Chassons le naturel

In "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM
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Oui, tiens, c’est l’ouverture de la chasse.

Ce matin, alors que je me brossais les dents avant de filer travailler, le gibier semblait avoir envie de se faire tirer dessus : dans mon poste à transistors (je l’appelle comme ça, parce que j’écoute France Inter le matin, et au jeu des mille francs euros, j’ai l’impression qu’on gagne encore des postes à transistors, à moins qu’on soit passé, depuis, aux postes à modulation de fréquences !), à la radio, donc, j’entendais relater les derniers éléments permettant d’affirmer que, heureusement, alors que c’est le bordel à gauche, à droite en revanche, tout le monde est uni comme un seul homme derrière la seule famille et les seuls intérêts qui comptent (nous parlons de notre président et de sa descendance, pour ceux qui n’auraient pas encore bien appris leur leçon), uni par l’amour, la fraternité, la concorde, celle belle universalité qui fait que si tous les membres de l’UMP se donnaient les deux mains… on pourrait céder à cette envie qui nous ronge parfois souvent de leur coller des baffes.

Ce matin donc, c’était le naturel qu’on chassait sur les terres de l’UMP, naturel qui galopait allègrement, profitant de ces vents de liberté qui soufflent parfois lorsqu’au fond des bois de l’ouest parisien, quelques seigneurie locale sert de lieu de rendez-vous à la féodalité locale pour une chasse à courre secrète et qu’on atteint ce moment tant attendu où on sonne l’hallali contre quelque bête traquée, qui a trop fait courir et suer ces altesses, et qu’il est l’heure de lui faire payer le prix de son manque de respect de la hiérarchie. Triple chasse, en fait : pendant que la radio m’attrapait comme on attrape les lapins (par les oreilles), la radio chassait le naturel et les braves gens de l’UMP chassaient, eux, Rama Yade. Mêmes symptômes que pas mal d’autres ministres : choisie pour ses aptitudes à compléter un casting qui se voulait aussi untitledcomplet qu’une pub benetton, la petite fille irresponsable déguisée en ministre of united colors, inconsciente d’avoir été choisie avant tout pour cela et pour pas grand chose d’autre (elle, n’est pas la fille du président, ce qui semble être la seconde raison d’être nommé quelque part dans ce bas monde), Rama Yade oublie parfois qu’on ne mort pas la main qui nourrit, et croit qu’elle peut mener sa barque médiatique comme bon lui semble : et vas y que je prends la parole pour dire ce que je pense,et vas y que je ne soutiens pas le fils du roi avec toute la ferveur que lui doivent tous ses futurs sujets.

La punition n’a pas trainé, malgré les indignations feintes de la principale intéressée (sur le ton « saloperie d’AFP qui déforme mes propos », déformation pourtant démentie par l’AFP en question, avec bandes à l’appui, on attend toujours les preuves de Mlle Yade). Personne ne fut dupe, surtout pas la présidence qui a déplacé, tout simplement, le pion Yade de la case 92 à la case 95. Inutile de dire qu’à l’UMP, quand ce genre de choses arrive à quelqu’un comme Rama Yade, il y en a quelques uns que ça n’empêche pas vraiment de dormir. Ils seraient même capables, ce soir là, de reprendre deux fois de la poule au pot, soudainement pris d’un appétit dont ils ne se croyaient eux memes plus capables. Le plus souvent, ce genre de militants, auquel il faut bien donner de temps en temps sa pitance, demeure discret, c’est la part nécessaire de ce parti, mais c’est aussi celle dont on sait que, pour le moment, on ne peut pas (encore ?) la mettre en avant.

Pourtant, hier, alors que la meute était discrètement lâchée après Rama Yade, sous les ordres de quelqu’un qui souhaitait apparemment lui faire sentir de quel bois on se chauffe, à l’Ouest de Paris, alors qu’on venait d’éloigner la jeune rebelle du château, en la propulsant en plein Val d’Oise, autant dire, pour un pouvoir qui a l’air ces temps ci particulièrement intéressé par les centres hyper-urbains du genre, au hasard, la Défense, la campagne, alors donc qu’on venait de régler son compte à celle qui ne joue pas le jeu, certains se sont crus autorisés à se lâcher derrière les chiens, et à balancer le genre de petite phrase qu’ils devaient se garder en bouche, attendant patiemment que leur heure fut venue.

Ainsi, hier, une militante UMP dont le bon esprit n’a d’égal que le courage, puisqu’elle a préféré demeurer anonyme (ce qui nous arrange, au moins, on peut soupçonner tout le monde), sans doute, comme une bonne partie de ceux qui votent à droite, chasseuse de prime à ses heures, a cru bon de commenter la punition en affirmant, je cite France Inter : « Rama yade dans le Val d’Oise, ce sera bien plus couleur locale que dans les Hauts-de-Seine ».

Profitons en, alors que le naturel galope crinière au vent, c’est peut être l’heure d’armer les fusils.

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