En Février 1984, Antenne2 livrait ses ondes, pour une soirée regardée par plus de 53% des téléspectateurs, à Yves Montand qui se voyait bien répondre favorablement aux sirènes politiques qui avaient trouvé, dans la personne de Ronald Reagan, l’attracteur étrange qui allait guider le performer français vers les lumières médiatiques et les feux des rampes gouvernementales, à tel point qu’ayant viré de bord hors du communisme, il déclarait ensuite qu’il demeurait de gauche, mais tendance Reagan. Tout un programme politique !
Il faut dire qu’il y avait un bon prétexte pour justifier le détournement des ondes : la crise, dont on va voir qu’elle servait déjà de prétexte à un courant de la gauche (autoproclamée, on peut le dire) pour dévoyer durablement, l’usage actuel du mot « gauche » peut en témoigner, tout le courant progressiste. Si aujourd’hui, la confusion règne dans l’esprit de beaucoup, et si pour de nombreux électeurs, tous les partis se valent, on le doit sans doute en bonne partie à cette époque là.
On discerne aussi comment la crise apparaît déjà comme une aubaine dont quelques têtes pensantes se disent qu’on serait bien bêtes de ne pas profiter. Après tout, comme le pense un Alain Minc déjà bien accroché à son rocher libéral, la crise offre, avec la bonne conscience en plus, l’occasion que les guerres n’offrent plus. Et comme on ne peut plus décemment désirer une bonne vieille guerre, puisque depuis la bombe atomique, aucune guerre ne sera plus jamais bonne… la crise devient une option envisageable.
Ainsi, Montand se voyant bien en pendant européen de Reagan, on le lance dans une soirée menée en solo, docu-fictions en bandoulière, montrer aux français que la crise n’en est une que si on l’envisage depuis le point de vue étroit des nantis qu’ils sont déjà, que c’est bien plus dur ailleurs, et qu’il est temps de se réveiller, puisque tout est finalement entre leurs mains. Il suffit qu’ils se bougent, sinon, c’est la conclusion de la soirée, ils n’auront que ce qu’ils ont mérité.
Presque 30 ans plus tard, on ne peut que difficilement se confronter de nouveau à l’émission elle même, puisqu’elle est presque introuvable (disons qu’elle est indisponible pour le commun des mortels). En revanche, le numéro spécial publié par Libération, mené par un Serge July installé, et convaincu, secondé par un Joffrin non moins acquis à la cause libérale peut encore être dégotté, et il constitue, aujourd’hui, un document plus parlant encore, car développant au long de presque 90 pages ce que l’émission télévisée mettait davantage en scène, de manière forcément plus spectaculaire, mais aussi moins argumentée. Lire ces pages, c’est prendre la mesure de l’absence totale de véritable mouvement depuis. On pourrait même considérer que toute l’entreprise menée depuis a eu pour objectif de tuer toute capacité de véritable mouvement. Et tout ce que ces documents ont présenté comme les écueils qu’il s’agissait d’éviter grâce à de multiples sacrifices, tout ceci est devenu notre quotidien.
Une chose apparaît cependant nettement : lorsque nos aînés font mine d’être surpris par la situation actuelle, et mettent la main sur le coeur en prétendant n’avoir pas été prévenus, ils mentent. Mais on peut difficilement leur en vouloir : s’ils étaient au courant, c’est par l’intermédiaire de ce genre de spectacle politique qui était autant édifiant qu’unilatéralement orienté, ne laissant la place à aucun débat, à aucun plan B. L’Humanité, le lendemain, réclamait à Antenne2 un droit de réponse qui ne sera jamais donné.
En accompagnement, le document lui même, tout d’abord, en intégralité, parce qu’avec tout le cynisme qui peut caractériser ce genre d’activité, on constate que la publicité elle-même s’était mise au diapason de la tonalité idéologique de ce numéro spécial.
Et puisqu’il semble un peu lourd d’ouvrir chaque page une par une en cliquant sur les vignettes ci dessous, on proposera de charger la revue tout entière en suivant le lien suivant : http://mediasblog.webhop.net/Vivelacrise.rar Comme d’habitude : clique droit, enregistrer la cible sous, et décompressez le tout.
En bonus, deux émissions radiophoniques. L’une, menée par Daniel Mermet, est un épisode de l’excellente Là-bas si j’y suis qui s’intéresse précisément à ce « Vive la crise ! ». L’autre est tiré de la série de la Fabrique de l’histoire consacrée au pouvoir du petit écran.
Vacances, mauvais temps, famille, télé allumée avant midi; c’est comme ça.
Du coup, on découvre des émissions dont on ne soupçonnerait pas, sinon, l’existence, et des micro-évènements qui doivent constituer, je présume des sujets d’enquête chez télé 7 jours et des objets de débat dans les clubs su troisième âge.
Ainsi, les journaux n’en parlent pas, mais sur France2, il semble que depuis plus de 80 émissions, un seul et même candidat squatte la situation enviée de champion du monde d’un jeu qui, on va le voir, semble avoir été conçu comme un microcosme du monde lui-même. Plus étonnant encore, ce vainqueur, c’est le fils du Docteur Green et de Moby. Oui. Et personne n’en parle. C’est là, sous les yeux de tous ceux qui ont une télé à la maison, et sont chez eux sur le coup de midi, là, juste derrière l’écran morne de l’écran plat éteint : Moby Green, depuis 83 émissions, sans que personne ne s’en aperçoive, ne laisse aucune chance à ses adversaires, faisant preuve d’une culture générale sans commune mesure, passant allègrement d’une connaissance sans faille du cinéma tourné à Marseille à la mémoire intégrale des oeuvres musicales de Jordy. Comme ça, en douce. Et personne ne semble se douter de rien. Nagui lui même doit commencer à s’inquiéter un peu de voir son vedettariat volé par un candidat dont tout le monde semble ignorer l’identité véritable, dissimulée sous le pseudanonyme « Christophe Bourdon », car en digne fils des pères dont il est le croisement, il marche sur les plates-bandes du présentateur, glissant par ci par là un mot d’esprit avant de donner, avec une hésitation dont on finit par se demander si elle est feinte, les bonnes réponses qui lui permettent, jusque là, de demeurer sur son médiatique trône, sans avoir l’air dupe de la duperie générale.
Mais au-delà de l’anecdote, et au-delà du plaisir que certains peuvent éprouver à croire le Docteur Green ressuscité, on découvre dans ce jeu une métaphore assez bien déguisée du monde tel qu’on l’a organisé. Le principe est simple : des candidats se mesurent les uns les autres sur le terrain de ce que le cahier des charges de l’émission doit sans dout appeler la « culture générale » (c’est à dire une accumulation disparate de connaissances hétéroclites, apprises pour les apprendre, une mémorisation artificielle et aléatoire de tout et rien en général, sans visée ni intention autre que l’espoir, nécessairement statistiquement faible, que les questions porteront sur qui aura rencontré le hasard de la mémorisation). L’un d’entre eux gagne. Ensuite, il est celui dont tout le monde veut prendre la place, puisque non seulement sa victoire lui fait gagner de l’argent, mais encore, lors des émissions suivantes, les autres joueurs, s’ils ne prennent pas sa place, accumuleront de l’argent qu’il leur vole en fin d’émission, eux repartant broucouilles, la queue entre les jambes, une boite de jeux sous le bras.
Autant dire que les concurrents se comportent comme toute bonne classe moyenne : ils se battent entre eux parce qu’ils ont l’espoir d’atteindre le sommet. Ainsi, ils veillent à être performants, puisque c’est le seul moyen de franchir les étapes éliminatoires sans être, justement, éliminé. Cette performance est tout bénéfice pour le champion en place, puisqu’en fait, il a toutes les chances de ne pas se faire ravir la place par les prétendants au trône. En effet, c’est lui qui va choisir les questions qui leur seront posées. Il n’a en somme qu’à gérer son avance, et peut se comporter avec eux en bon responsable des ressources humaines. Il évalue leurs compétences, et doit seulement maintenir un juste milieu entre la promotion de ceux qui vont lui rapporter de l’argent en répondant de manière pertinente aux questions, et mettre à l’écart ceux qui pourraient lui causer des problèmes lors du combat final, puisque c’est le seul auquel celui qu’on présente comme le roi de l »émission participera.
Au pire, si jamais il foire, qu’il gère mal, et qu’il perd, la cagnotte qu’il a accumulée peut lui servir à acheter à celui qui l’a battu le trône qu’il ne veut plus quitter. Autant dire que s’il veut rester, il a intérêt à favoriser les adversaires qui sont telemarketeurs, hôtes de caisse, infirmières ou autres précaires, qui pleureront de joie quand il leur offrira 15000 € (c’est à dire, un sixième des gains engrangés (dis moi, grand gros gain engrangé, quand te dgrangrosgainengrangeras tu ?)) pour acheter à plus fort que lui une victoire que l’argent lui permet de s’offrir ce que les plus pauvres devront bien lui céder. Marx avait raison : l’argent renverse toutes les valeurs, et il permet sur ce plateau d’être Calife à la place du Calife, meilleur à la place du meilleur, ancien riche à la place du nouveau riche.
Et c’est ainsi que tous les midis, sur France 2, on édifie la foule de ceux qui, ne travaillent pas, (ben oui, qui regarde la télé à midi ?) en général, et en particulier ceux qui sont déjà assis sur le sommet de gains qu’ils pensent avoir dûment engrangés, et qu’ils considèrent comme du blé qu’ils ne comptent pas désengranger, si ce n’est pour des projets qui permettent de maintenir les pauvres à distance, et en position inférieure, ad vitam aeternam. Ainsi, à midi sur le service public, on récite tous en choeur le crédo de ceux qui aiment bien donner aux autres une leçon de vie. Christophe Bourdon, lui, a ceci de particulier qu’à chaque victoire, au contraire de son public, il semble avoir le sentiment de ne pas être à sa place. Les micros sont coupés alors que Nagui commente la suite interrompue, certes, mais rafistolée à coup de fric, des 80 victoires de ce champion neuronal, mais à chaque émission, on devine sur ses lèvres les mots « je suis désolé », adressés à celui qu’il vient de battre, et qu’il avait choisi précisément parce qu’il pensait qu’il serait simultanément celui qui lui rapporterait des gains, et celui qui ne les empocherait pas à sa place.
« Je suis désolé », ce sont sans doute les premiers mots qui viennent aux lèvres de tous ceux qui, ayant gagné contre les autres, n’assument pas leur victoire. Ce sont les mots de la droite souhaitant maintenir les avantages de ceux qui en ont déjà tant. Ce sont ces premiers mots qu’on a quand il s’agit de prendre la défense des inégalités, afin de continuer à en bénéficier sans faire mine de s’en réjouir.
Bienvenue dans un monde où on s’accommode assez bien d’avoir les mains et poches pleines, dans la désolation. Les vainqueurs ne sont désolés pour les perdants que parce qu’ils les trouvent désolants. Tous partagent la même échelle de valeur, puisque tous sont en compétition pour les mêmes objectifs. On souhaite donc, en haut lieu, en nous proposant avec la bonhommie joviale d’un Nagui suintant l’insouciance par tous les pores de sa peau, enraciner plus profondément en nous la désolation comme critère (comme prix, certes, mais l’argent renverse tout, y compris le coût et le gain) du bonheur. Ainsi, grâce au divertissement, on peut en venir à préférer la désolation les mains pleines à l’enchantement les poches vides. Ces émissions ne sont finalement rien d’autre qu’un choix de civilisation. Un jour, on se réveillera dans ce monde enfin accompli. L’un des symptômes devrait prendre la forme d’une école dont les principes et les valeurs seront calqués sur ces jeux télévisés. Vous verrez. Vous voyez déjà d’ailleurs, n’est ce pas ?
Juste comme ça, rapidement, et sans y accorder plus d’importance que ça : si vous avez une télé, et si vous la regardez de temps en temps. Si de plus vous faîtes partie de la catégorie de consommateurs visés, il paraît probable qu’on vous ait imposé cette publicité pour les épiceries Hediard. Musique inspirée de Mancini dans sa veine latino, Jet privé, Maybach de fonction (oui, on ne dit plus « classe », mais « fonction », même si de fait, la Maybach n’est pas vraiment une voiture de fonction, mais bel et bien une voiture de classe, c’est à dire la voiture de ceux qui sont au-delà de toute fonction, ceux qui se contentent de prélever, en d’autres termes, de se servir, sans servir) avec chauffeur, Paris vidée de toute circulation pour permettre à la très importante personne de se rendre dans cet hôtel particulier où des hommes (dont l’un d’eux doit bien être, on s’en doute, le sien; ou celui qui finance tout ça, et rend tout ça possible, ce qui revient au même) l’attendent, sans impatience, mais aux aguets (c’est la figure du désir telle que la pub la met en scène, et ces hommes sont l’image de la cible de la publicité), arrêt en ce qu’on appelerait « double file » si il y avait dans Paris, ce soir là, une quelconque autre voiture que la limousine teutonne chez Hediard, afin d’acheter on ne sait trop quoi (ce n’est pas grave, ceux à qui la publicité s’adresse ne franchiront jamais le seuil du magasin : la publicité le leur dit, ce n’est pas leur monde).
Pour un peu, on se croirait enfermé dans les rêves les plus intimes de Rachida Dati.
Juste une chose. Hediard fait partie du bouquet de marques françaises rachetées par le milliardaire russe Sergueï Pougatchev (il a aussi acheté France Soir, comme quoi il aime la France jusque dans ses pires défauts…). La très importante personne qui sort du jet et fait languir d’impatience son monde, tout en faisant refroidir la soupe, c’est Alexandra Tolstoï. Ce nom vous dit quelque chose, hein ? Oui oui, c’est la petite fille de Léon en personne. Dans la vie, elle est présentatrice pour la BBC, femme de milliardaire russe, figurante pour les publicités luxe de son mari, ainsi que pour les articles people du Times. Elle a une vision de la vie, comme vous et moi : en gros, c’est sympa d’être riche (nous aussi on aime bien ça), on peut s’offrir un pays (la France) et ses services (la Maybach glisse sur le pavé parisien, dont elle isole ses occupants sur de confortables suspensions pneumatiques (hommage à la technologie française, made in Citroen, qu’on s’offre au passage), encadrée par la police locale, mise au service de la grandeur de la Dame venue du froid, après qu’elle fut reçue par quelqu’officiel non identifiable, sur le tapis rouge déroulé à ses pieds par la République, reconnaissante de l’intérêt qu’elle et son mari manifestent pour notre pays, en l’achetant).
Accessoirement, on se demanderait à quoi peut bien servir cette pub, puisque de fait, on imagine mal les clients de chez Hediard plantés devant le Grand Journal de Canal+ (le spot passe depuis des semaines quasi systématiquement en encadrement de cette émission). Au delà du plaisir que semble manifester le couple russe à s’approprier un pays tout entier, manifestant là le pouvoir impérial de l’argent sur nos petites vies de peuple soumis, il s’agit aussi de mettre les choses à leur place : de ce monde ultra protégé, nous sommes exclus. D’abord, parce qu’à l’heure où nous regardons la télé, Alexandra Tolstoï, elle, va s’acheter quelques bidules chez Hediard (qui semble d’ailleurs être demeuré ouvert rien que pour elle (pouvoir de l’argent encore une fois)), ensuite parce qu’ à l’heure où elle dégustera ses friandises, nous serons au boulot pour gagner de quoi s’offrir un écran géant permettant de voir l’importante blonde en hd, voire en relief, bientôt. On ne doute pas que son mari Sergueï prélèvera, et sur notre travail, et sur les achats que notre travail permettra, quelques euros qui viendront financer d’autres messages de paix et d’amour, sur des musiques aussi lénifiantes que cette copie (sans doute libre de droits) de Mancini. Et il semblerait bien que l’unique ambition de ces spots, ce soit de nous rendre envieux. Accessoirement, étant donnés les fantasmes de notre présidence, et des proches de cette présidence, étant donnés les fantasmes de ceux quin ont voté pour ce candidat, et ce parti là, on peut aussi voir dans cette publicité le programme politique qui est le nôtre actuellement. D’ailleurs, susciter ainsi l’envie, et indiquer à ceux à qui le message est destiné à quel point cette envie sera perpétuellement insatisfaite, je ne vois pas comment appeler cela, si ce n’est « propagande politique ». C’est en tous cas une manière parmi d’autres d’obtenir du petit peuple des consommateurs et des envieux, la soumission volontaire requise.
Veille de second tour, Axel Poniatowski m’écrit pour que demain, je fasse preuve d’un comportement électoral conforme à ses intérêts.
Il faut dire qu’étant donné ce que lui aura coûté sa campagne, ce serait bête de ne pas se battre jusqu’au bout pour grappiller des voix : 10 000 € de dommages et intérêts pour diffamation contre, non pas, Ali Soumaré (ça, ce n’est pas jugé), mais Michelle Sabban, voila une somme dont on peut se demander si elle doit apparaître dans les lignes de dépenses de campagne de l’UMP.
Le tract, sur le modèle des arguments choisis au niveau national, m’informe que j’ai le choix, en ce jour d’élection, entre le conservatisme de gauche, et le réformisme de droite. Mais on a du deviner, en haut lieu, que le jeu sur les mots et les définitions ne suffirait pas, et que rien, à vrai dire, ne suffirait pour cette échéance électorale. Le tract recourt donc à une autre incitation pour que je porte mon choix sur Madame Pécresse : si je ne l’élis pas, je ne serai pas en sécurité : « La première des libertés, en particulier dans le val d’oise, c’est la sécurité : on ne peut pas vivre sereinement dans un département où nous avons peur pour la sécurité de nos enfants aux abords des lycées, où nous avons peur pour nous-mêmes lorsque nous prenons les transports en commun. »
Intéressant, pour un scrutin censé être local, et dont on nous aura suffisamment répété qu’il ne pouvait pas avoir de conséquences nationales. Car la sécurité, à de multiples titres, est une affaire davantage nationale que régionale. Quand on supprime la police de proximité, par exemple, c’est l’Etat qui en prend la décision. Quand on supprime des postes de gendarmes et policiers, quand on désorganise la justice, c’est l’Etat qui en a la responsabilité. Et bien sûr, lorsqu’on génère une pauvreté croissante, dans un environnement où n’est valorisé que le pouvoir d’achat, on suscite une violence potentielle qui ne peut, à terme, que provoquer une insécurité croissante, tant réelle que ressentie.
Ainsi, on nous le dit tranquillement dans un tract de dernière minute : si on ne vote pas de manière arrangeante pour ceux qui ont déjà le pouvoir, l’Etat nous punira en nous maintenant dans une insécurité croissante, trouvant là une économie substantielle, et nous convaincant que c’est là la faute des régions. Accessoirement, cela fournira du grain à moudre à la droite lors des prochaines élections présidentielles. Du point de vue de l’application de telles sanctions, une écrasante majorité de régions à gauche permettra toutes les fantaisies nationales, dégradant sans en avoir l’air les budgets locaux, avec d’autant moins de scrupules que les conséquences en retomberont sur d’autres. Pourquoi, dès lors, se priver ?
J’ai peut être l’esprit mal tourné, mais le processus me semble tout à fait d’ordre mafieux : quand le pouvoir se rend compte qu’il ne peut pas s’établir de manière légitime, il a recours à des incitations non républicaines, qui consistent à menacer le peuple de sanctions violentes en cas de désobéissance. Cela participe de cette communication qui affirme simultanément que le peuple se détourne des élections parce qu’il n’a plus confiance en la gauche, et que le vote n’aura aucune conséquence sur la politique menée, puisque celle-ci est décidée une fois pour toute, par la droite, et ne peut pas être remise en question (même le bouclier fiscal, SURTOUT le bouclier fiscal !). En d’autres termes, on a pris le pouvoir, et il est hors de question, maintenant, qu’il nous échappe, puisque c’est la condition nécessaire pour que nos amis, qui y ont intérêt, y gagnent ce qu’il y a à y gagner en matière de précarisation du plus grand nombre et de consolidation des acquis des happy fews qui viennent becqueter dans la main du pouvoir.
Et comme le second tour des régionales n’aura été, finalement, qu’une mise en place des éléments de la prochaine campagne présidentielle, nous voila prévenus sur la haute tenue des débats qui l’animeront. Il faut donc se préparer à atteindre des sommets en matière de subtilité politique. Et on devine déjà comment on va nous convaincre de la nécessité de combattre l’insécurité, tout simplement, en l’organisant.
NB : Désolé pour le côté un peu « froissé » du document, mais il est passé par la case poubelle avant de se retrouver dans le scanner. Un réflexe !
Il en va des règles que doivent suivre les ministres comme des discours du pouvoir : elles ont un certain don pour la géométrie variable, selon les situations et les moments.
Ainsi, tout le monde se souvient comment Alain Juppé dut, en 2007, démissionner de son poste de ministre à l’issue de ses législatives perdues. Celui qui avait ordonné cette démission, c’est François Fillon lui même, qui avait considéré qu’une défaite, de la part d’un ministre, mettait en cause le gouvernement dans sa totalité, et que les ministères pouvaient difficilement être dirigés par des loosers. Ainsi, une règle simple semblait devoir s’appliquer : un ministre perdant doit démissionner.
Mais les règles peuvent changer, car sur les régionales qui nous occupent en 2010, le même François Fillon a édicté une nouvelle règle, exactement inverse de celle qu’il avait auparavant trouvée si pertinente : tout ministre qui gagne doit partir. Evidemment, Fillon n’avait pas besoin de faire preuve de dons de clairvoyance particulièrement développés pour prédire un échec massif des listes UMP aux régionales, et si la règle valable pour les législatives devait être appliquée à ces régionales, on assisterait dans une semaine à un remaniement ministériel tel qu’il faudrait organiser une campagne de casting aussi massive que la Nouvelle Star pour parvenir à réunir de nouveau une équipe de stars aussi clinquante que notre actuel staff gouvernemental. En effet, c’est tout de même une vingtaine de candidats à ces élections qui sont, aussi, ministres, et Fillon, dont la carrière est un vibrant éloge de ce principe, c’est bien connu, trouve soudainement que le cumul des mandats doit être condamné, particulièrement quand personne ne risque d’être cumulard. Pourtant, si on veut être logique, la règle qui voulait que les ministres démissionnent en cas d’échec semblait signifier que tout ministre vainqueur pourrait cumuler sans crainte (sinon, à quoi bon cette règle ?) de heurter un quelconque principe politique.
Il faut croire que la défaite rend modeste, puisque soudainement, on considère que les perdants doivent refuser de cumuler leur ministère avec un siège que de toutes façons, ils n’auront pas. Voila qui constitue un sacrifice qui ne produira sans doute pas trop de douleur, et ça tombe plutôt bien : en dehors de Valérie Pécresse qui semble avoir un certain goût pour la douleur souriante (les images sont de plus en plus frappantes, du décalage total entre la situation du personnage et le sourire crispé, mais fidèle, qu’elle arbore en permanence, malgré l’inanité de son propos, la débilité des arguments avancés, l’impotence de ses discours; seule une martyre serait capable d’entrer dans de telles stratégies d’auto-destruction (l’objectivité réclamerait qu’elle reconnaisse qu’en dehors d’un singulier concours de circonstances, jamais une telle personne n’aurait pu envisager être ministre un jour, ne pas se contenter de ce climax absurde, c’est être habité d’un Thanatos particulièrement suffisamment puissant pour être effrayant)), en dehors de la passionaria de l’Ile de France, donc, ce petit peuple de droite semble ne pas aimer souffrir plus que de raison, c’est à dire plus que le peuple lui même.
Ne pas s’appliquer les lois qu’on impose aux autres, voila donc le principe suprême de ces gens là, qui sont dans le même temps capables de s’indigner devant les taux d’abstention himalayesques dont les français sont les auteurs.
Pardon ?
Les « auteurs » ?
On pourrait se demander qui sont ceux qui se sont ingéniés à nier toute valeur à l’élection régionale.
Qui conçoit le Grand Paris de telle manière que la région n’y aura aucun pouvoir (on ne s’étonne pas, dès lors, qu’on tente d’y faire élire des incapables, ils feront ton sur ton avec la puissance institutionnelle qu’on leur prépare), déclarant aux franciliens que de toutes façons, c’est à l’arbitraire présidentiel que reviendront les choix qui les concernent (en gros, le parisien doit se rêver comme un habitant de la Seine, qui suivra ses méandres pour aller d’un bout à l’autre de sa mégapole, et ce jusqu’à son estuaire; tous ceux qui pensent un peu la question voient là dedans une connerie sans nom, mais que voulez vous ? C’est là le fantasme du président, il faudra bien s’y plier… mais à quoi bon voter, alors ?) ?
Qui intervient sans cesse, selon la stratégie du pompier pyromane, au sein même des débats dont les régions devraient être maitresses, afin de donner du sens à sa présence et de discréditer des pouvoirs locaux qui sont excessivement à gauche pour qu’on puisse leur accorder une quelconque efficacité (et le mieux, pour démontrer leur inefficacité, n’est il pas de saper celle ci, ne serait ce qu’en leur coupant les vivres à travers des lois de décentralisations qui sont économiquement mensongères ?) ?
Qui centralise les pouvoirs, conditionnant le quotidien des citoyens au sein même des régions, et s’étonne de voir le peuple s’abstenir alors même que fut annoncé, avant le suffrage, que de toutes façons, le vote ne changerait rien, que les conséquences d’un vote régionale devaient être régionales, et que la politique nationale, menée par un gouvernement dont aucun membre candidat ne sortira politiquement vivant de cette élection, ne sera d’aucune manière impactée par la décision du peuple ?
On ne peut certes pas affirmer très sérieusement que le mensonge et la trahison du peuple soient des principes radicalement nouveaux. L’épisode » Imposons un jour à Juppé ce dont on protégera ensuite des ministres plus proches du pouvoir (parce que plus dociles) » n’est qu’un pas de plus après les « Indignons nous d’une abstention qu’on aura générée », les » déplorons la surveillance médiatique des élus tout en mettant au programme une vidéosurveillance généralisée du peuple », les « vidons le Front National de ses électeurs en mettant en application son programme politique » ou les « sauvons les banques avec l’argent du peuple, mais n’exigeons à aucun moment que les banques puissent servir à quoi que ce soit pour le peuple ».Ca ne constitue cependant pas une raison de s’en satisfaire, d’autant moins que ces principes sont désormais mis en oeuvre de manière quasi industrielle, et que quelque chose peut nous dire que nous assistons aux mensonges terminaux, c’est à dire aux derniers coups d’un jeu de poker où les joueurs qui ont le plus gros jeu sentent qu’il est maintenant grand temps de rafler la mise, et de solder les comptes avant d’aller dépenser le jackpot là où la fortune délocalise massivement. On peut alors aller loin dans les mensonges, jusqu’à la contradiction évidente, sans mettre en cause le projet global. Ainsi, hier soir, la soirée électorale fut pour l’UMP l’occasion d’affirmer sans rire que l’union pouvait être pratiquée seul. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, en définitive : ce que l’UMP reproche à ses adversaires, c’est de composer, ensemble. C’est de négocier, dialoguer, de constituer des compromis afin de s’entendre. Voila précisément ce que la droite exècre, parce que les compromis signifient pour ceux qui ont le pouvoir d’en partager au moins une partie. Or, le pouvoir étant essentiellement économique, et sachant combien ces gens là sont attachés à leur argent, on comprend qu’ils souhaitent pratiquer l’union en petit nombre.
Mais on ne peut pas manquer cela : en composant, les autres partis pratiquent en somme ce qu’on peut appeler « politique », au sens que prend ce mot lorsqu’il prend la forme de la démocratie : s’occuper, ensemble des choses publiques, débattre et organiser l’espace public. En refusant le dialogue, en fermant les portes à toute négociation, l’UMP persiste dans la concentration d’une politique qui est réduite à l’exercice autoritaire du pouvoir, sans aucune contractualisation claire avec le peuple : on doit d’autant plus les laisser tirer les marrons du feu social, qu’il est hors de question que les avantages soient partagés, qu’il est exclu qu’une quelconque justice soit mise en oeuvre. A ce titre là, l’UMP est devenu ce qu’était jusque là le Front National ou le parti des chasseurs : un lobby. Mais un lobby qui a le pouvoir.
On n’en a donc sans doute pas fini de les voir organiser le maintien de leur clique à ce poste pratique, d’où ils peuvent solder à bon compte l’espace public au profit de leurs potes, et on va sans doute les voir encore longtemps parader au soir d’élections qu’ils auront consciencieusement sapées pour déplorer l’abstention d’un peuple qu’on aura suffisamment déculturé pour qu’il perde tout sens civique, ou qu’on aura peu à peu dégoûté, faisant de la politique l’antithèse de ce qu’elle doit être, convainquant les plus acharnés que ce n’est plus par le biais du suffrage universel que les choses doivent se décider, radicalisant l’opposition dans des attitude que jamais la majorité ne suivra. L’électeur majoritaire adoptera, lui, les comportements et les opinions qu’il pense susceptibles d’apporter individuellement un pouvoir d’acquisition supérieur à celui du voisin, peu importeront les conditions de ce gain, puisqu’on ne les aura pas politiquement décidées. Les pires prémonitions de Tocqueville sur la démocratie seront alors accomplies, pour le plus grand bénéfice de ceux qui les auront mises en oeuvre, tout en la déplorant.
Toutes illustrations extraites du film de Michael Snow, La Région centrale (1971), histoire de donner dans l’illustration ésotérique, mais aussi afin de donner un peu d’ampleur à une politique dont la dimension semble se réduire à peu de choses. Au moins, là, on est dans les connexions cosmiques et dans la définition profonde de ce qu’est la région.
Quand on pense que certains, par le passé, ont pu voir dans le rock une des formes que prendrait un jour la décadence, on se demande comment ceux-là vivent la lente mais certaine putréfaction de ce courant musical dans la marchandisation la plus éhontée : retour à la normale (C’est à dire alignement impeccable des rockers sur leur tête de gondole, avant qu’ils rejoignent le classement par ordre alphabétique d’auteurs, dans l’assemblage de d’éléments Benno de ceux qui sont conjointement clients de l’agitateur d’idées et du democratic design : H comme Halliday, I comme Izia, D comme Domique A (ou bien A comme Dominique A ? Cruel dilemne…) chacun à égalité, puisque tous dans la même catégorie) ? Ou bien confirmation de la condamnation de ce mouvement, qui fut perçu de ses débuts comme dérangeant, trop dionysiaque, trop mal peigné, trop brutal, trop décadent, justement ?
Une troisième voie est possible : ce qui peut être dénaturé n’est pas par nature dénaturant, il est aussi une autre nature. Si le principe de corruption peut être lui même corrompu, c’est qu’il n’y a pas d’un côté les belles choses qu’il s’agirait de protéger, et de l’autre le principe destructeur qui ne vise qu’à les mettre en danger. Ici comme ailleurs, les choses sont un peu plus dialectiques qu’elles n’en ont l’air. Or, on le sait, le rock a été, comme tout le reste, transformé en pâtée pour animaux mangeurs de pâtée, en forme d’énergie aussi contenue, et aussi franchement subsersive que peut l’être une dose de 33cl de Red Bull light, ou une lampée de Canada Dry.
Ainsi, à quelques jours d’intervalle, on put voir Izia intronisée reine du rock’n'roll français (entre une séquence de remerciements de Johnny Halliday pour sa victoire de la plus belle tournée, et une performance de Shakaponk dont on retiendra surtout le fait que le singe est décidément le meilleur ami du graphiste video (on imagine tout à fait les mots « ça l’fait » prononcés au moment où on a soumis l’idée de ce visuel décoratif au groupe, qui a l’air de ne pas être à un cliché près)), et Saez (lui même auteur de happenings totalement rébellisants lors de précédentes victoires de la musique) devenu héros autoproclamé de la critique de la société de consommation.
Le cas de Saez est un peu dérangeant, parce qu’on ne sait pas trop si les pincettes avec lesquelles on doit le prendre sont dues au fait que ses textes semblent avoir été écrits par un adolescent contemporain qui aurait découvert avant hier Léo Ferré, et n’en aurait retenu que les aspects les moins subtils (on a envie de noter, dans la marge de ses dissertations « grandiloquent »), au cynisme accompli du monde musical qui a fait de ce genre d’indignation envers la marchandisation… une marchandise (mais on peut reconnaître à Saez le fait qu’il n’est pas tant médiatisé que ça, quoique…), ce qui rend l’objet Saez tout à fait compréhensible en termes de positionnement marketing (le bonnet qui va bien quand il faut avoir le bonnet qui va bien, le cheveux gras et pas trop structuré (mais pas trop structuré exactement comme il faut), le gros gilet tricoté par Dieu sait qui, la barbe de quelques jours (réglage 5 sur la tondeuse à barbe qui fait très bien les barbes ayant l’air pas rasées), la feuille pliée en 4 dans la poche arrière du jean, sur laquelle on a griffonné quelques lignes de rébellion trentenaire, où les mots affectés semblent se battre avec les traces de doigts encore pleins de Clearasyl, qu’on déclamera, plutôt que de céder à la tentation de l’énervement (ça évitera d’ailleurs de dépenser de l’énergie à s’énerver, mieux vaut dire qu’on pourrait le faire, qu’on en a même envie, mais qu’on préfère pas) avant de quitter le plateau, sur un coup de tête dont l’animateur dira immédiatement, pour rassurer les autres invités, que c’était « prévu comme ça »; mis en scène quoi, packagé), ou bien au fait que même s’il était sincère (ce dont on ne sait rien : il y a un seuil au delà duquel la panoplie de la sincérité devient suspecte, quand même), l’état actuel des choses rendrait de toutes façons l’opération équivoque, toute initiative étant désormais noyée dans la mer agitée du clapotis ambiant dont chacun a bien compris que n’émerge que l’écume, qui a l’avantage de passer au zapping, alors il faut faire impression.
Faire impression, c’est en gros le projet que semble s’être donné la fameuse affiche interdite. On peut dire mille choses à ce sujet. On peut penser tout ce qu’on veut du cynisme de la RATP qui ne souhaite pas voir les pubs Aubade placardées à côté d’une affiche qui rend le procédé de la femme-objet obsolète (on peut penser aussi, comme Saez, que ces espaces pourraient être consacrés à l’exposition d’oeuvres, et c’est sans doute une sacrément bonne idée, si on a envie de voir le prix du ticket augmenter encore un peu beaucoup; au moins, on aura des beaux murs, et on sera une poignée de privilégiés, sans doute très cultivés, et très esthètes, à les contempler dans les couloirs d’un métropolitains enfin débarrassé de ces salauds de pauvres). On peut se dire, aussi, qu’on est quand même dans un monde bizarre, qui refuse de voir une femme exposée là où on trouve tout à fait normal qu’on ait installé un siège enfant (parce que, franchement, quitte à faire du décodage sauvage d’images, c’est quoi le siège pour enfants dans les chariots de supermarché, si ce n’est une manière de mettre l’enfant au milieu des marchandises, de l’acclimater au supermarché, de l’intégrer lui même au cycle de ce qui se vend, s’épuise, et s’abandonne ? (hein ? quoi ? c’est juste « pratique » ? C’est PRATIQUE de mettre les gosses dans le caddie quand on fait les courses ?!)). On peut se dire que l’image est belle, et que c’est quand même bizarre qu’on la trouve belle, étant donné ce qu’elle montre, mais que finalement, c’est peut être pas si étrange que ça, parce que finalement, on a déjà vu ça mille fois, qu’on y est déjà acclimaté, et qu’en définitive, l’affiche de Saez constitue moins une dénonciation qu’une complaisance (et ce d’autant plus que ça fait quand même un moment qu’on se complait à dénoncer ce qui nous fait baver, et qu’on est pour de bon accoutumés à l’idée que la dénonciation soit vaine, comme les « J’accuse »).
On peut enfin se dire que Saez n’en est pas à son coup d’essai côté marketing viral, et qu’il fait même partie des maîtres dans la sphère V.I.P. de ceux qui apprécient d’utiliser les medias en leur crachant dessus (et ça tombe plutôt bien : les medias savent qu’il y a pas mal de parts de marchés à gagner à se faire cracher à la gueule, ils sont même prêts à tendre l’autre joue). On en connait beaucoup, des chanteurs qui, méprisant à ce point le « système » de vente de la musique, ont pris grand soin de ne surtout jamais louper une occasion de participer aux Victoires de la Musique (en gros, à chaque fois qu’ils ont été nominés ?), sachant à cette occasion être là sans avoir l’air d’y être, faire mine de ne pas y toucher, prétendre détourner le système de l’intérieur, mais surfer néanmoins sur les émotions en vogue, mixant tout ce qui peut toucher, des ritournelles Eminémisées de Dido (bonnet savamment enfoncé sur le crâne, comme le petit maître du moment, le j’m'enfoutisme en moins, avant de l’enlever pour une séquence plus inspirée de Taxi Girl, les suicidental tendencies en moins) aux phrasé noir désireux, la voix d’un Raphael qui aurait largué son conseiller marketing et changerait subitement de coeur de cible, pour cause d’overdose de mièvrerie ? Au moins, quand Noir Désir vient mettre les pendules à l’heure sur la même scène, ils le font rapide, ils disent les choses telles qu’elles se présentent, ils ne prennent pas la pause de ceux qui ne sont pas distribués, ou de ceux qui ne vendent pas de disques (Paris, le dernier Saez, est disque d’or), et au passage, ils disent merci. Pas de ça chez Saez, et on ne saura pas si c’est parce qu’il est comme ça, vraiment, ou si c’est parce que ça rentre pas dans la ligne éditoriale du personnage. Sans doute est ce d’ailleurs, en fait, désormais indiscernable.
Là, à entendre Delarue, à la fin de la prestation saezienne de 2001, demander ironiquement « Alors, qui c’est qui a dit que le rock était mort ? », on se dit que la seule réponse qu’on puisse donner, c’est : « Ceux qui prétendent encore le chanter ».
Du coup, on mettrait bien Izia en garde à vue.
Bien sûr, bien sûr, appartenir au clan Higelin apporte une Stage-credibility plaquée or. Bien entendu, elle a une voix. Le problème, c’est qu’elle n’a rien à dire. Décrivant sa musique sur le plateau du Grand Journal, elle se placera dans la lignée de Janis Joplin, mais en plus Youpi ! Consternation. En gros, on a l’impression d’une erreur d’état civil : en fait, c’est Janis Jospin qui se trouve sur scène, en marionette de Valery Zeitoun, petite fille toute excitée d’être comme ça le centre des attentions, petite fille gâtée, à qui on ne refuse rien, et vu comment elle braille, on devine pourquoi. Marionnette d’un public qui ne s’y trompe pas, et qui ne respecte rien, pas même ses idoles : ainsi, dans la boite à questions, quand on lui demande, opportunément, de faire sa Joplin, elle s’exécute, et pousse une beuglante de plus, ayant compris qu’elle assumerait d’autant plus d’être « la fille de » en s’inventant une mère vocale.
Mais soudain, le disque se grippe : dans la semaine qui suit la double victoire d’Izia sur la musique, qu’en retient la presse ? Technikart, p.2 Izia en maillot de corps Petit Bateau, coiffure copyright Bruce Dickinson 1984. Inrocks p.17, de nouveau, Izia en gamine qui empoche, du haut de ses 231 mois, le magot de la vente d’une image toute fraiche, qui ne lui appartient, donc, déjà plus (on l’imagine bien blindé, le contrat avec Petit Bateau, en matière d’hygiène de vie : rock’n'roll, d’accord mais maintenant, hors de question de faire des frasques qui vont au delà de beugler, comme une gamine, et de dire des gros mots (idem), et pas question de s’approcher de Coeur de Pirate sur la scène des Victoires de la musique : ses tatouages sont clivants, et elle colporte une image de l’enfance devenue adulte qui n’est pas corporate, elle brouille le message).
Bref, au moment où on demande qui a tué le rock’n'roll, Izia passe dans le champ de la caméra de surveillance, au pieds du malade, un flingue dans les mains, et un plan furtif nous montre Valery Zeitoun, lunettes de commanditaire sur le nez, observant de loin l’exécution des instructions. Mais que fait la police ?!
Alors, ok. On dira qu’Iggy Pop fait lui aussi de la pub. Ok. Mais l’aurait-on imaginé en faire à 19 ans ? On dira qu’on ne lui aurait certainement pas proposé d’en faire. Mais c’est bien le fait qu’on propose à Izia d’en faire qui constitue un symptôme tout de même « parlant » : Parce que dire « Putain » trois fois de suite, et de manière très, euh… préparée et très hmmmm… mal jouée, ce n’est pas avoir une atttitude rock, c’est seulement se comporter comme des enfants tels que la publicité aime se les représenter (et la marque Petit bateau, en particulier). Si Izia était aussi libérée que son plan marketing veut bien donner l’impression qu’elle est, elle devrait être tout à fait infréquentable, et les actionnaires de quelque marque que ce soit devraient interdire ab so lu ment qu’on lui propose d’être l’ambassadrice d’une quelconque enseigne (à part, peut être, telle ou telle marque d’alcool, mais c’est déjà tellement fait, ou d’armes, peut être. Izia, tête d’affiche pour Alliant techsystem, pourquoi pas, ou égérie de Blackwater, tiens oui. Mais Petit Bateau (et qu’on ne nous fasse pas le coup du décalage, ni de l’ironie, ça fait longtemps que ces méthodes ont toutes été avalées par l’ogre Propagande))… … Si cette fille faisait son job correctement, elle devrait avoir l’interdiction de s’approcher à moins de 200m des écoles.
On ne sait pas trop ce que ça fit, à Dominique A, de se retrouver dans cette cour de récréation là, au milieu des gamines qui crient « PUTAAAIIIIIIIN !! ».
Et de perdre contre ce clan là, confronté à cette incroyable information : les professionnels de la profession, s’ils devaient le classer quelque part, le caseraient bien au chaud dans la catégorie « rock ». Et dans cette catégorie, ces même pros le trouvent quand même moins fort qu’Izia. Et pour couronner le tout, Nagui prendra soin de le préciser, remuant le couteau dans la plaie : c’est bien sous la triple casquette d’auteur, de compositeur et d’interprète qu’elle le bat. Génial. Et comme elle n’écoute que du rock de 40 ans d’age, elle n’aura aucun mot pour ses adversaires d’un jour. Mais il est vrai que du point de vue du positionnement médiatique, se réclamer de Led Zepelin, c’est aujourd’hui moins clivant que de féliciter Dominique A. On comprend bien que tel un Obispo déguisé en Captain je n’sais quoi, la damoizelle doive respecter les codes de l’univers qu’elle s’est soigneusement confectionné sur scène.
Là dessus, Selif Keita venait nous conter, sur des rythmiques qui seront l’un des rares moments d’envolée de la soirée, des choses incroyables : « La vie sera belle, chacun à son tour aura son amour »
Suprême courage de la naïveté la plus nue, élégance totale de cette Afrique qui débarque et donne une claque à tout le monde, allumant la lumière là où ils auront été si nombreux ce soir là, comme tous les autres soirs, et le jour aussi, à tenter d’assombrir le tableau. Impossible pour les labelisés du rock de porter de tels discours, impossible d’être à ce point ouverts, parce qu’ils se découvriraient vulnérables, impossible de lâcher prise à ce point, juste parce que le rock est devenu, aux mains de ceux qui tirent les royalties de la franchise wock’n'woll, un petit animal de foire crispé sur ses gimmicks, n’osant plus mettre un pied hors de son territoire.
Ce soir là, pourtant, on avait plutôt envie de décerner la Victoire du rock à la radieuse douceur triste de Salif Keita. Mais voila bien ce que le rock n’oserait plus. Ca brouillerait l’image.
Tout le monde a déjà vu comment ça se passe, les vide-greniers. Derrière l’ambiance conviviale qui veut que chacun mette sur le trottoir, en rangs d’oignons, tout ce que la cave, les placards, les dessous de lit et, donc, les greniers, contiennent de plus inutile, dans une sorte d’auberge espagnole de l’inutile et du kitsch, se cache en réalité un moyen pour les professionnels de mettre la main sur ce qui les intéresse, c’est à dire ce qui peut avoir une valeur, pour le revendre ensuite à des connaisseurs à meilleur prix. Ca, c’est une des techniques que peut prendre l’appropriation, qui est le premier mouvement de la marchandisation. Prendre à un naïf qui croit se débarrasser, pour vendre à un connaisseur qui est conscient de ce qu’il acquiert.
Politiquement, le principe est le même : toute braderie sociale est en fait le prélude à une commercialisation qui permet aux brocanteurs de métier de faire de substantielles plus-values. Il se trouve simplement que les crises successives permettent de mettre plus rapidement à genoux les états, et que devant l’urgence du maintien des comptes publics dans une zone qui puisse rassurer les instances de régulation, les états sont prêts, maintenant, à brader ce qui leur coûte, croyant que ça n’a aucune valeur.
Parfois, la situation est plus cynique, car l’Etat est tout à fait conscient de la valeur de ce dont il se débarrasse à bas prix. Sinon, il ne prendrait pas tant de soins à le dévaloriser.
Curieusement, ça fait un moment que les fonctionnaires se battent contres des ministres qui semblent s’ingénier à ne jamais reconnaitre la valeur de ce dont ils ont la charge. Ainsi, les ministres se comportent de plus en plus vis à vis de leur propres administration comme se comporteraient des responsables de structures concurrentes qui auraient comme seule stratégie de saper le travail effectué et d’en nier la valeur. C’est ainsi qu’on voit des ministres de l’éducation nationale, en particulier, montrer leur mépris envers les enseignants, affirmer publiquement que l’école remplit mal ses fonctions; c’est tout juste si on ne les voit pas distribuer autour d’eux des tracts vantant les qualités des établissements privés.
Or, il n’y a pas un secteur de l’Etat dont l’activité ne constitue pas une concurrence déloyale envers un secteur privé potentiel. Et pour cause : le domaine public ne cherche pas le profit, ses seuls actionnaires sont les citoyens eux mêmes, et son travail n’est pas, à strictement parler, à vendre. Ce sont autant de manques à gagner pour le domaine privé : un bon élève qui suit ses cours dans les établissements privés, c’est un consommateur de moins dans les cours privés. Bien sûr, on peut comprendre que l’Etat doive faire des coupes sombres dans son budget, lorsque la situation l’exige. En revanche, si on se rendait compte que derrière la mise à sac de pans entiers du secteur public, il y a en réalité la mise à disposition de ce marché pour quelques opérateurs privés qui y trouvent leur compte au delà de toutes leurs espérances, alors on pourrait sans doute, légitimement, se poser quelques questions sur ces méthodes d’investissement et de gestion des biens publics.
Or, on sait depuis maintenant longtemps que gravitent autour de l’Elysée des personnes, privées, qui misent beaucoup sur l’apparition de ces nouveaux domaines d’investissement. Ecole, sécurité, incarcération pénitentiaire, recherche d’emploi, transports, protection sociale, santé, retraite. Plus l’Etat se décharge, plus le privé peut rentabiliser ce qu’on avait conçu comme ne devant pas être rentable.
Belle illustration, ces derniers jours, dans un article de Rue89, qui montre comment Nicolas Sarkozi n’est pas en position neutre sur le terrain des négociations autour de l’épineux problèmes des retraites, et du désengagement de la sécurité sociale de certains remboursements, dans la mesure où son propre frère, Guillaume Sarkozy a massivement investi dans les assurances retraite et santé, et que la fortune de celui ci est directement dépendante de l’échec gouvernemental de Nicolas, son frère. Ainsi, tels des Jonas Brothers de l’investissement massivement rentable, acquis en pressant encore un peu plus le fruit de l’Etat, tout en se plaignant de l’avoir déjà laissé si longtemps presser par ces planqués de fonctionnaires, nos duetistes viennent ils, de bon matin, parcourir le vide grenier social pour y faire leurs emplettes, sachant très bien ce qu’il faut prendre, et à quel moment le prendre. Evidemment, comme un échec trop évidemment provoqué et voulu de la part de l’Etat lui même, pourrait faire naitre le doute, il faut avant tout dégrader le plus possible ce qu’il s’agira de faire fructifier pour des comptes privés, et comme on le voit, on ne lésine pas sur les moyens mis en oeuvre pour mettre à terre la puissance publique : dernier obstacle à l’édification d’un marché universel, il s’agit de saper ce pouvoir qui est toujours perçu comme trop lent, trop peu impliqué, trop peu connaisseur, et le mieux pour le faire, c’est encore d’incarner ce pouvoir, d’être en mouvement permanent et de montrer que malgré ce mouvement, tout part à vau l’eau.
L’article est signé par Cécile Dufflot. Faut il y voir un discours partisan ? Non, il faut plutôt y voir l’aptitude de l’écologie politique de se poser en courant qui a un regard sur tous les aspects de la vie politique, observe les arbitrages qui y sont actuelles effectués, en cerne la logique et dénonce ceux qui remettent en question la justice. C’est le minimum qu’on puisse attendre d’élus. Et il n’est pas si fréquent que ce minimum soit atteint.
Illustration : Guillaume Sarkozy, photographié devant les affiches de la campagne électorale de son frère, le jour du second tour des élections présidentielles.
Certains jours, on se prendrait presque à regretter la naïveté dont on faisait preuve dans les années 80 en matière de lutte contre le racisme, quand on se donnait bonne conscience en portant une petite main « touche pas à mon pote ». Certes, faire de l’étranger un pote a priori, c’est faire de lui, de toutes façons, cet étranger qu’il FAUT aimer, et pas ce citoyen avec lequel on est dans un espace commun, mais au moins, en ces temps là, il y avait un minimum de mobilisation mentale possible contre un certain nombre de phénomènes qui, dès lors, ne pouvaient tout simplement pas se produire.
Il semblerait qu’on se soit aujourd’hui habitués à un certain nombre de faits et de propos : le passé judiciaire d’un candidat PS fait l’objet d’une enquête scrupuleuse et de propos relevant, d’un point de vue pénal, de la diffamation de la part des soutiens de la liste opposée aux régionales ? Aucun problème. L’affaire n’est relayée au JT de TF1 et Canal+ que lorsqu’aucun démenti ne lui est offert. En somme, ces medias sont tout simplement complices du mensonge lorsqu’il a lieu, mais se refusent à toute information lorsque les faits sont établis. Mieux encore : quand, enfin, on tient sur le plateau du Grand Journal de Canal+ le patron de l’UMP lui même, on n’obtient de lui aucune condamnation de la diffamation, et il en rajoute sur les accusations. Bien entendu, il n’explique à aucun moment le fait que pour Ali Soumaré, quelques lignes sur son casier judiciaire posent problème là où pour un certain nombre de responsables politiques représentants de l’UMP, ces lignes semblent n’en pas poser. On n’aura pas davantage d’explications sur le fait qu’une enquête impliquant davantage qu’une simple investigation journalistique ait été effectuée sur ce candidat particulier, ni sur le fait qu’une fois les accusations les plus importantes démenties, le premier secrétaire de l’UMP ne relève même pas qu’en effet, certaines des accusations étaient fausses, préférant sceller pour de bon dans l’esprit de l’électorat visé l’association simple : individu noir = délinquance. La naïveté des années 80 aurait mis des milliers de personnes dans la rue pour empêcher cela; il semblerait qu’aujourd’hui on se soit fait à cette idée. Dans la video qui suit, on remarquera le ton, tout à fait typique du discours UMP depuis maintenant un moment. On remarquera que maintenant, les hommes politiques, quand on leur fait une objection sur un argument qui n’est pas soutenable, répondent juste « Vous m’indiquerez quand je pourrai continuer », ce qui signifie que le discours doit s’écouler en un monologue qui ne doit rencontrer que des hochements de tête d’approbation. Ce que les journalistes offrent souvent.
On remarquera, au passage, que lorsque Georges Frêche se trouve un peu malmené par son propre camp, les medias lui sont grand ouverts pour lui permettre de riposter (sur Canal, longuement). Ali Soumaré subit des attaques mediatiques qu’on peut juger bien plus graves, et c’est Xavier Bertrand qui est invité pour venir justifer des attaques, alors même qu’on sait qu’elles sont mensongères. Magique, non ?
Mais, à la rigueur, de la part d’un parti politique qui se sait souffrant d’un manque de reports de voix au second tour des régionales, on peut à la limite comprendre (accepter, c’est autre chose, mais on saisit assez bien la logique qui préside à ces stratégies de communication). En revanche, on peut se demander dans quelle mesure il est compréhensible qu’une entreprise telle que la SNCF joue, elle aussi, la carte de la stigmatisation des populations étrangères. Ainsi, Les contrôleurs de trains de midi-Pyrénées ont ils trouvé dans leurs casiers des affichettes leur conseillant de se méfier d’une partie précise des usagers : les roumains. On voit d’ici l’ambiance dans les trains, si la logique d’opposition des populations entre elles devait se développer de cette manière, et si de manière générale, les origines des uns et des autres devaient systématiquement donner lieu à ce genre de schémas. Voici le texte que la SNCF diffuse :
« Ces dernières semaines des soucis ont été rencontrés avec des Roumains.
En effet de nombreux vols de bagages ont été constatés.
Nous vous demandons de redoubler de vigilance.
Par ailleurs tous les faits de roumains doivent être signalés au PCNS »
Libre à chacun de deviner ce qu’est un « fait de roumain ». On devine que leur simple présence suffit, et on attend juste une seconde notice nous indiquant comment les reconnaitre. Ce qui, dans la logique des choses telles qu’elles se font ces temps ci, devrait constituer l’étape suivante de notre lent, mais sûre, glissement vers ce qui constitue de plus en plus clairement notre point de chute.
On prendra comme un signe des temps le fait que ces initiatives, qui ne sont que les relais d’une volonté qui se veut, de plus en plus, politique (même si elle constitue, en fait, la négation même de la « polis » telle que nos ancêtres ont pu, en leur temps, en bâtir l’idéal), ne provoquent aujourd’hui qu’un très faible écho. On notera, aussi, que si ces initiatives sont prises, c’est pare qu’il est de bon ton, dans l’espace public tel qu’il est devenu, de les prendre, et qu’on n’y craint plus de réprobation majeure. Ici encore, le plus saisissant n’est pas tant que les propos soient tenus, que ce que la tenue de ces propos suppose de complaisance envers eux, a priori.
Comme le manque de temps conduit à déléguer le boulot, je mets ici en ligne une petite séquence entendue sur France Inter la semaine dernière. Ca s’appelle « Un temps de Pauchon », ça dure dix minutes, ça passe entre 17h50 et 18h00, et ça met les pieds à droite à gauche un micro à la main. Enregistrer, diffuser. Je travaille sur l’idée aussi, mais dans un style tout à fait différent. Le 10 Février, Hervé Pauchon captait l’ambiance rue des Ursins, à l’annexe de la préfecture de Paris, alors que des nouveaux français y recevaient, lors d’une cérémonie, leur toute nouvelle nationalité. Je n’en dévoile pas trop, mais le micro passe de citoyen en citoyen, sous le regard inquiet du maître de cérémonie, et on apprend des choses. Tous les thèmes à la mode sont là : identité nationale, voile, mais tout est en quelque sorte inversé.
Illustration : Les yeux sans visage, de Franju (1959). Parce que nous sommes, ces temps ci, des yeux sans visage. A moins que nous soyons, plutôt, un visage sans yeux. Ce qui revient au même, finalement.
Avril 1995, dans le n°755 de Vogue, un mini roman photo met en scène Carla Bruni en épouse de choc, menée par un instinct de prédatrice d’Elite. Derrière l’objectif se trouve l’un des grands noms de la photo de mode : Thierry Le Goue, qui excelle dans ce genre d’exercice où les contrastes transforment la mode en série noire. On ne sait trop si on devinait déjà que le jeu de massacre deviendrait un jour politique, et que la République deviendrait le terrain sur lequel se joueraient d’autres polars, dans lesquels les poker faces s’exileraient des défilés de la fashion-week pour transformer la nation toute entière en gigantesque catwalk.
La séquence retrace un « marriage à la mode », lui permettant d’accéder à la fortune de son mari de fortune, de manière très provisoire, puisque l’union ne durera que le temps d’obtenir ce qu’elle croit lui être dû. Mariage, (ça, c’est fait dans la vraie vie), baptême (on ne sait pas quel timing a été choisi par les experts en communication), enterrement (veuillez réprimer ce mouvement d’impatience qui vous prend à la lecture de ce mot). Trahisons dès le jour de l’union, rejeton qui ressemble plus au chauffeur qu’à son père théorique (il faut dire que le chauffeur, c’est Lambert Wilson), meilleure amie qui complote contre les intérêts de la reine du jour, comédie des sentiments et maîtrise des apparences. Tous les ingrédients sont là, plus de 10 ans à l’avance.
Il paraît que le talent politique peut consister à transformer les scenarios les plus improbables en réalité. On rajoutera que l’époque contemporaine semble avoir tordu le coup aux utopies sociales, mais a ouvert grand la porte à la réalisation des fantasmes de quelques uns.
Voici, en quelques photos, le récit possible du mariage qui unit la première dame de France au pays avec lequel elle s’est liée, pour le meilleur principalement.