Qui je suis ? QUI JE SUIS ?!!!! Mais c’est moi !! C’est MOI !!!! BLEEEEEU BLAAAAANC ROUUUUUUUGE, c’est moi Obama le Françaiiiiiis !

In "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA
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There’s a feeling I get
When I look to the west
Led Zeppelin – Stairway to Heaven

On sait bien qu’il y a un tic de rédaction, qui consiste à voir les prédictions de Guy Debord un peu partout. Mais tout de même, parfois, le monde de l’information spectaculaire laisse difficilement le choix dans l’interprétation de ses propres faits et gestes.

Ainsi, dans un beau mouvement de retournement de veste, les medias français ont ils trouvé bon de supporter Barrack Obama dans sa croisade pour la couverture santé universelle.

Fort bien. Belle unanimité : où qu’on lise l’information, le conte proposé est toujours le même : le preux chevalier des minorités opprimées pourfend la féodalité implantée pour obtenir une protection efficace des gueux sur le terrain de la santé. Il semble même difficile de présenter l’information sous un autre angle tant c’est simplement évident : le projet lancé par Obama remet évidemment en question les avantages sidérants sur lesquels campent depuis des décénies les assurances privées américaines, qui font leur loi dans le domaine de la santé, qui y trouvent évidemment leur compte, et n’ont aucune intention de voir le système changer.

Reste à savoir qui, en France, se permet de soutenir une telle action politique.

Parce que, ou on se trompe, ou bien parmi ceux qui trouvent Obama tellement séduisant dans son petit costume de médecin des pauvres, il y en a une bonne part qui trouvaient notre propre président tout aussi séduisant dans son propre costard de démanteleur de la solidarité médicale par chez nous. On commence à connaître les symptômes de cette maladie : en gros, elle provoque des troubles du jugement qui consiste à considérer tout projet d’avancée sociale américaine comme un don de Dieu en personne, et tout projet qui consisterait à protéger les acquis sociaux en France comme l’oeuvre de Staline en personne. Ainsi, sur des projets diamétralement opposés, Sarkozy est encensé en France comme un réformateur courageux, et Obama est sanctifié aux USA comme celui qui s’oppose aux intérêts privés des plus aisés pour laisser une place à l’intérêt commun du peuple. Pire encore : quand les opposants d’Obama veulent l’insulter, ils le surnomment « le Français », et quand nos medias veulent donner envie à l’électorat de voter pour Sarkozy, on montre combien il est pétri de mythe américain (le comble du génie étant cette scène mémorable de cavalcade en Camargue (avait on casté des poneys pour que les montures ne paraissent pas trop grandes face à l’échelle singulière de notre président ?…)

Comme on dit « Faudrait savoir ».

Le problème, c’est que nos medias massifs ne peuvent pas savoir. Ou plutôt, étant donné leur position, ils veulent pas savoir : d’un côté, il faut bien protéger les intérêts de leurs financiers. Or ces groupes là ont tout intérêt à voir ce qui leur échappe, leur revenir. En gros, sur la santé, il en va comme du reste : il faut mettre la main sur les quelques secteurs qui relèvent encore du bien commun. Justice, armée, police, éducation, santé, prisons, tout ceci échappe encore à la capitalisation, et c’est là que le secteur privé peut encore grignoter. Au quotidien, il faut donc montrer combien il est ridicule, désormais, de s’attacher à un système qui conviendrait, sans doute, au h-3-1393385-1234448699pays de Oui Oui, mais ne peut fonctionner dans la vraie vie, où les fonctionnaires profitent de leurs avantages pour faire n’importe quoi (ce qui revient, surtout, paraît il, à ne rien faire du tout), il faut montrer, en particulier, comment l’école privée s’occupe bien des élèves qui sont bien meilleurs que dans le public (et plus blancs, aussi (parce que bon… c’est bien de ce genre de motivation qu’il s’agit, n’est ce pas ?), et plus riches, aussi, et plus sages, aussi), comment l’hôpital est désorganisé (comme on est bien reçu, dans ces cliniques au décor moderne, à l’ambiance paisible quand on doit patienter des heures dans les salles d’attentes pleines de drogués et de bénéficiaires de la CMU dans les hôpitaux publics), combien les prisons seraient plus efficaces si elles étaient privatisées (et combien on inciterait beaucoup plus à y envoyer tout un tas de monde (comment les appellera t-on ? Clients ? Usagers ?), dans la mesure où ca fera autant de fric qui passera directement des caisses de l’Etat à celui des potes qui ont flairé le marché avant tout le monde, qui ne l’ont d’ailleurs pas flairé, mais qui ont effectué les transactions qu’il fallait, les incitations qu’il fallait avec le pouvoir en place, qui n’est qu’humain, qui aime, lui aussi, les revenus conséquents, et pense à son avenir d’après parade gouvernementale; on nous montrera bientôt comment les copies conformes de Blackwater sont l’avenir de notre défense, comment la justice elle même sera mieux rendue par un système judiciaire parallèle, comment on sera mieux protégé par des milices sur lesquelles un pouvoir intéressé aura posé son « label ».

Bref, quand il s’agit de parler des affaires intérieures, on n’est jamais trop libéral. Et les quelques medias de masse qui se posent encore quelques questions sur cette privatisation effrénée ne le font, on le sent bien, que parce qu’il y a encore une niche de marché à exploiter du côté de ceux qui ça inquiète.

Pourquoi, dès lors, changer de camp dès que les mêmes débats ont lieu outre atlantique ? J’y vois deux raisons, au moins.

La première, c’est que, tout simplement, cette bataille là est beaucoup plus romantique que celle que mènent nos propres gouvernants. Nos chefs le savent : ils sont en train de faire ce qui, aux yeux de l’histoire, paraîtra après coup comme une sale besogne. Profitant d’un écran de fumée médiatique savamment entretenu, ils pillent ce qu’il y a encore à récupérer, mais ils savent bien que les caméras de surveillance de l’histoire tournent toujours, et que dans le futur, leurs photos seront classées dans les mêmes chapitres des livres d’histoire que celles de pillards profitant des moments de désordre (Nouvelle-orléans, zones de désastres diverses et variées) pour aller se servir. En fait, on pourrait dire cela : les medias complices ne peuvent que difficilement donner une image positive de l’action de nos gouvernements, dans la mesure où celle-ci, dans sa véritable définition, est nécessairement cachée. Ils ne peuvent dès lors que participer à l’écran de fumée, l’entretenir, pendant que les petits larcins, les combines, les échanges de secteurs de bien public tombés du camion se font, en douce. Si on montrait l’action de nos dirigeants pour ce qu’elle est, on serait entre le ridicule des Rapetous manigançant dans leur coin, grâce au désordre qu’ils ont semé, et le scandale de ceux qui, lors des catastrophes, en profitent pour tirer avantage personnel du malheur collectif. Le problème, c’est que si on regarde en profondeur les stratégies de nos gouvernants, on saisit assez facilement, pour peu qu’on perce la fumée, l’agitation, les journalistes qui courent en tous sens en essayant de suivre le rythme effreiné des déplacements du pouvoir, on cerne assez facilement que le désordre n’a qu’une seule source : ceux là même qui se font élire sur un programme qui est censé instaurer l’ordre. Mais on le sait maintenant : cet ordre imposé ne concerne que le peuple, tout particulièrement dans les zones les plus défavorisées (oui, on va poursuivre celle qui télécharge illégalement le dernier disque de Patricia Kass, oui, on va vous karschériser les banlieues, oui, le peuple va de plus en plus savoir ce que ça fait, une décharge de Tazer, ou un tir de flashball à hauteur de tête. Mais qui parle de passer les bureaux où officient les traders au lance-flammes ? Qui parle de désherber le Medef ? Qui promet de passer au napalm les groupes de pression qui, dans la salle des cent pas, viennent faire pression sur tel ou tel groupe parlementaire ?). Nos deux plus grands désordre actuels ont leur source dans la connivence du pouvoir politique avec la « haute finance » (l’expression est tellement proche, dans sa construction, de « grand banditisme » qu’on croirait que c’est fait exprès) : crise financière, évidemment, dont on voit bien que tout ce qu’il y a à y perdre concerne le peuple, et que tout ce qu’il y a à y gagner ne le concernera jamais, et crise de santé, aussi, puisque la grippe est une aubaine sans précédent pour l’industrie pharmaceutique (doit on rappeler que notre ministre de la santé est, dans la vraie vie, pharmacienne ? Peut on supposer, comme ça, à la voir, qu’elle ait vidé son fichier « contacts » dans son téléphone à la mode, le jour où elle est devenue ministre de la santé ? Pire : à la regarder, comme ça, à jeter un coup d’oeil sur ses tenues, peut on imaginer qu’elle soit insensible au fric ? Et même si les revenus d’un ministre sont intéressants, peut on imaginer qu’ils soient susceptibles de lui suffire ? Bref, on sème la panique, et bien au chaud dans l’oeil du cyclone, on récupère, et on redistribue. Les bénéficiaires sauront toujours s’en souvenir. Maintenant, les journaux doivent se vendre, les JT doivent être regardés pour que les plages de pub qui les encadrent (et donc les financent) soient juteuses, alors, puisque le glamour n’est pas chez nous, on le cherche ailleurs, dans les combats qui, chez nous, désserviraient trop le pouvoir pour qu’on puisse en faire la promotion.

L’autre raison, à mon sens, c’est que ces luttes sociales menées à l’autre bout du monde sont finalement plus gênantes pour l’opposition que pour le pouvoir en place chez nous. Après tout, que l’UMP ne se batte pas pour le maintient de la sécurité sociale chez nous, il n’y a là rien d’étonnant; c’est dans ses gènes. En revanche, que ce qu’on appelle la gauche ne le fasse pas, voila qui peut nous sembler relever de l’erreur de casting. Le problème, c’est que l’électorat ne prend conscience de ce genre de choses que si on le lui montre de manière criante : après tout, il s’est tellement habitué à voir les hommes et femmes censés être de gauche faire exactement le contraire de ce pour quoi ils ont été élus qu’à force, le regard est un peu brouillé. Montrer Obama en pleine lutte, cela montre à quel point, en France, la gauche est dépassée, puisque même elle ne mène pas ce combat là. Or, il y a une vraie stratégie de communication sur la radicalité de la gauche, exactement comme, en son temps, la gauche a pu jouer de l’importance du Front National pour ternir l’audace des courants républicains de droite. Dans un électorat qu’on polarise le plus possible, un parti qui voit son propre discours prononcé par plus radical que lui même n’a plus beaucoup d’audience. Ce que la droite a connu avec le FN, la gauche le connait aujourd’hui avec… qui, au fait ? La liste est longue, et les attaques pleuvent de toutes les directions : un coup ce sont les écologistes qu’on utilise pour montrer que eux, au moins, ont un discours radical sur la taxe carbone, pas comme le PS qui ne sait quoi en penser, et on les agite comme les dangereux radicaux dont le gouvernement va nous protéger en limitant cette taxe à un seuil supportable (pour qui ?). Sur ce coup là, les autre partis de gauche (vrais ou supposés) sont inexistants. Sur la lutte sociale, la protection des plus faibles, il y aura, aussi, toujours plus radical que qui que ce soit. C’est au moment où le NPA prend son envol (le mot est il bien choisi ?) qu’on fait imploser le figurant Besancenot, dont la radicalité fait recette auprès d’un certain public en le faisant doubler par la gauche (voila bien un côté qu’il ne devait pas surveiller, super confiant qu’il était dans le fait qu’il incarnait ce qui pouvait se faire de plus à gauche par chez nous) par de dangereux terroristes, installés dans une épicerie quasi communautaire au fin fond de la France, qui auront d’autant plus d’aura qu’ils seront emprisonnés injustement pendant un nombre de semaines suffisant pour couvrir le bruit médiatique de ce parti de niche. D’un coup, Besancenot, dans ses petites fringues de marques, son blouson Schott, son polo Ralph Lauren, il passe pour un petit bourgeois, casté pour sa bonne bouille (mais la mine de Coupat n’est pas sans sex appeal elle aussi) et pour son aisance oratoire (mais là, il se fait totalement atomiser par le même Coupat, qui semble être ceinture noire d’ironie cinglante). Mais bien sûr, le summum de la manipulation, c’est de faire doubler la gauche française parce qu’on peut appeler, tout de même, la droite modérée américaine. C’est bien connu, en France, qu’aux USA il n’y a pas de gauche. On le répète assez pour que tout le monde ait bien intégré cette carte mentale des opinions politiques yankees. Eh bien, il faut maintenant qu’on se figure que le président américain lui même est davantage de gauche que les hommes et femmes politiques qui, en France, affirment combattre la droite. En matière de destruction d’une crédibilité qui n’avait déjà pas besoin de ça, on peut difficilement rêver mieux.

Si on voulait être très modéré dans les propos, on pourrait dire que la droite ne fait que rendre la monnaie de la pièce à une gauche qui a su, en son temps, empêcher toute unité à droite en sauvant régulièrement le soldat Le Pen pour discréditer tout discours de ce côté de l’échiquier politique. Cependant, le parallèle n’est pas tout à fait juste : après tout, le seul gain obtenu par la gauche quand elle a joué à cela, c’est l’électorat. Tout ce qu’elle a obtenu, c’est le pouvoir. Et après tout, on peut penser que si vraiment, il faut le conquérir, ce pouvoir, alors il faut y mettre les moyens appropriés, c’est à dire les moyens efficaces, tout simplement. Mais lorsque la droite joue à faire déborder la gauche implantée médiatiquement par tous ses côtés, elle fait d’une pierre deux coups : d’une part elle divise, et d’autre part, économiquement, elle récupère les dividendes, puisqu’à chaque fois, elle fait en sorte de n’avoir, sur les dossiers concernés, aucune opposition crédible. Et comme ceux qui incarnent ce pouvoir font partie de ce petit groupe qui bénéficie des mesures mises en place, on assiste à un hold-up politique (mais ça, pourquoi pas) aggravé d’un hold-up économique (franchement, qui n’a pas compris, derrière les mines faussement scandalisées du pouvoir, que la crise financière n’était qu’une opération de siphonage, déjà effectuée, des fonds publics, qui seront d’ici peu tellement essorés qu’il faudra bien un des ces plans magiques dont le FMI a le secret pour nous sauver à grands coups de restructuration (bonne idée, ça, DSK devrait piger ça : ce n’est pas à la tête du PS qu’il peut briguer la présidence française, mais comme réformateur plus décapant encore que Sarkozy lui même. Sa seule crédibilité consiste à pouvoir doubler l’UMP sur sa droite. Tout autre positionnement est pour lui une impasse. Il faudra rompre avec la bonne conscience, mais il semble qu’il puisse s’accommoder de cet inconfort là)).

En attendant les prochains épisodes, nous en restons donc, nous autres français, à cette maigre consolation : notre président est noir (aux USA, il est post-noir, mais en France, parce qu’on pense encore d’une certaine manière, il est noir, d’abord), il est intelligent, il est social, il protège les pauvres contre les riches, il veut la paix dans le monde (on en reparlera, de ça), il est celui pour qui on aurait voté s’il s’était agi d’élire un président pour un autre pays. Comme on peut difficilement se reconnaître dans nos propres dirigeants, on a décidé de préférer ceux des autres. Les nôtres, sans doute ont ils cru un moment qu’ils pourraient se servir dans le bien public tout en étant aimés du peuple. Il semblerait qu’ils aient abandonné cette ambition et, s’ils braquaient auparavant les projecteurs sur cette vie qui était supposée nous rendre tellement envieux qu’on finirait par les aimer, ils trouvent aujourd’hui que l’ombre médiatique d’Obama le Français est une planque assez intéressante. Et nous, comme on n’est décidément pas très doués pour ces choses là, connement, tel le disciple auquel le maître indique la lune, nous regardons le doigt que le gouvernement nous adresse (dédicace toute spéciale à Eric Besson, qui veut nous faire comprendre quelque chose, dirait-on (on le savait qu’il faisait de l’entrisme !).

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