Sarkface

In "CE QUI SE PASSE", Argentic/Numeric, CHOSES VUES, Il voit le mal partout, MIND STORM, PROPAGANDA, PROTEIFORM
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En novembre 2010, Villepin lançait dans la sphère médiatique (sphère qui semble avoir en gros les qualités mécaniques des bulles de savon que font les enfants : minuscules, elles croient refléter le monde entier sur leur surface lisse et brillante; en mouvement permanent, elles ne savent pas où elles vont et parce qu’elles sont soumises aux lois de la physique, le liquide qui les compose coule inexorablement vers le bas, dégouline littéralement pour les amener progressivement à s’effondrer sur elles mêmes; médiatiques, les bulles explosent comme les autres, financières, informatiques ou un jour, souhaitons le (oui, c’est fini, on ne souhaite plus le bien des gens, du moins pas de ceux là), immobilière) sa petite salve qui allait faire grand bruit le lendemain tout en lui permettant de compter ses troupes : Sarkozy serait pour la France un problème qu’il faudrait régler en fermant cette parenthèse politique à ses yeux trop sombre pour pouvoir durer. On peut vouloir le beurre et l’argent du beurre, être résolument capitaliste tout en se drapant dans l’orgueil et les éblouissements lyriques. Et à cette époque, il avait peut-être encore raison d’adopter cette posture : pour un peuple lettré, cette version là du capitalisme passe mieux. Mais depuis, on sait ce que les médias désormais d’ultradroite et les réseaux sociaux en ont fait, de la culture.

Mais si Villepin se lançait dans une telle attaque, de manière carrément frontale, c’est parce qu’il avait constaté que les paysans avaient devant ses augustes pas déjà foulé le terrain de leurs lourds sabots : Mélenchon, décidément de tous les bons coups en ces temps là, racontait déjà chez Drucker – ce qu’il ne fallait pas faire… – comment il avait conçu des autocollants « Casse toi pauv’con » qui avaient eu grand succès tout en respectant la loi (une mention « C’est lui qui le dit » avait été rajoutée histoire de se prémunir contre toute attaque pénale). Les manifestations qui avaient parcouru la France pendant plus d’un mois avaient été une sorte de concours d’impertinence envers ce président qui n’en était plus un aux yeux de la rue (une invention parmi mille autres, vue sur l’arrêt de bus devant Paris 1, lançait ceci : « Sarkozy veut renvoyer les voleurs de poule « chez eux », lui qui a volé la poule de Jacques Martin« , ce qui laissait penser que, finalement, l’identité française n’avait pas besoin d’être cherchée bien loin, et que son encéphalogramme n’était peut être pas encore tout à fait plat. Dans le même temps, en gros depuis septembre, les hebdomadaires rivalisaient de dramaturgie pour nous présenter Sarkozy comme un motif d’inquiétude à part entière, allant jusqu’à soupçonner qu’il fût fou, dangereux, ou voyou, montrant d’ailleurs par là même que les journaux ne sont pas inféodés au pouvoir mais au marché, ce qui vingt-cinq ans s’est on ne peut plus confirmé.

Bien entendu, les voix s’élevaient à droite pour ramener tout le monde à la raison : porter de telles accusations était irrespectueux, mensonger, et créait le véritable risque politique de brosser le poil du peuple dans un sens qui lui sied même quand il n’y a objectivement pas de danger. Sarkozy était, quand on le présentait comme névropathe ou malfaisant, victime d’une manipulation médiatique visant sa politique à travers sa personne.

Mais les défenseurs oubliaient, intentionnellement, quelques détails. Et ces détails, aujourd’hui résonnent particulièrement alors que le petit homme fait son show, façon Jack LaMotta revenant sous les feux de la rampe pour faire mine d’être fier de sa déchéance.

D’abord, s’attaquer à la personne du président ou à sa politique, c’était une seule et même chose, et ce pour deux raisons. La première, c’est que Sarkozy a toujours clamé que ce qui importe en politique, c’est l’action menée de manière personnelle, ce qu’il nomme « volonté »; à tel point que peu à peu sa politique était devenue purement performative, n’ayant comme force que celle de sa propre voix et des mises en scènes au milieu desquelles celle ci s’exprimait (roulements d’épaules, démarche chaloupée, t-shirt « NY police dpt », Ray Ban pilot, femme trophée, etc.). La seconde, c’était que tout compte fait, il n’avait pas de programme politique (ce qui n’était pas une surprise : l’ultra libéralisme n’est pas un programme, mais une mécanique, ce qui est un poil différent), et dès lors il pouvait faire à peu près tout et n’importe quoi, comme toucher à des retraites auxquelles il avait promis de ne pas toucher. Dès lors, on ne pouvait plus s’attaquer à sa politique, puisque de politique il n’y avait pas. Restait l’homme, omniprésent tant que le vent de la renommée soufflait dans le bon sens, toujours présent même si c’était sous forme ultra protégée alors que les temps étaient désormais plus durs, envahissant même, quand on constatait à quel point il occupait son monde et lui faisait perdre son temps, dépensant celui-ci en pure perte et en accaparant l’attention, jour après jour, de « journalistes », « commentateurs » et, du coup, d’un public trop contents d’avoir une marionnette des Guignols en chair et en os qui leur mâchait le boulot en leur refilant presque quotidiennement les reportages et analyses tout ficelés qu’ils n’avaient plus ensuite qu’à diffuser tels quels en prenant des mines « lucides », pour mieux faire semblant d’éclairer le bon peuple.

Aujourd’hui, nous semblons découvrir en Sarkozy l’image du truand, du mafieux vieillissant se comportant comme un roi de la pègre cherchant à sauver les apparences, à régner encore sur les quelques-uns que sa superbe impressionnerait encore, et on fait mine de croire que ce personnage, il le compose maintenant parce que les circonstances l’exigent : définitivement condamné, sentant que le couplet de l’acharnement judiciaire n’est plus crédible, il adopterait l’habit qu’on lui a fait pour jouer la victime plus vraie que nature. Sauf qu’en fait, ce rôle est bien plus ancien.

Cette image de voyou, on l’avait déjà rencontrée. A vrai dire, même si les députés de droite, tels qu’Alain Gest par exemple, trouvaient le terme injurieux pour ce président, on doit convenir maintenant, à la lumière des condamnations définitives qui ont été prononcées contre lui, et du refus catégorique d’accepter la justice de son propre pays, qu’il était au contraire bien aimable. A l’époque, aucune condamnation n’était encore tombée, mais justement, le voyou n’est pas nécessairement dans l’illégalité. Le terme désigne quelqu’un de mal élevé ( et Sarkozy a fait la preuve d’un certain manque de retenue et de contrôle de soi), qui traine dans les rues (les images fondatrices du personnage sarkozyen sont issues de la rue : Sarko sortant de l’école où il a « négocié » la libération d’un enfant lors d’une prise d’otages à Neuilly, Sarko affirmant en pleine rue vouloir karcheriser les banlieues, Sarko insultant un visiteur du salon de l’agriculture, ou provoquant physiquement un docker, bien au chaud derrière ses gardes du corps, voila ce qui fonde le personnage médiatique), et dont les moyens d’existence sont peu recommandables (en somme, pour tous ceux qui pensent que la répartition des richesses proposée par le capitalisme est inégalitaire, le capitalisme est un système prôné et maintenu par des voyous, fussent ils dans la légalité, puisque ce sont eux qui font les lois).

Mieux, l’image du voyou, elle était non seulement justifiée, mais on peut même prétendre qu’elle était tout à fait maîtrisée, et donc assumée. D’abord parce qu’elle permettait de s’attirer la sympathie d’une frange non négligeable de la population, celle auprès de qui on peut pousser le curseur du populisme le plus loin, puisqu’elle aime qu’on la domine, et qu’elle prend plaisir à voir la France menée par une espèce de petite frappe qui roule des mécaniques sans avoir les moyens physiques de ses prétentions. Là-dessus, la France n’avait pas attendu le trumpisme pour apprécier les relations politiques un peu SM, sur le mode « Vas-y Johnny, fais moi mal ». Il y a une part de la population, la plus faible, à tous points de vue, qui jouit des gesticulations et pantomimes présidentielles. Ceux qui sont eux mêmes frustrés de tout pouvoir tout en essayant d’afficher les signes extérieurs d’une puissance qui n’est pas la leur, aiment voir au sommet de l’Etat un impuissant jouer les nains puissants, parce qu’ils ont l’impression en le regardant rouler pathétiquement des mécaniques, que leur pimp-roll de petite frappe imaginaire a un pouvoir concret sur les choses, et permet de « réussir ».


A son arrivée au pouvoir, Sarkozy avait posé pour son autoportrait présidentiel devant une bibliothèque dont il trouva bon, quelques mois plus tard, d’insulter les ouvrages en déclarant que lire la Princesse de Clèves relèvait de l’inutile. Le président n’était pas assez crédible en président lettré, alors on lui conseillait de démuseler le pitbull qui sommeillait en lui. Redoine Faïd, braqueur lui même situé à mi chemin entre la réalité et la fiction, puisqu’il admettait avoir conçu ses braquages en s’inspirant du film Heat (lui même très très inspiré du Bullitt de Peter Yates), citait Michael Mann sur la couverture de son livre, Braqueur, des cités au grand banditisme, et il ne s’y trompait pas quand il écrivait à propos de Sarkozy : « Ce type est incroyable… ». Sur le plateau du Grand Journal, il répondait ceci à Denisot : « Dans la société d’aujourd’hui, ils [les bandits] naviguent comme des poissons dans l’eau. Ils sont d’ailleurs sarkozystes. Pour eux, Sarkozy c’est un boss capable de dire ‘Casse toi pauvre con’. Il est blindé, il a une Rolex et sort avec un mannequin. Quand tu discutes avec eux, ils te disent ‘Ce mec, il en a, c’est un taulier’ (…) Ils disent ‘C’est un mac' ». Personne sur le plateau, sur lequel trônait pourtant un Jean-Louis Debré en train de boire du petit lait, n’avait trouvé la description scandaleuse. Et pour cause : il ne s’agissait pas d’une insulte, mais d’un hommage du vice, au vice.

Mais puisqu’il s’agit d’images, le mieux est de se fier, justement, aux images. Depuis la campagne présidentielle, un temps considérable semblait être précisément consacré à la construction d’une image dont on peut dire qu’elle était méticuleusement maîtrisée. Casting de petites personnes faisant paraître le président plus grand, public exclusivement composé de militants UMP suffisamment cons pour clamer haut et fort leur encartement au parti dès qu’un journaliste du Petit Journal leur tendait le micro, sélection de vaillants ouvriers d’origine étrangère, épouse présidentielle taillée sur mesure, remplaçante de l’épouse présidentielle improbable, fringues constituant une panoplie parfaitement adaptée au rôle choisi, loisirs édifiants, tout était mis en scène de manière à construire un véritable personnage dont la vie nous serait racontée en détails, ces ayant un impact sur l’esprit des plus faibles, qui semblaient être aussi les plus nombreux.

De façon aussi paradoxale que parfaitement maîtrisée, certaines images semblaient échapper au contrôle. Ainsi, la photo de une digne des portraits anthropométriques de la police, proposée en octobre 2010 par le Nouvel Obs’. Il ne manquait plus que les repères d’échelle derrière Sarko et la plaque d’identification pour être convaincu de tenir le portrait d’un descendant d’Al Capone. Évidemment, la photo était arrangée. Sur le site L’Atelier des icônes (https://histoirevisuelle.fr/cv/icones/1083/), on découvrait la genèse et les procédés de fabrication de l’image obtenue, barrée de ce doute édifiant au sujet du président : serait il dangereux ? Une fois passé en noir et blanc, et après avoir augmenté le contraste, Sarkozy devenait un tout petit peu plus inquiétant qu’au naturel, soudain marqué d’un je-ne-sais-quoi de truandesque qui n’incitait pas à lui donner le bon dieu sans confession. Sur L’Atelier des icônes, on comprenait que c’était le traitement effectué pour la couverture du Nouvel Obs’ qui produisait cet effet, et on avait en partie raison. Mais l’original de cette photographie avait été pris par le photographe Jean-François Robert, il faisait partie d’une série, publiée sous forme de livre, intitulée Face/Public, dans laquelle on retrouvait tout le gratin de la politique française de l’époque, portraitisé selon le même cadrage et le même effet grand angle, qui dramatise forcément un peu les visages.

La série peut encore être vue sur le site du photographe lui- même, et en faisant glisser le curseur pour que défilent les portraits, on découvre que Sarkozy n’est pas le seul à sembler un tout petit peu illuminé par le dispositif. Ségolène Royal prend, comme d’habitude, toute la place dans le cadre, Frédéric Mitterrand, comme d’habitude, fait le malin, Kouchner, comme d’hab’, prend des airs concernés, genre « le monde devient fou et j’aime être observé pendant que j’observe cela », tout le monde a finalement l’air un peu étrange, et c’est bien cette familiarité déconcertante que vise Jean-François Robert dans cette série. Mais il faut admettre qu’au sein de cette galerie, ce que le portrait de Sarkozy a de tout particulièrement singulier, c’est qu’il semble, au contraire des autres, n’avoir nécessité aucun dispositif technique. En ce sens, c’est le plus réussi, parce que l’artifice technique disparaît pour se fondre complètement dans le portrait. Il n’a pas l’air d’être psychopathe, mais on le dirait tout droit sorti d’une nuit enfiévrée passée dans quelque boite interlope à consommer des substances exotiques aux côtés de créatures propres à s’ouvrir pour créer dans l’univers des perspectives nouvelles. Essayez de vous prendre en photo vous même, vous verrez, cette manière de poser le regard un poil trop haut, c’est la manière la moins naturelle de se faire tirer le portrait (bien que ce soit, admettons le, le regard de ceux qui sont un peu petits et regardent vers le haut (c’est aussi le regard des hypnotisés, mais n’extrapolons pas trop)). C’est donc avec talent que Sarkozy apparaissait ici mal rasé, mais pleinement engagé dans le rapport à l’objectif. De tous les portraits, il n’y a que le sien qui donne à ce point l’impression que sans faire le cirque de Mitterrand, il dévore sa propre image et celui qui la regarde avec. Or, pour poser de cette manière là, avec tout le respect qu’on doit au président, on a envie de dire qu’il ne faut pas être bien, qu’il doit falloir être un peu dérangé, au sens où il s’agit ici de se faire passer pour autre chose que ce qu’on est (mais ça, c’est valable pour en gros tous les personnages publics), mais aussi pour autre chose que ce qu’est censé être un homme politique, du moins en démocratie, et en République. Là, on a l’impression d’être devant un fan de Sinatra qui ferait le malin devant l’objectif

A l’époque, une telle analyse pouvait sembler un peu exagérée. Le problème, c’est que déjà, elle était corroborée par les faits. Ainsi on trouvait en novembre 2010, sur la une de Technikart, un autre portrait, commandé par la Présidence au duo de photographes Seb&Enzo. Et dans le même numéro, un autre portrait tout craché, c’est le mot, lui aussi tout à fait « parlant ». Tout d’abord, le choix de ces photographes est intéressant, très décalé par rapport à ce qu’est censé être un portrait politique puisque Seb&Enzo étaient photographes de mode, portraitiste de stars ; leur travail, très graphique, pouvait être vu sur leur site, http://www.sebetenzo.com/, aujourd’hui disparu, site sur lequel on retrouvait évidemment, le portrait de notre bien aimé chef. En somme, Sarkozy en choisissant cet objectif là plutôt qu’un autre se plaçait résolument du côté des peoples. Mais ça, ce n’était pas exactement une surprise. Ce qui est plus intéressant, c’est la tête que s’était faite Sarkozy entre les mains de ces deux photographes, car pour le coup, il n’avait pas été nécessaire qu’une équipe d’infographistes mandatée par une rédaction avide de faire du fric intervienne pour donner à notre président une tête d’allumé notoire. Si le portrait de Jean-François Robert faisait penser à Patrick Bateman, ceux de Seb&Enzo installaient le nom d’Hubert S. Thompson dans les esprits. On regardait les clichés, et on se disait « Mais que prend ce type ? » On se souvient peut être qu’il y a déjà longtemps on avait pu se demander si Sarkozy n’abusait pas de telle ou telle substance et, depuis, cette idée demeurait un sous entendu récurent, le prototype même du tabou médiatique, ce qui ne se disait pas tout en se sous-entendant régulièrement. Mais quand c’est la personne visée elle même qui met en scène le propos a priori calomnieux, c’est qu’on n’est plus dans la calomnie, mais dans la construction du mythe. Or, on le sait, les mythes sont destinés en premier lieu à ceux qui y croient, ceux que ça fascine, ceux qui sont les moins armés face aux images choc. Ainsi, ici, on regardait un président qui payait des photographes pour avoir la dégaine intimidante d’un truand drogué. La classe. J’ai fouillé dans l’iconographie pourtant fournie de Berlusconi, il n’y a pas d’équivalent. Idem chez Poutine (et pourtant…). A ma connaissance, notre président est le seul dont on ait eu, à l’époque, de tels clichés mis en scène. Depuis, on a le portrait présidentiel de Donald Trump dans sa version 2.0., saisi par Daniel Torok.

La tentation, c’était de voir en Sarkozy un fou, un toxicomane ou un malfaiteur, parce qu’avoir recours à cette image, ce n’était pas faire une découverte, mais reprendre au vol quelque chose que le président lui même envoyait en l’air pour qu’on la saisisse au vol comme font les chiens avec les freesbees. Tant qu’on s’amuse avec ça, on ne s’intéresse pas à la politique. A l’époque, l’opposition surjouée entre Villepin et Sarkozy était un peu trop théâtrale pour être sincère, elle aussi. Et on ne peut pas s’empêcher que Villepin, quinze ans après, nous rejoue le même théâtre, avec les mêmes trémolos dans la voie, cette même façon un peu bravache de prendre les hommes de pouvoir de très très haut, ce qui indique juste qu’à une telle altitude, on ne voit même plus le peuple. A l’époque, quand Sarkozy sur-jouait le côté voyou, il produisait encore un effet relativement positif auprès de cette frange de la population qui voit la politique comme un cirque, et qui aime voir jouer Scarface sur son petit écran au JT de 20h. Après tout, les condamnations judiciaires du même homme aujourd’hui lui permettent de remettre une pièce dans le jukebox, pour le plus grand plaisir de ses fans. Au moment où il s’agit de dénoncer tous les engagements pris jadis, et de s’associer avec l’extrême droite, autant assumer frontalement son côté « truand », et affirmer clairement que ce qui compte, dans le fond, ce n’est que d’accéder au pouvoir. Peu importe le programme, peu importent les moyens. L’histoire sera toujours racontée du point de vue du vainqueur, et les richesses seront toujours distribuées à ceux qui n’ont absolument aucune vergogne pour se les approprier en prenant le pouvoir. Il n’a jamais été question de politique, mais d’affaires.

Méfiance donc avec les discours critiques qui correspondent finalement point par point à l’image que le pouvoir souhaite donner de lui même. Tout cela demeure orchestré, et il n’y a dans ces eaux là aucune pensée politique, ni d’une part, ni de l’autre. Il ne s’agit que de saisir des opportunités, et de se comporter comme les premières infections opportunistes venues tout en faisant le show, ce qui est toujours plus payant, dans les opinions, que les analyses et les projets réclament des efforts de compréhension et d’action que la plupart ne se donneront pas la peine de consentir. En 2010, Sarkozy cultivait une image mafieuse qui nous familiarisait par avance au condamné incarcéré que nous connaissons aujourd’hui. Ce faisant, il nous habituait aussi à une certaine idée du gouvernant. Entre le personnage de l’acteur, la frontière est parfois mince ; en quinze ans, Sarkozy est passé du président qui se déguise en Tony Montana, à l’ex-président incarcéré pour association de malfaiteurs. Et aujourd’hui, on a un homme qui demeure influent, qui se répand éditorialement pour faire plier la justice à son avantage et continue à jouer avec ses panoplies tout en tissant des liens avec l’extrême droite, parce que c’est là que le pouvoir peut être encore approché, avec les avantages qui vont avec. Il est bon de se rappeler que les truands, ce sont à la base ceux qui désobéissent aux lois. A l’époque, Sarkozy n’en faisait pas partie : s’il jouait les gangsters d’opérette, c’était sans doute par goût personnel, mais aussi pour mieux prendre sur lui la mauvaise réputation depuis un poste qui le mettait hors de toute atteinte, et dissimuler le travail de son entourage qui s’employait, lui, à modeler les lois de telle sorte qu’ils puissent parvenir à leurs fins sans se trouver hors la loi. Aujourd’hui nous voyons aux Etats-Unis ce que ça donne, quand ce sont les truands qui écrivent la loi pour se situer, eux, du bon côté de celle-ci. Et à force de regarder les portraits de notre président en train de se mettre en scène façon Actor Studio, nous ne voyons pas que peu à peu, c’est nous autres qui, pensant ce qu’on pense, disant ce qu’on dit, faisant ce qu’on fait, passons lentement de l’autre côté d’une loi qui sera à terme écrite à l’envers, contre ceux qui auront cru la défendre. Ce renversement, c’est celui auquel Sarkozy ouvre la porte en faisant la promotion d’une union des droites, dans l’espoir que celle-ci réécrive le droit conformément à son intérêt. Le meilleur moyen de se trouver toujours du bon côté du droit, c’est de se croire au-dessus des lois.

NB : dans l’ordre, les portraits sont 1 – le fameux portrait de Jean-François Robert transformé par le Nouvel Obs, 2 – l’original de Jean-François Robert 3 – Un des portraits réalisés par Seb&Enzo, et 4 – un autre de ces portraits utilisé par Technikart pour sa couverture du mois de Novembre.

6 Comments

  1. Bon en résumé, Sarkozy nous refait l’Opéra de Quat’sous dans le rôle de Mackie Messer. Ce qui fait de Carla, la fille du roi des mendiants, ce qui colle moyen vu qu’on l’aurait plutôt classée dans les CSP+ (quoique le roi des mendiants ne soit pas pauvre). Reste à savoir qui est Jenny (c’est dommage, on voyait bien justement Carla dans ce rôle, à moins qu’elle ne soit dans celui de Lucy). Mais peut-être que je ne distancie pas assez…

    Mais alors Villepin ça pourrait être Peachum, vu son inimitié pour Mackie… Compliqué tout ça, mais assez révélateur du climat endogène que jkrsb analyse assez bien quand il parle de la politique française, vu sous son profil droit. Merci au jkrsb de nous éviter une analyse du même type du côté du profil dit de gauche. Ca risquerait de nous plomber la soirée.

  2. J’ai reçu le message suivant sur ma boîte aux lettres électronique (il y a, de toute évidence, une erreur d’adresse puisque je ne suis pas Dieu, mais je pense qu’il ne m’en voudra pas d’en faire profiter le monde entier, et comme j’ai des raisons de supposer que c’est un lecteur régulier de ce blog, c’est également un moyen de porter rapidement à sa connaissance un courrier qui lui est adressé) :

    « Mail à DIEU.

    Je serai bref.

    Cette année, tu m’as pris mon chanteur préféré, Jean Ferrat.

    Tu m’as pris mon acteur préféré, Bruno Cremer.

    Mon réalisateur préféré, Claude Chabrol

    Et finalement mon sportif préféré, Laurent Fignon.

    Je désire simplement te rappeler que mon politicien préféré est Nicolas Sarkozy. »

  3. Mais pourquoi tant de haine pour Nicolas Sarkozy ? Ca ne sert à rien et c’est injuste. Après tout, n’est pas Nietzsche qui a écrit (c’est moi qui traduis librement, merci de me pardonner les approximations) :

    « Quand la routine mort fort
    Et que les ambitions sont faibles
    Et que le ressentiment monte haut
    Alors c’est raté pour les émotions
    Et nous changeons notre quotidien
    Quand nos chemins se séparent

    L’amour, L’amour nous déchirera »

  4. Héhé,

    J’ai mis une plombe à identifier Joy Division !

    Cela dit, tout en sachant que Nietzsche avait écrit assez peu de chansons pop, je me disais que pour une fois le costume que tu lui enfilais lui allait presque comme un gant, sur une ligne au moins, quand il s’agit du ressentiment, et peut être une deuxième, à propos du manque d’ambition.

  5. Lu dans la presse : « Suppression de l’ISF : la classe moyenne paiera ».

    Finalement la nouvelle devise de la république sarkozyenne, ça pourrait bien être :
    Travail
    Famine
    Pâtes Riz

  6. N’est-ce pas Nietzsche qui a écrit :

    « Once I wanted to be the greatest
    No wind or waterfall could stall me
    And then came the rush of the flood
    The stars at night turned deep to dust »

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