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Allons allons, enfant de la patrie

J’ai un peu été coincé par la fin du trimestre (on ne sait pas ce que c’est, les bulletins trimestriels, les logiciels pour les notes, les conseils de classe, les réunions parents/profs, tout ce qui fait que, quand même, le métier de prof ressemble, parfois, à celui de poseur de pare-brises chez Carglass, ce qui ne fait pas forcément de mal aux profs, qui manquent peut être un tout petit peu de ce genre d’expérience, mais bref), et c’était peut être aussi bien, tant il y avait, chaque jour, de manière extraordinairement maîtrisée, des éléments de communication politique qui parvenaient, de manière quasiment magique, à être simultanément des signaux politiques forts ainsi que de simples écrans de fumée médiatiques. J’aurais disposé de temps, cette colonne de texte aurait été remplie de courts extraits video débitant de la déclaration politique édifiante au rythme de leur mise en ligne, sans doute sans parvenir à ne pas en rater une par ci par là. Cette colonne en a déjà fait suffisamment sur ce créneau là, on frôlerait l’overdose si on voulait suivre le rythme.

On pourrait se dire que bien sûr, tout ça n’est que fumée, qu’il suffit de passer outre. Il semble que cette sage position de recul soit ici tout simplement une erreur, car ces gens là ont compris qu’on a commencé à ne même plus écouter, à ne plus prendre en compte ce qui se dit, même plus en douce mais sur les tribunes, devant des militants qui, jusqu’à preuve du contraire, applaudissent sans broncher, comme un seul homme (le plus petit d’entre eux, semble t-il), aux déclarations tout de même « parlantes » de leurs chefs d’escadrilles. Ainsi, en douce, il y a un groupe de personnes (on appellerait ça un parti, par exemple) qui sont d’accord entre elles pour dire que les étrangers posent sacrément problème, qu’on ne peut pas être français si on a un accent un peu trop ensoleillé et que les étrangers peuvent venir vendre (c’est à dire, aliéner, rappelons le) à bas prix leur force de travail sur notre territoire, mais qu’il est absolument hors de question qu’ils construisent leurs propres clochers par chez nous (en revanche, ils peuvent aller prier dans des caves : les sous-sols, oui, l’altitude, non).

Mieux : Christian Estrosi, déjà évoqué quelques posts plus haut, a, devant des militants UMP, évoqué une théorie dont on aurait bien aimé qu’elle fût de son cru, mais dont on se doute bien qu’elle n’est que le déclinaison écrite pour lui du discours global tenu par le parti sur cette question : si Hitler avait organisé un débat sur l’identité nationale, la seconde guerre mondiale n’aurait pas eu lieu.

Génial d’inconscience de sa part (ce type ne sait pas ce qu’il dit). Terrifiant de cynisme de la part des « plumes » gouvernementales, (car eux connaissent l’histoire).
Car, tout de même, qui ne voit pas que le nazisme est précisément la réponse à la question posée de l’identité nationale, et non une errance qui serait due au fait que la question n’aurait pas été posée ? En réalité, un peuple ne se pose jamais la question de son identité; c’est toujours un petit groupe de personnes qui savent très bien ce qu’elles en pensent, qui agitent le chiffon imbibé de sang impur sous les narines de la foule, pour l’exciter en semant en lui le doute : dis donc, toi le peuple, sais tu bien qui tu es ? Ne te sens tu pas un peu schizophrène ? Ne serais tu pas prêt à écouter quelques discours habilement amnésiques sur la manière dont l’horreur parvint sur le sol européen dans les années 30 ? Oublie donc que ceux qui ont perpétré ce crime étaient, justement, très au clair quant à leur identité nationale, ils ne parlaient même que de ça, et leur action fut la conclusion de leur débat, dont la réponse était écrite par avance, non seulement parce que les dirigeants l’avaient écrite avant de la faire jouer au peuple, mais aussi parce que c’est exactement la réponse à laquelle on parvient dès lors qu’on se laisse aller aux solutions de facilité (parler de la nation comme source de fierté, par exemple).On comprend mieux, dès lors, qu’on veuille supprimer les cours d’histoire de la phase terminale des études scientifiques : le nazisme était finalement cela : la doctrine d’un peuple très au fait de son identité, et à la pointe de son efficacité technique, qui ne visait finalement qu’une seule chose : l’efficacité et la performance. Rien qui nécessitât une culture historique.
Finalement, tout ceci est très logique, et ne forme pas un dérapage incontrôlé, mais une doctrine qui, peu à peu, s’impose.
On est heureux qu’Estrosi se soucie à ce point du naufrage de la civilisation européenne. On regrette qu’il fasse mine de ne pas avoir conscience d’y participer activement.
Et puisque, enfants de la patrie, on organise en nous l’oubli, le jour de boire est arrivé.

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