Tu n’as rien vu à Manhattan.
Finalement, peu importe ce qui s’est passé quelque part dans l’espace, entre West Side Highway et Church Street puisqu’en bon évènement postmoderne, ce qui a eu lieu ce jour là a pour principale caractéristique d’avoir eu lieu partout, du moins partout où un poste de télévision ou un terminal informatique branché sur le web était capable d’actualiser ce qui n’était qu’en puissance entre Versy et Liberty Streets. Si un évènement se distingue d’un simple phénomène par le fait qu’il ne se répète pas, qu’il est unique, alors ce qui a eu lieu ce jour là, copié des millions de fois sur autant d’écrans, répété sur chacun de ces écrans des centaines de fois, grâce aux bons soins des chaines de télé, qui savent nous donner ce qui est bon pour nous, copié de nouveau par les télécommandes qui n’auront sans doute jamais autant manipulé la touche rewind des enregistreurs. Quand ce qui a lieu est autant de fois répété, de manière aussi compulsive (donc prévisible, et donc forcément prévue), cela perd immédiatement son caractère évènementiel pour entrer, les pieds devant, dans la catégorie des simples phénomènes. Ca fait quand même un moment qu’on sait nous enrober du phénomène dans une couche de spectacle, on devrait être habitués maintenant. Ainsi donc, maintenant que les terroristes ont lu Guy Debord, et sont les seuls à donner une suite un peu puissante à ses prémonitions, a l’heure où ils tournent leurs scènes en split screen, comme dans 24h, mais avec une unité de temps, d’action et de lieu beaucoup plus respectueuse des standards du genre, à l’heure où tout est en place pour que tout soit anodin, anecdotique, c’est au réalisateur de l’émission spéciale de décider pour nous quel sera l’évènement du jour, galvaudant pour de bon ce mot, puisqu’on a tellement vidé les existences de tout évènement réel, qu’on est bien « forcé » d’en créer de toutes pièces, bien spectaculaires, bien sponsorisés aussi, pour maintenir un semblant de vie chez tout ce ptit monde, alors même que toute mise en spectacle enlève à l’acte son caractère possiblement évènementiel.
Mais l’évènement, tel l’avion survolant les avenues avant de se planter, corps et biens, dans sa cible, c’est ce qui advient. C’est pour ça que nos ancêtres latins appelaient « eventus » non pas un phénomène exceptionnel, mais ce qui constitue l’issue d’un processus, son effet ou son issue. En ce sens, l’évènement vient de loin, c’est ce mouvement qui prend fin devant nous dans un grand freinage, toutes roues bloquées, aides de conduite déconnectées, pneus fumant et hurlant pour se retenir d’exploser eux mêmes avant le bouquet final, ça gâcherait le spectacle. Parce que finalement, si l’évènement est si flamboyant, c’est peut être bien pour nous faire oublier ce qui l’a préparé. Pourtant, si topos nous perd un peu, chronos nous permet de nous repérer davantage : si l’évènement est utopique, il est en revanche synchrone.
Ainsi, nombreux sont les français qui auront retenu de leur 11 09 2001 autre chose qu’un évènement conçu mort né par sa propre copie médiatique. Ce fut, aussi, le jour où ils achetèrent leur dernier disque de Noir désir. Et pour pas mal d’entre ceux là, ce sera peut être le dernier album qu’ils auront acheté un peu sérieusement. A l’écran, des visages, des figures. Visages : ces portraits rendus anonymes par le mélange de la sueur, de la peur panique, de la poussière, ces airs tour à tour hébétés, terrorisés, déjà haineux, déjà lourds de bonne conscience et d’esprit de vengeance nationale mêlés, ces regards parfois vides, parfois fiévreux, souvent humides, presque toujours fascinés. Des visages devant les écrans aussi, qui éclairés par l’image répétée des tours fumant, se consumant puis sombrant, au ralenti s’il vous plait, grâce à l’imagination sans borne des réalisateurs, qui tentent si fort, et si bien, de coller au plus prés à nos propres pulsions scopiques. Des figures aussi : parallépipèdes rectangles de plusieurs centaines de mètres de haut, flèches blanches lancées sur leur vecteur de force, énergies cinétique et explosive mêlées dans un cocktail Molotov géant; une vraie interro surprise de géométrie et de science physique. Pour le 11 09, vous me réviserez les barycentres. Des visages, des figures sur les platines aussi. Mais en attente : on sera rentré de la fnac, on aura posé le boitier sur la table basse. Le temps d’ouvrir le tiroir pour y glisser le disque, les images auront réussi à s’imposer : on aura allumé le poste par habitude, on aura croisé les news sur yahoo, on aura reçu un SMS : « Mat vit laTV C laf1 dumond », le disque sera resté en suspension, semblant pour le moment tomber mal. On aura passé sa journée devant son écran, attendant que l’évènement effondrement s’ajoute à l’évènement effondrement, s’ajoute à l’èvement crash aérien, s’ajoutant à l’évènement crash aérien. Amateur ou pas, on passait ainsi 24h en boucle, quelques heures sans fin, en éphémère éternel retour. Des visages, des figures attendait, encore emballé dans son cellophane, que la nausée soit suffisamment installée, pour que la raison reprenne le dessus, pour espérer être enfin porté sur le tiroir du lecteur et connaître son baptême du laser.
Et là, ce fut comme si tout recommençait, sans pour autant que l’on se repasse une énième fois les mêmes images en boucle. Passé un enfant roi posté là en vigie, en gardien des frontières d’un monde en ébullition, histoire qu’aucun fou ne s’en évade, nous voici replongés dans l’effondrement des jumelles, dans les hurlements des sirènes, dans le flap-flap au ralenti des hélicoptères des networks aux aguets : le Grand Incendie transforme nos enceintes, nos casques en bande son idéale de notre journée. Mais avec le recul, ce n’est pas dans la playlist de ce 11 septembre qu’il faut intégrer ce titre, ainsi qu’une bonne partie de l’album qui l’accompagne, mais dans un soundtrack plus vaste, qui nous accompagnerait au jour le jour. Finalement, même par temps calme, il n’y a pas un jour où ce morceau ne pourrait pas constituer une toile de fond pertinente à mon trajet matinal vers le boulot, déplacement quotidien et par conséquent par nature non événementiel, alors même que ce Grand Incendie semble être tout droit destiné à accompagner la chute des tours new-yorkaises. Si un morceau peut ainsi fusionner en un seul son le quotidien et l’évènement, et parvenir à devancer ainsi l’évènement de manière aussi fidèle, c’est comme on le supposait plus haut que l’évènement n’est rien de plus que l’explosion de ce qui était déjà là, sous jacent, et qui ne pouvait surgir que de manière violente, tant nous resistions à le reconnaître. Pour être ainsi doté de cette préscience, il nous faudrait les bonnes antennes, il faudrait qu’on soit sensibles à ce qui constitue notre air quotidien, il faudrait qu’on prenne le temps de flairer, qu’on soit au moins conscients (au sens où l’animal sait immédiatement se situer dans son environnement, perçoit le danger dès que les signes avant coureurs l’alertent, quand la nécessité d’utiliser la conscience réfléchie qui est la nôtre nous fait sans doute passer à côté de ces mêmes signes, ou nous rend tout à fait inaptes à les saisir pour ce qu’ils sont. Il est possible que le Grand Incendie soit un de ces moments de prescience, d’intuition au sens fort du terme, d’éclatement à la surface de la conscience de quelque chose qui couvait depuis un bon moment, de processus par lequel toutes les pièces de l’entendement s’emboîtent parfaitement et forment un schéma parfait, tellement évident qu’on se demande comment on ne l’a pas vu venir. Le 11 septembre, les moins inconscients d’entre nous ne se sont pas tant étonnés que cela. Ils se sont plutôt dit « Nous y voila », comme si tout ne pouvait mener qu’à cela.
L’exercice est toujours facile à faire après coup. Les commentateurs s’en sont d’ailleurs donné à coeur joie dans les semaines qui ont suivi, sur le thème « je le sentais venir ». Mais finalement, le jour même, seul un disque pouvait témoigner de sa clairvoyance, comme si celui qui l’avait écrit avait réussi à voler de jour, percevant de haut les micro secousses sismiques qui préparaient la catastrophe, comme les animaux sentent l’orage ou le tremblement de terre s’approcher. Ici encore, sans doute l’esprit d’analyse est-il inapte à sentir venir ce genre de choses. Hegel le disait : la chouette de Minerve ne se lève qu’à la nuit tombée. En d’autres termes, la conscience particulière que l’homme a des évènements ne lui permet de les appréhender et d’en saisir la vérité qu’après coup, une fois que l’histoire a fait son oeuvre. La pensée ne peut prédire et encore moins prévoir ce qui se prépare. Cependant, les oeuvres, dans le rapport particulier qu’elles ont avec le temps, peuvent constituer cet oracle par lequel nous parviendrions à toucher, ou sentir l’essentiel de ce qui se trame derrière la succession ininterrompue des faits.
C’est ainsi que le 11 septembre 2001 parraissait un autre disque, moins crucial pour les auditeurs français que nous sommes, mais intéressant lui aussi dans son aptitude à pressentir les choses. Love and Theft, nouvelle contribution de Bob Dylan à l’histoire de sa propre musique et à celle de la description de plus en plus scrupuleuse de notre monde sortira en effet le 11 septembre, contre toute attente d’ailleurs, puisque les disques sortent habituellement, aux Etats Unis, le mardi. Il en ira autrement pour Love and Theft, qui aura lui aussi la curieuse destinée d’accompagner un peuple dans ce qui demeurera sans doute un des évènements bâtisseurs de sa propre histoire. Et pourtant, au coeur de cet album de Dylan, se cache un morceau qui nous renvoie directement au 29 Août 2005. De nouveau, la synchronie se double d’un franc anachronisme. High Water, avec un peu d’avance, nous propose une embarcation de fortune pour traverser une ville envahie par les eaux, et des esprits à peu près autant submergés par leurs propres flots. Ici encore, il ne s’agit pas de journalisme, ni même de se payer à bon compte une bonne conscience en titillant la complaisance autour d’un fait divers émouvant : les digues de New-orleans n’ont pas encore cédé, les eaux n’ont pas encore emporté avec elles les vies de centaines de milliers de personnes. Mais tout se passe « de nouveau » comme si un esprit bien aiguisé avait été doué d’une clairvoyance suffisamment pertinente pour voir venir la vague de l’évènement, arrachant celui ci à son caractère absolument soudain, et le ramenant dans le flot de « ce qui se passe mais ne passe pas ». Et de nouveau, le meilleur moyen d’être synchrone avec le temps semble bien consister à s’en extraire.
Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à avoir remarqué cette coïncidence. Greil Marcus, dans le premier chapitre de « L’Amérique et ses prophètes » repère la sortie de Love and Theft : « C’est une pure coïncidence que Love and heft, l’album de Bob Dylan où figurait la chanson « High Water » soit sorti le 11 septembre 2001 : aux Etats Unis, les albums sortent le mardi, et celui-ci aurait très bien pu sortir le 4 ou le 18 septembre. Mais l’atmosphère de la chanson, la manière dont elle était chantée, les mots qui formaient des fragments d’une histoire inachevée – une catastrophe, des gens qui s’enfuient pour survivre, d’autres qui en profitent pour changer de nom, se faire un peu d’argent facilement, ou régler de vieux comptes – n’avaient rien d’une coïncidence. L’Amérique fait ses promesses et les trahit avec de grands évènements et des malédictions chuchotées, avec des poses héroïques et des gestes minuscules; ses jugements sur elle-même sont parfois tonitruants et inéluctables, d’autres fois, comme des feux follets, presque muets. » On le voit, la coïncidence n’est qu’apparente : les évènements n’ont pas lieu par hasard et constituent plutôt ce qu’en cours de chimie on appelait un « précipité », comme si le cours lent des phénomènes s’accélérait tout à coup, et cristallisait sous l’espèce de l’art, ou de la catastrophe.
C’est à Walter Benjamin que fait dès lors penser cet éclaircissement subit du réel produit par l’art, ce flash trouant la nuit de l’histoire dans ce mélange d’élévation et de catastrophe. Et c’est sans doute chez lui (enfin, à ma connaissance) qu’on peut le mieux comprendre comment l’évènement est précisément cet instant qui rompt avec le cours normal du temps, mais qui porte en lui tout le passé comme un matériau qu’il achève de sculpter. On ne peut que penser à l’ange de l’histoire que Benjamin évoque dans son tout dernier texte, à propos d’un tableau de Paul Klee, dans ses Thèses sur la philosophie de l’histoire :
« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus.
Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé.
Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées.
Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé.
Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds.
Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer.
Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines.
Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »
Et c’est précisément l’art qui nous permet de ne pas concevoir cette vision de l’histoire comme nécessairement religieuse. Mais il permet cependant de ne pas céder à un pur et simple matérialisme historique. Ainsi, l’art est un évènement, parmi d’autres, porteur de ce que Benjamin appelle son « aura », ce qui explique que la reproduction de l’art pose question, tout comme celle de l’évènement.
Hey ! Vous voudriez un autre exemple de morceaux parvenant soudainement à saisir l’énergie de « ce qui se passe » pour la concentrer dans quelques minutes de simple révélation ? Revenons vers Greil Marcus, qui nous emmène lui même au 4 Avril 1968, jour où James Earl Ray assassina Martin Luther King. Hmmmm… Non, remontons avec lui un peu plus loin encore, jusqu’en 1963, nous reviendrons au jour de sa mort par la suite. Je redonne la parole à Marcus :
« Dans l’extrait que, depuis son assassinat, on a le plus souvent renvoyé au fantôme de King, il commençait par dire : » Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour sans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. » Mais en 1963, il n’avait pas besoin de préciser que ce pays là n’était pas le sien, n’était pas le grand pays. Malgré toutes ses promesses, en 1963 l’Amérique était un pays comme les autres. »
Le décor étant planté, on saute quelques paragraphes, où Marcus va montrer que finalement, bien mené, un discours peut lui aussi avoir cette puissance de concentration de l’air du temps passé, réactualisant cette énergie dans une nouvelle lecture et dans un nouvelle projection. Je ne peux que vous conseiller de le lire. Je vais directement là où Greil Marcus rejoint lui même, sans le citer, mais dans ma lecture, Walter Benjamin :
« Comme les visions de Winthrop et de Lincoln, celles de King survivent à la fois comme utopie et mauvaise conscience. Chaque discours appelle un public, l’ensemble de la nation, les vivants et les morts. Chaque discours juge la nation et appelle chacun de ses membres à la juger à son tour, il invite tous les citoyens à mesurer les promesses de la nation à l’aune de leur trahison. C’est ce que fit le chanteur de blues Otis Spann le jour où King fut assassiné.
« On the fourth of Avril / In the year nineteen and sixty-eight » (« Le quatre avril/De l’an mille neuf cent soixante huit »). Spann se trouve dans un storefront church à Chicago, sur la 43ème rue, le jour où Martin Luther King, sur le balcon de sa chambre du Lorraine Motel à Memphis, Tennessee, est abattu par James Earl Ray. Assis à un piano, Spann joue « Blues for Martin Luther King » et « Hotel Lorraine« , deux morceaux composés dans l’urgence. Dehors, dans toute la rue, c’est déjà l’émeute et la soif de vengeance, même si elles ne peuvent prendre la forme d’une autodestruction. Les bâtiments brûlent. « The world was all u un flames » (« Le monde était en flammes »), chante Spann. Uniquement accompagné par un batteur, il fait prendre conscience de l’importance de cette journée. Ses mots lui viennent sur le moment. Son piano attaque « Hotel Lorraine » avec ce même sens irréfutable du présage qu’il avait contribué à injecter, dix ans plus tôt, dans le non moins irréfutable « Blue and Lonesome » de Little Walter. Là encore, le piano répond au couplet comme si chacun de ses mots était un mensonge, car s’ils ne peuvent pas dire toute la vérité, c’est qu’ils mentent; seul le son peut dire toute la vérité, le son qui n’est créé ni par les hommes, ni par les femmes mais par Dieu, le son qui n’est pas créé mais découvert.
La voix de Spann se fait maintenant désespérée, stoïque, comme s’il avait déjà vu tout ça, mille fois, comme si n’importe quel idiot aurait pu le prévoir. Ses notes s’écoulant du piano comme l’eau d’un égout, il trace des lignes de blues familières avec une telle passion contenue qu’on dirait que le blues est né uniquement pour parler de cet évènement. La musique n’est pas une représentation, ni même une version; c’est un évènement en soi et pour soi, une voix surgie d’un bâtiment qui pourrait bien être incendié avant la tombée de la nuit. « You know, the last words he said », chante Spann en laissant le mot « said » presque sombrer dans le silence, avant de contre-attaquer en criant : « God knows ! I’m going to the Promised Land ! » Mais cette Terre promise était censée être l’Amérique. King l’avait invoquée. Spann l’avait entendu. Puis il entendit les nouvelles. » Greil Marcus - Les prophètes de l’Amérique.
Au-delà du fait que je me demande jusqu’à quel point cet article n’était pas motivée avant tout par l’envie de partager cette lecture, quand même, j’aime bien quand les vocabulaire se croisent de cette manière : « évènement, utopie, découverte du sens dans la fulgurance de l’instant… » Tout ça se croise et nous indique, tout de même, dans quelle direction on peut tenter de chercher si on veut saisir, un peu, ce flot apparemment indistinct dans lequel nous sommes plongés.
Pour finir, j’ai glissé en fin de playlist un dernier moment où des siècles se trouvent condensés en un instant, où un poids insoutenable est miraculeusement porté par une voix, qui prend en charge ce qui a lieu, et finalement, porte encore ce qui a lieu après elle. Sans davantage de commentaire, on se lâchera donc en plein évènement, que je contribue peut être à dénaturer en le reproduisant ici même. Mais on pariera que l’aura du fruit étrange de Billie Holiday est suffisamment puissante pour résister à cette reproduction technique. L’idéal, évidemment, aurait été de retrouver dans l’écoute présente la stupéfaction du public qui l’entendit, pour la première fois au Café Society, en 1939. J’aurais pu compléter la liste avec Jimy Hendrix et son Star Spangled Banner. D’ailleurs, je le fais.