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Chaleur humaine

Parce qu’on peut, tout de même, avoir des raisons de ne pas désespérer, et parce que, quand on guette, on peut finir par trouver, au moins partiellement, des pistes déjà tracées, qu’on peut suivre en foulant à son tour les mauvaises herbes, ou en traçant des chemins parallèles.

dyn006_original_520_333_pjpeg_2649770_2698429e2070ddaa07d5fcde9f2dc7a5Deux émissions de radio proposées ci dessous, enregistrées au familistère de Guise, ce lieu économiquement sidérant, insensé aux yeux des valeurs actuelles, dans lequel un patron décida, au 19è siècle, de faire profiter ses employés des avantages de la richesse dont ils étaient, tout simplement les producteurs. Jean-Baptiste André Godin, inspiré par Fourier et par le courant ascendant du positivisme, décida un beau jour que son entreprise n’était qu’un moyen de hisser ses employés dans les hauteurs du progrès, au moment même ou ses pairs pensaient, eux, que leurs ouvriers étaient le moyen pour eux d’accumuler de plus en plus de richesses.

Ces deux numéros de Là-bas si j’y suis furent enregistrés lors des fêtes de Noel 2005, au cours desquelles les ouvriers de l’actuelle entreprise Godin étaient en grève, et allaient chercher à la Croix rouge des paquets leur assurant le minimum vital, faute de pouvoir acheter le nécessaire, ceci bien qu’étant salariés. Chronique d’un pas en arrière qui s’apparente à un vautrage intégral, mais aussi belle indication quant aux solutions qui s’offrent à nous : tout simplement, inverser totalement la logique de l’entreprise, ce qui, jusqu’à preuve du contraire, consiste à la remettre dans le bon sens.

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8 Replies to “Chaleur humaine”

  1. Je reste un peu sceptique sur l’utopie développée par Jean-Baptiste André Godin. J’invite ceux que ça intéresse à se référer au livre qu’il a écrit : « Solutions sociales » réédité en 1979 aux éditions La Digitale (je ne crois pas qu’il y ait eu de réédition depuis). Le concept sur lequel le Familistère est bâti me semble terriblement paternaliste. Quant aux conditions de vie au Familistère avant qu’il ne soit désaffecté et racheté (je crois par la ville et le Conseil général), elles étaient terriblement précaires et sentaient terriblement leur XIXème siècle. Voilà, c’est un hasard mais je connais assez bien la maison d’édition et la ville de Guise.

    Pour finir, une citation de celui qui avait graver dans un mur du pavillon central « Dieu nous vienne en aide » :
    « Le but à atteindre, c’est d’améliorer la condition de l’ouvrier de manière à le mettre en état de se développer intellectuellemnt et moralement. C’est non seulement our votre intérêt présent, mais aussi pour la plus grande satisfaction de votre vie après la mort de votre corps, que je vous convie à ces études. Car l’homme, je vous l’ai déjà dit, se prépare en ce monde mêmeles conditions de l’existence qui suivra celle-ci ; mais, hélas, vous manquez de foi et vous criez à l’impossible. Tous les novateurs sans exception aucune, ont trouvé mille obstacles leur barrant le chemin. »

  2. je crois bien que tout le problème vient bien du fait qu’on veuille systématiquement inscrire le familistère dans la liste des utopies. A mon sens, le simple fait qu’on puisse y mettre les pieds contredit cette classification : Godin avait tenté de financer des expériences de réalisation de l’utopie (véritable, celle ci, il me semble) de Fourier. Constatant que, au Texas en particulier, l’idéal se heurte au mur du réel, et s’y brise, il mène lui même sa propre expérience à Guise, mais plus du tout sous forme utopique, mais plutôt expérimentalement, il me semble, dans la mesure où il corrige et réoriente son projet sur la base de l’observation du dispositif en train de fonctionner.
    Alors, évidemment, on n’échappe pas aux évocations de l’Etre suprême et à la perspective d’une vie future, ce qui peut rendre l’ensemble suspect. Mais, en même temps, je ne sais pas si au 19è, un tel projet aurait pu intégrer quelque famille ouvrière que ce soit si il s’était présenté comme athée.
    Mais finalement, ceci est assez représentatif du problème auquel nous sommes confrontés : il n’y a aucune initiative, aucun modèle, ni réalisé, ni même simplement pensé, dont on ne puisse pas prendre une bonne barre de fer pour la lui envoyer avec la force nécessaire derrière les genoux pour les lui faire plier et le mettre à terre. Les utopies non réalisées le permettent déjà intellectuellement (et le 19è, dans sa manie positiviste de saisir l’homme comme un ensemble de données en est un bon exemple), autant dire que les tentatives d’expériences réalisées le permettent encore plus, puisqu’elles mêmes doivent multiplier les concessions faites au réel.
    Je crains parfois que la recherche de la pureté, l’impossibilité à s’associer avec ceux qui ne présentent pas de virginité intellectuelle, politique, ne conduit pas à ne pouvoir s’associer, finalement, avec personne. Moi-même, je ne suis pas sûr que je m’associerai avec moi-même, d’ailleurs.

    Enfin, il y a plein de choses, dans le familistère, qui font sourire, et Godin semble un poil obsessionnel dans sa manie de plier chaque familistérien dans le sens des plis qu’il croit distinguer dans l’Histoire. Cependant, sur la stricte question du rôle qu’on peut attribuer à une entreprise, l’évidence est qu’il y a là une expérience qui pourrait être méditée, et une attitude d’entrepreneur qui, toutes proportions gardées, pourrait servir d’inspiration à quelques patrons et DRH. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’on trouvera, dans ces milieux là, des volontaires pour venir couper les jarrets de ce genre d’initiative, avant même qu’on se retrousse nous même les manches pour le faire ! 🙂

  3. Aaaaaaaarrrrrrgggggghhhhhhhh ! On oublie un mot et on bascule dans l’horreur : « Pour finir, une citation de celui qui avait FAIT graver ». J’espère qu’on m’accusera seulement d’inattention et non pas d’avoir commis un grave crime contre l’orthographe. Pour venir à mon secours et à l’appui de ma défense, je pense que personne ne peut imaginer d’ailleurs que Godin ait jamais gravé lui-même !

  4. Bonjour bonjour,

    Je ne sais pas trop où écrire, et peut-être aurait-il été préférable que j’écrivisse ou que je laissasse (pour éviter la répétition) mon commentaire dans le post précédent qui en est plus proche, du point de vue du sens en tout cas. Enfin, il me semble que ce blog est aussi à envisager comme un « prétexte » et une expérimentation qui peut (doit ?) échapper à son maître et possesseur… 🙂
    Je vous apporte donc ici une bonne nouvelle.
    Hier soir, comme bon nombre de personnes de ma classe sociale, je suis allé tuer le temps de mon samedi soir au Méga CGR de Bègles.
    2012 étant sorti, c’était trop tentant.
    Quelle ne fut pas mon étonnement philosophique quand, outre de grossières aberrations ponctuant tout le film (On a l’habitude avec les Américains), la fin est arrivée !
    Pour ceux qui n’ont pas vu le film, petit résumé : 2012 = les Mayas l’avaient prévu, fin du monde et disparition de l’humanité suite à l’alignement des planètes du système solaire qui bouleverse l’ordre des choses et entraîne des phénomènes géologiques extrêmes du type de ceux qui ont causé la perte des dinosaures. .. (Rassurez-vous, quand je dis « disparition de l’humanité », il ne faut pas comprendre de l’humanité entière, non non non, l’humanité pauvre, c’est-à-dire, l’humanité moins les riches).
    Bref, à la fin de l’histoire donc, tous les continents ont été ravagés complètement, mais, tenons-nous bien, l’AFRIQUE n’a quasiment pas été touchée !!!
    Eh oui, la plaque africaine s’est seulement élevée de quelques « mètrounets », la préservant des eaux meurtrières, et dessinant du coup l’avenir de l’humanité rescapée.
    Il y a de quoi être complètement déroutés, voire même ahuris devant une telle fin, un tel scénario.
    Les américains, pris de mauvaise conscience, seraient-ils devenus repentants, masochistes, ou schizophrènes ? A travers ce film (américain), ils font le choix de se punir en détruisant la première puissance du monde, c’est-à-dire eux-mêmes ! Puis ils sauvent l’Afrique et en font, dans un retournement surprenant, le « Nouveau monde ». 2012 rimerait-il avec JUSTICE divine et châtiment ? Il semblerait bien que oui. Comme ça, la boucle est bouclée, l’homme finit dans son berceau africain. Tout est bien qui finit noir ! ha ha 
    C’est donc tout naturellement que j’arrive à cette conclusion et « interpellation » : « Hey, les noirs, arrêtez d’émigrer, vous êtes les élus de Dieu ».

  5. Faisons fi du lien entre les commentaires et les articles, ça n’a aucune importance ! 2012, pas encore vu (mais quelque chose me dit que voir la bande annonce suffit à saisir ce que les 2h40 ont à proposer)me semble entrer dans la catégorie scopique du cinéma, dans sa version grand spectacle (un peu trop grand, d’ailleurs, parce que le peu que j’ai vu vise un peu trop haut en matière d’effets spéciaux, et semble visuellement peu crédible : je veux bien voir le Vatican être détruit, mais j’aimerais pouvoir y croire en le voyant, et là, la cinématique entrevue paraissait peu crédible; de même la volonté actuelle de plonger le spectateur au coeur de l’action l’empêche de la bien voir. On réclame un peu de recul, que diable !). Toujours est il qu’en laissant la nature, dans ces productions, détruire le monde à notre place, nous nous dédouanons de nos responsabilités quant à une éventuelle fin du monde, dont nous sommes pourtant les auteurs les plus crédibles, à tel point qu’on pourrait se demander s’il ne faudrait pas nous arrêter préventivement (hypothèse que développa, en son temps, un film comme « le jour où la Terre s’arrêta (mais on oubliera la pâle et botoxée version feeturant Keanu Reeves (dommage : Keanu, comme prénom, ça donne pas un peu l’impression de venir de la planète Altaïr ?))). Accessoirement, il n’y a jamais eu autant de représentations spectaculaires de la destruction de la terre que depuis que le risque que cela arrive est si grand. On peut y voir une forme de conjuration, ou de névrose, c’est selon.
    Evidemment, le comble de la bonne conscience consistera, dans ce genre d’entreprise, à placer l’espoir d’un renouveau là où l’industrie et l’économie au service desquelles ce genre de cinéma travaille auront empêché toute forme de développement. Et on placera l’avenir de l’humanité là où on ne reconnait aucune trace de participation à l’histoire. On ne saurait être plus cynique.
    Accessoirement, je m’étais attaqué à cet édifiant film avant sa sortie, alors que le « buzz » (on en a un peu soupé de ce mot, semble t-il) commençait à prendre :
    http://www.ubris.fr/?p=615

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