Les nègres du président doivent-ils être payés au mérite ?
Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS 8 commentaires »29 octobre 2009De deux choses l’une :
ou bien Guaino & c° sont tellement géniaux qu’il serait dommage de ne lire leurs discours qu’une fois,
ou bien dans les secrétariats de l’Elysée, on est un peu payé à rien foutre.
Toujours est-il que quand il s’agit de s’adresser aux agriculteurs, on les prend suffisamment pour des cons pour leur ressortir au mot près de longues séquences d’un discours prononcé neuf mois plus tôt. Et histoire d’enfoncer le clou, notre bien aimé président, qui ne peut pas ne pas savoir qu’il ressort le même sketch pour la seconde fois, va introduire son speech par les mots suivants : « Je ne suis pas venu tenir un discours que vous avez déjà entendu ». On imagine assez bien les discussions précédant ce grand moment : « Nicolas, je vous écris un nouveau discours pour les bouseux ? – Non non Guaino, vous avez mieux que ça à faire, trouvez nous donc quelques bons mots pour Frédéric Lefebvre, il est en petite forme ces dernières semaines, je vais leur refaire le discours de l’autre fois, de toute façons, les pécqueneaux sont comme les poissons rouges, ils n’ont pas de mémoire à long terme. Pour faire d’une pierre deux coups, je recaserai la bonne vieille formule de la terre comme identité nationale, ça flattera la tendance extrême droite de la France profonde ». Et voila comment on ressert deux fois les mêmes plats, à l’Elysée (pour des hommes qui se tapent des repas à 5000 € par personne, ça fait un peu mesquin, non ?), quand il s’agit d’inviter au dîner de cons du jour la paysannerie française que Sarkozy doit, ce jour là, et malgré ses réticences, caresser dans le sens du poil.
Heureusement, en France, une petite équipe de journalistes repère ce genre de choses. On profitera de cette séquence mélangeant parfum de scandale (ou plutôt de mépris) et amusement public pour se demander pourquoi ces éléments d’enquête journalistique sont systématiquement produits par cette petite équipe d’irréductibles journalistes dont Yann Barthes est le visage et qui en quelques très courtes minutes de Petit Journal, passe réunions politiques auxquels ils semblent bien être les seuls journalistes à se rendre, discours présidentiels, propos de campagne, au crible d’un regard qui est tout simplement critique. Jamais un seul JT ne repère quoi que ce soit de ce genre. Ils ont pourtant d’autres moyens, et c’est censé être leur mission…
L’extrait vidéo vient donc de cette géniale séquence quotidienne qu’est le Petit Journal sur Canal+ :
Finalement, si on aime la terre, on aime finalement moins les paysans, qui ne sont pris en considération que parce qu’ils sont, à l’approche de nouvelles élections, les voix de la terre auxquelles on ne peut pas dire clairement « Tirez vous, pauvre cons », et que le citoyen lambda, ne mettant jamais les pieds dans une exploitation agricole, voit encore le cultivateur comme une sorte de croisement en Yves Duteil, Gérard Klein et Hugues Aufray, pas comme un déverseur de produits chimiques : mais on sait d’où vient cette double lecture du paysan dans cette manière décomplexée qu’a l’UMP de lier ces temps ci identité nationale et terroir. Si les nègres du président arrêtaient de piller Pétain quand il s’agit de parler à la France profonde, ils pourraient nous sortir quelques autres références, voisines, mais prenant moins de gants avec le même sujet.
En effet, les formules de Sarkozy, sur la terre, humus de l’identité nationale française (comme si il n’y avait de terre qu’en France, et d’agriculteurs qu’hexagonaux) sont finalement tirées de la rhétorique pétainiste : tout le monde a connecté son discours, prononcé deux fois, à l’annonce faite aux français par le maréchal Pétain, le 25 juin 1940, des conditions de l’armistice :
« Ce n’est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c’est une portion de France qui meurt. Une jachère à nouveau emblavée, c’est une portion de la France qui renaît. »
Ce qui est génial, c’est que si on relit le passage, on s’aperçoit qu’à aucun moment on ne parle des paysans eux mêmes, il ne s’agit que de la terre. C’est un seigneur, ou quelqu’un qui se croit tel, qui parle de ses terres dont il aime qu’elles fructifient. Mais quand le même courant de pensée décrit les paysans eux mêmes, c’est une autre image qui apparaît. Quittons Pétain, mais allons vers Lucien Rebatet, fasciste revendiqué, auteur d’un roman parait-il bon (Les deux Etendards, mais il y en a tellement d’autres, des romans parait-il bons…). Dans son ouvrage intitulé Les Décombres, il raconte son itinéraire personnel, et son implication dans la seconde guerre mondiale, sous un angle forcément un peu particulier. Un passage s’intéresse à la visite d’incorporation, moment où Rebatet se trouve, avec tous les hommes de sa classe d’âge, dans le plus simple appareil, sous le regard des médecins sélectionneurs. Mais un autre voyeur les observe, c’est l’auteur lui-même, qui a ces mots au sujet de ceux qui viennent du monde agricole :
« Les visites d’incorporation ont commencé pour toute ma fournée. Ce sont des cérémonies interminables. Elles offrent tout loisir pour contempler à l’état de nature un bon millier de mâles français. Il s’en faut de beaucoup que ce spectacle soit réconfortant. La race de ma province a sans doute toujours été plus résistante que belle. Mais elle est réellement abîmée, négligée. Il faut dix bouches pour réunir trente-deux dents intactes. Les ptoses, varices, hernies, ulcères, scrofules sont en nombre incroyable. Les moeurs d’un régime et d’un peuple se jugent aussi dans ce défilé de paysans, avec leurs ventres énormes et mous sur des cuisses rachitiques et des genoux en boulets, leurs échines arquées, leurs omoplates décollées, leurs thorax étiques, leurs mâchoires pourries, leurs oreilles suintantes, leurs estomacs aigris, leurs foies décomposés. Je ne suis qu’un citadin de carcasse solide mais d’apparence fort modeste, un gratte-papier confiné dans des imprimeries empestées, avec quelque cinq mille nuits de veille derrière lui, mais du moins sobre et lavé. Je me situe dans une très honorable moyenne parmi tous ces hommes de la terre et du grand air. »
Lucien Rebatet, Les Décombres, p. 156 (oui, mes lectures m’étonnent parfois moi-même un peu !)
Allez, soyons médisants quelques secondes : si toi, lecteur, tu ressens quelque trouble à la lecture de ces lignes, si tu aimes les ambiances de vestiaires, les corps masculins tels qu’ils sont dans la réalité, et non tels que les films de propagande (que ce soit Les Dieux du stade par Riefenstahl ou Les Dieux du stade par le Stade Français) les mettent en scène, si toi aussi tu sens bien qu’il y a chez Rebatet un regard qui est loin d’être insensible à la vue de ses semblables dans leur plus simple appareil, méfie-toi : tu ferais peut être bien partie de ces gens qui sont capables d’être émus par les lutteurs de 40 ans, et je me demande si, au-delà du dégoût affiché pour ces corps étrangers à sa propre nature, il n’y aurait pas chez Rebatet une tentation pour cette mauvaise vie là. Parcourir les pages de récits de « lutte » de ce personnage là, c’est se trouver dans un univers qui transpire la virilité et la fascination qu’elle provoque sur celui qui en est le témoin. Le problème de la fascination, c’est qu’elle est autant une attirance qu’une répulsion. Chez le fasciste qui nous occupe ici, c’est ce second effet qui prédomine, mais on ne peut pas s’empêcher de soupçonner qu’il ne s’agisse, finalement, que de dénégation. Mais revenons aux paysans auxquels la droite s’adresse : si, dans une version électronique des Décombres, on fait une recherche sur « paysans », on ne trouve que des détails de cet acabit. En revanche, une recherche sur le mot « paysage » permet d’atteindre des passages tels que celui qui suit :
« Nous sommes bien partis pour la zone des armées, mais pour celle des Alpes. Le ridicule est fidèlement attaché à mes pas de troupier.
J’ai du moins découvert, chemin faisant, l’admirable vallée de la Drôme, que je rougis d’avoir ignorée jusqu’ici. A huit heures du matin, elle a toute la lumière, les valeurs ocrées, bleutées et argentées des Corots d’Italie ; leur dessin aussi, vieilles citadelles méridionales, petits villages en colimaçons, premiers cyprès de pleine terre, châtaigniers et chênes verts agrippés aux collines sobres. Bientôt, les lignes, toujours aussi pures et nettes, se font plus tourmentées. Le coteau devient montagne, la Drôme bleue et rapide devient torrent et parle des neiges qui barrent l’horizon. La nature est en veine d’imagination et prodigue toutes ses fantaisies. Eboulis colossaux et harmonieux, ravins, falaises, gorges, cimes, chaque tournant du chemin est une surprise nouvelle. Le ciel latin est de tous côtés escaladé par des rochers étranges et élégants. C’est le paysage qui comble toutes mes prédilections, le Midi et l’Alpe, la noblesse d’une terre déjà provençale, mais soulevée d’un lyrisme qui fouette incomparablement l’esprit. »
Ibid, P. 178
La terre sans ceux qui la travaillent, la géographie sans l’homme, le paysan mis sous terre, réduit à son statut de bête de somme nécessaire. D’ailleurs, quand Rebatet parle de l’agriculture, ce dont il se soucie, c’est de voir les juifs être propriétaires de la terre et du bétail.
Tel est le discours qui se tient encore sur les agriculteurs : tellement attachés à la terre par le regard politique qu’ils y sont embourbés, tellement abstraits qu’on oublie, quand on leur parle, au-delà des financements qui ne font qu’alimenter cette activité censée être elle-même nourricière, de les rappeler à leurs devoirs devant cette terre qui est, dès lors, elle même abstraite, puisqu’on la glorifie tout en la polluant.
On sent bien, derrière ces mots dont on semble suffisamment fier pour se permettre de les servir plutôt deux fois qu’une, le double langage et la double pensée d’une droite qui n’est en fait pas si à l’aise que le discours veut bien l’affirmer avec le matériel idéologique qu’elle manipule. Encore un effort pour être totalement décomplexée ?
avons fini avec le nazisme, sous prétexte que nous n’ouvrons plus de camps de concentration et que nous n’avons plus, inscrits dans nos programmes politiques, de volonté d’exterminer telle ou telle partie de la population. L’épigraphe du livre de Lagandré nous incite à la prudence au moment de nous exonérer des fautes commises par nos prédécesseurs :
imposer, mais cette corde d’autant plus secrète qu’elle constitue le tabou absolu, qu’il suffirait de faire vibrer pour faire élire ceux qui osent en jouer afin, non pas qu’ils accomplissent le programme de Hitler, parce que l’histoire ne repasse les plats de manière aussi lisible, mais que les conditions de l’action efficace pour eux-mêmes et ceux qu’ils représentent soient réunies, ce qui implique parfois de faire mine de mettre en oeuvre ces programmes totalitaires qu’ils mettent en avant au moment d’être élus ?
Espoirs déçus. Le nom qui circule désormais pour prendre la tête de l’EPAD, c’est Joelle Ceccaldi-Raynaud. Qui est Joelle Ceccaldi-Raynaud ? Son fait de guerre le plus connu est d’être la fille de Charles Ceccaldi-Raynaud, et d’avoir pris sa suite lorsque celui ci ne put assurer ses responsabilités de maire pour raisons de santé. Quand, une fois remis sur pieds, Charles voulut reprendre son rôle de maire, Joelle refusa tout bonnement, trouvant sans doute que la place était plutôt intéressante, puisqu’elle
d’une couverture médiatique importante. Une telle couverture qu’on ne peut s’empêcher de penser que, heureusement, le JT de 20h n’existait pas en 14-18, parce qu’on aurait eu du mal à couvrir les pertes dans les rangs français, et notre président aurait pu réciter la messe par coeur à force d’assister aux enterrements. On laissera à notre député un bénéfice du doute, en pariant que nos hommes sont bien motivés par la liberté des afghans, et pas par les primes intéressantes qu’ils touchent dans ce genre de mission. Bref.
complet qu’une pub benetton, la petite fille irresponsable déguisée en ministre of united colors, inconsciente d’avoir été choisie avant tout pour cela et pour pas grand chose d’autre (elle, n’est pas la fille du président, ce qui semble être la seconde raison d’être nommé quelque part dans ce bas monde), Rama Yade oublie parfois qu’on ne mort pas la main qui nourrit, et croit qu’elle peut mener sa barque médiatique comme bon lui semble : et vas y que je prends la parole pour dire ce que je pense,et vas y que je ne soutiens pas le fils du roi avec toute la ferveur que lui doivent tous ses futurs sujets.
Aphatie est sans doute de tous les journalistes politiques celui qui a les dents les plus acérées sur ses collègues. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il les loupe pas. Evidemment, c’est à l’occasion des interviews présidentielles auxquelles il n’est pas convié (trop rebelle, trop incontrôlable, trop irrespectueux envers le pouvoir, c’est sans doute ainsi qu’il imagine que le pouvoir le voit lui-même, et prend peur dès qu’on évoque son nom (« Aphatie ? Le journaliste fou ?! ») qu’on sent bien que sa conscience professionnelle se téléporte dans la tête de Dada Pujadas et Laulau Ferrari, et qu’il pose dans sa propre tête toutes les questions qu’il reprochera ensuite aux heureux élus de ne pas avoir osé poser.
Sans doute, si c’était n’importe quel autre journaliste qu’Aphatie qui était ce soir en face du conseiller tout de même très spécial de l’Elysée, sans doute Aphatie, devant son poste, se serait il imaginé poser mille questions à Guaino après une telle sortie : Ah oui, « créditrice », et de combien alors ? Et donc, si nous avons tant d’argent, à quoi allons nous l’utiliser, dans quoi la France va t elle pouvoir investir ? Et si nous sommes si riches, comment se fait il qu’à chaque demande sociale, on argumente sur la base du fameux « les caisses sont vides »? Et pourquoi, si tout va si bien que ça, pourquoi ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux ? Ce serait, finalement, juste pour les emmerder ? Juste parce qu’on les aime pas ? Ou bien faut il que tout cet argent dont on dispose finalement soit réservé au bouclier fiscal ? Plein plein de question qu’Aphatie aurait pu poser dans sa tête si il avait été n’importe où, finalement, du moment que ce ne fut pas devant Henri Guaino.
en même temps, il faut avouer qu’il écrit à demi-mots précisément pour n’en pas dire assez, alors…) par une militante FN qui semble persuadée d’avoir, dans ses veines, un sang, un pur, abreuvant les sillons de son opportunisme, une digne fille de son père. Face à une Laurence Ferrari qui semblait assez embarassée de voir débarquer sur son plateau de JT un invité venu raconter sa souffrance d’homme mondain homo, menant une vie tellement douloureuse que seule la compagnie de jeunes éphèbes de 4O ans (éphèbe ? 40 ans ? En Thaïlande ?… …) pouvait le consoler. Elle n’osa pas lui dire qu’au moins, il avait les moyens d’aller se payer un peu de dépaysement à l’autre bout du monde. On se demande comment ils font, les homos pauvres, pour survivre en ce bas monde. Accessoirement, Dimanche, questionné sur le sort des jeunes afghans renvoyés dans leur pays, le même Frédéric Mitterrand répondait que c’était une question difficile et douloureuse. Décidément, cet homme souffre beaucoup, mais semble peu enclin à relativiser sa propre souffrance à la vue de celle des autres : il profite de la misère des autres parce qu’il souffre, et le retour peut être fatal des clandestins dans leur pays d’origine ne provoque pas d’autre réaction que le retour à la douleur morale que le gouvernement auquel il participe lui occasionne. On ne sait pas si le fait de consommer des amours tarifées constitue une perversion (enfin, on a une idée sur la question, tout de même), mais l’égocentrisme en constitue bien une, beaucoup plus répandue, certes, mais rarement poussée à ce point.
Bref, tout de même, résumons : Jeudi, F. Mitterrand se défend devant la France quasi entière, de graves accusations de pédophilie.