On aura eu de multiples occasions de se poser cette question, ces derniers temps :

Faut il croire un menteur ?

Nouvelle occasion, ce soir, dans le Grand Journal (encore ?), avec Robert Bourgi, qui semble avoir regardé, dernièrement, les Repentis de John Woo (dont le titre, en VO, est plus fort en sous entendus (Once a thief)).

Multipliant les déclarations pleines de remord (le sketch sur sa bonne conscience tardive, mystérieusement synchronisée avec l’agenda présidentiel est assez plaisant à regarder) sur le thème « Si j’aurais su j’aurais pas participé », devant un Aphatie qui ne trouve rien à redire, il ne devra répondre, finalement, qu’à une seule question à portée potentiellement critique : d’où vient la légion d’honneur qu’il porte ? Ce n’est pas Aphatie qui la pose, mais Ollivier Pourriol, le philosophe de service (je reviendrai une autre fois sur la nouvelle caution intellectuelle de l’émission).

Bien sûr, Pourriol n’est pas journaliste. Il pose la question juste parce qu’il a vu dans la journée, comme tout le monde, un titre sur sa page ‘google actu’ mentionnant le fait que Sarkozy a remis cette décoration à Bourgi en 2007. Du coup, quand ce dernier lui répond que c’est Chirac, ni lui dont ce n’est pas le métier, ni Aphatie, dont ce serait le métier s’il le pratiquait, ne le reprennent.

Pourtant, c’est bien Sarkozy qui a ainsi décoré le convoyeur de fonds de la droite. Et il est d’autant plus intéressant, dès lors, de le voir mentir frontalement sur ce sujet au moment où il est envoyé en première ligne pour dézinguer toute forme de concurrence au sein de la majorité présidentielle. Il ne faut pas qu’il apparaisse comme le bras droit du président, il faut même qu’il puisse passer pour un proche de Villepin et Chirac, fraichement repenti. Les faits sont même encore plus têtus, puisque non seulement on sait qui l’a décoré, mais on dispose aussi des paroles qu’il a prononcées à cette occasion, puisque Mediapart a eu la bonne idée de publier ce discours.

Double mensonge, de la part de Bourgi, puisque sentant que la pillule réclamait tout de même des gorges sérieusement profondes pour être avalée, il trouva bon de préciser qu’il avait été décoré avant l’accession de Sarkozy au trône, ce qu’on s’explique mal, puisque l’heureux évènement eut lieu le 27 Septembre 2007, et sauf à réécrire vite fait tous les manuels d’histoire, il semble bien que le sombre jour qui vit l’excité parvenir au pouvoir précéda, dans le calendrier, la décoration du financier occulte.

On ne saurait trop conseiller de lire le discours lu à la gloire de Bourgi. Le texte, très habilement écrit, peut être lu à tout un tas de degrés. On dirait presque qu’il a été ironiquement rédigé à l’avance pour servir, plus tard, de message poli exprimant, en gros, les mots muets adressés à leur environnement proche par tous les majeurs qui, dans le monde, se dressent vers le ciel. En voici une illustration qui, j’en suis certain, devrait donner le sourire à tout le monde :

« Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui qui te conseillait jadis, de « rester à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil ». Sous le chaud soleil africain, ce n’est pas une vaine précaution. Jacques Foccart avait bien raison ». Le texte intégral peut être lu ici :  http://www.mediapart.fr/files/Sarkozy_Bourgi.pdf

Ici comme au Sofitel de New-York, des candidats à la présidentielle se heurtent aux témoignages de ceux dont la crédibilité tient entièrement dans l’impossibilité de prouver quoi que ce soit. Au grand bowling électoral, ce sont les petites mains à l’honneur perdu qui viennent tirer des strikes au beau milieu du jeu politique.

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