Peu importe, je n’ai pas fini de l’explorer !

    Enfin, toujours est il que je suis bien content que le piège ait fonctionné. Et je le suis aussi si le plan intéresse comme ça, au passage quelques visiteurs inconnus, et qu’ils commencent à fouiller dans cette histoire et dans ces idées (que je connais moi même assez peu : je fais le malin, mais j’ai beaucoup de mal à démêler l’écheveau des courants, et il y a sans doute une part de la provoc de mon article qui est tout simplement involontaire !

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