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Les nègres du président doivent-ils être payés au mérite ?

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS 8 commentaires »29 octobre 2009

De deux choses l’une :

ou bien Guaino & c° sont tellement géniaux qu’il serait dommage de ne lire leurs discours qu’une fois,

ou bien dans les secrétariats de l’Elysée, on est un peu payé à rien foutre.

Toujours est-il que quand il s’agit de s’adresser aux agriculteurs, on les prend suffisamment pour des cons pour leur ressortir au mot près de longues séquences d’un discours prononcé neuf mois plus tôt. Et histoire d’enfoncer le clou, notre bien aimé président, qui ne peut pas ne pas savoir qu’il ressort le même sketch pour la seconde fois, va introduire son speech par les mots suivants : « Je ne suis pas venu tenir un discours que vous avez déjà entendu ». On imagine assez bien les discussions précédant ce grand moment : « Nicolas, je vous écris un nouveau discours pour les bouseux ? – Non non Guaino, vous avez mieux que ça à faire, trouvez nous donc quelques bons mots pour Frédéric Lefebvre, il est en petite forme ces dernières semaines, je vais leur refaire le discours de l’autre fois, de toute façons, les pécqueneaux sont comme les poissons rouges, ils n’ont pas de mémoire à long terme. Pour faire d’une pierre deux coups, je recaserai la bonne vieille formule de la terre comme identité nationale, ça flattera la tendance extrême droite de la France profonde ». Et voila comment on ressert deux fois les mêmes plats, à l’Elysée (pour des hommes qui se tapent des repas à 5000 € par personne, ça fait un peu mesquin, non ?), quand il s’agit d’inviter au dîner de cons du jour la paysannerie française que Sarkozy doit, ce jour là, et malgré ses réticences, caresser dans le sens du poil.

Heureusement, en France, une petite équipe de journalistes repère ce genre de choses. On profitera de cette séquence mélangeant parfum de scandale (ou plutôt de mépris) et amusement public pour se demander pourquoi ces éléments d’enquête journalistique sont systématiquement produits par cette petite équipe d’irréductibles journalistes dont Yann Barthes est le visage et qui en quelques très courtes minutes de Petit Journal, passe réunions politiques auxquels ils semblent bien être les seuls journalistes à se rendre, discours présidentiels, propos de campagne, au crible d’un regard qui est tout simplement critique. Jamais un seul JT ne repère quoi que ce soit de ce genre. Ils ont pourtant d’autres moyens, et c’est censé être leur mission…

L’extrait vidéo vient donc de cette géniale séquence quotidienne qu’est le Petit Journal sur Canal+ :

Finalement, si on aime la terre, on aime finalement moins les paysans, qui ne sont pris en considération que parce qu’ils sont, à l’approche de nouvelles élections, les voix de la terre auxquelles on ne peut pas dire clairement « Tirez vous, pauvre cons », et que le citoyen lambda, ne mettant jamais les pieds dans une exploitation agricole, voit encore le cultivateur comme une sorte de croisement en Yves Duteil, Gérard Klein et Hugues Aufray, pas comme un déverseur de produits chimiques : mais on sait d’où vient cette double lecture du paysan dans cette manière décomplexée qu’a l’UMP de lier ces temps ci identité nationale et terroir. Si les nègres du président arrêtaient de piller Pétain quand il s’agit de parler à la France profonde, ils pourraient nous sortir quelques autres références, voisines, mais prenant moins de gants avec le même sujet.

En effet, les formules de Sarkozy, sur la terre, humus de l’identité nationale française (comme si il n’y avait de terre qu’en France, et d’agriculteurs qu’hexagonaux) sont finalement tirées de la rhétorique pétainiste : tout le monde a connecté son discours, prononcé deux fois, à l’annonce faite aux français par le maréchal Pétain, le 25 juin 1940, des conditions de l’armistice :

« Ce n’est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c’est une portion de France qui meurt. Une jachère à nouveau emblavée, c’est une portion de la France qui renaît. »

Ce qui est génial, c’est que si on relit le passage, on s’aperçoit qu’à aucun moment on ne parle des paysans eux mêmes, il ne s’agit que de la terre. C’est un seigneur, ou quelqu’un qui se croit tel, qui parle de ses terres dont il aime qu’elles fructifient. Mais quand le même courant de pensée décrit les paysans eux mêmes, c’est une autre image qui apparaît. Quittons Pétain, mais allons vers Lucien Rebatet, fasciste revendiqué, auteur d’un roman parait-il bon (Les deux Etendards, mais il y en a tellement d’autres, des romans parait-il bons…). Dans son ouvrage intitulé Les Décombres, il raconte son itinéraire personnel, et son implication dans la seconde guerre mondiale, sous un angle forcément un peu particulier. Un passage s’intéresse à la visite d’incorporation, moment où Rebatet se trouve, avec tous les hommes de sa classe d’âge, dans le plus simple appareil, sous le regard des médecins sélectionneurs. Mais un autre voyeur les observe, c’est l’auteur lui-même, qui a ces mots au sujet de ceux qui viennent du monde agricole :

« Les visites d’incorporation ont commencé pour toute ma fournée. Ce sont des cérémonies interminables. Elles offrent tout loisir pour contempler à l’état de nature un bon millier de mâles français. Il s’en faut de beaucoup que ce spectacle soit réconfortant. La race de ma province a sans doute toujours été plus résistante que belle. Mais elle est réellement abîmée, négligée. Il faut dix bouches pour réunir trente-deux dents intactes. Les ptoses, varices, hernies, ulcères, scrofules sont en nombre incroyable. Les moeurs d’un régime et d’un peuple se jugent aussi dans ce défilé de paysans, avec leurs ventres énormes et mous sur des cuisses rachitiques et des genoux en boulets, leurs échines arquées, leurs omoplates décollées, leurs thorax étiques, leurs mâchoires pourries, leurs oreilles suintantes, leurs estomacs aigris, leurs foies décomposés. Je ne suis qu’un citadin de carcasse solide mais d’apparence fort modeste, un gratte-papier confiné dans des imprimeries empestées, avec quelque cinq mille nuits de veille derrière lui, mais du moins sobre et lavé. Je me situe dans une très honorable moyenne parmi tous ces hommes de la terre et du grand air. »
Lucien Rebatet, Les Décombres, p. 156 (oui, mes lectures m’étonnent parfois moi-même un peu !)

Allez, soyons médisants quelques secondes : si toi, lecteur, tu ressens quelque trouble à la lecture de ces lignes, si tu aimes les ambiances de vestiaires, les corps masculins tels qu’ils sont dans la réalité, et non tels que les films de propagande (que ce soit Les Dieux du stade par Riefenstahl ou Les Dieux du stade par le Stade Français) les mettent en scène, si toi aussi tu sens bien qu’il y a chez Rebatet un regard qui est loin d’être insensible à la vue de ses semblables dans leur plus simple appareil, méfie-toi : tu ferais peut être bien partie de ces gens qui sont capables d’être émus par les lutteurs de 40 ans, et je me demande si, au-delà du dégoût affiché pour ces corps étrangers à sa propre nature, il n’y aurait pas chez Rebatet une tentation pour cette mauvaise vie là. Parcourir les pages de récits de « lutte » de ce personnage là, c’est se trouver dans un univers qui transpire la virilité et la fascination qu’elle provoque sur celui qui en est le témoin. Le problème de la fascination, c’est qu’elle est autant une attirance qu’une répulsion. Chez le fasciste qui nous occupe ici, c’est ce second effet qui prédomine, mais on ne peut pas s’empêcher de soupçonner qu’il ne s’agisse, finalement, que de dénégation. Mais revenons aux paysans auxquels la droite s’adresse : si, dans une version électronique des Décombres, on fait une recherche sur « paysans », on ne trouve que des détails de cet acabit. En revanche, une recherche sur le mot « paysage » permet d’atteindre des passages tels que celui qui suit :

« Nous sommes bien partis pour la zone des armées, mais pour celle des Alpes. Le ridicule est fidèlement attaché à mes pas de troupier.
J’ai du moins découvert, chemin faisant, l’admirable vallée de la Drôme, que je rougis d’avoir ignorée jusqu’ici. A huit heures du matin, elle a toute la lumière, les valeurs ocrées, bleutées et argentées des Corots d’Italie ; leur dessin aussi, vieilles citadelles méridionales, petits villages en colimaçons, premiers cyprès de pleine terre, châtaigniers et chênes verts agrippés aux collines sobres. Bientôt, les lignes, toujours aussi pures et nettes, se font plus tourmentées. Le coteau devient montagne, la Drôme bleue et rapide devient torrent et parle des neiges qui barrent l’horizon. La nature est en veine d’imagination et prodigue toutes ses fantaisies. Eboulis colossaux et harmonieux, ravins, falaises, gorges, cimes, chaque tournant du chemin est une surprise nouvelle. Le ciel latin est de tous côtés escaladé par des rochers étranges et élégants. C’est le paysage qui comble toutes mes prédilections, le Midi et l’Alpe, la noblesse d’une terre déjà provençale, mais soulevée d’un lyrisme qui fouette incomparablement l’esprit. »
Ibid, P. 178

La terre sans ceux qui la travaillent, la géographie sans l’homme, le paysan mis sous terre, réduit à son statut de bête de somme nécessaire. D’ailleurs, quand Rebatet parle de l’agriculture, ce dont il se soucie, c’est de voir les juifs être propriétaires de la terre et du bétail.

Tel est le discours qui se tient encore sur les agriculteurs : tellement attachés à la terre par le regard politique qu’ils y sont embourbés, tellement abstraits qu’on oublie, quand on leur parle, au-delà des financements qui ne font qu’alimenter cette activité censée être elle-même nourricière, de les rappeler à leurs devoirs devant cette terre qui est, dès lors, elle même abstraite, puisqu’on la glorifie tout en la polluant.

On sent bien, derrière ces mots dont on semble suffisamment fier pour se permettre de les servir plutôt deux fois qu’une, le double langage et la double pensée d’une droite qui n’est en fait pas si à l’aise que le discours veut bien l’affirmer avec le matériel idéologique qu’elle manipule. Encore un effort pour être totalement décomplexée ?

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Identification des schémas

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS Laisser un commentaire »26 octobre 2009

N’osant assumer pleinement ce que je vais écrire, qui est encore en chantier, je vais mettre tout ça sur le dos d’un de ceux que je suis en train de lire :

La Société intégrale, de Cédric Lagandré est un de ces livres qui osent frayer leur chemin sur une arrête de la pensée particulièrement sensible, celle de la mise à jour des formes que prend le nazisme dans la vie contemporaine. Sous le regard inspirateur d’Hannah Arendt, son auteur tente de poursuivre ce qu’elle avait déjà deviné après guerre : il y a une illusion d’optique dans notre manière d’être persuadés que nous en avec-sarkozy-tout-est-possible1avons fini avec le nazisme, sous prétexte que nous n’ouvrons plus de camps de concentration et que nous n’avons plus, inscrits dans nos programmes politiques, de volonté d’exterminer telle ou telle partie de la population. L’épigraphe du livre de Lagandré nous incite à la prudence au moment de nous exonérer des fautes commises par nos prédécesseurs :

« Ces « éléments [dont la cristallisation a abouti au totalitarisme] ne cessent pas d’exister dès lors qu’un ou que tous les régimes totalitaires ont été vaincus. [...] Si les puissances extra-européennes du monde entier, à qui il a fallu six ans pour vaincre l’Allemagne hitlérienne, avaient saisi ces éléments, elles n’eussent pas favorisé le rétablissement du statu quo complet en Europe – avec les anciens systèmes politiques des classes et des partis qui continuent , comme s’il ne s’était rien passé, à se désintégrer et à préparer le terrain pour des mouvements totalitaires. Et elles n’eussent pas manqué d’accorder toute leur attention à l’accroissement d’une population constituée de réfugiés, ainsi qu’à l’extension de l’état d’apatride ».
Hannah Arendt – La Nature du totalitarisme

Evidemment, le terrain est glissant : les parallélismes entre nazisme et toute autre forme de situation politique sont toujours des exercices effectués sur le fil du rasoir, dont on peut craindre qu’ils soient une facilité, un schématisme de la vue qui consiste à faire des analogies grossières, parce que parlantes. Le problème, c’est que l’interdiction de ce genre de mise en parallèle constitue, elle aussi, une facilité permettant de critiquer, depuis un surplomb moral confortable, les pensées qui se trouvent exactement là où elles doivent être : en équilibre au dessus de l’abîme. Aussi faut-il se fier à son propre sens critique et examiner au cas par cas la pertinence des rapprochements. Et Lagandré apporte dans sa courte étude des pièces à conviction qui, parce qu’elles font penser à d’autres qui, avant lui, ont déjà arpenté ces territoires de la honte, poussent à espérer qu’elles puissent aider à réaliser un peu plus et à quel moment charnière de l’histoire nous nous trouvons. En vrac, la référence à Arendt ayant déjà été effectuée, on pense aussi bien à Foucault, qu’à Agamben, qu’à Anders, à Fassinder ou aux actionistes viennois. On pense aussi beaucoup à La Question humaine, tant le livre de François Emmanuel que le film de Nicolas Klotz. Ensemble, ces oeuvres constituent peu à peu un tissu, un filet permettant de saisir, à différentes échelles, ce dont « nazisme » peut être le nom. Ce que La Société intégrale apporte, même si c’est en s’appuyant sur des bases théoriques qui le précèdent, c’est une lecture des enjeux et principes du nazisme plaquée sur les méthodes et orientations politiques de notre temps, par delà leur innocence revendiquée. Forcément, une telle lecture est, vis à vis de ce qui arrive, orientée. Comment, sinon, lire des passages tels que celui qui suit ?

« Ainsi que l’écrit Hannah Arendt, la terreur totalitaire n’a pas pour fin « le bien être des hommes ni l’intérêt d’un seul homme, mais la fabrication du genre humain » (Le Système totalitaire, P. 298). Elle peut faire l’économie, dans cette fabrication de toutes pièces, de ce à quoi donne lieu toute société réelle, plurielle et mélangée, conflits, mécontentements, heurts, litiges et contradictions, autant de rappels à la contingence de l’artifice politique et à l’exigence continuelle d’en surmonter le démembrement. Hitler tenait ainsi le Parlement, lieu où les conflits sociaux sont représentés et dénoués, pour un espace de discutaillerie sans fin. Ces imperfections, selon le point de vue nazi, n’avaient lieu qu’en raison du caractère simplement historique, « bâtard » et non originel, des sociétés ordinaires; sitôt qu’on bâtit la société selon un modèle, il va de soi qu’on la bâtit parfaite, et qu’on n’a plus besoin d’en discuter. On n’a plus besoin du caractère brouillon qu’induit dans la société en général, et dans le Parlement en particulier, l’usage de la parole. Une fois mise en place dans la réalité, cette société intégrale est nécessairement sans devenir ni modification, étant idéale a priori.  »
Cédric Lagandré – La société intégrale; P. 22

Comment, lisant ceci, ne pas penser aux images qui suivent ? Ou bien, plutôt : comment, voyant ces images qui suivent, ne pas penser aux mots qu’on a lus ?

Spontanément, le principe simple de l’identification s’accomplit. Si Sarkozy fustige à ce point toute forme d’opposition à son action, et si un des ressorts essentiels du totalitarisme est précisément constitué par ce refus des alternatives, des autres voies, du dialogue, alors comment ne pas considérer que « Sarkozy » est, tout simplement, le nouveau nom donné à ce totalitarisme qui ne se fonde à aucun moment sur le bien-être des hommes ? Peut-être. Et pourtant, c’est là que l’interprétation spontanée trouve ses limites : au-delà du discours agité, au-delà de cette manière de dire « c’est comme ça, ça ne sera pas autrement », le regard porté sur le comportement gouvernemental montre clairement qu’il ne s’agit en fait, à aucun moment, d’une quelconque pureté. Sinon, le programme électoral serait, tout simplement, accompli envers et contre tout; ce qu’il n’est pas. La preuve : les électeurs le regrettent, les supports politiques s’en plaignent. La pureté initiale du projet a été sacrifiée sur l’autel du réalisme politique. Comme quoi, la droite peut se prendre dans les gencives la baffe que la gauche s’était infligée toute seule en 1981.

Faut il être rassuré ? Doit-on s’en sortir à bon compte en constatant simplement que « ce qui se passe » n’a rien à voir avec le nazisme, puisque nous ne sommes finalement gouvernés que par des êtres de faible envergure qui se contentent de se servir en servant, et qui tentent de se servir le plus possible en servant le moins possible ? On le pourrait, si de tels individus n’étaient élus qu’une fois, et si les électeurs les abandonnaient tout à fait quand ils ont révélé leur tendance à profiter de cette place qui leur fut donnée. Or tel n’est pas le cas.

Curieusement, d’élection en élection, inlassablement, nous persistons à mettre aux mêmes postes les mêmes têtes, y compris quand nous savons pertinemment que les raisons qu’elles ont de s’accrocher à ces postes consistent avant tout en les avantages que cela leur donne. C’est bien qu’au delà des candidats qu’on nous propose et des promesses qu’ils nous font, quelque chose d’autre nous anime.

Emettons une hypothèse peu réjouissante : et si le véritable relent de nazisme ne se trouvait pas dans nos dirigeants, et si le nazisme était si intimement inscrit en nous qu’il était possible d’inciter à élire certains candidats plutôt que d’autres sur le seul principe du réveil de la disponibilité, en nous, d’une telle orientation ? Et si le nazisme était non pas ce qu’il s’agit de nous nicolas_sarkozy_zardari_pakistan_carla_schneier_bush_medvedev_onu_wall20street_bono20_geithner_uribe1imposer, mais cette corde d’autant plus secrète qu’elle constitue le tabou absolu, qu’il suffirait de faire vibrer pour faire élire ceux qui osent en jouer afin, non pas qu’ils accomplissent le programme de Hitler, parce que l’histoire ne repasse les plats de manière aussi lisible, mais que les conditions de l’action efficace pour eux-mêmes et ceux qu’ils représentent soient réunies, ce qui implique parfois de faire mine de mettre en oeuvre ces programmes totalitaires qu’ils mettent en avant au moment d’être élus ?

Ainsi, l’homme politique auquel nous sommes confrontés aujourd’hui ne serait pas celui qui a pour objectif d’éliminer toute une partie d’une population. Le politique auquel nous sommes confrontés serait plutôt celui qui accepte de faire le sale boulot que le peuple lui réclame si en échange ce peuple ne réclame pas sa part du gâteau. En d’autres termes, Sarkozy et ceux au service desquels il se tient s’en foutent totalement de la pureté. Ils ne la revendiquent que si ils sentent que le vent du moment le réclame. D’où les sondages d’opinion permanents, d’où les trois afghans renvoyés chez eux par Eric Besson, sans mauvaise conscience, mais sans zèle particulier non plus, parce qu’aux yeux de cette majorité pour laquelle cela compte, finalement, trois, cela suffit à faire preuve de bonne volonté. Ce n’est que la quantité nécessaire d’action à mettre en oeuvre pour que le peuple se dise qu’il en a été selon sa volonté, non pas celle qu’il revendique, mais celle dont il est secrètement porteur. Ce gouvernement a tellement bon dos que lorsque le peuple a mauvaise conscience, il accepte sans broncher de se voir accuser de nazisme, d’être le reflet dans le miroir que le peuple refuserait de voir.

Dès lors, effectivement, notre président agit. Et comme il le dit, il en faudrait beaucoup plus pour l’arrêter, tout simplement parce que les enjeux sont aujourd’hui beaucoup trop importants, parce que jamais nous autres, électeurs, n’avons été à ce point à fleur de peau, et qu’il s’agit d’en profiter jusqu’au bout, crise après crise, tension après tension. Sarkozy n’interdit pas les commentaires. Il n’interdit pas les discours, les critiques. Il dit simplement que là n’est pas son terrain d’action, malgré les apparences. Et il a raison : le commentaire n’est plus aujourd’hui qu’une manière de s’assurer que nous ne sommes pas les responsables de ce qui s’accomplit. Une expérience récente va le montrer. J’ai suivi, il y a quelques jours, à l’occasion d’une formation liée au dispositif Lycéens au cinéma, une séquence de travail sur le passionnant film Nulle part terre promise, d’Emmanuel Finkiel. Parmi les participants, certains interprétaient la fuite du groupe de réfugiés kurdes vers l’occident, tel qu’il était filmé, à bord de camions bâchés, avec tout ce que cela comporte de traque policière, comme une image de la déportation. Les parallèles étaient nombreux : camion/trains, kurdes/juifs, policiers allemands à la frontière/policiers allemands à l’entrée des camps, jusqu’à une analogie sidérante entre les cheminées d’une usine filmée sur le lieu où les réfugiés sortent de leur camion et les chambres à gaz. On peut certes laisser à chacun la possibilité d’interpréter les films comme il l’entend. Cependant, on assistait, là, à un schéma de pensée un peu saisissant dans sa manière de s’agripper à sa bonne conscience : tranquillement, des profs de toutes disciplines étaient en train de se mettre d’accord sur le fait que le déplacement des populations de l’Est vers l’Ouest relevait de la déportation, de l’holocauste, ce qui impliquait, comme corolaire, que l’Occident, le territoire où nous vivons, soit un camp de concentration. Qu’est ce qui viendrait créditer une telle interprétation ? L’Etat policier, la main mise de l’argent sur le monde, les expulsions (en même temps, il faudrait savoir : la déportation peut difficilement se faire dans les deux sens, ou alors, il faut utiliser un nouveau concept (ce qu’il faut effectivement sans doute faire)). Pourquoi pas. Mais il semble alors impossible de tenir un tel propos au sein même du camp. Il semble impossible d’être calé dans son siège de cinéma, et de simplement pouvoir dire de telles choses sans sortir immédiatement pour combattre un tel Etat.

Or, on va oser cette hypothèse : si nous ne le combattons pas, c’est qu’il nous arrange, et qu’il nous arrange précisément en cela que tout en accomplissant le sale boulot, il nous laisse commenter ce qu’il fait, et ce dans la mesure où il sait que ce commentaire n’ira jamais jusqu’à l’empêchement : nous tapons nos blogs, nous lisons nos journaux, nous parlons de tout ça autour des machines à café, ça permet aux réunions de famille d’avoir des sujets de conversation, mais jamais ce commentaire n’ira jusqu’à l’action. Observons les secteurs qui pourraient proposer de véritables alternatives, la gauche, les syndicats par exemple. Tous ne sont tolérés qu’à la stricte condition qu’ils s’en tiennent à leur rôle de commentateurs. Dès qu’ils commencent à passer à l’action, c’est une riposte violente qui s’abat, avec la réprobation des bonnes consciences, y compris dans l’opposition.

Ainsi, la situation est elle particulièrement compliquée, car à focaliser notre attention et nos commentaires sur le guignol qui semble nous gouverner, nous oublions de plus en plus que la première responsabilité politique du citoyen est de savoir se gouverner lui même. Et à trop penser que l’homme à abattre s’appelle Sarkozy, nous oublions deux choses : tout d’abord qu’il n’est que l’homme de main d’autres que lui, dont les intérêts sont considérés comme supérieurs à tout ce qu’on peut appeler « politique ». Ensuite que Sarkozy est formé selon le visage exact de notre mauvaise conscience, c’est à dire celle qu’on aime voir accomplie sans oser la reconnaître, c’est à dire, aussi, celle dont on peut d’autant plus jouer qu’elle demeure inconnue de nous autres, principaux intéressés. Supprimer le masque que l’on a choisi pour visage collectif, c’est prendre le risque de se trouver confrontés à nous-mêmes. On peut douter qu’on ose de sitôt tenter une telle opération vérité.

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Sélection naturelle

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »26 octobre 2009

Il parait (il faudrait prendre là le mot au sens propre : il nous apparait, parce que c’est la manière dont on nous parle des choses, ou plus exactement, c’est ce qu’on nous montre) qu’en ayant éliminé le pfiston Sarkozy on a échappé à l’introduction dans la belle république de France du népotisme tel qu’on l’entretient en Afrique.

Nous voila donc sauvés de cette mauvaise fiction qui consistait à affirmer que si, en France, on cherche un jeune de 23 ans qui n’en veut, qui aurait quelques aptitudes, quelques compétences à faire valoir, une valeur en somme ou un quelconque mérite, on n’en trouverait qu’un seul, et par le plus grand des hasards ce serait le fils de notre président. Voila qui en dit long sur le niveau des troupes des jeunesses umpiennes, si aucun des jeune prétendants n’arrive à la hauteur de Jean Sarkozy. On sait qu’à vaincre sans ennemi on triomphe sans gloire. Jean Sarkozy aura explosé le dicton, puisqu’il aura spectaculairement laissé tomber un combat qui paraissait gagné d’avance. « Paraissait ». Il faudra sans doute donner de nouveau à ce mot le sens qu’on lui attribuait au début de l’article; on se contentera de se dire que cette supposée victoire, c’est ce qu’on voulait bien nous montrer.

Le fils à Papa ayant été écarté de la course à la direction de l’établissement public dont le père à son fils veut faire une place financière aussi puissante que la City (ce qui en dit long sur la sincérité de ses élans anti-financiaristes, pourtant prononcés main sur le coeur (et ne parlons même pas des concessions à faire sur le terrain de la lutte contre les paradis fiscaux, s’il s’agit à terme de concurrencer Londres !)), on pourrait croire la voie libre pour tout candidat qui serait choisi, cette fois, sur des états de service plus convaincants que le patrimoine génétique, le nombre de redoublements à la fac, l’aptitude à apprendre par coeur un texte plein de formules simples concoctées par le service de presse de son papa ou le taux de ménagères antécinquantenaires qui chavirent devant le sourire ultrabright du jeune premier.

carnet.jpgEspoirs déçus. Le nom qui circule désormais pour prendre la tête de l’EPAD, c’est Joelle Ceccaldi-Raynaud. Qui est Joelle Ceccaldi-Raynaud ? Son fait de guerre le plus connu est d’être la fille de Charles Ceccaldi-Raynaud, et d’avoir pris sa suite lorsque celui ci ne put assurer ses responsabilités de maire pour raisons de santé. Quand, une fois remis sur pieds, Charles voulut reprendre son rôle de maire, Joelle refusa tout bonnement, trouvant sans doute que la place était plutôt intéressante, puisqu’elle avait a des ambitions. C’est ainsi qu’en 2008, lors des municipales, les électeurs connurent l’étrange expérience de devoir choisir entre la liste du père et celle de la fille. Majoritaires furent ceux qui optèrent pour l’ambitieuse fille à son père, qui semble ces jours ci ne pas vouloir en rester là.

Mais complétons le portrait, pour ceux qui ne seraient pas déjà suffisamment édifiés par l’épisode de la trahison de son propre père (admettons que ce soit déjà parlant, non ?). Alors compilons : menaces proférées sur les fonctionnaires de la police, parce que le fiston avait été verbalisé (ça énerve tout le monde, quand ça arrive, mais tout le monde n’a pas le pouvoir de débarquer au commissariat pour menacer les auteurs du pv !) (cf, Le Parisien, 14.02.2003, p. 14) – Mise en examen du père pour favoritisme est corruption passive dans l’attribution des contrats de chauffage de la Défense (ah ben, ça commence bien !) (cf, Libération, 14.08.2007, p.10) – Procès perdu en diffamation contre un blogueur de Puteaux régulièrement critique vis à vis de la politique municipale, victime de calomnie visant à le faire passer pour pédophile (oui, rien que ça).

En somme, s’il fallait démontrer que la manière dont on pense et agit politiquement est une affaire de famille, le duo Ceccaldi-Raynaud semblerait créé dans quelque laboratoire de technologies génétiques afin de fournir une expérimentation convaincante. Mais le cas ne défie pas que les études d’hérédité : les statistiques sont, elles aussi, mises à rude épreuve : sur la population française, ou même la simple population du 92, on pourrait calculer combien on a de chances que le premier nom cité pour prendre la tête de l’EPAD soit celui du propre fils du président. Mais on pourrait se demander quelles sont les chances, statistiquement, pour que le second nom soit, lui aussi, celui d’une fille de notable politique local. Ajoutons à ces ingrédients cet élément suivant : les Ceccaldi-Raynaud peuvent difficilement être plus proche du président qu’ils ne le sont, puisque l’un et l’autre lui ont servi de doublure politique : lorsque l’actuel président jonglât de mandat en mandat, ils étaient là, assistants fidèles, pour récupérer sa place et la conserver au chaud au fur et à mesure qu’il gravissait les échelons qui devaient le mener là où il est.

Ce qui nous amène à ceci : nous nous inquiétions parce que la progéniture du président commençait à prendre pas mal de place dans le paysage politique, et nous avons bien concentré nos airs scandalisés sur la question « familiale ». Mais la véritable question n’est pas de savoir si Jean Sarkozy est le fils de Nicolas. La véritable question est de savoir quel est le nombre et quels sont les noms de ses clones, disséminés un peu partout dans le système politique, tels des drones téléguidés de l’extérieur, n’ayant aucune capacité de prise de décision autonome, débitant des textes écrits pour eux, au mot près, à l’intonation près, au rictus près, le jour dit, à l’heure H. Synchros, droits dans leurs bottes, contre vents et marées des aberrations présidentielles, non pas aveugles à « ce qui se passe », mais voyant bien ce qui s’installe, et se disant qu’il y aura bien des miettes qui vont tomber.

L’EPAD, c’est une miette parmi d’autres, donnée à un pigeon, peu importe finalement que le président pigeonne son propre fils ou quelqu’un d’autre. Il ne s’agit que de placer par ci par là, partout où il y a des verrous économiques à actionner, des flux financiers à capter, des clones, dénués finalement d’ambition personnelle puisqu’il ne s’agit pour eux que de développer et accomplir l’ambition d’un autre. Seul espoir : à force de faire croire à tous qu’en accomplissant l’ambition du président, chacun réalise aussi ses propres ambitions, à force de mettre tout le monde en concurrence, y compris dans son propre camp, Sarkozy multiplie aussi les déçus parmi les cocus de l’histoire, qui réalisent mais un peu tard qu’ils sont plus mauvais qu’ils ne le pensaient au poker politique. Joelle Ceccaldi-Raynaud fait déjà partie des encornés de l’histoire, parce que dans le projet de fusion globale des territoires autour de La Défense (projet qui a pour objectif de capter les énormes ressources potentielles de Nanterre, punaise communiste dans la godasse des seigneurs UMP du 92), Puteaux, fief de la caste Ceccaldi, se trouve un peu lésée. Le problème, avec les pions politiques, c’est qu’ils ne jouent les coups qu’on leur destine qu’en leur faisant croire qu’ils sont la reine sur l’échiquier. Lorsque les masques tombent, ils connaissent tous un moment de doute et de rébellion. Ainsi, le conseil municipal de Puteaux a voté le 23 Octobre contre le projet d’extension de La Défense. Non pas qu’il soit, en fait, contre, mais parce qu’il ne s’en juge pas suffisamment maître. Nul doute que prendre le pion Ceccaldi-Raynaud, et la faire se prendre de nouveau pour une reine en la propulsant miraculeusement au delà des ambitions dont elle était elle même consciente, elle qui doit certains soirs, à la sortie de quelque réunion, ou de quelque dîner, et demander à son chauffeur d’emprunter l’anneau que forme le boulevard circulaire qui ceinture le quartier d’affaires, en murmurant sur sa banquette arrière « Mon précieux, mon précieux anneau, quand me reviendrez-vous ? », nul doute qu’une promesse de plus devrait faire revenir la jeune rebelle, qui n’a pas compris que la logique d’accaparement ne pouvait pas être pratiquée par tous, dans le droit chemin. Hypnotisée par le pouvoir de l’appartenance au cercle du Pouvoir.

Et comme dans Louise-Michel, si jamais un jour ou l’autre on abattait (politiquement, bien sûr, puisque malgré tout « ce qui se passe », nous ne saurions aller jusqu’à avoir envers cet éco-système là de quelconques pulsions de violence (et puis, nous ne sommes pas armés, et c’est peut être aussi bien comme ça)) cet homme là, peut être se rendrait on enfin compte qu’il n’est lui même que le clone mis en vitrine par d’autres, à l’avance sacrifié au profit d’ambitions plus élevées encore, qui se dissimuleront toujours derrière des figurants, dont « Sarkozy » n’est que le nom générique du moment, bientôt effacé par ceux qu’on pose déjà, à droite à gauche, dans notre paysage, pour prendre le relai que nous, électeurs, leur donneront, exactement comme nous devons le faire.

Pour compléter :
http://www.grebert.net
http://www.monputeaux.com/

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Si c’est un homme

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS 2 commentaires »23 octobre 2009

Histoire d’entretenir les fiches, histoire de se souvenir, histoire de bien avoir en tête, aussi, ce à quoi certains électeurs peuvent s’accoutumer, ce qu’ils cautionnent et ce qu’ils envisagent comme futur pour ce pays, mettons en ligne ce moment de « vérité », pour illustrer l’article précédent, dont on pourrait penser qu’il modifie les propos de Lionnel Luca.

On rappellera donc qu’il s’agit juste d’un député bien de chez nous (les medias français relaieraient sans doute davantage la chose si ces mots étaient prononcés avec le même bronzage mais en langue italienne…), Lionnel Luca, à propos de jeunes afghans qui ont été envoyés par charter dans cet Afghanistan qu’ils avaient fui. On rappellera aussi que l’argumentaire censé rassurer sur leur compte consiste à dire qu’ils seront logés à l’hôtel aux frais de la princesse (ce qui, chez nous, ne signifie pas que ce soit Carla qui régale, non non), le temps qu’on arrive à se débarrasser des quelques journalistes qui les ont suivis. Nul doute que les fondamentalistes locaux voient d’un très bon oeil le fait que certains fuient. Aussi aura t-on un petit doute quant au second argument qui consiste à dire qu’on les largue, en fait, dans un coin tranquille. Pourtant, de l’avis de ceux qui sont sur place, en Afghanistan, il n’y a pas de zone calme.

On comprendra donc bien que Lionnel Luca trouve un peu indécent qu’on s’apitoie sur leur sort. Après tout, ils n’avaient qu’à effectuer cette lutte dont nos politiques expliquent pourtant que le peuple afghan ne peut pas la mener lui même, quand il s’agit de justifier le fait qu’on y envoie des troupes… On comprendra aussi qu’à l’UMP, faut déjà qu’on s’apitoie sur Jean Sarkozy, qui vit tout de même un drame humain bien plus grave, et qu’on n’a plus d’apitoiement en stock pour le reste du monde. On peut quand même comprendre cette détresse là. Il y a des échelles de grandeurs qui s’imposent.

Détruisons un autre argument développé par Lionnel Luca sur son blog (http://www.lionnel-luca.org/#) ; d’après lui, l’expulsion des réfugiés afghans se ferait en accord avec les principes émis par le HCR. Or, quand on regarde sur le site du HCR les conditions requises pour que le retour des réfugiés soit possible, on lit « La capacité de l’Afghanistan pour absorber durablement des retours supplémentaires a des limites. On observe des flux de migrations substantiels hors de l’Afghanistan. C’est l’un des facteurs clé concernant la position du HCR sur le fait que le rapatriement doit rester volontaire et graduel pour assurer que c’est une solution durable ». On trouve la déclaration là : http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/news/opendoc.htm?tbl=NEWS&id=48eb80d02 et c’est Ewen Macleod, le délégué par intérim du HCR en Afghanistan qui le précise. Autant dire que les jeunes que nous avons expulsés ne semblent pas exactement satisfaire les conditions énoncées.

On a pourtant pensé, un temps, que certaines choses ne seraient plus possibles, qu’on ne pourrait plus conditionner la reconnaissance de l’humanité d’autrui à quelque critère que ce soit.

On s’est juste trompés.

Pour finir, à l’adresse de ceux qui pensent que les medias n’ont pour but que de détruire la majorité, on posera juste cette question : quand Georges Frèche remet lui aussi en question l’humanité d’autres êtres humains, le moins qu’on puisse dire, c’est que les medias en parlent. Pourquoi, dès lors, ni les télés, ni le net ne s’intéressent au cas Luca ? Mais peut être est ce juste qu’on ne s’attaque pas aux hommes, aux vrais.

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Taio, taio, chassons le naturel derechef !

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »23 octobre 2009

Sortez les chiens, décrottez les bottes, remplissez les musettes, histoire d’avoir de quoi casser la croûte, sauciflard et gros rouge qui tâche sur le coup de 11h, sur la capot de la cx garée dans un chemin boueux.

Ouais ouais, je vous vois d’ici prétexter que vous êtes pas très « chasse ».

Mais quand on a un tel naturel qui court librement par monts et par vaux, faut pas le louper. Heureusement, posté en embuscade, je surveille les déplacements du bestiau, et je mets à jour mes observation de l’écosystème local.

Ainsi, le naturel est revenu hier, à un galop digne des meilleurs canassons.

Lionnel Luca. Vous voyez en gros qui c’est ? Bronzage carotène, indignations un peu téléphonées, bon sens près d’chez vous, le genre de député que les journalistes doivent considérer comme un « bon client », le genre qui déçoit pas, qui a toujours le bon mot pour meubler un JT un peu mou du g’nou.

Lionnel Luca, hier, était indigné par le fait qu’on soit indigné (oui, ces temps ci, à l’UMP, on est obligé de pratiquer l’indignation au carré pour éviter que l’opinion publique n’ait l’idée d’aller mettre le nez dans les petits arrangements avec la morale; et jouer les outrés sur des sujets choisis permet d’encadrer autant que faire se peut l’outrage dont le peuple pourrait lui même se sentire victime) par l’expulsion des clandestins afghans vers leur pays d’origine. Ce qui choque Luca, c’est qu’on s’émeuve de leur sort alors qu’on est indifférent à celui de nos chers soldats qui se battent pour la liberté des afghans (Dieu des armées, si vous existez, faites qu’on ne juge jamais les militaires français sur leurs résultats, parce qu’il n’est pas certain que l’objectif, si c’est la liberté, soit jamais atteint ).

Avant de passer au coeur de la déclaration toute naturelle de notre client du jour, rappelons lui une donnée simple : chaque mort parmi les militaires français fait l’objet 775075_lionnel-luca-lors-d-une-seance-a-l-assemblee-nationale-avec-un-drapeau-tibetain-dans-la-maind’une couverture médiatique importante. Une telle couverture qu’on ne peut s’empêcher de penser que, heureusement, le JT de 20h n’existait pas en 14-18, parce qu’on aurait eu du mal à couvrir les pertes dans les rangs français, et notre président aurait pu réciter la messe par coeur à force d’assister aux enterrements. On laissera à notre député un bénéfice du doute, en pariant que nos hommes sont bien motivés par la liberté des afghans, et pas par les primes intéressantes qu’ils touchent dans ce genre de mission. Bref.

Le sommet de l’intervention de Luca, c’est le moment où il décrit l’attitude des afghans. En effet, la manière dont il exprime le regard qu’il porte sur les clandestins renvoyés « chez eux » est la suivante : « Si ils étaient des hommes », ils se battraient pour la liberté dans leur propre pays. Passons sur le petit côté, « je suis dans mon fauteuil à l’assemblée et je donne des leçons de courage à tout le monde, en m’identifiant, bien sûr, aux soldats dont j’ai voté l’envoi sur le « terrain », comme si j’y étais moi même, finalement, et en prenant les victimes des heurts afghans de haut ».

Ainsi donc, si on ne se bat pas tel que Lionnel Luca le fait dans ses rêves les plus fous (parce qu’on se suppose qu’il ne se place pas, lui, dans cette partie de la taxinomie grâce à laquelle il classe les êtres vivants, en dehors de l’humanité, préférant laisser à d’autres cette distinction), si on n’est pas, comme lui, un de ces preux chevaliers qui, arme au poing, fendent la bise pour sauver leur pays, on n’est pas un homme. Au moins cela a t il l’intérêt de dire clairement pourquoi on n’en veut pas, de ceux qu’on renvoie « chez eux » : c’est simplement qu’ils ne sont pas humains, pas autant que nous le sommes, nous, et que la pureté nationale serait à ce point mise en danger qu’on préfère dépenser sans compter en protection sur place (qui durera ce que durera l’intérêt médiatique pour eux, et on ferait bien de ne pas oublier que l’intérêt médiatique n’est rien de plus que l’intérêt nous mêmes portons à « ce qui se passe », et les annonces du genre de celles qu’a faite Luca ne sont rien d’autre que des tests de l’opinion publique, test par ailleur réussi : personne ne reprend la déclaration pourtant diffusée dans plusieurs medias audiovisuels; c’est avec ce genre d’apathie généralisée qu’Eric Besson, quand on l’interroge sur le caractère tout de même simplement immoral et inhumain de ces renvois au pays d’origine, peut se croire fondé à penser qu’il a le soutien du peuple (et il rajoute que, sur cette question, ce n’est pas rien, le peuple, oubliant juste une chose : il n’a pas été élu, et il n’a été choisi pour faire ce qu’il fait que pour une seule raison : il a par le passé montré à quel point il était capable de trahir, et que pour faire le job qu’il fait, il faut avoir fait trahison première langue; reformulons donc sa pensée : ce n’est pas que le peuple soit d’accord avec ces expulsions, c’est qu’au delà de la petite émotion que ça lui provoque en plein dîner, il n’en a simplement rien à foutre; le gouvernement le sait bien, et en tire un avantage non négligeable), en hôtels, en subvention pour le retour « au pays », plutôt que de placer tout ce fric sur leur intégration en France. C’est que, vraiment, on doit pas en vouloir de ces gens là (rassurons nous, dans la rhétorique telle qu’elle se pratique désormais, avec toute la décomplexion qui va bien au teint de ceux qui abusent un peu des ultra violets, j’emploie le mots « gens » comme on pourrait dire « specimen », pas forcément dans un sens humain, puisque Luca nous l’a fait comprendre : tous les hommes ne sont pas également humains).

Sonnez cors de chasse et clairons, la chasse est ouverte.

J’espère que tout le monde a chargé son fusil, ça serait bête de laisser passer de telles belles bêtes quand on a comme ça un beau naturel qui revient tel un cheval galopant, auquel on aurait lâché la bride. Ce serait bête de laisser passer ça, et pourtant, pour le moment, aucune reprise de la petite phrase dans les media. Quand on pense qu’ils sont censés oeuvrer contre la majorité présidentielle… … mais vous savez ce qu’on dit des paranoïaques : même eux peuvent avoir des ennemis…

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Sale boulot

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM 3 commentaires »21 octobre 2009

Comme le travail concerne tout le monde, et que dans l’outremonde, j’ai fait une petite bibliographie, et une grosse filmographie sur cette question, à l’usage de mes élèves, je mets le lien ici même, si ça tente quelqu’un.

Ca va du documentaire très connu Attention danger travail à des fictions telles que Ce vieux rêve qui bouge en passant par des projets de tuer son patron, dans Louise Michel. C’est varié, et en même temps, on constate tout de même bien que dès l’instant où une caméra filme le travail, elle en révèle le côté sombre. Ce n’est pas exactement une surprise.

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Chassons le naturel

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM Laisser un commentaire »21 octobre 2009

Oui, tiens, c’est l’ouverture de la chasse.

Ce matin, alors que je me brossais les dents avant de filer travailler, le gibier semblait avoir envie de se faire tirer dessus : dans mon poste à transistors (je l’appelle comme ça, parce que j’écoute France Inter le matin, et au jeu des mille francs euros, j’ai l’impression qu’on gagne encore des postes à transistors, à moins qu’on soit passé, depuis, aux postes à modulation de fréquences !), à la radio, donc, j’entendais relater les derniers éléments permettant d’affirmer que, heureusement, alors que c’est le bordel à gauche, à droite en revanche, tout le monde est uni comme un seul homme derrière la seule famille et les seuls intérêts qui comptent (nous parlons de notre président et de sa descendance, pour ceux qui n’auraient pas encore bien appris leur leçon), uni par l’amour, la fraternité, la concorde, celle belle universalité qui fait que si tous les membres de l’UMP se donnaient les deux mains… on pourrait céder à cette envie qui nous ronge parfois souvent de leur coller des baffes.

Ce matin donc, c’était le naturel qu’on chassait sur les terres de l’UMP, naturel qui galopait allègrement, profitant de ces vents de liberté qui soufflent parfois lorsqu’au fond des bois de l’ouest parisien, quelques seigneurie locale sert de lieu de rendez-vous à la féodalité locale pour une chasse à courre secrète et qu’on atteint ce moment tant attendu où on sonne l’hallali contre quelque bête traquée, qui a trop fait courir et suer ces altesses, et qu’il est l’heure de lui faire payer le prix de son manque de respect de la hiérarchie. Triple chasse, en fait : pendant que la radio m’attrapait comme on attrape les lapins (par les oreilles), la radio chassait le naturel et les braves gens de l’UMP chassaient, eux, Rama Yade. Mêmes symptômes que pas mal d’autres ministres : choisie pour ses aptitudes à compléter un casting qui se voulait aussi untitledcomplet qu’une pub benetton, la petite fille irresponsable déguisée en ministre of united colors, inconsciente d’avoir été choisie avant tout pour cela et pour pas grand chose d’autre (elle, n’est pas la fille du président, ce qui semble être la seconde raison d’être nommé quelque part dans ce bas monde), Rama Yade oublie parfois qu’on ne mort pas la main qui nourrit, et croit qu’elle peut mener sa barque médiatique comme bon lui semble : et vas y que je prends la parole pour dire ce que je pense,et vas y que je ne soutiens pas le fils du roi avec toute la ferveur que lui doivent tous ses futurs sujets.

La punition n’a pas trainé, malgré les indignations feintes de la principale intéressée (sur le ton « saloperie d’AFP qui déforme mes propos », déformation pourtant démentie par l’AFP en question, avec bandes à l’appui, on attend toujours les preuves de Mlle Yade). Personne ne fut dupe, surtout pas la présidence qui a déplacé, tout simplement, le pion Yade de la case 92 à la case 95. Inutile de dire qu’à l’UMP, quand ce genre de choses arrive à quelqu’un comme Rama Yade, il y en a quelques uns que ça n’empêche pas vraiment de dormir. Ils seraient même capables, ce soir là, de reprendre deux fois de la poule au pot, soudainement pris d’un appétit dont ils ne se croyaient eux memes plus capables. Le plus souvent, ce genre de militants, auquel il faut bien donner de temps en temps sa pitance, demeure discret, c’est la part nécessaire de ce parti, mais c’est aussi celle dont on sait que, pour le moment, on ne peut pas (encore ?) la mettre en avant.

Pourtant, hier, alors que la meute était discrètement lâchée après Rama Yade, sous les ordres de quelqu’un qui souhaitait apparemment lui faire sentir de quel bois on se chauffe, à l’Ouest de Paris, alors qu’on venait d’éloigner la jeune rebelle du château, en la propulsant en plein Val d’Oise, autant dire, pour un pouvoir qui a l’air ces temps ci particulièrement intéressé par les centres hyper-urbains du genre, au hasard, la Défense, la campagne, alors donc qu’on venait de régler son compte à celle qui ne joue pas le jeu, certains se sont crus autorisés à se lâcher derrière les chiens, et à balancer le genre de petite phrase qu’ils devaient se garder en bouche, attendant patiemment que leur heure fut venue.

Ainsi, hier, une militante UMP dont le bon esprit n’a d’égal que le courage, puisqu’elle a préféré demeurer anonyme (ce qui nous arrange, au moins, on peut soupçonner tout le monde), sans doute, comme une bonne partie de ceux qui votent à droite, chasseuse de prime à ses heures, a cru bon de commenter la punition en affirmant, je cite France Inter : « Rama yade dans le Val d’Oise, ce sera bien plus couleur locale que dans les Hauts-de-Seine ».

Profitons en, alors que le naturel galope crinière au vent, c’est peut être l’heure d’armer les fusils.

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Aphatie for the devil

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS Laisser un commentaire »20 octobre 2009

Le problème avec le courage, c’est qu’on en fait toujours mieux la promotion lorsqu’il s’agit du courage des autres.

Illustration avec Jean-Michel Aphatie, ce journaliste d’autant plus consciencieux quand il se préoccupe de la conscience professionnelle de ses collègues.

apathieAphatie est sans doute de tous les journalistes politiques celui qui a les dents les plus acérées sur ses collègues. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il les loupe pas. Evidemment, c’est à l’occasion des interviews présidentielles auxquelles il n’est pas convié (trop rebelle, trop incontrôlable, trop irrespectueux envers le pouvoir, c’est sans doute ainsi qu’il imagine que le pouvoir le voit lui-même, et prend peur dès qu’on évoque son nom (« Aphatie ? Le journaliste fou ?! ») qu’on sent bien que sa conscience professionnelle se téléporte dans la tête de Dada Pujadas et Laulau Ferrari, et qu’il pose dans sa propre tête toutes les questions qu’il reprochera ensuite aux heureux élus de ne pas avoir osé poser.
Faut dire qu’on est tous comme ça : quand on s’imagine vivre une situation, on a tous un peu tendance à héroïser un peu sa petite personne, et à se voir faire des trucs qu’en fait, une fois mis en situation réelle, on ne ferait finalement pas. Aphatie, c’est exactement ça : les lendemains de show présidentiel à la télé, il ne décolère pas et balance au public toutes les questions qu’il aurait osé poser, lui, au président, s’il avait la chance de le tenir à bout portant de micro. Et vas y que je te questionnerais sur le nepotisme, et vas y que je te poserais des questions saignantes à propos des Balkany, et vas-y que je te crucifierais le président à propos des promesses non tenues. Le boucher de canal + est capable de tout.
Dans sa tête.
Parce qu’en réalité, c’est que d’la gueule.
Démo ?
Ce soir même, Henri Guaino, ce type que personne, en France, n’a missionné pour faire quoi que ce soit, ce type qui ne figurait sur aucun programme politique, ce type dont on peut se demander jusqu’où peut bien aller son pouvoir pour qu’il puisse venir, comme ça, sur le plateau de canal +, à l’heure où l’audience est maximale, pour humilier devant tout le monde notre premier ministre, ce type venu annoncer à la France entière, ce soir même que, bonne nouvelle, il en a marre d’entendre dire que la France est en déficit. Parce que oui, ouvrons grandes nos oreilles, parce que les scénaristes de cette série télé qu’est devenu notre pays se sont tirés les doigts du cul pour nous sortir un de ces coups d’éclat permanents auxquels on est tellement habitués maintenant que c’est tout juste si on n’allume pas la télé juste pour voir ce qu’ils ont bien pu nous inventer. Ce soir, Guaino, le Aaron Spelling de l’intrigue politique avait décidé de foutre en l’air la trame soigneusement tissée par Fillon. Aussi soigneux pour écrire ses propres textes que ceux qu’il concocte pour notre président, dont il est finalement le marionnettiste, il s’était réservé une réplique qui devrait laisser la France pantoise et reconnaissante, mais ne va sans doute provoquer qu’une dose d’ennui supplémentaire, tant tout le monde est anesthésié, et tant le droit de suite semble inconnu des journalistes.
Accrochez vous. Guaino, ce fervent défenseur de l’emprunt d’Etat vient de valider sa thèse sur le nécessaire endettement de la France avec cette thèse qui décoiffe : en fait, contrairement à ce que tout le monde (au premier chef desquels on trouve, bien sûr François Fillon himself), la France n’est pas en faillite. A vrai dire, elle n’est même pas endettée. En réalité, pour dire les choses comme elles sont, il faut même avouer qu’elle est tout simplement créditrice. C’est de la compta. Et c’est vrai, puisque c’est Guaino qui le dit.
guainoSans doute, si c’était n’importe quel autre journaliste qu’Aphatie qui était ce soir en face du conseiller tout de même très spécial de l’Elysée, sans doute Aphatie, devant son poste, se serait il imaginé poser mille questions à Guaino après une telle sortie : Ah oui, « créditrice », et de combien alors ? Et donc, si nous avons tant d’argent, à quoi allons nous l’utiliser, dans quoi la France va t elle pouvoir investir ? Et si nous sommes si riches, comment se fait il qu’à chaque demande sociale, on argumente sur la base du fameux « les caisses sont vides »? Et pourquoi, si tout va si bien que ça, pourquoi ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux ? Ce serait, finalement, juste pour les emmerder ? Juste parce qu’on les aime pas ? Ou bien faut il que tout cet argent dont on dispose finalement soit réservé au bouclier fiscal ? Plein plein de question qu’Aphatie aurait pu poser dans sa tête si il avait été n’importe où, finalement, du moment que ce ne fut pas devant Henri Guaino.
Pas d’bol. Ce soir, en face d’Henri Guaino se tenait Jean-Michel Aphatie. Comment a t il réagi face à cette énormité prononcée là, en direct, devant lui, ses caméras et son micro ? Qu’a t-il fait que ni Ferrari, ni Pujadas, qui ne lui arrivent pas à la cheville, dit il, n’auraient pas osé faire ?
Il n’a dit qu’une chose.
« Des fois, on dit des bêtises ».
Henri Guaino n’en attendait sans doute pas tant.

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Michel as a scientist in love for Jesus

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", 24 FPS, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PROTEIFORM, SCREENS 1 commentaire »19 octobre 2009

Fallait bien qu’ça arrive.

A force de commenter ici et de rappeler le petit maître des lieux à l’ordre lors de ses phases hérétiques, Michel devait bien faire l’objet d’un titre de post à lui tout seul. Ses propres errances post-chrétiennes, lors de son dernier commentaire, m’ont immédiatement fait penser à l’héroïne du court métrage de Guy Maddin, The Heart of the world, dans lequel, alors que la fin du monde approche (par crise cardiaque), une jeune scientifique gouvernementale s’éprend de deux frères entre lesquel son coeur balance. L’un joue le rôle de Jésus, et semble se prendre un peu les pieds dans le costume de son personnage, tandis que l’autre est croque-mort. Ses amours semblant vouées à être décidément fort compliquées, notre jeune scientifique va voir son triangle amoureux se transformer en quadrilatère lorsqu’un riche banquier va, en pleine partouze apocalyptique, semer le trouble dans des émois pourtant déjà excessivement tumultueux. L’argent n’a certes pas d’odeur, mais il agit parfois comme des phéronomes. La jeune physicienne va momentanément céder à l’appât du gain, et tomber provisoirement dans les bras du tycoon, laissant Jésus et son frère thanatonaute les bras ballants (pour peu qu’on puisse avoir les bras ballants quand on est crucifié). Le croque-mort en sera tellement bouleversé qu’il en viendra à exprimer son amour en construisant un canon en forme de bite (oui oui…). Heureusement, dans une crise cardiaque mondiale, l’univers va rappeler notre soeur laborantine à la raison, ce qui curieusement aura pour effet de la faire revenir vers son personal Jesus et son funèbre frère. Echappant au règne du fric et à son univers bling bling, Anna sauvera le monde en inventant le cinéma (et que ceux qui trouvent ce scenario un peu tordu, et qui n’ont jamais mentalement construit des histoires abracadabrantesques jettent à Guy Maddin la première pierre !). Dernièrement, Michel avait l’air tout aussi perdu que notre jeune Anna l’était entre ses prétendants.

Ce film est pour lui. Et je suis sûr que l’ambiance va lui rappeler des choses, et peut être même lui plaire !

Pour ceux qui voudraient quelque chose d’un peu plus construit sur l’opposition des religions et les voies permettant de conserver quelque espoir, on peut aller poursuivre la réflexion sur ce lien.

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Au village global, sans prétention, j’ai mauvaise réputation

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, INTELLIGENT PORNO, MIND STORM 5 commentaires »13 octobre 2009

Ainsi va la vie :

Jeudi 8 Octobre, 20h. : Frédéric Mitterrand, lauréat du casting organisé par la Présidence afin de trouver de nouveaux talents (à croire que la majorité en détient fort peu !), doit se défendre des accusations de pédophilie lancées à demi-mots (ou plutôt à double-mots, puisqu’on en rajoute à ceux que le ministre à lui même écrits, mais 091bc5440296cc0e41dd60ce22fbaf88-1en même temps, il faut avouer qu’il écrit à demi-mots précisément pour n’en pas dire assez, alors…) par une militante FN qui semble persuadée d’avoir, dans ses veines, un sang, un pur, abreuvant les sillons de son opportunisme, une digne fille de son père. Face à une Laurence Ferrari qui semblait assez embarassée de voir débarquer sur son plateau de JT un invité venu raconter sa souffrance d’homme mondain homo, menant une vie tellement douloureuse que seule la compagnie de jeunes éphèbes de 4O ans (éphèbe ? 40 ans ? En Thaïlande ?… …) pouvait le consoler. Elle n’osa pas lui dire qu’au moins, il avait les moyens d’aller se payer un peu de dépaysement à l’autre bout du monde. On se demande comment ils font, les homos pauvres, pour survivre en ce bas monde. Accessoirement, Dimanche, questionné sur le sort des jeunes afghans renvoyés dans leur pays, le même Frédéric Mitterrand répondait que c’était une question difficile et douloureuse. Décidément, cet homme souffre beaucoup, mais semble peu enclin à relativiser sa propre souffrance à la vue de celle des autres : il profite de la misère des autres parce qu’il souffre, et le retour peut être fatal des clandestins dans leur pays d’origine ne provoque pas d’autre réaction que le retour à la douleur morale que le gouvernement auquel il participe lui occasionne. On ne sait pas si le fait de consommer des amours tarifées constitue une perversion (enfin, on a une idée sur la question, tout de même), mais l’égocentrisme en constitue bien une, beaucoup plus répandue, certes, mais rarement poussée à ce point.
logo_marcdorcelBref, tout de même, résumons : Jeudi, F. Mitterrand se défend devant la France quasi entière, de graves accusations de pédophilie.
Vendredi soir, c’était pourtant de manière très décomplexée et non coupable que se fêtaient les 30 ans de carrière du producteur de films X, Marc Dorcel. Dans une ambiance que tous les participants trouvèrent bon enfant, on fêta comme il se doit l’évènement, achevant les collisions de trajectoires festives dans les tentes montées de ci de là autour du lieu de la fête, histoire sans doute de reconstituer à quelques uns les scènes les plus fameuses de la filmographie de Marc Dorcel. Détail intéressant : le dresscode, pour ces demoiselles, réclamait qu’elles se déguisent en écolières.
Comme on dit, nous y voila !
Autre détail amusant : Pierre Sarkozy, oui, le fils, pas le futur président de l’Epad, qui ne pourra se permettre cela qu’une fois accompli tout le brillant trajet que son père semble lui avoir écrit à l’avance, mais l’autre, le producteur, se trouvait à la fête, et il avait pour l’occasion revêtu une panoplie complète de gangsta rappeur, sans doute un hommage aux soutiens que son grand frère reçoit sur le secteur de Levallois…

Toujours est il qu’Alain Finkielkraut trouvera là de l’eau pour faire tourner son petit moulin médiatique: Vendredi matin, sur France Inter, devant des journalistes qui n’en attendaient pas tant, il affirmait que la partenaire de jeux de Polanski, droguée et contrainte à quelques pratiques peu fréquentes à l’âge de 13 ans n’était ni une fillette, ni une petite fille, ni une enfant. De ceci, il concluait que Polanski n’est pas pédophile. Belle argumentation, dont on aurait aimé qu’il en fît profiter l’humanité avant qu’il s’agisse de soutenir une célébrité. On est curieux de savoir, tout de même, s’il prétend vouloir faire descendre la majorité sexuelle à 12 ans pour tout le monde, ou si cela doit être réservé aux cas particuliers dans lesquels se rencontrent deux adultes, dont l’un est cinéaste célèbre, et l’autre une femme de 13 ans appréciant la sodomie lorsqu’elle est droguée. Accessoirement, on ne sait pas trop ce qu’est un être humain de 13 ans, Finkielkraut n’ayant pas jugé bon de pousser son analyse jusqu’à ce genre de précision.
Finalement, Polanski semble ne rien perdre de son pouvoir de destruction. On reste même pantois devant une telle aptitude à faire dire n’importe quoi à tous ceux qui tentent de prendre sa défense. On serait lui, on se tiendrait à distance de ses avocats, l’affaire semblant loin d’être gagnée.
Mais l’actualité est, tout compte fait ce qui, ces derniers jours, provoque des télescopages si violents qu’ils s’apparentent de plus en plus à des crash-tests. Et comme dirait Christine Boutin, il est probable que cela laisse quelques traces. Il est probable que cela constitue tout autant l’expression de ses aptitudes à la divination que de son secret espoir.

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