Archives pour juillet 2009

Protection

Par Youri Kane Catégorie : CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA 1 commentaire »19 juillet 2009

p107024442Puisque parmi les lecteurs les plus assidus de mes errements mentaux, il y a des spécialistes du risque et des experts de la sécurité, bref, des êtres humains qui se préoccupent un tout petit peu de leurs prochains, voici un petit document qui en dit long sur la manière dont on prend soin de nous.

Ou pas.

Sans doute soucieux de contourner s’accomoder de la loi imposant aux producteurs de spiritueux de rappeler sur leurs propres bouteilles que la consommation d’alcool présente certains dangers, surtout si on a été conçu depuis moins de neuf mois, on note chez certains alcoolistes une certaine tendance à en faire peut être un peu trop dans le registre de l’argumentaire visant à convaincre le consommateur que non, non, on ne lui veut pas de mal (après tout, un consommateur d’alcool vivant est un consommateur potentiel qui demeure, même s’il est capable d’en éliminer d’autre dès qu’il se met au volant, nécessairement inconscient de son inaptitude à contrôler deux tonnes de métal et plastiques recyclables sur des routes qui ont pour première caractéristique d’être partagées avec d’autres « usagers », parfois tout aussi inconscients de leur état, nécessairement inconscient, puisque la conscience de cet état réclamerait précisément de n’avoir pas consommé ce qui rend inconscient, mais bref).

Ainsi, en bordelais, on ne sait plus si on trouve des as du maniement du langage, ou si au contraire on doit subir un argumentaire construit par un stagiaire en communication qui sait moyennement maîtriser sa propre langue et à qui on a demandé de concentrer quinze idées en quatre lignes. C’est sans doute grâce à cet heureux croisement d’exigences contradictoires (mentir, convaincre, rassurer, assurer le plaisir, déculpabiliser le producteur, le distributeur ainsi que le consommateur (et l’Etat, qui fait quand même preuve d’une belle confusion mentale là dessus)) qu’on peut lire sur une bouteille de Côtes de Bourg, provenant du chateau du bois de Tau, (pas mauvaise, d’ailleurs, on se demande pourquoi on a voulu en rajouter en lui collant cette petite préface, si ce n’est pour illustrer l’expression « en faire trop ») un texte que n’importe quel candidat au bac commentera en le scindant en deux parties : tout d’abord, une prise de liberté stylistique, qui fait écrire à son rédacteur « L’authenticité de nos vins est d’exprimer le meilleur de chaque millésime« , passage dont on discernera un peu difficilement le sens (en tous cas, les experts travaillent encore sur la question), et dont on sent bien, à la lecture, que la construction est un peu chaotique. Puis, une affirmation dont on ne sait pas si elle se veut rassurante ou stupéfiante : « en protégeant la pérennité de notre terroir, de notre environnement et du consommateur« . Il est possible (et autorisé), de demeurer quelques instants silencieux avant de goûter ce breuvage, le coude levé, les yeux rivés sur la bouteille, histoire de remettre en relation les mots qui sont censés être liés ensemble par les lois universelles de la grammaire : voila donc un vin qui protège la pérennité de son consommateur. Touchante attention.

Malgré tout, ce praticien chevronné de la formulation accrobatique n’a rien pu faire pour rassurer les femmes enceintes : la consommation du breuvage conçu pour assurer notre pérennité est aussi susceptible de provoquer quelques alterations de notre organisme, susceptibles de remettre en question notre pérennité. C’est mystérieux, mais les lois de la vente de la consommation sont impénétrables, et il est dit que ces dieux là écrivent droit sur des lignes courbes.

C’est du moins ce que croient tous ceux qui se prennent pour Dieu quand ils sont bourrés.

Mis à l’air, libre.

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, SCREENS, SERIAL PORT 2 commentaires »2 juillet 2009

Comme il n’est pas tout à fait impossible qu’il y ait des amateurs, ici, voici le générique de la série, exactement tel qu’il doit être, sans qu’on puisse vraiment l’imaginer ainsi. Une fois n’est pas coutume, il va y avoir de la chair en représentation sur ce blog !

Plus intéressant, cependant (la forme, intéressons nous à la forme ! (autant dire que là, l’injonction doit être tout aussi efficace que le fameux « Regardez moi dans les yeux…  J’ai dit dans les yeux !): pour une série qui, elle aussi, va s’attacher aux turpitudes du désir dans le monde occidental très contemporain, rien à voir avec la manière nauséeuse dont Californication expose ses propres lubies. Ici, le dépouillement semble être signe de retour à l’essentiel, malgré tout.

Comme quoi, l’histoire des séries, elle aussi, est dialectique.

Sévère membre

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, SCREENS, SERIAL PORT Laisser un commentaire »2 juillet 2009

Allez, les télés n’en parlent pas encore (peut être parce qu’aucune n’a encore acheté les droits).

Vendredi, HBO tentait de reprendre la main sur le territoire qu’elle avait patiemment défriché puis planté d’arbres, avant que les arrivistes (c’est à dire tous ceux qui aiment bien que leur point de chute soit déjà bâti avant qu’ils n’y mettent le pied) viennent l’occuper (ceci montrant bien que le domaine de la création répond aux mêmes lois que la conquête de l’Ouest, vous savez, comme le disait ce promeneur solitaire, le bon vieux coup qui consiste à s’emmerder à couper des arbres, faires des piquets, installer une barrière, se mettre au beau milieu de son terrain et dire « Ici, c’est chez moi », et retrouver son beau territoire squatté dès qu’on revient du drugstore du coin où on a acheté quelques t-bones pour se faire un quatre heures).

Le problème, c’est qu’après les salves tirées par la concurence, il devient difficile de proposer quelque chose qui permette vraiment de pousser le bouchon plus loin, et on voit mal comment les scénaristes pourraient trouver encore des territoires jusque là inexplorer dans lesquels plonger leur art désormais totalement maîtrisé de la narration.

Le truc, c’est que le héros d’une bonne série, c’est quelqu’un qui doit avoir quelque chose à cacher, Dexter en est l’exemple masculin le plus évident, Bree Van de Kamp en est l’incarnation oestrogénée. Puisque la relation est censée s’installer sur la durée, il faut qu’on soit plus ou moins tenus en haleine, et tout doit nous pousser à nous demander « Dis donc, toi, qu’est ce que tu caches ? ». Mais une variante de ce principe est la complicité qu’il y a à partager un secret avec les personnages. C’est bien la seule chose qui pouvait faire qu »on reste un tout petit peu devant l’écran sur des propositions aussi mal réalisées que « Demain à la une », par exemple.

C’est ce second principe qu’a choisi par HBO pour nous embarquer dans sa nouvelle narration. Un contexte : Détroit, « là où une rivière qui mène à l’échec prend sa source »;le fleuve du développement économique décrit au niveau de l’estuaire de la crise. Un personnage perd tout, sauf ses atouts naturels, et les dieux semblaient se douter quelque peu de cette destinée coquine, puisqu’ils l’ont doté d’un équipement qui vaut son pesant d’or, et qu’il pourrait bien vendre, et comme prof dans le public, ça paie pas très bien… …

Voila le principe de « Hung ». Dès le départ, on partage avec Ray son lourd secret. Et tout va tenir sur l’usage qu’il va en faire. Et bien sûr, une partie du plaisir va être liée à la double narration qui s’installe désormais dans ces séries : quelle sera la trajectoire de cet entraineur de basket ? Et comment les scénaristes vont ils réussir  mener cette barque (bien qu’en l’occurrence, il faille plutôt parler de paquebot). Et au delà de la série et de son arc narrative qui laisse songeur, évidemment, on ne peut que se demander, à l’avance, quel regard va être porté sur la toile de fonds du récit, le paysage économique dévasté, mettant en confrontation ceux qui bricolent pour donner aux fins de mois des contours moins aigus, et ceux qui peuvent s’offrir ces services que les plus fauchés sont enfin prêts à rendre lors des temps de crise.

La saison est lancée !

 

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