Skip to content

Solvent Green

A bien y réfléchir, on en est peut être au point où la pire menace contre l’expression du peuple, c’est la démocratie elle-même.

Hier soir, je me disais que si les manifestants actuels étaient cohérents, ils réclameraient la dissolution de l’assemblée nationale, et non le retrait de la réforme de la retraite, puisqu’on ne peut pas espérer que les députés actuels votent une autre réforme que celle qu’ils tentent de mettre en place. Ils n’ont en tous cas pas été élus pour autre chose que ce qu’ils font.

Dès lors, si on veut que les députés votent autre chose, il faut d’autres députés.

Alors, dissolution.

Ouais, marrons nous et payons au pays une bonne vieille psychanalyse sauvage. Mettons tout le monde devant les contradictions internes de ce pays (et du monde, maintenant que le marché impose partout son mode de fonctionnement), et faisons exploser la gauche en lui offrant tout de suite le pouvoir.

En somme, gagnons dix ans : au lieu de devoir subir un revival eighties jusque dans le domaine politique (déjà qu’on doit se taper le retour de Sabatier…), condensons en un an et demi cette phase inévitable ; on remplacera alors Mireille Matthieu et Faudel par Yannick Noah et Zazie, et on comprendra mieux pourquoi on préfère que cette séquence ne dure que quelques mois.

Mélenchon devra alors admettre qu’il est dans l’opposition (mais au moins, la gauche, en tant que fiction politique, disparaitra avant les élections présidentielles, ce qui ne peut faire que le plus grand bien à tout le monde), et tout le monde au PS se fera des politesses pour laisser les autres être premier ministre, puisqu’on sait bien que Matignon, c’est le couloir de la mort pour celui qui veut être président ; or à gauche, « devenir président », c’est en gros la réponse qu’on donne à la question « à quoi peut bien servir la France ? », mais comme dans le village des schtroumpfs, il n’y a qu’une seule place pour être le porteur du bonnet rouge, il faut s’attendre à voir de la purée bleue inonder le monde politique, et ce n’est que justice, que de se dire que le sang qui coulera des luttes intestines du PS sera de couleur UMP ; les féministes, eux, devront se faire à l’idée que même la schtroumpfette elle-même veut porter la culotte rouge, et on leur conseillera de ne jamais oublier que la schtroumpfette, c’est la créature de Gargamel.

Fiction, évidemment.

A ceci près que, de part et d’autre de la bagarre des retraites, qui est de plus en plus, de part et d’autre, un prétexte plutôt qu’un projet politique, cela semble constituer la seule porte de sortie possible. Pour tout le monde.

Ca évitera aux grévistes de devoir admettre (hypothèse 1) leur défaite, ou (hypothèse 2) une victoire absurde (« Houraaa !!! Il n’y a plus aucun projet pour les retraites !!! On a bien niqué les plus jeunes !!!!! », ou bien, variante, « Ouaiiiiiis !!!!! On attend avec impatience que le PS version Aubry/DSK soit élu pour mettre en œuvre son programme de retraite à 60 ans avec décôte démentielle (ou accessible seulement aux plus riches ou à ceux qui auraient mis de côté du fric, un peu comme hmmmm… disons… une retraite par capitalisation…) »).

Ca évitera aussi au gouvernement de devoir admettre leur défaite, puisque le résultat même d’une nouvelle élection législative condamnerait l’actuelle opposition à faire le sale boulot à la place de l’actuelle majorité, puisque tout derrière l’apparente opposition de deux camps ennemis se cache en fait la même soumission au marché. Cela constituerait aussi la seule manière d’avoir encore une chance de gagner les élections présidentielles (enfin, à vrai dire, non, ce n’est pas la seule : le PS est tellement nul que même dans une situation aussi désastreuse que celle que connaît aujourd’hui notre gouvernement, il serait capable de s’ouvrir le bide, d’y glisser des explosifs un peu comme on voit faire dans « Démineurs », et de se faire sauter tout seul comme un grand, dans un magnifique suicide sacrificiel (ne souriez pas bêtement, cette bombe existe, elle s’appelle « Primaires », ou bien, à la fête de la rose, Arnaud pourrait inviter angéliquement Ségolène pour lui mettre en douce de la mort aux rats dans son gratin dauphinois, ou bien encore, Manuel serait capable d’utiliser le même nuance de régécolor que François pour séduire sa nouvelle copine, ce ne sont pas les méthodes de suicide qui manquent). On imagine assez aisément ce qui resterait de la gauche après une période de gouvernement commençant en Novembre 2010 et s’achevant au printemps 2012. En fait, à prendre en compte cette éventualité, on se dit qu’il faudrait certainement inventer un nouveau mot pour désigner ce qui n’est pas officiellement appelé « droite ».

Ainsi, en temps normal, dissoudre l’assemblée serait une manière républicaine de revenir vers ce qu’on pourrait appeler la « démocratie ». Mais ce temps qui est le nôtre pose le problème de telle manière que les paradoxes de ce que nous appelons « démocratie » sont aujourd’hui criants : élire une assemblée ne serait plus une manière de redonner sa voix au peuple, mais de mettre en évidence l’ineptie de ce qu’il a à dire. Et si ça en dit long sur la manière dont nous sommes gouvernés, c’est aussi riche d’enseignements sur la manière dont nous-mêmes, en tant que peuple, nous manquons du plus élémentaire sens de l’orientation, car une telle dissolution qui devrait permettre à ceux qui aujourd’hui manifestent de faire parvenir leurs idées jusqu’au pouvoir, serait aussi très exactement ce que ces mêmes manifestants refuseraient, au simple motif qu’ils sauraient ce scrutin perdu d’avance. Ca en dit assez long sur nous.

One Reply to “Solvent Green”

  1. La gauche unitaire (et son Lider maximo Christian Picquet), composante relativement minoritaire, je dois le reconnaître, du Front de gauche aux côtés du Parti de gauche et du Parti communiste, est à ma connaissance la seule organisation à réclamer clairement la dissolution de l’assemblée nationale. Et comme c’est une organisation que je connais, disons, relativement bien, je suis heureux de découvrir ce soir que notre ami jkrsb va nous rejoindre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *