Avril 1995, dans le n°755 de Vogue, un mini roman photo met en scène Carla Bruni en épouse de choc, menée par un instinct de prédatrice d’Elite. Derrière l’objectif se trouve l’un des grands noms de la photo de mode : Thierry Le Goue, qui excelle dans ce genre d’exercice où les contrastes transforment la mode en série noire. On ne sait trop si on devinait déjà que le jeu de massacre deviendrait un jour politique, et que la République deviendrait le terrain sur lequel se joueraient d’autres polars, dans lesquels les poker faces s’exileraient des défilés de la fashion-week pour transformer la nation toute entière en gigantesque catwalk.

La séquence retrace un « marriage à la mode », lui permettant d’accéder à la fortune de son mari de fortune, de manière très provisoire, puisque l’union ne durera que le temps d’obtenir ce qu’elle croit lui être dû. Mariage, (ça, c’est fait dans la vraie vie), baptême (on ne sait pas quel timing a été choisi par les experts en communication), enterrement (veuillez réprimer ce mouvement d’impatience qui vous prend à la lecture de ce mot). Trahisons dès le jour de l’union, rejeton qui ressemble plus au chauffeur qu’à son père théorique (il faut dire que le chauffeur, c’est Lambert Wilson), meilleure amie qui complote contre les intérêts de la reine du jour, comédie des sentiments et maîtrise des apparences. Tous les ingrédients sont là, plus de 10 ans à l’avance.

Il paraît que le talent politique peut consister à transformer les scenarios les plus improbables en réalité. On rajoutera que l’époque contemporaine semble avoir tordu le coup aux utopies sociales, mais a ouvert grand la porte à la réalisation des fantasmes de quelques uns.

Voici, en quelques photos, le récit possible du mariage qui unit la première dame de France au pays avec lequel elle s’est liée, pour le meilleur principalement.