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Trouble je

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS 11 commentaires »28 septembre 2009
Parce que mieux vaut se faire une idée par soi-même.
On notera simplement que certains des propos de Tariq Ramadan ont été depuis démentis, en particulier ceux qui consistent à affirmer que Caroline Fourest tronque les citations de Ramadan pour en modifier le propos. Dans son propre blog, elle reprend les citations in extenso pour prouver que c’est faux, et que si on n’a pas chez lui d’homophobie appelant au meurtre des gays, il y a néanmoins là un discours qui consiste à dire que les homosexuels constituent une orientation néfaste, qu’il s’agit de remettre dans le droit chemin. Plus de détails là : http://carolinefourest.wordpress.com/2009/09/28/tariq-ramadan-deforme-ses-propres-citations/ On lira aussi, avec intérêt cet autre article : http://carolinefourest.wordpress.com/2009/09/27/le-dernier-show-de-tariq-ramadan-chez-ruquier/
Bon, ne nous énervons cependant pas plus qu’à l’habitude : le pape prononce à peu près le même discours, et on s’y est finalement très bien fait. Mais, bien sûr, entre un huluberlu en robe et un professeur d’islamologie, plutôt du genre médiatique (on apprécie, hein, le personnage un peu introverti, genre “j’ai une vie intérieure intense, mais je me force à aller dans les media, sur lesquels je porte néanmoins un regard distancié, un peu en plongée; j’accepte le dialogue, mais je sais mettre mes interlocuteurs sur un terrain qu’ils ne maîtrisent pas, bref, je marque en permanence notre inégalité, tout en restant d’un calme olympien; j’ai du reste tous les attributs du sage (seuls les malins savent que c’est là le signe qui ne trompe pas, et qui désigne ceux qui ne le sont pas, mais bon, on passe à la télé, alors les malins, il y a peu de chances qu’ils regardent… les autres, en revanche…)), la portée des discours n’est pas la même. Elle n’est particulièrement pas la même quand, dans les quartiers où l’islam est le plus présent, chacun doit se conformer à des règles qui ne sont, en France, inscrites nulle part, forgeant les esprits à accepter ou refuser autrui selon des normes qui ne sont, tout simplement, pas celle de ce pays. Là aussi, comme le pape, mais en plus efficace, Ramadan mesure mal la portée de ses propos. A moins que, justement, il la mesure tout à fait précisément.

¤ Tariq RAMADAN ¤ (1/3) – On n’est pas couché ! “26-9-09″
par Soldier-Of-The-ONE

¤ Tariq RAMADAN ¤ (2/3) – On n’est pas couché ! “26-9-09″
par Soldier-Of-The-ONE

¤ Tariq RAMADAN ¤ (3/3) – On n’est pas couché ! “26-9-09″
par Soldier-Of-The-ONE
On ajoutera un dernier élément, plein d’espoir.
Le marché, on le sait, suscite tout, provoque tout, et absorbe tout.
snc000651

Ainsi, en page d’accueil du site perso de Tariq Ramadan, trône une pub pour son nouveau livre : Mon intime conviction.

Le détail amusant, c’est la mention qui se trouve juste après l’annonce de la sortie du livre : “Le livre sera disponible officiellement le 29 Septembre et exceptionnellement en vente dans les librairies musulmanes pendant le mois de Ramadan”.
Joli timing. Et une preuve supplémentaire que s’il y a bien un outil d’intégration qui fonctionne à tous les coups, sans exception, à ma connaissance, c’est bien la marchandisation. Nous voyons le ramadan devenir peu à peu une fête commerciale, rentable, une marchandise comme les autres. La vente de livres au bon moment fait partie du kit commercial de ce marché de niche. Comme Noël. Comme Halloween.
Et c’est peut être le meilleur moyen de comprendre l’ambiguïté de Tariq Ramadan.

Double je

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", "J'avance masqué", CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA 1 commentaire »27 septembre 2009

Il y a quelques jours, sur l’antenne de i-tele, Eric Zemmour disait au cours de sa conversation avec ses interlocuteurs qu’il n’y avait plus que sur le service public qu’on trouvait, parmi les grandes chaines, des émissions politiques. Puisqu’on sait que la seule qui revendique ce statut, dans la mesure où elle est présentée par Arlette Chabot, constitue, de ce seul fait, une aberration, on pouvait se demander de quelles émissions il pouvait bien parler. Comme pour rire, on supposa qu’il puisse s’agir de “On n’est pas couché“, présentée chaque Samedi soir par Ruquier sur France 2. Et l’hypothèse n’est peut-être pas si stupide, même s’il ne faudrait pas oublier le boulot effectué par Taddéï sur France 3, chaque soir, avec une ligne de conduite qui laisse songeur sur les louvoiements de ceux à qui on pourrait le comparer. Mais j’y reviendrai.

Pourquoi Ruquier serait-il à la barre d’une émission politique ? En fait, principalement, parce qu’il réussit à avoir sur son plateau deux polémistes qui font ce qu’aucun journaliste politique ne peut faire à la télévision : poser des questions, et utiliser son droit de suite, en d’autres termes, questionner, questionner les réponses données, et parfois, dire simplement “non” aux invités. Ajoutons que quoi qu’on puisse penser des thèses développées par les deux polémistes, on peut au moins leur reconnaître une chose : ils sont en quête. Naulleau n’est pas le pire avis qu’on puisse avoir en matière de littérature, et sait ouvrir de temps en temps ses dogmes sans pour autant se trahir, et Zemmour, plus touchant, d’une certaine manière, est inquiet, et se bat avec cette inquiétude. A tout prendre, on peut préférer ça à des discours parfois davantage dans l’air du temps, mais ne s’appuyant que sur l’opportunité d’une fenêtre de tir médiatique pour s’exprimer, parce qu’on sent qu’une niche du marché est prêt à les entendre.

Quoi qu’il en soit, hier soir, était invité Tariq Ramadan, qu’on voit peu sur les plateaux bien qu’on entende assez souvent son nom cité. A vrai dire, il n’y pas de hasard : je ne traque pas vraiment ses passages sur le petit écran, mais la dernière fois que je l’avais vu en mesure de s’exprimer de manière un peu développée, c’était sur le plateau de “Ce soir ou jamais“, chez Taddéï, dans un dialogue avec Abdel wahab Meddeb qui n’eut finalement de dialogue que le nom, et il fallait reconnaître que la faute n’en incombait pas à Ramadan, tant son interlocuteur, qui jouait pourtant a priori le rôle de l’humaniste ouvert sur le monde dans lequel il vit (comprenons, le nôtre, c’est à dire le monde occidentalisé), ne fonctionnait que sur le mode de l’obstruction permanente à toute discussion, refusant la rencontre des pensées, campé sur ses positions avec, comme c’est trop souvent le cas avec ce genre de personnage, comme seul argument, la foi qu’il a dans ses idées. Or, pour les idées, on le sait, la foi ne suffit jamais.

Chez Ruquier, Ramadan était confronté à une opposition ferme mais relativement ouverte, un regard qui, bien qu’opposé, n’était pas hostile, et pour une fois à la télévision, on sentait qu’on allait pouvoir, même si ce serait nécessairement trop court, toucher un peu plus profondément à certains des problèmes auxquels nous sommes confrontés, qu’on veuille les regarder en face ou pas. On débattait donc entre adultes consentants, avec chacun de son côté, en apparence, des arguments. Très vite, on affronta Ramadan sur des prises de positions qui avaient, dans son passé, pour le moins manqué de précision, en particulier sur deux points : les homosexuels et les femmes lapidées.

Evidemment, en préambule, on peut se dire qu’à strictement parler, l’avis de Tariq Ramadan sur ces deux questions, on s’y intéresse à peu près autant qu’à celui de Raël, du pape ou d’autres leaders d’opinion comme Geneviève de Fontenay. Et en effet, nous autres esprits qui tentons d’être affranchis, on n’a pas vraiment besoin de savoir si Tariq Ramadan porte sur nous un regard bienveillant ou pas, dans la mesure où il ne vient pas nous importuner chez nous pour tenter de nous ramener sur le bon art_large_283137chemin. Néanmoins, nous avons tout de même à nous en soucier, car le personnage est influent, et il intervient sur un terrain où on n’est pas systématiquement les champions de l’affranchissement dans la pensée : la religion. Dès lors, peut être que nous, privilégiés, pouvons être des homosexuels et des femmes comme nous l’entendons, sans avoir besoin d’acquiescement ramadanesque, mais on peut avoir, aussi, en tête ceux qui, en France, particulièrement dans les cités, doivent composer avec un entourage très soucieux de ce genre de laisser-passer mental. Ainsi, on peut tout de même le dire, en milieu religieux, quel qu’il soit, pour peu qu’on soit un peu intensément religieux, il ne fait pas bon être gay, ou femme.

Or, sur ces deux questions, Tariq Ramadan pose un préalable systématique à la réflexion : voir ce que les textes en disent. Derrière les textes, il ne faut pas vraiment entendre ce que Simone de Beauvoir ou Didier Eribon ont pu écrire sur ces questions, mais ce qu’un prophète et ses exégètes ont pu en affirmer. On remarquera que du point de vue de ce que certains auraient pu appeler la “majorité” de la pensée, on repassera : si être majeur, c’est penser sans jeter des coups d’oeil au dessus de soi pour vérifier le caractère approbateur du regard céleste, le discours semble être ici, encore, celui d’un enfant. Mais à vrai dire, on ne peut pas vraiment reprocher cela à Tariq Ramadan, car s’il observe les textes, c’est dans son discours parce que ses interlocuteurs les prennent très au sérieux.

Or, voila le noeud du problème, et voila un point sur lequel Ramadan semble très équivoque : quel est son propre attachement aux textes, et que fait il si ces textes condamnent les homosexuels, les femmes ou qui que ce soit d’autres (ce ne sont pas les candidats à la réprobation qui manquent) ? Le coeur du problème, c’est donc l’aptitude de l’homme à se déprendre d’un texte s’il constate que celui ci est une tromperie, ou qu’il n’est pas conforme aux exigences de la raison. Or, pour que cela soit possible, il faut mettre comme préalable à tout jugement, non pas le texte lui même, mais la raison; ce qui impose d’accepter, et d’oser mettre le texte à l’épreuve. Derrière l’argument qui consiste à dire que ses interlocuteurs sont incapables de cela, on ne sait pas si Ramadan lui même en est capable, et dès lors, on ne sait pas s’il penser librement ou dans le cadre strict de ce que les textes autorisent à penser, parce qu’à cette question, il ne répond pas, se posant de manière finalement confortable (intellectuellement parlant, car on peut reconnaître que concrètement, au quotidien, cette position puisse lui valoir quelques inconforts relationnels) en intermédiaires entre des mondes qui ont du mal à s’entendre, ce qui au passage, permet d’avoir le rôle de traducteur, et chacun sait que le traducteur, c’est celui que précisément on ne traduit pas, celui qui parle en dernier, ce qui offre la possibilité de demeurer assez évasif, puisque finalement, on ne sait jamais vraiment qui parle.

Or, tout penseur qui cherche à faire autre chose que relayer une pensée déjà faite, se doit de se poser cette question simple sur la manière dont il pense : est elle affranchie, ou pas ? On peut tout de même affirmer que quiconque, face à une question aussi simple que “les homosexuels, on les laisse vivre ?” ou bien “Les femmes, on les bat ?”, devrait pouvoir dire “Je pense ceci”, et non pas “Je dois d’abord aller voir ce que le texte en dit”, et ce pour deux raisons. D’abord, il en va de la possibilité de vivre ensemble, puisque les gays et les femmes, face à quelqu’un qui subordonne sa propre pensée à leur sujet à quelque texte que ce soit, se trouve en situation d’être l’objet du décret d’autrui, et que celui ci se comporte en irresponsable, au sens où il affirme par avance que son approbation, ou sa désapprobation, ne seront pas son fait, mais celui d’un texte qui le dépasse. Ensuite, et à cause de la raison précédente, il pourra d’autant plus donner libre cours à la violence de cette relation qu’il ne se sentira pas en être l’auteur. Il aura la bonne conscience de celui qui se sent être le bras droit d’un dieu.

En ce sens, dans une civilisation qui, depuis belle lurette, a tenté de faire de la responsabilité l’un des coeurs de sa construction, Ramadan, en posant le préalable systématique de la consultation des livres sacrés, constitue un décalage horaire tel qu’il serait possible de lui demander de régler clairement cette question avant d’intervenir, à quelque titre que ce soit. Evidemment, on pourrait objecter qu’après tout, Zemmour lui aussi a ses propres dogmes, et qu’il ne fait pas toujours preuve de détachement vis à vis des sources de sa propre pensée. Mais on répondra, simplement, que si ces discours sont parfois discutables, on ne le voit jamais se référer à quelque livre sacré que ce soit pour faire porter la responsabilité de ses propos sur un quelconque au-delà inaccessible à l’esprit critique. Et à ce titre, Zemmour se considère, il me semble, comme responsable de ses affirmations. Tariq Ramadan, en envoyant la balle dans les pieds de ses interlocuteurs, lecteurs des livres sacrés, ne peut pas en dire autant.

Pourtant, cette question de la responsabilité du religieux qui agit, et pense, sous la dictée divine a déjà été traitée par le passé. Dans un livre aussi simple que L’Existentialisme est un humanisme, Sartre l’aborde de manière on ne peut plus claire, et on se surprend de voir que ces arguments sont si rarement repris, parce qu’après tout, le respect de la religion d’autrui n’empêche absolument pas de lui faire remarquer qu’il utilise les textes sacrés pour ne pas prendre ses responsabilités, alors même que l’adhésion à ces textes ne peut pas être autre chose qu’un acte responsable, qui l’engage. Et que, contrairement au mouvement qui consiste à dire “vous ne pouvez pas me juger car je me place sous l’autorité des écritures, c’est précisément le fait de se placer sous cette autorité là, et pas sous une autre, qui permet de juger l’homme.

“Vous connaissez l’histoire : Un ange a ordonné à Abraham de sacrifier son fils : tout va bien si c’est vraiment un ange qui est venu et qui a dit : tu es Abraham, tu sacrifieras ton fils. Mais chacun peut se demander, d’abord, est-ce que c’est bien un ange, et est-ce que je suis bien Abraham ? Qu’est ce qui me le prouve ? Il y avait une folle qui avait des hallucinations : on lui parlait par téléphone et on lui donnait des ordres. Le médecin lui demanda : “Mais qui est-ce qui vous parle ?” Elle répondit : “Il dit que c’est Dieu.” Et qu’est-ce qui lui prouvait, en effet, que c’était Dieu ? Si un ange vient à moi, qu’est-ce qui prouve que c’est un ange ? Et si j’entends des voix, qu’est ce qui prouve qu’elles viennent du ciel et non de l’enfer, ou d’un subconscient, ou d’un état pathologique ? Qui prouve qu’elles s’adressent à moi ? abraham1Qui prouve que je suis bien désigné  pour imposer ma conception de l’homme et mon choix à l’humanité ? Je ne trouverai jamais aucune preuve, aucun signe pour m’en convaincre. Si une voix s’adresse à moi, c’est toujours moi qui déciderai que cette voix est la voix de l’ange ; si je considère que tel acte est bon, c’est moi qui choisirai de dire que cet acte est bon plutôt que mauvais. Rien ne me désigne pour être Abraham”.
Jean-Paul Sartre – L’existentialisme est un humanisme; Folio – p. 34-35

Non content de désigner la responsabilité, indépassable, de l’individu vis à vis de ce qu’il accepte ou pas comme message auquel se référer pour s’orienter dans l’existence, il constitue aussi le préalable à toute laïcité possible. On peut comprendre que les religieux l’envisagent comme une sorte de vide qu’il s’agirait de remplir par des préceptes venus de textes présentés par eux comme sacrés. C’est pourtant l’inverse qui est vrai : c’est parce que ces textes échappent à toute saisie, c’est parce qu’ils ne donnent prise à aucune démarche véritablement critique, c’est parce que ce sur quoi ils portent est à strictement parler indécidable qu’il est nécessaire de combler ce vide public par un principe lui même supérieur, la laïcité. Alors, bien sûr, quelqu’un peut parfaitement, dans son coin, décider que ce à quoi il adhère doit constituer le premier principe selon lequel la vie publique devrait être organisée. Mais on l’a vu, seul l’homme décide de ce genre de choses. Et il le fait toujours dans le sens de son intérêt, même quand il croit effectuer un sacrifice. En d’autres termes, la dure vie religieuse, avec tous les renoncements qu’elle implique, n’est choisie par le “fidèle” que parce qu’elle lui convient. Il ne s’agit donc pas de sacrifices, mais d’accomodements, d’une manière d’accepter quelques inconvénients concrets pour obtenir une certaine paix de l’âme. Rien qui ne puisse en fait constituer un argument universel, et rien sur quoi on puisse se mettre d’accord.

L’accord. Voila ce qu’impose la laïcité. Dans son ouvrage Quelle philosophie pour demain ? Marcel Conche discerne la place qui revient à la reliigion au sein d’une société qu’aucune religion particulière ne gouverne :

“J’ai mes propres évidences. Mais je ne prétends pas démontrer. Je dis donc au philosophe chrétien : “J’admets que ce qui n’a pas de sens pour moi en ait un pour vous, que ce qui est pour moi illusoire soit, pour vous, la vérité même, et cela non comme une simple constatation de fait, mais comme la connaissance d’un droit, le vôtre, de philosopher ainsi.” Car un tel “droit” ne pourrait être mis à mal que par une réfutation, laquelle est impossible.
Mais -toujours m’adressant au philosophe chrétien (ou juif, ou islamique…)-, j’ajoute : “Où le désaccord entre nous cessera, c’est, je l’ai dit, sur la morale. Cela signifie que la morale n’est pas une affaire d’opinion : elle peut être fondée, c’est à dire justifiée. Elle ne se fondera pourtant ni sur la religion, puisque je n’en ai pas, ni sur la métaphysique, puisque la vôtre n’est pas la mienne, mais sur le simple fait que vous et moi pouvons dialoguer, et nous reconnaissons par là même comme également capables de vérité et ayant la même dignité d’être raisonnables et libres. Et une telle morale, impliquée dans tout dialogue, différente aussi bien des morales collectives que des éthiques particulières, a bien un caractère universel, puisque le dialogue avec n’importe quel homme est toujours possible, en droit”
Marcel Conche – Quelle philosophie pour demain ?; Puf – p.13

Tariq Ramadan n’est pas dénué de ce souci pédagogique. Ce qu’on peut trouver curieux, c’est de le voir ne le pratiquer qu’avec les pays auxquels il faudrait expliquer, très calmement, que décidément, fouetter les femmes, ou les lapider, il faut qu’on en discute et qu’on se penche ensemble sur les textes avant d’affirmer qu’il faut l’interdire, pendant qu’il faudrait, en revanche presser les démocraties dans lesquelles les femmes peuvent, tout de même, porter plainte si elles sont battues, conduire, h-20-1186405-1209311356voter, vivre seules, aimer leurs semblables, d’accepter séant d’acceuillir non seulement de nouvelles personnes, mais aussi leurs croyances qui impliqueraient qu’on puisse soudainement mettre sur le tapis des questions aussi réglées dans les pays d’accueil que l’égalité entre les hommes et les femmes. Et là encore, de quel droit ? Réponse : parce que ces personnes, qui sont là, prennent au sérieux les textes qui présentent ainsi telle ou telle catégorie d’humains comme inférieure. Or, si on met de côté la possibilité que ces discours soient divins (et nous le mettons de côté, puisque tout simplement, nous ne le croyons pas, et quand bien même y croirions-nous, cela demeure invérifiable, donc non partageable), alors il ne s’agit, encore une fois, que de décisions personnelles, qui n’ont d’autre valeur que celle d’une opinion. Et les lois n’ont pas à se plier au fait accompli des opinions, même quand elles sont partagées par un certain nombre de personnes, parce que ce qui compte, c’est la reconnaissance de la valeur de chacun et chacune, ce qu’aucune conviction religieuse ne peut remettre en question.
Alors, bien sûr, on peut se demander comment il est possible que ce soit ce même Marcel Conche qu’on peut lire défendant ainsiqui écrivit l’incroyable “Heidegger résistant“, qui accomplit justement ce geste incompréhensible qui consiste à sauver le “berger de l’être” manifestement avant tout parce qu’il reconnaît en lui cette autorité qui ne se discute pas, quoi qu’il arrive.
Reste que si on peut mettre Conche devant ses responsabilités dans son adhésion à Heidegger, alors on peut mettre aussi Ramadan devant les siennes quand il fait preuve, pour ceux qui maltraitent, d’une patience et d’une compréhension qu’il a du mal à accorder à ceux qui accueillent (et ce même si, bien sûr, ces derniers ont beaucoup, beaucoup de questions à se poser sur la manière dont se pratique cet accueil (pour peu que le mot “accueil” ne soit pas particulièrement déplacé, ici)). Tout en semblant être ouvert au dialogue, on l’a vu, il pose en préalable au dialogue des conditions qui font que certaines choses sont possibles, et d’autres pas, que certains discours peuvent être tenus, certaines questions peuvent être posées, et d’autre pas. Or, si ces conditions relèvent de sa propre décision, et on a vu que c’était nécessairement le cas, alors elles ne sont tout simplement pas acceptables, pas plus ici, qu’ailleurs.
Et sans doute perd on, dès lors, un interlocuteur intéressant, car érudit, habile, et certainement, en définitive, ouvert. Mais la volonté de rendre justice davantage aux uns qu’aux autres, et à prendre avec ceux là des pincettes qu’il n’utilise pas avec ceux ci empêche le dialogue, et justifie, finalement, malgré les apparences, les accusations de double discours.

Scanner Dj

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »26 septembre 2009

Comme il en était question dans le précédent post (“post précédent ?”), je fais de nouveau de la publicité pour Robin Rimbaud, alias Dj Scanner, pour la simple et suffisante raison qu’il me semble bien, tout de même, qu’il soit l’auteur de compositions qui sont capables de, tout simplement, capter ce qu’il y a d’esprit dans les espaces publics, et d’en faire quelque chose d’intime, comme si les couloirs du métro sonnaient à la manière des cathédrales, comme si les souliers des femmes sur le carrelage faisaient de la masse des transportés en commun de véritables processions , moitié recueillies, moitié résignées au son de la musique liturgique de ce temps ci.

Seulement six extraits, mais il faut écouter Robin Rimbaud, il le faut.

C’est compris ?

Vas-y. Fais-le.

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Et si vous y prenez goût, les activités de Robin Rimbaud peuvent être suivie ici : http://www.scannerdot.com/scanner_ie.shtml

Terra incognita – du bout du monde clos à l’univers infini, et de Miossec à 7-Hurtz

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, SOUNDSCAPES 2 commentaires »26 septembre 2009

Capter les messages des ondes ambiantes. Recevoir des échanges qui ne sont plus, diluées dans l’ionosphère. Saisir au vol les conversations hertziennes, les saisir sans même avoir à les décoder. Lâcher le sens pour accueillir les parasites comme un véritable langage, signaux stratosphériques, voix perdues, échappées dans l’espace, transitant de satellites en stations spatiales, franchissant à la vitesse des hyperfréquences les antennes, les relais, les mobiles, les centres répartiteurs, les kilomètres de câbles, les terminaux de toutes sortes.

Entre deux plages de chanson réaliste, on peut larguer les amarres et déployer les radiotélescopes pour se mettre à l’écoute d’autre chose que les détresses et fausses joies humaines. Bonne nouvelle, jamais la musique n’a été jusque là capable de produire ces tensions entre harmonies, bruits blancs et sons purs. Comme si on lançait dans l’univers des ondes porteuses, et qu’en croisant les signaux hyperbandes, les fréquences GSM, les transmissions intersidérales et les vents stellaires, elles nous revenaient chargées de ce que l’humanité transmet, additionnées de ce que l’univers charrie de messages non encore repérés comme tels. Il y a une poésie des messages incompris, un sublime des voix parasitées, une puissance du bruit et du larsen.

Pourtant, rares sont les musiciens qui ont jusque là manipulé cette matière qui, loin des notes, constitue pourtant le matériau sonore de notre époque. On sait bien que beaucoup voudraient que l’essentiel de notre présence au monde puisse s’exprimer via une guitare, un tambourin et quelques mots bien choisis. On peut certes le faire et cela témoigne d’une partie de nous mêmes. Mais cette musique là est comme une énorme racine qui nous maintient enchainés au sol dans lequel nous avons poussé. Cloués au sol par la nécessité d’y puiser les ressources qui nous permettent d’y survivre, nous nous dressons pourtant aussi vers le ciel, tendons nos bras pour, si ce n’est le saisir, du moins tenter de le capter (Bergson, sors de ce clavier !). Bref, il faut bien l’avouer, on n’a pas totalement abandonné tout espoir de transcendance. (je vais me prendre une baffe)

Et ça ne se satisfera pas avec une répartition équitable des richesses. (et un coup d’boule)

En fait, c’est peut être pire encore que ce qu’on croit. Ou mieux, si on l’accepte. Les deux pieds sur la terre, nous pouvons saisir chez un Miossec, par exemple, quelque chose de nos vies embourbées, de nos élans individuels tués dans l’oeuf, de nos essais avortés, de nos sauts de crapauds malhabiles, mal visés, toujours trop approximatifs pour nous mener vraiment quelque part. Et nous sommes cela. Et il y a dans ce réalisme une pièce de notre vérité. Et pourtant, si c’est bien au bout des terres que Miossec embarque son monde, et si c’est là qu’il a en fait toujours vraiment été, on devinera qu’on ne peut pas se tenir ainsi penché, à la toute fin des terres, au dessus des eaux, par dessus les falaises, sans aspirer à partir. Les phares, les vents marins, les courants, les sémaphores, les supertankers sont autant d’invitations au voyage. Entre eux s’échangent les signaux incompréhensibles pour le terrien, mais qui sonnent comme un appel.

On peut écouter la météo marine, n’y rien comprendre, tout en captant l’appel du large.

Entre deux pôles, nous voici suffisamment en tension pour ouvrir nos oreilles aux fréquences passées au mixer de 7-Hurts. Pour ceux qui ont du mal, cette musique, comme celle de Robin Rimbaud, dont j’ai déjà évoqué le travail ici même (il publie sous le nom de DJ-Scanner, ce qui en dit, finalement suffisamment long) est la météo marine des espaces auxquels on aspire tout en demeurant les pieds scellés dans la terre. Comme une destination pour laquelle nous serions programmés, lorsque nous sommes au bout de la terre, ou quand la terre sera à bout.

 

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Ca me rappelle que j’avais promis quelque chose, il fut un temps.

Henry Miller, dans son cauchemar climatisé, consacre de nombreuses et passionnantes pages à Edgar Varèse. Musicalement, nous sommes au premier abord loin de 7-Hurtz. Pourtant, le court chapitre “Edgar Varèse dans le désert de Gobi” semble avoir été écrit pour l’accompagner :

“QUE L’HUMANITE S’EVEILLE. L’HUMANITE EN MARCHE. RIEN NE PEUT L’ARRETER. UNE HUMANITE CONSCIENTE. QU’ON NE PEUT NI EXPLOITER NI PRENDRE EN PITIE. EN AVANT ! ALLONS ! ILS MARCHENT ! LE PIETINEMENT DE MILLIONS DE PAS, QUI RESONNE, SOURDEMENT, INLASSABLEMENT. LE RYTHME CHANGE. VITE, LENTEMENT, STACCATO, TRAINANT, PIETINEMENT SOURD. ALLEZ CRESCENDO FINAL DONNANT L’IMPRESSION QUE L’IMPITOYABLE MARCHE EN AVANT NE S’ARRETERA JAMAIS… SE PROJETANT DANS L’ESPACE…

DES VOIX DANS LE CIEL, COMME SI DES MAINS MAGIQUES ET INVISIBLES TOURNAIENT LES BOUTONS DE POSTES DE RADIO FANTASTIQUES. DES VOIX EMPLISSANT TOUT L’ESPACE, SE CROISANT, SE BRISANT, SE SUPERPOSANT, SE REPOUSSANT, S’ECRASANT, SE BROYANT LES UNES CONTRE LES AUTRES, DES PHRASES, DES SLOGANS, DES FORMULES, DES CHANTS, DES PROCLAMATIONS : LA CHINE. LA RUSSIE. L’ESPAGNE. LES ETATS FASCISTES ET LES DEMOCRATIES BRISANT TOUTES LES GANGUES QUI LES EMPRISONNENT…”

Henry Miller – Le cauchemar climatisé. Folio; p. 186

Voila un projet qui devrait revendiquer le nom de Universal Music. Mais on sait à quel point ce nom est mal porté.

Sinon, pour préciser un peu, ce morceau, Van Am, de 7-Hurtz, est l’introduction d’un album intitulé Audiophiliac, sorti en 2000 sur le label Output (qui est le genre de label qui a du flair, d’ailleurs). En 2003 est sorti un second album du même groupe: Electroleum. Tout ne ressemble pas à Van Am, mais l’ensemble est savamment minimaliste tout en parvenant à développer des ambiances quasi cinématographiques. Seul ce titre ressemble à ce point à une plainte de l’univers tout entier, mais les autres titres sont à eux-mêmes leur propre univers.

Appetite for destruction

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA 2 commentaires »23 septembre 2009

Inventaire à la pervers.

Hectolitres de lait déversés en pure perte hors de tout système de distribution, parce que sa valeur marchande est trop faible pour qu’il ait encore une quelconque valeur d’usage, bien qu’il soit, bien sûr, consommable.

Exploitations agricoles, élevages entiers ruinés par une politique de distribution des produits laitiers qui consiste à rémunérer le moins possible les producteurs, afin de satisfaire, non pas le client, mais la chaine de ceux qui bénéficient… des bénéfices d’un commerce forcément ultra rentable, à partir du moment où on s’est arrangé (oui, arrangé, en d’autres termes, le prix du lait n’est précisément pas celui du marché) pour que la matière première ne vaille presque rien, fixant le produit achevé à l’altitude la plus propice à générer de juteuses rentes. Mais on sait tout ça.

Un virus gripal dont on ne peut que constater qu’on n’attend, comme dans les starting blocks, que le signal du départ de l’épidémie pour se dire que ça y est, nous y voila, on va connaître notre propre peste, à notre tour. Frissons artificiels qui parcourent l’échine d’un pays dans lequel on se fait peur à bon compte. Bachelot fait de la concurence déloyale aux barraques aux phénomènes et aux châteaux de l’angoisse des fêtes foraines. On a produit le premier happening médical à échelle mondiale avec une grippe, on espère que ça fera oublier qu’on ne se soit jamais penchés sérieusement sur les maladies autrement plus problématiques, comme le Sida. Mieux vaut dépenser dans le marketing viral que rembourser les frais de santé de ceux qui sont véritablement, et sérieusement, malades. Mais il faut reconnaître qu’en matière de puissance anxiogène, nous sommes assez forts. Il faut dire qu’on est tellement prêts, sensibilisés, pour tout ça… Mais ça aussi, on sait.

Prime à la casse. Traduction : Incitation à la destruction. Leitmotiv bien intégré de nos manies de consommateurs. Vaste opération de stock-cars dans les concessions de France, d’Europe, du monde entier. Après avoir fait monter en gamme le moindre moyen de déplacement individuel, y compris low-cost, y compris simple trotinette améliorée (Prix d’un Segway tel qu’on n’en voit que sur les trottoirs toujours à l’affut de la hype des beaux quartiers des métropoles branchouilles, ou dans District 9, ou dans Louise-Michel ? 7000 €), après avoir bardé le moindre des tableaux de bord d’un revêtement plastique qui fait de son mieux pour sembler n’en être pas, d’une sous couche de mousse telle qu’on peut planter ses doigts dedans jusqu’à la seconde phalange (à lire les essais des revues spécialisées et les forums s’intéressant à ce genre de choses, c’est un véritable critère de choix, faisant qu’Audi, ce sera toujours mieux que Renault. Si, si), après avoir sur-équipé tout ça avec maintes contre-mesures sécuritaires, à la hauteur des dangers provoqués par la puissance des motorisations, nécessairement en hausse pour parvenir à arracher de l’inertie le poids exponentiel d’engins toujours plus lourdement motorisés (merveilleux cercle vicieux qui permet de refourguer un équipement plus coûteux qui n’est plus performant que pour compenser l’alourdissement provoqué par le gain de puissance, l’important, c’est de refourguer au client davantage de marchandise; et une bagnole, ça se paie en bonne partie au poids, finalement, ainsi qu’au pouvoir balistique de sa masse lancée à la vitesse qu’elle est capable d’atteindre), après avoir convaincu tout le monde qu’une tire n’est pas juste un moyen de se faire la malle, mais constitue aussi un bien précieux, dont l’aura est censée rejaillir du conducteur sur les passants qui le voient circuler, laissant croire aux alentours que cette Golf de dernière génération est habitée par un être humain dont les moyens économiques, fièrement affichés dans ces jantes de 17′, bandent ardemment de toute la surface polie de la carrosserie comme un arsenal économique dont toi, pauvre usager d’une simple Skoda, n’es pas bardé; après avoir, donc, mis dans les têtes que la bagnole est un signe extérieur de richesse dans lequel il convenait d’investir pour ne pas faire partie de ceux là qui, à 50 ans, se rendent compte, sous le regard désapprobateur d’un Séguéla g20qui a l’air de s’y connaître, en vies massacrées, que leur vie est simplement ratée, et que jusque là, aucune extra-balle ne leur est promise, et maintenant que quasiment tout le monde a bien obéï au dictat du déplaçoir estampillé “premium”, il est temps, crise aidant, d’inciter tout ce petit monde de tout balancer à la poubelle. Non pas qu’il faille se passer de bagnole. Non. Il faut juste en acheter de nouvelles. Des plus propres. Des plus modernes. Des plus respec-tueuses de l’environnement. Peu importe, en fait, que pour construire une Prius hybridement écologique, ou une Audi toute faite de dentelle d’aluminium, il faille dépenser en énergie et en matières premières plus que ce qu’aucune voiture d’occasion coûtera en roulant jusqu’à épuisement du moindre de ses pistons. Peu importe, en fait, qu’on balance dans les casses, à l’occasion de ce promotionnel “destruction derby”, plus de matière que ce que les circuits de recyclage, totalement débordés, pourront jamais traiter. Il faut relancer la consommation tout en se donnant bonne conscience vis à vis d’une planète dont on voit bien qu’elle est simultanément toujours davantage exsangue et toujours plus crowded. Et tant pis si, en fait, on sait bien que le seul secteur automobile dont on sait qu’il se porte non seulement très bien, mais qu’il prospère, est celui des véhicules de très haut luxe (luxe, tu vois ? c’est déjà très éblouissant… Ben très haut luxe, c’est luxueux à en faire brûler les rétines des pauvres, et de la classe moyenne (qui, de toutes façon, aux yeux de ceux qui peuvent s’offrir ce genre de choses, est aussi repoussante qu’un pauvre). Beigbeder ne se trompe dans doute pas, quand il observe dans 99francs que les bagnoles de sport ressemblent étonnamment à des suppositoires). Tant pis si il faut extraire encore plus de matière première de la terre pour remplacer d’un coup tout le parc automobile des humains, afin de, parait il, protéger cette même planète dont on aura décidé, pour de bon, de la sauver en la brûlant, tous combustibles confondus. Et nous n’avons encore rien vu : l’avenir sera écologiquement peuplé de déplaçoirs électriques, donc… nucléaires. Notre festin de destruction n’est donc pas du tout achevé. L’avenir s’annonce épatant et on peut prévoir, pour 2020, des système de climatisation automobile avec fermeture automatique des écoutilles quand l’ordinateur de bord repère des taux de radioactivité trop élevés à l’abord de telle ou telle banlieue traversée par les autoroutes désormais silencieuses convoyant des conducteurs fiers de sauver la planète en roulant dans des engins ne produisant aucun rejet, alors que l’environnement tout entier dégueulera nos déchets radioactifs.

Eventration, décapitation, émasculation, empalement. On ne sait trop. on sait juste que l’outil utilisé, dans les rêves les plus fous, ce serait le croc de boucher. Quand un président en veut à un ancien ministre, il ne rigole pas. Sans doute que l’accoutumance au pouvoir donne des ailes aux fantasmes de violence, et là où le commun des mortels se venge en crevant un pneu avec un tournevis, la présidentielle vendetta se pratique donc au croc de boucher, et met à son service un système judiciaire tout entier. Notons que c’est une constante chez ceux qui sont amateurs d’apocalypses : la scientologie elle même parvient bien à faire plier les lois pour qu’elles soient écrites sur mesure pour son cas personnel, lui évitant les condamnations qu’elle mériterait si les lois étaient les mêmes pour tous (ce qu’elles sont, pourtant, censées être). Comme quoi, on peut attendre avec impatience le retour de Xenu, dans un déluge apocalyptique, se faire très bien à l’idée de fin du monde, et néanmoins intriguer pour ne pas voir disparaître la petite bande d’allumés fortunés à laquelle on appartient. On a les attachements qu’on peut. Toujours est-il que lorsque les porte paroles de l’UMP (les joyeux lurons du feuilleton Fredo et Dodo, (une raison quasiment suffisante à elle seule de posséder une télévision) font chauffer leurs gorges sur la ce désordre propre aux partis de gauche, dont ils ont l’air sincèrement navrés, on peut imaginer, en arrière plan, la belle harmonie de l’union pour un mouvement populaire animée par un président et un présidentiable déçu, mais encore vivace, l’un planté sur le croc de boucher de l’autre, dans les grimaces, agitations et danse de saint-Guy habituelles (comme quoi, on se fait à tout). On le sait, le bel organigramme du parti majoritaire ne tient, comme les châteaux de cartes, qu’au fait qu’une terreur sans commune mesure plâne sur les rangs des militants, qui ne soufflent mot, de peur de passer à la moulinette du mot d’ordre du parti “Kill’em all”. Belles troupes, dont on peut imaginer que les petits soldats, dans leurs mocassins à glands, leur pull noués autour du cou, ont, chacun dans son coin, fait dans leur froc dans une ferveur libérale commune.

Décision quasi prise de sacrifier le peuple iranien. De toute façon, son dirigeant n’a pas le peuple qu’il mérite : celui-ci ne reconnaît pas tous les avantages qu’il y a à être dirigé par un illuminé. Les français, eux, sont passés par dessus ce genre de mauvaise conscience. Amadinejad se trompe, lui, quand il affirme que les français n’ont pas les dirigeants qu’ils méritent : ils sont en fait malheureusement tristement en phase. Les français s’en arrangent, c’est tout. Les iraniens, eux, ont l’air un peu moins résignés. Peu importe : ils sont au bord de connaître plus précisément à quel point leurs dirigeants n’en ont, de toutes façons, absolument rien à foutre d’eux. Les mégatonnes (kilotonnes ? Jusqu’où ça monte, la puissance d’une tête nucléaire estampillée “Tsahal” ?) seront l’unité permettant de mesurer à quelle hauteur la république islamique d’Iran jauge les enfants du bon dieu. On se posera les questions d’usage : quand deux pays religieux se foutent sur la gueule à coup d’armements nucléaires, est ce qu’ils inscrivent des messages du genre “A la grâce de Dieu” sur le fuselage des missiles ? Leur donneront ils des petits noms aussi géniaux que “Gadget”, “Little boy” et “Fat man” ? Le nom de leur programme de développement est il aussi édifiant que le “Trinity” yankee ? Comment appellera t-on les ibakushas locaux ? Les historiens peuvent déjà s’atteler à la tâche, et on conseille à tout le monde de se mettre quelques pizzas au congélo et de garder de la place sur les disques durs, parce qu’un jour ou l’autre, il va falloir enregistrer une semaine entière d’Al Jazeera lorsque les “évènements” vont nous scotcher pendant des nuits blanches et des jours sombres devant nos écrans décidément trop petits bien que, pourtant, déjà diagonalement plutôt grands, à nous passer en boucle champignons et victimes, de part et d’autre, avec nous et nos bonnes consciences en arbitres du désastre. Ca nous évitera de voir en nous de simples voyeurs. Parce que nous avons, nous aussi, cet appétit là. On a adoré le 11 septembre, et on est en manque.

Patience, comme toujours, dans nos stories, there’s more to come :

Googlez “Haarp”.

Et tremblez.

Au milieu des yeux des cyclones, ceux qui savent flairer les vents de la destruction se reconnaissent à leur calme et à leur apparente volonté de calmer le jeu. Ils ne font que préparer les exodes, parce qu’ils les savent possibles, voire nécessaires. Notre bien aimé président, donc pas le nôtre, mais celui qu’on aurait élu si on pouvait élire un président noir dans n’importe quel pays, pourvu que ce ne soit pas le nôtre, se pose, ainsi, au milieu d’un monde dans lequel les agents semblent animés de la même énergie débordante que les particules au coeur d’un réacteur à fission nucléaire au bord du seuil critique, comme l’incarnation sur la Terre chauffée à blanc, du calme olympien. Survolant les débats de ceux qui, ne semblant pas savoir ce que “mégatonne” veut dire (pourtant, on sait ce que veulent dire 13 kilotonnes, puisque c’est Hiroshima. Ensuite, il suffit de rajouter des zéros, par groupe trois, pour “savoir” ce que signifie “armement nucléaire” aujourd’hui), envisagent d’utiliser, pour de bon, ce type de munitions, rompant avec la sagesse qui consistait à s’auto-discipliner en vertu (“vertu”…) même de la possession de cette puissance là, Obama propose le désarmement atomique. Si on n’était pas d’un naturel méfiant, on croirait voir Néo se déplaçant avec l’aisance, la souplesse et l’adaptation permanente au milieu que permet une proprioception totale, au beau milieu du cataclysme ambiant. En Israël, on ne sait trop comment on prend ce genre d’initiative : le grand frère qui propose de désarmer au moment où le frère ennemi se dote des pires armes qui soient. Alors, soit Obama est effectivement un fuckin’ pacifist, soit il est plus malin qu’on ne le croit. Et même si on n’est pas très porté sur la religion, on est autorisé à entendre, ici, le mot “malin” en son sens le plus chargé en humeurs diaboliques. En géopolitique, comme ailleurs, on bluffe d’autant mieux qu’on a un bon jeu. On sait bien que la Corée, par exemple, joue le bluff de la nuisance hypothétique sans avoir exactement les moyens de ses ambitions. Mais quand une masse aussi importante que les USA proposent le désarmement, c’est qu’elle a dans son jeu un joker qui rend les cartes habituellement maîtresses dérisoires. Derrière le masque de l’humanisme raisonnable, il faut entendre dans la voix du président idéal l’annonce suivante : “les armes dont nous vous proposons de nous débarrasser sont désormais désuètes, obsolètes, inutiles. Abandonnons leur développement, car la seule puissance que vous pouvez véritablement craindre, c’est la nôtre, et nous sommes déjà au delà de la dissuasion nucléaire, car ces armements ne sont plus adaptés aux problématiques de notre temps. Prenez le comme vous voulez, effet de notre bonté, bienveillance des maîtres de ce monde ou bien calcul cynique des moyens à mettre en oeuvre au moment où la domination économique n’est plus une carte que nous pouvons jouer, mais faites vous à cette évidence: vous devrez bien vous plier à cet ordre nouveau, parce que pendant que vous financiez vos système de solidarité sociale, nous investissions dans des armements dont vous n’avez même pas idée.” Pas la peine d’être grand stratège pour deviner que nos tensions géopolitiques seront, de nouveau, un jour ou l’autre territoriales. La question de l’espace vital des nations sera, nécessairement, avec de nouveaux moyens, à l’ordre du jour. Parce qu’un jour ou l’autre, il faudra peut être nous aussi migrer. Parce que nous avons pris l’habitude de détruire les lieux que nous habitons, tout en les apprêtant comme des paradis sur Terre. Parce que nous pourrions avoir besoin de nous établir ailleurs, là où d’autres à qui nous avons, autrefois, refusé asile, vivent déjà, l’armement nucléaire, qui rend les espaces impropres à la vie, n’est plus pertinent. C’est au son de Haarp que se feront les guerres futures, sur des fréquences hors d’atteinte des oreilles humaines. Un souffle, puis plus rien. Mieux vaut, à l’avance, rejoindre les alliés pour mettres ces cordes à notre arc, parce que de toute évidence, si ceux qui jusque là furent les seuls à faire usage du feu atomique sont prêt à l’abandonner aux basses nations, c’est qu’ils ont dans leur carquois, des flèches autrement plus terribles.

Cinématographiquement habitués à contempler les effets pyrotechniquement désastreux de notre propre puissance destructrice, on est à deux doigts d’être plus rassurés par un Obama armé de la puissance des ouragans, de la suppression subite de l’oxygène dans l’atmosphère, de la manipulation des pensées. Au moins, voila qui nous garantit de ne pas mourir d’ennui. Stanislas Lem, cité par Sebald dans son De la Destruction comme élément de l’histoire naturelle, écrivait que “L’élimination comme procédé est le réflexe de défense de tout expert“. Voila qui sonne comme un programme intéressant pour les experts que constituent les citoyens appelés à décider de leur propre sort, et de la manière dont ils vont vivre, et avant cela, survivre. Entre la nécessité de recourir à des actes de destruction pour maintenir des avantages acquis qu’une trop grande masse d’homme veut atteindre à son tour, entre le fait même que la destruction est le logiciel de nos comportements de consommation quotidienne, et qu’elle est aussi le carburant de nos dirigeants, qui sont des tueurs, et qu’on a élus pour cette raison même, entre, enfin, la jouissance que nous pouvons éprouver devant la disparition de ce qui a été construit, devant le spectacle de notre ennui profond se consumant sur le bûcher de  l’évènement qui nous sera présenté, de nouveau, comme séculairement important, quelle place reste t-il pour les bâtisseurs ? De toute évidence, au train où nous sommes lancés et dans le monde inversé dans lequel nous nous trouvons, ils sembleraient dérailler, et auraient tout l’air de terroristes.

Théorie des ensembles

Par Youri Kane Catégorie : CHOSES VUES, POP MUSIC 5 commentaires »15 septembre 2009

Alors, ok.

Donc, récapitulons :

MUSIC-US-MTVTaylor Swift : meilleur clip d’une artiste féminine.

Ok.

Beyoncé : clip de l’année.

Alors, si on pige bien le truc, d’après les MTV Video Awards, Beyoncé n’est pas une femme.

Voila, ça va calmer tous les mecs qui se triturent les corps caverneux en pensant à elle.

Et ça confirme du même coup, que décidément, Kanye West est bel et bien gay.

 

(et j’ai conscience que pour certaines catégories de lecteurs, ce message doit sembler totalement crypté !)

Qui je suis ? QUI JE SUIS ?!!!! Mais c’est moi !! C’est MOI !!!! BLEEEEEU BLAAAAANC ROUUUUUUUGE, c’est moi Obama le Françaiiiiiis !

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »15 septembre 2009

There’s a feeling I get
When I look to the west
Led Zeppelin – Stairway to Heaven

On sait bien qu’il y a un tic de rédaction, qui consiste à voir les prédictions de Guy Debord un peu partout. Mais tout de même, parfois, le monde de l’information spectaculaire laisse difficilement le choix dans l’interprétation de ses propres faits et gestes.

Ainsi, dans un beau mouvement de retournement de veste, les medias français ont ils trouvé bon de supporter Barrack Obama dans sa croisade pour la couverture santé universelle.

Fort bien. Belle unanimité : où qu’on lise l’information, le conte proposé est toujours le même : le preux chevalier des minorités opprimées pourfend la féodalité implantée pour obtenir une protection efficace des gueux sur le terrain de la santé. Il semble même difficile de présenter l’information sous un autre angle tant c’est simplement évident : le projet lancé par Obama remet évidemment en question les avantages sidérants sur lesquels campent depuis des décénies les assurances privées américaines, qui font leur loi dans le domaine de la santé, qui y trouvent évidemment leur compte, et n’ont aucune intention de voir le système changer.

Reste à savoir qui, en France, se permet de soutenir une telle action politique.

Parce que, ou on se trompe, ou bien parmi ceux qui trouvent Obama tellement séduisant dans son petit costume de médecin des pauvres, il y en a une bonne part qui trouvaient notre propre président tout aussi séduisant dans son propre costard de démanteleur de la solidarité médicale par chez nous. On commence à connaître les symptômes de cette maladie : en gros, elle provoque des troubles du jugement qui consiste à considérer tout projet d’avancée sociale américaine comme un don de Dieu en personne, et tout projet qui consisterait à protéger les acquis sociaux en France comme l’oeuvre de Staline en personne. Ainsi, sur des projets diamétralement opposés, Sarkozy est encensé en France comme un réformateur courageux, et Obama est sanctifié aux USA comme celui qui s’oppose aux intérêts privés des plus aisés pour laisser une place à l’intérêt commun du peuple. Pire encore : quand les opposants d’Obama veulent l’insulter, ils le surnomment “le Français”, et quand nos medias veulent donner envie à l’électorat de voter pour Sarkozy, on montre combien il est pétri de mythe américain (le comble du génie étant cette scène mémorable de cavalcade en Camargue (avait on casté des poneys pour que les montures ne paraissent pas trop grandes face à l’échelle singulière de notre président ?…)

Comme on dit “Faudrait savoir”.

Le problème, c’est que nos medias massifs ne peuvent pas savoir. Ou plutôt, étant donné leur position, ils veulent pas savoir : d’un côté, il faut bien protéger les intérêts de leurs financiers. Or ces groupes là ont tout intérêt à voir ce qui leur échappe, leur revenir. En gros, sur la santé, il en va comme du reste : il faut mettre la main sur les quelques secteurs qui relèvent encore du bien commun. Justice, armée, police, éducation, santé, prisons, tout ceci échappe encore à la capitalisation, et c’est là que le secteur privé peut encore grignoter. Au quotidien, il faut donc montrer combien il est ridicule, désormais, de s’attacher à un système qui conviendrait, sans doute, au h-3-1393385-1234448699pays de Oui Oui, mais ne peut fonctionner dans la vraie vie, où les fonctionnaires profitent de leurs avantages pour faire n’importe quoi (ce qui revient, surtout, paraît il, à ne rien faire du tout), il faut montrer, en particulier, comment l’école privée s’occupe bien des élèves qui sont bien meilleurs que dans le public (et plus blancs, aussi (parce que bon… c’est bien de ce genre de motivation qu’il s’agit, n’est ce pas ?), et plus riches, aussi, et plus sages, aussi), comment l’hôpital est désorganisé (comme on est bien reçu, dans ces cliniques au décor moderne, à l’ambiance paisible quand on doit patienter des heures dans les salles d’attentes pleines de drogués et de bénéficiaires de la CMU dans les hôpitaux publics), combien les prisons seraient plus efficaces si elles étaient privatisées (et combien on inciterait beaucoup plus à y envoyer tout un tas de monde (comment les appellera t-on ? Clients ? Usagers ?), dans la mesure où ca fera autant de fric qui passera directement des caisses de l’Etat à celui des potes qui ont flairé le marché avant tout le monde, qui ne l’ont d’ailleurs pas flairé, mais qui ont effectué les transactions qu’il fallait, les incitations qu’il fallait avec le pouvoir en place, qui n’est qu’humain, qui aime, lui aussi, les revenus conséquents, et pense à son avenir d’après parade gouvernementale; on nous montrera bientôt comment les copies conformes de Blackwater sont l’avenir de notre défense, comment la justice elle même sera mieux rendue par un système judiciaire parallèle, comment on sera mieux protégé par des milices sur lesquelles un pouvoir intéressé aura posé son “label”.

Bref, quand il s’agit de parler des affaires intérieures, on n’est jamais trop libéral. Et les quelques medias de masse qui se posent encore quelques questions sur cette privatisation effrénée ne le font, on le sent bien, que parce qu’il y a encore une niche de marché à exploiter du côté de ceux qui ça inquiète.

Pourquoi, dès lors, changer de camp dès que les mêmes débats ont lieu outre atlantique ? J’y vois deux raisons, au moins.

La première, c’est que, tout simplement, cette bataille là est beaucoup plus romantique que celle que mènent nos propres gouvernants. Nos chefs le savent : ils sont en train de faire ce qui, aux yeux de l’histoire, paraîtra après coup comme une sale besogne. Profitant d’un écran de fumée médiatique savamment entretenu, ils pillent ce qu’il y a encore à récupérer, mais ils savent bien que les caméras de surveillance de l’histoire tournent toujours, et que dans le futur, leurs photos seront classées dans les mêmes chapitres des livres d’histoire que celles de pillards profitant des moments de désordre (Nouvelle-orléans, zones de désastres diverses et variées) pour aller se servir. En fait, on pourrait dire cela : les medias complices ne peuvent que difficilement donner une image positive de l’action de nos gouvernements, dans la mesure où celle-ci, dans sa véritable définition, est nécessairement cachée. Ils ne peuvent dès lors que participer à l’écran de fumée, l’entretenir, pendant que les petits larcins, les combines, les échanges de secteurs de bien public tombés du camion se font, en douce. Si on montrait l’action de nos dirigeants pour ce qu’elle est, on serait entre le ridicule des Rapetous manigançant dans leur coin, grâce au désordre qu’ils ont semé, et le scandale de ceux qui, lors des catastrophes, en profitent pour tirer avantage personnel du malheur collectif. Le problème, c’est que si on regarde en profondeur les stratégies de nos gouvernants, on saisit assez facilement, pour peu qu’on perce la fumée, l’agitation, les journalistes qui courent en tous sens en essayant de suivre le rythme effreiné des déplacements du pouvoir, on cerne assez facilement que le désordre n’a qu’une seule source : ceux là même qui se font élire sur un programme qui est censé instaurer l’ordre. Mais on le sait maintenant : cet ordre imposé ne concerne que le peuple, tout particulièrement dans les zones les plus défavorisées (oui, on va poursuivre celle qui télécharge illégalement le dernier disque de Patricia Kass, oui, on va vous karschériser les banlieues, oui, le peuple va de plus en plus savoir ce que ça fait, une décharge de Tazer, ou un tir de flashball à hauteur de tête. Mais qui parle de passer les bureaux où officient les traders au lance-flammes ? Qui parle de désherber le Medef ? Qui promet de passer au napalm les groupes de pression qui, dans la salle des cent pas, viennent faire pression sur tel ou tel groupe parlementaire ?). Nos deux plus grands désordre actuels ont leur source dans la connivence du pouvoir politique avec la “haute finance” (l’expression est tellement proche, dans sa construction, de “grand banditisme” qu’on croirait que c’est fait exprès) : crise financière, évidemment, dont on voit bien que tout ce qu’il y a à y perdre concerne le peuple, et que tout ce qu’il y a à y gagner ne le concernera jamais, et crise de santé, aussi, puisque la grippe est une aubaine sans précédent pour l’industrie pharmaceutique (doit on rappeler que notre ministre de la santé est, dans la vraie vie, pharmacienne ? Peut on supposer, comme ça, à la voir, qu’elle ait vidé son fichier “contacts” dans son téléphone à la mode, le jour où elle est devenue ministre de la santé ? Pire : à la regarder, comme ça, à jeter un coup d’oeil sur ses tenues, peut on imaginer qu’elle soit insensible au fric ? Et même si les revenus d’un ministre sont intéressants, peut on imaginer qu’ils soient susceptibles de lui suffire ? Bref, on sème la panique, et bien au chaud dans l’oeil du cyclone, on récupère, et on redistribue. Les bénéficiaires sauront toujours s’en souvenir. Maintenant, les journaux doivent se vendre,  les JT doivent être regardés pour que les plages de pub qui les encadrent (et donc les financent) soient juteuses, alors, puisque le glamour n’est pas chez nous, on le cherche ailleurs, dans les combats qui, chez nous, désserviraient trop le pouvoir pour qu’on puisse en faire la promotion.

L’autre raison, à mon sens, c’est que ces luttes sociales menées à l’autre bout du monde sont finalement plus gênantes pour l’opposition que pour le pouvoir en place chez nous. Après tout, que l’UMP ne se batte pas pour le maintient de la sécurité sociale chez nous, il n’y a là rien d’étonnant; c’est dans ses gènes. En revanche, que ce qu’on appelle la gauche ne le fasse pas, voila qui peut nous sembler relever de l’erreur de casting. Le problème, c’est que l’électorat ne prend conscience de ce genre de choses que si on le lui montre de manière criante : après tout, il s’est tellement habitué à voir les hommes et femmes censés être de gauche faire exactement le contraire de ce pour quoi ils ont été élus qu’à force, le regard est un peu brouillé. Montrer Obama en pleine lutte, cela montre à quel point, en France, la gauche est dépassée, puisque même elle ne mène pas ce combat là. Or, il y a une vraie stratégie de communication sur la radicalité de la gauche, exactement comme, en son temps, la gauche a pu jouer de l’importance du Front National pour ternir l’audace des courants républicains de droite. Dans un électorat qu’on polarise le plus possible, un parti qui voit son propre discours prononcé par plus radical que lui même n’a plus beaucoup d’audience. Ce que la droite a connu avec le FN, la gauche le connait aujourd’hui avec… qui, au fait ? La liste est longue, et les attaques pleuvent de toutes les directions : un coup ce sont les écologistes qu’on utilise pour montrer que eux, au moins, ont un discours radical sur la taxe carbone, pas comme le PS qui ne sait quoi en penser, et on les agite comme les dangereux radicaux dont le gouvernement va nous protéger en limitant cette taxe à un seuil supportable (pour qui ?). Sur ce coup là, les autre partis de gauche (vrais ou supposés) sont inexistants. Sur la lutte sociale, la protection des plus faibles, il y aura, aussi, toujours plus radical que qui que ce soit. C’est au moment où le NPA prend son envol (le mot est il bien choisi ?) qu’on fait imploser le figurant Besancenot, dont la radicalité fait recette auprès d’un certain public en le faisant doubler par la gauche (voila bien un côté qu’il ne devait pas surveiller, super confiant qu’il était dans le fait qu’il incarnait ce qui pouvait se faire de plus à gauche par chez nous) par de dangereux terroristes, installés dans une épicerie quasi communautaire au fin fond de la France, qui auront d’autant plus d’aura qu’ils seront emprisonnés injustement pendant un nombre de semaines suffisant pour couvrir le bruit médiatique de ce parti de niche. D’un coup, Besancenot, dans ses petites fringues de marques, son blouson Schott, son polo Ralph Lauren, il passe pour un petit bourgeois, casté pour sa bonne bouille (mais la mine de Coupat n’est pas sans sex appeal elle aussi) et pour son aisance oratoire (mais là, il se fait totalement atomiser par le même Coupat, qui semble être ceinture noire d’ironie cinglante). Mais bien sûr, le summum de la manipulation, c’est de faire doubler la gauche française parce qu’on peut appeler, tout de même, la droite modérée américaine. C’est bien connu, en France, qu’aux USA il n’y a pas de gauche. On le répète assez pour que tout le monde ait bien intégré cette carte mentale des opinions politiques yankees. Eh bien, il faut maintenant qu’on se figure que le président américain lui même est davantage de gauche que les hommes et femmes politiques qui, en France, affirment combattre la droite. En matière de destruction d’une crédibilité qui n’avait déjà pas besoin de ça, on peut difficilement rêver mieux.

Si on voulait être très modéré dans les propos, on pourrait dire que la droite ne fait que rendre la monnaie de la pièce à une gauche qui a su, en son temps, empêcher toute unité à droite en sauvant régulièrement le soldat Le Pen pour discréditer tout discours de ce côté de l’échiquier politique. Cependant, le parallèle n’est pas tout à fait juste : après tout, le seul gain obtenu par la gauche quand elle a joué à cela, c’est l’électorat. Tout ce qu’elle a obtenu, c’est le pouvoir. Et après tout, on peut penser que si vraiment, il faut le conquérir, ce pouvoir, alors il faut y mettre les moyens appropriés, c’est à dire les moyens efficaces, tout simplement. Mais lorsque la droite joue à faire déborder la gauche implantée médiatiquement par tous ses côtés, elle fait d’une pierre deux coups : d’une part elle divise, et d’autre part, économiquement, elle récupère les dividendes, puisqu’à chaque fois, elle fait en sorte de n’avoir, sur les dossiers concernés, aucune opposition crédible. Et comme ceux qui incarnent ce pouvoir font partie de ce petit groupe qui bénéficie des mesures mises en place, on assiste à un hold-up politique (mais ça, pourquoi pas) aggravé d’un hold-up économique (franchement, qui n’a pas compris, derrière les mines faussement scandalisées du pouvoir, que la crise financière n’était qu’une opération de siphonage, déjà effectuée, des fonds publics, qui seront d’ici peu tellement essorés qu’il faudra bien un des ces plans magiques dont le FMI a le secret pour nous sauver à grands coups de restructuration (bonne idée, ça, DSK devrait piger ça : ce n’est pas à la tête du PS qu’il peut briguer la présidence française, mais comme réformateur plus décapant encore que Sarkozy lui même. Sa seule crédibilité consiste à pouvoir doubler l’UMP sur sa droite. Tout autre positionnement est pour lui une impasse. Il faudra rompre avec la bonne conscience, mais il semble qu’il puisse s’accommoder de cet inconfort là)).

En attendant les prochains épisodes, nous en restons donc, nous autres français, à cette maigre consolation : notre président est noir (aux USA, il est post-noir, mais en France, parce qu’on pense encore d’une certaine manière, il est noir, d’abord), il est intelligent, il est social, il protège les pauvres contre les riches, il veut la paix dans le monde (on en reparlera, de ça), il est celui pour qui on aurait voté s’il s’était agi d’élire un président pour un autre pays. Comme on peut difficilement se reconnaître dans nos propres dirigeants, on a décidé de préférer ceux des autres. Les nôtres, sans doute ont ils cru un moment qu’ils pourraient se servir dans le bien public tout en étant aimés du peuple. Il semblerait qu’ils aient abandonné cette ambition et, s’ils braquaient auparavant les projecteurs sur cette vie qui était supposée nous rendre tellement envieux qu’on finirait par les aimer, ils trouvent aujourd’hui que l’ombre médiatique d’Obama le Français est une planque assez intéressante. Et nous, comme on n’est décidément pas très doués pour ces choses là, connement, tel le disciple auquel le maître indique la lune, nous regardons le doigt que le gouvernement nous adresse (dédicace toute spéciale à Eric Besson, qui veut nous faire comprendre quelque chose, dirait-on (on le savait qu’il faisait de l’entrisme !).

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