Archives pour décembre 2009

L’insoutenable légèreté de l’être

Par Youri Kane Catégorie : Argentic/Numeric, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PROTEIFORM Laisser un commentaire »27 décembre 2009

shao_18Récemment, grâce au magazine Polka, qui n’est pas si mauvais que ça, j’ai découvert un photographe dont, immédiatement le travail a provoqué cet effet particulier qu’on ressent, parfois, face à certaines oeuvres. La trentaine (mais peu importe), Polonais, Tomasz Gudzowaty voyage et rencontre, sur ses dernières séries, des sportifs. Problème : le mot « sport » est devenu tellement marchand qu’on voit mal désormais comment on peut le concevoir en dehors des circuits habituels de la consommation et de la communication publicitaire. Pourtant, Gudzowaty réussit à revenir, via le sport à ce qu’on pourrait appeler une discipline du corps. Et si on évite de découper l’homme en deux, avec d’un côté le corps, et de l’autre, l’âme, chacun dans sa chambre froide, on pourra nommer ces pratiques « discipline de soi ». Souvent, il s’agit pour ceux qui les pratiquent, de gagner en maîtrise de la pesanteur. C’est en tous cas souvent sous cet angle là que ce photographe fige leur mouvement. Mais à aucun moment l’apesanteur n’est feinte, ni simulée. La photographie permet, simplement, de fixer ce moment d’élévation.

Il se trouve que Nietzsche est un de ces auteurs qui médite sur cette élévation personnelle. Sinon, le concept de « surhomme » ne serait qu’une saloperie pour sous-idéologie. Et en ces temps où le travail est dur, et rare, il n’est pas inutile de se confronter à des textes qui mettent le travail à sa juste place : au niveau du sol, c’est à dire en dessous d’autres pratiques, parfois vaines, parfois touchées par la grâce. C’est cette rencontre entre un écrivain en quête d’éternel retour, et un photographe qui permet cet éternel retour par l’arrêt du temps sur les mélanges argentique que j’essaie d’organiser ici : En un clic, vous allez vous dématérialiser là où vous êtes pour vous rematérialiser ailleurs, théoriquement là où je le décide si je me mélange pas trop les pinceaux dans le copier/coller du lien.

Pour découvrir davantage le travail de Gudzowaty, c’est à son adresse : http://www.gudzowaty.com et à celle de son galeriste : http://www.yoursgallery.pl/artist.php?action=details&artist_id=5

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Les agités du local

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM Laisser un commentaire »26 décembre 2009

Au moment même où, de manière tellement incohérente que ça en friserait la schizophrénie (franchement, de tels grands écarts du comportement susciterait, chez n’importe quel membre de la famille Béttencourt, une mise sous tutelle), notre gouvernement plaide simultanément pour une gestion internationale de la question du climat et pour un débat sur l’identité nationale (avec les intentions qu’on devine), il est peut être intéressant, non pas de laisser les fascinés des origines, ceux qui sont du genre à penser qu’un auvergnat, ça doit avoir tel genre de tête, et tel genre d’accent (les mêmes qui, quelques décénnies plus tôt auraient vu d’un mauvais oeil que nullepartdans les rues d’Alger on sous entende dans une conversation qu’ils n’étaient pas « natifs » d’Algérie…), s’occuper seuls de ce débat, mais de se demander quel sens a aujourd’hui cette question du « local », alors même que nous dépendons économiquement d’un mécanisme qui se veut global.
En effet, tout le mensonge actuel consiste à écarteler la politique selon deux axes antagonistes, permettant, en gros de faire en sorte que la main gauche du peuple ne sache pas ce que fait la main droite. D’un côté, faire croire que la politique est encore une question « locale », en agitant des ressorts nationalistes bien connus, et ce sous la pire forme qui soit, puisque le patriotisme a en gros disparu (et pour cause, l’économie actuelle en est la négation permanente), et qu’il s’appuie en fait sur un strict individualisme : en gros, aujourd’hui, l’esprit national consiste à se sentir chez SOI (et non chez NOUS), et à craindre que quelqu’un vienne empiéter sur MON territoire. De l’autre, encourager, sans le dire, voire même en disant le contraire, la mondialisation avec son dégât collatéral : les délocalisations. En d’autres termes, valider l’idée que le marché n’a pas de frontières, qu’il est pas essence transnational, s’incarnant dans des multinationales qui n’ont que faire des patriotismes et des cultures locaux. En d’autres termes : on insiste sur le danger qu’il y aurait à être « envahi », pour mieux empêcher la prise de conscience du véritable danger, qui relève pourtant moins de la contagion que de l’hémorragie.
Or, les rares fois où il est question de cette « fuite » hors de nos territoires, de ce qu’on appelle « délocalisation », on nous la présente comme un éloignement de la production. Comme s’il s’agissait d’un processus dans lequel on produirait ailleurs pour consommer ici. A la réflexion, ça semblerait bien bête : pourquoi se donner la peine d’éloigner la production si cela signifie qu’au bout du compte, on devra financer les non-travailleurs pour qu’ils puissent eux aussi consommer ce qu’on a produit sans eux ? Je vais être plus clair :
Quand nous produisons en masse, c’est bien pour que cette masse de produits soit consommée. Or, quand cette production massive se délocalise, elle a pour conséquence un chômage lui aussi massif, particulièrement au sein de cette classe de travailleurs qui était précisément affectée à la production, en somme, les ouvriers au sens large, et tant que n’existe pas, ailleurs, un potentiel de consommation à la hauteur de la production, il est bien nécessaire de donner à ce qui ne travaillent pas nulle_part_terre_promise_7les moyens de consommer, sinon, les stocks s’accumuleraient. On expliquera ainsi les émissions de télé achat qui sont diffusées uniquement, et mystérieusement, pendant les heures de travail, rappelant que la consommation est un devoir au moins aussi impérieux que le travail (à ceci près qu’on n peut pas présenter la consommation ainsi, parce que si nous prenions conscience de cette nécessité, nous exigerions d’être payés pour acheter des marchandises (et c’est bien le cas de ceux d’entre nous qui ne travaillons pas, et touchons néanmoins des aides d’Etat).
Ansi, tant que n’existaient pas de marchés émergents de taille suffisante, il était naturel que nous nous dotions de gouvernements dits « de gauche » qui pouvaient faire passer leur gouvernance pour morale, là où elle n’était en fait qu’un ajustement au marché : il fallait payer tout le monde pour consommer, contre un travail parfois, parfois contre le simple service rendu aux entreprises, qui consistait à écouler leurs stocks.
Mais dès lors que des marchés extérieurs considérables apparaissent, il est tout aussi naturel d’abandonner tout simplement à leur triste sort les plus pauvres, et ceux qui ne travaillent pas. Ainsi, avec l’apparition des milliards de consommateurs se trouvant sur les territoires de l’Inde et de la Chine, le chômeur français devient soudainement économiquement insignifiant : il n’est plus absolument nécessaire qu’il consomme, puisque d’autres peuvent le faire à sa place. On peut alors se permettre de lui couper les vivres. Il en va de même pour les retraités, ou pour les fonctionnaires. Tout ce petit monde, ce petit peuple serait on tenté d’écrire, qui se croyait être le coeur de la nation, se retrouvera de plus en plus marginalisé, car économiquement inutile, remplacé par d’autres consommateurs, qui offrent l’avantage de n’être pas payés pour consommer, mais aussi pour produire. En somme, nous craignos la délocalisation de la production, alors que celle-ci n’est en fait qu’un moindre mal : la plaie terminale, c’est la délocalisation de la consommation elle-même. Et c’est elle qui est en cours. Sous nos yeux, et que nous n’interprêtons pas exactement pour ce qu’elle est. C’est ce que les socialistes font mine de ne pas avoir compris, quand ils recommandent de conserver une fonction publique massive : ils le savent forcément, ceci n’est plus économiquement utile, puisque ce sont autant de bouches à nourrir sans que la production ait besoin de ces bouches ci pour être écoulée. Tant que les socialistes seront soumis au marché, ils devront se plier à la loi de celui-ci, qui a toujours préféré sacrifier les inactifs inutiles, c’est à dire ceux qui ne consomment pas de manière rentable. Il se trouve simplement qu’il s’agissait auparavant de sacrifier énormément d’étrangers, et que cela consiste désormais à sacrifier des populations que nous connaissons, puisqu’il s’agit de nous mêmes.
A vrai dire, cette nouvelle donne semble bel et bien sonner le glas du socialisme, qui ne peut plus jouer aujourd’hui les grands seigneurs en feignant de donner aux plus pauvres ce qui ne constituait en réalité qu’un divertissement. Soit il se soumet au marché, et il ne sert plus, localement, à rien, soit il ne s’y soumet pas, mais il n’est plus nulle_part_terre_promise_6dans sa propre ligne (en tous cas, s’il faisait un tel geste, on serait curieux de voir quels militants suivraient). En somme, il n’a tout simplement plus lieu d’être, puisqu’il était le paravent d’un marché qui n’a plus besoin maintenant de ce camouflage là.
Utiliser cette clé de lecture permet de comprendre les phénomènes auxquels nous sommes quotidiennement confrontés : délocalisation, bien entendu, mais aussi dérèglementations, mise à sac des services publics (après tout, pourquoi soigner des pauvres s’ils ne sont plus des consommateurs nécessaires ?), désengagement des gouvernements de droite (c’est à dire ceux qui assument leur soumission au marché) auprès de leur propre peuple, engagement de dettes d’Etat colossales, voire même faillites d’Etats entiers, puisque ce n’est plus à cette échelle que les choses se font, bien que les peuples s’en rendent encore assez peu compte, à tel point qu’ils sont capables d’élire leurs propres liquidateurs. Le débat sur l’identité nationale, c’est juste le cynisme suprême de ceux qui ne sont animés que par la volonté de voir l’Etat verser ses dernières ressources au bénéfice des actionnaires multinationaux. Le pillage est effectué par ceux là même qui seraient censés l’empêcher, et ce au nez et à la barbe de peuples trop sûrs de leur propre domination sur le monde, et trop confiants dans l’idée que l’ordre passé sera aussi l’ordre mondial futur.
Pour maintenir cette illusion, les agités du global font de nous des agités du local, afin de faire en sorte que jamais on ne soit sur la même longueur d’onde. C’est ainsi qu’on verra sans doute, dans les années qui viennent, les mêmes acteurs s’offusquer publiquement devant les dégâts provoqués par ce qu’ils organisent eux mêmes. Chaque nouveau pillage sera une réponse à la destruction préalablement mise en oeuvre. Nous y serons d’autant plus aveugles que nous aurons le regard rivé sur notre problème local. International est le capitalisme qui se fout du local, international devrait être, aussi, le mouvement qui est censé s’opposer au capitalisme. Il y a des chants qui portent le nom juste. On peut craindre que ceux qui le chantent ait aujourd’hui des visées géographiquement trop restreintes.

NB : Toutes les illustrations sont extraites du beau film d’Emmanuel Finkiel, Nulle part, Terre promise (2008), film précisément désorienté vers les glissements de terrain quand les espaces nationaux n’ont, par la grâce du marché, plus aucun sens. On ajoutera que le film vaut, aussi, pour ses méthodes de mise en image, qui refusent tout recours à ce qu’on pourrait appeler « comédie », pour s’inspirer bien davantage du documentaire. En ce sens, il fait penser aux travaux de Rabah Ameur-Zaimeche, et on a sans doute là un courant alternatif du cinéma, qui permettra de proposer autre chose, sur nos écrans, que les pièces montées du genre Avatar.

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Jingle (publicitaire) bells – éléments pour une définition de l’identité nationale – 1

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM Laisser un commentaire »26 décembre 2009

Puisque malgré tout ce que produit d’indécent ce débat présidentiel, nul geste du président ne semble devoir mettre fin à la partie engagée contre ceux de nos compatriotes qui, bien que familiers, nous demeurent manifestement étrangers; puisque malgré le leurre évident qui consiste pour un gouvernement favorisant économiquement, nécessairement, la mondialisation à faire croire que le problème, ce soit encore la nation, nous devons nous abaisser à nous demander ce qui fait notre identité nationale, alors mentionnons ce qui suit qui, montrant ceci, peut expliquer cela :
cheques-cadeauxAujourd’hui, 25 Décembre, nombreux sont ceux qui revendent illico presto sur le net les cadeaux qu’on leur a offerts, histoire de faire quelques bénéfices avec les présents qui ne leur donnent pas satisfaction. Un édifiant reportage dans le JT de France 2 (mais je suppose que le même marronnier était diffusé sur chaque chaine de télévision) montrait une famille dans laquelle les parents trouvaient ça tout à fait normal que le fiston, post-adolescent, évalue les cadeaux reçus sur le seul critère de leur efficacité en matière de satisfaction personnelle, et revende tout ce qui ne lui plait pas sur ebay, s’empochant ainsi le fric non dépensé pour l’achat de ce que quelqu’un lui avait offert, malencontreusement (mais l’argent satisfait tout le monde puisque, comme on le sait, il permet de tout s’acheter, et donc de tout être…), niant dès lors tout l’humanité de l’acte qui consiste à faire un cadeau, niant aussi dans l’éducation du rejeton, tout ce qui consiste à prendre en compte, aussi, le plaisir de celui qui offre, qui se voit soudainement réduit au stade de prestataire de service, qu’on humiliera silencieusement en se débarrassant à bon prix de ce qu’il avait pris le temps de choisir, de se procurer pour le transmettre à quelqu’un d’autre. Pour ces gens là, le cadeau n’est pas un partage, mais un jeu de dupes dans lequel le destinataire exige, et juge ce qu’on lui offre sur la base des valeurs actuelles du marché (qui, depuis American Psycho, sont « parce que je le vaux bien », on le sait (je sais, l’association d’idées sonne étrangement, mais j’y reviendrai un jour, il y a, me semble t il, une trajectoire de la pensée, du discours et des attitudes qui suit cette perspective là).
A ce jeu de la revente des cadeaux aux enchères le jour même de noel, les français sont les premiers en Europe, apprend on, et de loin. Voila de quoi fonder un début de représentation de l’identité nationale : si l’identité est ce qui est partagé, alors il semble que nous tenons là un des traits caractéristiques du français. Vivant en monade sans contact avec ses pairs, les utilisant quand il en a l’occasion, mais entrant rarement dans une relation désintéressée. Les cadeaux, l’amitié doivent relever du commerce, de la rentabilité. Tout relève, en somme, du marché.
Si notre identifiant de la francitude est juste, on ne s’étonnera pas, alors, que ce peuple ait pu élire Sarkozy à sa tête. On ne s’étonnera pas, aussi, qu’il soit bien capable de lui renouveler son mandat.

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Méritocrazy

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM Laisser un commentaire »15 décembre 2009

J’avais pourtant pris la ferme résolution de ne plus trop trop en faire avec ces séquences. C’est une sorte de solution permanente de facilité, et ça finit par provoquer une véritable nausée. Mais il y a des baudruches qu’on peut tout de même prendre plaisir à voir se dégonfler toutes seules.

Entendons nous. Le problème, ce n’est pas tant que Rachida Dati soit suffisamment dépendante de son portable pour ne même pas se rendre compte qu’elle est en train de s’épancher alors que les micros de l’équipe de télévision qui la suit sont encore en train de l’enregistrer. Le problème n’est pas, non plus, qu’elle soit du genre à aimer les honneurs sans être du genre à aimer les efforts qui permettent de les mériter. Le problème n’est même pas qu’elle constitue manifestement un parasite politique, prête à bouffer à tous les râteliers du moment qu’elle puisse y trouver son compte et un peu d’existence médiatique. Si ce document met en évidence ces choses là, on doit admettre qu’en fait, on ne découvre rien, on n’apprend rien de nouveau sur son compte, on savait déjà tout ça, tout le monde l’a déjà dit. Simplement, jusque là, quand elle niait, montant parfois sur ses grands chevaux, feignant l’indignation, sous entendant même qu’on l’attaque ainsi parce que c’est une femme, parce qu’elle est issue d’une minorité (ce qui est vrai : elle est issue de la minorité riche), c’était sa parole contre celle de ses accusateurs. Désormais, c’est sa parole avec celle des accusateurs, puisque c’est bien elle qui tient ces propos dont on est curieux de voir comment, après coup, elle les assumera.

Mais ce qui importe bien plus, c’est que ces « qualités » de profiteuse et d’opportuniste étaient connues bien avant qu’elle accède à un ministère. D’une part, les bruits couraient (et ce jusque dans ma salle des profs, c’est dire !) qu’il ne s’agissait pas forcément d’une forcenée, voire même que certains éléments du C.V. étaient un peu « arrangés » pour redorer un blason un peu terne. Mais surtout, une telle attitude ne pouvait pas ne pas transparaître dans les propos, les comportements. Si elle se tient maintenant si peu, si elle ne peut pas se maîtriser devant des caméras, on imagine assez bien ce que cela peut donner en privé. Donc, ceux qui l’ont nommée, ceux qui l’ont soutenue, ceux qui ont proposé son nom, ceux qui l’ont servie savaient qui elle est, et s’en sont accommodé. Mais on peut aller plus loin. Parce qu’après tout, la question peut être posée : quel est l’intérêt de placer à des postes clé de la République de telles baudruches, si ce n’est de trouver dans de tels arrivistes, les relais obéissants d’une politique que personne, sinon eux, n’accepterait de mettre en oeuvre ? Sur un modèle historiquement connu et répertorié (je viens d’atteindre le point Godwin de mon article), donner aux sans grades, et aux sans compétences, des postes qu’ils ne méritent objectivement pas permet d’obtenir d’eux une soumission sans faille. On peut tout leur demander, ils le feront, avec cet aplomb qu’ont ceux qui, dénués de conscience, se sentent protégés par une providence toute puissante (la preuve, elle les a mis là où ils sont). Persuadés de faire partie des happy few, confiants dans la légitimité de leur pouvoir, ils ne lésineront pas sur les moyens, sur les provocations, et oseront faire ce qu’aucun autre à leur place n’aurait osé, y compris s’il s’était agi de mettre en place un programme politique cohérent et admissible. On se doute bien que pour réaliser l’inadmissible, il faut des employés qui soient eux même au delà du consternant.

Ce coup de fil n’est donc rien de plus qu’une sorte de C.V. inversé, c’est à dire un témoignage sur les critères de recrutement en vogue dans cette petite entreprise qu’on appelle “gouvernement”, qui est du genre à ne pas connaître la crise. Epanouie, elle exhibe des trésors satinés, dorés à souhait.

Accessoirement, ce document révèle aussi ce que la tête de l’Etat entend lorsqu’elle prononce les mots “travail”, et “mérite”.

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L’automobile, fille de joie

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM 3 commentaires »15 décembre 2009

Dans le blog de l’outrespace, un petit article sans véritable approfondissement, incitant juste à aller lire Le Tigre (le curieux magazine curieux) de ce mois ci, ne serait ce que pour son article mettant en parallèle la publicité BMW sur la joie et la pensée de Spinoza, pour qui la joie est un concept central. D’un certain point de vue, ce n’est rien. Et en même temps, ça en dit long. C’est par ici que ça se passe : Joyride

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Allons allons, enfant de la patrie

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »15 décembre 2009

J’ai un peu été coincé par la fin du trimestre (on ne sait pas ce que c’est, les bulletins trimestriels, les logiciels pour les notes, les conseils de classe, les réunions parents/profs, tout ce qui fait que, quand même, le métier de prof ressemble, parfois, à celui de poseur de pare-brises chez Carglass, ce qui ne fait pas forcément de mal aux profs, qui manquent peut être un tout petit peu de ce genre d’expérience, mais bref), et c’était peut être aussi bien, tant il y avait, chaque jour, de manière extraordinairement maîtrisée, des éléments de communication politique qui parvenaient, de manière quasiment magique, à être simultanément des signaux politiques forts ainsi que de simples écrans de fumée médiatiques. J’aurais disposé de temps, cette colonne de texte aurait été remplie de courts extraits video débitant de la déclaration politique édifiante au rythme de leur mise en ligne, sans doute sans parvenir à ne pas en rater une par ci par là. Cette colonne en a déjà fait suffisamment sur ce créneau là, on frôlerait l’overdose si on voulait suivre le rythme.

On pourrait se dire que bien sûr, tout ça n’est que fumée, qu’il suffit de passer outre. Il semble que cette sage position de recul soit ici tout simplement une erreur, car ces gens là ont compris qu’on a commencé à ne même plus écouter, à ne plus prendre en compte ce qui se dit, même plus en douce mais sur les tribunes, devant des militants qui, jusqu’à preuve du contraire, applaudissent sans broncher, comme un seul homme (le plus petit d’entre eux, semble t-il), aux déclarations tout de même « parlantes » de leurs chefs d’escadrilles. Ainsi, en douce, il y a un groupe de personnes (on appellerait ça un parti, par exemple) qui sont d’accord entre elles pour dire que les étrangers posent sacrément problème, qu’on ne peut pas être français si on a un accent un peu trop ensoleillé et que les étrangers peuvent venir vendre (c’est à dire, aliéner, rappelons le) à bas prix leur force de travail sur notre territoire, mais qu’il est absolument hors de question qu’ils construisent leurs propres clochers par chez nous (en revanche, ils peuvent aller prier dans des caves : les sous-sols, oui, l’altitude, non).

Mieux : Christian Estrosi, déjà évoqué quelques posts plus haut, a, devant des militants UMP, évoqué une théorie dont on aurait bien aimé qu’elle fût de son cru, mais dont on se doute bien qu’elle n’est que le déclinaison écrite pour lui du discours global tenu par le parti sur cette question : si Hitler avait organisé un débat sur l’identité nationale, la seconde guerre mondiale n’aurait pas eu lieu.

Génial d’inconscience de sa part (ce type ne sait pas ce qu’il dit). Terrifiant de cynisme de la part des « plumes » gouvernementales, (car eux connaissent l’histoire).
Car, tout de même, qui ne voit pas que le nazisme est précisément la réponse à la question posée de l’identité nationale, et non une errance qui serait due au fait que la question n’aurait pas été posée ? En réalité, un peuple ne se pose jamais la question de son identité; c’est toujours un petit groupe de personnes qui savent très bien ce qu’elles en pensent, qui agitent le chiffon imbibé de sang impur sous les narines de la foule, pour l’exciter en semant en lui le doute : dis donc, toi le peuple, sais tu bien qui tu es ? Ne te sens tu pas un peu schizophrène ? Ne serais tu pas prêt à écouter quelques discours habilement amnésiques sur la manière dont l’horreur parvint sur le sol européen dans les années 30 ? Oublie donc que ceux qui ont perpétré ce crime étaient, justement, très au clair quant à leur identité nationale, ils ne parlaient même que de ça, et leur action fut la conclusion de leur débat, dont la réponse était écrite par avance, non seulement parce que les dirigeants l’avaient écrite avant de la faire jouer au peuple, mais aussi parce que c’est exactement la réponse à laquelle on parvient dès lors qu’on se laisse aller aux solutions de facilité (parler de la nation comme source de fierté, par exemple).On comprend mieux, dès lors, qu’on veuille supprimer les cours d’histoire de la phase terminale des études scientifiques : le nazisme était finalement cela : la doctrine d’un peuple très au fait de son identité, et à la pointe de son efficacité technique, qui ne visait finalement qu’une seule chose : l’efficacité et la performance. Rien qui nécessitât une culture historique.
Finalement, tout ceci est très logique, et ne forme pas un dérapage incontrôlé, mais une doctrine qui, peu à peu, s’impose.
On est heureux qu’Estrosi se soucie à ce point du naufrage de la civilisation européenne. On regrette qu’il fasse mine de ne pas avoir conscience d’y participer activement.
Et puisque, enfants de la patrie, on organise en nous l’oubli, le jour de boire est arrivé.
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Au Nord/Nord-ouest d’Eden

Par Youri Kane Catégorie : 24 FPS, CINEMATOGRAF, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, SCREENS Laisser un commentaire »10 décembre 2009

32bIl se trouve que je participe au « dispositif » Lycéens au cinéma, qui a pour objectif d’emmener plusieurs fois dans l’année des élèves découvrir gratuitement des films. On ne sait pas pourquoi cela n’est pas déjà au programme de tous les élèves, et ce dès le plus jeune age, mais bon, on se contente de ce qu’on nous offre déjà. Il y a cette année au programme un Hitchcock (réalisateur qui revient d’ailleurs assez souvent dans le programme, d’année en année). C’est La Mort aux trousses qui est proposé cette semaine à mes élèves, aussi leur ai-je proposé, en plus du dossier gracieusement offert par la région, le fac similé (en somme, le scan) d’une interview de Hitchcock par Douchet, dans les Cahiers du Cinéma de Décembre 1959, au moment de la sortie en France du film. L’interview est assez intéressante, Hitchcock y cabotine quelque peu, il détourne aussi l’attention des véritables enjeux de son film, mais ce n’est pas étonnant : le film joue de bout en bout, lui même, la partition de ce brouillage général des pistes. Douchet, à lire le livre qu’il consacrera plus tard à Hitchcock, n’était pas dupe. A lire, aussi, dans le même numéro 102 des Cahiers, la critique du film par Luc Moullet, autre nom qu’on aime lire en sachant ce qu’entre temps il aura lui même proposé au cinéma. Pour récupérer tout ça, ça se passe là : Hitchcock par lui-même

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ELM

Par Youri Kane Catégorie : AUDIO, Playlists, PROTEIFORM, Saveurs du soir, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »7 décembre 2009

L’a t-on suffisamment répété ? Le jazz est la musique à venir. Parce que c’est la seule qui soit universelle. C’est aussi la seule qui parvienne à franchir le cap des dichotomies (ouais ouais… ok ok, les plus rapides d’entre les lecteurs auront remarqué que j’avais précédemment publié cet article en écrivant « dichotomie » avec un « y ». Que celui qui n’a jamais fait de faute de ce genre m’envoie le premier Larousse à la gueule, (et, étant donnés les lecteurs que je connais, je risque bien de me prendre une encyclopédie en 24 volumes !)) habituellement évoquées dès lors qu’il s’agit de classer, diviser les courants musicaux : elle déjoue les classes, elle est, dans la musique, la fin de la lutte des richie_beirach1classes, mettant tout le monde d’accord. Il y a deux catégories de musiciens : ceux qui considèrent qu’il y a deux catégories de musiciens et les musiciens de jazz. On y reviendra, mais ce n’est pas un hasard si c’est au sein de ce courant qu’on trouve, liés par bien autre chose que l’intérêt et le commerce, des noms qui semblent provenir des multiples points de fuite de l’horizon. La musique est alors un dialogue, le véritable concert de nations qui ont passé l’âge de se poser la question de leur propre identité.

Ainsi, le jazz est cette musique qui accompagne le repos de ceux qui savent qu’il y a un au-delà de la lutte. Pas étonnant que la plupart de ces musiciens là soient inconnus au bataillon. C’est la musique achevée, et néanmoins en mouvement. Mobile au sein du mobile, Richard Beirach est un de ces soldats du feu sacré.

Né en 1947 à New-York, au confluent de ce que le gros fruit du savoir peut donner de mieux, en matière de liberté, Richard Beirach est un de ces pianistes qui savent transformer un clavier en paysage. Avec des influences qui viennent en partie de ses collaborations (Stan Getz en 1972, Chet Baker en 1990), mais aussi des ambiantistes comme Erik Satie, il chemine sur ses propres plaines, en éclaireur de pianistes contemporains tels que Brad Meldhau (impossible de ne pas imaginer la discothèque de Meldhau sans, au rayon « B », un alignement de CD fréquemment écoutés, de Beirach et de ses collaborateurs).

Sa musique est articulée autour des nuances, tonales, rythmiques aussi, jouant sur les accélérations/décélérations, sur le relativisme du temps. On croirait lire un traité sur les désynchronisations entre temps mesuré et temps perçu, Bergson mis en musique. Pas étonnant dès lors que Beirach provoque, immanquablement, un effet nostalgique sur son auditeur. Son piano semble lancé, à des allures diverses, à la recherche du temps, perdu.

Je ne livre qu’un extrait, ici. ELM, morceau tiré de l’album du même nom, sorti en 1979, aujourd’hui disponible dans une édition japonaise (merci à ce pays d’avoir saisi ce que la mondialisation peut avoir de bon, pendant que nous, de notre côté, semblons nous ingénier à n’en saisir que les effets pervers). L’album, il est utile de le préciser, est édité chez ECM (oui, oui, une filiale de Universal, comme quoi…), ce qui constitue, tout de même une promesse dont ne se demandera même pas si elle est tenue, tant ELM semble simultanément incarner l’esprit de ce label, tout en ne s’y réduisant à aucun moment. Le titre prend toute sa puissance au sein de l’album qui l’accompagne, mais on a tous les éléments de la musique de Beirach. Les résonnances, l’aptitude à installer, immédiatement un décor qui n’est pas une copie d’un quelconque élément du réel, une décalcomanie du monde vécu (on peut aimer ça, parfois, hein, mais là, il ne s’agit pas de ça) : le monde de Beirach est avant tout musical, les pauses, les dentelles de piano superposées sur les errances de la basse et les échos de percussion, au loin, qui tiennent le tout ensemble, miraculeusement, les envolées aussi, moments où la technique disparait pour saisir, simplement, les sens et embarquer pour un autre monde.

Précisément, assez parlé : embarquement immédiat

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Le travail : bibliographie & filmographie reloaded

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", "J'avance masqué", D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, MIND STORM, TRANSMISSION Laisser un commentaire »7 décembre 2009

Work in progress par excellence, voici la version complétée de la liste de ressources utile à ceux qui souhaiteraient creuser un peu intellectuellement ce à quoi ils consacrent tant de temps. Des sources incontournables ont été ajoutées, tant parmi les livres que parmi nos amis les films. Ca se passe là : C’est pas du travail (mise à jour).

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Ils étaient Lacan nous n’y étions pas

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM, PAGES, PROTEIFORM 6 commentaires »2 décembre 2009

Puisque tout le monde a été relativement sage, et que tout le monde a bien travaillé, (pour gagner plus, ça se sait, et se vérifie tous les jours; et que pourrait on vouloir d’autre ?), on mérite de lire Lacan, tel qu’il a été évoqué il y a quelques jours ici même, dans une version un peu plus confortable. Ayant mis la main sur un exemplaire du magazine littéraire d’époque (c’est à dire le n°121, de Février 1977), j’en ai tiré les quelques pages qui suivent. En accompagnement de l’enregistrement, je crois qu’on peut dire que ça peut constituer une certaine conception du luxe, non ? Pour ceux qui n’ont pas participé à l’épisode précédent, et histoire que google indexe correctement, j’insère cette phrase qui contiendra tous les petits mots doux que les moteurs de recherche aiment bien trouver dans un texte, histoire de s’y retrouver : Lacan, invité à venir au fond des bois de Vincennes dispenser un savoir qu’il distillait jusque là dans ses propres séminaires, répond favorablement à la requête de Foucault, qui trouvait que le psychisme était une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des médecins, qui ont toujours un peu trop vite fait de trouver que votre psyché ne tourne pas suffisamment rond et de tenter de vous réparer à l’aide de deux ou trois bricoles et bouts de ficelles dont ils ont le secret. Néanmoins, Vincennes était une zone où les chaperons rouges du genre de Lacan étaient une proie de choix pour les grands méchants loups de la race des étudiants d’extrême gauche. Les loups avaient aiguisé leurs dents, histoire de croquer le pédant psychanalyste, et Lacan avait rempli son panier de petits pots de beurre et de galettes fourées, histoire d’amadouer un auditoire qu’il sentait potentiellement moins ébahi que celui de ses séminaires où, en tant que gourou, tout le monde lui vouait une admiration tantôt déférente, tantôt carrément béate, parfois, les bouches bées exprimaient tout simplement la totale incompréhension devant les jeux de mots abscons du Maestro. Se doutant d’un traquenard et bien décidé à en découdre avec la jeunesse qui croyait ne pas se laisser dompter tout en ne se laissant pas dompter d’une manière finalement assez attendue, là, quand le moment fut venu de se présenter devant son auditoire, Lacan vint avec son assistante velue : son chien.

Le moment est évidemment réjouissant, et il est maintenant, grace au Magazine littéraire, lisible. Ca n’enlève évidemment rien au caractère discutable du personnage. Ca ne valide en rien les thèses, ni ne justifie l’attitude. Mais cela demeure le témoignage d’un temps. Pour le reste, le plus profond, je renvoie aux commentaires de l’article précédent, dans lequel j’ai déjà évoqué cet épisode, car ils commencent à devenir consistants, à ce que je vois, au moment même où je copie/colle ces quelques miniatures. http://www.ubris.fr/?p=816#respond

Voici donc ce qu’on appelle L’Impromptu de Vincennes.

lacan-limpromptu-de-vincennes-004.jpg lacan-limpromptu-de-vincennes-003.jpg lacan-limpromptu-de-vincennes-002.jpg lacan-limpromptu-de-vincennes-001.jpg lacan-limpromptu-de-vincennes.jpg

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Et maintenant, la récré est terminée. Il est temps de revenir vers le maître. Au boulot!

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