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Death Proofs

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, PLATINES, POP MUSIC, SCREENS, Scopitones Laisser un commentaire »12 avril 2010

Le problème avec les évidences, c’est qu’elles peuvent devenir ennuyeuses. C’est comme le désir : il n’y a que la première fois qui compte, et contrairement à ce que disait assez malignement Corneille, ce n’est pas quand le désir s’accroit, mais quand ça ne se renouvelle plus, que l’effet se recule.

C’est exactement ce qui commence à se passer avec Gorillaz : c’est la même ardeur qui nous brûle, les mêmes effets déjà utilisés, les mêmes sons orchestrés en gros de la même manière, et le désir, dès lors, se met en berne. Parce que la perspective dans laquelle Damon Albarn nous a introduits, ce n’est précisément pas celle de la répétition, de la redite, mais celle de la découverte, de la non satisfaction dans la complaisante resucée de vieilles recettes.

Dès lors, ce Stylo laisse un curieux goût en bouche : dans vingt ans, on ne saura plus à quel album il appartient, tant ses rythmiques sont exactement celles qu’on pourrait attendre des précédents albums, si on ne les connaissait pas déjà par coeur. Et à l’heure où sort un nouveau Bomb the Bass, on se surprend même à regretter les Buggys dans lesquels les uns et les autres avaient empilé leurs auditeurs, pour des virées pas piquées des hanetons dans les dunes et sur les routes défoncées des paysages numériques.

Ajoutons une couche de slade shading sur les personnages en carton pixel de Gorillaz : Stylo, en tant que clip, n’est pas la première évocation vidéomusicale de Vanishing Point, de Safarian (1971). Outre la réincarnation par Eastwood lui même du conducteur prototype Kowalski dans Gran Torino, le groupe Audioslave avait déjà fait siennes les dérapages contrôlés de la Dodge Challenger RT pour le clip de Show me how to live (2002). Le groupe tout entier prenait la place de Kowalski dans le coupé pour une virée habilement montée partir des images même du film. Illusion inverse de celle de Gorillaz : des personnes réelles dans un monde fictif, là où 2D, Noodle, Murdoc Nicalls et Russel Hobbs sont artificiellement plongés dans une réelle Chevrolet Camaro, poursuivie par un tout aussi réel pick-up El Camino (de chez Chevrolet), au volant duquel les canarde un Bruce Willis tout en chair et en os. Comme souvent, on joue un peu sur l’amnésie collective pour refourguer d’efficaces sensations certes, toutefois déjà rencontrées auparavant. Le fait que Gorillaz soit ici bien plus performant, car nettement plus spectaculaire ne doit pas forcément être pris pour un progrès : on le sait, ce n’est qu’affaire de budget. Et la débauche de technique nécessitée par les personnages animés fait un peu trop numériquement propre dans un univers auto qui doit sentir l’huile cramée des V8, les fuites de carburant, l’odeur rance du skai brûlant. On est finalement loin de l’hommage que Tarantino rendait à cette veine cinématographique dans Death Proof.

Tout de même, les deux clips alignés, en se gardant le premier pour la fin :


Et je glisse en douce un lien vers l’outremonde, dans lequel j’ai déjà, par le passé, chroniqué Vanishing Point, en le mettant en parallèle avec la philosophie, [ici]

Empire

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS Laisser un commentaire »6 avril 2010

Juste comme ça, rapidement, et sans y accorder plus d’importance que ça : si vous avez une télé, et si vous la regardez de temps en temps. Si de plus vous faîtes partie de la catégorie de consommateurs visés, il paraît probable qu’on vous ait imposé cette publicité pour les épiceries Hediard. Musique inspirée de Mancini dans sa veine latino, Jet privé, Maybach de fonction (oui, on ne dit plus « classe », mais « fonction », même si de fait, la Maybach n’est pas vraiment une voiture de fonction, mais bel et bien une voiture de classe, c’est à dire la voiture de ceux qui sont au-delà de toute fonction, ceux qui se contentent de prélever, en d’autres termes, de se servir, sans servir) avec chauffeur, Paris vidée de toute circulation pour permettre à la très importante personne de se rendre dans cet hôtel particulier où des hommes (dont l’un d’eux doit bien être, on s’en doute, le sien; ou celui qui finance tout ça, et rend tout ça possible, ce qui revient au même) l’attendent, sans impatience, mais aux aguets (c’est la figure du désir telle que la pub la met en scène, et ces hommes sont l’image de la cible de la publicité), arrêt en ce qu’on appelerait « double file » si il y avait dans Paris, ce soir là, une quelconque autre voiture que la limousine teutonne chez Hediard, afin d’acheter on ne sait trop quoi (ce n’est pas grave, ceux à qui la publicité s’adresse ne franchiront jamais le seuil du magasin : la publicité le leur dit, ce n’est pas leur monde).

Pour un peu, on se croirait enfermé dans les rêves les plus intimes de Rachida Dati.

Juste une chose. Hediard fait partie du bouquet de marques françaises rachetées par le milliardaire russe Sergueï Pougatchev (il a aussi acheté France Soir, comme quoi il aime la France jusque dans ses pires défauts…). La très importante personne qui sort du jet et fait languir d’impatience son monde, tout en faisant refroidir la soupe, c’est Alexandra Tolstoï. Ce nom vous dit quelque chose, hein ? Oui oui, c’est la petite fille de Léon en personne. Dans la vie, elle est présentatrice pour la BBC, femme de milliardaire russe, figurante pour les publicités luxe de son mari, ainsi que pour les articles people du Times. Elle a une vision de la vie, comme vous et moi : en gros, c’est sympa d’être riche (nous aussi on aime bien ça), on peut s’offrir un pays (la France) et ses services (la Maybach glisse sur le pavé parisien, dont elle isole ses occupants sur de confortables suspensions pneumatiques (hommage à la technologie française, made in Citroen, qu’on s’offre au passage), encadrée par la police locale, mise au service de la grandeur de la Dame venue du froid, après qu’elle fut reçue par quelqu’officiel non identifiable, sur le tapis rouge déroulé à ses pieds par la République, reconnaissante de l’intérêt qu’elle et son mari manifestent pour notre pays, en l’achetant).

Accessoirement, on se demanderait à quoi peut bien servir cette pub, puisque de fait, on imagine mal les clients de chez Hediard plantés devant le Grand Journal de Canal+ (le spot passe depuis des semaines quasi systématiquement en encadrement de cette émission). Au delà du plaisir que semble manifester le couple russe à s’approprier un pays tout entier, manifestant là le pouvoir impérial de l’argent sur nos petites vies de peuple soumis, il s’agit aussi de mettre les choses à leur place : de ce monde ultra protégé, nous sommes exclus. D’abord, parce qu’à l’heure où nous regardons la télé, Alexandra Tolstoï, elle, va s’acheter quelques bidules chez Hediard (qui semble d’ailleurs être demeuré ouvert rien que pour elle (pouvoir de l’argent encore une fois)), ensuite parce qu’ à l’heure où elle dégustera ses friandises, nous serons au boulot pour gagner de quoi s’offrir un écran géant permettant de voir l’importante blonde en hd, voire en relief, bientôt. On ne doute pas que son mari Sergueï prélèvera, et sur notre travail, et sur les achats que notre travail permettra, quelques euros qui viendront financer d’autres messages de paix et d’amour, sur des musiques aussi lénifiantes que cette copie (sans doute libre de droits) de Mancini. Et il semblerait bien que l’unique ambition de ces spots, ce soit de nous rendre envieux. Accessoirement, étant donnés les fantasmes de notre présidence, et des proches de cette présidence, étant donnés les fantasmes de ceux quin ont voté pour ce candidat, et ce parti là, on peut aussi voir dans cette publicité le programme politique qui est le nôtre actuellement. D’ailleurs, susciter ainsi l’envie, et indiquer à ceux à qui le message est destiné à quel point cette envie sera perpétuellement insatisfaite, je ne vois pas comment appeler cela, si ce n’est « propagande politique ». C’est en tous cas une manière parmi d’autres d’obtenir du petit peuple des consommateurs et des envieux, la soumission volontaire requise.

Re-Present

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, MIND STORM, SCREENS 3 commentaires »7 mars 2010

Juste pour le plaisir des yeux, parce qu’on peut, aussi, se laisser aller à la simple contemplation d’images incroyablement bien mises en oeuvre.

Voici 12 minutes et des poussières de simple perfection visuelle, mises en scènes par Alex Roman, jeune manipulateur espagnol d’images en 3D.

Autant dire qu’on prodigue là aux yeux un massage réconfortant, mais que l’hyperéalisme mis en peuvre (on a du mal à croire qu’il n’y a là que de la modélisation 3D) permet, comme tout réalisme porté à ce degré de perfection, de mettre en scène la problématique complexe du rapport qu’entretient l’art avec le réel. Et comme ce films, The third and the seventh, n’est pas qu’une collection d’images réconfortantes, il prend justement soin de mettre en scène la vision photographique, dans son rapport avec une nature qui n’est ici, justement, pas restrainte à ce dont l’homme n’est pas l’auteur, mais se poursuit dans cette seconde nature dont il est le concepteur, et le maçon : l’architecture. Ainsi, le regard sur l’espace mis en forme par l’esprit humain est il pris en charge par des appareils photo, dont les focales changent sans cesse, guidant le regard sur des détails d’une précision telle qu’elle correspond, certes, à l’aptitude optique de l’oeil humain, mais certainement pas à sa concentration habituelle.

En cela, Alex Roman produit un hyperéalisme d’un genre nouveau, puisque au contraire des peintures du même courant, il n’adopte pas le principe de la profondeur de champ infinie, mais celui d’une focalisation humaine, volontaire, ce qui permet de voir son court métrage comme une sorte d’éducation de l’oeil, davantage donc qu’une simple performance technique. Un passage du monde objectif au monde contemplé, un déplacement temporel du troisième au septième jour de la création.

Et là, étant donnée la qualité sidérante de la vidéo proposée, il va falloir vous débrouiller pour la télécharger entièrement sur votre poste, pour la lire en local (plusieurs sites la proposent, et la version de base de realplayer vous proposera de le faire pour vous, si vous n’êtes pas à l’aise avec la manipulation). On le précise, la version qui se trouve dans ce post est en faible définition, et ne rend pas justice au travail d’Alex Roman. On conseillera donc d’aller à cette adresse pour le contempler dans de meilleures conditions : http://vimeo.com/7809605. Mais, vraiment, essayez de lire en local.

On se reportera, enfin, au site même qui accompagne ce court métrage, qui en expose un peu l’univers : http://www.thirdseventh.com/

Autre précision; je n’ai pas trouvé ça tout seul. Depuis quelques jours, je me fais des récréations au milieu de trop longues plages de corrections de copies, sur un blog qui a tout l’air d’être une mine pour ceux qui s’intéressent aux courts métrages et à la création graphique. J’en livre l’adresse, surpassant l’envie irrésistible de le conserver comme une chasse gardée ! http://www.onsevoitdemainalors.org/von/

Mekamorphism

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, HYBRID, MECA, PROTEIFORM, SCREENS, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »5 mars 2010

Ceux qui s’intéressent un peu à ce que les ordinateurs et les tables de mixage sont capables de produire, en terme d’ambiance, de texture, d’architectures sonores, car c’est ainsi que la musique se compose maintenant, ceux qui, donc, aiment laisser trainer leurs oreilles auprès de sons structurés de telle sorte qu’elles se mettent à vibrer selon des vibrations qui leur sont encore inconnues, créant des schémas neuronaux insoupçonnés dans les méandres les plus profonds de leur cortex, ont déjà croisé, et sans doute même à plusieurs reprises, Amon Tobin.

Sur des racines qui puisaient tout d’abord dans ses origines brésiliennes sa musique a peu à peu acquis ce qui constitue aujourd’hui sa substance, et qui semble se présenter, curieusement, comme une réminiscence d’une musique pour nous encore seulement possible, comme si elle n’était pas encore réalisée, et qu’elle était un écho de notre futur, une musique à-venir.

Pas d’étonnement dès lors à voir Amon Tobin multiplier les collaborations, aussi bien musicales que visuelles, et on trouvera assez logique qu’on lui demande de composer la bande originale de Splinter Cell 3 - Chaos Theory, les sons qu’il met en oeuvre recouvrant comme d’une couche de texture supplémentaire mappant l’univers de Sam Fisher.

Mais la collaboration qui nous intéresse ici, c’est celle qui fait se tendre la musique très organique d’Amon Tobin a celle, plus coulée, plus traditionnelle sans doute, mais tout autant cinématographique de Bonobo, alias Simon Green. Franchement, l’association ne me serait pas venue à l’esprit, mais maintenant qu’elle crée ses tensions entre les deux pôles de mon casque Sony, ça forme comme une évidence, comme l’endroit et l’envers d’un corps, comme le visage et les organes, comme un corps sans organes (qui n’est pas un corps dont on aurait retiré les organes, mais plutôt un corps qui n’est plus divisé selon une cartographie organisationnelle, mais qui est vécu comme des vagues d’intensités, comme des variations de pressions, des ondes parcourant l’organisme tout entier, pris comme un tout. Tobin et Bonobo, c’est l’esprit qui se retrouve avec une paire de hanches, des jambes, une colonne vertébrale, des bras, une nuque, et qui se met à danser.

Je ne sais pas si ça se sent à ce point là, mais comme par hasard, quand un graphiste hongrois, nommé Zoltán Lányi a voulu jeter son dévolu sur un titre afin de le mettre en images, c’est ce titre qu’il a choisi, et le résultat visuel est une sorte de mix entre la Genèse cybernétique telle que Chris Cunningham la met en scène pour Bjork dans All is full of Love (pour la délicatesse des mouvements mécaniques, pour la précision d’horlogerie des corps, pour la puissance amoureuse des machines), les agencements de corps de Matthew Barney (je n’ai pas pris le temps de me refaire tous les Cremasters avant d’écrire ce post, mais faites le, vous, et vous tomberez sur ces moments fascinants où on passe des heures à contempler des agencements; et là aussi, ça convoquerait bien volontiers Deleuze. Et Bergson aussi, mais je ne m’étend pas là dessus (oui je me défile un peu là, mais je reviendrai bientôt sur Bergson), et les fulgurances de Flex, du même Cunningham. En même temps, si on voulait être plus prosaïque dans les références, on pourrait dire qu’on se trouve là comme dans le jardin d’Eden des Autobots, avant la chute sur Cybertron. Et si on nous disait qu’il s’agit là de la création de la vie par quelque entité supérieure, analogue aux réplicateurs de Stargate, mais dans une version pacifiée et motivée par le seul élan de la contemplation.

C’est organique et mécanique tout à la fois, c’est la vision inversée de l’idée terminale de Bergson : l’univers pensé comme une machine à faire des dieux. Et c’est normal, puisque dans ce  I’ll have the waldorf salad d’Amon Tobin et Bonobo, mis en scène par Zoltán Lányi, tout n’est que commencement :

 

Cran de sûreté

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS Laisser un commentaire »26 février 2010

Certains jours, on se prendrait presque à regretter la naïveté dont on faisait preuve dans les années 80 en matière de lutte contre le racisme, quand on se donnait bonne conscience en portant une petite main « touche pas à mon pote ». Certes, faire de l’étranger un pote a priori, c’est faire de lui, de toutes façons, cet étranger qu’il FAUT aimer, et pas ce citoyen avec lequel on est dans un espace commun, mais au moins, en ces temps là, il y avait un minimum de mobilisation mentale possible contre un certain nombre de phénomènes qui, dès lors, ne pouvaient tout simplement pas se produire.

Il semblerait qu’on se soit aujourd’hui habitués à un certain nombre de faits et de propos : le passé judiciaire d’un candidat PS fait l’objet d’une enquête scrupuleuse et de propos relevant, d’un point de vue pénal, de la diffamation de la part des soutiens de la liste opposée aux régionales ? Aucun problème. L’affaire n’est relayée au JT de TF1 et Canal+ que lorsqu’aucun démenti ne lui est offert. En somme, ces medias sont tout simplement complices du mensonge lorsqu’il a lieu, mais se refusent à toute information lorsque les faits sont établis. Mieux encore : quand, enfin, on tient sur le plateau du Grand Journal de Canal+ le patron de l’UMP lui même, on n’obtient de lui aucune condamnation de la diffamation, et il en rajoute sur les accusations. Bien entendu, il n’explique à aucun moment le fait que pour Ali Soumaré, quelques lignes sur son casier judiciaire posent problème là où pour un certain nombre de responsables politiques représentants de l’UMP, ces lignes semblent n’en pas poser. On n’aura pas davantage d’explications sur le fait qu’une enquête impliquant davantage qu’une simple investigation journalistique ait été effectuée sur ce candidat particulier, ni sur le fait qu’une fois les accusations les plus importantes démenties, le premier secrétaire de l’UMP ne relève même pas qu’en effet, certaines des accusations étaient fausses, préférant sceller pour de bon dans l’esprit de l’électorat visé l’association simple : individu noir = délinquance. La naïveté des années 80 aurait mis des milliers de personnes dans la rue pour empêcher cela; il semblerait qu’aujourd’hui on se soit fait à cette idée. Dans la video qui suit, on remarquera le ton, tout à fait typique du discours UMP depuis maintenant un moment. On remarquera que maintenant, les hommes politiques, quand on leur fait une objection sur un argument qui n’est pas soutenable, répondent juste « Vous m’indiquerez quand je pourrai continuer », ce qui signifie que le discours doit s’écouler en un monologue qui ne doit rencontrer que des hochements de tête d’approbation. Ce que les journalistes offrent souvent.

On remarquera, au passage, que lorsque Georges Frêche se trouve un peu malmené par son propre camp, les medias lui sont grand ouverts pour lui permettre de riposter (sur Canal, longuement). Ali Soumaré subit des attaques mediatiques qu’on peut juger bien plus graves, et c’est Xavier Bertrand qui est invité pour venir justifer des attaques, alors même qu’on sait qu’elles sont mensongères. Magique, non ?

Mais, à la rigueur, de la part d’un parti politique qui se sait souffrant d’un manque de reports de voix au second tour des régionales, on peut à la limite comprendre (accepter, c’est autre chose, mais on saisit assez bien la logique qui préside à ces stratégies de communication). En revanche, on peut se demander dans quelle mesure il est compréhensible qu’une entreprise telle que la SNCF joue, elle aussi, la carte de la stigmatisation des populations étrangères. Ainsi, Les contrôleurs de trains de midi-Pyrénées ont ils trouvé dans leurs casiers des affichettes leur conseillant de se méfier d’une partie précise des usagers : les roumains. On voit d’ici l’ambiance dans les trains, si la logique d’opposition des populations entre elles devait se développer de cette manière, et si de manière générale, les origines des uns et des autres devaient systématiquement donner lieu à ce genre de schémas. Voici le texte que la SNCF diffuse :

« Ces dernières semaines des soucis ont été rencontrés avec des Roumains.

En effet de nombreux vols de bagages ont été constatés.

Nous vous demandons de redoubler de vigilance.

Par ailleurs tous les faits de roumains doivent être signalés au PCNS »

Libre à chacun de deviner ce qu’est un « fait de roumain ». On devine que leur simple présence suffit, et on attend juste une seconde notice nous indiquant comment les reconnaitre. Ce qui, dans la logique des choses telles qu’elles se font ces temps ci, devrait constituer l’étape suivante de notre lent, mais sûre, glissement vers ce qui constitue de plus en plus clairement notre point de chute.

On prendra comme un signe des temps le fait que ces initiatives, qui ne sont que les relais d’une volonté qui se veut, de plus en plus, politique (même si elle constitue, en fait, la négation même de la « polis » telle que nos ancêtres ont pu, en leur temps, en bâtir l’idéal), ne provoquent aujourd’hui qu’un très faible écho. On notera, aussi, que si ces initiatives sont prises, c’est pare qu’il est de bon ton, dans l’espace public tel qu’il est devenu, de les prendre, et qu’on n’y craint plus de réprobation majeure. Ici encore, le plus saisissant n’est pas tant que les propos soient tenus, que ce que la tenue de ces propos suppose de complaisance envers eux, a priori.

Mobilisation générale

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA Laisser un commentaire »4 février 2010

L’armée de Terre a toujours bénéficié d’une communication du genre efficace. Aujourd’hui, elle nous plonge en pleine pensée nietzschéenne, sur le thème « Deviens ce que tu es ». Pour ce faire, nous montre t elle, comme elle le faisait dans ses anciennes publicités, des hommes et femmes au service d’autres êtres humains ? Que nenni ! Cette fois, l’armée est en embuscade, elle attend. Elle est au service, oui, mais des français Monsieur, parce que c’est nous qu’on les paye, tout de même.

Autant dire que la pub semble prendre sa part dans une communication qui a un certain don pour construire ce qu’on appellera… une ambiance…

Devenez vous-même.

Tuez des gens.

« Dévorez moi des yeux, mais avec retenue, pour que je m’habitue, peu à peu… »

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, MIND STORM, PROPAGANDA, SCREENS Laisser un commentaire »4 février 2010

Deux illustrations, pour compléter le post précédent.

L’une à propos des djeuns qui aiment se prendre pour des adultes, et qui se battent pour une cause qui vaut le coup qu’on se mobilise : le droit de montrer ses jambes (avec un argument imparable : on est faits avec des jambes, c’est pour qu’on les montre. On ne comprend pas très bien pourquoi l’écervelée porte de quelconques vêtements, on ne comprend pas tellement, non plus pourquoi elle ne pousse pas la logique aussi loin en ce qui concerne son cerveau, qui semble amplement inutilisé, alors que la nature l’en a dotée (mais ça, c’est une des grandes lacunes qui semble plomber l’argumentation de ceux qui ont tendance à dire des trucs du genre « on nous a donné ceci, c’est pour que cela ».

Franchement, sans accabler excessivement la jeune rebelle qui se bat pour des droits fondamentaux, tout en étant parfaitement compatible avec la citoyenneté telle qu’elle se définit aujourd’hui, (c’est-à-dire : bats-toi, méprise ceux qui ont quelque chose à t’apprendre, comporte toi comme une unité autonome, ne se souciant que de ses droits, de son bien être, de l’accomplissement de sa propre volonté, quelle qu’elle soit, l’essentiel demeurant plus dans la vérification de l’absence de toute limite (oui oui ma chérie, on te laissera tout faire, on ne te fera jamais obstacle, on sera compréhensifs et ouverts à la moindre inflexion de tes envies livrées à elles-mêmes, rien ne sera conditionné à quoi que ce soit, tout te sera indéfiniment possible, car il ne faut pas, il ne faut surtout pas que tu connaisses la moindre des frustrations) que dans un quelconque projet identifié qui ferait de cette petite unité de consommation, enfin, quelqu’un), tout en participant activement à ce monde tel qu’il est désormais censé être, c’est-à-dire entièrement tourné vers la jouissance, au sens le plus strict qu’on puisse donner à ce terme (c’est-à-dire l’absence d’attente, l’immédiateté, le contact direct avec ce qui satisfait, l’exigence de la satisfaction qui ne saurait supporter le moindre report, parce que je vaux tout de même bien une satisfaction là, maintenant, tout de suite, parce que si j’attendais mon tour, si je renonçais, si je m’accommodais, on pourrait penser de moi que je me satisfait de peu, or ma jouissance, c’est moi, et si je jouis peu, je suis peu aussi ; dès lors, ma jouissance est non négociable, il faudra bien s’y plier : je VEUX montrer mes gambettes, non pas parce que je suis la première salope venue, mais simplement parce qu’on m’a signifié que ça m’était interdit. D’ailleurs, vous voulez vous débarrasser de moi ? Essayez donc de m’interdire de sauter par les fenêtres… Après tout, vous avez bien réussi à vous débarrasser de moi en tant que citoyenne en me demandant de m’intéresser à l’histoire, aux sciences sociales, regardez comme je vous ai bien niqués : maintenant, je crois sincèrement que le port du bermuda ras l’bonbon figure au nombre des droits de l’homme), ce type d’individu (peu importe qu’il s’agisse de jeunes filles, ou de skateurs, ou de teuffeurs, ou de trentenaires bavant d’envie devant une Audi siglée RS-line, ou d’un cinquantenaire voyant dans la croisière un préambule au paradis) peut-il une seule seconde sembler disposer d’une quelconque autonomie de pensée et de comportement ?

Entendons-nous bien : ils font ce qu’ils veulent, ils le disent assez pour qu’on puisse les croire. Mais faire ce qu’on veut ne définit pas la liberté. Tout au plus cela désigne t-il la possibilité d’agir aléatoirement, de manière désordonnée. Qu’ils appellent cela « liberté », grand bien leur fasse. Qu’on doive les suivre dans cette voie, on peut en douter, même si on sent bien qu’on ferait assez « couleur locale » si on limitait ainsi la réflexion. Mais si la jouissance se reconnaît dans l’absence de distance, et si la liberté consiste précisément dans le dépassement de ce qu’on est, alors on pourra se permettre de prétendre que le simple fait de faire ce qui nous passe par la tête et d’obtenir satisfaction ne soit pas exactement suffisant pour pouvoir prétendre être autonome ; au contraire, même, être convaincu d’être ainsi libre, c’est sans doute se mettre en position d’être aliéné.

 

L’autre montre comment Jean-François Copé conçoit le dialogue. La séquence est tellement caricaturale qu’elle ne nécessite presque aucun commentaire : Pour une fois, le problème ne semble pas venir du montage, mais de l’incapacité de Copé à laisser la parole à la femme voilée à laquelle il est confronté. Elle saura ce que son contradicteur pense, lui ne saura jamais quels sont ses arguments à elle. Apparemment, une femme est censée ne parler que par son visage, sa voix ne transmet rien. Autant dire qu’on ne sait trop comment on fait au téléphone, et que les aveugles doivent se sentir bien seuls. Cependant, cette femme parvient à placer une ou deux répliques au milieu du flot copésien ; on y devine alors qu’elle n’est pas complètement écervelée, et qu’elle ne se promène pas avec des bâtons de dynamite scotchés tout autour d’elle. Cela ne signifie pas que ses arguments vaillent plus que ceux de la lycéenne qui veut porter ses mini-bermudas : qu’on croit s’entendre dicter son accoutrement par le Ciel ou par la Mode, la valeur du message semblera à tous ceux qui ne croient ni en l’un, ni en l’autre, légèrement suspecte. Mais on ne peut pas, non plus, affirmer qu’elle pose plus de problème, dans son expression, que celles qui veulent exhiber leurs jambes en toutes occasions.

En somme, ce que nous privilégions, ce n’est pas la liberté, mais la plus parfaite intégration des automatismes comportementaux permettant de participer à plein régime aux processus de production/consommation qui maintiennent nos économies hors des zones excessivement rouges, et nous maintiennent donc en vie. Ainsi, tout ce qui relève de l’addiction consumériste reçoit a priori une approbation générale, et toute autre influence sur nos comportements est a priori considérée comme aliénante. Peu importe si cela doit nous conduire à développer des logiques parfois étrangement paradoxales (par exemple, à considérer que lors des grèves de transports en commun, les grévistes prennent en otage les passagers, alors que la grève met au contraire en évidence le fait que les véritables preneurs d’otages sont les employeurs, puisque ce sont eux qui considèrent l’absence de l’employé comme inacceptable), puisque seul l’objectif compte : maintenir, envers et contre tout, une consommation au moins égale à ce qu’elle était auparavant. Mais, finalement, au quotidien, peut-on vraiment affirmer que la loi du marché soit plus contraignante que celle des obligations vestimentaires ? Certes, l’une peut s’additionner à l’autre. Mais en dehors de cette situation, on ne peut pas affirmer qu’il y ait d’un côté, la liberté, et de l’autre, l’oppression. Comme pour les autres situations dans lesquelles une influence s’exerce sur les hommes (c’est-à-dire, en gros tout le temps), la liberté ne tient pas à la situation elle-même, mais à l’aptitude qu’on a (ou pas) à se laisser mener par elle. Peu importe dès lors qu’on autorise à porter un voile, ou qu’on interdise de ne pas le porter. La civilisation que nous sommes devrait avoir suffisamment confiance en sa propre identité pour garantir aux personnes qui la composent un droit à prendre elles mêmes position face aux influences qui s’exercent sur elles, par le biais de l’éducation, par le biais de la protection physique, et par le biais d’une émancipation économique qui ne condamne pas les plus jeunes générations à demeurer indéfiniment dans le cercle familial, et qui ne condamnera pas plus tard ces mêmes générations à héberger à la maison leurs propres parents, privés de retraite à l’exacte mesure où ils furent privés d’emploi.

Autant dire, pour poursuivre les pistes tracées dans le précédent article, que tant qu’on n’aura pas considéré l’oppression économique comme bien plus scandaleuse que celle que peuvent exercer quelques excités religieux, on pourra toujours gigoter devant quelques épouvantails, on aura tout au plus détourné l’attention, et c’est la réalité sur laquelle on aura jeté un voile. Comme quoi la dissimulation forcenée peut produire d’intéressants effets de révélation.

Au Nord/Nord-ouest d’Eden

Par Youri Kane Catégorie : 24 FPS, CINEMATOGRAF, D'AUTRES MONDES, LES AFFAIRES CLASSEES DE L'INSPECTEUR HARRY, SCREENS Laisser un commentaire »10 décembre 2009

32bIl se trouve que je participe au « dispositif » Lycéens au cinéma, qui a pour objectif d’emmener plusieurs fois dans l’année des élèves découvrir gratuitement des films. On ne sait pas pourquoi cela n’est pas déjà au programme de tous les élèves, et ce dès le plus jeune age, mais bon, on se contente de ce qu’on nous offre déjà. Il y a cette année au programme un Hitchcock (réalisateur qui revient d’ailleurs assez souvent dans le programme, d’année en année). C’est La Mort aux trousses qui est proposé cette semaine à mes élèves, aussi leur ai-je proposé, en plus du dossier gracieusement offert par la région, le fac similé (en somme, le scan) d’une interview de Hitchcock par Douchet, dans les Cahiers du Cinéma de Décembre 1959, au moment de la sortie en France du film. L’interview est assez intéressante, Hitchcock y cabotine quelque peu, il détourne aussi l’attention des véritables enjeux de son film, mais ce n’est pas étonnant : le film joue de bout en bout, lui même, la partition de ce brouillage général des pistes. Douchet, à lire le livre qu’il consacrera plus tard à Hitchcock, n’était pas dupe. A lire, aussi, dans le même numéro 102 des Cahiers, la critique du film par Luc Moullet, autre nom qu’on aime lire en sachant ce qu’entre temps il aura lui même proposé au cinéma. Pour récupérer tout ça, ça se passe là : Hitchcock par lui-même

Second life

Par Youri Kane Catégorie : "CE QUI SE PASSE", 25 FPS, CHOSES VUES, PROPAGANDA, SCREENS 2 commentaires »25 novembre 2009

Puisqu’un autre que moi a eu l’énergie de le faire, et qu’il pointe par ici, renvoyons lui la balle au vol.

J’avais vu cette séquence au moment même où elle avait lieu : Dechavanne venu faire de la promo sur Canal+, et sortant du conducteur rédigé par l’attachée de presse pour soudainement prendre une liberté de ton qu’on ne lui connait pas sur sa chaine maternelle. J’avais hésité à mettre l’extrait en ligne, à moitié par manque de temps, et à moitié parce que je soupçonne le coup de pub déguisé (honnêtement, tout le monde, Denisot en premier, baillait d’avance à l’idée de devoir supporter cette nécessaire promo pour une énième émission de jeu, la séquence ne serait pas restée dans les annales, alors, le petit sketch de Dechavanne tombe finalement bien : la séquence circule maintenant un peu partout), à moitié aussi parce qu’on m’aurait fait remarqué, par commentaire interposé, que je ferais mieux d’aller voir le dernier Dumont, plutôt que de regarder des conneries à la télé (et ce serait pas faux !).

Je reviens tout de même sur le caractère éventuellement cynique de la démarche de Dechavanne. Son petit speech sur les écoeurements qu’il ressent face à la France du moment est quand même un poil sidérant. Soit Dechavanne est un corps de grand dadais qui enferme l’esprit de Liloo, l’héroine du 5ème élément (le film dont le titre se met au niveau du public : il aurait pu dechavannes’intituler « Quintessence », mais non, non, ça devait être considéré comme clivant). Il faut croire que Dechavanne vient juste de se poser trente secondes devant un écran branché sur la chaine qu’il anime. Parce que bon, tout de même, si la France devient ce qu’elle est, on ne peut certes pas en faire peser la responsabilité uniquement sur TF1, mais on peut tout de même, très objectivement, affirmer que la chaine met un certain bon coeur à l’ouvrage quand il s’agit d’édifier les masses de manière à produire la France telle qu’elle en arrange certains. Plus sidérant encore, il n’a pas l’air de très bien se rendre compte de la mission que lui même accomplit au sein de ce dispositif ! Vider les esprits pour les rendre disponibles aux messages publicitaires et aux « informations » (que je nommerais plutôt « édifications », en l’occurrence).

Dès lors, il a belle mine, de venir jouer les pucelles effarouchées sur Canal, en faisant mine de prendre des risques par rapport à sa hiérarchie. C’est tout l’inverse, d’après moi : TF1 a tout intérêt à avoir dans ses rangs des animateurs qui sachent jouer sur les deux tableaux : crétins profonds sur ses propres plateaux, et engagés à l’extérieur. Les messages ne se parasitent pas, parce que le marché des téléspectateurs est, sur ce terrain, très segmenté : on ne zappe pas du Grand journal vers le JT de 20h, parce que le Grand Journal est précisément conçu comme un moyen d’échapper aux poncifs de TF1 (du point de vue du style, parce que pour le discours, en dehors de la séquence du Petit Journal, qui semble devoir continuer longtemps à foutre la honte à toutes les rédactions de JT des chaines classiques, en faisant à une toute petite équipe ce que des armadas d’encartés de la Presse ne daignent pas ne serait-ce qu’essayer de faire : faire parler le microcosme au delà du discours de façade, et dès lors révéler, en dehors de cette séquence salutaire, donc, Ariane Massenet est là pour veiller au grain et placer ses petites piques envers tout visiteur de gauche, et sa petite pommade sur les pieds de tout représentant du pouvoir).

Bref, la séquence est là : http://www.garbagecollector.fr/index.php?post/2009/11/24/Les-pouvoirs-de-l-Etat-%3A-Ex%C3%A9cutif%2C-L%C3%A9gislatif%2C-Judiciaire%2C-Foot et elle vaudra à Dechavanne, selon la sincérité de ses propos, le bonnet d’âne de celui qui se réveille un peu tard, ou bien un César de meilleur espoir masculin.

Kaleïdoscope

Par Youri Kane Catégorie : 25 FPS, AUDIO, PLATINES, POP MUSIC, PROTEIFORM, SCREENS, SOUNDSCAPES Laisser un commentaire »9 novembre 2009

Afin d’éviter une focalisation excessive sur le monde tel qu’il va, hypnotisons nous :

Un clip hypnotique, d’un groupe mélangeant influences psyché et ambiances noctambules. Il n’y a rien de mieux, pour rebooter les neurones, que prendre la bagnole et tailler la route de nuit, sans destination particulière. Certes, le carburant se faisant rare, le projet devient incorrect. Mais ils sont finalement peu nombreux, les Kowalski qui conservent dans leur garage, les uns une Dodge Challenger R/T, les autres une Ford Gran Torino, et même si les V8 boivent leur ration de gazoline, décidément insoucieux de l’essence, ces quelques pale riders devraient laisser nos stations essence moins asséchées que ne le sont leurs perspectives.

Le groupe, c’est Kill for Total Peace.
Le titre, c’est 50 seconds.
Le clip est réalisé par Helena Klotz.

Ce genre d’engin auditif se tient dans l’écurie Pan European Recordings, dont on peut souvent penser le plus grand bien. La preuve ? Larry Debay, qui est un des disquaires survivants de la capitale du monde (L’exodisc, Paris18), ne tarit pas d’éloges à propos de Kill for Total Peace : « Se réveiller avec le cerveau bombardé par mille informations inutiles. Un monde adulte n’offrant qu’un univers froid totalitaire. Contact de nuits sauvages. Connexion sur des stratégies obliques. Elaboration d’un univers musical. Des liens tissés par 5 garçons aux pensées nouées sur une visée commune. Lumières aveuglantes. Douceur des paysages. Grisaille de sites industriels. Au bout de la rue où se trouve leur studio, ils marchent. » Sons dotés de têtes chercheuses vérouillées sur les neurones, obstinément : ça ne fait bouger que la tête, de l’intérieur. Mais Helena Klotz l’a bien saisi : ce sont là les paysages dans lesquels nous pouvons cruiser sans limite vers nos vanishing points quand tous les soleils se sont éteints.

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