Archives pour septembre 2007

Volontaire

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM 2 commentaires »26 septembre 2007

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

« Volontaire : Qui n’est pas le résultat d’une contrainte » (dictionnaire technique et critique de la philosophie – Lalande)

Ainsi :

Volontaire, d’après le député Mariani, celui qui se soumettrait à des tests ADN pour entrer sur le territoire.

Volontaire, car il peut, si il le veut préférer volontairement demander au pays qu’il fuit de lui procurer tous les papiers nécessaires à sa fuite clandestine, ou attendre un an, voire plus, que toutes les vérifications administratives soient effectuées, pour qu’on lui dise, peut être, que finalement, des fonctionnaires qui pestent contre la machine à café qui ne marche pas, qui aimeraient bien récupérer un bureau pour soi tout seul, qui étudient toute cette paperasse entre 9h et 17h, bien assis sur leur chaise de bureau de la Camif, des fonctionnaires donc, du haut de leur échelle hiérarchique, jugent qu’il n’est pas bon juge de sa situation, que son pays n’est pas si désespérant (tiens, on y passerait bien les prochaines vacances), que ses enfants y ont nécessairement un avenir, qu’il va falloir rentrer, maintenant.

Dorothéa Lange - Migrant motherVolontaire, donc, celui qui se soumettrait à des tests ADN.

Volontaire, peut-on en déduire, celui qui se soumet.

Volontaire, sans doute celui qui fuit son pays pour échapper à la mort.

Volontaire, peut être, celui qui passe la frontière pour échapper à une vie qui n’est pas une vie, une vie qui, si nous devions la vivre, nous pousserait à vouloir la fuir de la même façon.

Volontaire, celui qui prétend encore à un peu d’espoir.

Volontaire paraît-il, celui qui se cache 24h/24 pour échapper aux contrôles d’identité.

Volontaire aussi, celui qui n’a pas de papier et ne signale pas, volontairement, sa situation irrégulière volontaire.

Volontaire de même celui qui se jette par la fenêtre quand les forces de l’ordre frappent à la porte de l’immeuble.

D’autant plus volontaire que les forces en question ne venaient pas pour lui, du moins pas encore.

Volontaire à l’identique, celui qui balance son fils par la fenêtre dans une situation similaire. D’ailleurs, était-ce bien son fils ? Allez savoir…

Volontaire, rappellons-le, celui qui se soumet.

Volontaires les parents qui, sans situation régulière, envoient quand même leurs enfants à l’école,

Volontaires et pourtant bientôt jugés irresponsables, les chefs d’établissement qui ne les dénoncent pas.

Place TienanmenVolontaires, ceux qui obéissent aux ordres, aux mails, aux consignes, aux quotas

Volontaire, il faut se le mettre bien profond dans le crâne, celui qui se soumet.

Volontaires, et parfois bien contents de recevoir de telles directives,

Volontaires pour le petit pouvoir aux grandes conséquences,

Volontaires pour que les conséquences, ce soit toujours pour les autres.

Volontaires pour une petite chasse à l’homme.

Volontaire, chaque jour un peu plus, celui qui se soumet.

Volontaires ceux qui écrivent, diffusent, contrôlent l’application, évaluent, soupèsent les directives.

Volontaires (ils nous le font assez savoir) ceux qui conçoivent des programmes politiques qui impliquent de telles directives

Volontaires, ceux qui font campagne autour de cette volonté

Volontaires ceux qui élisent

Volontaires ceux qui s’arrangent pour ne jamais être un véritable contre-pouvoir

Volontaires, tous ceux qui se soumettent.

Et pourtant, parait-il :

« Volontaire : Qui n’est pas le résultat d’une contrainte. »

 

 

Crédits : la seconde illustration n’a plus besoi d’être présentée. Quelques mots en revanche à propos de la première, qui est extraite de la série de photos que Dorothéa Lange effectua lors de la grande « dépression » américaine. Je n’en dis pas plus, je sens que cette femmme, et cet évènement, auront droit à leur propre post très prochainement.

Partager cet article :

« L’ombre du zèbre n’a pas de rayures » (visite guidée d’une boite échangiste)

Par Youri Kane Catégorie : HYBRID, PLATINES, POP MUSIC, PROTEIFORM 2 commentaires »22 septembre 2007

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

Au moment où je réfléchissais à la conception de ce blog, alors que je me disais que tout ça tournerait autour de la question des hybrides, des mélanges, des fécondations impossibles, des croisements cauchemardesques et inespérés, un de mes providers en musiques variées et délectueuses , le bien nommé Damiens d’Amiens, a balancé sur son blog un petit assortiment de ce dont on ne sait trop si on doit les appeler mashups, bastard mixes ou hybrid music (elle est de moi cette dernière appellation, et je ne suis pas sûr que ce soit la plus élégante !). Ces deux titres eus-èmêmes constitués de sous titres m’ont permis de finaliser l’idée de mon propre blog, en le concentrant le plus possible sur les croisements fertiles de trajectoires a priori autonomes. Je me disais qu’un jour ou l’autre j’allais proposer ma propre salve de mélanges sonores. Le jour est venu, mais entre temps, en bon parisien amateur de musique qui branche de temps en temps son tuner sur l’incontournable OuiFM, je suis tombé sur ce que j’ai du mal à ne pas considérer comme une sorte de maître en la matière. La station a en effet depuis eu l’idée d’inviter de manière quasi permanente DJ Zebra pour qu’il vienne y proposer ce qu’on appellera logiquement des Zebramixes, amplement constitués de musiques hybridées. Ce drôle de zèbre n’a manifestement pas les oreilles dans sa poche, et il parvient à associer ce qui a priori n’est pas associable (radiohead et diams, juste pour donner une idée), et à chaque fois, ça fonctionne. C’est ludique, totalement déstabilisante, ça joue avec nos reflexes conditionnés par l’habitude que nous avons d’entendre les lignes mélodiques associées à des accompagnements ici absents, et remplacés par de nouveaux paysages. Et souvent, la magie opère pour de bon (quand le Ding Ding Dong des Rita Mitsouko se trouve associé aux ambiances sombres de l’Unfinished Sympathy de Massive Attack par exemple).

DJ ZebraJouissance supplémentaire, le zèbre est un animal autochtone, qui connait sa musique française sur le bout de ses dix doigts tricolores et néanmoins baladeurs. On retrouve nos héros nationaux (des Noirs Désirs, des Joey Starr, des Billy the Kick, des Serge Gainsbourg rassemblés pour cette énorm partouze sonore, DJ Zebra fait les présentations, sert d’entremetteur, rapproche Katerine de Boney M, fait coucher dans le même lit Olivia Ruiz avec Smokey Robinson et Gladys Knight, fait procréer les White Stripes et ACDC au grand complet) tout emmêlés les uns aux autres, copulant joyeusement avec leurs cousins du monde entier. On trouve même au fond de la boite échangiste un couple d’aveugles, qui font sans doute mieux de ne pas voir les accrobaties qui ont lieu tout autour d’eux. Ils n’en perçoivent sans doute que les petits gémissements de Diams venant de faire connaissance rapprochée avec Bono et sa bande. Ca jouit de partout , à tous les étages de la boite cranienne de l’auditeur.

Quatre extraits ici. C’est déjà des pépites, mais ce n’est vraiment qu’un échantillon. On n’a aucune idée de la quantité des accouplements déjà effectués, la source semble inépuisable. Le zouave a l’air d’avoir un cerveau riche en connexions neurologiques. Nul ne sait ce que cet esprit déviant va bien pouvoir créer comme mixture magique.

Si j’ajoute que DJ Zebra fut aussi en son temps membre des Billy the Kick, vous devez sentir un peu le vent de folie douce qui peut planer sur ses productions, et l’esprit gentillement festif qui peut l’animer. Normalement, là, si j’ai bien fait mon boulot, vous ne devez même pas avoir lu la fin de l’article, vous devez avoir cherché sur Google comment vous pouvez écouter cette émission depuis vos contrées lointaines. Alors oui, oui, ce trésor est en libre service, cette corne d’abondance est podcastable ici. Jean d’Ormesson, qui lit ce que j’écris par dessus mon épaule, me mentionne qu’on ne dit pas « podcaster », mais « baladodiffuser »… Hmmmm… Finalement, il a raison Jeannot : c’est bien de balade dans notre propre mémoire sonore qu’il s’agit. René Char avait écrit cette phrase géniale : L’ombre du zèbre n’a pas de rayures. Maintenant, on sait que cet animal hybride n’est rien de plus qu’un mélange d’échos. Bonne nouvelle pour nos oreilles.

Partager cet article :

Andreas Schaltzmann in excelsis

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM Laisser un commentaire »21 septembre 2007

Maurice G. DantecPour dire un mot de plus, juste un mot parce qu’on ne peut pas en dire trop, sur Artefact.

Il me semble bien que cette fois, Andreas Schaltzmann soit, pour de bon, illuminé. Et c’est bien suffisant.

Partager cet article :

Maurice G. Dantec as a boyscout

Par Youri Kane Catégorie : MIND STORM 2 commentaires »21 septembre 2007

Maurice G. Dantec - ArtefactJe devrais créer une catégorie « auteurs maudits », tant j’ai tendance à apprécier les écrivains problématiques. En même temps, un écrivain qui ne serait pas problématique… franchement… quel intérêt ?! Ah oui, pour en rester là où on en est, oui oui bien sûr.

Bien sûr.

Bon, bref. Il y a donc un nouveau Dantec dans les rayons, et celui ci est protéïforme puisqu’il est plusieurs romans en un seul volume, intitulé Artefact. Alors voila, on cite le titre, et ça marche déjà, on est dans un vocabulaire répertorié, dans un territoire déjà arpenté dans les précédents romans, un paysage qui, si il ne peut pas devenir familier, a déjà des échos en nous, pour peu qu’on ait déjà lu ses précédents romans (mais à vrai dire, il me semble que ça doit fonctionner aussi sur ceux qui découvrent Dantec en ouvrant ce volume précis, d’une part parce qu’il semble bien plus abordable que ses prédécesseurs sans rien lâcher sur le fond, et d’autre part parce que ce vocabulaire, ces mots sont finalement bel et bien ceux de notre monde, qu’on le veuille ou non).

Dantec, pour les initiés et pour les autres, c’est une sorte de mutant dans les cellules duquel se seraient mixés les gènes de Saint-Paul et de Timothy Leary, un croisé ayant lu aussi bien les épîtres apostoliques que Jeremy Narby, bref, un évangéliste tentant, roman après roman de construire un univers parallèle au nôtre, et pesant de tout le poids de ses mots sur le levier d’aiguillage pour que le monde actuel se détourne vers ce monde virtuel (rappellons le : virtuel, ça veut juste dire « en puissance »). On a vite fait de le réduire à un simple geek islamophobe, passant des nuits blanches devant un ordinateur au look technoïde, bricolage de haute technologie mélangé à des éléments plus roots. Hybridation, toujours l’hybridation. Il ne s’agit finalement que de cela.

Donc, Dantec, ce serait plutôt les lampadaires au sodium, les microprocesseurs, les interfaces hologrames, les réseaux utilisés pour ce qu’ils sont, les potentiels techniques extraterrestres, les mutations génétiques, les cosmodromes conçus comme des vaines cathédrales, un assemblage digne des bricolages géniaux qu’on trouve sur quelque planète maligne dans l’univers Star Wars.

Erreur. Erreur.

On avait déjà rencontré Dantec botaniste dans Grande Jonction, on le retrouve champêtre dans Vers le Nord du Ciel, le premier récit de Artefact. Aussi curieux que ça puisse paraître, il nous offre même, à l’occasion d’un détour sur une route classée « non carrossable », un discours que Baden Powel lui même n’aurait pas renié :

« La différence entre une autoroute et une piste forestière tient en ceci : sur une autoroute, construite avec l’argent du gouvernement, donc le vôtre, la vitesse est limitée, par acte législatif, et l’application de la loi est surveillée par des agents spécialisés.
Sur une piste forestire aussi, il y a une « vitesse autorisée », mais ce n’est pas une législation qui en décide, et ce ne sont pas des policiers assermentés qui la contrôlent. C’est la piste elle-même. La piste est sa propre loi, pire encore, c’est elle qui l’applique
. »

Génial.

Enfin, à vrai dire, c’est juste normal : il ne s’agit là que d’évidences. L’opposition entre loi positives (créées par l’homme) et loi naturelles ne date pas d’hier. Ce qui est récent en revanche, c’est le fait que peu à peu on ait à ce point cru en notre propre pouvoir qu’on en soit arrivé à oublier que les lois naturelles n’étaient absolument pas remises en question par notre arsenal technologique. Au contraire : tout objet technique, aussi complexe, synthétique, artificiel soit-il n’est rien de plus que l’accomplissement rendu enfin possible de ce qui n’était que virtuellement dans la nature (et j’espère que vous vous souvenez de ce que signifie « virtuel »). Dès lors, la technique n’est rien de plus que la poursuite de la nature par d’autres moyens. Evidemment, ça nous dépasse. Ca nous dépasse d’autant plus qu’on est bien entendu persuadés de maîtriser le phénomène.

Cette tranquille assurance a pour conséquence l’oubli du caractère non négociable des lois de la nature. Lois physiques de la matière, lois de l’écologie, de l’équilibre des milieux, de la coexistence alimentaire des espèces (y compris l’homme). Réflechissez : vous êtes enseignant (imaginez); vous avez en charge une génération, qui vient chaque jour, contrainte et forcée pour être éduquée par ceux pour lesquels elle n’a souvent aucune considération. Pour éviter les incidents, vous mettez en place un réglement intérieur. Regardez bien ce règlement intérieur : on n’y interdit que des actes qui sont possibles. C’est systématique : on ne se fatigue pas à interdire des actes de toute façon impossibles. Aussi peut on dire que dans le monde humain, quand c’est interdit, c’est que c’est possible. Dans la nature c’est exactement l’inverse. L’interdit est un interdit. Aussi, le corps humains obéit à des lois précises en matière de résistance à la torsion, à l’étirement, à l’écrasement, au découpage. Donc, rouler trop vite sur une piste défoncé n’est pas vraiment interdit, c’est tout simplement impossible. Donc, se donner la peine de ramasser du bois, allumer un feu quand on doit dormir dehors en plein hiver, ce n’est pas une obligation légale, c’est simplement nécessaire. La nature ne négocie pas. C’est pour cette raison que d’un point de vue éducatif, la nature demeure ce domaine au sein duquel l’enfant et le jeune vont apprendre que toutes les lois ne sont pas des conventions, qu’il y a des rituels qu’il faut respecter, des procédures incontournables, des attitudes à éviter, parce que les conséquences d’une « désobéissance » seraient catastrophiques, ou simplement plus contraignantes encore que l’obéissance.

Boyscout, by ShinsenfreakCe principe, depuis en gros un siècle, c’est exactement celui du scoutisme. Oubliez les culottes courtes, oubliez la messe obligatoire le dimanche matin, oubliez les jeux folkloriques, oubliez tout ce qui fait que vous avez une image ringarde du scoutisme : la base de ce type d’éducation, c’est la nature, autrement dit la confrontation du jeune à un environnement qui ne pardonne pas, mais qui ne hait pas non plus, l’immersion dans un monde dont les règles ne sont pas négociables, mais qui donne à ceux qui savent se comporter respectueusement ce qu’il y a de plus précieux : la beauté. Evidemment, le scoutisme a une image désuète. Mais si on regarde pourquoi, on s’aperçoit bien que c’est le christianisme qui, en mettant le grapin sur ce mode d’éducation, en a fait une espèce de patronage un peu puéril. On peut pourtant penser sérieusement que le scoutisme originel (prendre quelques « mauvais » gars, les embarquer sur une île (sans caméras !), les faire simplement vivre ensemble de manière un peu spartiate, les faire travailler ensemble aussi, sans références religieuses ni politiques) a de beaux jours devant lui, étant donné la situation d’une part non négligeable de la jeunesse actuelle : quand on constate qu’on a amené une génération au cynisme, à la seule prise en compte de l’intérêt particulier, à ce qu’on appelle l’anomie (en gros, la non reconnaissance de la nécessité des règles sociales), un bon gros retour à la nature, à sa rudesse, à son inconfort, à ses dangers, mais aussi à sa grandeur, peut permettre de remettre ces jeunes là en face de ce qui constitue, tout de même, les bases de la co-existence humaine. Et on n’en est même plus au point où cela doit inciter à ouvrir un « club scout » dans son quartier. On peut se dire que c’est l’éducation toute entière qui serait bien inspirée de se souvenir que l’immersion dans la nature est un passage important dans une éducation réussie. On peut se dire que c’est notre culture dans son ensemble qui doit se demander si la vie urbaine n’est pas, par excellence, celle qui permet de penser que tout se négocie, que toutes les règles se contournent, et qu’une confrontation frontale avec la nature ne pourrait pas permettre un retour vers l’acceptation des règles comme une donnée simple et essentielle de notre existence, et ce d’autant plus efficacement que cette immersion en pleine nature est aussi une mise entre parenthèse des règles et conventions sociales habituelles (je renvoie là à la lecture du TAZ de Hakim Bey, qui me semble clairvoyant quand il cite parmi les utopies pirates dont il traite, les camps scouts). En somme, il est possible que notre monde doive se poser la question de la place et du sens qu’il réserve encore à la nature.

Il est plaisant que ce soit chez Dantec que l’on trouve ce genre d’idées, en sous-texte. On ne peut clairement pas le soupçonner de mièvrerie, et on le voit mal soutenir une quelconque aventure puérile de décervellement éducatif (la première partie de son dernier livre est d’ailleurs en bonne partie une proposition éducative qui n’a rien de laxiste, ni d’anomique). Signalons juste que le scoutisme, aujourd’hui, en France, n’est pas nécessairement religieux, et qu’une association discrète, mais moderne et laïque permet d’offrir aux jeunes cette confrontation au monde, sous le nom de « Eclaireuses et eclaireurs de France« . C’est déjà une proposition forte. Mais on peut penser, en regardant où nous en sommes en matière d’éducation, qu’il est nécessaire d’aller bien au-delà.

Et si on aime les hybrides (et ici même, on les trouve plutôt prometteurs), l’association de la vie dans la nature, (au sens le plus profond qu’on puisse donner à ce mot, c’est à dire non expurgé de sa part technique) et de l’univers « dantecsque » est assez plaisante à imaginer.

A vrai dire, peu à peu, il devient inutile de l’imaginer.

On dirait bien que maintenant, il suffit de la lire.

 

Crédit : La seconde illustration provient d’un photographe indonésien, croisé sur le site www.deviantart.com sous le pseudonyme Shinsenfreak. Vous trouverez sont travail ici : http://shinsenfreak.deviantart.com/

 

Partager cet article :

Is there a time for keeping your distance ?

Par Youri Kane Catégorie : HYBRID, MIND STORM, PLATINES, PROTEIFORM Laisser un commentaire »9 septembre 2007

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

 

Juste parce voila, c’est sans doute le moment, ou alors il faudrait attendre longtemps.

Juste aussi parce que les hommages me semblent plutôt mal choisis, un peu mesquins, ou convenus.

Pavaroti a rejoint les anges castrats qui doivent lui faire des chouettes choristes. Bien sûr, les compils des grands airs d’Opéra chantés par le ténor vont se vendre comme des petits pains. Bien sûr, le petit Gregory va avoir là une redoutable concurence sur le marché des voix de l’au-delà, surtout si on trouve, quelque part dans la discographie du colosse, un morceau qui serait intitulé « I’m still alive ». Bref, on ne parle que des morceaux de bravoure certifiés conformes, et de son album « pop’, qui pour l’heure, me laisse assez froid.

Par contre, le bonhomme nous a proposé, dans son parcours, au moins un missile qui vaut par lui seul le coup de rester dans les annales.

Je dis « un missile », parce que…

miss_sarajevo_cd.jpg… vous avez déjà entendu un avion de chasse fonçant en rase motte au beau milieu d’une comptine jusque là presque sereine, ou désabusée ? Parce que ce titre, c’est exactement ça : on suit Bono, que les cieux ont doté d’une voix qui a le pouvoir de prendre les hommes par la main, et de les emmener en balade, pas loin, juste le temps de raconter une histoire, un récit dont on sent qu’il a quelque chose à voir avec une ancienne jeune fille, devenue vieillarde amnésique : l’Europe. Il n’y a guère que lui, et peut être Springsteen pour réussir ce genre de tour de force, détourner à ce point la pop pour offrir à une simple chanson une densité telle qu’on a l’impression d’être face à un véritable monument. Enfin non, il est bien le seul . Springsteen est dans la planète blues, cete planète où on a justement pour métier de faire des monuments avec des petits riens de la vie, des petites riens qui gagnent soudainement la densité du plomb. Mais avec Bono, on est là, tranquille, à écouter cette histoire qui est plus ou moins la nôtre, avec une conscience confuse que ce récit colle exactement à notre propre sourde oreille devant les drames de notre propre continent, face à nos propres désastres, que ces pensées vagues, se promenant d’une question à une autre de manière apparemment insouciante ne font que nous occuper l’esprit, pour lui éviter de se voir submergé par ce qui, théoriquement, devrait nous occuper, jusqu’à l’obsession.

On est là tranquilles, allongés dans l’herbe à écouter les sirènes de l’oubli et sans qu’aucun signal d’alarme ne nous prévienne, il y a un missile tomahawk qui troue la petite musique des pensées secrètes, les orgues de Moscou qui déchirent le rideau mélodique et les petites préoccupations du quotidien, un drone en post combustion qui détruit la comptine rassurante et vient disperser le brouillard qui cachait jusque là la désolation ambiante. Et il y a peu de monde, en dehors de ce artilleur vocal, qui soit apte à produire un tel effet de déflagration, à pouvoir remettre les idées en place chez tout le monde en un seul tir, à réveiller la vieille Europe refusant de se regarder elle même dans le miroir. Lucciano passe le mur du son en plein dans nos petites rêveries, on se prend le bang en pleine figure, nos illusions se fissurent, le réconfort de nos inquiétudes faciles se casse la gueule sous l’effet du souffle qui nous enlève tout l’oxygène ambiant. La tempête passe et seules subsistent les ruines dans son sillage, et néanmoins, malgré les dégats, qu’on connaissait déjà, malgré la destruction de ce qui avait réclamé des siècles de construction, la comptine reprend, les illusions se réinstallent, et avec elles l’oubli. La voix magique de Bono nous prévient, la nuit va être froide, les réacteurs du V2 Pavaroti ne réchauffent plus notre brouillard.

A ré-écouter ce titre avec quelques années de distance, je me dis qu’effectivement, on nous avait promis une nuit. Et je me dis qu’effectivement, on a un peu froid.

 

Le titre, pour ceux qui le chercheraient dans un cadre plus vaste, extrait d’un album un peu parallèle qu’a produit le groupe U2, en compagnie du producteur (et musicien majeur !) Brian Eno, sous un nom d’emprunt : The Passengers. Sorti en 1995, l’album s’annonçait comme un premier volume qui reste jusque là le seul de la série. Original soundtracks / vol.1 reste donc une expérimentation ponctuelle ayant permis au groupe d’explorer des territoires musicaux et poetiques encore non investis. Et le disque demeure comme une sorte de limite de collaboration avec Brian Eno, au delà de laquelle le groupe n’ira pas. Et ce sont déjà, particulièrement dans ce morceau précis, des magnifiques paysages. Les nôtres. Dévastés.

Partager cet article :

Cette non-femme est l’avenir de l’homme.

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, HYBRID, INTELLIGENT PORNO, MIND STORM, SCREENS 2 commentaires »8 septembre 2007

Il y a des faits d’armes qui rendent ceux qui en sont les auteurs comme définitivement intouchables, comme sacrés. Ceux qui ont donné de leur personne pour libérer leurs plus ou moins semblables font partie de cette catégorie d’être humains auprès desquels nous autres, pauvres mortels trop préoccupés par nos propres petites affaires, paraissons un petit peu modestes, un peu comme si on n’était pas fabriqués à la même échelle. Normalement, être nous mêmes si petits, et en savoir certains autres si grands devrait nous pousser à demeurer modestes, à ne pas trop nous la ramener. Normalement.

Je devais placer cette petite intro, là, parce que je vais être en désaccord avec Didier Lestrade, dans les lignes qui viennent. Et ça m’embête un peu d’être en désaccord avec lui, parce que ça devient un truc un peu à la mode ces derniers mois, et que je trouve la manière dont on lui tombe dessus pas très « reconnaissante ».

Mais là aussi, on a bien appris sa leçon, et on a la mémoire courte.

Alors, c’est avec toutes les précautions d’usage que je vais, un peu, être en désaccord avec lui.

Tout d’abord, je vais le dire : il faut lire Didier Lestrade. Dans un paysage littéraire où l’homosexualité est encore souvent portraitisée d’une manière digne de l’exposition des monstres dans les foires au début du 20eme siecle, ou alors comme une sorte de force obscure engageant ceux qui en sont porteurs dans une destinée nécessairement ombrageuse, ses livres ont le talent de proposer une vision légère de l’homosexualité, (non pas que la situation de l’homosexuel ne soit pas problématique, mais on ne peut pas non plus affirmer que par essence, il soit définitivement condamné à une quelconque malédiction) tout en parvenant à garder la mémoire sur un parcours qui a du traverser pas mal de dangers, tant politiques que sanitaires. Et quoi qu’on puisse penser de son tout dernier livre, Act Up, une histoire demeure pour moi un véritable livre de témoignage, assorti d’une vraie réflexion sur la politique, au sens noble, et les titres suivants constituent une voix rare dans le « milieu », une voix soucieuse de transmettre, de constituer une filiation, un héritage, de passer un relais culturel. Cherchez bien, par les temps qui courent, c’est plutôt rare.

buckangel0206_01.jpgEt pourtant, pardois, Didier Lestrade se trompe. Mais peut être pas pour les raisons pour lesquelles on l’attaque. Ainsi, dans son dernier livre, Cheik – Journal de campagne, écrit il à propos du film Cirque noir : « Le pire qui me fut donné de voir, c’est cet atroce film de Titan, Cirque noir, où des mecs baraqués commencent une scène de sexe, bientôt rejoints par un autre mec baraqué qui, pour une raison étrange, garde son pantalon -ce qui est assez rare dans la pornographie. Plus tard il finit par se déshabiller et on découvre, horreur, que ce mec viril a un vagin. Quand j’ai vu ça l’effet a été tellement débandant que je n’ai pas pu me branler pendant trois jours. » Pour ce qui est de la description, rien à redire. Pour ce qui est du jugement en revanche, on peut le discuter.

Parce que finalement, c’est quoi le problème ? C’est celui de la déception. Un film porno est fait pour satisfaire une attente, qui peut être plus ou moins complexe. En ce sens, le film X fonctionne sur celui qui en est amateur exactement comme Taxi 4 le fait sur l’amateur de poursuites beaufs en bagnole customisée : on sait ce qu’on vient voir, et théoriquement le film est fait pour mettre fin à cette attente. Le rendez vous est donc balisé, le scenario de la rencontre est fixé d’avance. Dans le film Cirque noir, la donne est un peu bouleversée quand, sur la fin, le personnage décrit par Lestrade apparait pour ce qu’il est : un transexuel F2M, une femme qui a entamé un bouleversement suffisamment profond de son corps pour qu’en fait, on ne se soit pas douté une seule seconde que c’était une femme qui était à l’écran. Sauf que même sur ce terrain, on reste en quelque sorte sur sa faim, car la transformation n’est pas achevée : l’acteur(rice) est un homme avec des organes sexuels féminins. Et à moins d’appuyer sur la touche « stop » de la télécommande, il va bien falloir s’y faire.

Mesdames, Messieurs, let me introduce you to Buck Angel, être humain qui ne rentre pas facilement dans nos catégories habituelles : ni homme mi femme, n’ayant pas l’intention de pousser plus loin la transformation déjà bien avancée, en d’autant plus parfaite possession de ses moyens qu’elle les a pleinement choisis, constitués, mis en place, batis. Face à nous autres, qui nous sommes résignés à nous contenter de ce que notre corps a comme atouts, et à « faire avec », Buck Angel a pris les choses en mains et s’est construit un corps sur mesure, parfaitement ajusté à la place qu’elle prend dans le monde. Bon, le problème, c’est que c’est pour nous autres tellement sidérant qu’on a un peu l’impression qu’il(elle) est nulle part, ou ailleurs. Et si on suit bien Lestrade, on dirait bien qu’il n’avait pas vraiment pris ce rendez vous sur son écran.

main.gifEn fait, il y a deux malentendus, l’un est lié au porno lui même, l’autre est lié au cheminement que prend l’humanité. Le porno, tout d’abord, peut, comme tout type de film, être réduit au contentement qu’il est censé produire : sur n’importe quel site vendant ce genre de produit, les films sont classés selon le contenu des scènes. Ainsi, le spectateur sait qu’il aime voir tel ou tel type d’acte, dans tel ou tel type de décor, avec tel ou tel type d’acteurs. Ca va même assez loin dans le détail, et le paramétrage efficace du moteur de recherche doit théoriquement amener à la satisfaction. C’est efficace, mais ça ne correspond pas tout à fait à la manière dont fonctionne le désir : quand tout est prévu d’avance, il s’agit plutôt de simple manque et de consommation. Rien de plus. Le désir a une part de déséquilibre, d’imprévu, de danger, de remise en question, de « pas voulu » qui flirte dès lors avec la déception : le désir est l’expression de ce qui, en nous, en veut davantage, et même plus encore : c’est ce qui en nous veut obtenir ce qu’on ne sait même pas vouloir, ce qui veut découvrir en nous mêmes des sources insoupçonnées de satisfaction. Un seul ciel ne suffit pas à étancher la soif du désir, et si le septième ciel lui est promis, un huitième sera alors nécessaire pour l’animer. L’irruption de Buck Angel est une des rares choses qui permettent au porno de remplir encore en de rares moments d’exception ce rôle de détournement de plaisir, et ça se paie évidemment au prix d’un léger inconfort, d’un certain malaise, exactement comme, parfois, on peut être embarqué dans un truc pas prévu, qu’on y va quand même, sans trop savoir si on est consentant, en se disant « Oh merde », mais on y va quand même parce que la fascination est plus forte que tout.

Le second malentendu, il se trouve peut être sur l’être humain lui même et sur la manière dont on le conçoit. Evidemment, Buck Angel explose littéralement toute conception admise de ce qu’est un homme. Evidemment, il(elle) s’apparente facilement à un hybride tel qu’on est à la frontière de l’inhumain. Tod Browning serait encore de ce monde, il appellerait Buck pour lui offrir un rôle de premier plan dans Freaks. Autant dire que Cirque noir lorgne d’ailleurs allègrement vers l’ambiance circatienne du film de Browning, sans parvenir pendant sa majeure partie à lui arriver à la cheville. Ce n’est que dans cette dernière scène, scabreuse à souhait, que le trouble peut toucher le spectateur. Mais de la même manière que Freaks va, en éclaireur, définir sur de nouvelles bases ce que c’est qu’un être humain, et élargir le champ des possibles en la matière, Cirque Noir éclaire pour nous un aspect de l’humanité que nous ne connaissions pas encore, et ouvre à l’humanité des perspectives insoupçonnées.

buckangel0206_05.jpgNous sommes donc, y compris les meilleurs d’entre nous, attachés aux choses telles que nous les connaissons. L’Autre, dans toute sa différence, nous effraie et nous l’évitons. Pour autant, cet Autre est là, et plus on l’évite, plus il s’impose à nous, par provocation semble t il. Mais c’est dans notre refus, dans notre attitude braquée que se situe la véritable source de la provocation. Alors Didier Lestrade, sans doute parce qu’il nous aime, s’inquiète de voir la génération suivante partir sur des tracés qui n’avaient été, jusque là, parcourus. On ne peut nier le caractère dangereux de ces trajectoires vierges. Mais de la même manière que l’humanité a toujours envoyé des éclaireurs sur des territoires inconnus, au delà des mers, en orbite autour de la Terre, sur la Lune, Buck Angel est pour nous un éclaireur envoyé dans notre futur, dans ce que nous ne sommes pas encore. Le rejet est compréhensible, car on ne peut que s’inquiéter quand nous investissons un territoire qui jusque là n’existait pas, si ce n’est en tant que fantasme, ou comme cauchemar. Mais peut être devons nous une certaine reconnaissance envers ceux qui nous devancent, qui ont le courage (parce que, quand même, il faut se lancer…) de mettre les pieds là où nous n’avons pas osé nous rendre, oubliant ainsi de satisfaire les désirs déjà répertoriés.

Finalement, nous avons là entre ces deux extrêmes que sont Lestrade et Angel, les deux pôles entre lesquels nous sommes en tension, et qui nous constituent : un passé dont nous avons tout motif d’être fiers, et pour lequel nous pourrions avoir un minimum de reconnaissance, et un à-venir qui est notre nouvelle perspective et notre future fierté, qu’on ne peut dès lors pas déjà rejeter, qu’on se doit même d’accueillir, car il pourrait être notre héritier dans la famille des mal-aimés. Nos élites ont finalement ceci d’insidieux qu’elles peuvent nous écarteler, et dans une certaine mesure, cette déchirure est aussi une expression de notre désir.

Partager cet article :

Mémoire sélective

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM, PROPAGANDA 3 commentaires »7 septembre 2007

J’ai de la chance.

Je partage ma vie avec quelqu’un qui a l’oeil vif.

Enfin, il y a des raisons bien plus profondes pour lesquelles partager cette vie avec lui est une chance, mais c’est pas le sujet ici. Toujours est il qu’en plus de plein d’autres choses, il a l’oeil vif. Du coup, il repère des trucs.

Après les définitions du petit robert (qui ont finalement un beau petit succès ces derniers jours), il m’a indiqué une déclaration présidentielle, qui est tout fraîche. Enfin, toute fraiche, c’est beaucoup dire puisque chaque jour qui passe est le théâtre d’une nouvelle déclaration, (je me tâte pour utiliser le mot « provocation » là…), ce qui périme vite la mémoire, qu’on veut de plus en plus courte.

wonder2.jpgDéplacement en Alsace pour consoler l’élue UMP locale, un peu frustrée de se voir écartée du gouvernement, au profit d’un élu PS (j’adore sa déclaration : « Il y en a qui avalent des couleuvres, moi j’ai grossi, j’ai avalé un boa ». Ambiance à droite… (ambiance partout, du coup)). Du coup, « si tu ne viens pas au gouvernement, le gouvernement viendra à toi », en l’occurrence, à Colmar. Passage de brosse à reluire à tout le monde, élus esseulés, ouvriers usinant sous les commentaires présidentiels « Ca, c’est du travail de précision ». On admire la connaissance du terrain de notre président, à peu près aussi poussée que celle de notre prime minister nous révélant que les gares servent à prendre le train. Ainsi, on en est là. Le Groland va bientôt sembler être une nation d’académiciens face à nos soi-disant élites…

Et comment cirer les pompes des ouvriers si ce n’est en faisant vibrer en eux la fibre sensible ? Et comment faire mieux vibrer cette corde qu’en faisant compassionellement référence au passé de la classe ouvrière ? Il faut admettre que c’était quand même tentant d’utiliser cette ficelle là, surtout en Alsace (je ne généralise pas, je regarde juste les chiffres, et j’observe des tendances politiques majoritaires un peu « typiques » dans cette région. Mais après tout, pourquoi pas).

Donc, on met la main sur l’épaule des ouvriers, on fait une minute de silence pour le gardien de la paix qui à trop bien protéger la vie de notre président y a laissé la sienne (mais qu’on se rassure : son enterrement sera honoré de la présence présidentielle, son cercueil passera donc au JT (Warhol avait raison : tout le monde l’aura, son quart d’heure de gloire : il suffit de croiser la trajectoire de notre élu, mort ou vif)), minute de silence dont la fin est le top départ d’un rush vers le bain de foule sans doute impatiemment attendu, serrages de mains, propos faux modestes, compassion, compassion, compassion. On s’y baigne.

Et discours de mémoire donc. Hommage est rendu à nos aïeux qui se sont battus pour nous. Ecoutons notre président : « Y a des générations et des générations qui ont dépensé sans compter leur peine pour faire tourner des usines sur le sol français. je me battrai pour qu’on conserve une tradition ouvrière« . On a envie de demander une petite précision :  » Y a des générations et des générations de QUOI ?! » Qui s’est battu pour qu’il y ait des usines en France ?

wonder.jpgParce que si c’est des patrons qu’il s’agit, je ne suis pas sûr qu’il faille y voir un comportement particulièrement courageux, ni dénué de tout intérêt personnel : après tout, on voit mal pourquoi ils se seraient privés de mettre des armées entières d’ouvriers au service de leurs propres bénéfices personnels. Dans ce cas là, on peut imaginer pas mal de justifications fondées sur la même rhétorique : « Y a des générations et des générations qui ont dépensé sans compter leur peine pour faire tourner des productions de coton sur ce sol. Je me battrai pour qu’on conserve une tradition esclavagiste« . Ou bien  » Y a des générations et des générations qui ont dépensé sans compter leur peine pour tenir correctement des foyers sur le sol français. Je me battrai pour qu’on conserve une tradition de mères au foyer et d’épouses soumises dans ce pays« . Le jeu est plutôt marrant, on peut le continuer sans limites.

Ou alors il s’agit des ouvriers eux-mêmes. Mais alors on peut se livrer à un autre petit jeu, et construire d’autres discours, du genre : « Y a des générations et des générations qui ont dépensé sans compter leur peine pour faire obtenir des droits sociaux sur le sol français. Je me battrai pour qu’on conserve une tradition de protection sociale collective« . Ou bien, « Y a des générations et des générations qui ont dépensé sans compter leur peine pour faire tourner des hôpitaux sur ce sol. Je me battrai pour qu’on conserve une tradition de santé publique« . Je vous laisse jouer vous mêmes à créer les prochains discours de notre président, avec les mots « justice »,’indépendance de la presse », « juste répartition des richesses », « école », « laïcité »; ce ne sont pas les traditions françaises qui manquent. On pourrait même imaginer que ça constitue une part de notre identité tant recherchée.

Ou alors notre bien aimé (puisque quelque chose me dit que ça lui cause du souci, cette histoire d’amour) président parlait en fait des ouvriers qui se battent contre les délocalisations de leur propre usine. Il faudrait alors entendre : « Y a des générations et des générations qui ont dépensé sans compter leur peine pour faire tourner des usines sur le sol français. Je me battrai pour qu’on conserve une tradition de refus des délocalisations ayant pour but le seul bénéfice des actionnaires« .

La tournée mondiale n’est pas terminée. Fans de toutes régions, inscrivez vous sur le « président te met la main sur l’épaule pour te parler de tes luttes passées Tour », le président ré-écrira son couplet pour entrer en sympathie avec ton angoisse personnelle, te confortant dans l’idée que c’est la politique : sauver la peau de tes fesses avant tout (et éventuellement faire un gros doigt compassionnel à tous les autres, parce que c’est le signe des winners (et des cons, aussi peut être, mais ça devient une véritable valeur ces temps ci)).

Et comme ils disent : on a encore rien vu. There’s more to come !

 

Illustrations tirées du film « Reprise du travail aux usines Wonder« , qui est en fait un seul plan séquence tourné par des étudiants de l’IDHEC, le 10 Juin 1968, lors de la reprise du travail, après trois semaines de grève. Hervé le Roux découvrira cette séquence à travers les commentaires qu’en firent Serge Daney et Serge Le Perron dans les Cahiers du Cinéma en 1981. L’article était illustré d’un photogramme tiré du court métrage, montrant le visage d’une femme révoltée à la simple idée que la lutte cesse. Hervé le Roux partit alors enquêter pour essayer de retrouver cette femme, dont il ne connaissait que la révolte. Cette quête donnera le film « Reprise« , finalisé en 1996, trente ans après son prédécesseur. Témoignages sur les luttes qui fondent cette fameuse culture ouvrière que notre président célèbre ces jours ci, voici deux films qu’on pourrait imaginer diffuser aux élèves des lycées, je sais pas moi… le premier mai, par exemple…

Partager cet article :

la rentrée des sans-classe

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", MIND STORM Laisser un commentaire »4 septembre 2007

Beau maronnier journalistique que la rentrée des classes, surtout depuis qu’elle est répartie sur une bonne quinzaine de jours. Ca permet de diluer l’évènement (qui n’en est dès lors pas un, puisqu’il se répète cycliquement à l’infini), ça occupe du temps. On pourrait d’ailleurs se dire qu’avec un tel temps consacré à ce sujet, celui ci doit être traité en profondeur. Ce serait naïf de le croire, tant les enjeux véritables de la rentrée des classes reste amplement étrangers à tout traitement journalistique.

Parce que pour le traiter correctement, il faudrait enquêter, et qu’une enquête, ça demande sans doute un peu plus d’efforts qu’un simple micro-trottoir, il faudrait aussi des choix éditoriaux un peu plus « engagés », ou plutôt engagés sur une autre voie. Bref, si la rentrée est un évènement, on peut dire que la manière dont les « journalistes » relatent cet évènement est amplement non conforme à l’évènement lui -même (mais ça, on finit par en avoir l’habitude).

Brick2_5.jpgParce que, en fait, qu’est ce qui est essentiel dans la rentrée ? Ces temps ci, le fait marquant, c’est de savoir qui rentre. 900 000 profs, officiellement. Le chiffre est suffisamment important pour sembler consituer une quantité elle même suffisante. Encore faudrait il savoir, sur le terrain, à quoi cela correspond. Or, le seul angle de compréhension de ce chiffre est la logique comptable : combien tout ce petit monde coûte t-il ? On pourrait poser la question autrement, en se demandant : cela suffit il à faire correctement le travail ? La réponse, on le sait, est tout simplement « non ». Non, parce que les classes sont toujours trop chargées. On verra sans doute encore beaucoup de reportages effectués dans des établissements privés, montrant qu’on peut très bien gérer une classe de 37 élèves (et insinuant plus ou moins que les enseignants du privé sont meilleurs que ceux du publics, ou sont mieux encadrés). C’est effectivement possible… si on choisit correctement ces élèves, luxe que les établissements publics ne peuvent pas se permettre (et c’est très bien comme ça) : de la même manière que les cliniques privées peuvent se permettre de refuser certains patients, simplement parce qu’ils ne sont pas rentables, ou parce qu’ils créeraient un désagrément, les établissements d’enseignement privé utilisent le même critère de tri : on n’accepte que ce qui est rentable, et on rejette tous ceux qui pourraient créer du désagrément. Dès lors, on installe dans l’éducation publique une situation qui, dans beaucoup d’établissements, est simplement ingérable, du simple fait du nombre d’élèves dans la classe. Certes, il ne s’agit que d’enfants et de jeunes, certes, le prof est censé avoir une autorité naturelle sur ses élèves, mais au delà d’un certain nombre, des élèves dessocialisés deviennent tout simplement ingérables. Ce qui est plutôt intéressant, c’est que finalement tout le monde le sait très bien : les parents (qui sont souvent débordés par leurs seuls enfants (et ils en ont rarement 30 !), nos dirigeants (dont on ne peut pas imaginer qu’ils ne soient pas informés), les électeurs (qui savent, mais préfèrent s’en laver les mains en votant lâchement pour des programmes qui rendront la situation plus instable encore). Dans le privé, on le sait aussi, évidemment, et on ne peut sans doute que se réjouir de voir des gouverments successifs prendre toutes les décisions susceptibles de favoriser le secteur privé, non pas en le favorisant de manière évidente, mais simplement en sapant consciencieusement le secteur public. On doit s’en contenter parce que tout comme pour le domaine de la santé, l’éducatif est un marché, et que ce marché est suffisant pour qu’on accepte pas mal de compromissions et d’arrangements avec la nécessité éducative.

Or, les compromis avec le droit à l’éducation, ainsi qu’avec le droit à la santé sont précisément ce genre de « choix politique » qu’on effectue quand on veut mettre à terre la cohésion sociale. Sans dramatiser excessivement, mais juste pour raffraichir la mémoire, ce fut par exemple un des grands axes de la politique dictatoriale en Argentine, qui mena là où on sait, et qui avait pour but de détruire tout tissu social (et qui y parvint (certes, au prix de la « disparition » de 30 000 argentins (et je sais, je sais, comparaison n’est pas raison, mais il y a des manières de réduire la mémoire qui consistent à ne pas l’avoir courte, mais à l’avoir étroite)).

Alors, qui rentre ?

Dans mon propre établissement, qui est un lycée de banlieue parisienne, on a un chiffre éloquent, rien que pour les Terminales. Comme on est sans doutes d’assez mauvais profs, notre taux moyen de réussite au bac est de 70 %. Dans les sections techniques, il est même de 50 % (et vu avec des yeux de profs, je vous assure que c’est avant tout perçu comme 50 % d’échec). Ca signifie qu’on a une centaine d’élèves qui n’ont pas eu le bac. Qu’importe, vous direz vous, ils vont le repasser. Mais pour qu’ils le repassent, il faudrait qu’ils soient accueillis, et seuls une vingtaine d’entre eux peuvent revenir sur le lycée.

Où sont passées leurs places ? C’est très simple : elles sont prises par les élèves de première, qui doivent bien aller en terminale. Et ils doivent d’autant plus y aller qu’on a tout fait pour inciter les parents à refuser tout redoublement au lycée. On a, sur ce terrain, retiré tout pouvoir aux enseignant, en confiant cette décision au libre-arbitre des parents, qui décident évidemment massivement d’évaluer leur enfant apte à passer au niveau supérieur. C’est pratique, ça désengorge, et ça tombe plutôt bien : les engorgements coûtent cher (et peu importe si les élèves en question feront partie de ceux qui n’auront pas de place de redoublant (voire de triplant) quand ils auront raté (et de loin) leur bac. Ainsi donc, nous avons entre 70 et 80 élèves qui se retrouvent sur le carreau, sans proposition, ou bien avec comme proposition une place dans un établissement lointain. Mais au fait, à quoi sert l’école dans ces quartiers ? Avant tout à intégrer, et à proposer une alternative aux voies illégales d’insertion dans le « marché ». Le message délivré par l’Etat à ces jeunes est alors clair, quand il prend les décisions qui l’amèneront à ne pas trouver de place dans le système éducatif, et à en sortir les mains vides et hors de toute statistique : son pays considère plus rentable de construire des prisons (d’ailleurs, les forces de l’ordre sont un domaine dans lequel on n’observe pas, mais pas du tout, les mêmes réductions de personnel, comme par hasard).

Alors, on le voit, ce qui se passe, quand même. Et il ne s’agit même pas de savoir ici si les profs travaillent trop ou pas assez, ou si ils sont trop, ou trop peu payés. Il s’agit de savoir si ce qu’on choisit collectivement vise le bien commun, ou pas. Or, quoiqu’on pense des profs, qu’on les trouve « planqués » ou pas, l’évidence est qu’il y a dans ce pays pas mal de monde qui a intérêt à ce que les choses n’aillent pas mieux, simplement parce qu’une dégradation globale de nos conditions de vie constituent un marché juteux pour le secteur privé, et que ce secteur parvient à nous faire croire qu’en dévalorisant le secteur public, on effectue les bons choix, qu’on prend des décisions plus rationnelles. Mais ce faisant, on voit aussi que les fameuses ambitions de créer une « identité nationale » relèvent en fait du simple mensonge : il n’y a pas des centaines d’institutions aptes à créer cette identité. A strictement parler, j’en vois deux : l’éducation nationale et le service militaire pour tous. Renoncer à ces deux parcours, c’est renoncer, sciemment, à toute politique d’intégration, et à tout projet d’identité nationale partagée par tous. En ce sens, la politique actuelle est nationaliste au pire sens que peut avoir ce terme : la définition d’une identité fermée, qui se caractérisera avant tout par le fait qu’elle exclut ceux qu’elle refuse, sur le simple fait qu’ils ne sont pas rentables.

Voila ce qui se passe. Et contrairement à ce que les infos pourraient nous laisser croire, il ne s’agit pas simplement d’un maronnier, mais bel et bien d’un acte, que nous commettons tous, puisque nous l’avons collectivement décidé, ou qu’a minima, nous le laissons faire. Et c’est ainsi que notre attention est focalisée sur la rentrée, et que nous oublions ceux ne rentrent plus.

 

Crédit : l’illustration est, bien sûr, extraite du film The Wall. Je ne sais pas pourquoi, dès que je pense au système éducatif, c’est la première image qui me vient à l’esprit. C’est grave Docteur Sigmund ?

NB : Dans le numéro 614 des Inrockuptibles, on trouve une interview éclairante de Eric Maurin, économiste, qui est l’auteur d’un livre qui a l’air fort intéressante : La nouvelle question scolaire – Les bénéfices de la démocratisation. Il offre un contrepoint assez bien venu aux discours catastrophistes sur l’école actuelle. C’est plutôt salutaire à l’heure où gouvernement et medias semblent avoir décidé de « se faire » le dernier secteur de l’éducation nationale pour lequel les français pouvaient avoir un peu d’attachement : l’école primaire et ceux qu’on appelait jusque là les instituteurs. Leur remise en question récente apparaît comme scandaleuse, mais on voit bien à quelle logique cela correspond : en brisant ce qui dans les mémoires constituait une sorte de zone de respect, on fait en sorte que les derniers attachements à l’éducation telle qu’on a pu la connaître disparaissent. Chacun de nous, pour peu qu’on ait réussi « dans la vie », sait ce qu’il doit à ses instituteurs, et sans doute sommes nous nombreux à être capables de reconnaissance envers eux. On a décidé d’envoyer le primaire à la casse, avec le reste, décrétant pour des raisons évidemment économiques (parce qu’on s’est fait élire pour des investisseurs qui voient d’un mauvais oeil qu’on puisse imaginer qu’un pays puisse avoir d’autres buts que de servir les comptes d’actionnaires qui veillent au grain, et qu’il puisse avoir pour vocation (entre autres choses) de garantir que la culture nationale soit effectivement transmise d’une génération à l’autre. C’est qu’on n’a plus les classes dirigeantes qu’on mérite, et que la culture en elle même n’est guère plus qu’une marchandise comme les autres, qui a sa valeur, et qui perd cette valeur dès lors qu’elle est largement transmise (parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, n’est ce pas ?).

41QSxZIQbJL__SS500_.jpgVoila donc une fois de plus le ministère qui est censé protéger les intérêts des enseignants (non pas pour eux mêmes, mais bel et bien pour que leur mission soit effectuée avec succès) qui les décridibilise sciemment, stratégiquement, parce qu’il est probable qu’effectivement il y ait pas mal de monde pour adhérer à ce discours, et que ça permettra d’appliquer, avec l’accord du peuple (qui à environ 53 % n’y comprends rien, mais a quand même son avis sur la question) le programme réclamé par ceux qui, de toutes façons n’en ont rien à foutre, de l’éducation nationale, puisqu’ils ont les moyens de payer des études d’élite à leurs enfants (d’ailleurs, mettez vous un peu à leur place une seconde : imaginez, vous payez, parce que vous en avez les moyens, des études offrant à vos enfants une culture vaste, des méthodes efficaces, tout ça pour qu’ils soient compétitifs. Et pendant ce temps là, l’Etat, par l’intermédiaire de l’éducation nationale, offrirait à tous une culture identique à celle que vous voudriez voir réservée à l’élite à laquelle vous destinez votre progéniture ?! Concurence déloyale ! Si l’éducation nationale gène, ce n’est pas à cause de son inefficacité (les classes dominantes s’en accomodent assez bien, de l’inculture, elle permet d’avoir de la main d’oeuvre peu couteuse, voire même des apprentis financés par l’Etat), mais bien parce qu’elle parvient, tant bien que mal, dans des conditions de travail parfois épouvantables, dans un stress quotidien, sans reconnaissance, à catapulter des élèves là où ils n’auraient jamais du mettre les pieds : dans les platebandes de l’élite. 80% d’une classe d’âge qui obtiendrait effectivement le baccalauréat, c’est un cauchemar pour la classe qui essaie de conserver ses privilèges. Il est dès lors peu étonnant de voir l’éducation nationale ainsi systématiquement sapée, empêchée, dégradée et remise en question. Le livre de Eric Maurin (à lire son interview) semble offrir un éclairage nouveau sur l’évaluation du système scolaire, et certains arguments paraissent percutants. Affaire à suivre, dès que j’aurai lu l’ouvrage lui même (mais par avance, pensez vous que cet économiste sera invité à une quelconque émission tv à audience conséquente ? Je crois qu’on connait tous la réponse à cette question…)

Partager cet article :

Pourquoi la haine contre Stargalactik est elle contre-révolutionnaire ?

Par Youri Kane Catégorie : "J'avance masqué", PROPAGANDA 29 commentaires »2 septembre 2007

Money, it’s a crime
Share it fairly, but don’t take a slice of my pie
Money, so they say
Is the root of all evil today
But if you ask for a rise, it’s no surprise
That they’re giving none away

Pink Floyd – Money (in The Dark side of the moon – 1973)

 

PhiloGrosNuls__.jpgLord Chacalus me signale aujourd’hui un de ses motifs d’énervements (et ils sont nombreux, mais qui n’est pas assez régulièrement énervé dans ce monde sous sa forme actuelle ? Ok, ok, je préfère ne pas voir les bras se lever, je préfère croire qu’on est nombreux à se dire que ça ne tourne pas très rond, tout ça). Ce motif est assez simple : il y a un gars, plutôt jeune en apparence, qui a ouvert un blog sur la plate-forme sky dans l’unique but de montrer à quel point la fortune a jeté sur lui son regard, à quel point il est couvert de biens, de luxe et donc, de fric (et on ne sait plus trop si ce sont ces biens qui sont la conséquence du fric, ou si c’est celui ci qui est la conséquence de ces biens : au delà d’un certain seuil, ça devient un peu opaque, ce genre de choses). Un simple coup d’oeil ici va donner une idée de la chose : http://stargalactik2.skyrock.com/

Passons sur la question inutile : est ce bidonné ? On peut dire qu’on s’en fout. Que l’auteur fantasme sur l’idée qui soit « blindé » (pour reprendre la terminologie de Fogiel) ou qu’il soit blindé et que son fantasme soit simplement de le montrer, peu importe. Peu importe aussi de savoir si le coiffeur de ce jeune homme se fout de sa gueule ou pas (à vrai dire, d’ailleurs, il y a quand même là un vrai truc qui se passe, et qu’il va falloir étudier de plus près : le grand mouvement de nettoyage de la France, validé (et non pas inauguré) en Mai dernier de manière (quand même) assez majoritaire (ce qui en dit finalement déjà assez long sur cette fameuse identité française, qui n’a pas tant que ça besoin d’un ministère pour exister) s’accompagne d’un mouvement capilaire parallèle, qui ne me semble pas tout à fait déconnecté de « ce qui se passe » actuellement. Annoncées par ce que les amateurs de buzz appellent la « nouvelle scène rock française », les coupes de cheveux romantiques, mèche au vent (style, coupe actuelle de Mickael Jackson, vous voyez en gros ? Enfin, simplement, une version sans doute considérée comme sophistiquée du carré féminin, bref, une coupe de cheveux qui ne transpire pas vraiment la testostérone, mais à la limite peu importe, on est capable d’apprécier certains androgynes) sont de retour. Elles doivent sans doute faire partie de la « décomplexion » qui semble devenue un programme politique à elle toute seule. Quand je dis qu’elles sont de retour, on peut même dire qu’elles viennent de loin : la mèche « artiste » n’est pas vraiment belle, elle ne témoigne pas d’une grande énergie dépensée dans le travail, elle fait un peu chochotte, elle fait même un peu « branleur », ou gigolo. Enfin bref, à l’heure où on compte remettre tout le monde au travail, ces mèches longues me semblent bel et bien être un des signes qui témoignent de l’arnaque du programme, comme un message nous disant que le travail, c’est pas si bon que ça pour tout le monde : l’ouvrier peut se tailler la tignasse à coups de tondeuses, comme ça son casque ne déformera pas sa coiffure. Seuls ceux qui le « valent bien » peuvent se permettre un soin capilaire aussi exigent. Bref, une des formes de la lutte des classes aujourd’hui se tient probablement dans l’opposition entre les cranes quasi rasé qui se trouvent sous les casquettes de base-ball, et les franges couvrant les yeux qui doivent sans doute se planquer sous un parapluie de marque à la première ondée, et on ne m’empêchera pas de penser qu’un des avantages de cette coupe chevaleresque, c’est qu’elle est inaccessible aux petits budget (les pauvres n’ont pas les bonnes priorités budgétaires) et qu’elle est tout aussi inaccessible aux cheveux crépus, et c’est pas négligeable, par les temps qui courent, de créer des modes inaccessibles, même via l’argent, mais bref). Peu importe donc de savoir si ce jeune homme a du goût, dans la mesure où l’affaire serait vite réglée.

Perseverance.jpgOn peut par contre se demander de quel rapport à l’argent un tel exhibitionisme témoigne. Enfin, là aussi c’est quasiment une question inutile, parce que la réponse est en chacun de nous : on aime tous avoir ce que les autres n’ont pas. Ca peut être très matériel (« J’ai en ma possession des caleçons d’une marque qu’on ne trouve même pas en France », wow), ça peut être plus élevé spirituellement (« je fais partie des quelques uns que Dieu sauvera lors du jugement dernier, et je suis juste venu vous prévenir que quoi que vous fassiez, vous n’en ferez jamais partie, et que vous me serez soumis pour l’éternité », woooOOOOOwww !) ou plus précisément intellectuel (« Je ponds des shémas intellectuels complètement inaccessibles au commun des mortels, ce qui justifie que je sache mieux que les autres ce qui est bon pour eux, et qui justifie aussi que je ne me donne même pas la peine de leur expliquer mes vues, puisqu’évidemment, ils ne les comprendraient pas », Hhhhmmmmm Hhhmmmmmmmm). On est tous plus ou moins capables d’être gentillement méprisant (on dira condescendants) envers ceux qui ne nous arrivent pas à la cheville. Le tout est de se placer en permanence sur le bon terrain, et de ne jamais aller se confronter aux autres là où on se sent davantage en défaut. Il y a pas mal de pistes pour expliquer ce genre de phénomène, et ce genre de tendance : nécessité d’être reconnu (et on l’est, on le sait, bien plus par ce que l’on fait que par ce que l’on est; et ce que l’on a est censé assez bien témoigner aux yeux des autres de ce qu’on fait, et donc de ce qu’on est), plaisir à dominer (allez allez, on peut quand même bien se l’avouer, cette tendance au mépris qui nous anime, elle nous fait tout simplement du bien; je sais pas si les femmes ressentent ça comme les hommes le ressentent, mais ça a carrément quelque chose de sexuel quand on sent qu’un « autre », qui pourrait être notre égal, nous est finalement subordonné; je ne dis pas que c’est une relation saine, mais c’est une tendance que nous pouvons ressentir), incitation sociale aussi (on abreuve abondamment la population d’émissions mettant en scène de manière pédagogique la valorisation des meilleurs, tout en sélectionnant volontairement ces meilleurs des manières les plus absurdes (jeux crétins, hasard, votes du public…). Il n’est pas étonnant ensuite de les voir reproduire dans la vraie vie les attitudes typiques du « winner », avec tout ce qu’elles peuvent avoir d’indécent et d’oublieux pour ceux qui ont été battus), maintient des bonnes vieilles structures sociales enfin : Marx et Engels l’ont quand même assez fortement mentionné, le moteur de l’histoire jusqu’à présent (la révolution prolétarienne internationale n’ayant pas l’air d’avoir eu lieu (soyons plus précis : les prolétaires ayant carrément oublié qu’ils étaient exploités du simple fait qu’on a tout organisé pour que le fait de bénéficier de la solidarité sociale soit bien plus contraignant encore que le fait d’être exploité, à tel point que désormais on a peur de ne pas bénéficier de la chance de l’être) est la lutte des classes. Que les classes dominées aient eu tendance à se retourner contre les classes dominatrices, c’est une évidence ponctuelle. Mais on ne peut pas concevoir cela sans admettre que les classes dominantes sont elles aussi en lutte permanente pour conserver leurs avantages non négligeables. Si la force fut un moyen longtemps efficace, l’avènement des démocraties, et la promotion de ce type de régime obligea ces classes « supérieures » à trouver d’autres voies de maîtrise; mais qu’à cela ne tienne : si c’est l’opinion qui gouverne, alors il suffit de gouverner les opinions (au sens où le pilote du navire est à son gouvernail); en ce sens, il est probable que ce que nous vivons en ce moment est un des sommets de la démocratie moderne (pour le dire en d’autres termes, notre véritable ministre de l’identité nationale est sans doute, et ce depuis pas mal de temps, Thierry Saussez (ou Franck Louvrier, par exemple (ça fait peur, hein ?))), domaine dans lequel les taux de réussite suffisent à assurer des majorités électorales. D’ailleurs, si c’est par le contrôle des opinions que la classe dominante conserve ses privilèges, on peut parier que c’est précisément en jouant finement avec les pulsions de domination du peuple qu’elle y parvient.

Stargalactik est donc simplement un symptome (les prodromes devraient être cherchés du côté des années 80, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le personnage principal (et à vrai dire unique) de ce blog apparaît (sans doute sans le savoir lui même) comme une vague ombre de Patrick Bateman : même soif de marques (parce qu’elles évitent toute justification des choix, elles s’imposent d’elles-mêmes), même absolue nécessité de toucher du doigt ce qui lui semble se faire de mieux, même conviction que tout ce qui lui semble être le meilleur l’est effectivement (en somme, négation de toute autre forme de subjectivité que la sienne propre), même confiance dans le fait que la domination effective est le signe d’une domination plus profonde, que la domination de fait doit être reconnue comme une domination de droit, naturelle.

Mais ce qui est finalement plus intéressant, c’est l’audience d’un tel blog. En soi, a priori, rien de très palpitant : un gosse de riche énerve son monde en prenant en photo ses dernières chaussures, les billets de son argent de poche, se plaint que des billets trop gros n’entrent pas dans son porte monnaie LV (à croire que la découverte du blog a précédé celle de la carte bancaire (j’allais écrire « carte bleue », prolétaire que je suis !!)). Je ne suis pas devin, mais il est peu probable que j’obtienne une très grande audience en me contentant de prendre en photo mes quelques possessions, en m’adressant à ceux qui en ont moins que moi et en leur renvoyant consciencieusement à la gueule leur pauvreté (en insistant bien sur le fait que, bien sûr, tous ces biens ne sont que des détails futiles, et qu’ils ne sont que de multiples preuves d’une infériorité bien plus essentielle). Or cette Stargalactik a une audience suffisante pour que son pseudo ne soit pas tout à fait un mensonge : les visites s’accumulent (à son plus grand plaisir, évidemment), ainsi que les commentaires. On pourrait les répartir en deux catégories, aussi diamétralement opposées qu’on puisse l’imaginer : les serviles et les énervés. Les serviles sont admiratifs, attirés par ce qu’un semblant de rapprochement avec le personnage pourrait leur rapporter (pas étonnant : on devine la montagne de déchets que le bonhomme doit semer sur son passage, étant donné le caractère légèrement capricieux qui semble l’animer, on peut dès lors imaginer la véritable opération récup’ qui peut se monter dans son environnement proche; d’autre part, à force de transformer ainsi des objets en idoles, il est normal que le support de ces objets, leur propriétaire fasse l’objet d’une idolatrie identique, l’objet objective son propriétaire aux yeux de ceux qui l’envient. On voit donc une petite constellation de fervents admirateurs assurer la star de leur sympathie (ce qui doit bien le faire marrer), et prendre sa défense contre… les autres… puisque, bien sûr, une bonne partie de l’audience lâche les comm’ comme on lâche ses chiens sur chaque article du phénomène. Insultes, menaces de mort, discours moralisateurs (ce qui doit, aussi, bien le faire rire), leçons d’économie, menaces de retour de baton révolutionnaire, appels au partage, à la « justice », tout y passe. Et tout est de nouveau motivé par l’envie.

C’est mécanique : on expose la vitrine, on n’y montre que ce que presque personne ne peut acquérir (et sur Skyblog, ça équivaut à presque tout le monde : on peut imaginer que statistiquement, les fils de milliardaires surfent assez peu sur cette plateforme), pour provoquer des émotions qu’il est bon que le peuple éprouve, surtout à une époque où la révolution est impossible. Stargalactik a un mot pour désigner ceux à qui il ne plait pas : les rageux. Et effectivement, une telle décomplexion provoque la rage, précisément parce que tout ceci est simplement injuste, alors même que c’est conforme à la justice instituée. Cela provoque la rage parce que cela semble aller contre un ordre supérieur, qui voudrait qu’une telle distribution des « choses » soit impossible. Mais c’est une rage sans issue : les commentaires d’un tel blog ne sont qu’un défouloir anodin qui ne viendra pas remettre en question l’Ordre institué qui permet à un jeune dysorthographique et névropathe (du moins fortement obsessionnel, tant dans l’avoir que dans le paraître) de se croire (et finalement d’être) supérieur à la majeure partie de la population. Ceux qui les écrivent le savent bien, d’ailleurs : leur cible est hors d’atteinte, et le rapport qu’ils entretiennent avec elle est ambigu : on ne peut pas se prévaloir d’une véritable supériorité morale dans la mesure où, d’une certaine manière, on envie la situation de celui qu’on exècre. La seule trace d’intelligence du blog est d’ailleurs dans cette conscience d’exciter des adversaires qui ne sont ennemis que de circonstance : un autre coup de dés à la naissance en aurait fait des alliés.

Qu’est ce à dire ? Qu’aucun changement de domination ne peut avoir lieu si la classe dominante demeure le fantasme de la classe dominée. Dès lors, la révolution, même tranquille, ne peut avoir lieu dans la rue si elle n’a pas d’abord eu lieu dans les têtes. Ce n’est que lorsque Stargalactik ne sera plus du tout un motif d’énervement que sa domination pourra prendre fin. Ce n’est que quand les signes diffusés par sa classe sociale (autant dire nos dirigeants) n’auront plus aucun effet sur nous que le pouvoir de ces signes prendra fin. A l’heure où le pouvoir n’est jamais autant passé que par ces seuls signes, on cerne à quel point il deviendrait judicieux de les mettre à distance.

Seule voie offerte à nous, dès lors : l’indifférence. Rien de nouveau sous le soleil, nos lointains ancêtres avaient déjà compris qu’une bonne partie de nos énervements était due non pas aux choses elles mêmes, mais à la manière dont on les concevait. En l’occurence, Stargalactik est prodigieusement gonflant précisément parce qu’il frime avec ce qui fait envie (et ce d’autant plus que tout est arrangé pour que ce dont il dispose tant soit vitalement nécessaire à ceux qui n’en disposent pas, sinon le leurre ne fonctionnerait pas (d’ailleurs, un des aspects d’une révolution concrète pourrait consister à ne pas maintenir ce leurre, et à cesser de considérer que l’argent qui sert à survivre est du même ordre que celui qui permet à certains de vivre mieux)). Mais il suffirait que ce qu’il expose impudiquement (c’est même proprement de l’obscénité en l’occurence) n’ait aucune valeur pour que le soufflé s’écroule immédiatement sur lui même et n’apparaisse plus que comme un monument dressé à la gloire de la suffisance (ce qu’il est, d’ailleurs). La ministar ne joue avec les nerfs de son public que parce que ces nerfs vibrent paradoxalement en harmonie avec les siens, et qu’il en sait mettre ces vibrations en disharmonie.

Alors ?

Indifférence. Quiétude. Ataraxie.

Suffisance.jpgNos ancêtres stoïciens savaient que la clé de nos tensions est en nous, et non en les autres. On s’énerve tout seul, les motifs ne sont que des prétextes. Celui qui connait les motifs a finalement pas mal de pouvoir. Partager cette connaissance permet de disperser ce pouvoir, suffisamment pour le réduire à néant, ou qu’il n’ait plus de prise sur nous. C’est pour cela qu’Epictète, quand il conçoit son « Manuel » (autant dire l’ouvrage pratique permettant à chacun d’avoir « sur soi » (ou plutôt en soi, quand on l’a lu) un guide offrant une orientation, une assurance à celui qui en est le porteur), place en premier lieu une distinction essentielle : « Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. De nous, dépendent la pensée, l’impulsion, le désir, l’aversion, bref, tout ce en quoi c’est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l’argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n’est pas nous qui agissons. Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves ; ce qui n’en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger. »

On ne peut être plus clair : l’argent ne dépend pas de nous. On peut se battre pour lui, le conserver amoureusement, le jalouser, envier celui des autres, chaque fois qu’on est motivé par l’argent, mais chaque fois qu’il constitue le moteur de notre action, nous nous aliénons. Nanti ou miséreux ont un rapport commun à cet objet : dès qu’il constitue en lui même un but, nous ne nous appartenons plus, nous sommes esclaves. L’argent nous est, définitivement, étranger. Fort bien, reprenons alors. Face à Stargalactik, que ne peut-on pas ? On ne peut pas lui retirer ses acquis. On ne peut pas échanger sa place contre la nôtre. On ne peut pas changer nos trajectoires respectives. Que peut on ? Se détacher de ce à quoi il est si attaché. Toute son attitude repose sur le partage des mêmes valeurs, sur une égale conception de l’argent comme une valeur en soi. Or Epictète nous le dit : dépend de nous tout ce en quoi c’est nous qui agissons. Quand on lit le blog de cet individu, malgré toutes les tentatives de l’auteur, ce qui reste en notre pouvoir, c’est le détachement. Pas l’envie, ni le ressentiment, ni même le mépris, juste le détachement, la quiétude. Si l’inquiétude est un mouvement, la quiétude est ce repos dans lequel l’argent n’est plus un motif, et ne provoque donc plus aucun mouvement en nous.

Cela a t il un sens politique ? Certainement : quand on veut le changement, il faut qu’il soit conséquent : aucune révolution véritable ne peut se contenter de simplement inverser les rôles en switchant les positions des uns et des autres. Les rêves de grand soir vécus dans la revanche contre l’oppresseur n’ont dés lors rien de révolutionnaires. Et c’est bien la raison pour laquelle ce qu’on ose appeler encore la « gauche » est la seule alternative potentiellement révolutionnaire, mais c’est aussi pour cela qu’elle ne peut l’être que si elle assume de ne pas se fonder sur des rancoeurs et du ressentiment, et si elle prend le risque de proposer une toute autre échelle des valeurs. En d’autres termes : pas de remise en question possible du discours capitaliste si on adule soi-même l’argent, pas de proposition alternative à « ce qui se passe » si on est soi-même un idolatre de la marchandise (et je suis conscient que ceux qui me connaissent et lisent ceci doivent bien se marrer), pas de défilé pour une augmentation générale du pouvoir d’achat (car l’achat n’est pas un pouvoir, mais bien plutôt une addiction, parce qu’il faudra bien se résoudre à considérer que les conditions de la vie digne ne doivent pas relever de l’achat, parce qu’il faudra bien qu’on considère qu’on peut, peut être, se passer d’un certain nombre de choses (et en ce sens, Stargalactik n’est rien de plus qu’une version exacerbée de notre propre rapport à la consommation)). Et néanmoins, le combat ne peut pas s’appuyer sur un quelconque ressentiment vis à vis de ceux à qui le capitalisme réussit (et il s’agit ici tout autant de ceux qui détiennent les fameux « cordons de la bourse » que de ceux qui ont simplement « mis de côté » pour assurer leurs vieux jours. Face à cette « bonne fortune » dont certains bénéficient, il est nécessaire de parvenir à l’indifférence, au détachement.

Vaste programme, dont on pourrait imaginer qu’il constitue l’essentiel de l’ordre du jour des universités d’été de tout parti de gauche qui se respecte (ou qui respecte ceux pour qui il combat).

Dernière supposition. Ce blog est tout sauf innocent, et il n’est pas complètement hors maîtrise. En ce sens, il fait l’objet d’une conception et il poursuit des objectifs. A strictement parler, il agit comme un piège, dans lequel les moins habiles tombent par centaines. Quand un piège fonctionne à ce point, c’est qu’il est intentionnellement conçu dans cet objectif. On l’a dit, sa première fonction est d’énerver, de provoquer la haine. Et on l’a dit aussi, cette haine est tout sauf une attitude appropriée. Mais au delà de cette simple provocation, il s’agit aussi de clarifier des positions, de faire émerger des discours comme possibles, de dire des choses qui n’avaient pas encore été dites sous cette forme, et de les faire valider, et ainsi de rassembler les troupes en identifiant les sympathisants. Le blog cristallise des idées éparses qui n’auraient sans doute pas osé s’exprimer telles qu’elles, empêchant ceux qui en sont porteurs de se rencontrer.

A ce titre, c’est une opération de communication réussie. Et en ce sens, on peut supposer que si un tel blog (ainsi que ceux, moins réussis, qui l’accompagnent) n’existait pas, de bons et fidèles conseillers en information, tels que les sus-mentionnés Thierry Saussez (ou Franck Louvrier, de nouveau par exemple) seraient bien inspirés de les générer eux-mêmes.

 

Crédits : les illustrations sont extraites de l’oeuvre du caricaturiste R. Cobb, dont les dessins, nous provenant des années 70 sont aujourd’hui étonnants d’actualité. Pour l’info, je les ai découverts dans une sorte d’immense bande dessinée effectuée dans les mêmes années par Nicolas Devil, intitulée Orejona, dont je reparlerai un de ces jours, car elle fut, alors que j’étais encore adolescent, un véritable éveil philosophique. J’y trouvai entre autres de larges extraits des écrits d’auteurs tels que W. Reich, ne seraient ce que ces quelques mots, qui constituent un véritable programme, assez proche de ce que ce blog pourrait viser (avec ses maigres moyens) : « Partout dans le monde, des individus luttent pour un nouveau cours de la vie. Ils se heurtent dans cette lutte aux consitions économique et sociale les plus difficiles. Mais en outre ils sont inhibés, aveugles et menacés par leur propre structure bio-psychique qui est fondamentalement la même que celle des individus qu’ils combattent. L’aubjectif d’une révolution culturelle est le développement chez les individus d’une structure psychique qui les rendrait capables d’autonomie« .

 

Partager cet article :

Copyright © 2012 Ubris | Créé avec Wordpress 3.0.4 - Thème par miloIIIIVII | Connexion