Power to the police

In MIND STORM, PROPAGANDA
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J’y ai fait un instant allusion dans l’article précédent, et ça faisait longtemps que je voulais trouver l’occasion de partager cela, sans trouver d’opportunité pour le faire : la forme a son importance, même en politique. Et si des Machiavel ont pu donner quelques conseils aux souverains (y compris quand c’est le peuple qui est souverain) sur l’art et la manière de pratiquer le pouvoir (ce qui signifie, pour commencer, le conquérir, puis le conserver), il s’est assez peu penché sur les questions de mise en page des tracts, typographie des textes publiés, illustration, quadrichromie, etc.

Heureusement, d’autres le font pour nous. Et ce qui pourrait paraître futile, secondaire, inessentiel est en fait fascinant, et important. Et au passage, si on saisit bien la volonté d’hommes politiques tels que, au hasard, par exemple, Mélenchon, de rompre avec certaines habitudes de communication médiatique, on craint que cela débouche finalement sur une absence de mise en forme du discours, un dédain pour le pouvoir qu’a, depuis l’invention de l’imprimerie, la mise en forme des pensées.

Didier Lestrade fait partie de ceux qui ont l’oeil. Lorsqu’Act Up France rompt avec la typographie traditionnelle de ce mouvement, il le voit tout de suite (http://didierlestrade.fr/politique-sida/act-up/article/stickers), et on comprend bien qu’il ne s’agit pas juste d’avoir un sourire béat devant une composition graphique harmonieuse, mais de prendre en compte le pouvoir esthétique des textes imprimés. Quand il regarde la presse français généraliste (http://didierlestrade.blogspot.com/2010/06/je-deteste-le-monde.html) ou davantage spécialisée (http://didierlestrade.blogspot.com/2010/01/juste-la-beaute.html), le propos ne sépare pas le contenu de la manière dont il apparait, et même si on est habitué à privilégier le fond, même si on sait bien que les idées importent et qu’on doit être capable de les reconnaître quelle que soit le soin avec lequel on les a mises en scène, on ne peut que reconnaître une chose : si visuellement, ça ne claque pas immédiatement comme une évidence, dans le flot des communications, on passera à côté, et on devra attendre patiemment que tout le monde soit arrivé, par la force de ses neurones individuels, à des conclusions harmonisées pour qu’un mouvement s’amorce. Or, précisément, les mouvements ne s’amorcent jamais ainsi.

Aussi, lorsque Didier Lestrade s’intéresse à la communication politique (et finalement, au sens profond, il n’y a que ça qui l’intéresse, même quand il parle de musique ou de porno), on sent qu’il a immédiatement l’oeil sur les interlignes, les polices de caractère, la mise en page, bref, tout ce qu’à gauche, dans une sorte de pureté virginale (mais aussi d’idéalisme crétin, qui oublie que, précisément, les idées sont des formes, et que l’art consiste précisément à inscrire ces idées dans des formes perceptibles), et on finit par partager son agacement face aux errances de communication visuelle qui sont autant de symptomes du manque de clarté des idées elles mêmes.

Ca se lit là (http://didierlestrade.blogspot.com/2010/01/juste-la-beaute.html).

Reprenez le clip illustrant le titre de Flobot dans l’article précédent, il y a là comme une évidence.

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